vendredi 14 novembre 2014

100 000

Hier, à 7h55, en arrivant à Mons, ma voiture a passé le cap des 100 000 kilomètres. J’imagine qu’avec raison, ça n’intéresse personne, mais moi, ça m’a ému ! Mine de rien, ce n’est quand même pas n’importe quoi, même si aujourd’hui c’est devenu banal. Ça n’a pas toujours été le cas.

Je me souviens, en 1978, lorsque – pour la première fois – une de mes voitures a passé ce seuil. C’était une Peugeot 204 achetée d’occasion en mauvais état : lorsque j’étais allé la chercher de l’autre côté de Bruxelles, il n’y avait plus d’embrayage et j’ai traversé la ville en utilisant comme seul embrayage que la clef de contact ! Mais quelques mois après, les 100 000 km se profilaient. J’ai invité mon ami Stephen à m’accompagner et lorsque nous sommes arrivés au moment fatidique, je me suis arrêté et j’ai ouvert une petite bouteille de champagne que nous avons dégusté avec émotion !

Aujourd’hui, 36 ans plus tard, ça n’émeut plus personne que moi ! Même ma femme adorée, lorsque je lui ai communiqué l’information, n’a émis qu’un « Ah bon ! » révélateur de l’intérêt qu’elle y apportait.

Pourtant, c’est quand même extraordinaire, non ? On parle toujours de l’obsolescence programmée, et je suis convaincu que celle-ci existe. Mais au niveau des voitures, aujourd’hui, il est tout à fait normal qu’elles atteignent cent mille, voire deux cent mille kilomètres, sans que personne y ait quoi que ce soit à redire.

Ah, c’est votre cas aussi ! Inutile de me jeter en pâture à la vindicte populaire qui s’y connaît pour condamner toute âme qui vive sans même savoir de quoi il en retourne. J’ai compris, je sors…

vendredi 7 novembre 2014

Quand les patrons ignorent la réalité

La Belgique vit des heures difficiles. Un gouvernement de droite prend des décisions de droite. Le peuple trinque et il s’exprime. Avec dignité : une manifestation de plus de 100 000 personnes a pu montrer la volonté des citoyens de résister à cette politique assassine. Certains casseurs en ont malheureusement profité pour casser… C’est un épiphénomène, mais il est évidemment gonflé par les médias. Pourtant, où se trouve la véritable violence ?

Le jour de la manifestation, Jo Libeer, le patron des patrons flamands réunis au sein du Voka, s’est exprimé dans La Libre. Il en a bien le droit, mais ses propos sont stupéfiants !

Les décisions gouvernementales vont entraîner une perte du pouvoir d’achat des citoyens belges, surtout ceux de la base. Cette perte est certainement difficile à chiffrer, mais Libeer semble reconnaître une perte de 350 euros, en ajoutant que « ce n’est même pas une bière par jour » ! Le calcul mathématique est exact, mais il témoigne d’une méconnaissance totale de la réalité de la majorité des citoyens belges. Pour beaucoup, 350 euros correspondent aussi au budget maximal qui peut être consacré pour un mois d’alimentation. Perdre la possibilité de se nourrir pendant un mois sur douze, c’est quand même autre chose que de renoncer à une bière par jour ! Or, c’est ça la vraie vérité ! Libeer est non seulement insultant, mais aussi totalement déconnecté de la réalité.

Ce sinistre personnage ajoute plus loin « qu’il faut que les syndicats comprennent qu’il est nécessaire d’augmenter les profits avant de les redistribuer » ! Comme si des patrons redistribuaient les bénéfices engrangés ! La mise au jour des mécanismes de « fraude fiscale légale » au Grand-Duché de Luxembourg montrent clairement que la seule chose qui intéressent vraiment les patrons est de disposer du bénéfice le plus élevé. Ils ne se soucient en aucune manière de le redistribuer. Bien sûr, ils savent bien qu’ils ont besoin de travailleurs pour produire ce bénéfice, mais ceux-ci ne sont clairement perçus que comme des moyens pour dégager de l’argent dont seuls les patrons profiteront pleinement. Si les politiques en faveur des entreprises permettaient de multiplier le nombre d’emplois, il y a longtemps qu’on le saurait. En réalité – toujours elle -, ces politiques ne servent qu’à augmenter les marges bénéficiaires des patrons. Sans que ceux-ci contribuent réellement au bien-être collectif.

Il est regrettable que la manifestation du 6 novembre se soit terminée par des violences dues à quelques énergumènes. Il est inacceptable que les patrons, avec la complicité active de la gent politique, puissent sans arrêt continuer à exploiter et à mépriser les travailleurs. Où se trouve la véritable violence ?

lundi 3 novembre 2014

Movember symbolique

Pendant ce mois de novembre, je participe à Movember. Cela signifie que durant ce mois, je me laisse pousser la moustache (cela ne fera jamais que quelques poils disparates) pour « changer le visage de la santé masculine », et plus spécifiquement contribuer à récolter des fonds pour lutter contre le cancer de la prostate et des testicules.

