mercredi 20 juin 2018

Nous vivons dans une Belgique merveilleuse

Nous vivons dans une Belgique merveilleuse. La richesse de notre pays s’étale partout, même à la Coupe du Monde de football dont nous serons assurément les champions. Chez nous, le bonheur est permanent et tout le monde en bénéficie. C’est un véritable paradis.

Quand des journalistes de la télévision publique se font arrêter parce qu’ils filment une manifestation contre la construction d’un nouveau centre fermé pour les familles, extension du centre 127 bis, à Steenokkerzeel, notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel rassure tout de suite : «  La Belgique est un État de droit. La liberté de la presse est garantie ».

Lorsque le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, un certain Theo Francken, insiste pour que l’Europe puisse à nouveau réaliser des refoulements (push-backs) de bateaux de migrants et déclare qu’il faudrait pour ce faire contourner l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel rassure tout de suite : « La Belgique respecte et respectera les conventions européennes et internationales ».

Lorsque le même secrétaire d’État tweete que « Parmi les migrants illégaux qui arrivent en Espagne, beaucoup sont originaires du Bangladesh. » alors qu’il n’y en a que trois et qu’ils étaient travailleurs exploités en Lybie depuis longtemps, il lui suffit de retweeter qu’« il y en a aussi en provenance du Bangladesh » pour recevoir l’absolution de notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel.

Lorsqu’une petite fille de trois ans, Mawda, est tuée par une balle « perdue », notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel parvient à déclarer d’un air décidé et rassurant qu’il veut avant tout « casser "le business model mortel des passeurs" et des personnes qui exploitent la misère humaine en organisant des couloirs légaux de migration ».

Lorsque des milliers de travailleurs voient leurs entreprises aller à vau-l’eau et les licencier parce que les dividendes des actionnaires sont en légère diminution, notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel déclare le plus sérieusement du monde « J'appelle à ce que chacun, avec sérénité, autour de la table, expose son interprétation juridique et pas au travers de déclarations dans la presse ». Bien en accord avec son slogan miraculeux « Jobs, jobs, jobs »…

Nous avons de toute évidence le meilleur cher et aimé Premier Ministre de tous les temps. À défaut d’être Roi des Belges, il est le Roi des Recadrages. Ceux-ci ne servent strictement à rien, mais au moins Charles Michel recadre ! On ne pourra pas lui reprocher ça !

Et quand il y a quelques préavis de grève, irresponsables bien sûr, en tant que grand chef responsable, il n’hésite pas à affirmer « C'est totalement irresponsable. Ce serait un très mauvais signal. Notre pays est aujourd'hui dans une meilleure situation, sa crédibilité internationale s'est améliorée ». Voilà au moins un homme politique qui veille à notre crédibilité internationale, grandement menacée comme on le sait. D’ailleurs, les Diables rouges n’agissent pas autrement !

De toute évidence, nous vivons dans la « Belgique merveilleuse » du 21e siècle ! Alors, qu’est-ce qu’on dit ? « Merci, monsieur le Premier Ministre Charles Michel, cher et aimé » !

lundi 18 juin 2018

Le propulseur

FMG©2018
 
Un récent statut sur Facebook m’a permis de comprendre que certains ne connaissaient peut-être pas ce merveilleux moyen de locomotion : le propulseur ! Même Google ignore tout à fait ce qu’est cet instrument ! Réparons cette ignominie ignare.

Un propulseur est un véhicule à 4 roues, totalement mû par l’énergie de celui qui le conduit, généralement un enfant. Pour cela, il doit pousser, tirer, pousser, tirer un manche relié de manière subtile à l’essieu arrière. Selon la volonté du pilote, le chariot ira vers l’avant ou vers l’arrière, mais l’objectif est plutôt – comme toujours – d’avancer ! Pour se diriger, le conducteur fera appel à ses pieds qui permettent de diriger l’essieu avant. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

J’ai découvert cet engin à Namur, dans la cour intérieure vitrifiée de la maison paternelle. Je comptais sur les doigts d’une main mon nombre d’années, tout comme le fait mon petit fils. J’avais des frères, sœur et cousin·e·s bien plus âgé·e·s qui se délectaient avec cette machine dans des courses d’obstacles contre la montre ! J’ai petit à petit, moi aussi, appris à dompter l’ustensile ! Et ce fut le bonheur intégral, toujours intact et inégalé !

Le jour où il est apparu que je pouvais reprendre le propulseur chez moi, je n’ai pas hésité une seule seconde ! Il trône depuis inlassablement dans notre salon. Mes enfants ont eu le bonheur de pouvoir l’utiliser, lorsque nous rénovions la maison, avec de grands espaces dégagés… juste à côté d’un trou béant, future cage d’escalier ! Mes petits-enfants le découvrent à leur tour, heureusement sans trou voisin.

