vendredi 11 août 2017

Laurent, prince maudit ou maudit prince ?

Disons-le d’emblée : le « sujet » de ce billet n’a aucune espèce d’importance. Il serait beaucoup plus pertinent de parler des tensions nord-coréennes vs nord-américaines, des œufs qui nous pourrissent la vie, du terrorisme qui entraîne des mesures tueuses de liberté et de démocratie, de la négation de plus en plus forte des droits de ceux qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’un travail décent et stable… ou encore des risques illusoires pris par tous ces migrants à la recherche d’une vie de qualité minimale ou enfin de la famine insupportable en Soudan du Sud, en Somalie, au Nigéria, au Yémen… Mais bon, voilà, parfois, il faut aussi pouvoir aborder des sujets légers (quoique, dans ce cas, je serais curieux de connaître son poids).

Notre Laurent de Belgique s’est donc fait remarquer, une fois de plus. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il déchaîne les passions ! C’est pour ou contre ! Est-il un prince maudit, auquel les autorités chercheraient noise, à tort et déraison ? Ou est-il un maudit prince, qui ne cherche qu’à s’attirer les foudres officielles en multipliant les provocations et autres jérémiades ? Sans doute un peu des deux : la vérité est rarement noire ou blanche, elle s’épanouit le plus souvent dans les tons gris, ceux sur lesquels on a le moins de prise.

Un des éléments qui revient souvent dans les commentaires qui s’enchaînent et se déchaînent est une comparaison avec son frère aîné. Celui-ci serait d’une nullité sans nom et féodée au gouvernement fédéral inique par définition, alors que le rebelle Laurent, lui au moins, aurait une existence propre, vertueuse de par sa proximité au peuple et – surtout – sa défense des animaux ! Les comparaisons de quotient intellectuel abondent, toutes sans aucun fondement scientifique ! Une analyse des réalités royales et princières, montre qu’en réalité, Philippe, 7e roi des Belges, a simplement bien intégré les règles liées à son statut et se contente de faire ce que ses conseillers en communication – et/ou le gouvernement – lui  disent de faire. Il est payé pour ça, et il fait le job ! Laurent, lui, n’a pas de job véritable. Il n’existe pas vraiment et n’a jamais vraiment eu un véritable statut. Alors, il essaie – tant bien que mal – d’exister ! Comme il estime ne pas avoir les moyens de se payer un conseiller en communication, il fait ce que bon lui semble. Bref, il n’en fait qu’à sa tête. Comme celle-ci n’est pas un cadeau, il symbolise bien ce qu’on appelle des « frasques ».

Comme il est quand même Prince de Belgique – maudit ou maudit –, notre pays a prévu un système pour subvenir à ses besoins : une dotation. Pour le moment, il a droit à 308 000 EUR par an, répartis en 88 000 EUR de salaire en tant que fonctionnaire (montant soumis à l'impôt des personnes physiques) et 220 000 EUR pour couvrir ses frais de fonctionnement et personnel. Cette dotation – qui en soi ne me dérange aucunement – est financée par l’État belge, c’est-à-dire par les contribuables. Ils sont 6 700 000 en Belgique, ce qui veut dire qu’en moyenne, chaque contribuable paie un peu moins de 5 centimes par an pour financer notre bon prince ! J’ajoute que cette « dotation » n’a rien à voir avec la « donation » royale. Celle-ci est liée au fait que lorsqu’il est devenu le 1er Roi des Belges, en 1830, Léopold 1er a cédé à la Belgique certains biens immobiliers avec charge pour la Belgique de les gérer au mieux. La « donation royale » ne fait donc que gérer des biens immobiliers et ne contribue en rien à financer les différentes dotations.

La question principale me semble être liée à la dotation. On lit souvent que Laurent n’a pas demandé à être Prince ! C’est vrai et personnellement, je préfère ne pas l’être, même si on me proposait en échange cette foutue dotation. Prince de Belgique, il le restera, qu’il le veuille ou non. Il ne peut pas se révoquer. C’est bien dommage – tant pour lui que pour nous –, mais c’est comme ça ! Par contre, le principe de la dotation permet d’entrevoir une solution aux difficultés actuelles !

En échange de cette dotation, les membres de la famille royale qui en bénéficient (Philippe, le roi, puis Astrid et Laurent) ont certaines obligations ou contraintes. Notamment, ils ne peuvent pas avoir de contacts avec des responsables étrangers sans en avoir préalablement reçu l’autorisation du Ministre des Affaires étrangères. C’est normal : la Belgique est une monarchie constitutionnelle fédérale à régime parlementaire. Cela signifie que la responsabilité finale est toujours du ressort du Parlement fédéral. Celui-ci accorde – pour les fonctions exécutives – sa confiance au gouvernement fédéral qui assume donc la responsabilité de tout ce qui concerne l’État. Le Roi ne peut jamais rien faire sans l’aval du gouvernement. Il en est de même pour les autres membres de la famille royale. Bref, Laurent reçoit une « petite » dotation et en échange, il est soumis à certaines règles, dont informer le gouvernement de ses contacts internationaux. Il ne l’a pas fait : que ce soit avec des Chinois n’a aucune espèce d’importance. Simplement, il n’a pas respecté les règles minimales auxquelles il est soumis. Il est donc normal qu’il soit sanctionné.

Il pourrait ne pas l’être. Il suffirait pour cela qu’il renonce à sa dotation. Cela, il peut le faire. Plus de dotation, donc plus d’obligations (quoique) ! Il pourrait alors rencontrer qui il veut, pavoiser là où il le souhaite (mais sans doute pas en uniforme), déclarer tout ce qui paraît bon à son cerveau de première classe, etc. Il pourrait même se présenter (quoique) aux élections et – on peut rêver – devenir premier ministre et « diriger » de la sorte son frère aîné. Si j’étais Laurent, c’est ce que je ferais. Non pas me présenter à des élections et tout ce qui s’en suit, mais renoncer à ma dotation. C’est un peu ce que j’ai fait lorsque j’ai annoncé à mes parents que j’abandonnais mes études universitaires après 4 années pour me lancer dans ce que j’avais vraiment envie de faire : pendant mes nouvelles études, ils ne m’ont plus refilé que les allocations familiales qu’ils percevaient. Pour le reste, je me suis débrouillé. Ce ne fut pas facile, mais j’étais cohérent avec moi-même.