Un cousin m’a interpellé parce qu’il ne voyait aucun lien entre une moustache et la prostate ou les testicules. Il a raison évidemment, si ce n’est que - jusqu'à preuve du contraire - il s'agit d'attributs spécifiquement masculins. Mais qu’importe qu’il y ait ou non un lien biologique et objectif. En réalité, le lien est essentiellement « symbolique ». C’est-à-dire qu’il dépend du sens qu’on lui donne. Je sais pourquoi je me laisse pousser cette moustache pendant un mois. C’est pour manifester mon soutien à ceux qui souffrent de ces maladies typiquement masculines. En soi, ma (maigre) moustache n’y changera rien. Mais – et ce billet en est la meilleure preuve – elle permet de discuter, de prendre conscience et peut-être – je l’espère – de motiver certains (peut-être mon cousin) à donner quelques sous en faveur de la recherche autour de ces cancers.

Le lien n’est que symbolique, mais c’est ce qui fait sa force. L’être humain ne l’est vraiment que parce qu’il a accès au symbolique, à savoir qu’il est capable de donner un sens spécifique à quelque chose qui n’en a pas en soi. C’est parce que nous sommes à même de faire cela que nous sommes des êtres humains, et non pas seulement des êtres vivants.

J’ai eu dernièrement une discussion animée avec une amie psychomotricienne. Elle me parlait des « jeux symboliques », c’est-à-dire ces jeux qui – en faisant semblant - permettent à des enfants de donner du sens aux choses et aux relations, à vaincre des angoisses fondamentales, etc. Pour mon amie, c’est par ces jeux que les enfants accédaient au symbolique. Malgré mes efforts, je ne crois pas être parvenu à lui faire accepter qu’en réalité, ces enfants sont déjà dans le symbolique, simplement parce qu’ils ont des angoisses fondamentales. Si celles-ci existent, c’est bien que ces enfants donnent du sens à tous les éléments qui les entourent et/ou qu’ils vivent. Ils sont en plein symbolique, mais leur problème est qu’ils ne donnent pas le « bon sens ». Grâce aux jeux symboliques, ils vont progressivement rectifier leur appréhension du monde et accéder au sens socialement validé.

Ce n’est pas évident, alors même que – par définition – être un humain ne consiste qu’à donner du sens, qu’à vivre dans le symbolique. En soi, le dessin « 4 » n’a aucun sens. Lorsqu’il devient le chiffre « 4 », associé à une compréhension du nombre « 4 », il prend pleinement sens. Il en va de même des lettres qui ne sont jamais que des dessins abstraits. Pour celui qui ne sait pas lire, « maman » ne veut rien dire. Pour celui qui accède à la maîtrise du code graphophonologique, cet ensemble abstrait devient le plus merveilleux des mots.

Une merveille qui l’est d’autant plus pour des enfants adoptés. Leur « maman » n’est même pas biologique. Elle est uniquement symbolique ! Mais quelle force, quel amour, quelle densité dans cette symbolique. Même d’un point de vue juridique, l’adoption est le seul lien qui ne peut pas se contester. Ce lien symbolique est bien plus puissant que le lien biologique, ce qui ne veut pas dire qu’il ne pose jamais de problèmes. Quand on ne parvient plus à lui donner sens, cela peut se révéler catastrophique.

Au bout du compte, tout passe par le symbolique. C’est sans doute ce que Descartes a voulu dire par son célèbre « Je pense, donc je suis ». Je ne suis un être humain que parce que je pense. Penser n’est autre chose que de donner du sens à ce qui en soi n’en a pas. Quand commence-t-on à « symboliser » ? Cela dépend sans doute de chacun, mais c’est en tout cas très tôt. Sans doute dès la naissance, voire avant la naissance. Peu importe finalement. L’important, c’est d’être conscient que la vie n’est que construction de sens, à tout moment. Dans une vie, on ne construit pas que du « bon sens ». Mais on construit toujours du sens. C’est cela être homme… ou femme !

samedi 18 octobre 2014

Été sans fin


L’été n’en finit pas de se terminer. Il faut l’avouer, ce n’est pas désagréable. Pourtant, inexorablement, il disparaît. Ses plus beaux atours se fanent de manière inéluctable, sans qu’on puisse s’y opposer d’une quelconque façon. On peut juste contempler la beauté passée qui sait se rappeler à nos cœurs enchevêtrés.

La vie est ainsi faite. On vit des moments extraordinaires. Ils restent à tout jamais gravés dans nos mémoires, dans notre chair. Il est impossible de les éliminer, de faire comme s’ils n’avaient jamais existé. Tout le monde n’a pas la même mémoire des choses. Personnellement, la mémoire des événements est une des plus vivaces. Je peux revivre comme si j’y étais encore des moments vécus il y a plus de quarante ans, avec les mêmes émotions et les mêmes frissons. Les saisons ont beau se succéder, rien n’enlève la vérité et l’intensité du moment qui compte. C’est une belle mémoire.

