jeudi 29 novembre 2018

Méandres


Méandres
© Rigaud Yannick, 2018

La Belgique est confrontée, comme d’autres pays, au choix de signer ou non le Pacte migratoire de l’ONU. Le Premier Ministre s’y est engagé, mais depuis les nationalistes de la N-VA se posent des questions, de toute évidence à consonance électoraliste. Aujourd’hui, leur chef de groupe à la Chambre, Peter De Roover, a déclaré que « ceux qui, au sein de la majorité, prendraient la responsabilité de participer à une majorité alternative tireront la prise ». Quelle hypocrisie !

Le gouvernement s’est engagé sur ce Pacte il y a longtemps. La N-VA, soucieuse de récupérer des voix d’extrême-droite pour les élections de mai 2019, s’est soudain senti pousser des ailes de réticence, alors que les trois autres partis de la majorité affirment toujours vouloir signer. La courageuse N-VA déclare aujourd’hui que si le gouvernement venait à tomber, « ce ne serait pas nous, mais les autres » !

Soyons clairs : personnellement, si ce gouvernement venait à tomber, je ne serais pas mécontent. Je le serais par contre si le Premier Ministre en venait – une fois de plus ? – à renier sa parole et décidait de ne pas signer ce fameux pacte. Ce qui risque fort d’être le cas, mais attendons de voir !

Comment peut-on faire confiance à des personnes qui reportent sur les autres la responsabilité des conséquences de leurs propres prises de position ? Quand on prend une décision, voire simplement une position, le minimum est de l’assumer, même si elle n’est pas aussi populaire qu’on le voudrait.

C’est vrai au niveau national ou international, mais aussi au niveau local, même si ça se décline autrement. Dans ma belle commune de Grez-Doiceau, nous vivons une situation relativement inédite : à la suite des élections du 14 octobre 2018, deux projets de pacte de majorité ont été signés. Ils concernent tous les partis représentés au conseil communal, avec la liste Écolo présente dans les deux projets ! À noter qu’il aurait pu en réalité y avoir un troisième projet de pacte : les deux listes principales auraient pu vouloir s’associer, sans Écolo cette fois…

Nous devrions savoir ce week-end le dénouement de cet imbroglio. La situation n’est pas idéale, mais les écologistes assument leur positionnement. Leur erreur est sans doute de s’être embarqués un peu rapidement – la nuit même des élections – dans un premier projet. Ce n’est qu’après qu’ils ont commencé à négocier. Leur Assemblée générale s’est ensuite posé quelques questions importantes quant aux résultats de ces négociations et a décidé d’ouvrir le jeu : pourquoi ne pas négocier avec les autres ? Étonnant ? Oui, mais cohérent. Ce qui ne le serait pas serait de s’engager pour six ans sans y croire. Au jour d’aujourd’hui, on ne connaît pas encore la décision finale.

La situation n’est pas confortable, mais elle est assumée. Quelle qu’en soit l’issue, il y aura des mécontents. Ils s’exprimeront. Ils s’expriment d’ailleurs déjà : certains ont proposé une « grande coalition » réunissant tous les partis. En temps de crise, les gouvernements d’union nationale peuvent avoir du sens. D’un point de vue démocratique, l’idée en a aussi. Mais quel peut bien être le projet et/ou la vision politique d’une telle « coalition » ? Et pourquoi passer par des élections si c’est pour réunir tout le monde ? Le plus étonnant est – selon moi – que les auteurs de la proposition la formulent de telle sorte que si les Écolos n’y souscrivaient pas, ils seraient inévitablement les mauvais… En termes de respect de la démocratie représentative, il y a mieux ! On me dira que cela fait partie du jeu ! Justement, ce n’est pas un jeu. Mais des méandres…

mercredi 21 novembre 2018

Les gens bien

Il y a des gens sympas. J’en ai rencontré. Encore une belle personne aujourd’hui ! Tout ça à cause de l’hiver et de mes pneus ! J’ai depuis quelques années deux jeux de pneus (et de jantes), l’un pour l’été, l’autre pour l’hiver. Ma femme et moi nous esquintons à faire la rotation nous-mêmes. Ça nous donne l’impression d’être encore actifs : « on peut le faire » ! Et on le fait, non sans difficulté parfois.

Lors du dernier changement, j’ai constaté à nouveau qu’une bague en plastic censée s’insérer dans le moyeu de la jante était cassée. Trop confiant en ma bonne étoile, j’ai décidé de faire comme si ce n’était pas le cas et nous avons monté la roue en l’état en nous disant – enfin, plutôt « en me disant » - que tout ça se serrerait en même temps que les boulons !

Tout à l’heure, en déplacement avec ma tendre et chère, nous sommes arrêtés par un feu de chantier. Dans mon rétroviseur, je vois la conductrice de la voiture qui me suivait sortir de celle-ci et courir vers moi. J’ouvre la vitre et elle me dit : « Je ne sais pas si c’est grave, mais je voulais vous dire que votre roue arrière gauche vacille quelque peu », le tout accompagné d’un geste révélateur !