Laurent ferait bien d’en faire autant. C’est mon avis et je le partage. Sans aucune illusion, ni sur l’éventuelle concrétisation d’une telle piste, ni sur l’intérêt ou la pertinence de mon partage : ce serait donner beaucoup trop d’importance à un « sujet » qui n’en a aucune !

vendredi 4 août 2017

Migrant ou pas, on reste un être humain

Je suis outré. Révolté. Dégoûté. Ce vendredi matin, une vingtaine de migrants dormant dans le parc Maximilien ont été emmenés par la police. Mais ce n’est pas tout : lisez la suite !

Le parc Maximilien se trouve près de l’Office des étrangers. Il a souvent été occupé par de nombreux migrants depuis « leur crise ». Ils ont toujours fini par être éjectés. Dans ces deux dernières phrases, il y a déjà plusieurs raisons de se révolter : pourquoi parler de « crise des migrants » ? Pourquoi ceux-ci n’ont-ils d’autres solutions que de se retrouver dans un parc pour y faire du camping sauvage ? L’Office des étrangers ne peut-il pas proposer d’autres solutions pour accueillir ces êtres humains en quête d’un monde meilleur ? Pourquoi la seule solution trouvée par notre Belgique florissante est-elle d’éjecter ?

Depuis quelques temps, les tentes sont revenues dans le parc. Ainsi que leurs occupants. La police passe toujours par là, pour « vérifier »… Depuis quelques jours, plusieurs migrants ont signalé que ces contrôles débouchaient sur des bizarreries. Leurs sacs étaient aussi « contrôlés » et il semble qu’après ce « contrôle policier », leurs seuls trésors avaient disparu : GSM, argent…

Comme par hasard, en fin de cette nuit, tous les occupants du parc ont été éjectés, sans ménagement. La porte-parole de la zone de police de Bruxelles-Ixelles, Ilse Van de Keere, a beau déclarer que ce type d’action est « planifié à l’avance » (sic), on peut quand même se poser des questions. (Ce que n’a d’ailleurs pas manqué de faire la RTBF dans le premier sujet du JT de ce soir. Merci à elle.)

Mais ce n’est pas tout. Lors de l’évacuation, les sacs des migrants ont été saisis pour disparaître au bout du compte ! On les a retrouvés : dans une décharge, avec toutes les poubelles ! Et – comme par hasard – tout ce qui était précieux avait disparu des sacs. À nouveau.

Comment ne pas être outré, révolté, dégoûté ? Non seulement la Belgique est incapable d’apporter des solutions décentes d’accueil même temporaire, mais notre système accepte que ces migrants – qui n’ont plus rien, si ce n’est l’espoir d’une vie meilleure – soient rackettés par la police de ce maigre « rien » !

En Belgique, le bourgmestre d’une commune est responsable des actions menées par la police de sa zone. La commune de Bruxelles vient de changer de bourgmestre à la suite des déviations véreuses du précédent. Le nouveau, Philippe Close, se dit pur, véritablement de gauche, etc. On peut en douter, et j’en doute. Mais enfin, il le dit. S’il le montrait, ce serait mieux ! Les jours qui viennent seront essentiels à cet égard.

En attendant, les migrants continuent à n’être considérés – spécialement par nos « pouvoirs publics » - que comme du bétail, des méchants dont l’objectif serait de ruiner nos pays, la peste de ce début de siècle… L’arrivée massive des migrants est un problème. Pas une crise, mais un problème. Auquel il faut trouver une solution. Acceptable pour tous et toutes, et surtout décente. Les migrants ne sont pas du bétail, des méchants, la peste… Ce sont juste des êtres humains. En détresse de surcroit. Ils devraient être considérés comme tels. En Belgique, à Bruxelles notamment, ils ne le sont pas. C’est inacceptable.

jeudi 27 juillet 2017

Efficacité, efficience, pertinence, cohérence…


Lors de l’accord politique entre le cdH et le MR pour mettre en place un nouveau gouvernement en Région wallonne (désolé pour les Français, mais c’est trop compliqué à expliquer, et sans intérêt), j’ai été frappé d’entendre le nombre de fois où Olivier Chastel prononçait les mots « efficacité » et « efficience », sans apparemment faire la moindre distinction entre les deux termes. Et pourtant…

C’est une confusion fréquente et – par expérience – je sais qu’il n’est pas facile de faire accepter à certaines personnes qu’il s’agit de deux réalités tout à fait différentes.

L’efficacité est le fait d’atteindre ses objectifs, bref que le résultat corresponde à ce qu’on voulait. L’efficience est liée aux moyens qui ont été nécessaires pour atteindre, non pas l’objectif, mais le résultat !

Admettons donc que mon objectif est de disposer d’un jardin splendide ! Peu de personnes contesteront que le résultat illustré par la photo ci-dessus (admettons que ce soit mon jardin, mais je vous rassure, ce n’est pas le cas !) est superbe. J’ai donc été très efficace : mon jardin est sublime !

Pour atteindre ce résultat, j’ai fait appel à une entreprise australienne qui a travaillé six mois, avec quatre travailleurs hyper-qualifiés… Ça m’a coûté un maximum. Je pensais qu’ils allaient faire ça en une semaine, mais ça leur a pris six mois. Je ne sais pas pourquoi, mais ils m’avaient l’air très compétents ! Bref, mon jardin est superbe, mais j’ai dû revendre ma maison située au milieu du jardin, et j’ai comme l’impression de ne pas avoir été très efficient ! Efficace peut-être (mon jardin est splendide), mais pas du tout efficient (cette histoire m’a ruiné) !

Cela dit – et il ne faut pas me prendre pour un illettré : on écrit bien dans ce cas « cela dit » et non pas « ceci dit » – je ne suis pas non plus stupide. Pour décider qui embellirait mon jardin, j’ai fait un appel d’offres ! J’ai eu trois propositions : cette entreprise australienne qui m’a remis un portfolio extraordinaire sur toutes ses productions, un indépendant de Charleroi spécialisé dans la rénovation des cours intérieures et… ma femme – amoureuse des beaux jardins – mais captivée par son métier d’institutrice. Il m’a semblé évident que je devais choisir les Australiens, seuls véritablement compétents pour la tâche demandée. Mon choix fut donc « cohérent » : j’ai choisi les meilleurs moyens pour atteindre mes objectifs.

J’insiste sur cette « cohérence » parce que dans la littérature francophone sur le sujet, celle-ci est la plupart du temps confondue avec la « pertinence ». Dans de nombreux « triangles » entre objectifs, résultats et moyens, la « pertinence » est souvent identifiée comme étant le lien entre les moyens et les objectifs : on serait pertinent parce qu’on choisit les bons moyens pour atteindre les objectifs. Ce n’est pas le cas. On est juste alors « cohérent » : on a des objectifs, et on choisit les bons moyens pour les atteindre !

