samedi 25 février 2012

Le monde est mal fait

FMG © 2012

Le monde est mal fait. Pendant que certaines payent pour être à la Mer du Nord, sous un ciel plutôt gris, je me retrouve sur une plage perdue dans l’Océan Atlantique, sous un soleil limpide dont je dois pourtant me méfier, et payé pour m’y trouver. Enfin, pas tout à fait, mais un peu quand même !

Loin de moi l’outrecuidance de me plaindre de mon sort, mais je ne suis pas sûr cependant que ce dernier soit plus enviable que celui de certaines. J’ai beau me retrouver en un endroit que d’aucuns envieront, je m’ennuie, pour le dire poliment.

Un week-end en mission n’est que rarement un bon moment. Pendant la semaine, le rythme du travail berce les minutes et les heures. Sans avoir vraiment le temps de s’embêter. Le week-end, on se retrouve seul face à soi-même dans des lieux qu’on ne connaît pas. Je pourrais bien sûr m’organiser de petites sorties touristiques. Il y a de quoi. Mais j’avoue ne toujours pas avoir cet esprit de découverte et d’aventure. Alors, je me contente d’une petite balade dans la ville, jusqu’à la mer. Cette promenade m’a bien plu, notez. Mais après, c’est le retour dans cette chambre d’hôtel toujours un peu sordide. Où j’essaie de passer le temps (j’y réussis d’ailleurs).

Moi qui me prétends souvent fatigué, j’ai ici l’occasion inespérée de me reposer. Je ne suis pas stupide : je le fais aussi ! Bref, il n’y a vraiment aucune raison de me plaindre. D’autant plus que de toute évidence, je suis dans une situation très privilégiée par rapport aux autochtones pour lesquels la vie n’est ni rose ni verte tous les jours et dont l’avenir économique a un cap plus compromis que celui de mes compatriotes, même si la « crise » nous guette sans nous faire de cadeaux.

Je vais arrêter ce billet. Il n’intéresse plus que vraisemblablement personne et je doute fort qu’un quelconque lecteur le lise jusqu’au bout. Il n’apporte rien. Je ne devrais même pas le publier, mais voilà maintenant qu’il est écrit, autant le faire ! En tout cas, au moins, il m’aura fait passer un peu de temps. Le monde n’est finalement pas si mal fait que ça !

mardi 14 février 2012

Pour quelle information ?

Apparemment, ce que je considérais comme une bonne idée avec une bonne démarche, à savoir l’opération de solidarité « Hiver 2012 » de la RTBF couplée à un certain nombre de reportages permettant de mieux comprendre la problématique, n’a pas eu le même écho positif auprès de tout le monde ! Je n’ai pas eu de critique directe quant à ma position, mais j’ai lu d’autres avis en d’autres lieux.

La principale critique qui est exprimée est qu’il serait préférable que la RTBF informe sur les causes profondes et les mécanismes déclencheurs de la pauvreté plutôt que de se transformer en œuvre de bienfaisance et de se substituer aux CPAS et autres organismes chargés de gérer ces problèmes.

La mission d’information de la chaîne publique est évidemment essentielle. Dans la perception que j’en ai, cette mission fondamentale n’a pas été oubliée par la RTBF. Il y a eu de nombreux reportages qui ont permis de mieux cerner la réalité des personnes en difficulté et de commencer à mettre en évidence les mécanismes complexes de la pauvreté. Il y a évidemment moyen d’aller beaucoup plus loin dans l’analyse. Mais on reste dans le cadre d’un journal télévisé où les possibilités de profondeur sont forcément limitées.