Il y a bien sûr certains événements, certaines relations, certaines expériences qu’on aimerait oublier. On fait comme si, d’ailleurs. Mais ils finissent toujours par ressortir, par reprendre leur place dans l’univers des instants qui nous ont construits. Finalement, c’est très bien ainsi. À quoi servirait-il d’ignorer ce qui a fait que nous sommes ce que nous sommes ?

J’aimerais bien, pourtant, pouvoir le faire. Les moments de lumière sont tellement intenses que lorsqu’ils se transforment en ombre, on souhaiterait pouvoir les y laisser. Mais il est vain de lutter contre le mouvement inexorable des vagues. Mieux vaut, au bout du compte, se laisser porter.

L’été n’en finit pas de se terminer. Ses merveilles disparaissent petit à petit. Seul le soleil reste, obstinément. Et les châtaignes étalent leur tapis sauvage, mais serein.

samedi 11 octobre 2014

Pouvoir au-delà des personnes

Ainsi donc, la Belgique a un nouveau gouvernement depuis ce 11 octobre 2014. Un gouvernement de droite, clairement. Le néo-libéralisme – sauce école de Chicago – va y trouver sa concrétisation avec cette illusion de croire que c’est en offrant aux entreprises la liberté de faire du bénéfice qu’on participera au développement de tous, du moins de tous ceux qui veulent s’épanouir dans une société tournée vers elle-même. À vrai dire, tout aussi clairement, ce gouvernement n’est pas celui que je soutiendrais !

C’est clair, mais je m’étonne quand même de nombreuses réactions de certains de mes « amis » facebookiens. Certains se taisent d’abord : ceux qui ont crié au scandale lorsque les majorités régionales wallonnes et bruxelloises, ainsi qu’à la Communauté française de Belgique, se sont constituées ! Quoi, on osait exclure le Mouvement réformateur, alors même qu’on ne faisait que réunir des partis qui représentaient la majorité des voix ! Ceux qui ont hurlé au scandale trouvent normal, apparemment, qu’un gouvernement fédéral se constitue aujourd'hui quand bien même il ne représente qu’une minorité très minime des électeurs francophones. Bien sûr, il y a une majorité parlementaire, mais celle-ci n’est que flamande. Cela ne semble pas représenter un quelconque problème pour les tenants du libéralisme. Soit.

Je suis aussi étonné de voir la réaction de mes « amis » de gauche qui semblent découvrir qu’un gouvernement de droite a été instauré. Ça ne date quand même pas d’aujourd’hui. Et en soi, c’est le fondement même de la démocratie : celle-ci n’existe vraiment que s’il y a alternance. Sur le plan théorique et conceptuel, le fait d’avoir un gouvernement clairement de droite, excluant les socialistes, est une preuve de la réalité démocratique de notre pays. Là où cela devient comique – du moins si j’ose utiliser ce terme – c’est que mes « amis » FB dénoncent non seulement ce gouvernement odieux de droite, mais aussi le PS et le CdH jugés responsables de cette dérive droitière du fait de leur mauvaise gestion des dimensions sociales et économiques dans le gouvernement précédent. Bref, à les entendre, seul un gouvernement excluant la NV-A, le CD&V, l’Open-VLD, le sp.a, le MR, le PS et le CdH aurait pu bénéficier de leur soutien par les temps qui courent. Un tel gouvernement ne pourrait donc réunir que le Vlaams Belang (?), Groen, Ecolo, PVDA+/PTB-Go et le Parti Populaire (?). Soit 18% des suffrages exprimés. Il y a là une logique qui m’échappe, mais soit.

La démocratie, avec toutes ses imperfections, est un univers délicat, plein de paradoxes. Loin d’être parfait en tout cas. À défaut de mieux, je pense qu’il faut en saisir les chances et les malchances. Je ne suis pas heureux du nouveau gouvernement belge. Je pense qu’il faudra à tout moment dans les années qui viennent être attentif et dénoncer les options prises en défaveur de la population. Je pense aussi qu’il ne sera jamais assez tôt pour le faire. Je soutiens donc toutes les dénonciations qui sont faites dès maintenant. Mais j’estime qu’il faut critiquer les propositions, les idées, les orientations. Pas les personnes. Et là, j’avoue avoir quelques doutes.

samedi 4 octobre 2014

La tonte

FMG©2014

Quelle jouissance de pouvoir tondre un 4 octobre, sous le soleil et sous le regard admiratif de mon petit-fils Alexis supposé faire la sieste, mais se jouant des rideaux pour profiter pleinement du spectacle ! (Il finira quand même par les refermer pour rejoindre les bras de Morphée.)

J’aime tondre. C’est un des rares moments où je parviens – plus ou moins – à déconnecter mon cerveau de tout ce qui le fait carburer en d’autres temps. Les opérations mentales pour tondre ne sont pas d’un haut niveau cognitif – même si le danger est en réalité permanent et qu’il faut y être attentif. Mais finalement, seule compte la ligne. Pour faire en sorte qu’elle soit la plus droite possible. Elle ne l’est jamais totalement. C’est peut-être ça qui suscite la fantaisie de la tâche.