Mais alors, la « pertinence », c’est quoi ? Question pertinente ! Revenons à mon jardin. En fait, au bout du compte, si je voulais disposer d’un beau jardin, c’est avant tout parce que je voulais être reconnu, par mes voisins proches ou un peu plus éloignés, comme un amoureux de la beauté et surtout comme un ardent défenseur de l’écologie politique solidaire et sans aucune compromission. Quoi, ça n’a rien à voir ? Avec le recul, vous avez raison : désirer un beau jardin est certes très « écologique », mais ne contribue en rien à mon désir suprême : avoir une société ouverte, solidaire, saine, constructive…

En résumant, avec mon beau jardin (et il l’est), j’ai été à la fois efficace, non efficient, cohérent… et (surtout) non pertinent. Ce serait sans doute intéressant de réfléchir à tout ça quand on prend des décisions.

Bon, si vous (n')avez (pas) compris quelque chose et/ou avez des questions, n’hésitez pas !

vendredi 21 juillet 2017

Manque de…

Lors de la dispute de bac à sable entre le chef d'état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, et le Président Emmanuel Macron, j’ai dialogué de manière virtuelle avec une personne qui s’en offusquait ! Elle m’affirmait que l’armée française était confrontée à « un manque d'équipements, du matériel obsolète et/ou pas en état de fonctionner, un manque de formation, le non-paiement de leur solde… ». Bref, une analyse en termes de « manque de… » !

Ce type d’analyse est très fréquent. Notamment dans le domaine de l’éducation. Si l’enseignement va si mal, c’est – dit-on souvent – par manque de moyens, de temps de concertation, de motivation des élèves et/ou des enseignants, etc.

Cependant, dès qu’on raisonne selon des « manques de », on ne parle pas des problèmes, mais des solutions qu’on envisage à un problème qui n’est pas identifié. Dire que l’armée manque d’équipements revient à dire qu’il faut à l’armée des équipements supplémentaires. Mais quel est le problème ? Est-ce que celui-ci est que l’armée ne parvient plus à remplir ses missions classiques ? Est-ce qu’il y a des accidents liés à la vétusté des équipements ? Est-ce que les équipements actuels ne sont plus adaptés aux nouvelles missions de l’armée (notamment en termes de services aux populations ou de protection des citoyens…) ? En ne dénonçant que l’absence de la solution envisagée, il est impossible d’apporter une solution au problème puisque celui-ci n’est pas identifié. Or, en fonction du réel problème, les solutions à apporter ne seront pas nécessairement les mêmes. On risque donc d’apporter une solution sans résoudre le vrai problème. Ou sans mener le projet qui est vraiment pertinent dans la situation.

La majorité des projets qui sont mis en place sont basés sur une idée qu’il faudrait « faire ceci ou cela », en lien avec l’analyse qu’il manque de ceci ou de cela. Or, le véritable besoin tient à la différence qui existe entre la situation telle qu’elle existe (analysée en termes de problèmes) et la situation telle qu’on voudrait qu’elle existe (analysée en termes d’objectifs). Se concentrer sur les moyens correspondant aux « manques de… » risque souvent de passer à côté de la vraie problématique et de mener un projet ou mettre en œuvre des moyens pour le plaisir de le faire, sans qu’on sache trop bien « pour quoi ».

J’dis ça, j’dis rien… Finalement, chacun pense et dit ce qu’il veut. Je n’ai bien sûr de leçon à donner à personne ! N’empêche, ça me fait toujours râler de voir des actions menées en pure perte uniquement parce que l’analyse de départ n’a été faite que sur la base de « manques de… », en ne se fondant ainsi que sur d’éventuelles solutions, en ignorant les problèmes !

samedi 8 juillet 2017

Chansons oubliées : Je pourrais dire, par François Béranger (1971)

Aujourd’hui, tout le monde se plaint. Et tout le monde trouve ça normal. Il est troublant de constater que lorsqu’on donne la parole à tout un chacun, comme c’est le cas avec les réseaux sociaux et/ou les commentaires d’un article quelconque, c’est avant tout pour se plaindre, pour dénoncer l’un ou l’autre, pour railler, pour critiquer à charge, etc. Il y a sans doute de quoi. Quoique. Car, enfin… je pourrais dire !

S’il y a bien un chanteur qu’on ne peut pas soupçonner de s’être laisser récupérer, c’est François Béranger. Il a été de tous les combats. Quinze ans après sa mort, il reste pour beaucoup un modèle de lutte sociale. Un gars qui a toujours osé dire.

Pourtant, au début de sa carrière, pour clôturer son deuxième album, il propose une chanson d’une simplicité et d’une profondeur éblouissantes. « Je pourrais dire ». Musicalement, on y retrouve – surtout à la fin – des écho(e)s de Pink Floyd. Mais l’important n’est pas là.

En soi, ce n’est pas une chanson sociale. Béranger n’y parle que des femmes. De ce qu’il a pu vivre avec des femmes. Mais il est là au cœur-même de la vie humaine et donc de la réalité sociale.

N’y a-t-il pas pire injustice ou pire souffrance pour un homme de vivre la trahison de celle(s) qu’il aime, de supporter la mort de celle(s) qu’il aime, de subir l’indifférence de celle(s) qu’il aime… ? Ce sont des réalités fondamentales. Qui blessent. Au plus profond de ce qu’on est. À côté de ça, les mesquineries politiques, financières, philosophiques… ne sont rien. Bien sûr, elles méritent qu’on s’y attarde, qu’on ne les laisse pas se développer sans pouvoir de contrôle. Mais en soi, ces mesquineries ne sont rien face à l’abîme sentimental lorsque celui-ci surgit, la plupart du temps sans prévenir ! Bref, c’est alors qu’on pourrait dire… qu’on pourrait se plaindre… qu’on pourrait se lamenter…

Et pourtant, soudain, le soleil se lève et fait jaillir des cris d’enfants ! Par ces mots, Béranger remet les choses à leur place, qu’elles n’auraient jamais dû quitter. On peut se plaindre, bien sûr. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que – chaque matin – le soleil se lève et fait jaillir des cris d’enfants.