Mais finalement, ce n’est pas ça qui me préoccupe vraiment. Je suis interpellé par le fait que les quelques analyses que j’ai lues semblent plus critiquer non pas le manque d’analyse ou d’information, mais le fait que l’information fournie ne correspond pas à celle que les analystes souhaitent entendre ! Ils ont leur propre grille d’analyse, et c’est celle-ci qui devrait être utilisée par les médias. Ces grilles d’analyse sont peut-être pertinentes, mais elles ne constituent jamais qu’une facette de la réalité complexe qu’elles explorent. Elles débouchent d’autre part souvent sur une information orientée, voire stéréotypée, positionnée comme étant « la » bonne information. Mais l’est-elle pour autant ? C’est toute la question, dont j’avoue ne pas avoir la réponse !

dimanche 12 février 2012

L'homme à la tête de chou

Participer à un groupe de théâtre peut mener à de multiples surprises. Il arrive qu’on fonde beaucoup d’espoir sur un spectacle et qu’on se retrouve très déçu. Parfois on y va avec les pieds de plomb et on se sent des ailes quand on sort du spectacle. D’autres fois encore, on n’a aucune idée de ce que l’on va voir, sans attente ni dans un sens ni dans un autre… et on se laisse prendre par le spectacle.

C’est ce qu’il m’est arrivé avec « L’homme à la tête de chou ». Je n’en savais pas grand chose. Si ce n’est bien sûr que c’était associé à Gainsbourg. Mais qu’avait-il vraiment fait là-dedans, je n’en savais trop rien. Arrivé dans la salle de spectacle à Louvain-la-Neuve, j’eus une certaine gêne en survolant le papier de présentation. Ce n’était pas la voix de Gainsbourg qu’on allait entendre, mais celle de Bashung ! De plus, ce n’était pas un spectacle de chanson, mais une chorégraphie !

Gainsbourg, j’aime à moitié. Mais je sais que dans son genre, c’est un génie. Bashung, je dois bien avouer que je n’aime pas vraiment. J’ai plusieurs amis qui le considèrent comme un dieu vivant (ah non, lui aussi est mort). Mais personnellement, je ne suis jamais parvenu à vibrer pour ce rock ténébreux, cette voix en recul, ce personnage hors du temps. La danse, enfin, je n’ai rien contre, mais j’ai du mal quand même. Il y a 40 ans, j’avais assisté pour la première fois à une chorégraphie de Béjart. Ça m’avait bien plu, mais sans doute surtout parce que durant le spectacle ma main avait trouvé pour la première fois la main de celle qui allait me faire découvrir l’amour ! Mais à part ça…

Bref, je me sentais mal barré. Un spectacle en pleine semaine alors qu’il fallait encore travailler tôt le lendemain. Et une première approche qui n’annonçait rien de bon.

Pourtant, ce fut bon. Excellent même ! Gainsbourg reste le maître des mots, surtout de ceux qu’on croit ne pouvoir combiner avec aucun autre. Les mouvements de danse, d’une densité et d’une sensualité incroyables, m’ont rappelé Béjart tout en ouvrant un tout autre univers. Et la voix de Bashung m’a envoûté. Il y avait là une harmonie parfaite. Pourtant, c’est un spectacle dur, délirant, où l’on sombre dans la folie en même temps que… tous les artistes.

Ce spectacle m’a profondément bouleversé justement parce que je ne m’y attendais pas. Il est donc encore possible de s’émouvoir !

mardi 7 février 2012

Quand information rime avec action

Depuis le JT 19h30 d’hier soir, notre bonne vieille RTBF s’est lancée dans une action d’envergure et de solidarité. Elle met sa force d’information au service de tous ceux qui ont froid, qui vivent dans des conditions impossibles, qui – chaque matin – se demandent comment ils vont terminer la journée.

Je tire mon chapeau. D’aucuns parviendront peut-être à dire qu’un outil d’information n’a pas à s’immiscer dans l’action, que ce n’est pas là sa vocation. Moi, je dis que lorsqu’une chaîne d’information publique ose se lancer dans une telle action, elle remplit pleinement son rôle de service public. Elle inscrit là son rôle d’information dans le concret et dans le réel. Elle a saisi qu’il ne suffisait pas de parler du froid – lui, on a bien compris qu’il était là – mais que pour être crédible, il fallait « faire quelque chose ».