Je me suis arrêté un peu plus loin, pour resserrer les boulons, sans pouvoir faire plus à ce moment-là. En réponse à ma question, ma belle m’a confirmé que c’était bien cette roue-là qui avait un problème de bague. Rentrés à la maison, j’ai démonté la roue pour bien constater qu’il y avait un problème avec cette bague. Notre fine équipe de mécaniciens en herbe a mis en œuvre une solution de fortune qui devrait tenir tout l’hiver qui arrive à grands pas !

Dans cette histoire, ce ne sont pas les pneus qui sont importants ! L’essentiel, c’est cette personne qui – dès qu’elle l’a pu – est sortie de sa voiture, a couru vers nous pour dire ce qu’elle avait à dire. Elle n’avait rien à gagner. Nous avions sans doute beaucoup à perdre. Tant qu’il y aura des personnes comme ça, des « gens bien », le monde avancera ! (Comme ma voiture, j’espère !)

vendredi 2 novembre 2018

Histoire de rien

  
FMG©2018

L’avantage de tenir un blog généraliste, c’est que je peux y parler de tout et de rien. Aujourd’hui, ce sera plutôt de rien, ou de pas grand-chose ! De plaquettes de médicaments ! La photo illustre deux plaquettes, toutes les deux du même médicament que je prends quotidiennement depuis des années et qui m’accompagnera jusqu’à la fin de ma vie ! Inutile de faire un dessin, la photo parle d’elle-même : il y a des différences entre les deux plaquettes. Banal ? Pas tout à fait.

Il se fait que la quantité de pilules que je dois prendre varie avec le temps, ou du moins avec le taux de coagulation de mon sang que je fais donc vérifier périodiquement. En ce qui me concerne, cela varie entre deux ou trois comprimés par jour, avec des rythmes différents. Cela peut donc être 2-2 (deux chaque jour), ou 3-3, ou 2-3, ou 2-2-3, ou encore 2-3-3… Retenir le rythme actuel (2-3) n’est pas une difficulté. Savoir quel jour je suis dans le cycle l’est un peu plus !

Avec la première plaquette (ancien modèle), c’est assez facile : en allant de petites lignes en petites lignes, je prends par exemple 2 comprimés d’une ligne un jour et le lendemain j’en prends trois. Au bout de 7 jours, cela donne ceci et il me suffit le 8e jour de prendre les trois pilules restantes, sans avoir jamais dû réfléchir.


Avec le nouveau modèle, c’est bien moins évident ! J’ai dû inventer un système comme celui-ci, mais qui ne me satisfait qu’à moitié !

 

Ça permet en tout cas de délimiter clairement les jours à 2 ou à 3, mais c’est moins clair pour la fin de la plaquette.

Bref, je me demande bien pourquoi ils ont décidé subitement de changer de modèle de plaquette en augmentant le risque de mauvais dosage pour des personnes séniles comme moi. Cela dit, quand j’ai commencé à prendre ce médicament – il y a très longtemps – il était vendu dans des petits flacons contenant 100 comprimés en vrac. Mais j’étais jeune !

Comme quoi, même quand on n’a rien à dire, on peut l’écrire !

samedi 20 octobre 2018

La force de la résilience

Or donc, dimanche dernier, j’étais candidat aux élections communales. Je n’ai pas été élu, mais cela n’a aucune espèce d’importance : notre liste a, à son niveau, gagné les élections. Non seulement, elle a obtenu le meilleur score de son existence, mais de plus c’est elle qui pouvait décider quelle serait la majorité pour les six années qui viennent. Le choix ne fut pas facile. Il s’est réalisé au terme d’un processus on ne peut plus démocratique. Il faut bien reconnaître cependant qu’à leur réveil une bonne partie de nos électeurs ne l’a pas compris.

Peu importe ici la pertinence de ce choix et les réactions aussi légitimes que trop émotionnelles et immédiates. La semaine qui s’est écoulée ne fut pas facile. Il fallut d’abord encaisser, sans réagir à fleur de peau. Il fallut – et c’est bien naturel – écouter, expliquer, écouter à nouveau, comprendre, écouter encore, apporter quelques compléments d’information, écouter avec empathie… tout en continuant à croire que nous ne nous étions pas trompés. Ce ne fut pas facile. Et nous n’avons sans doute pas (encore) réussi à convaincre tous ceux qui, croyant en nous, ne se sont pas retrouvés dans notre décision.

Dans cette tempête, un élément m’a particulièrement marqué : le resserrement de ceux qui croient vraiment en nos valeurs. En écrivant cela, je ne porte aucun jugement sur ceux qui y croient moins ou qui ne se sont pas resserrés. Je salue avant tout la résilience de toutes celles et de tous ceux qui ont encaissé le choc inattendu quoique prévisible et qui – malgré leur émotion vive – ont cherché d’abord à comprendre, puis à transformer cette difficulté en essai gagnant. Rien n’est encore joué ni gagné. Mais il y a une telle énergie et une telle solidarité qui se dégagent en interne que c’en est assez merveilleux.