Cela ne vaudrait pas la peine d’en parler en temps normal, mais là, un 4 octobre, ça le fait quand même. (Quoique !). À cette date, il fait théoriquement un peu froid et très humide. Aujourd’hui, il fait chaud et sec. Bien sûr, l’herbe était humide ! Il ne faut pas rêver : dans notre cuvette, l’herbe est humide chaque matin, même en pleine sécheresse estivale. Alors, anticyclone ou non, la fraîcheur nocturne automnale humidifie en profondeur l’herbe de notre prairie. Je n’ose pas dire « pelouse » : elle est trop sauvage pour ça !

Tout ça, simplement pour dire mon plaisir. On ne le dit jamais assez. Ce billet n’a aucune autre ambition. Partager ce plaisir simple. Peut-être en induira-t-il aussi chez quelque hypothétique lecteur !

jeudi 2 octobre 2014

Vive le « dopage »

Un des athlètes les plus prometteurs du sport belge, Thomas Van der Plaetsen, un décathlonien – la discipline ultime – vient donc d’être testé positif à l’hormone HCG (Human Chorionic Gonadotropine) lors d’un contrôle hors compétition.

Il a tout de suite – comme tous les sportifs dans ce cas-là – dit qu’il n’avait rien pris et demandé une nouvelle analyse de l’échantillon B. Ça, c’est pour le sport…

Il est aussi allé consulter son médecin. Une des explications possibles de la présence de cette hormone – outre l’éventuelle volonté d’un effet boostant au niveau de la production de testotérone après une cure d’anabolisants, totalement condamnable – serait l’annonce d’un cancer en formation. C’est apparemment le cas : le décathlonien a expliqué aujourd’hui être atteint d’une tumeur aux testicules ! Il a décidé d’agir rapidement en enlevant la tumeur. Il sera opéré demain, vendredi.

On peut supposer que son dossier médical parviendra à exclure toute velléité de dopage et qu’il pourra reprendre sa carrière dans les plus brefs délais.

Mais finalement, l’important n’est pas là. Ce jeune de 23 ans, sportif accompli, a pu – grâce à ce dépistage d’éventuel dopage – détecter sa tumeur et réagir rapidement. Il est évidemment impossible de savoir ce que serait devenu sa vie sans cet événement. Grâce à lui, les mesures essentielles de santé ont été prises. Bravo !

On peut juste espérer – et on a toutes les raisons de le croire – qu’il ne suivra pas le même chemin qu’un certain Lance Armstrong, lui aussi en son temps victime d’un cancer des testicules !

On n’en est pas là… et on espère surtout revoir rapidement cette rage de se surpasser qui caractérise ce magnifique athlète !

jeudi 25 septembre 2014

Sans façon


Les relations humaines ne sont décidément pas faciles. Pour la deuxième fois de ma vie, je me suis fait « jeter » dernièrement tout simplement parce que je n’avais pas eu l’attitude et/ou le comportement attendus par la personne qui déclarait me faire confiance. Il est possible, dans les deux cas, que je n’aie pas été à la hauteur de la situation et que je me sois comporté comme un goujat. Je n’exclus pas cette possibilité, même si je n’y crois pas trop. Finalement, j’ai simplement été moi-même.

De manière très explicite, dans les deux cas, le seul vrai reproche qui m’était fait était de ne pas avoir été celui qui était espéré. En d’autres mots, on ne me reprochait pas vraiment d’être ce que je suis, mais surtout de ne pas être ce que je ne suis pas. Et qu’on voudrait que je sois ! Il y a là une logique que j’avoue ne pas trop comprendre. Pourquoi devrais-je correspondre à l’image idyllique que l’autre estime bonne pour moi ? Comment peut-on me reprocher de ne pas être le modèle attendu, façonné par l’autre ?

Lorsque je me suis marié, le célébrant qui me connaissait bien a dit à celle qui allait devenir ma femme : « Surtout, n’essaie pas de le changer tel que tu le voudrais. D’autres s’y sont essayé, sans succès ». Plus de trente ans plus tard, je n’ai jamais senti le moindre essai de la part de ma femme de me transformer pour que je corresponde à une image virtuelle qu’elle se serait faite de moi. Elle m’a simplement accepté tel que je suis, tout comme je l’ai acceptée telle qu’elle est. Nous sommes toujours ensemble, heureux de l’être et sans doute plus amoureux aujourd’hui que nous ne l’étions lorsque nous avons décidé ensemble d’aller plus loin. N’est-ce pas là la recette miracle de l’amour qui perdure ?

Bien sûr, il est logique qu’on se détache d’un ami avec lequel on n’aurait plus rien à partager. Ni l’amitié ni l’amour ne sont éternels. Et quand il n’y a plus de partage possible, les liens s’estompent. Si en matière d’amour, cela passe sans doute par des ruptures, est-ce également le cas en ce qui concerne l’amitié ? Est-il nécessaire – comme dans un bac à sable – de dire « Tu n’es plus mon ami ! » ? Ne peut-on pas laisser la relation se déliter par elle-même ? En ne fermant pas toutes les portes à venir. Mais en s’effaçant progressivement, peut-être parce que simplement on ne détient pas nécessairement la vraie vérité de la relation.