Je pourrais dire
Que la femme que j'aime
Me trompe avec mes meilleurs amis
Je pourrais dire
Qu'une autre femme que j'aimais
A tout jamais dans la mort est partie
Je pourrais dire
Qu'une autre encore que j'aimais
Ne m'a même jamais regardé
Je pourrais dire...
Mais non, je ne vous dirai rien

Car soudain le soleil se lève
Et fait jaillir des cris d'enfants

jeudi 22 juin 2017

Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous

FMG©2017

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Ces mots de Paul Éluard ne sont pas seulement qu’une belle citation qu’on trouve ci et là, en particulier un 25 mai ! Ils énoncent d’abord une réalité fondamentale, bien plus profonde qu’on ne peut le soupçonner. Il y aurait tant à dire autour de ces mots, tant ils correspondent pour beaucoup à une vérité qui s’est imposée à eux, comme une évidence. Celle-ci se niche parfois là où on ne l’attend pas.

J’étais hier avec mon meilleur ami. On ne se voit pas tous les jours, mais au moins tous les mois. Depuis plus de 25 ans. On se parle. On s’écoute. On rigole. On fantasme. On s’émerveille. On s’inquiète. On partage. Une vraie amitié. C’est incroyable ce qu’on peut partager. En toute confiance et en toute simplicité.

Hier, nous avons parlé – bien sûr – de tendresse. Finalement, c’est le seul sujet qui intéresse vraiment les mecs. La tendresse, simplement. Il se fait que dans l’après-midi ayant précédé nos retrouvailles, mon iPod magique avait sorti au hasard parmi 24 500 morceaux, la chanson « L’amour et la tendresse » de Pierre Perret. Il n’y a évidemment pas de hasard. Il n’y a que des rendez-vous.

J’ai parlé à mon ami de cette chanson. Il ne la connaissait pas. Grâce à Spotify, nous avons pu l’écouter. Une vraie découverte. Un vrai rendez-vous pour mon ami. Mais ce rendez-vous ne s’arrêtait pas là. Pour retrouver la chanson sur Spotify, mon ami avait juste introduit ces mots « Pierre Perret l’amour ». Nous avons trouvé la chanson, mais après, Spotify a spontanément proposé une « playlist ». C’est là que le hasard n’était plus qu’un rendez-vous. Cette playlist tournait autour de chanteurs que j’adore : Georges Chelon, Georges Moustaki, Léo Ferré, Barbara, Yves Duteil, Graeme Allwright, etc. C’était déjà incroyable. Mais, en plus, la plupart des chansons qui nous arrivaient « par hasard » avaient un sens profond par rapport à tous nos partages, toutes nos discussions, toutes nos errances vitales. À vrai dire, nous nagions alors en pleine extase. Nos rêves, nos angoisses, nos divagations se concrétisaient soudainement dans la réalité de ces chansons éternelles. Ce ne pouvait être un quelconque hasard. Juste un rendez-vous intergalactique. Nous aurions pu passer la nuit à jouir de cette playlist inconnue. Et à chaque chanson à vibrer d’émotion. Quel bonheur.

Parmi ces chansons, un trésor que je connais bien, depuis longtemps, mais que mon ami ne connaissait pas : « La ligne droite », de Georges Moustaki, interprétée à la suite par Barbara. Un joyau sublime. Chaque artiste interprète la même chanson. Chacun dans son style. Et quand Moustaki se tait pour laisser place à Barbara, le miracle s’installe. Il n’y a pas de hasard. Il n’y a que des rendez-vous.


samedi 17 juin 2017

Paradoxe du singe savant

Si un singe tape indéfiniment et au hasard sur un clavier, il pourra « presque sûrement » écrire un texte donné. Ça prendra du temps (beaucoup de temps), mais il devrait y arriver. Cela s’appelle le paradoxe du singe savant. C’est un théorème passionnant et qui relativise quand même beaucoup de choses. Mais en fait, ce n’est pas de cela dont je veux parler. Mais de mon petit-fils !

Celui-ci n’est pas un singe. Loin de là… quoique, la suite de l’histoire en témoignera. Il se fait qu’Alexis (bientôt 4 ans) passe le week-end chez nous, accompagné de sa sœur Élise (1 an). Je ne sais pas si cela a un lien avec la suite, mais nous sommes allés – Alexis et moi – au cirque cette (chaude) après-midi. Un vrai cirque. Familial. Avec de beaux numéros et aussi des animaux (chevaux, lamas, bouc…) visiblement bien soignés et respectés.

Est-ce ce bon moment circassien qui a soudain rappelé à mon petit-fils, alors que sa sœur dormait désormais paisiblement, qu’il avait vu des singes lors d’un séjour familial ardennais il y a deux semaines ? Toujours est-il qu’il s’est transformé soudainement en singe ! C’est assez surprenant. Amusant, mais surprenant. Et au bout d’un temps, légèrement éreintant !

Bref, à un certain moment, je lui ai demandé de se calmer un peu. Je le lui ai dit en néerlandais. Il se fait que ses parents ont décidé – avec raison – de lui faire suivre sa scolarité (pour le moment, en 1re maternelle) en néerlandais. Moi qui ne suis pas très compétent en langues étrangères, du moins à l’oral, j’approuve pleinement ce choix qui permettra à Alexis de devenir un vrai bilingue (voire sans doute trilingue).

Assez naturellement finalement, Alexis m’a répondu en néerlandais ! Il m’a dit que les singes n’étaient pas calmes, car ils vivaient dans les arbres ! À vrai dire, heureusement que ma femme était à côté de nous pour me traduire cette phrase relativement simple, prononcée avec un vrai accent néerlandais !

Je ne crois vraiment pas que mon petit-fils soit un singe savant ! Il est juste un enfant de 4 ans, bien dans sa peau, avide de découvrir des tas de choses, et qui simplement grandit dans un univers linguistique pluriel et l’assume pleinement ! Quel bonheur !

Je ne veux pas dire ici que tous les enfants devraient suivre le même parcours. Quoique. Je sais simplement qu’un enfant qui, à 4 ans, peut passer d’une langue à une autre est un enfant qui – dans le monde actuel – a en lui une force incroyable. Et moi, en tant que grand-père « Papyllon », je m’émerveille. Et c’est bon.

mardi 6 juin 2017

Tais-toi !

Tais-toi ! Deux syllabes souvent prononcées ou écrites. Plus souvent encore, pensées. Tais-toi. T’as rien à dire. Tu n’y connais rien. Tu n’as pas le droit de penser, encore moins de parler. Tais-toi. De toute façon, tu as tort. Alors, tais-toi.

Nous avons sans doute tous et toutes entendu, à un certain moment de notre vie, ces paroles pleines de sagesse : tais-toi, tu n’y connais rien, parle seulement de ce que tu connais… Cette injonction soulève cependant deux questions fondamentales :
  • qu’est-ce qui permet de dire à une personne qu’une autre n’y connaît rien ?
  • quand bien même une personne « n’y connaît rien », n’a-t-elle pour autant rien à dire ?
J’ai vécu de près dernièrement cette situation, pour une question de rapport aux animaux, sur laquelle je ne tiens pas à revenir, mais qui m’a amené à me poser concrètement ces deux questions.

