jeudi 17 juillet 2014

L'écluse


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Naviguer sans écluse serait bien morne. Voguer sur le canal dans une nature luxuriante est bien sûr rempli de charme. Mais à une vitesse d'environ 8 km/h, ce n'est pas vraiment grisant. Arriver à une nouvelle écluse assure l'animation de la journée, surtout quand on en franchit une dizaine par jour. 

Inutile de raconter ici comment cela se passe. C'est à la fois simple et compliqué. Surtout, cela nécessite une bonne coordination des gestes, de l'analyse de la situation. Et une bonne complicité entre le pilote du bateau - le capitaine - et son équipière. On a parfois tâtonné au début, mais maintenant tout fonctionne à merveille.

Au-delà de l'action nécessitée, à chaque écluse, j'admire le concept ! Là aussi, c'est quelque chose de tout simple, mais il fallait y penser. Ce n'est que la stricte application des vases communicants. Mais quelle application magistrale. Et quel travail pour aménager tout un réseau qui permet une navigation fluviale fluide.

Tout à l'heure, nous avons terminé la journée par une double écluse permettant de gérer une différence de niveaux de 4,20 mètres ! Impressionnant !

Et tout ça, la plupart du temps, avec le sourire et la bienveillance de l'éclusier. Il y a bien sûr des éclusiers plus affables que d'autres, tout comme il y a des éclusières plus jolies que d'autres ! Quand on a affaire à une éclusière d'une gentillesse extrême et d'une beauté subjuguante, cela devient un réel plaisir... d'autant plus quand cette éclusière gère à elle seule deux écluses. Quel bonheur de pouvoir lui dire : "A tout de suite !".

mercredi 16 juillet 2014

L'eau

FMG©2014

Rien n'est plus souple au monde et plus faible que l'eau
Mais pour entamer dur et fort rien ne la passe
Rien ne saurait prendre sa place
Que faiblesse prime force
Et faiblesse dureté.

Lao-tseu, VIe-Ve siècles ACN, La voie et sa vertu, chapitre 78

L'eau. Rien de plus banal. Rien de plus insipide. Rien de plus vain. L'eau n'a aucune tenue, aucun goût, aucun sens. Elle va où on la mène, se laisse emporter au gré des reliefs ou des souffles venteux, se laisse même disparaître sous la seule action du soleil. L'eau n'est rien. Rien qu'un fluide passager.

Et pourtant, quelle force. Quelle vivacité. Quelle énergie. Quelle profondeur.

D'abord, l'eau réfléchit. Comme un miroir. Mais le miroir, sauf s'il est déformant, renvoie toujours l'image exacte. L'eau réfléchit, mais en transformant toujours la réalité. Non seulement en fonction du moment, mais surtout en fonction de son humeur. Elle réfléchit toujours, mais on n'est jamais sûr d'y voir la réalité. Plus qu'un photographe, l'eau est avant tout peintre. 

Ensuite, l'eau porte. Depuis des siècles. Elle porte des masses immenses. Des flottes de bois, transbahutées d'une région à une autre. Des flottes de bateaux éparpillés dans le monde, mais qui savent toujours - souvent serait plus correct - où ils vont. Y a-t-il un seul autre élément qui serait à même de porter tant de masses, sans perdre une once de sa réflexion ?

Puis, l'eau construit. Elle trace ses cours là où bien sûr on l'emmène, mais surtout là où elle le veut. Ce serait orgueil de croire que c'est l'homme qui décide. Il le fait parfois quand il creuse un canal et que l'eau accepte de s'y engouffrer. Plus souvent, c'est l'eau qui décide et l'homme qui s'adapte aux volutes aquatiques. L'homme y gagne d'ailleurs. L'eau lui apporte la vie.

L'eau dévaste aussi. Elle n'est pas toujours bienveillante. Elle envahit parfois le monde, montrant inexorablement sa force, imposant sans foi sa volonté, ignorant superbement l'existence de ceux qui s'y frottent. L'eau, si on n'y prend garde, est le plus grand des démons.