La RTBF est loin d’oublier l’information. Ce soir, elle a consacré les vingt premières minutes du JT à parler de son action, mais surtout à informer sur la réalité de ce que les « petites gens » vivent ! On est bien loin des frivolités froides du monde de la finance, des élucubrations incohérentes du monde politique, des égocentrismes divers et surprenants des mondes sociaux, culturels, sportifs… On est dans la vie. La vraie. On offre au téléspectateur non pas la possibilité de soi-disant exprimer son avis par SMS fort coûteux, mais celle de se montrer solidaire, de participer concrètement à la construction d’une situation meilleure. On offre aussi la possibilité aux plus-démunis de dire simplement leur désarroi, leurs difficultés. Et tout cela, on le partage avec le spectateur lambda. Il n’en fera peut-être rien. Mais il aura reçu des informations essentielles :
  • à côté de lui, il y a des personnes qui vivent des situations difficiles ;
  • à côté de lui, il y a des personnes qui sont solidaires.

Cette action ne supprimera pas tous les problèmes. C’est l’évidence. Elle ne devrait surtout pas devenir permanente ni transformer les journaux télévisés en œuvre de bienfaisance. Mais elle est salutaire. Tant pour tous ceux qui pourront en bénéficier que pour la crédibilité de l’information, en soi.

samedi 4 février 2012

Relax Max

FMG © 2012

Il y en a, j’vous jure ! Il y a la crise partout :
  • la crise financière dans nos pays qui croulent sous l’argent ;
  • la crise politique en Egypte, en Syrie, à Madagascar… tous ces pays où certains savent mieux que d’autres ce qu’il faut faire et décident donc pour les autres ;
  • la crise esthétique où des femmes qui n’ont fait que vouloir être plus belles que l’image qu’elles avaient d’elles se retrouvent à devoir faire des PIP non souhaitées ;
  • la crise exilatoire avec tous ces gens qui quittent leur pays et leurs racines pour l’illusion de trouver mieux ailleurs ;
  • la crise énergétique avec le prix du gaz qui augmente uniquement parce que celui du pétrole est en hausse constante ;
  • la crise des valeurs où certains se croient investis du droit absolu à décider ce que les autres doivent penser sous prétexte d’une loi divine ou naturelle discrétionnaire ;
  • la crise de foie au lendemain des jours, ou plutôt des nuits, soumis au seul plaisir des sens ;
  • la crise hystérique pour tous ceux qui n’ont plus la force ou la patience d’analyser sereinement où se trouve le juste milieu des choses ;
  • la crise de rire pour tous ceux qui n’ont plus la lucidité ou la perspicacité d’analyser justement où se trouve la sérénité des choses ;
  • la crise d’égocentrisme, enfin, qui fait que chacun ne voit que son petit bout de terre et d’illusion pour décréter que la solidarité ne sert finalement à rien du tout.
Et pendant que la crise se déroule, ravageant l’humanité, il y en a qui ne trouvent rien de mieux que d’installer leurs transats et de bénéficier égoïstement des quelques rayons de soleil qui dardent notre Terre occidentale, dans l’ignorance totale de ce qui se passe autour d’eux.

Vraiment, c’est du n’importe quoi !

vendredi 3 février 2012

Chansons oubliées : Le gardien du port, par Roger Schep (1965)

Ce n’est pas que cette chanson soit oubliée par la plupart des humains. Simplement, ils ne la connaissent pas et n’en ont jamais entendu parler ! Si moi-même je la connais, c’est sans doute un peu par miracle ! À l’époque – on était en 1965 – mes parents étaient abonnés à une revue qui parlait de chansons : Chansons pour tous (Revue musicale familiale). Un jour, le numéro du mois - à 10 francs belges - était accompagné de ce 45 tours… que nous avons écouté en boucle sur notre Teppaz, avec « Le gardien du port » en face A et « Annabelle » en face B. Cette chanson « Le gardien du port » m’a vraiment impressionné et je crois que je l’ai encore plus chantée moi-même qu’écoutée. Quelque part, ce texte était un peu « politiquement incorrect » pour l’époque. C’est peut-être ça qui me plaisait bien.

