mardi 28 juin 2016

Sondons, sondons

De toute évidence, l’heure est aux sondages de toutes sortes. Ceux-ci se transforment même parfois en referendums officiels, que ce soit avec valeur consultative, plus rarement valeur décisionnelle.

Je ne parlerai pas du « Brexit », même s’il y aurait des tas de choses à dire. Mais rien que ce soir, sur le site du Soir, je lis : « Romelu Lukaku divise l’opinion: doit-il débuter face aux Gallois ? (sondage) » ou encore « C’est vous qui le dites: ‘Il faut supprimer le CEB’ ». Et c’est comme ça tous les jours et partout ! De toute évidence, nombreux sont ceux qui cherchent à faire croire au peuple que c’est lui qui a raison. Et qu’en plus il pourrait d’une quelconque manière influencer les décisions.

Pourtant, soyons clairs : ce sera bien Marc Wilmots, et lui seul, qui décidera si Lukaku doit débuter ou non face aux Gallois, et qu’on le veuille ou non, le CEB n’est pas près de disparaître… Même si d’un point de vue strictement pédagogique, il ne sert strictement à rien, il s’inscrit pleinement dans une approche néolibérale de l’éducation et ce n’est pas demain la veille que nos politiciens, dans leur ensemble, changeront d’avancer sur cette base.

Alors, on peut consulter, sonder, donner la parole, faire croire aux gens que leur avis sera entendu… mais tout cela ne sert à rien, si ce n’est – justement – à endormir le peuple. En lui faisant croire qu’il existe et a quelque chose à dire.

On pourrait s’en offusquer. À quoi bon ? Notre société virtuelle trouve là une sorte d’aboutissement et elle doit sans doute s’en réjouir. C’est peut-être un « momentum » comme on dit aujourd’hui, mais ce n’est en fait qu’un passage. Ces sondages en tous genres témoignent avant tout de la défiance que l’on a, avec raison, vis-à-vis des décideurs. Pour le moment, ils ne servent à rien. Mais le peuple – le peuple réel – finira par comprendre qu’il ne sert à rien non plus de n’être qu’un peuple virtuel. Là non plus, ce n’est pas demain la veille. Mais enfin, inévitablement, un jour, ce sera le cas.

Alors, il y aura de véritables changements. Pour être crédibles, ceux-ci ne devraient pas se fonder sur une réaction violente. Mais sur une prise de conscience et une prise de responsabilités populaires. Au sens premier du terme. Cela viendra. Ce sera bien différent de toutes ces pseudos consultations. Ce ne sera pas le grand soir. Plutôt un petit matin. Mais il changera le monde. Enfin, c’est mon avis. Et vous, qu’en pensez-vous ?

dimanche 12 juin 2016

Auteur scolaire : un sous-statut

Parmi toutes les décisions prises par notre gouvernement fédéral, sans grande concertation ni intelligence, il y en a une qui est passée quasi inaperçue, mais qui suscite néanmoins plusieurs interrogations. Lors de sa séance du 9 juin 2016, le Conseil des ministres a approuvé un avant-projet de loi modifiant certaines dispositions du livre XI du Code de droit économique en matière de reprographie.

Cet avant-projet, qui devrait passer au vote en force de la loi-programme en juillet prochain, fait suite à l’arrêté de la Cour de justice de l'Union européenne (CJJUE) du 12 novembre 2015, interpellée par HP quant à la manière dont étaient gérés en Belgique les droits de reprographie, c’est-à-dire ceux qui découlent du préjudice subi tant par les auteurs que les éditeurs lorsqu’on photocopie ou reproduit une œuvre protégée.

Cet avant-projet contient diverses mesures dont je ne ferai pas état ici. Mon propos est de mettre en avant que désormais les auteurs d’ouvrages à visée éducative – essentiellement les manuels scolaires – seront désormais clairement défavorisés par rapport aux autres auteurs. Il est en effet « prévu que les reproductions d’œuvres conçues à des fins pédagogiques, comme par exemple les livres scolaires, ne relèvent pas de l’exception pour reprographie, mais restent dans le droit exclusif de l’auteur ». Cela signifie que les manuels scolaires sortent du cadre lié à la reprographie, mais sont gérés par le « droit exclusif », c’est-à-dire directement par les contrats avec les éditeurs.

On risque d’arriver dès lors à une situation où les enseignants photocopieront pour leurs élèves des manuels entiers ou en grande partie, sans qu’aucune rémunération réparatrice n'arrive chez les auteurs, et cela contrairement aux auteurs d’ouvrages non conçus à des fins pédagogiques.

Il faut savoir que les études objectives réalisées ont montré que ce sont les œuvres éducatives qui sont largement les plus photocopiées et les plus diffusées par ce biais. Les auteurs scolaires sont donc doublement lésés : non seulement ils sont ceux qui sont le plus « photocopillés », mais ils ne recevront désormais plus aucune rémunération réparatrice, à l’inverse des autres auteurs.

Il y a là une véritable discrimination, dont on ne comprend pas bien la raison d’être, si ce n’est de permettre aux photocopieuses de tourner encore plus, pour le plus grand bien des constructeurs ! Visiblement, ceux-ci sont les grands vainqueurs ! Et le gouvernement, par le biais du ministre de l'Économie Kris Peeters, a à nouveau clairement choisi son camp : celui du capital, des actionnaires, des grandes entreprises !

samedi 28 mai 2016

La fête des gens qu'on aime

Ce message a fait un petit buzz dernièrement sur les réseaux sociaux. Il propose de remplacer la fête des mères et celle des pères par la « fête des gens que l’on aime ». Concrètement, les enfants prépareront à l’école deux objets qu’ils offriront aux personnes de leur choix.