À vrai dire, je n’ai pas la réponse à ces questions. Toute relation est complexe. Et la complexité ne peut pas se modéliser dans une apparence artificielle de simplicité. Il n’empêche que je suis convaincu que vouloir que l’autre corresponde exactement à l’image que l’on s’en fait est une démarche aberrante et fondamentalement égocentrique. Si je prends un peu de recul, je me dis que n’avoir été confronté qu’à deux situations de ce style est finalement une chance : il est fort possible que la plupart d’entre nous rencontre bien plus souvent ce type de conception de l’amitié ! Et en subisse les conséquences. Car si celui ou celle qui « jette » l’autre parce qu’il n’est pas le rêve espéré doit certainement en souffrir, imagine-t-il/elle une seule seconde la souffrance de celui qui se fait jeter simplement parce qu’il est ce qu’il est, un être humain, en toute sincérité ?

Si seulement nous pouvions nous accepter, tous et toutes, tels que nous sommes, sans vouloir façonner l’autre à notre image…

mercredi 24 septembre 2014

Pour une poignée de connards

Une nouvelle fois, la planète entière semble entrer en guerre. Il faut tuer, anéantir, montrer qu’on est les plus forts. L’État islamique – Daesh – n’a qu’à bien se tenir : la puissance internationale – sous le leadership des USA ? – a décidé d’exterminer ces djihadistes décérébrés, avec la bénédiction de l’ONU.

Je hais les guerres. Je hais la violence. Comme Salvor Hardin l’a dit, sous la plume d’Isaac Asimov, « La violence est le dernier refuge de l’incompétence ». Utiliser la violence n’est jamais que l’aveu de sa propre faiblesse, de son incapacité d’avoir pu trouver d’autres solutions.

Mais en attendant, que faire ? Que faire d’autre ? Face à ce groupement terroriste qui – tout le monde s’accorde sur ce point – n’est ni un État ni islamique, quelle réponse peut-on vraiment apporter, autre que cette guerre détestable ?

Même la Belgique s’y engage, avec la quasi unanimité politique. Alors que tous les citoyens vont devoir serrer encore un peu plus fort leur ceinture, notre pays – comme d’autres – ne va pas hésiter à dépenser quelques millions d’euros pour faire voler ses F16 et faire éclater quelques bombes laserées de haute technologie. Sans état d’âme. Boum !

Tout ça pourquoi ? Parce qu’une poignée de connards se sentent investis d’une mission pseudo-salvatrice au nom d’un dieu qui n’en demande sans doute pas autant. D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui fait qu’ils émergent comme ça, avec toute leur barbarie ? Il ne fait pas de doute que ceux qui vont essayer de les anéantir – nous – y sont pour quelque chose. Mais ce n’est pas nous qui décidons de leur folie, de leur connerie. Ils doivent l’assumer.

J’ai vraiment envie de vomir. Mais je ne sais plus ce qui me dégoûte le plus. Je déteste la violence hégémonique du monde entier qui écrase tout ce qui ne va pas en son sens. Je déteste sans doute encore plus cette violence aveugle créée par quelques personnes – ils sont quand même quelques milliers – qui décident que pour construire le monde la seule solution est de le détruire.

Tout ça, oui, pour une poignée de connards…

dimanche 7 septembre 2014

Un noyer sauvé par les eaux

FMG©2014

Depuis des années, un noyer occupe une petite place de notre espace. Il ne paie pas de mine ayant dû se développer à l’ombre d’un chêne majestueux, aujourd’hui disparu, et ayant dû affronter depuis quelques temps la poussée intempestive d’épicéas plantés là par un voisin qui apparemment voulait surtout nous boucher la vue.

Depuis que nous sommes ici, je guette chaque année la période des noix, car j’adore les noix fraîches, non seulement pour leur goût mais aussi pour l’impression formelle (et illusoire) de nourrir un peu mon cerveau tout en étant d’une valeur nutritive assez exceptionnelle. Ce ne fut jamais la gloire : les bonnes années, nous avions droit tout au plus à une dizaine de noix annuelles. Pas de quoi s’esbaudir !

Cette année, je ramasse une bonne douzaine de noix… quotidiennes ! Une véritable abondance. Elles sont de plus bien plus grosses que les années précédentes et particulièrement délicieuses. Est-ce dû aux pluies abondantes de ce mois d’août ? Ou à quelque autre phénomène impossible à isoler ? Ou simplement à un cycle qui fait que l’arbre se sent bien cette année pour produire de nombreux fruits ? Allez savoir.

À vrai dire, je ne cherche d’ailleurs pas vraiment à savoir ! Je me contente de ramasser les noix quotidiennes – en étant conscient que je dois en rater plus d’une – et de déguster ce fruit délicieux.