Cette expérience est par ailleurs pleine d’apprentissages, à tout niveau. L’univers politique est bien complexe, même lorsqu’on est nourri par les meilleures intentions du monde. Ce que l’on croit évident à un moment ne l’est plus vraiment quelques instants plus tard. Le soutien réel que d’aucuns accordent à des valeurs fondamentales est facilement mis à mal au fil de cheminements dont les méandres sont peu ou mal connus, quand ils ne sont pas détournés par un des maux de notre siècle : les fausses informations et les rumeurs… Mais surtout, oui surtout, c’est quand on croit que tout est perdu que les liens se resserrent, que les regards redécouvrent la complicité, que les engagements se réitèrent plus profonds que jamais.

Le monde politique n’a aujourd’hui pas bonne presse (au sens propre comme figuré). Pourtant, celles et ceux qui le font vivre sont des êtres humains, comme vous et moi. Aujourd’hui, j’ai vu une personne écrasée soudainement par le poids de la vie réelle et s’effondrer, pour ensuite se reprendre. Respect. Je ne croyais pas pouvoir vivre encore de tels moments de vérité humaine. Bien au-delà du jeu politique. La presse n’en parlera pas. Mais la véritable lumière est là, dans toute son authenticité.

jeudi 11 octobre 2018

Les châtaignes d'aujourd'hui

Nous sommes le 11 octobre 2018. Il est 21h30 et je viens de déguster, dehors, des châtaignes cuites à la poêle. Un délice. Mais un désastre ! Les châtaignes grillées, normalement, ça se déguste pour se réchauffer les doigts, ou à côté d’un feu. Là, je suis dehors, comme en plein été. C’est bien agréable, bien sûr. Mais qu’en sera-t-il demain ? Enfin, je veux dire après-demain…

Il n’y a que M. Trump pour nier encore qu’il y a un dérèglement climatique, même s’il doit se rendre demain en Floride constater les dégâts de l’ouragan Michael. C’est bien sûr très malheureux, mais ce n’est que le destin… Trump, au moins, avoue qu’il ne croit pas que cet ouragan soit lié d’une quelconque manière à l’action de l’homme. D’autres dirigeants sont plus nuancés, mais ils ne font rien.

Le récent rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) est pourtant sans appel : si nous ne faisons rien, nous courons à notre perte.

Et nous ne faisons rien. Ou pas grand chose.

En attendant, je mange mes châtaignes d’aujourd’hui, sur la terrasse. Elles sont meilleures que celles d’antan. Mais leur goût délicieux me laisse comme une amertume insupportable… Qu’en sera-t-il des châtaignes du futur ?

vendredi 5 octobre 2018

L'immédiateté

Il y a trois jours, la presse annonçait : « Cette fois, c’est décidé. La clinique Saint-Pierre va quitter Ottignies-LLN pour s’établir à Wavre, entre le Domaine du Blé et l’E411 ». Apparemment, plus un effet d’annonce qu’un réel projet, rien n’étant vraiment décidé. Ce qui m’a le plus étonné est justement de lire les réactions des « gens », non seulement comme si c’était fait, mais aussi comme si l’hôpital lui-même était déjà fait !

Plutôt que de se réjouir de la présence d’un hôpital moderne, ce fut plutôt la litanie des jérémiades : Comment peut-on installer un hôpital là où il n’y a pas de transport en commun ? On a déjà plein de problèmes de mobilité, avec l’hôpital à cet endroit, ça va être l’enfer ! Sans compter le bruit pour les patients coincés entre deux autoroutes, ni le laser de la boîte de nuit juste à côté ! etc.

Tout ça pour un hôpital qui – si le projet se concrétise – ouvrirait ses portes, si tout va bien, aux alentours de 2028 ! Qu’on me comprenne bien : les impacts d’un tel projet sur la mobilité, sur l’environnement, sur la santé… sont évidents, tant positivement que négativement. Dans le contexte d’une Région wallonne et d’une « ville » de Wavre qui visent avant tout à étendre leur potentiel purement économique en réduisant drastiquement leur potentiel social et environnemental, il est indispensable d’être particulièrement attentif au développement de ce projet.

Mais mon propos n’est pas là (ce qui me permettra peut-être de voir qui lit vraiment mes billets) ! Où allons-nous si les « gens » ne sont plus capables de prendre le recul nécessaire par rapport à une information ? Les réseaux sociaux ont introduit la possibilité de réagir immédiatement, sans trop réfléchir. Quelque part, c’est un bien parce que cela donne à tout un chacun l’opportunité de s’exprimer et de participer aux débats sociétaux. Mais si c’est pour dire tout et n’importe quoi, pas sûr que ce soit une avancée démocratique.

Que peut-on faire pour qu’il en soit autrement ? La question est importante, mais si la réponse l’est tout autant, il n’est pas évident de pouvoir l’apporter. Il faudrait pouvoir « éduquer » tout internaute qui se risque sur les réseaux sociaux. Mais comment faire ? Personnellement, je lutte par exemple contre toutes les « infox » (fake news) et autres canulars (hoax) que je vois fleurir chez mes « amis » facebookiens. J’ai souvent l’impression d’être alors perçu comme l’emmerdeur de service, mais bon, on ne se refait pas !