J’avais donc émis mon avis personnel à propos des chiens qui aboient ci et là, sans nécessairement que leurs maîtres interviennent. Je répète que je ne souhaite pas ici relancer le débat. Il est clair qu’il y a des positions différentes et, en soi, elles sont toutes respectables. Mais j’ai été frappé par le fait que plusieurs personnes (que j’apprécie par ailleurs) m’ont dit – de manière plus ou moins directe – que je n’avais de toute façon pas à émettre un avis à ce sujet puisque de toute façon, je n’y connaissais rien. Je n’ai jamais caché ni ici ni ailleurs qu’au jour d’aujourd’hui, je n’avais aucun intérêt à vivre avec un animal domestique. Est-ce une raison pour dire que je n’y connais rien ? Dans les méandres de ma vie, il m’est arrivé plus d’une fois à vivre avec un chien ou avec un chat. Certainement avec trois chiens différents. Et sans doute avec autant de chats. Ce n’était pas les miens. Mais j’ai vécu avec eux. Durant environ trois ans. Sans aucun problème dans cette co-existence. Pas de problème, mais cela ne m’a pas pour autant converti à l’idée d’avoir un chien. Mais la question n’est pas là : peut-on vraiment dire à quelqu’un qui a vécu au moins trois années avec des chiens et/ou des chats qu’il n’y connaît rien aux chiens ni aux chats ?

Bref, je crois avoir vécu suffisamment de temps avec des chiens et/ou des chats pour y connaître quelque chose. Mais quand bien même je n’aurais pas ce vécu de proximité, qui pourrait dire que pour autant je n’y connais rien ! En l’occurrence, je m’exprimais non pas sur la relation qu’on peut avoir avec un chien ou avec un chat, mais sur les (dés)agréments que peuvent produire ces animaux sur toutes les personnes qui sont amenées à les rencontrer, sans en être les propriétaires et sans contrôler tous les paramètres qui interviennent dans leurs rencontres. Je ne m’exprimais donc pas en tant que propriétaire, mais en tant qu’usager. Lors de mes balades pédestres, il m’arrive plus d’une fois (en fait, chaque fois) d’être confronté à des aboiements intempestifs, quand ce n’est pas un chien qui me court derrière. J’avoue que je ne connais pas le bonheur de vivre avec ces chiens qui aboient à mon passage ou me harcèlent. Mais il me semble quand même connaître cette peur de savoir ce qui va m’arriver. Je rassure : la plupart du temps, il ne m’arrive rien. Par contre, la peur, elle, est chaque fois présente (sans qu’elle soit pour autant névrotique ou psychotique !). Je ne connais peut-être rien (et encore) à la relation harmonieuse entre un chien et son propriétaire. Mais il me semble que j’y connais quelque chose (et plus que ça) entre un promeneur et un chien qu’il croise dans ses balades.

Je crois donc connaître quelque chose dans cette situation. Quand bien même je n’y connaîtrais rien, devrais-je pour autant me taire ? Au jour d’aujourd’hui, cette question est relativement absurde : on voit bien que tout un chacun s’exprime sur n’importe quoi et n’importe comment en étant persuadé de détenir la vérité. On peut se poser beaucoup de questions sur cette expression libre et débridée. Je suis d’ailleurs le premier à m’interroger sur la pertinence de certains propos, voire à m’effrayer de la violence qu’ils contiennent. Y compris d’ailleurs quand ce ne sont que des réactions par rapport à des propos initialement banals, comme ce fut le cas lors de la publication de mon billet. Toutes ces personnes, dans la violence parfois de leurs propos, devaient-elles se taire ? Non, je ne crois pas. Elles ont réagi comme elles le sentaient. Et en cela, elles avaient raison. Je n’ai pas de problème lorsque quelqu’un dit ce qu’il a à dire. Mais j’ai quelques problèmes lorsque certains disent « Tu n’as rien à dire, puisque tu n’y connais rien ».

Qu’est-ce qui leur permet de dire que je n’y connais rien ? Et même si je n’y connaissais rien, qu’est-ce qui m’empêcherait de dire ce que je ressens ? Que chacun apporte sa propre réponse…

lundi 5 juin 2017

Aller plus loin

FMG©2017

La vie est faite de moments. Certains n’ont aucune espèce d’importance. D’autres sont difficiles et font douter. D’autres enfin sont de petits paradis. Vous savez, ces moments où on sent que la vie a du sens, qu’on marche ensemble vers un monde meilleur, où simplement on va plus loin.

Je viens de vivre un de ces moments bénis. En soi, il est banal. De simples retrouvailles familiales, comme des milliers de personnes le vivent périodiquement. Dans notre cas, tout simplement en raison de la beauté de la vie qui mène chacun(e) là où il/elle doit être, il y avait bien longtemps que nous ne nous étions plus retrouvés tous ensemble, au-delà de rencontres ponctuelles. Ici, nous étions vraiment tous ensemble, avec trois générations. Quel bonheur !

Nous ne sommes pas une famille « fusionnelle ». Je trouve que c’est très bien ainsi. Chacun vit sa vie, avec des moments heureux et d’autres moins heureux. Mais nous ne nous retrouvons pas toutes les semaines. Ni même tous les mois. Nous restons une famille. Dans le respect de l’indépendance de chacun(e). C’est bien comme cela que je conçois le chemin de chacun(e) : toujours aller plus loin, mais toujours à son rythme.

Pas de relation fusionnelle donc, mais toujours – j’ose le croire – un plaisir profond à se retrouver. Trois enfants et trois mondes fondamentalement différents. Mais une certitude d’appartenir au même cercle. Certains s’y sont ajoutés. Tant mieux ! Découvrir la troisième génération (qui n’est en réalité que la nième génération) est une nouvelle porte qui s’ouvre vers la vie, la solidarité, l’amour… Merci à vous, mes (beau et petits-)enfants. Vous êtes le sel de notre vie.

Celle-ci n’a de sens réel – nous le savons depuis longtemps, ma femme et moi – qu’à aller plus loin. Le moment du chemin n’a pas beaucoup d’importance. Savoir qu’il y a toujours un après qui nous permet d’aller plus loin, cela seul compte. Cette conviction profonde, nous avons pu la vivre concrètement ce WE. Et c’est un réel bonheur.

mercredi 31 mai 2017

Orto Graf

On me reproche périodiquement – sans doute avec raison – d’être trop pointilleux, voire tatillon, face à certaines erreurs d’orthographe rencontrées ci et là sur la grande toile. Je ne le nie pas, même si les erreurs que je relève sont bien moins nombreuses que toutes celles que je vois sans réagir.