Belle idée. Comme l’a écrit Bernard De Vos Dumont, Délégué général aux droits de l'enfant, à la Communauté française de Belgique, les familles « sont désormais pluriparentales, nucléaires, adoptantes, homoparentales, monoparentales, recomposées : les modèles familiaux ont véritablement explosé au cours de ces dernières décennies. Alors quand l'école se met au diapason de ces évolutions, il n’y a aucune raison de bouder son plaisir » !

A priori, c’est effectivement une belle idée – et elle l’est certainement dans de nombreux cas – mais peut-être est-ce aussi parfois une fausse bonne idée. L’enfant va donc devoir choisir à qui il offrira ses cadeaux. Deux cadeaux. Pas plus. Donc deux personnes. Dans une famille traditionnelle, c’est simple : Maman et Papa. Mais dans les familles d’aujourd’hui ? Si l’enfant donne, par exemple, à sa Maman et au compagnon de celle-ci, quel message donnera-t-il à son Papa : « J’aime plus mon beau-père que toi » ? Et toutes sortes d’autres situations.

L’idée de départ est généreuse, mais elle contient un biais fondamental : les problèmes des adultes sont reportés sur l’enfant ! C’est à lui à choisir qui est digne de son amour, à travers ce misérable mais si précieux bricolage à donner « aux gens que l’on aime ».

Bien sûr, il existe de multiples solutions qui permettront de résoudre la situation. La question n’est pas là. Il est évident par ailleurs qu’on ne peut pas demander aux maîtresses (de l’enfant !) de préparer 3, 4, 5… objets différents pour toutes les personnes à qui l’enfant voudrait montrer son affection. Quoique !

Il n’est pas toujours simple pour l’école de s’adapter aux réalités diverses des enfants. Je ne peux qu’applaudir l’idée de départ. Mais surtout, n’obligeons pas les enfants à faire des choix impossibles dont ils ne sont en rien responsables.

samedi 30 avril 2016

Éloge de la différence


Ce n’est pas la première fois que je parle ici des spectacles de mon ami Raphy Rafaël, surtout lorsqu’il prépare ceux-ci avec des groupes d’enfants. Ils découvrent la chanson, le monde du spectacle, les exigences du professionnalisme… C’est chaque fois un travail extraordinaire. Mais que dire quand dans ces groupes d’enfants s’intègrent des enfants malentendants ou sourds ? Et qu’en plus, ils chantent – y compris par la langue des signes – le respect de la différence !

J’ai eu la chance de vivre ce moment aujourd’hui, à la Maison de la Culture de Namur, en présence des enfants de l’école Sainte-Marie. Pourquoi le cacherais-je : les larmes ont coulé de mes yeux sensibles pendant la quasi-totalité du spectacle.

Il y aurait beaucoup à dire, tant sur l’enthousiasme des enfants que sur la qualité des chœurs ou des musiciens. On n’est pas là dans une démarche humanitaire de bon aloi. Il s’agit vraiment d’un chemin professionnel, y compris pour tous ces enfants qui ne savaient même pas, il y a encore quelques mois, qu’ils pouvaient chanter ensemble de la « bonne chanson » et y prendre plaisir. Bien sûr, le public – composé essentiellement de membres des familles – était acquis, mais ce qu’il recevait, c’était une véritable claque. Une ouverture vers le monde, vers la vie, vers l’autre… et vers la qualité artistique.

Deux moments m’ont particulièrement ému. Le premier fut l’interprétation d’une chanson écrite par le groupe des enfants « École et surdité ». « Aimer, c’est la vie. La vie, c’est aimer… ». Cette chanson a été créée par ces enfants, en langue des signes. Ce n’est qu’après qu’elle fut traduite en français, et interprétée par tout le chœur des enfants, y compris bien sûr les auteurs. Un moment magique.

Il y eut aussi cette chanson écrite par Raphy : « Qu’y puis-je ? ». Un véritable éloge de la différence, du respect de la différence. Chaque fois que j’entends cette chanson, toutes mes cellules vibrent, j’ai des frissons, je pleure… L’entendre chanter par ces enfants de 10 à 12 ans m’a définitivement fait entrer dans le monde de l’autre, de la vie, du respect, de l’amour.

Il n’existe pas encore d’enregistrement officiel de cette chanson. Mais j’ai quelques entrées dans l’univers de Raphy. Et ce soir, sans même avoir eu le temps de lui en parler, j’ai envie de vous partager la version que j’ai, non définitive, sans chœur d’enfants, mais avec mille cœurs… Profitez-en, tant qu’elle est là !

Qu'y puis-je ?


Tous droits réservés © Raphy Rafaël - 2016

jeudi 28 avril 2016

Ne pas réformer, par définition

Aujourd’hui, la plupart des gens sont contre. Contre quoi ? Contre tout ! Et surtout contre tout ce qui risquerait de changer un tant soit peu nos habitudes, sans même se poser la question du bien-fondé ni de nos habitudes, ni des changements que certains y souhaitent apporter. Simplement, on est contre !

