lundi 25 juillet 2016

Orages

FMG©2016

De nouvelles inondations ravagent la Belgique. Le mois dernier a été, au niveau mondial, le mois de juin le plus chaud depuis qu’on prend des mesures de température. Depuis 14 mois, ce record mensuel est battu chaque fois. Les attentats, fous, sanglants et aveugles, n’arrêtent pas de s’accumuler. Les hommes politiques utilisent un discours de plus en plus fermé et sécuritaire, et ça marche : de Trump à Erdogan, en passant pas d’autres, le peuple appuie ces énergumènes qui n’ont réellement en tête que leur pouvoir et leur ostracisme. Où allons-nous ?

Comment ne pas se poser de questions ? Comment rester insensible à toutes ces dérives ? Comment pouvoir se mettre en marche alors que tout nous retarde ? Comment continuer à garder ne fut-ce qu’une once d’espoir ?

Au moment où je me décide enfin à écrire ce billet qui me trotte dans la tête depuis quelques jours, le soleil américain se défile et laisse la place à l’obscurité annonciatrice de l’orage. C’est un signe.

Le pire, dans tout ça, c’est que nous ne pouvons pas y faire grand chose. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien y faire. Mais quand même, la marge de manœuvre individuelle est bien maigre.

Elle est aussi utopiste. Hier, j’ai eu une discussion intéressante avec mon beau-frère qui m’accueille ici. J’avais accepté de donner un peu plus d’argent que je n’aurais dû pour une fondation culturelle, alors que je rechigne à donner quelques pourboires au restaurant. Mais pour moi, si nous voulons nous sortir du marasme mondial dans lequel nous nous enfonçons, il n’y a que quelques portes de sortie : la culture, l’éducation, l’ouverture plurielle… Ces portes de sortie ne débouchent pas sur un horizon lumineux immédiat, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais il faut y croire. Même si ce n’est pas facile. Les autres portes – l’exclusion, le sécuritaire, le renfermement sur soi, l’égoïsme consuméral, etc. – ne débouchent que sur des impasses. Elles sont rassurantes un temps. Mais à long terme ?

Or, c’est plus que jamais le long terme qu’il faut viser, parce que c’est la seule issue. Dresser les gens les uns contre les autres, construire des murs, ignorer ou mépriser ceux qui sont différents… ne peuvent mener qu’à l’isolement et la régression.

Sommes-nous encore capables de prendre l’autre voie, celle du partage, de l’accueil, de la construction commune ? J’en doute. Et pourtant…

mercredi 20 juillet 2016

Faisons simple

Étant intervenu au début du mois pour une Académie, en France, il me faut récupérer quelques frais. C’est là que je suis entré dans les arcanes de l’administration française. Il m’a fallu remplir des tas de papiers, ce qui est somme toute assez normal, mais étonnant quand ils demandent des renseignements qui n’ont rien à voir avec le travail effectué. Mais bon, passons. Cela s’est compliqué quand on m’a demandé de fournir un RIB !

RIB, Relevé d’identité bancaire. Ce document fait partie de l’arsenal administratif et financier de base français. Rien de plus banal : il suffit de le demander à sa banque qui vous le sert vite fait bien fait. Le problème, c’est qu’en Belgique un tel document n’existe pas. Assez logiquement d’ailleurs : à quoi sert-il de démontrer que le numéro de compte que je fournis à un créancier m’appartient bien ? Si j’avais envie de lui donner un numéro appartenant au chien de mon voisin, ce serait mon problème et pas celui du créancier. Du moins, c’est ainsi que je comprends les choses. Mais en France, non, c’est comme ça !

Naïvement, je leur ai fourni un « Aperçu de mes produits bancaires ». Ce document reprend tous les numéros de compte que j’ai auprès de ma banque, avec leur IBAN, le code BIC, mon adresse, etc. Bref, tous les renseignements qu’on trouve sur un RIB. Pas de chance, cela ne convenait pas. Je n’ai pas compris pourquoi, mais c’était comme ça.