Oui, j’accorde de l’importance à l’orthographe et j’en ai une certaine maîtrise. Ce ne fut pas toujours le cas. Quand je relis certains de mes écrits, je suis souvent effrayé ! Il ne faut pas croire que cette maîtrise m’est venue comme ça, naturellement. Non, j’ai dû beaucoup travailler pour en arriver là, j’ai dû plus d’une fois chercher à vérifier ce que j’écrivais pour constater la plupart du temps que je me trompais, j’ai dû lire de nombreux documents pour analyser comment notre orthographe française fonctionne pour conclure plus d’une fois qu’il n’y a là aucune logique.

Ce fut une partie de mon travail dans de nombreuses situations : relire des documents – que j’en sois l’auteur ou non – pour y traquer la moindre coquille, la moindre licence par rapport aux règles, la moindre virgule manquante, l’espace inexistante ou superflue*, etc. J’ai – je crois – développé certaines compétences à ce niveau et c’est bien pour cela qu’on continue à me solliciter pour quadriller des textes divers. C’est devenu une seconde nature : mon œil de lynx est autonome et il suffit qu’il y ait une seule coquille dans un document pour qu’il la repère. Avec toujours alors la même question : que faire ? Si on m’a sollicité pour relire, il n’y a évidemment aucune hésitation : je corrige. Mais si on ne m’a pas sollicité, dois-je me taire ou signaler l’erreur qui soudain devient l’arbre qui cache la forêt ? Je n’ai pas de réponse définitive. Parfois je dis, parfois je me tais. Quand je dis, soit on me remercie, soit on ne me dit rien, soit on me tombe dessus ! Quand je me tais, on me reproche parfois de n’avoir rien dit ! Allez savoir…

Je suis ce que je suis et je crois que je continuerai à repérer la moindre erreur d’orthographe. Je parle bien d’ « erreur ». La notion de « faute » d’orthographe m’est inconnue. Personne ne se trompe pour se tromper. Par contre, il est quasi impossible de maîtriser toute l’orthographe française. Croyez-moi : des erreurs, j’en fais aussi. Et je suis toujours heureux quand on me les signale.

N’empêche, certaines erreurs sont parfois amusantes. Les exemples ne manquent pas. Juste avant d’écrire ce billet, j’en ai vu une belle. Dans une conversation à propos d’un ancien bistrot tenu avec beaucoup de cœur par un couple dont la femme s’appelait Léa, j’ai lu ce commentaire : « Oui, par après, elle fessais la livraison du nous deux à domicile ». Je n’ai rien signalé, mais j’ai souri. J’imaginais cette charmante Léa venir fesser à domicile ce couple souriant !

Croyez-le ou non : ce billet n’est qu’un sourire béat !

*En typographie, l’espace est bien un mot féminin.

mardi 30 mai 2017

Chien gentil

Je suis actuellement impliqué dans une discussion Facebook sur les chiens et la peur qu’ils peuvent engendrer. Au départ, cette banale photo à propos de laquelle une amie (que je considère comme telle) annonçait « Prêtes à aller aboyer sur les passants qui oseraient passer dans la rue devant leur domaine ».

Tout en percevant l’humour qu’il y avait dans ce post, je n’ai pas pu m’empêcher de réagir. Je ne supporte pas les chiens qui aboient pour défendre leur domaine, aussi « gentils » soient-ils. Ces chiens devraient – selon moi – être abattus, et leurs maîtres punis.

Clarifions la situation : dans ma vie un peu bohême, il m’est arrivé de vivre avec trois chiens différents. Ils n’étaient pas à moi, mais je n’ai jamais eu le moindre problème avec chacun d’entre eux. J’ai même chaque fois vécu de bons moments. Aucun des trois cependant n’a jamais aboyé bêtement pour un passant qui passait. Je crois que j’ai vécu – heureusement – avec des chiens intelligents qui ont autre chose à faire que d’aboyer sur les passants qui oseraient passer dans la rue devant leur domaine… Je crois surtout que leur(s) maître(s) n’aurai(en)t jamais accepté que ce(s) chien(s) puisse(nt) provoquer le moindre problème vis-à-vis du « commun des mortels ».

La question abordée ici n’est pas de savoir si oui ou non on aime les animaux. J’avoue ne pas avoir de passion pour eux, mais en soi, je n’ai pas de blocage non plus. Et je suis convaincu que pour des milliers de personnes, avoir un chien est un réel bonheur. Là n’est pas le problème. Malheureusement, beaucoup de propriétaires de chiens ne semblent pas le comprendre.

Dans le débat que j’ai eu, j’ai notamment évoqué une chouette promenade réalisée avec mes deux petits-enfants, Élise – un an – tapie dans sa poussette et Alexis – bientôt 4 ans – jouissant librement de la découverte d’un univers calme et résidentiel. En fin de parcours, à 10 mètres de la maison, nous avons rencontré un couple avec un chien. Sans laisse. Il s'est lancé vers nous. Certainement pour s’amuser. Mais Alexis a eu peur et logiquement s'est déplacé vers le centre de la rue. À ce moment, une voiture arrivait derrière nous. L'accident – qui aurait pu être dramatique – fut évité de justesse. La seule chose que le couple a réussi à me dire est "Mais il est très gentil". Je n’en ai pas douté une seule seconde. Devais-je moi-même tenir mon super Alexis en laisse pour qu’il ne puisse pas vivre sa vie d’enfant librement et sans danger ?

Cet exemple n’en est qu’un parmi beaucoup d’autres. Moins souvent que je ne le voudrais, mais souvent quand même, je me promène. À chaque promenade, il m’arrive d’avoir peur, au moins une fois. Tout simplement parce qu’un chien commence à aboyer. Jusqu’à présent, cela se limite à une peur. Ce n’est pas agréable, mais pas mortel non plus. Ce ne sont parfois que de petits aboiements de petits clebs qui ont en fait plus peur que moi. Mais le plus souvent, ce sont des chiens qui – s’ils étaient lâchés – ne feraient en réalité qu’une purée de mes mollets.