Néanmoins, je m’émerveille de cette productivité quelque peu miraculeuse. Il est peu probable que j’y sois pour quoi que ce soit, mais je ne peux quand même m’empêcher de penser que pendant des années, j’ai continué à y croire. À chaque mois de septembre – en sachant que la saison des noix s’étale de septembre à novembre – je suis allé observer ce que l’arbre produisait. Pour constater la plupart du temps que le récolte était « à la noix », sans aucune valeur ! Mais j’y revenais, chaque année, me disant qu’une saison n’est pas une autre et qu’on peut toujours espérer.

Comme quoi, il suffit parfois dans la vie d’y croire et d’être patient !

jeudi 4 septembre 2014

Le négativisme

Il est troublant de constater – dans la planète internet – combien règne le négativisme. Parmi les millions d’avis qui sont émis ici et là chaque jour, de nombreux sont clairement négatifs, cherchant plus le problème que la solution. On ne devrait sans doute pas s’en étonner dans les nombreux « forums » où chaque quidam peut énoncer sans crainte toute sa frustration. Il est plus étonnant que ce soit aussi – souvent, pas toujours – le cas pour les « faiseurs d’opinion ».

Je ne prendrai qu’un exemple : ce fameux « Ice buckett challenge » qui a marqué cet été 2014. En soi, il faut bien reconnaître que s’il est assez sain de se verser un seau d’eau glacée sur la tête quand il fait chaud (ce qui est théoriquement le cas en été), il est assez futile de le faire même s’il ne fait pas chaud et dans l’unique but de le partager sur Internet en réponse à un quelconque défi. C’est clair que ce n’est pas le sommet de l’intelligence, mais il faut bien avouer que c’est amusant, non seulement pour celui qui accepte de se mouiller – je l’ai fait ! – mais aussi pour ceux qui regardent les dites vidéos dont certaines – pas la mienne – sont vraiment désopilantes. Futile, oui, mais amusant !

Cela n’empêche pas certains de maugréer dans leur petit espace virtuel. Leur premier reproche serait que bien peu de gens contribuent réellement à financer d’une manière ou d’une autre les associations qui s’occupent de la Maladie de Charcot, d’autant plus qu’on aurait soi-disant le choix entre se mouiller ou donner. Personnellement, j’ai toujours entendu qu’on pouvait aussi faire les deux, mais de toute façon, l’important n’est pas là. L’important est que ce défi a de toute façon permis de sensibiliser des millions de personnes ne fut-ce qu’à l’existence de cette maladie particulièrement invasive. Que beaucoup de personnes volontairement aspergées n’aient pas donné le moindre sou pour les associations, c’est vraisemblable. Et alors ? En attendant, la Ligue SLA Belgique a récolté entre le 12 et le 31 août – soit en trois semaines – la somme de 123 000 EUR, alors qu’elle bénéficie d’habitude d’environ 8000 EUR annuels. Faites vos comptes…

Cela n’empêche pas certains de voir le mal là où il n’y a que bien. Il y aurait ainsi une indécence fondamentale à « gaspiller de l’eau » alors qu’il y a certaines régions du monde qui en manquent cruellement. C’est vrai que l’eau est un enjeu essentiel du 21e siècle. Il suffit d’analyser les guerres pour s’en rendre compte. Mais en quoi est-il indécent de se déverser un seau d’eau sur la tête dans une région qui ne manque pas d’eau ? Ce malheureux seau d’eau aurait-il dû être transféré par avion dans un petit sac pour – peut-être – arriver dans des régions souffrant atrocement d’un déficit aquatique ? Finalement, l’indécence ne consiste-t-elle pas à voir de l’indécence là où il n’y en a pas ?

La critique ultime est que ce geste humide ne témoignerait que de la volonté de s’afficher sur Facebook ou autres réseaux virtuels. C’est possible. Mais en quoi cela dénigre-t-il à la fois l’aspect ludique du challenge et son côté social ? On vit dans un monde où l’image – surtout celle qui n’est que virtuelle – occupe une place importante. C’est une réalité, et on peut effectivement regretter cette réalité. Elle est dangereuse et absconde quand des terroristes se mettent en scène pour décapiter d’innocentes victimes. Elle est juste une petite crise d’ego quand de parfaits anonymes ont ainsi l’impression non seulement d’exister, mais aussi d’être utiles.

Quoi qu’on puisse en penser, mon propos ne porte pas tant sur le Ice bucket challenge que sur le besoin apparemment irrépressible qu’ont certains à voir avant tout ce qui ne va pas dans le moindre événement, comme si penser correctement aujourd’hui était surtout d’être négativiste plutôt que créateur de lumière. On me dira – non sans raison – que c’est ce que je suis en train de faire… Il est temps de me taire ! Promis, mon prochain billet sera plus lumineux !

vendredi 29 août 2014

Procréé et plus…


Semaine de reprise professionnelle pour nous. Semaine de vacances pour notre fille. Semaine d’accueil de notre petit-fils, un peu plus d’un an au compteur. Il faut s’organiser, mais au bout du compte : que du bonheur. Pas de chance, il est malade ! Forte fièvre, avec tout ce qui va avec, comme on dit chez nous.