Mais l'eau apaise. Elle suit son cours inexorable. Elle défile toujours dans la même direction. Elle regarde le temps passer, sans s'en laisser défier. Elle participe fondamentalement à la vie. Elle rythme la vie. Elle est en permanence la vie.

Billet écrit à Auxerre, les 14 et 15 juillet 2014.
Publié le 16 juillet à Clamecy

lundi 14 juillet 2014

Il pleut

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Il pleut. Et je suis sur un bateau. Quelle absurdité ! Pourquoi faut-il qu'il pleuve alors que je suis déjà entouré d'eau ? Comme si toute cette flotte n'était déjà suffisante en soi, voire même parfois oppressante. Enfin, c'est un grand mot. Mais l'eau est quand même omniprésente quand on est sur un bateau. 

Notez que je ne vais pas me plaindre. Être sur un bateau, je l'ai voulu. Et je ne le regrette pas. Voguer au fil de l'eau, au rythme des écluses. Ne pas devoir (trop) réfléchir pour avancer. Regarder les magnifiques paysages qu'on ne peut voir que depuis la rivière. Profiter du calme, de la lenteur, de la verdure. Tout en n'ayant pas le temps de s'ennuyer : il y a tant à faire, tant à voir, tant à déguster. Simplement le rythme est plus lent et aucune tension ne vient gâter le plaisir. Vraiment, il n'y aurait aucune raison de se plaindre.

Mais voilà, il pleut. Pas tout le temps. En fait même, il pleut moins qu'il ne pleut pas ! Mais quand il pleut, il pleut ! C'est la réflexion philosophique du jour ! J'avoue que j'ai déjà fait mieux. Quoique. J'ai fait pire aussi, mais je ne sais pas si c'est rassurant.

Si vous êtes arrivé(e) à la fin de ce billet, c'est que vous êtes vraiment bienveillant(e) envers moi. Tout comme la pluie. Finalement, si la pluie n'existait pas, je ne pourrais pas en ce moment être sur un bateau ! Et ça, ce serait bien dommage.

Il pleut. Et c'est la vie ! N'empêche, j'espère bien qu'il y aura un peu de soleil dans les jours qui viennent !

Billet écrit le dimanche 13 juillet 2014, à Auxerre (ce qui me permet de terminer par un pénible double jeu de mots : l'eau sert à quoi ? )
Mis en ligne le 14 juillet, toujours à Auxerre, mais sous le soleil

vendredi 4 juillet 2014

Cherchez l'intrus

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Ces trois panneaux de direction ont été photographiés l’un à la suite de l’autre, sur une distance de 2 km. Ils sont tous les trois situés en Région wallonne, mais ils se rapprochent de plus en plus de la Région flamande où se trouve en réalité le village qu’ils indiquent. Pourtant, parmi eux, il y a un intrus et un seul !

Certains diront que c’est le dernier : comment pourrait-on – selon eux – accepter qu’un panneau écrit en néerlandais soit situé en région francophone du pays ? Personnellement, j’estime que tous les panneaux, partout dans le monde, devraient être écrits dans la langue utilisée officiellement sur le lieu concerné. Il serait ainsi écrit « Paris » partout où on l’indique, « London », « Antwerpen », « Liège »… et donc « Ottenburg ». Cela simplifierait beaucoup de choses pour les touristes et autres voyageurs, sans créer d’inutiles conflits linguistiques.

En attendant, comme ce n’est pas la règle universelle, on a l’habitude – spécialement en Belgique – de traduire le nom d’un lieu dans la langue où se trouve le panneau. Ainsi, « Mons » devient « Bergen » et « Geraardsbergen » devient « Grammont ». « Ottenburg » devient donc « Ottenbourg » ou « Ottembourg ».