C’est un bel objet, comme on n’en fait plus. Je n’en ai d’ailleurs jamais vu un autre. Mais il intrigue toujours et ceux qui ont pu l’utiliser n’oublient généralement jamais le plaisir que cela leur a procuré. Comme quoi, il ne faut pas vraiment des couleurs vives, des sons divers, de l’électronique ou autres joyeusetés des jouets actuels pour prendre son pied d’enfant !

vendredi 8 juin 2018

Créer les problèmes plutôt que les traiter

Un gars en congé pénitentiaire commet à Liège un attentat horrible. Il apparaît assez rapidement que ce gars aurait dû être identifié comme radicalisé potentiel et qu’il n’aurait sans doute pas dû être en congé. Pour montrer sa force, le Ministre de la Justice, M. Koen Geens, prend une mesure phare : il suspend les congés pénitentiaires de longue durée, qu’il avait lui-même instauré ! Sans aucune logique, si ce n’est sans doute d’apaiser l’aile d’extrême-droite du gouvernement.

Sous conditions, ces congés de longue durée permettent aux détenus de sortir de prison une semaine sur deux, soit nettement plus que les 36 heures mensuelles légales. C’est une manière d’ouvrir les portes des prisons, tout en les désengorgeant. Une mesure qui a fait ses preuves : depuis sa mise en œuvre, la délinquance n’a pas augmenté. Ce n’est pourtant pas une réussite totale : sur 700 détenus concernés par ces congés, 70 seulement ont vu leur procédure s’arrêter en chemin. Dix pourcents d’échec, c’est vraiment infime.

Alors, pourquoi supprimer ces congés de longue durée ? Il n’y a aucune justification rationnelle, que du contraire. La seule explication est la volonté de se montrer fort et d’adopter une position sécuritaire comme un arbre pour cacher la forêt de l’indigence politique face aux enjeux du vivre-ensemble dans la diversité plurielle. Faire croire qu’on résout un problème, alors que la solution avancée n’a strictement rien à voir avec le problème, bien au contraire.

Loin d’apporter une quelconque solution, la suspension de ces congés pénitentiaires de longue durée va entraîner son lot de difficultés.
  • Comment sera géré l’inévitable regain de surpopulation carcérale ? On peut douter du fait que le gouvernement accordera un encadrement supplémentaire à ce niveau.
  • Comment vont réagir les détenus qui espéraient pouvoir bénéficier de ces congés pour engager leur réinsertion dans la société ? Ce n’est en tout cas pas cette suspension qui les réconciliera avec celle-ci.
  • Quelles mesures positives seront adoptées pour favoriser une véritable réinsertion, fondée non sur la peur du gendarme, mais sur la volonté de trouver sa place dans la société dans le respect mutuel ? Une mesure sécuritaire n’a jamais apporté la moindre aide à cet égard.
Malgré les beaux discours des membres de ce gouvernement, et singulièrement ceux de leur Premier Ministre, on voit ici toutes les limites de leur approche politique des grands problèmes sociétaux. Ils gèrent à la petite semaine, de recadrage en recadrage, de petites mesures en renoncements aux quelques mesures porteuses, sans aucune vision d’avenir. Pauvre de nous !

dimanche 27 mai 2018

Gauche ou gauche ?

Je suis de plus en plus frappé de constater combien il est important pour beaucoup de savoir si une personne ou une organisation est de gauche ou… de gauche. Et surtout de vérifier si cette « orientation » est pleinement respectée, sans déviation possible ! Personnellement, je pense pourtant que la distinction « gauche vs droite » n’a plus beaucoup d’importance. L’important, ce sont les valeurs qu’on veut promouvoir. Et elles ne sont pas nécessairement antagonistes.

Les valeurs de la gauche (selon Wikipédia) sont « la promotion d'idéaux progressistes et d'égalité, la critique de l'ordre social et le souci d'une plus grande justice sociale ». Ça me semble correct sur le plan sémantique, et nécessaire sur le plan politique. J’adhère donc pleinement à ces valeurs. J’irai même plus loin : elles animent mon action. Je me situe donc « à gauche ».

Pour certains, je devrais donc être contre toutes les idées et les valeurs de « droite ». Celles-ci sont en réalité moins évidentes à identifier. Wikipédia met en avant « la liberté, l'ordre, considéré comme juste ou comme un moindre mal, et la réprobation des changements brusques sur les questions de société et les questions éthiques ». Je ne sais pas trop si ces « valeurs » sont exclusivement de droite. Notamment, la « liberté ». Mais justement, parlons-en !

La « liberté » est certainement une valeur essentielle pour le « libéralisme ». Toute la question est de savoir dans quel sens. Pour les « libéraux », et encore plus les « néo-libéraux », l’idée est que chacun a la liberté de faire ce qu’il veut, et qu’il ne faut donc en rien apporter de l’aide aux gens pour se réaliser puisqu’ils ont tous en eux le potentiel de développer leur « capital humain ».

Cette conception est essentielle pour définir ce qu’est la vision « de droite » de la société. Quelque part, c’est « chacun pour soi », parce que chacun aurait en soi tout ce qu’il faut pour réussir. Or, de toute évidence, ce n’est pas le cas : tout le monde n’a pas les mêmes possibilités de se réaliser sur la base de ses seules potentialités. Le fait de naître dans telle ou telle famille, de tel ou tel milieu social ou de tel ou tel pays ; le fait de rencontrer dans sa vie telle ou telle personne qui peut ou non conduire à votre épanouissement social, culturel, affectif… ou au contraire vous casser ; le fait d’être enclin ou non à croire en ses possibilités, à leur faire confiance, à se dire que tout est possible… tout cela (et d’autres choses encore) fait qu’au bout du compte tout le monde n’a en réalité pas les mêmes possibilités que tout le monde !