Si vous lisez ce billet et que vous avez de bonnes idées, n’hésitez pas à commenter, que ce soit ici-même ou sur Facebook… Comment quitter le monde de l’immédiateté ?

jeudi 4 octobre 2018

Toqué

Aujourd’hui, j’ai assisté à la remise de diplôme de mon dernier fils. Je ne suis pas sûr que ce soit la dernière fois qu’un de mes enfants obtient un diplôme, mais en tout cas, celui-là s’est fait attendre et oui, c’était pour moi une réelle fierté de voir les compétences de mon fils reconnues de facto par cette cérémonie. J’étais d’autant plus fier qu’avant d’y assister, il avait passé la journée à son travail au sein d’une banque internationale. Je n’ai pas trop d’affinités avec les banques et leurs métiers. Mais y creuser son chemin professionnel est digne de respect.

Je ne suis pas sûr que la cérémonie à laquelle j’ai assisté soit aussi digne de respect. Elle commença par une série d’interventions dont – selon moi – la nullité ne rivalisait qu’avec leur inutilité. Il y eut ensuite la « proclamation » qui m’a ramené des dizaines d’années auparavant, à vrai dire lorsque j’étais enfant ou jeune adolescent. Je ne savais pas – sublime naïveté – qu’on pouvait encore décerner des prix et proclamer le nom des « lauréats » en fonction du grade qu’ils ont obtenu. Bravo pour les meilleurs… mais quid pour ceux ou celles qui n’ont pas correspondu au moule académique ?

Mon questionnement se situe bien à ce niveau. Moi qui ai accompagné de nombreux projets d’évaluation dans l’enseignement – du niveau primaire au supérieur universitaire – j’ai pu souvent me rendre compte qu’une réussite ou un échec est plus souvent lié aux exigences académiques qu’aux compétences des élèves ou des étudiants. En d’autres termes, plus souvent qu’il ne le faudrait, un étudiant réussit ou échoue non pas sur la base de ses compétences, mais parce qu’il correspond ou non aux critères édictés – parfois de manière inconsciente et invisible – par l’institution de formation (et aussi de certification). Dans un tel contexte, quand on voit un jeune laissé à lui-même pour devoir démontrer de manière aveugle des compétences peu définies, on peut se poser des questions.

Ce soir pourtant, le plus important n’est pas là. L’important est que mon fils a reçu ce soir ce fameux papier. L’important est qu’il est inséré dans un projet professionnel qui l’intéresse et qui lui permet d’apprendre des tas de choses. L’important est qu’il a invité ses parents a assisté à cette remise de diplômes et que ceux-ci en étaient bien contents.

dimanche 23 septembre 2018

Campagne compagne

Vivre ensemble
Tout vient à point à qui sait attendre. Je vis actuellement ma première campagne électorale. Cela se passe au sein du parti ECOLO dont le projet et les actions correspondent le mieux à mes aspirations pour le présent et le futur de mes enfants, de mes concitoyens, des humains. Je n’oblige personne à partager cette conviction, mais je la partage. En tout cas, cette campagne est ma compagne pour cette campagne que j’ai choisie – avec quel bonheur – pour compagne de la troisième tranche de ma vie.

Mon objectif ici n’est ni de présenter ni de défendre nos idées politiques pour le développement de notre belle commune de Grez-Doiceau. Je veux juste parler de deux plaisirs. Le premier – et sans doute le plus important – est de partager cette campagne avec des compagnons dans un dialogue et un respect constants, sans que personne ne cherche à se mettre en avant. La seule priorité est de développer et de promouvoir les idées qui nous semblent essentielles, non pas pour nous, mais pour le bien vivre présent et futur de nos concitoyens. En écrivant cela, je tiens surtout à mettre en avant la qualité des échanges entre colistiers, bien au-delà des idées que nous défendons.

Bouger ensemble
Le deuxième plaisir est plus public et plus directement lié à la campagne que nous menons. Elle exclut les affiches qui polluent nos jolies campagnes en se contentant de présenter aux électeurs une tête tout sourire. Nous avons choisi de promouvoir nos idées par trois affiches fondées sur le contenu et non pas sur l’apparence. Trois axes, trois affiches : vivre, bouger et agir ensemble. Ce ne sont pas seulement des slogans, mais de vraies préoccupations que les illustrations (réalisées par Wauter Manaert et Olivia Sautreuil) approfondissent avec talent, humour et justesse. D’aucuns nous ont dit que c’était impossible de faire ce type de campagne. Raison de plus de le faire.

Ce choix de campagne portera-t-il ses fruits ? Je n’en sais rien. Je l’espère, mais l’électeur est seul à décider ce qu’est son choix. Au moins, il m’aura donné le plaisir, non dédaignable, d’être en cohérence avec mes convictions les plus profondes : notre présent et notre avenir ne peuvent être construits qu’ensemble !

Agir ensemble
Pour autant, je ne veux pas me montrer plus naïf que je ne le suis. Si la politique au sens premier est une activité noble puisqu’elle a pour objectif premier de veiller au bien commun, il est clair que la réalité est plus féroce et que les querelles d’ego prennent parfois le dessus. J’ignore de quoi mon avenir politique est fait et ce n’est pas le plus important. Mais en quelques mois, je sens que ma manière d’aborder les questions et les personnes a évolué. À la fois dans un sens positif – j’essaie d’être plus à l’écoute – mais aussi dans un sens négatif – une sorte de blindage m’entoure, limitant certaines émotions dont la réactivité trop intense pourrait nuire à la relation. Bref, comme je dis toujours, on verra !

jeudi 6 septembre 2018

Le risque

Le débat fait rage à propos de l’accord du participe passé utilisé avec avoir depuis que certains – notamment l’excellent spectacle « La convivialité » – ont proposé de se contenter de l’invariabilité. Cette proposition me semble la meilleure voie, même si je continue à avoir des doutes sur la faisabilité de toute simplification orthographique. Ce qui m’étonne le plus, c’est que ceux qui ne veulent surtout rien changer mettent avant tout le risque pour la langue française de… disparaître !