L’actualité belge nous en donne deux exemples, même si l’image ci-dessus se réfère plus à une actualité française. Mais c’est du pareil au même.

À Bruxelles, il y a la problématique du piétonnier. Source – apparemment – de tous les maux. C’est à peine si on ne lui fait pas endosser la responsabilité des attentats du 22 mars ! Je ne suis pas – ou plus – bruxellois et ma perception ou compréhension des choses est sans doute parcellaire. Mais, depuis que ce piétonnier a été instauré, j’ai du mal à comprendre que ceux qui étaient pour sont désormais contre, ou quelque chose comme ça. En tout cas, certains ne sont pas contents et sont donc contre. Ils voulaient bien d’un piétonnier, mais pas comme ça. En fait, l’idée d’un piétonnier leur plaisait quelque part, mais une fois mis devant le fait accompli, ils sont contre. Je suis convaincu que l’instauration et le développement de ce piétonnier auraient pu être plus concertés, dans un réel dialogue avec les commerçants et les usagers. Mais je suis convaincu aussi qu’à un certain moment, il fallait y aller. Sinon, on attendrait encore… pour longtemps !

Ce soir, ma crainte est que les travaux issus des différents groupes de travail du « Pacte pour un enseignement d’excellence » subissent un coup d’arrêt eu égard aux réactions suscitées aujourd’hui par la divulgation des suggestions du groupe central. Depuis plus d’un an, des groupes de travail – réunissant tous les acteurs du système éducatif francophone belge – ont planché sur un diagnostic des difficultés (relativement évidentes) de l’école et sur les solutions à y apporter. Il y a là un travail de fond, réalisé en concertation permanente. Bien sûr, tout n’est pas parfait dans ce processus. Bien sûr, les analyses finales ne reprennent pas in extenso les convictions de chaque acteur. Bien sûr, cela reste à affiner et surtout budgéter. Mais au moins, pour la première fois depuis très longtemps, tous les acteurs ont été impliqués dans une réflexion de fond, avec la mission de réellement réformer, même si ça bouscule !

Les réactions d’aujourd’hui – suscitées, il faut bien le dire, par les médias – peuvent se résumer par un monumental « on est contre » ! On est contre l’allongement de la journée d’école, même si celui-ci ne signifie pas qu’on allonge la période des cours, bien au contraire. On est contre l’organisation des cours par bloc de « sept semaines de travail suivies de deux semaines de congé », parce qu’on n’a jamais procédé comme ça et qu’il ne faut quand même pas donner plus de congés aux jeunes (qui, eux, sont pour cette mesure, mais contre l’allongement des journées…). Surtout, on est contre la quasi-interdiction du redoublement avant 15 ans, alors même que toutes les études menées en ce domaine montrent la validité et la nécessité d’une telle mesure. Mais, vous pensez ma chère, ne plus redoubler, c’est inévitablement baisser le niveau, ouvrir la porte au laxisme, inviter les jeunes au je-m’en-foutisme (et donc à la radicalisation). D’ailleurs, moi-même, j’ai redoublé ma « poésie » et j’en ai tiré le plus grand profit ! Ouais, c’est vrai, mais je suis aussi convaincu qu’on aurait pu mieux m’aider dans mon parcours scolaire. J’en suis encore plus convaincu face au parcours de mon fils. Un désastre ! Et si c’est mon fils qui fut et est encore victime de ce désastre, la responsabilité en est clairement du côté de ces enseignants qui pensent encore et toujours qu’un bon professeur est celui qui fait redoubler ! Personnellement – que ce soit comme ancien élève, ancien enseignant, parent ou psychopédagogue – j’ai plutôt tendance à penser qu’un bon professeur est celui qui fait réussir ses élèves ! Ça me semble même de l’ordre de l’évidence. Mais voilà, les gens sont contre !

À ce rythme-là, rien ne peut se faire. Même avec la meilleure volonté du monde. Parce que – par définition – aujourd’hui, on ne peut pas réformer. Comme si le monde tel qu’il est était le meilleur des mondes ! Changer, c’est effectivement bousculer les habitudes et donc déstabiliser, sans jamais pouvoir être entièrement sûr qu’on est dans la bonne voie. Choisir, c’est mourir un peu. C’est vrai. Mais ne rien changer, ne rien choisir, c’est mourir à tous les coups. C’est perdre son âme, perdre ses rêves, perdre son souffle. Vivre, c’est changer. Avancer, c’est refuser de regarder en arrière. Espérer, c’est croire… sans être contre, par définition !

samedi 23 avril 2016

Avoir raison avant et contre tout le monde


Il y a juste 20 ans, mon ami Jean-Marc et moi, nous publiions un article connu sous la référence suivante : BRAIBANT, J.-M., GERARD, F.-M. (1996). Savoir lire : une question de méthodes ?, Bulletin de psychologie scolaire et d’orientation, 1, 1996 : 7-45. Cet article, issu d’une recherche empirique, montrait que les enfants apprennent mieux à lire, et de manière plus équitable, à l’aide de méthodes dites « syllabiques » que par des méthodes « idéovisuelles » ou globales.