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas favoriser les initiatives individuelles. Par exemple, l’« auto-entreprenariat », dans son sens premier, c’est-à-dire le fait de créer sa propre entreprise. Cette idée correspond bien aux convictions libérales : chacun doit pouvoir réaliser son propre projet. Néanmoins, cela ne veut pas dire que promouvoir l’auto-entreprenariat revient inévitablement à recevoir l’étiquette « de droite ». Le néolibéralisme considère comme « normal » l’auto-entreprenariat, puisque chacun a la possibilité d’être son propre entrepreneur. Pour les néolibéraux, il est donc bon de favoriser l’auto-entreprenariat (au sens d’accorder des facilités à sa mise en œuvre)… et tant pis pour ceux qui ne saisissent pas leur « chance ».

On peut cependant se dire qu’il est bon de favoriser l’auto-entreprenariat… sans déclasser ceux qui n’ont pas la possibilité – pour une raison ou pour une autre – de développer leur propre entreprise. Il me semble donc possible de promouvoir des systèmes qui favorisent à la fois l’auto-entreprenariat et la solidarité sociale. L’un n’empêche pas l’autre.

Sauf évidemment si l’on pense qu’il n’y a qu’une seule bonne réponse à la question de savoir qui est à gauche ou à gauche…

vendredi 18 mai 2018

Mawda, le rêve brisé

Mawda, tu avais le même âge qu’Élise, ma petite fille. Tes parents kurdes rêvaient d’un monde meilleur, où tu pourrais grandir dignement, loin de la pauvreté et de la guerre. Ils t’ont embarquée dans une folle aventure. Pour toi, pour ton bonheur. Des passeurs leur ont promis que tout allait bien se passer. Rien ne s’est bien passé. Vous étiez une trentaine dans une petite camionnette. Un contrôle de police. Le passeur passe outre. La police commence la poursuite. Au moins un des policiers tire sur cette camionnette qui fuit. Une balle transperce ton visage. Le rêve est brisé.

Qui est responsable de cette mort ? Il y aura sans doute une procédure judiciaire qui ne débouchera sans doute sur rien. Dans ces moments, la justice est toujours bien pauvre et ne peut jamais remonter aux vraies responsabilités.

Certains me disent ce soir que c’est ton Papa qui est le premier responsable puisqu’il t’a mis dans une situation dangereuse. La première fois qu’il l’a fait, c’est quand il t’a fait naître. On ne meurt pas si un jour on ne naît pas ! Chaque jour, 244 000 pères mettent ainsi leur nouveau-né en danger ! Pour le reste, ton Papa rêvait d’un monde meilleur, voulait t’offrir non pas le paradis, mais simplement l’espoir d’une vie plus agréable. Il a cru à des sirènes qui la lui promettaient. Il s’est juste trompé.

Ces sirènes – les passeurs – sont certainement responsables. Ce qui les intéresse, c’est de gagner de l’argent en profitant de toute cette détresse. Ils prennent des risques, mais plus que vraisemblablement l’activité est rentable. L’argent est gagné facilement au détriment de personnes perdues et fragiles. Qu’importe, tant qu’on gagne… et tant pis si d’autres perdent ! On peut espérer que la justice pourra punir sévèrement ces marchands de « bonheur » !

Le policier qui a tiré est évidemment responsable. D’autant plus que la loi est claire : si aucune menace concrète n’émane des occupants d’un véhicule, un policier n’a aucune raison d’utiliser son arme à feu. Même si le conducteur refuse d’arrêter son véhicule.  Ce n’est pas moi qui le dis, mais un policier ! Celui qui a malgré tout tiré devrait être sanctionné. Mais il faut espérer qu’il ne sera pas simplement le fusible qu’on fait sauter…

Pourquoi ce policier a-t-il tiré ? Cette camionnette ne les menaçait pas. Mais, visiblement, elle transportait des migrants. Et, en Belgique comme dans beaucoup d’autres pays pour le moment, il ne fait pas bon être migrant. Tu dois comprendre, Mawda, les migrants menacent notre civilisation et viennent nous voler toute notre richesse. Les migrants sont des méchants ! Il faut à tout prix les empêcher de s’installer chez nous : nous avons tout à perdre… alors qu’eux n’ont plus rien à perdre !

Qui défend ce discours fallacieux ? Qui met en place une politique ferme, mais totalement inhumaine, qui correspond à ces mensonges ? Qui, chaque jour, organise des actions policières pour esquinter ces migrants et les citoyens qui cherchent à leur offrir juste un peu d’humanité ? Qui mise en permanence sur une criminalisation des migrants plutôt que de mettre en place une véritable politique d’immigration, ferme sans doute, mais réellement humaine, c’est-à-dire où chaque être humain, surtout s’il est faible, est considéré comme un frère ou une sœur ?

Je ne citerai pas de nom, tout en espérant – sans y croire – que ceux qui doivent se sentir concernés prendront leurs responsabilités politiques. Pour moi, clairement, tout notre gouvernement fédéral est responsable. Et avec lui, tous les gouvernements qui en font de même un peu partout en Europe ou dans le monde.