Ah, le « risque », le bel argument. Dans de nombreux domaines, l’argument principal pour refuser tout changement – voire tout immobilisme ! – est qu’il y a un risque à ne pas courir ! Personne ne sait si ce risque est réel ou non, si sa probabilité de survenance est élevée ou non, si l’impact qu’il pourrait avoir en cas de survenance est élevé ou non… Mais il y a un risque, donc surtout, ne faisons rien (ou ne laissons surtout pas la situation telle qu’elle est) !

Pour cette histoire (peu importante, selon moi) du participe passé, j’ai lu aujourd’hui qu’il y avait un « risque d'altération fondamentale du sens en langage écrit - dans ce cas de figure, l'accord du participe est un signe diacritique auquel il est périlleux de toucher ». J’ai demandé de me présenter des exemples concrets et réels du risque encouru et de ses conséquences. L'exemple massue qui me fut proposé : « Intervenez-vous en qualité d'assureur, pour les chiens de ce monsieur que j'ai écrasé / écrasés ? ». J’ai eu beau rétorquer que si j'étais l'assureur, je commencerais par lui demander qui il a écrasé, sans compter que je serais étonné que le « coupable » m'écrive comme ça sans autre explication. Bref, on crée un problème sur la base d’un « risque » qui en réalité n’existe pas vraiment.

J’ai connu ce genre de problème dans ma carrière professionnelle, en tant que spécialiste de l’évaluation des acquis scolaires, notamment des « compétences ». Dans ce cadre, on a élaboré différents systèmes de notation. Et j’ai assisté, voire même participé, à de nombreux débats sur les « risques » qu’il y avait à utiliser l’une ou l’autre manière de coter. Je ne vais pas rentrer dans les détails, car ce sont des questions éminemment techniques, mais j’ai pu constater qu’on discutait souvent sur des situations qui – sur un plan théorique – avaient du sens, car elles pouvaient exister, alors que – sur un plan pratique – elles n’en avaient aucune, car elles n’existaient pas.

Conclusion : on passe souvent son temps à discuter d’un risque catastrophique qui en réalité n’en est pas un parce que sa probabilité d’existence est quasi nulle. Son aspect catastrophique est alors utilisé pour justifier le fait qu’il ne faut surtout pas le courir – et donc changer ou évoluer. En oubliant que le risque dénoncé n’existe pas vraiment, on empêche alors tout changement ou toute évolution.

L’inverse est vrai aussi : l’être humain est ainsi fait qu’il lui arrive de nier l’existence d’un risque évident avec des conséquences dramatiques. C’est le cas par exemple aujourd’hui du risque de dérèglement climatique. Avec l’été que nous connaissons au niveau mondial où les pires risques se concrétisent – sécheresse, inondations, ouragans… –, il se trouve encore de nombreux décideurs pour dire que tout va bien, qu’il ne faut rien faire, que l’homme n’y est pour rien et surtout ne peut rien y faire. Nous sommes au bord du gouffre, et cela ne semble pas inquiéter les décideurs politiques majeurs. Ce n’est plus un risque hypothétique. C’est la réalité.

Mais voilà, le risque de la disparition de la langue française par la suppression de la règle de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir semble bien plus important que celui de la disparition de l’humanité…

mardi 24 juillet 2018

François-Marie

Je me prénomme François-Marie. Ce n’est pas ma faute à moi si mes parents ont décidé de m’appeler comme ça ! Dès le départ, ça n’a d’ailleurs pas été facile : lorsque mon Papa s’est rendu à la commune pour me déclarer « François-Marie » avec trait d’union, l’employé communal lui a répondu que ça allait être difficile, parce que ce prénom n’existait pas ! Bref, officiellement, je suis « François, Marie, Philippe, Ghislain ».

Pour être de bon compte, il faut reconnaître que depuis lors, tout le monde m’appelait « François ». Ce n’est qu’en début d’adolescence que mon prénom se rappelle à moi, comme une belle marque de singularité. Désormais, je me prénommerais ostensiblement « François-Marie ». Ça n’a pas facilité ma vie !

D’abord, rares sont ceux qui retiennent mon prénom du premier coup ! J’ai donc droit à toutes les appellations composées possibles et imaginables. Parmi toutes celles-ci, il y en a deux que je n’ai jamais appréciées : « Jean-François » et « Jean-Marie », c’est-à-dire les deux occurrences les plus fréquentes dans le domaine des prénoms masculins composés ! Par contre, lorsque j’entends des « Claude-Albert » ou des « Jacques-Antoine », je tends l’oreille, car il est à peu près sûr que c’est de moi dont on parle, pour m’adresser la parole ou dire… du bien ou du mal !