Roger Schep était un artiste namurois né en 1937. Il a chanté, mais aussi peint. Dans les deux cas, ça ne nourrissait pas son homme, et il a donc œuvré à d’autres intérêts. N’empêche, il a connu son heure de gloire puisqu’il a quand même fait la première partie de Jacques Brel, à l’Ancienne Belgique ! Il a continué à chanter en amateur. En 2006, il était encore sur scène à Gelbressée. Mais il décédait l’année suivante, à Namur.

Il est accompagné sur ce disque par le groupe « Les Noctambules », un orchestre de jeunes actif pendant « les golden sixties », sous l’inspiration des Shadows. Ils savaient manier la guitare !


Avant d'écouter "Le gardien du port", arrêtez le lecteur à droite (s'il fonctionne).

Avec ma figure de travers
Je suis le gardien du port
Et si tu savais
Combien j’en ai vu de loups de mer
Qui boivent et parlent fort
Ah tu me dirais
Que j’en connais un sacré bout
À force d’écouter
Les récits de ces diables fous
Doux comme des bergers
Qui ont pris la mer pour maîtresse
Et que les grands espaces
Remplissent de sourdes allégresses
Rendent calmes et sagaces

Combien j’en ai vu de matelots
Qui parlaient des filles blondes
Du port d’Hambourg
Des filles de Londres et de Tokyo
Et qui maintes fois du monde
Avaient fait le tour
Ces gaillards-là m’ont fait porter
Des noms d’un peu partout
Igor Yvon Johnny René
De quoi devenir fou
Et si j’ai pas le pied marin
Tu peux me demander
N’importe lequel de leurs vieux refrains
Je te le chanterai

Ils m’ont ramené des souvenirs
Il y a chez moi des tas
De petits bateaux
Des pipes, un châle de cachemire,
Du tabac de Sumatra
Des noix de coco
Et si tu veux bien t’amuser
Prends un flacon de fine
Et viens visiter mon musée
De la marine
Tu m’y verras grandeur nature
Sur le panneau central
Arborant avec fière allure
La tenue d’amiral

Si j’ai la figure de travers
Et bien c’est parce qu’un jour
Au petit matin
Avec les marins du Dragon vert
Pour une histoire d’amour
Éclata soudain
Une bagarre dont je sortis
Sanglant et courbattu
Si ma machoire est démolie
C’est un souvenir de plus
C’est depuis lors qu’à chaque escale
Les gars du Dragon vert
Viennent me tirer de mon local
Pour aller prendre un verre

Et quand je m’en retourne au pays
Faut voir comme les enfants
Attendent le jeudi
Car pendant toute une après-midi
Je raconte lentement
Quand ils sont assis
Des histoires à dormir debout
Pas souvent véridiques
J’suis pas menteur mais qu’voulez-vous
Il faut voir leurs mimiques
Le résultat de ces histoires
C’est qu’au bout de deux jours
Ils m’ont surnommé Barbe noire
Capitaine au long cours

Moi qui ne sais pas même nager
Je suis quelqu’un maintenant
Sans avoir dit ouf
Je les laisse entre eux se raconter
Que je suis un descendant
Du vaillant Surcouf
Tonnerre de Brest, sabre de bois
Crient-ils dans tous les coins
Quand je s’rai plus grand tu verras
Je serai aussi marin
Ah si les gars du Dragon vert
En arrivant au port
Apprenaient ça à mon p’tit verre
Ils en riraient encore
Ah sacré vieux menteur
Sacré vieux farceur
Sacré vieux loup de terre