Mawda, ce soir, je n’ai aucune illusion. Ton rêve est brisé. Le mien aussi. Tes parents rêvaient pour toi d’un monde meilleur. Je rêvais aussi, pour tant d’êtres humains, d’un monde meilleur. J’ose encore espérer que ta mort réveillera quelques consciences. Mais, malheureusement, ce serait un leurre d'être naïf…

dimanche 13 mai 2018

L’arbitraire…

Ainsi donc, le Club de Bruges a fait match nul au Standard, ce qui lui a permis d’être champion de Belgique. Tant mieux pour eux, ils le méritent. L’ennui – tout relatif – est que le but d’égalisation n’aurait pas dû être validé parce qu’il était précédé d’une faute évidente d’un brugeois. Malgré l’assistance vidéo à l’arbitrage, l’arbitre a choisi de garder sa décision. Le foot, je m’en fous. Mais l’évaluation, ça me passionne.

Dans de nombreuses circonstances, on est amené à évaluer pour préparer, voire prendre, des décisions. Mon rôti est-il cuit comme je le souhaite ? Puis-je effectuer ce dépassement ? Est-ce le bon moment pour acheter un nouveau pantalon ? Pour qui vais-je voter ? L’évaluation est au cœur même de notre vie quotidienne, pour chacun d’entre nous. Le processus est toujours le même, mais il est parfois quasiment inconscient et plus intuitif que systématique !

Il arrive alors parfois que nous procédions de manière plus arbitraire que rationnelle. Quand il s’agit de décider s’il faut acheter un nouveau pantalon, cela n’a sans doute pas beaucoup d’importance. Mais certaines évaluations ont des répercussions plus fondamentales. Soit parce qu’elles concernent des décisions importantes (vais-je accorder le but qui permettra au Club de gagner ou non quelques dizaines de millions ? vais-je épouser cette personne avec qui je me sens bien ? etc.), soit parce qu’elles impliquent d’autres personnes (vais-je donner une note positive ou négative à cet étudiant qui lui permettra d’avoir ou non son diplôme ? vais-je engager ce candidat qui correspond à tous les critères, mais que je ne sens pas ? etc.).

Dans toutes ces évaluations, l’idéal serait qu’on puisse procéder d’une manière tout à fait objective. Mais croire que cela serait possible est une illusion : dans toute évaluation, il y a toujours de la subjectivité. Le nier serait absurde. Pour bien évaluer, il faut d’abord et avant tout reconnaître que la subjectivité est au cœur du processus d’évaluation. Puis, il faut se demander comment on peut faire pour ne pas se laisser aller à l’arbitraire…

Objectiver la subjectivité ! Depuis longtemps, c’est une de mes obsessions scientifiques et/ou pédagogiques. Ce soir, plus que jamais.

En hommage à LQ.

samedi 21 avril 2018

Le tour du bloc

Enfant, adolescent, un de mes grands plaisirs – partagé avec certains frères et amis – était de faire à bloc le « tour du bloc »… Nous roulions à vélo pour parcourir le plus vite possible ces quelques 750 mètres. Il n’y avait pas encore trop de voitures, mais il fallait quand même faire attention quand nous tournions dans la rue Vanderkindere. Après, cela allait mieux. L’effort essentiel était dans la montée de la rue Lincoln. Un effort bref, suivi de la descente à fond de l’avenue Bel Air et le tournant fou vers la rue Joseph Hazard avant le sprint final. Je ne sais plus trop quel devait être le record, sans doute un peu plus d’une minute ! Quel bonheur !

On s’amuse avec ce qu’on peut ! C’était un plaisir simple, quoique dangereux. Heureusement, il n’y eut jamais de gros dégâts !

Aujourd’hui, les parents qui laisseraient leurs enfants réaliser un tel tour contre la montre seraient considérés – peut-être avec raison – comme des parents indignes. Bien trop dangereux !

Cependant, ce soir, accueillant mes deux petits-enfants, j’ai été ravi de les voir faire leur « tour de bloc » ! Oh, ce n’est pas vraiment le même. Élise, bientôt 2 ans et Alexis, bientôt 5 ans… Leur tour, ils ne le font qu’en trottinant avec leurs pieds. Dans le jardin ! Celui-ci offre la possibilité de réaliser « un tour », et ils ne s'en privent pas, avant – quand ils seront plus grands – de faire le tour de la maison !

C’est assez subjuguant de voir leur plaisir à courir inlassablement pour parcourir ce petit tour, juste pour le plaisir de le sillonner.

Finalement, si c’était ça, le vrai sens de la vie : simplement, faire le « tour du bloc » pour le bonheur simple de partir et de revenir ? Que la montre tourne ou non, cela n’a finalement pas la moindre importance. L’essentiel n’est-il pas de savoir qu’on peut partir… et revenir ?

vendredi 20 avril 2018

Aménager la fin de sa carrière

Personnellement, c’était une nécessité, une évidence ! Dès mes 55 ans, je suis passé à un 4/5 temps, dans un système de « crédit-temps ». J’y perdais quelque argent, mais de manière modérée, et je pouvais me le permettre. À 60 ans, j’ai accepté de prendre un mi-temps, plus pour l’équilibre économique de l’entreprise que par conviction personnelle, mais j’y trouvais mon compte en termes de temps et de détente. Le job restait difficile et – deux  ans plus tard – apparaissant que je pouvais prendre ma retraite à 62 ans au lieu des 65 que je croyais m’être imposés, j’ai décidé de cliquer sur le bouton demandant ma retraite anticipée. J’en profite depuis le 1er janvier 2016. J’y perds de l’argent, mais celui-ci n’a jamais été ma priorité. Sans être riche, loin de là, je suis à cet égard un privilégié : tout le monde ne peut pas dire la même chose. Or, on est dans une époque où – pour nos responsables – seul compte l’allongement des carrières plutôt que l’aménagement de leur fin. Quoique.