Mon interlocutrice m’a alors dit qu’il suffisait de lui fournir un chèque barré et scanné ! Effectivement, c’était une solution simple, sauf que – comme tous les Belges – je n’ai plus de chèque depuis bien longtemps. Ce moyen de paiement a totalement disparu de notre paysage financier et nous ne nous en portons pas plus mal. C’est toujours difficile à expliquer à nos amis français, mais c’est comme ça.

La dernière solution possible était d’obtenir de ma banque un document signé et visé certifiant que je possédais bien un compte à mon nom. Ça paraît simple comme ça, mais ce ne l’est pas. Apparemment, mon agence ne peut pas produire un tel document. Il faut que ce soit produit par le siège central. Soit. Mes comptes sont logés depuis des années auprès d’une banque gratuite (c’est-à-dire qu’elle ne me coûte aucun centime pour gérer mes comptes et mes opérations). Je ne sais pas trop pourquoi, mais obtenir un tel document du siège central coûte 12 euros et quelques. Il est composé de deux lignes, ce qui fait cher la ligne, mais c’est comme ça.

Si tout était simple dans cette histoire, on le saurait. Il restait deux difficultés à vaincre. D’abord, dans mon adresse : dans tous les documents que j’ai remplis pour l’administration française, j’ai écrit que j’habitais à « Sint-Agatha-Rode ». Oui, mais en réalité Sint-Agatha-Rode n’est qu’un village faisant partie de la grande commune d’Huldenberg. Officiellement, j’habite donc à « Huldenberg ». La banque, dans un document officiel, ne pouvait pas écrire le contraire. Il faudra espérer que l’administration française ne soit pas trop pointilleuse. C'est peut-être naïf, mais c’est comme ça.

Restait le problème de mon prénom : dans tous les documents préalablement remplis, j’ai toujours déclaré que je me prénomme « François-Marie ». La banque, elle, s’est toujours arrêtée – comme beaucoup d’ailleurs – à « François ». Bref, il fallait obtenir que le document officiel reprenne mon prénom complet « François-Marie ». J’ai juste obtenu un « François Marie », sans trait d’union, comme il est effectivement écrit sur ma carte d’identité (mon père n’ayant pu obtenir l’inscription avec trait d’union lors de ma déclaration de naissance à la maison communale belge). Je suppose que cette absence de trait d’union ne troublera pas trop mes partenaires français étant donné les liens qui unissent nos deux pays ! C’est étonnant, mais c’est comme ça.

J’espère donc arriver au bout de cette histoire. Je ne sais pas trop quand on en verra la fin, car évidemment depuis lors, l’administration française est en congé et se réveillera quand le moment sera venu. Personne ne sait combien il lui faudra encore de temps pour effectuer le remboursement de mes menus frais. En espérant qu’il n’y ait plus de nouveaux obstacles à franchir. Tout ça est un peu kafkaïen, mais il ne faudrait pas croire que je m’en lamente. Au contraire, je trouve tout cela relativement amusant. Ou plutôt, burlesque. On peut néanmoins penser, me semble-t-il, qu’il pourrait y avoir quelques simplifications administratives ! Pensée banale évidemment, mais ce serait bien si c’est comme ça !

mardi 19 juillet 2016

Quand la poste fait plus que son boulot

Il m’arrive parfois d’être un peu distrait. Sans cela, cette aventure n’aurait jamais eu lieu ! J’avais deux enveloppes à envoyer, l’une adressée à un correspondant français, l’autre destinée à ma mutuelle pour obtenir le remboursement d’attestation de soins donnés. Cette dernière devait simplement être glissée dans la boîte aux lettres adossée au mur de ma mutuelle.