Nous n’étions pas naïfs et nous savions que cet article – pourtant fondé sur des données objectives – allait bousculer certaines idées bien pensantes dans le monde pédagogique. Le choc fut plus rude encore que ce que nous avions prévu et les attaques diverses ne manquèrent pas. Visiblement, nous n’avions rien compris à l’apprentissage de la lecture, alors que – je me répète – nous ne faisions qu’expliciter les constats issus de l’analyse des données que nous avions recueillies de manière tout à fait neutre et objective.

Au-delà des soubresauts lors de sa publication, cet article eut un certain retentissement. Pas trop en Belgique, mais plutôt en France. Pour la première fois, des données francophones venaient conforter ce qui avait déjà été établi dans le monde anglo-saxon. Des chercheurs spécialisés utilisèrent ces constats, notamment Pascal Bressoux et Stanislas Dehaene. Notre texte eut aussi une certaine influence dans la décision du ministre de Robien d’imposer, en 2006, l’usage exclusif de la méthode syllabique aux professeurs de CP.

En publiant ce texte, notre intention n’était pas de bouleverser la pensée dominante à l’époque en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture. Nous voulions seulement transmettre les résultats issus de l’analyse de nos données. Conceptuellement, j’étais même plutôt sceptique devant les conclusions de ces données. Mes convictions pédagogiques, alimentées par de nombreuses lectures, me tournaient plutôt vers l’autre camp, celui qui défendait l’idée que puisque lire signifie comprendre, il fallait avant tout qu’apprendre à lire consiste à travailler sur le sens. L’idée était belle, mais elle n’a jamais été corroborée par aucune recherche. Au contraire, depuis lors, les recherches en neurosciences tendent plutôt prouver que le mécanisme mental de la lecture se situe plutôt du côté des zones cérébrales dédiées au décodage et à la correspondance grapho-phonétique.

Peu importe d’ailleurs. L’objet de ce billet n’est pas d’opposer – une fois de plus – une méthode d’apprentissage de la lecture à une autre. Ce qui m’intéresse de mettre en évidence – avec le recul de 20 années – c’est le fait qu’il est vraiment difficile d’avoir raison quand tout le monde pense – pour des raisons souvent obscures – qu’on a tort. Ce que nous disions il y a 20 ans n’est aujourd’hui (quasiment) plus contesté par qui que ce soit. La science cognitive, même si elle ne se prononce pas en soi sur les méthodes pédagogiques à privilégier, a aujourd’hui montré la validité de nos conclusions de l’époque. Pourtant, je ne suis pas sûr que tous les pédagogues d’aujourd’hui – penseurs ou de terrain – rejoignent ces conclusions, tant est lourd le poids des « mythes pédagogiques ». Ceux-ci recouvrent toutes sortes de théories – de la programmation neurolinguistique (PNL), au cerveau gauche ou droit en passant par la place de l’informatique en éducation, l’effet Mozart et les intelligences multiples – qui sont fondamentalement ancrées dans de nombreuses convictions pédagogiques actuelles alors même qu’elles n’ont aucun fondement scientifique !

Avoir raison quand tout le monde pense qu’on a tort est loin d’être évident ! Mais il faut rester optimiste. Si aujourd’hui, Jean-Marc et moi, publiions le même article, les réactions seraient plutôt : « Mais que cherchent-ils à ouvrir des portes qui sont déjà largement ouvertes ? ». Il y a 20 ans, toutes ces portes étaient fondamentalement fermées. Personnellement, je pense qu’elles ne sont en réalité aujourd’hui qu’entrouvertes. Et c’est avec une certaine fierté que Jean-Marc et moi pensons y avoir contribué !

samedi 16 avril 2016

Juger avant le lever du rideau

Notre petite Belgique a été secouée par la démission de deux ministres, deux femmes, à des niveaux de pouvoir différents et pour des raisons bien différentes. Ce soir, on sait que la Ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Petite Enfance, en Communauté française de Belgique, sera remplacée par deux autres femmes. Au lieu de réactions positives face à cette féminisation accrue et renouvelée, je n’entends, je ne lis, que des cris au scandale. Quoi, deux ministres pour le prix d’une ! Qui plus est, en promouvant à la place d’une bruxelloise deux wallonnes (même si l’une d’entre elles habite Schaerbeek) ! Et autres critiques aussi futiles que vaines…

Ne comptez pas sur moi pour commenter ces nominations en tant que telles, ni même les événements qui les entourent. Si je réagis, c’est surtout parce que je suis effaré de voir que la critique à l’aveugle devient de plus en plus la règle. Pas seulement au niveau du citoyen lambda qui déverse sa bile dès qu’il le peut ou des faiseurs d’opinion qui la plupart du temps pensent que celle-ci ne peut avoir de sens que si elle est négative, mais surtout au niveau des personnes soi-disant responsables qui ne font pas mieux. Aujourd’hui, le bon ton est de dire du mal de ce qui se passe, quoi qu’il se passe. Par définition, il faut être contre et le dire !

Même s’il ne se passe encore rien ! Comment accepter ces critiques négatives alors que le spectacle n’a même pas encore commencé ? Comment accepter que – lorsqu’il commence – on ne met en évidence que ce qui ne va pas, même s’il y a des tas de choses qui avancent et qui sont réalisées ? Bien sûr, c’est le jeu de l’opposition. Mais depuis quand une opposition constructive vise-t-elle seulement à déconstruire ?