À Charleroi, une expérience vient de débuter. Elle vise à permettre à certains membres du personnel communal, exerçant des métiers lourds (agents de voirie, ouvriers du service propreté et personnel du service d’entretien des bâtiments), de ne plus travailler – à partir de 60 ans – qu’à 4/5 temps, sans perte aucune de salaire. Cela ne concerne pour le moment que 36 agents communaux sur une administration de quelque 4000 personnes, auxquels s’ajouteront d’ici peu (avec effet rétroactif) 9 des 2500 employés du CPAS officiant en première ligne ou exposés à une pénibilité physique. De plus, la Commune s’engage à une embauche compensatoire : 7,8 équivalents temps plein à la Ville et 2,5 au CPAS.

Tout n’est sans doute pas parfait dans cette expérience pilote, y compris la question de savoir si elle sera prolongée et/ou étendue. N’empêche, alors que la tendance est plutôt à l’allongement inconsidéré des carrières, il est plaisant de voir qu’il est possible de réfléchir aussi en termes d’aménagement des fins de carrière. Économiquement parlant, cela a un coût, c’est évident ! Mais pour les personnes qui peuvent bénéficier de ces aménagements, quels changement dans la qualité de leur vie ! Rien que de savoir que cela existe quelque part, dans notre Belgique, je reprends confiance dans la gestion de la chose publique, « res publica » ! Puissent tous nos politiciens, à quelque niveau que ce soit, entendre ce chant social qui n’a rien à voir avec celui des sirènes !

samedi 14 avril 2018

Vint le vin vain

En ce moment, je devrais être en train de rouler vers un petit village namurois pour aller y chercher un lot de 147 bouteilles de vin, achetées pour 100 EUR. Sans aucune garantie de qualité. Toutes sortes de bouteilles, conservées depuis je ne sais quand, un peu n’importe comment, dans un garage. Sans aucune illusion donc, mais à 0,68 EUR la bouteille, il ne devrait pas y avoir trop de regrets. Avec l’espoir que dans le tas, il y en ait quelques-unes de bonne qualité !

Je n’avais donc pas hésité trop longtemps devant cette offre publiée sur une de ces « brocantes » virtuelles qui fleurissent sur Facebook. Échange par message privé avec la vendeuse, accord pour prise de livraison ce matin. Bref, tout baignait !

Sauf que la dite vendeuse m’a envoyé durant la soirée ce message : « Désolée mais quelqu'un vient de venir chercher les bouteilles. J'ai préféré vendre au premier venu. » ! J’ai râlé évidemment et je le lui ai dit, mais pouvais-je m’attendre à mieux ?

Je ne sais pas ce qu’il s’est exactement passé. L’acheteur s’est non seulement engagé à venir chercher le lot immédiatement, mais il est fort possible qu’il a aussi surenchéri. Ce qui aurait évidemment incité la brave dame à vendre à ce plus offrant. Là où elle aurait dû agir de manière plus transparente et plus honnête eut été de reprendre contact avec moi en faisant jouer les enchères, tant sur le temps que sur le prix. S’il fallait aller les chercher immédiatement, je l’aurais fait. En étant d’accord aussi pour augmenter le prix, par exemple 147 EUR pour le lot. Un euro la bouteille, ça le fait !

Si j’avais perdu ces enchères, j'aurais été battu à la régulière. Mais ici, je n’ai même pas pu jouer. J’ai perdu alors qu’on ne m’a même pas donné les cartes du jeu.

Je n’en fais pas un drame. Non seulement, cela m’évite de devoir trouver une place pour ranger ces 147 bouteilles, mais de plus je ne me faisais aucune illusion sur leur qualité, tout comme je ne m’en fais pas plus sur ces accords de vente entre personnes privées qui ne se connaissent pas et ne se connaîtront jamais. Parfois, tout se passe bien ; parfois, ça coince. On n’en meurt pas !

D’ailleurs, si j’en parle, c’est plus parce que j’avais besoin d’un billet libellé « Coups de blues » pour terminer mon cycle des 4 libellés. Voilà qui est fait. Et ça, c’est bien.

lundi 9 avril 2018

Lou, the Belgian Red Devil

Personne, aujourd’hui, ne sait la suite de l’histoire. Elle n’a d’ailleurs sans doute aucune importance. Du moins sur l’épisode proprement dit. Un bête poisson d’avril. Mais qui prend dès maintenant une autre dimension. Au service de la différence.

Or donc, ce 1er avril 2018, Luc Boland – un ami poète d’enfance – lance sur Facebook un bête poisson d’avril : son fils Lou a été choisi par l’Union belge de football pour composer l’hymne officiel des Diables rouges pour le Mondial 2018 en Russie. À ce stade de l’histoire, deux explications sont nécessaires.