En écrivant ce billet, mon objectif n’est pas de m’attaquer à tous les propriétaires de chiens. Ils les aiment et c’est bien leur droit. Mon objectif est simplement de dire que tout le monde n’aime pas les chiens et que c’est bien leur droit aussi. Il y a des règles à respecter. Un, ne jamais accepter qu’un chien aboie sans raison. Et « défendre son territoire » n’en est pas une. Deux, ne jamais promener un chien sans laisse. Tout simplement parce qu’il est impossible de savoir ce qui se passera quand le chien rencontrera des gens qui tout simplement se baladent, sans devoir se soucier d’un animal qu’ils ne connaissent en aucune manière.

Malheureusement, devant la simplicité et l’évidence de ces règles de savoir-vivre, je ne suis pas sûr d’être entendu. Et c’est bien triste ! La vie est merveilleuse. Ne nous-la laissons pas pourrir !

samedi 27 mai 2017

Nos priorités pour un monde meilleur

À l’instigation de ce sage et saint homme qu’est le nouveau président des États-Unis, ce cher Donald Trump, la Belgique vient de se faire crosser par le Secrétaire général de l’OTAN pour le budget qu’elle consacre à sa défense (inter)nationale. Pensez donc : notre gouvernement a osé n’accorder au budget militaire 2016 que de misérables 0,85% du PIB. Nous nous classons ainsi au fond du fond de la classe ! Seul le Luxembourg fait moins bien (0,44% du PIB).

Lorsque j’ai entendu ces nouvelles, j’avoue avoir retrouvé un certain sentiment d’être belge ! Quel plaisir d’apprendre que mon pays ne dilapide pas son argent en dépenses militaires ! Oui, pour une fois, j’étais vraiment fier des décisions prises – jusqu’à présent – par ce gouvernement belge sur lequel j’ai énormément de doutes par ailleurs.

Je me souviens qu’en 1981 – ce n’est pas hier – j’avais pris le temps d’écrire à nos ministres de l’époque pour leur demander d’augmenter non pas le budget militaire, mais celui consacré à l’époque à l’aide publique au développement. Ce budget correspondait alors à 0,5% du PNB. La Belgique venait de confirmer son intention d’y consacrer 0,7% de son PNB. À l’époque, le ministre des Affaires économiques Willy Claes m’avait répondu de manière volontaire et engagée. Pour la petite histoire, il est à noter que Willy Claes est devenu, en 1994, Secrétaire général de l’OTAN. Il démissionna un an plus tard ayant été mis en cause dans une affaire de corruption relative à l'achat d'hélicoptères par la défense nationale belge. Mais bon, il s’était en tout cas en 1981 montré enthousiaste à l’idée de lutter contre la faim et la sous-alimentation dans le monde.

Plutôt que de vouloir consacrer aujourd’hui un budget de 2% du PIB à la défense nationale, je pense que plus que jamais il est indispensable d’augmenter le budget consacré à la coopération au développement. Ce budget correspond actuellement à 0,42% du PIB et ne cesse de diminuer depuis 2010. La Belgique ne peut cependant pas être considérée comme un mauvais élève à ce niveau puisqu’au niveau mondial, le taux moyen de contribution des pays donateurs correspond à 0,3% du PIB.

Une fois de plus, il s’agit de savoir quel monde nous voulons. Un monde fondé sur l’opposition, voire la guerre ? Ou un monde fondé sur la solidarité et l’entraide ?

mercredi 17 mai 2017

Le violoncelle

On m’a souvent demandé « Mais de combien d’instruments joues-tu ? ». Depuis longtemps, je réponds inévitablement « De tous ! Sauf l’accordéon diatonique et le violoncelle » ! En soi, un instrument de musique est toujours basé sur le même concept : des notes qui montent et descendent, avec certains écarts ! Il suffit donc de comprendre comment les notes d’un instrument montent et descendent et comment décider – selon l’instrument – comment se marquent les écarts. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

L’accordéon diatonique est un peu différent parce que, tout en poussant sur une touche, on n’obtient pas la même note (=le même écart) selon qu’on pousse ou qu’on tire. C’est une réelle difficulté, mais qui en réalité ne me semble pas insurmontable. C’est finalement le même principe qu’un harmonica, instrument qui ne m’a jamais paru présenter la moindre difficulté pour en faire quelque chose.

Le violoncelle me semble un univers complètement à part. C’est paradoxal pour moi qui suis officiellement « contrebassiste » (même si j’ai bien conscience de ne jamais pouvoir être identifié comme un génie de cet instrument majestueux), la contrebasse étant finalement le seul instrument que j’ai appris par une voie « classique » (académie et tout ça) ! J’ai aussi joué du violon, notamment dans un des nombreux enregistrements que j’ai réalisé. Finalement, un violon n’est jamais accordé que comme une mandoline : une quinte juste, c’est-à-dire de la corde la plus grave à la plus aiguë, sol, ré, la et mi. Bref, juste l’inverse de la guitare ou de la contrebasse, mais avec les mêmes écarts.

Le violoncelle, c’est en fait la même chose : aussi des quintes, mais pas les mêmes : do, sol, ré et la (du grave vers l'aigu), comme en fait pour le violon alto. Pour un béotien, ça ne change pas grand chose. Mais pour un musicien, cela change tout. Peu importe finalement : ces écarts, je n’y comprends rien !

Mais j’adore le violoncelle. Sa sonorité, sa musicalité, sa diversité sont uniques et merveilleuses. Nous avons la chance, en Belgique, de vivre actuellement une session du Concours Reine Élisabeth consacré pour la première fois au violoncelle. C’est somptueux. Je n’ai vu  pour le moment - sur nos antennes nationales - que trois musiciens. J’étais scotché. Je ne sais pas s’ils sont dans les meilleurs ou non. Mais c’était sublime !

Je ne serai jamais violoncelliste. J’ai trop d’admiration pour cet instrument. Mais je peux dire que nous avons une chance inouïe, en Belgique, de voir et d’entendre un tel concours international se dérouler en nos terres et de pouvoir visionner et écouter cela sur nos antennes nationales, publiques, ouvertes à tous. C’est en réalité un cadeau sans commune mesure.

lundi 15 mai 2017

Les mots magiques

Cela fait quelques mois que je vois régulièrement passer ce panneau sur Internet. Apparemment, d’origine portugaise, il aurait été traduit en suédois, avant d’être internationalisé, notamment en français. Cela montre l’intérêt de la question abordée, à savoir la part de responsabilité dans l’éducation respectivement des parents et de l’école. En France, il y a par ailleurs depuis longtemps un débat entre les missions d’éducation et d’instruction. Soyons clairs : pour moi, ce panneau a tout faux.