Ensuite, quand les gens ont appris à mieux me connaître et qu’ils ont mémorisé le dit prénom, d’aucuns finissent toujours par me demander « Et finalement, comment faut-il t’appeler vraiment ? ». Ils espèrent que je réponde « François » et sont toujours déçus de m’entendre dire « Mais, François-Marie ! ».

Enfin, la plus grande difficulté est – surtout à l’ère de la communication écrite virtuelle – de me voir décerner périodiquement des « Madame » incongrus. Que je sache « François-Marie Arouet de Voltaire », plus connu sous ce dernier nom, était bien – comme moi – un homme ! Tout comme ceux qui sont relevés dans la page d'homonymies de Wikipedia en anglais !

Cela ne m’empêche pas de revendiquer ma part féminine contenue dans mon prénom, mais finalement quel homme n’a pas en lui une part féminine plus ou moins importante, tout comme l’inverse d’ailleurs ? Il est néanmoins étonnant de constater le nombre de personnes qui se limitent à lire la fin de mon prénom pour conclure à propos de mon genre. Je suis sûr que cela doit arriver bien moins souvent à des « Jean-Marie » !

Tout cela n’a pas beaucoup d’importance, j’en conviens. Mais que voulez-vous, par ces grosses chaleurs, on se laisse parfois aller à quelques divagations subliminales !

dimanche 15 juillet 2018

47 km

Aujourd’hui, j’ai fait une balade de 47 km à vélo ! Quoi de plus banal, me direz-vous. Effectivement. Mais il y a très longtemps que je n’ai plus parcouru une telle distance à bicyclette, et – honnêtement – je ne me croyais plus capable d’encore le faire. Les dernières fois, cela devait sans doute être du côté de Bruges où tout est plat. Ici, c’était dans le Brabant wallon, plus vallonné, c’est-à-dire avec des descentes, mais aussi des montées !

Bien sûr, certains trouveront toujours quelque chose à redire. Notamment, si j’ai pu faire ces 47 km (40 km annoncés au départ !), c’est de toute évidence grâce à l’assistance électrique de mon vélo ! C’est vrai, mais justement, c’est là qu’il y a un véritable miracle, pour moi comme pour des milliers d’autres usagers. Il y a deux ans à peine, je ne faisais plus que quelques kilomètres à vélo, alors que j’ai toujours adoré ça. Mais ni les jambes ni le souffle ne parvenaient plus à pousser les près de 90 kilogrammes de mon corps. Je m’étais fait une raison, jusqu’au jour où j’ai décidé de franchir le pas : j’allais acheter un vélo électrique.

Depuis lors, je ne l’ai jamais regretté. Bien au contraire. Cette balade de 47 km m’a permis de passer le kilomètre 1000 réalisé avec mon vélo, en un peu plus d’un an. Peut mieux faire, j’en suis convaincu ! D’autant plus que cette première année ne fut pas exempte de problèmes techniques, aujourd’hui résolus, ni surtout d’une rencontre brutale avec une voiture qui m’a quand même amené à l’hosto et refroidi mes ardeurs sportives pendant un certain temps. C’est aussi ça le vélo, et c’est pour ça qu’il faut se battre pour le faire respecter par les automobilistes. Ce n’est pas gagné, mais je m’y attèle.

En attendant, chacun sa petite fierté. Ma première, ce soir, est d’abord d’avoir dit « Oui, je les ferai ! ». Ma deuxième est de les avoir faits. Comme en plus, cela s’est passé sous le soleil et en très agréable compagnie, il y a tout lieu d’être réjoui ! Quand on fait quelque chose dont on ne se croit plus capable – même si ce n’est qu’une petite chose – on peut toujours s’en sentir bien. Ça fait partie du plaisir, et il n’y a vraiment pas de quoi s’en priver !

mercredi 20 juin 2018

Nous vivons dans une Belgique merveilleuse

Nous vivons dans une Belgique merveilleuse. La richesse de notre pays s’étale partout, même à la Coupe du Monde de football dont nous serons assurément les champions. Chez nous, le bonheur est permanent et tout le monde en bénéficie. C’est un véritable paradis.

Quand des journalistes de la télévision publique se font arrêter parce qu’ils filment une manifestation contre la construction d’un nouveau centre fermé pour les familles, extension du centre 127 bis, à Steenokkerzeel, notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel rassure tout de suite : «  La Belgique est un État de droit. La liberté de la presse est garantie ».

Lorsque le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, un certain Theo Francken, insiste pour que l’Europe puisse à nouveau réaliser des refoulements (push-backs) de bateaux de migrants et déclare qu’il faudrait pour ce faire contourner l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel rassure tout de suite : « La Belgique respecte et respectera les conventions européennes et internationales ».

Lorsque le même secrétaire d’État tweete que « Parmi les migrants illégaux qui arrivent en Espagne, beaucoup sont originaires du Bangladesh. » alors qu’il n’y en a que trois et qu’ils étaient travailleurs exploités en Lybie depuis longtemps, il lui suffit de retweeter qu’« il y en a aussi en provenance du Bangladesh » pour recevoir l’absolution de notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel.