Il est vraiment interpellant de constater qu’aujourd’hui – pour de nombreuses personnes – exister ne peut avoir de sens qu’en critiquant, voire en niant, l’autre. L’accès à la communication numérique, alors qu’il peut apporter tant d’échanges enrichissants, se réduit souvent à une « égotisation » monumentale où chacun, sûr de sa supériorité, avance ses pions en écrasant ceux des autres, sans même les regarder.

Mais où allons-nous ?

jeudi 14 avril 2016

Animaux en liberté

FMG©2016

Les animaux, je ne les aime vraiment qu’en liberté. Totale. En d’autres mots : à l’état sauvage. Le concept d’animal domestique me semble en soi incongru, même si je peux comprendre qu’un animal puisse aider l’homme à faire des travaux durs, en étant alors son « domestique ». Au-delà de cette domesticité, il y a aussi les animaux dits « de compagnie ». Ne désirant pas me créer inutilement des ennemis, je ne dirai rien contre ceux-ci. J’ai d’ailleurs vécu avec des chiens et des chats. Je ne dirai rien, ce qui ne m’empêche pas de penser ce que je pense.

Un animal en liberté est et demeure pour moi un mystère tout autant incommensurable que merveilleux. Il y a là une beauté intrinsèque et fondamentale dans cette « sauvagité » constitutionnelle. Se trouver soudain, au détour du chemin, face à un animal qui ne se laisse pas apprivoiser, qui d’ailleurs s’empressera de s’en aller pour ne pas même se laisser enfermer dans une relation par définition à la fois fortuite et aliénante, est un de ces plaisirs qui n’est sans doute donné qu’à celui qui peut se réjouir de le saisir aussi vite que de le voir disparaître.

J’ai beaucoup de chance. Voilà près de 30 ans que je vis, à 30 km de Bruxelles, dans un endroit ouvert et sauvage. Des animaux en liberté, j’en ai vu plus de trente ! De manière non exhaustive et dans un ordre alphabétique : abeilles, araignées, campagnols, cerfs, chats, chevreuils, chiens, daims, écureuils, fouines, guêpes, hérissons, lapins, libellules, lièvres, mouches, moustiques, mouton, oiseaux divers (corneilles, mésanges, moineaux, pic-vert, pies, rouges-gorges…), papillons, renards, singe, taupes, tiques, vers de terre…

Je suis chaque fois ébloui. Comment ces animaux font-ils pour survivre ? Comment assument-ils avec une telle force leur liberté totale ? Qu’est-ce qui leur donne cette force éblouissante et cette fierté altière ?

Savoir qu’à quelques kilomètres d’une ville telle que Bruxelles, des animaux – parfois même de taille importante – peuvent vivre de manière indépendante et totalement assumée reste pour moi – fondamentalement – une source d’énergie et d’émerveillement. Quelque part, il y a là la vraie vie.

samedi 2 avril 2016

Une chanson n’appartient à personne

Réécoutant l’album, paru en 2013, « Brassens, Échos d'Aujourd'Hui » dans lequel des artistes internationaux de tous styles revisitent Brassens, parfois même sans connaître celui-ci, je me dis que définitivement, une chanson n’appartient à personne, pas même à son auteur ni à son interprète principal. Une chanson existe et chacun peut en faire ce qu’il veut, pour le plaisir de la chanson.

Brassens est à ce niveau un auteur-compositeur extraordinaire. Ses chansons ont été reprises par des dizaines d’interprètes en les amenant parfois bien loin de ce que Brassens proposait, mais justement en les transcendant. Pour n’en citer que quelques uns, Graeme Allwright, Barbara, Agnès Bihl, Georges Chelon, Michel Fugain, Yves Jamait, Catherine Le Forestier, Maxime Le Forestier, Philippe Léotard, Miossec, Noir désir, Kristo Numpuby, Odieu, Renaud, Olivia Ruiz, Les Têtes Raides, Weepers Circus, Gabriel Yacoub… s’y sont risqués, avec plus ou moins de succès. Tout n’est sans doute pas du même niveau, mais qui peut juger de celui-ci ?

Par exemple, moi qui suis un vrai admirateur de Georges Chelon, je n’ai vraiment pas aimé son album « Georges Chelon chante Brassens » paru également en 2013. En fait, j’ai surtout été déçu par ces reprises parce qu’elles n’apportent rien de nouveau. Je ne dis pas que Chelon s’est contenté de faire du Brassens. Mais son objectif n’était certainement pas de revisiter ces œuvres. Juste de les chanter. En soi, il a bien raison et – même si je n’aime pas trop cet album – je ne vais pas lui jeter la moindre pierre.

Dernièrement, Bruel s’est également lancé dans un album de reprises de Barbara. Audacieux, mais assez logique : Barbara n’a-t-elle pas elle-même repris de nombreuses chansons – de Brel, de Ferré, de Montand… – pas toujours à bon escient ? Les puristes de Barbara se sont empressés de tomber à bras raccourcis sur l’artiste. Son crime : ne pas s’être contenté d’interpréter ces chansons à la Barbara, mais avoir osé une réinterprétation. Je ne dis pas que j’estime génial le travail de Bruel, mais j’estime en tout cas qu’il avait bien le droit de revisiter les œuvres de la grande chanteuse et que tout n’est pas inintéressant.