J’ai hésité à écrire « tout faux » en majuscules dont les réalisateurs du panneau semblent – à tort – très friands. Mais bon, ne soyons pas (trop) mesquins !

Tous les apprentissages cités comme devant être réalisés « à la maison » ont effectivement celle-ci comme première source d’apprentissage. Et il est vrai que malheureusement ces apprentissages familiaux souffrent parfois de quelques déficiences. Aujourd’hui plus qu’hier ? Sans doute, même si cela resterait à prouver. Mais ces apprentissages fondamentaux n’ont jamais été l’apanage de la famille. L’école – déjà du temps de Socrate – a toujours visé le développement de ces comportements sociaux. Non pas pour se substituer aux familles, mais parce que ces apprentissages, appelés dans le jargon pédagogique des « savoir-être », sont tellement complexes et fondamentaux qu’il faut bien que tout le monde s’y mette pour espérer que le maximum d’enfants les maîtrisent. Finalement, ce sont aussi ces apprentissages qui feront, notamment, que l’enfant deviendra un citoyen libre, engagé et responsable. Nous avons tous connu, sous une forme ou une autre, des « points de conduite » portant sur notre politesse, notre ponctualité, notre respect des autres et de l’ambiance de travail, etc. Cette « évaluation du comportement » est globalement acceptée par tout le monde. Elle pose des problèmes éthiques et méthodologiques importants que j’ai traités par ailleurs. Mais elle montre de toute évidence l’importance majeure que l’école apporte – et doit apporter – au développement de comportements sains, respectueux et responsables.

De son côté, l’école se consacre bien évidemment aussi aux apprentissages « cognitifs », qui sont eux aussi des « mots magiques » : les mathématiques, les langues, les sciences tant humaines que naturelles ou exactes, l’éducation physique, etc. C’est sans doute sa fonction première. Oui, l’école « instruit ». Mais elle n’est pas seule à le faire. Imagine-t-on des parents qui ne stimuleraient pas leurs enfants à marcher et faire des cumulets, à compter les bonbons pour savoir s’il y en aura assez pour tout le monde, à admirer un paysage en expliquant en toute simplicité ce qui en fait sa beauté, à reconnaître et écrire son nom, à communiquer avec ceux qu’on rencontre (même si c’est dans une langue étrangère), à observer et comprendre en termes simples un phénomène scientifique, etc. ? À nouveau, ces apprentissages fondamentaux n’ont jamais été l’apanage de la seule école. Aujourd’hui plus qu’hier, certainement. Car l’émergence d’Internet et tout ce qui l’accompagne ne font que donner à l’enfant une multitude de voies vers les apprentissages de base. Tant l’école que les parents doivent s’en rendre compte : les enfants d’aujourd’hui (et sans doute d’hier) apprennent en réalité bien plus en dehors de l’école et de la famille… Et c’est tant mieux.

Bref, ce panneau qui essaie d’opposer les apprentissages qui seraient réalisés en famille ou à l’école n’a pas de sens. Tous les apprentissages sont toujours et de manière indispensable réalisés tant en famille qu’à l’école, ou ailleurs encore…

Une dernière interpellation : la dernière phrase du panneau déclare sans sourciller qu’il faut partager le message « pour le bien de la nation » ! Alors là, on sombre évidemment en plein délire. Une telle prose est malheureusement celle de l’extrême-droite. Cela explique peut-être l’existence et le succès de ce panneau. On peut s’en inquiéter.

dimanche 14 mai 2017

Sus à l’antimacronite aiguë

Je ne me suis pas vraiment prononcé pendant la campagne électorale. D’une part, parce que je n’étais pas directement concerné : je suis Belge et – même si ce qui se passe en France sur le plan politique est passionnant – je reste sans droit de vote. D’autre part, j’avoue être resté – jusqu’au bout – très sceptique sur ce que les candidats proposaient. Macron a été élu. Depuis lors, je constate -  essentiellement sur FaceBook et de la part d’amis belges – une antimacronite aiguë. De toute façon, il a tort et il faut qu’il dégage !

Fidèle à mon billet précédent, « j’attends de voir ». Macron est-il un Président providentiel ou au contraire un Suppôt de Satan ? Je n’en sais rien. Qu’on lui laisse un peu de temps !

J’avoue que pendant toute la campagne électorale, j’ai toujours été dérangé par le postulat « Macron ancien banquier = Macron à la solde des banques ». Je suis un ancien scout. « Scout un jour, scout toujours ». Je le reconnais et je revendique cette continuité. Mais enfin, à ce que je sache, il n’y a pas – comme chez les scouts – de « promesse de banquier ». Et quand bien même. J’ai en réalité fait deux fois ma promesse scoute. Cela veut dire que j'ai juré que « sur mon honneur et avec la grâce de Dieu, je m'engage à faire de mon mieux pour servir Dieu, mon pays, etc. ». C’était un autre temps. Je ne renie pas mon engagement, mais aujourd’hui, je refuserais une telle formulation. J’ai changé. Je ne renie pas ce que j’ai été. Mais je suis ce que je suis. Non pas ce que j’ai été. Cet exemple n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je refuse de penser qu’un être humain soit enfermé dans son passé. Je ne dis pas que ce passé n’a pas d’importance. Je dis seulement que celui-ci ne conditionne pas éternellement un individu. Heureusement !

Jusqu’à preuve du contraire, Macron semble vouloir faire « autrement ». Ce qu’il dit et son parcours semblent indiquer la voie à une autre manière de faire, loin de l’opposition classique gauche-droite. Certains me diront que ce n’est que de l’enfumage. J’aimerais savoir ce qui leur permet de le dire. J’en connais qui diront que c’est évident étant donné que seule « la lutte des classes » importe. Je n’ai rien à redire à cet argument, si ce n’est que le concept me semble totalement dépassé, non pas tant dans sa réalité fondamentale que dans sa formulation. Je ne suis décidément pas convaincu qu’une quelconque « lutte » puisse mener quelque part. Pour moi, comme je l’ai chanté, « il n’y a guère de guerres qui en valent la peine. Même les guerres de naguère ne conduisent qu’à la haine. Toute guerre est vulgaire et tout à fait vaine ». La lutte des classes n’est qu’une guerre parmi d’autres.

Je ne suis pas macroniste. J’ai des doutes sur son programme. Il me semble un peu trop « beau » pour être vrai. Mais le minimum de l’intelligence me semble de lui laisser sa chance. Seul l’avenir détient un peu de vérité. Et comme l’écrivait Eugène Guillevic (merci Jean-Claude) : « On ne possède rien, jamais, qu’un peu de temps. »