Lou. Il a aujourd’hui 19 ans. Quelques temps après sa naissance, ses parents apprennent qu’il est porteur du syndrome de Morsier, une malformation congénitale du cerveau qui touche un enfant sur dix millions dans les cas sévères. Déficience mentale et cécité. Mais dans ces ténèbres, une étoile : Lou est doté de capacités musicales hors normes. Son papa poète est aussi cinéaste. Très tôt, il réalise « Lettre à Lou », un documentaire qui parle avec tant d’amour de son fils et qui se termine sur la découverte par Lou de son premier synthé. Émouvant. À cet instant, Luc ne sait pas encore que Lou apprendra tout seul à jouer des claviers (et autres instruments), qu’il chantera sur divers plateaux TV, qu’il séduira sur YouTube près d’1 500 000 personnes avec « Lou, je m’appelle Lou »… Histoire humaine et musicale peu banale !

De l’autre côté, les Diables rouges. Une génération de footballeurs hors normes également. Ils participeront au Mondial 2018 en Russie avec comme seule ambition (enfin, on l'espère !) : la victoire finale ! Tout le monde s’accorde sur le fait que cela fait partie des choses possibles. Ils ne sont pas favoris. Mais tout pourrait arriver. Il faut bien un hymne national pour les encourager (et faire rentrer des sous dans la caisse). L’Union royale belge des sociétés de football association (URBSFA) croyait avoir trouvé le chanteur idéal pour ce faire : Damso, un rappeur à succès, issu de la diversité. Malheureusement pour lui, Damso est aussi – dans son personnage public – légèrement misogyne. Par les temps qui courent, ça passe difficilement. Il a donc été – avec raison – déchargé de sa mission. À ce jour, personne pour prendre la relève.

Le premier avril, Luc lance donc son poisson d’avril : Lou a été choisi pour faire l’hymne des Diables ! Il n’y croit pas, mais finalement, pourquoi pas ? Plus d’une personne y a cru ! Mais ce n’est qu’un poisson ! Quand Luc raconte cela à Lou, celui-ci lui répond : « Mais je vais le faire, moi, cet hymne » ! La machine se met en marche : Luc écrit des paroles (en anglais, seul moyen de réunir flamands et francophones) basées bien sûr sur le respect de la différence. Lou les met instantanément en musique. Ils enregistrent le tout, en une prise pour chaque instrument, mais en plusieurs prises pour les voix. Chanter en anglais, ce n’est pas évident pour Lou ! Luc réalise le clip et le met en ligne. En moins de 24 heures, plus de 25 000 vues sur Facebook ! Ce n’est plus un poisson d’avril !



Ce poisson d’avril deviendra-t-il l’hymne officiel des Diables rouges ? Nul ne le sait. C’est peu probable. Mais la question n’est sans doute pas là. Une nouvelle fois, Lou fait le buzz, non pas pour sa gloire dont il n’a que faire, mais au service de tous ceux qui sont différents ! Quelle que soit leur différence.

Les parents de Lou ont bien sûr longuement réfléchi à la pertinence ou non de mettre leur incroyable fils sous les feux des projecteurs. Ils ont choisi de lui permettre de vivre son étonnante passion. C’est un choix rationnel d’adultes responsables pour un jeune dénué de toute raison, mais nourri à tout instant de passion émotionnelle. Ils ne le font en réalité ni pour eux ni pour lui. Ils le font parce qu’ils ont compris que Lou et son don étaient un outil extraordinaire – c’est le mot ! – pour promouvoir l’éloge de la différence. Ce ne sont pas les projecteurs qui sont importants. Seul importe ce qu’ils éclairent : la richesse de la différence. Quelle qu’elle soit. C’est elle qui nous donne sens.

jeudi 29 mars 2018

La fin d'un recyclage ?

Depuis des années, de nombreuses associations récoltent les bouchons en plastique de bouteilles diverses. Elles les revendent, en Belgique, à la société Eryplast, devenue Cabka à la suite d’une revente à une entreprise allemande. Les bouchons sont ensuite recyclés et transformés en palettes. Mais, à partir du 1er avril, ce système avantageux pour tout le monde sera terminé !

Cabka a en effet informé les associations que la collecte et le recyclage des bouchons ne seront pas prolongés. Pas assez rentable !

Sans doute pas rentable pour Cabka, mais pourtant éminemment rentable pour les associations ainsi que pour la société en général qui voyait ainsi des déchets recyclés de manière intelligente. Pour les associations, c’était un revenu facile : des particuliers, des écoles, d’autres associations récoltaient les bouchons et les apportaient, par divers circuits, aux associations bénéficiaires qui pouvaient ainsi financer leurs activités, acheter du matériel, notamment pour handicapés, etc. Ce n’étaient pas de grosses rentrées financières, mais pour une association, bénéficier par exemple de 6000 EUR par an, sans gros effort, c’est vraiment une manne céleste. Au total, on estime un manque à gagner d’environ 700 000 EUR ! De plus, on perd là toute une dimension sociale et éducative : de nombreux enfants étaient mobilisés pour récolter ces bouchons, apprenant de manière positive et impliquée les bienfaits du recyclage.