En écrivant cela, je n’espère pas convaincre qui que ce soit. Je veux simplement dire qu’une chanson, une fois qu’elle a été créée, appartient à ceux qui l’écoutent, qui la réinterprètent, qui la chantent… C’est justement à cela qu’elle sert. En soi, une chanson ne sert pas à grand chose. Mais lorsqu’elle touche quelqu’un, lorsqu’un chanteur ou une chanteuse – qu’elle que soit sa qualité – se la réapproprie, lorsqu’elle devient intemporelle et sans espace… alors, elle atteint sa véritable dimension. Celle de l’éternité. Merci à tous ceux qui le permettent.

vendredi 25 mars 2016

Western du Nord en direct

Je voulais juste regarder une course cycliste (E3 Harelbeke). Je savais aussi que j’allais pouvoir zapper sur les auditions des ministres qui allaient – sans conviction – essayer de minimiser leur responsabilité dans les errements de la gestion de la crise terroriste. Et voilà que je suis tombé sur les images d’un homme à terre, blessé et arrêté, quasi en direct. Comme dans un mauvais western.

Je me suis senti retomber en enfance. Au temps où nous allions voir en famille les films de John Wayne, au Molière, le cinéma de quartier. Nous n’avions pas la télévision et ces films étaient ce qui nous permettait de voir autre chose, de découvrir qu’il y avait une autre réalité dans le monde que notre petite rue qui était notre terrain de jeu. Nous savions bien que c’était du cinéma, que ça se passait ailleurs et dans un autre temps. Nous savions aussi que c’étaient les bons qui gagneraient. Mais c’était l’action, la vie, l’explosion !

Je n’aurais jamais imaginé que j’aurais pu vivre quelque chose du genre en direct. Pourtant, c’est le cas. Je ne m’en réjouis pas. Les attentats de Zaventem et de Maelbeek, c’est à côté. C’était hier. L’arrestation d’un suspect, c’est encore plus près et en direct. Vivre cela ravive un peu les émotions d’enfance lors de ces westerns improbables. Sauf qu’on n’est plus dans un simple divertissement et qu’on ne sait pas qui gagnera…

Mais je l’avoue, si je voulais regarder la course cycliste (qui était encore bien loin de l’arrivée), je me suis arrêté sur cette actualité sinistre. Voyeurisme déplacé ? Peut-être. Surtout l’envie de savoir comment cela évolue. Nous vivons dans une société où tout doit se vivre en direct. Pourquoi ? Avec quels avantages ? Quelles conséquences ? Quelles ouvertures ? Je n’en sais trop rien.

Je resterai – sans doute encore longtemps – avec mes interrogations. Dans moins d’une heure, je saurai qui aura gagné la course (pleine de suspens). Mais je ne saurai pas quand se finiront ces atrocités terroristes, ni encore moins qui gagnera au bout du compte. Comme j’aimerais que ce ne soit qu’un film qui se termine après une heure et demie par la victoire des bons. La vie est bien plus compliquée que ça. Pourquoi ?

mercredi 23 mars 2016

Garde ton insouciance, malgré tout


Mon petit-fils Alexis, 2 ans et demi, fait sa sieste à 5 mètres de l’endroit où j’écris ce message. Il est paisible, toujours souriant. Pour lui, l’avenir se résume à peu de choses : sa maman viendra le rechercher en fin d’après-midi ; plus loin peut-être sent-il de plus en plus qu’il aura – dans un peu plus d’un mois – une petite sœur. Ce matin, à l’école, il a bricolé autour d’œufs et de lapins. Il s’est aussi marré, lors de son repas de midi, avec son oncle Jérôme. La vie, dans toute sa simplicité, sa beauté, son insouciance.

Hier, plus de trente personnes sont mortes, à quelques kilomètres d’où se trouvait Alexis. Grâce à la qualité de ses éducatrices et de ses parents, je suis sûr que ces attentats sont passés au-dessus de sa tête. Peut-être aura-t-il perçu un frémissement. Mais sa vie insouciante n’aura pas été bouleversée pour autant. Et c’est tant mieux.

Mais demain ? Et après-demain ? Quel monde sommes-nous en train de préparer pour nos enfants et nos petits-enfants ? S’il n’y avait que cette violence absurde et (de moins en moins) ponctuelle, on pourrait ne pas trop s’en inquiéter. Mais il y a tout le reste. Cette manière de gérer notre Terre sans trop s’occuper de tout ce qui la détruit. Cette manière de s’enfermer sur soi-même sans trop s’occuper de tous les autres humains, pareils à nous-mêmes, qui cherchent désespérément un endroit pour vivre sereinement. Cette manière de juger péremptoirement et violemment des communautés qui ne rêvent – comme nous – que de paix constructive, d’amour simple et de respect mutuel. Cette manière de croire qu’on détient la vérité, alors que la seule certitude est qu’on ne sait rien.

Hier matin, lorsque j’ai découvert l’horreur, mon corps fut pris de révulsions, dans tous les sens du terme. J’avais vraiment besoin de me vider de cette barbarie insoutenable. Ce devait être un jour bienheureux, différent des autres. Mon frère Bernard fêtait ses 65 ans, ce n’est pas n’importe quoi. Nous retrouvions le soir nos amis pour assister à une pièce de théâtre plaisante, sans être extraordinaire. De petits bonheurs qui faisaient que ce n’était pas un jour comme les autres. Par la faute de deux ou trois déshumanisés, il fut transformé en vide absolu.