Ce matin, j’étais seul avec lui. Lui qui est un « bébé Duracell », les piles étaient bien plates. Alors qu’il est plein d’énergie en temps normal, là, il avait surtout besoin de calme, de tendresse, de douceur, d’affection.

Quand il s’est blotti contre moi, en montrant clairement que c’était cela qu’il voulait, je l’ai serré avec toute l’affection que je pouvais. Il n’a plus bougé pendant 45 minutes. Je sentais sa chaleur abandonnée, pleinement confiante dans cette tendresse que je lui prodiguais. Quelque part, il était pleinement en moi. J’avoue que je ne savais pas trop quoi faire, mais que d’un autre côté ce moment magique me transcendait au-delà de ce qu’on peut imaginer.

Il est loin le temps où mes enfants se blottissaient contre moi, mais je ne sais pas si j’ai réellement oublié. En tout cas, ce matin, c’était une osmose totale, au-delà ce qu’on peut réellement imaginer.

Sentir un être de vie vous confier pleinement la sienne, en toute connivence, malgré la maladie, c’est un bonheur incommensurable. Comme si on commençait soi-même à exister ! Ce n’est bien sûr qu’une illusion : j’ai déjà vécu tout ça, avec quelle émotion, à travers mes enfants. La chanson Procréés que je publie ci-dessous leur rend hommage ! Mais il faut le reconnaître : la confiance de mon petit-fils m’émeut plus que ce que je ne m’y attendais !



Je vous ai procréés

C’est vous qui vous créez

Je vous ai éduqués

C’est vous qui m’indiquez

Le chemin de la vie

Qui fait naître l’envie

D’aller toujours plus loin

Là où tout se rejoint
 
Toi ma lumière joyeuse

Ma fille mystérieuse

Tu vas là où tu veux

Sans te prendre au sérieux

Derrière ton silence

Ta vie est une danse

Où l’organisation

Côtoie les émotions
 
Toi mon feu chaleureux

Mon volcan impétueux

Tu ne peux nous cacher

Ta sensibilité

Tous ceux qui te connaissent

Apprécient ta richesse

Même s’il faut la chercher

Dans ton coeur écorché
 
Toi mon soleil paisible

Mon joueur impassible

Tu décides du temps

Autant que tu l’entends

À chercher ton chemin

Tu le trouveras demain

Sans que soit affectée

Ta serviabilité
 
François-Marie GERARD - FMG © 2004

vendredi 22 août 2014

Les décisions de notre enfance

Il n’est jamais facile de prendre une décision importante. Tant de facteurs entrent en ligne de compte. Se marier, se démarier, ou entrer en relation – stable ou momentanée – avec l’une ou l’autre. Opter pour tel ou tel métier. Se réorienter professionnellement ou émotionnellement, à l’encontre de ce que les autres, proches, pensent.  Se lancer dans une aventure, professionnelle, sentimentale, sportive. Déménager, au sens propre comme figuré. Décider de ce que sera notre vie.

Mais est-ce bien nous qui décidons ? Et sommes-nous à même de prendre en toute autonomie les décisions que nous sommes supposés prendre ? Une décision n’est-elle pas jamais que la résultante d’une série de facteurs, tant internes qu’externes, qui nous conditionnent ? Sommes-nous véritablement maîtres de nous-mêmes ?

J’entends souvent cette phrase : « Il n’y a pas de hasard ! ». Il n’ y aurait ainsi jamais que des chemins qui se croisent, toujours pour des raisons beaucoup plus importantes et construites qu’on ne le suppose. Chaque chose, chaque rencontre, chaque décision aurait une raison d’être, là-même où elle se trouve, et son existence serait en quelque sorte forcée par on ne sait quel destin, quel mouvement transcendant, quelle inévitabilité.

Ce déterminisme, heureux ou malheureux, est sans doute – dans la plupart des cas – bien présent. La question est dès lors de savoir quelle est sa source. À quel moment les choses se déterminent-elles ? Et se déterminent-elles par elles-mêmes ou ne résultent-elles pas elles-mêmes d’autres choix, d’autres orientations, d’autres visions ?

Ma réponse pourrait paraître surprenante. Cependant, elle me semble éminemment logique. Oui, nos décisions d’adultes sont clairement déterminées. Elles le sont par les décisions que nous avons prises préalablement, au moment où nous ne pouvions être influencés parce que nous jouissions d’une liberté totale. Ce moment, c’est l’enfance. Nos décisions d’adultes ne sont jamais que la résultante des décisions que nous avons prises lorsque nous étions enfants.

C’est enfant que l’on décide d’être ou non quelqu’un qui va suivre les autres, d’être ou non quelqu’un qui va se conformer à ce qu’on attend strictement de lui, de tester ou non des voies nouvelles non conseillées ni recommandées par l’environnement… Toutes ces décisions, l’enfant les fait en connaissance de cause. Il sait très bien – très tôt – que s’il prend une voie non reconnue par son entourage, cela va se retourner contre lui. Mais, si c’est son choix, il va assumer cette décision en voyant bien où cela le mène. Et en en acceptant les conséquences. Quand l’enfant fait une « bêtise », il le sait et il accepte l’éventuelle sanction.