Lorsqu’une petite fille de trois ans, Mawda, est tuée par une balle « perdue », notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel parvient à déclarer d’un air décidé et rassurant qu’il veut avant tout « casser "le business model mortel des passeurs" et des personnes qui exploitent la misère humaine en organisant des couloirs légaux de migration ».

Lorsque des milliers de travailleurs voient leurs entreprises aller à vau-l’eau et les licencier parce que les dividendes des actionnaires sont en légère diminution, notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel déclare le plus sérieusement du monde « J'appelle à ce que chacun, avec sérénité, autour de la table, expose son interprétation juridique et pas au travers de déclarations dans la presse ». Bien en accord avec son slogan miraculeux « Jobs, jobs, jobs »…

Nous avons de toute évidence le meilleur cher et aimé Premier Ministre de tous les temps. À défaut d’être Roi des Belges, il est le Roi des Recadrages. Ceux-ci ne servent strictement à rien, mais au moins Charles Michel recadre ! On ne pourra pas lui reprocher ça !

Et quand il y a quelques préavis de grève, irresponsables bien sûr, en tant que grand chef responsable, il n’hésite pas à affirmer « C'est totalement irresponsable. Ce serait un très mauvais signal. Notre pays est aujourd'hui dans une meilleure situation, sa crédibilité internationale s'est améliorée ». Voilà au moins un homme politique qui veille à notre crédibilité internationale, grandement menacée comme on le sait. D’ailleurs, les Diables rouges n’agissent pas autrement !

De toute évidence, nous vivons dans la « Belgique merveilleuse » du 21e siècle ! Alors, qu’est-ce qu’on dit ? « Merci, monsieur le Premier Ministre Charles Michel, cher et aimé » !

lundi 18 juin 2018

Le propulseur

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Un récent statut sur Facebook m’a permis de comprendre que certains ne connaissaient peut-être pas ce merveilleux moyen de locomotion : le propulseur ! Même Google ignore tout à fait ce qu’est cet instrument ! Réparons cette ignominie ignare.

Un propulseur est un véhicule à 4 roues, totalement mû par l’énergie de celui qui le conduit, généralement un enfant. Pour cela, il doit pousser, tirer, pousser, tirer un manche relié de manière subtile à l’essieu arrière. Selon la volonté du pilote, le chariot ira vers l’avant ou vers l’arrière, mais l’objectif est plutôt – comme toujours – d’avancer ! Pour se diriger, le conducteur fera appel à ses pieds qui permettent de diriger l’essieu avant. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

J’ai découvert cet engin à Namur, dans la cour intérieure vitrifiée de la maison paternelle. Je comptais sur les doigts d’une main mon nombre d’années, tout comme le fait mon petit fils. J’avais des frères, sœur et cousin·e·s bien plus âgé·e·s qui se délectaient avec cette machine dans des courses d’obstacles contre la montre ! J’ai petit à petit, moi aussi, appris à dompter l’ustensile ! Et ce fut le bonheur intégral, toujours intact et inégalé !

Le jour où il est apparu que je pouvais reprendre le propulseur chez moi, je n’ai pas hésité une seule seconde ! Il trône depuis inlassablement dans notre salon. Mes enfants ont eu le bonheur de pouvoir l’utiliser, lorsque nous rénovions la maison, avec de grands espaces dégagés… juste à côté d’un trou béant, future cage d’escalier ! Mes petits-enfants le découvrent à leur tour, heureusement sans trou voisin.

C’est un bel objet, comme on n’en fait plus. Je n’en ai d’ailleurs jamais vu un autre. Mais il intrigue toujours et ceux qui ont pu l’utiliser n’oublient généralement jamais le plaisir que cela leur a procuré. Comme quoi, il ne faut pas vraiment des couleurs vives, des sons divers, de l’électronique ou autres joyeusetés des jouets actuels pour prendre son pied d’enfant !

vendredi 8 juin 2018

Créer les problèmes plutôt que les traiter

Un gars en congé pénitentiaire commet à Liège un attentat horrible. Il apparaît assez rapidement que ce gars aurait dû être identifié comme radicalisé potentiel et qu’il n’aurait sans doute pas dû être en congé. Pour montrer sa force, le Ministre de la Justice, M. Koen Geens, prend une mesure phare : il suspend les congés pénitentiaires de longue durée, qu’il avait lui-même instauré ! Sans aucune logique, si ce n’est sans doute d’apaiser l’aile d’extrême-droite du gouvernement.

Sous conditions, ces congés de longue durée permettent aux détenus de sortir de prison une semaine sur deux, soit nettement plus que les 36 heures mensuelles légales. C’est une manière d’ouvrir les portes des prisons, tout en les désengorgeant. Une mesure qui a fait ses preuves : depuis sa mise en œuvre, la délinquance n’a pas augmenté. Ce n’est pourtant pas une réussite totale : sur 700 détenus concernés par ces congés, 70 seulement ont vu leur procédure s’arrêter en chemin. Dix pourcents d’échec, c’est vraiment infime.

Alors, pourquoi supprimer ces congés de longue durée ? Il n’y a aucune justification rationnelle, que du contraire. La seule explication est la volonté de se montrer fort et d’adopter une position sécuritaire comme un arbre pour cacher la forêt de l’indigence politique face aux enjeux du vivre-ensemble dans la diversité plurielle. Faire croire qu’on résout un problème, alors que la solution avancée n’a strictement rien à voir avec le problème, bien au contraire.