Qu’on ne s’y trompe pas : ces déshumanisés ne se sont pas faits tout seuls. C’est notre fonctionnement sociétal qui les a construits. Nous sommes tous responsables. Croire le contraire serait vain.

Je ne crois pas trop au hasard. Hier, la pièce de théâtre – Belles de nuit – mettait en scène la rencontre entre une prostituée au grand cœur et un clandestin argentin. C’est du moins ce qui est présenté dans les programmes. Mais la pièce parle finalement surtout du souteneur. Dont la vie d’enfant a été bousillée. Lorsqu’il se rend compte, à la fin, que son « objet sexuel et financier » le quitte pour une vraie vie de femme, il prend son téléphone et dit le dernier mot de la pièce : « Papa ? ».

Si tous les terroristes du monde pouvaient dire – avant d’agir, mais avec le même espoir – ce mot « Papa ? », je crois qu’on n’en serait pas là aujourd’hui et qu’on pourrait – ensemble – construire un autre monde pour nos enfants et nos petits-enfants.

Alexis, je t’aime ! Garde ton insouciance, malgré tout.

mardi 15 mars 2016

Trivia Crack

Trivia Crack est un jeu disponible notamment sur Facebook. Inspiré de Trivial Pursuit, il consiste à répondre à des questions réparties en 6 catégories : divertissement, art, sport, histoire, sciences, géographie. Le premier qui remporte un duel dans chacune de ces catégories gagne la partie. J’avoue : j’aime bien ce genre de jeux basé sur les « connaissances générales » et je gagne plus souvent que je ne perds. Mais en plus, j’ai trouvé la faille !

La faille qui permet de gagner à tous les coups, sauf peut-être contre un adversaire qui utiliserait la même technique. J’ai découvert cette faille un peu par hasard. Quand on rate une question, il faut cliquer sur un bouton « Continuer », ce qui permettra au joueur adverse de jouer à son tour.

Un jour, j’ai oublié de cliquer sur ce bouton « Continuer ». Après avoir quitté mon navigateur, je m’en suis rendu compte et je me suis rappelé que mon adversaire ne pourrait rejouer à son tour que si je cliquais sur ce foutu bouton. Bref, j’ai relancé mon navigateur et le jeu. À l’écran, c’était comme si je n’avais pas joué. Donc, j’ai fait comme si. Et le jeu m’a reproposé la même question avec les 4 mêmes propositions, dans le même ordre. Comme j’avais vu la bonne réponse au moment où je m’étais trompé, il me suffisait de cliquer sur celle-ci pour pouvoir continuer la partie. J’ai réessayé plusieurs fois : ça marche à tous les coups. Quand on se trompe, il suffit de ne pas cliquer sur « Continuer », de quitter le navigateur et de le relancer…

Rassurez-vous : je n’utilise pas vraiment cette découverte pour gagner des parties. J’ai d’ailleurs trop peu d’adversaires pour ça et je ne vois pas très bien ce que cela m’apporterait. Oui, j’aime bien gagner. Mais je suis avant tout joueur : en soit, jouer est plus important que gagner !

C’est là que je jouis quelque peu de ma découverte. Trouver une telle faille dans un jeu largement diffusé procure un petit plaisir que je ne renie pas. J’ignore évidemment si cette astuce durera encore longtemps, mais en attendant, ça m’amuse de la partager !

dimanche 13 mars 2016

Du côté de la lumière


FMG©2016

On ne peut pas dire que c’est le printemps. Mais ce n’est plus tout à fait l’hiver. On semble en tout cas être entré du côté de la lumière. Et cela fait un bien fou. Profond. Libératoire.

Est-ce mon nouveau statut de contemplateur, mais cet hiver me semble plus que d’habitude interminable ? Il n’a pas fait spécialement froid, la plupart du temps, mais je n’ai pas arrêté d’avoir froid. Il a plu beaucoup, et je me suis senti humide, incapable de me sécher, ne fut-ce qu’un peu. Il n’y a pas eu beaucoup plus de misère que d’habitude. Quoique. Les mauvaises nouvelles – de quelque ordre que ce soit – m’ont semblé plus nombreuses, sans que je puisse y faire grand-chose. L’impuissance d’agir est parfois plus lourde à porter que les obstacles qu’on peut surmonter en les maîtrisant.

Mais qu’à cela ne tienne. Aujourd’hui, le soleil est là. Il est encore froid, mais il brille. On est entré du côté de la lumière.


vendredi 26 février 2016

Tort et raison à la fois

À la suite de mon billet sur l’énigme mathématique, un nouveau lecteur – bienvenue ! – a laissé en commentaire un « On ne peut avoir à la fois tort et raison ». Il a raison, tout en ayant tort !

Il a raison parce que si j’ai raison, je n’ai pas tort, même si éventuellement j’ai tort d’avoir raison. Et si j’ai tort, je n’ai pas raison, même si éventuellement, j’ai tort d’avoir tort. Enfin bref, c’est normalement l’un ou l’autre.

Mais il a tort, car je crois vraiment que la plupart du temps, on n’a jamais tout à fait tort ni tout à fait raison, et donc qu’on a à la fois tort et raison. Les choses sont toujours plus complexes qu’on ne le pense.