C’est à travers ces différentes micro-décisions que l’enfant se construit et devient petit à petit lui-même, avec son identité propre. Celle-ci sera la sienne jusqu’à la fin de sa vie. La plupart des décisions qu’il prendra par la suite, y compris dans sa vie adulte, ne seront jamais que la résultante des décisions qu’il aura prises quand il était enfant, en absolue liberté, parce qu’à ce moment il prenait la décision qui lui semblait bonne pour lui, sans la filtrer dans une analyse rigoureuse, critique, envahissante et annihilante.

En d’autres mots, nous ne sommes jamais que le produit de ce que nous avons décidé lorsque nous étions enfants. Loin d’être un « être en devenir », juste capable de réaliser ce que les adultes décident pour lui, l’enfant est un « être qui se fait pour la vie », en totale liberté et sous son entière responsabilité. C’est enivrant, non ?

samedi 9 août 2014

Plénitude usurpée


FMG©2014

Le ciel est, par-dessus la mer, si doux, si calme. Un rayon, par-dessus la mer, berce sa lame. Dans cette douceur vespérale, si douce, si prude, un profond sentiment s’installe : la plénitude.

Elle vous prend au fond de votre être. On ne peut rien faire contre elle. La beauté du monde est telle qu’elle s’infiltre dans la moindre parcelle de votre corps, de votre cœur, de votre âme.

Et pourtant ! Comment peut-on se laisser aller à cette zénitude, alors que notre monde vit de guerres un peu partout. Ukraine, Irak, Syrie, Libye, Soudan, Nigéria, Gaza… ? Et d’autres encore. Il faudrait plus que trois petits points !

Qu’est-ce qui justifie ces guerres ? Certains diront « les religions ». Mais celles-ci ne sont-elles pas qu’un prétexte, un moyen – puissant s’il en est – de mobiliser les foules ? En réalité, toutes les guerres – et singulièrement celles de 2014 – ne sont-elles pas économiques ? On est là dans une complexité extrême, dans laquelle il est vain de faire ressortir la vérité parce que, par définition, celle-ci ne peut être que cachée. On peut faire des hypothèses, toujours invérifiables, mais qui toujours aussi deviennent pour beaucoup des convictions profondes.

De ces guerres, c’est un des dégâts collatéraux des plus dévastateurs. Chacun se sent quasi obligé de choisir son camp. Et la haine commence à naître. Dans notre univers virtuel, elle se transforme en guerre des mots, sans beaucoup de retenue. Mais cette haine virtuelle enfante aussi des relents de racisme ou d’ostracisme qui non seulement attisent des feux incendiaires, mais de plus ferment la porte à tout dialogue. Et chacun, sans même le vouloir, finit par être ennemi à détruire, sans état d’âme.

La vie continue au-delà de ces guerres. Heureusement. Mais elle a comme un goût amer, qu’on voudrait pouvoir oublier, mais qu’on ne peut pas. Même si…

Le ciel est, par-dessus la mer, si doux, si calme. Un rayon, par-dessus la mer, berce sa lame. Dans cette douceur vespérale, si douce, si prude, un profond sentiment s’installe : la plénitude.

mardi 5 août 2014

Papyllon

FMG©2014

Mine de rien, être grand-père, ce n’est pas n’importe quoi.

Biologiquement parlant, c’est un peu avoir accompli son rôle de perpétuation de l’espèce. On n’a pas seulement participé à la génération suivante, mais voilà qu’on contribue à une vision plus lointaine, susceptible de participer pleinement au prolongement biologique. En quelque sorte, on a fait ce qu’on devait faire. D’un strict point de vue biologique. (Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que celui qui ne se retrouve pas grand-père n’a pas fait ce qu’il devait faire ! Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas !).

Affectivement parlant, c’est plus mystérieux et plus fantastique. La relation avec le petit se construit sur une toute autre base que celle créée entre père et fils/fille. Il y a une liberté en plus, tout en ayant un recul plus important. La responsabilité est de toute évidence différente, même si elle existe tout autant. La différence rejoint la dimension biologique : les grands-parents ne sont pas là pour « nourrir » leur petit-enfant. Ils n’ont justement plus de responsabilité biologique. Leur seule responsabilité est désormais affective : participer, en deuxième ligne, au développement de cette vie en quête d’autonomie. L’enfant ne s’y trompe pas : il découvre dans cette relation une distance bienveillante qui l’aide à progresser.

Je suppose que tout grand-père trouve son petit-fils extraordinaire. C’est mon cas. J’ai rarement vu un enfant aussi souriant, aussi enthousiaste de retrouver quelqu’un qui l’aime, aussi attentif à tout ce qui se passe autour de lui, aussi fin dans les gestes, aussi volontaire quand il s’agit d’obtenir ce qu’il sait qui lui sera donné, aussi confiant dans le vol d’un papyllon. Sans doute suis-je un peu subjectif ! Mais que c’est bon !