Loin d’apporter une quelconque solution, la suspension de ces congés pénitentiaires de longue durée va entraîner son lot de difficultés.
  • Comment sera géré l’inévitable regain de surpopulation carcérale ? On peut douter du fait que le gouvernement accordera un encadrement supplémentaire à ce niveau.
  • Comment vont réagir les détenus qui espéraient pouvoir bénéficier de ces congés pour engager leur réinsertion dans la société ? Ce n’est en tout cas pas cette suspension qui les réconciliera avec celle-ci.
  • Quelles mesures positives seront adoptées pour favoriser une véritable réinsertion, fondée non sur la peur du gendarme, mais sur la volonté de trouver sa place dans la société dans le respect mutuel ? Une mesure sécuritaire n’a jamais apporté la moindre aide à cet égard.
Malgré les beaux discours des membres de ce gouvernement, et singulièrement ceux de leur Premier Ministre, on voit ici toutes les limites de leur approche politique des grands problèmes sociétaux. Ils gèrent à la petite semaine, de recadrage en recadrage, de petites mesures en renoncements aux quelques mesures porteuses, sans aucune vision d’avenir. Pauvre de nous !

dimanche 27 mai 2018

Gauche ou gauche ?

Je suis de plus en plus frappé de constater combien il est important pour beaucoup de savoir si une personne ou une organisation est de gauche ou… de gauche. Et surtout de vérifier si cette « orientation » est pleinement respectée, sans déviation possible ! Personnellement, je pense pourtant que la distinction « gauche vs droite » n’a plus beaucoup d’importance. L’important, ce sont les valeurs qu’on veut promouvoir. Et elles ne sont pas nécessairement antagonistes.

Les valeurs de la gauche (selon Wikipédia) sont « la promotion d'idéaux progressistes et d'égalité, la critique de l'ordre social et le souci d'une plus grande justice sociale ». Ça me semble correct sur le plan sémantique, et nécessaire sur le plan politique. J’adhère donc pleinement à ces valeurs. J’irai même plus loin : elles animent mon action. Je me situe donc « à gauche ».

Pour certains, je devrais donc être contre toutes les idées et les valeurs de « droite ». Celles-ci sont en réalité moins évidentes à identifier. Wikipédia met en avant « la liberté, l'ordre, considéré comme juste ou comme un moindre mal, et la réprobation des changements brusques sur les questions de société et les questions éthiques ». Je ne sais pas trop si ces « valeurs » sont exclusivement de droite. Notamment, la « liberté ». Mais justement, parlons-en !

La « liberté » est certainement une valeur essentielle pour le « libéralisme ». Toute la question est de savoir dans quel sens. Pour les « libéraux », et encore plus les « néo-libéraux », l’idée est que chacun a la liberté de faire ce qu’il veut, et qu’il ne faut donc en rien apporter de l’aide aux gens pour se réaliser puisqu’ils ont tous en eux le potentiel de développer leur « capital humain ».

Cette conception est essentielle pour définir ce qu’est la vision « de droite » de la société. Quelque part, c’est « chacun pour soi », parce que chacun aurait en soi tout ce qu’il faut pour réussir. Or, de toute évidence, ce n’est pas le cas : tout le monde n’a pas les mêmes possibilités de se réaliser sur la base de ses seules potentialités. Le fait de naître dans telle ou telle famille, de tel ou tel milieu social ou de tel ou tel pays ; le fait de rencontrer dans sa vie telle ou telle personne qui peut ou non conduire à votre épanouissement social, culturel, affectif… ou au contraire vous casser ; le fait d’être enclin ou non à croire en ses possibilités, à leur faire confiance, à se dire que tout est possible… tout cela (et d’autres choses encore) fait qu’au bout du compte tout le monde n’a en réalité pas les mêmes possibilités que tout le monde !

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas favoriser les initiatives individuelles. Par exemple, l’« auto-entreprenariat », dans son sens premier, c’est-à-dire le fait de créer sa propre entreprise. Cette idée correspond bien aux convictions libérales : chacun doit pouvoir réaliser son propre projet. Néanmoins, cela ne veut pas dire que promouvoir l’auto-entreprenariat revient inévitablement à recevoir l’étiquette « de droite ». Le néolibéralisme considère comme « normal » l’auto-entreprenariat, puisque chacun a la possibilité d’être son propre entrepreneur. Pour les néolibéraux, il est donc bon de favoriser l’auto-entreprenariat (au sens d’accorder des facilités à sa mise en œuvre)… et tant pis pour ceux qui ne saisissent pas leur « chance ».

On peut cependant se dire qu’il est bon de favoriser l’auto-entreprenariat… sans déclasser ceux qui n’ont pas la possibilité – pour une raison ou pour une autre – de développer leur propre entreprise. Il me semble donc possible de promouvoir des systèmes qui favorisent à la fois l’auto-entreprenariat et la solidarité sociale. L’un n’empêche pas l’autre.

Sauf évidemment si l’on pense qu’il n’y a qu’une seule bonne réponse à la question de savoir qui est à gauche ou à gauche…