Ce qui devait arriver arriva. Lorsque je suis arrivé près du bureau de poste, c’était jour de marché, ce qui m’a un peu énervé, car je devais marcher un peu plus que prévu. Pas de panique cependant, j’ai pris ma lettre, je me suis faufilé entre les échoppes, j’ai glissé l’enveloppe dans la boîte aux lettres et je suis reparti vers ma voiture. Entré dans celle-ci, je vois l’autre enveloppe sur mon siège. Caramba, j’avais posté la mauvaise, celle destinée à ma mutuelle !

Non seulement il n’y avait aucun timbre sur cette enveloppe, mais en plus l’adresse était des plus limitées : « PARTENA Mutualités ». Point barre !

Dépité, je suis allé faire d’autres courses, et – passant devant une autre boîte aux lettres – j’ai posté l’enveloppe destinée à la France qui, je l’espère, a dû arriver depuis longtemps. Pour l’autre, il me restait à attendre. Il y avait trois solutions :
  • soit il ne se passait rien et je n’avais qu’à demander des duplicatas des attestations de soins ;
  • soit la poste ouvrait l’enveloppe, trouvait facilement mon adresse et me renvoyait le tout ;
  • soit elle faisait suivre l’enveloppe à qui de droit, à savoir la mutuelle concernée.
Je ne m’inquiétais pas trop puisque dans les trois cas, je finirais pas obtenir les dits remboursements. Et ce matin, en dépouillant mes courriels, j’ai vu un message : « Un nouveau remboursement au Guichet On-line de Partena-OZV » !

La poste avait donc fait ce qui était le plus logique. Elle n’était pas obligée. Les deux autres solutions étaient possibles et « normales ». Mais bpost a choisi de se montrer intelligente et efficace. C’est une petite chose, mais par les temps qui courent, elle vaut la peine d’être relevée et valorisée. Alors, merci à tous ceux qui ont œuvré à ce véritable service !

Au-delà de la raison

Quand neuf cousins ou cousines se retrouvent ensemble, sans doute pour la première fois depuis toujours, cela fait une sacrée ambiance. Tabernacle, quelle belle journée nous avons vécue hier, bien au-delà de la rationalité qui pourtant m’est chère !

En novembre 1958 – j’allais avoir 5 ans – mon oncle et ma tante ont décidé d’émigrer au Canada, avec leurs quatre premiers enfants. Les MABA : Michel, Alain, Benoît et Anne. Ils aimaient bien ça et trois filles sont nées au Québec : Catherine, Agnès et Nathalie. Les MABACAN étaient désormais au complet ! Ceux-ci se sont complètement intégrés au paysage canadien et y ont fait leur vie et leurs familles. De son côté, mon unique sœur, Monique, est tombée amoureuse d’un américain, Steve ! Ils se sont mariés, eurent deux enfants, et vivent de cet amour depuis bien longtemps. Rendre visite à ma sœur et à sa famille a toujours été pour moi non pas une exigence, mais une évidence ! Mon épouse et moi nous retrouvons donc une nouvelle fois de l’autre coté de l’Atlantique. Nous souhaitions vraiment cette fois rendre visite à nos cousins canadiens.

Cela s’est concrétisé hier. À vrai dire, nous n’espérions pas voir tout le monde, tant nous savons les contraintes de chacun et chacune. Quel ne fut pas notre bonheur de constater que tous étaient là, avec les compagnes et compagnons, avec les enfants et les petits-enfants ! Et ce fut une journée magnifique. Le soleil avait d’ailleurs bien décidé de nous accompagner et nous l’en remercions.

Nous étions donc neuf cousins et cousines à nous retrouver. En soi, d’un point de vue quantitatif, c’est déjà extraordinaire. Mais en plus, il y avait la qualité. Et c’est là qu’on est au-delà de la raison. Nous étions tous hier, avec nos compagnons et compagnes, une vraie famille, unie pour le plaisir d’avoir les mêmes racines, les mêmes liens. Ceux qui ne s’expliquent pas. Il y a évidemment des liens biologiques. Mais une famille, c’est bien plus que ça. Une famille, c’est aller au-delà des limites de chacun et combiner les différentes alchimies pour créer des étincelles de vie et d’amour. Et à partir de là, atteindre un nirvana paroxystique qui transcende toutes les bassesses et contingences de ce monde. En d’autres mots, être bien.