Prenons un exemple sérieux et d’actualité : les ondes gravitationnelles, que des chercheurs américains viennent d’observer pour la première fois. Il y a juste 100 ans, en 1916, Einstein prédit l’existence de déformations de l’espace-temps qu’il appelle « ondes gravitationnelles ». Il estime cependant ces ondulations cosmiques indétectables, car bien trop faibles. À l’époque, beaucoup pensaient qu’il avait tort d’affirmer l’existence de ces ondes. Aujourd’hui, on sait qu’il avait raison. Mais on sait aussi qu’il avait tort de penser qu’elles étaient indétectables puisqu’on les a détectées !

Un exemple plus banal : il nous arrive à tous de mentir, la plupart du temps pour bien faire. On transforme un peu la réalité pour ne pas blesser l’autre. Ce n’est pas bien de mentir, et ce faisant, on a tort. Mais n’a-t-on pas raison de ne pas vouloir blesser l’autre pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine ?

Une même affirmation peut aussi être à la fois vraie et fausse. Je suis convaincu que « le vin est bon pour la santé ». J’ai raison puisqu’il y a des tas de preuves qui montrent les bienfaits que le vin peut apporter. Mais j’ai tort aussi parce qu’il est évident que consommer trop de vin nuira à la santé.

On pourrait multiplier les exemples, à tort ou à raison. Au bout du compte, on constatera qu’on ne peut que très rarement dichotomiser la réalité : l’exception confirme la règle. La règle existe, mais elle a la plupart du temps son exception qui la confirme.

Gandhi a écrit : « Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort ». Cette pensée rejoint une question fondamentale que je me pose depuis longtemps. Il est certain que je pense établi que je suis en train d’écrire ce billet que d’autres – vous par exemple – liront. Mais en réalité, il n’y a peut-être que ma pensée qui existe : n’êtes-vous pas que des abstractions mentales dont ma pensée se nourrirait ? Personne ne serait à même de me prouver que j’ai tort, puisque ce ne serait jamais qu’une construction de ma pensée qui me montrerait l’absurdité de ma réflexion… et de sa propre existence. J’ai donc fondamentalement raison, tout en ayant plus que vraisemblablement tort.

Mais pourquoi donc ne puis-je prendre de l’aspirine ?

mardi 23 février 2016

Et la bonne réponse est…

Cette énigme circule, parmi d’autres, sur Facebook. Le gars qui l’a publiée – enfin, du moins dans la version que j’ai vue – dit que 99% des personnes vont se tromper. Il a sans doute raison et on n’en saura jamais rien.

Si on prend la question au sérieux et qu’on essaie de la résoudre d’un point de vue mathématique, il y a plusieurs solutions possibles !

14 ! C’est la réponse que j’apporterais spontanément. On compte le nombre de carrés identifiables. La première figure en compte 5 (4 petits et 1 grand). La deuxième figure a 9 petits carrés, 4 moyens et 1 grand, soit 14 en tout.

10 ! Plus ou moins même principe : la première figure a 4 carrés intérieurs et un extérieur. L’autre a 9 carrés intérieurs et un extérieur. Cela fait 10.

20 ! Autre approche : la première figure représente 5. Comme on peut identifier 4 fois cette figure dans la seconde, cela fait 4 fois 5, soit 20.

Ne croyez pas que ce soit fini. On pourrait aussi dire 12 ! On compte alors le nombre de « carrefours » en dehors des 4 angles du grand carré. La première figure a 5 carrefours (un sur chaque côté du grand carré et un au centre). La deuxième figure en a 12.

Et pourquoi pas 11,25 ! Quatre carrés valent 5. Donc, chaque carré vaut 1,25. Il y en a 9 dans la deuxième figure, et 9 x 1,25 = 11,25. CQFD.

Avec un peu d’imagination, on pourrait sans doute proposer encore d’autres réponses. En réalité – j’ignore totalement si c’est celle espérée par la première personne qui a proposé l’énigme – , la seule bonne réponse possible est qu’il est impossible de répondre avec certitude à cette petite énigme parce qu’on n’a pas assez d’éléments pour trancher. Le champ des possibles est trop vaste pour extrapoler sur la base d’une seule information.

Il ne s’agit ici que d’une situation mathématique, ou plutôt pseudo-mathématique. J’imagine que des milliers de personnes défendraient mordicus leur réponse, nappées de toutes leurs certitudes à la bonne semaine.

Imaginons que ce ne soit pas une situation mathématique, mais une situation sociale, ou économique, ou philosophique, ou psychologique, ou criminelle, ou politique, ou tout simplement humaine. Souvent, quand on découvre ce genre de situations, on n’a qu’une seule information, voire deux. Sur la base de cette (ces) seule(s) information(s), la plupart d’entre nous extrapolerons sur toute la complexité de la situation, l’âme en paix emplie de certitudes définitives. J’ai bien écrit « extrapolerons » pour montrer que je m’inclus dans ce groupe. Cela m’effraie d’autant plus !

En réalisant cette extrapolation, nous prenons de toute évidence beaucoup de libertés avec la réalité. Il est possible que nous ayons entièrement raison, ou entièrement tort. Plus souvent sans doute, nous avons alors tort et raison en même temps. En attendant, nous avons peut-être condamné des personnes ou des actions sans trop savoir ce qu’il en est vraiment.

La réalité n’est-elle pas toujours plus complexe que ce que l’on en perçoit ?