Cela dit, tout espoir n’est pas perdu ! Il semble qu’une entreprise de la région liégeoise, la société Eloy, soit intéressée de reprendre l’activité de collecte et de recyclage. Les bouchons seraient cette fois transformés en supports bactériens pour être implantés dans des micro-stations d'épuration destinées à traiter les eaux domestiques. « Les bactéries vont arriver à se former en film biologique sur ces supports et vont pouvoir capter, pour se nourrir, notre pollution.  On va, de cette manière-là, traiter 95% de la pollution de l'eau », explique ainsi Louis Eloy, administrateur délégué de la société Eloy.

Si cela pouvait se concrétiser, ce serait formidable : les associations pourraient continuer à bénéficier du produit de ces collectes et notre environnement profiterait d’un double recyclage : celui des bouchons en plastique et celui de l’eau ! Nous avons là tout à gagner !

dimanche 25 mars 2018

Hors dialogue, pas de démocratie

Qu’une chose soit claire : je n’ai aucune sympathie ni pour Carles Puigdemont – un nationaliste de droite – ni pour la cause indépendantiste catalogne qui me semble un non-sens à l’heure de l’Europe. Par contre, j’ai quelque sympathie pour la démocratie, et là, elle en prend méchamment pour son grade !

En aucune manière, je n’approuve la déclaration unilatérale de l’indépendance de la Catalogne, il y a quelques mois. Je suis convaincu qu’il existe d’autres moyens pour atteindre un tel objectif, pour autant qu’il soit justifié et argumenté. La seule issue acceptable dans un tel cas est le dialogue et le consensus. Nous ne vivons plus à cet égard à l’ère des guerres unilatérales. Du moins, je l’espère.

Le pouvoir central espagnol a choisi – depuis longtemps – la violence pour gérer ce problème. Y compris pour empêcher un vote démocratique. Y compris pour nier les résultats d’un vote démocratique. Pour Mariano Rajoy et ses sbires, il n’existe qu’une seule solution : celle du pouvoir central fort et dur. Sur le fond, il a peut-être raison. Sur la forme, il prend des positions totalement inacceptables.

Comment accepter qu’un pays européen soi-disant démocratique décide de mettre en prison et de poursuivre des hommes/femmes politiques qui défendent une autre position que celles du pouvoir central ? Une telle Europe, je n’en veux pas. Elle massacre en réalité tout l’idéal européen basé sur le dialogue, l’ouverture et la solidarité. Ce soir, cet idéal me semble bien lointain. Malheureusement !

vendredi 23 février 2018

Enseignant Rambo, tRompez !

« Ils sont entraînés, il n’a pas réagi convenablement sous la pression ou c’est un lâche », a dit le président Trump en parlant de ce policier qui n’est pas intervenu lors de la tuerie au Lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland, en Floride, le mercredi 14 février dernier. Deux jours plus tôt, le même Trump avait proposé comme solution miracle aux tueries dans les écoles américaines d’armer et de former des enseignants.

Que s’est-il passé dans la tête de ce policier, à quelques mois de la retraite et qui depuis a démissionné ? Peu importe. Je ne sais pas s’il est un « lâche ». Pour moi, c’est juste un « humain ». Plus que vraisemblablement, il a eu peur d’intervenir. Et cette peur a été plus forte que son devoir. En tant que policier placé devant une école pour en garantir la sécurité, il n’a pas fait ce qu’il fallait. De toute évidence. Même s’il était policier et s’il a été entraîné pour intervenir dans ce genre de circonstances, je ne le blâmerai pas. Qu’aurais-je fait à sa place ? Pas sûr que je serais intervenu. Pas sûr non plus que j’en sois pour autant un « lâche ».

À côté de cela, Trump veut transformer les enseignants en Rambo. Autant j’avoue ignorer complètement ce qu’est le métier de policier, autant je crois connaître ce qu’est le métier d’enseignant. C’est un des métiers les plus nobles, les plus exigeants, les plus incertains qui soient. La responsabilité d’un enseignant sur le devenir de ses élèves est immense. Un enseignant peut « casser », tout comme il peut contribuer à construire. Un vrai enseignant construit. Il existe pour instruire, pour ouvrir les voies de l’apprentissage et de la connaissance, pour apprendre à s’émerveiller et à vouloir en savoir plus.

S’il doit tout faire pour protéger ses élèves des turpitudes (des « trumpitudes » ?) du monde d’aujourd’hui, son métier n’est pas – et ne sera jamais – de manier la gâchette plus vite qu’un éventuel assaillant. Aux USA – là où se passent toutes ces tueries, pourquoi ? – plus d’un enseignant a tout fait pour protéger, au risque de sa vie, ses élèves. Les enseignants ne sont pas des « lâches ». Mais, même s’ils étaient formés, ils ne seront jamais des justiciers œuvrant par la violence contre une autre violence. Les enseignants sont des constructeurs, pas des destructeurs.

Imaginez le jour où un enseignant armé et formé n’aura pu empêcher un massacre des élèves aux alentours. Imaginez le jour où un enseignant armé et formé aura tiré trop tôt et tué un innocent juste parce qu’il présentait des signes de velléité.

Mettre cette pression infondée et absurde sur les enseignants n’est – personne n’est dupe, sauf les inconditionnels de Trump – qu’un moyen vain et aberrant de protéger le commerce des armes aux USA. Il y a de plus en plus de voix américaines qui se lèvent pour dénoncer cet aveuglement.