C’est difficile à expliquer, tout simplement parce qu’il n’y a aucune raison d’expliquer ça. C’est tellement simple, tellement évident, tellement ressourçant. On entre dans un univers où il n’y a plus de raison, plus de rancune, plus de jalousie. Seulement cette sensation de ne pas être seul, d’aimer et d’être aimé. Juste pour la beauté du cœur. Quel bonheur !

Il s’agit évidemment d’un moment unique… qui n’a réellement de sens que pour ceux et celles qui y ont participé. Mais pouvoir dire et écrire que de tels moments peuvent exister – envers et contre tout – c’est aussi crier au monde que le bonheur existe, que la vie est la plus forte, que les liens qui nous unissent sont ceux qui nous font vivre. Plus que jamais, vivons de ces moments d’amour, au-delà de la raison.

mercredi 13 juillet 2016

Chansons oubliées : Je n’ai pas changé, par Michel Fugain (1967)


Michel Fugain est un très grand nom de la chanson française. Pourtant, il ne figurera sans doute jamais dans la galerie des chanteurs auxquels je consacre une page sur mon site personnel. Non pas qu’il ne le mérite pas, mais je ne l’ai pas assez suivi pour pouvoir en donner des informations suffisamment complètes et pertinentes. L’un n’empêche pas l’autre, bien au contraire.

Parmi toutes les chansons de Michel Fugain, il y en a une qui pour moi a toujours eu un sens différent : Je n’ai pas changé. Parce que je m’y retrouve. J’ai découvert cette chanson bien plus tard que sa parution. J’étais déjà en couple avec celle qui continue, plus de trente ans après, à partager mes jours en continuant à accepter celui que je suis, sans avoir réellement changé…

Je n’ai sans doute pas suffisamment approfondi mes recherches, mais je n’ai trouvé aucune version vidéo ou audio de cette chanson sur Internet. Elle y fut cependant, j’en suis sûr : je me souviens très bien en avoir parlé avec une amie virtuelle, passionnée de chanson, ce qui ne l’empêcha pas de décider un jour de se tirer définitivement et réellement de ce monde. C’est aussi un peu pour elle que je publie aujourd’hui cette chanson. Voilà…

Je n’ai pas changé

M. Fugain, J. Schmitt, M. Jourdan, 1967





Tu vois, je suis toujours aussi distrait,

Je perds mes clefs ou j'oublie ma monnaie,
Oui, je vais perdre un jour ma tête,

Tu vois je n'ai pas changé.


 Je suis toujours en blue jean et blouson

Plus volontiers qu'en cravate et veston,

Je sors encore jusqu'aux aurores,

Souvent sans toi, non je n'ai pas changé.


Je crois bien que je n'apprendrai jamais

À t'offrir quelques fleurs, à tenir un bouquet,

Mais quand je m'envolerai,

Tu seras toujours à mes côtés,

J'ai tant besoin de toi.



Je suis toujours fou comme un jeune chien,

Les enfants me disent "t'es mon copain",

J'ai quelques rides qui se dessinent,

Mais au fond du coeur je n'ai pas changé.


Je sais bien que je suis trop sûr de moi,

Que j'oublie trop souvent d'être tendre avec toi,

Mais quand je m'envolerai,

Tu seras toujours à mes côtés,

J'ai tant besoin de toi...



Tu vois, je ne crois toujours pas en Dieu,

Mais je crois plus que jamais en nous deux,

Je ne dis même plus que je t'aime,

Mais c'est vrai puisque je n'ai pas changé.