J’ai bien peur cependant que, le jour où je quitterai ce monde – disons dans une bonne trentaine d’années – le fameux deuxième amendement « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé » existera encore, avec toutes ses implications. Y compris celle de transformer les enseignants en soi-disant justiciers armés. Tout le contraire du fondement même du métier d’enseignant.

samedi 17 février 2018

Vous, migrants, je vous admire

Je n’admire pas grand monde. Chacun mène sa vie, avec plus ou moins de talents, de chances, d’opportunités saisies ou non. Certains en ont plus que d’autres et savent comment les exploiter. Je ne les admire pas pour autant. Par contre, aujourd’hui, s’il y a bien des êtres humains que j’admire, ce sont les migrants ! Ils n’ont rien pour eux, sauf leur soif de liberté et de dignité. Ils n’ont aucune chance de l’étancher. Mais ils la prennent, feignant d’ignorer qu’elle n’est qu’un risque.

Ils n’ont rien. Sauf l’amour de ceux qui les entourent. Mais qui peut vraiment vivre d’amour et d’eau fraîche ? Ils n’ont rien et ne peuvent s’en contenter. Qui se contenterait de rien ? Qui accepterait de n’avoir aucun avenir ? Dans leur cas, la plupart d’entre nous se limiteraient à rouspéter, à s’exprimer sur les réseaux sociaux quant à l’injustice des gouvernements divers, à prétexter de l’égoïsme ambiant pour dissimuler leur propre égoïsme… Tout simplement parce que, pour nous occidentaux bien emmitouflés dans nos pantoufles, la question ne se pose pas vraiment. Quelle question ? Celle de vivre, d’exister, d’espérer…

Les migrants ne se posent sans doute même pas cette question. Ils n’en ont pas le temps ni la possibilité. La réponse s’impose d’elle-même : rester là où ils sont ne les conduira qu'à ce qui est pire que la mort : ne pas exister tout en étant vivant ! Beaucoup font le même constat, même chez nous. Certains choisissent la résignation, de faire avec ce qu’ils ont. D’autres optent pour une solution extrême : disparaître purement et simplement. Les migrants font le choix de l’espoir désespéré ou du futur improbable. Ils partent. Ils risquent leur vie. Ils supportent des conditions de vie que personne ne supporterait, s’il n’y avait cet espoir.

Je n’aurais pas le courage d’en faire autant. Alors, j’admire. Et je me révolte : qui peut-on être pour s’opposer à ce choix désespéré d’un hypothétique monde meilleur ? Quels arguments – à part un égocentrisme fondamental – peut-on avancer à un être humain en quête simplement d’un espace de vie pour lui dire que celui-ci lui est interdit sous prétexte qu’il n’est pas né au bon endroit ? Quand bien même il nous est impossible d’accueillir toute la misère du monde, qu’est-ce qui nous autoriserait à fermer notre porte à celui qui a tout risqué, y compris sa vie et son honneur, pour faire partie – comme vous et moi – de ce qu’on appelle l’humanité ?

Ils n’ont que leur vie. Ils la risquent. À chaque instant. Ils la perdent parfois. Plus rarement, ils la gagnent… Enfin ! Alors que ce devrait être un droit fondamental pour chacun d’entre nous, indiscutable et lumineux !

Oui, vraiment, vous, migrants, je vous admire !

lundi 5 février 2018

Le temps d'un retraité

Ma journée a été bien active : balade, écriture, recherches, information… Vers 16h30, ma chère et tendre rentre de sa journée de travail. Nous discutons et elle me rappelle qu’elle repart ce soir pour un accueil de nouveaux parents. Je la remercie de me le rappeler et nous envisageons les choix possibles : soit nous mangeons « avec les poules », soit je mange tout seul à notre heure habituelle (19 heures), soit je l’attends et on mange… quand on mangera ! Je choisis la solution « avec les poules » et je lui donne rendez-vous à 18h30.

Nous vaquons alors chacun à nos activités et vers 18h10, je me dis qu’il est temps d’aller cuisiner ! Je fais tout cela du mieux que je peux et arrivé à l’heure fatidique, je suis fier de constater que tout est prêt et j’appelle ma belle !

C’est alors qu’elle me dit « Mais il est 17h30 ! ». Oups, je me suis donc trompé d’une heure ! Après un léger flottement, nous avons décidé de manger vraiment « avec les poules » ! C’était bien bon, mais ni l’un·e ni l’autre n’a juré qu’il·elle ne grignoterait pas quelque chose en cours de soirée !

En réalité, l’heure d’un repas est une notion relative. Tout comme le besoin de manger. La plupart du temps, on ne mange pas parce qu’on a vraiment faim, mais parce qu’on a envie de rompre le rythme de travail, parce qu’on désire se retrouver ensemble, parce que le plaisir du partage nous appelle… Pour faciliter l’organisation, beaucoup – c’est notre cas – mangent chaque jour plus ou moins à la même heure, pour les mêmes raisons : rompre le rythme de travail, se retrouver ensemble, vivre le plaisir du partage… L’important n’est finalement ni dans le repas ni dans son heure !

Au bout du compte, manger « avec les poules », cela laisse plein de temps après. De toute façon, on n’a jamais que le temps qu’on se donne !