Cette dernière orthographe est incorrecte. Elle respecte bien sûr les règles du français : devant un « b », on met un « m ». Mais d’une part, cette règle n’est pas absolue : on écrit bien un « bonbon », parce qu’il est doublement bon ! Et il faudrait écrire « Ottenbourg », parce que c’est le bourg d’Otten. Je ne connais pas celui-ci, mais il a certainement existé. Une recherche sur Google donne 2 150 000 résultats pour « Otten » alors qu’elle n’en donne que 200 000 pour « Ottem ».

Que retenir de tout cela ? D’abord, que cela n’a pas vraiment d’importance : ces trois panneaux permettent d’arriver au bon endroit sans hésitation !

Au-delà de ce constat de bon sens, on peut se dire qu’à trop vouloir bien faire, on ne fait pas trop bien. L’application stricte des règles – du français dans ce cas – conduit à commettre des erreurs. Ce qui compte, c’est la nature des choses, pas l’application des règles. L’esprit plutôt que la lettre.

C’est plus important qu’on ne peut le penser : une personne compétente est – la plupart du temps – une personne qui sait transgresser la règle quand il le faut. Un seul exemple, mais il y en a des tas d’autres : roulant en moto sur la bande de droite d’une autoroute à trois voies, je souhaitais dépasser non seulement la voiture qui était devant moi, mais aussi celle qui était sur la bande centrale. J’enclenche mon clignoteur (mot utilisé en Belgique pour désigner un clignotant) et je commence – non sans regarder dans mon rétroviseur – à me déporter vers la bande de gauche. Sur celle-ci, il y avait une automobile dont je contrôlais le mouvement, sauf que le chauffeur – chauffard – a brusquement ralenti pour se rabattre sur la bande centrale, me coupant la route. La seule solution pour moi fut d’inverser brutalement mon mouvement et de me rabattre sur la bande de droite alors que mon clignoteur indiquait que j’allais vers la gauche et que je n’ai pas eu le temps de regarder ce qu’il y avait dans mon rétroviseur droit. Tout s’est bien terminé, mais de toute évidence, j’ai fait une manœuvre interdite par la loi : aller brusquement vers la droite alors que mon clignoteur indique la gauche ! Si je n’avais pas enfreint la loi, je ne serais sans doute plus là pour vous écrire ce billet ! Ma compétence a été de voir ce qu’il fallait faire de manière impérative, même si c’était interdit.

Au bout du compte, l’important est d’arriver là où on veut où là où on doit. Cela nécessite parfois de prendre quelques libertés avec la loi, avec les règles. Tout le monde peut s’accorder là-dessus, mais la véritable question est de savoir quand on peut le faire. Être compétent, ce n’est pas enfreindre la loi à tout bout de champ. Mais c’est pouvoir identifier les situations dans lesquelles il est préférable, dans l’intérêt collectif, de prendre quelques libertés avec les règles ou la loi.

Pas sûr que Sarkozy ait réellement eu cette compétence, mais ça, c’est une autre histoire !

mercredi 2 juillet 2014

Donut belge

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Après la victoire des Diables rouges sur l’équipe américaine, je n’ai pas pu me retenir quand j’ai vu chez mon boulanger ce donut – produit typiquement américain (même si son origine est hollandaise) – belgifié ! Il symbolise un peu ce qui s’est passé hier : la Belgique l’emporte, mais sa brillante et passionnante prestation n’a été possible que parce qu’il y avait en face une équipe des USA qui jouait le jeu et qui surtout possédait un gardien de but absolument fantastique.

Ce match était aussi agréable parce qu’il était empreint d’un grand fairplay. À commencer par les deux sélectionneurs, Wilmots et Klinsmann qui se sont accordés des accolades avant, pendant et après le match ! Tellement rare à voir qu’il faut bien le souligner.

Bref, si on n’avait pas dû attendre aussi longtemps avant le premier but, ce match aurait été parfait, en symbolisant parfaitement ce que peut-être le sport avec cette victoire des « petits Belges » face aux « grands Américains ».

Ma sœur ayant épousé un américain, ce match représentait pour notre famille une signification encore différente, mais avec le même esprit sportif : que le meilleur gagne. Un de mes neveux américains s’est ainsi exprimé après le match sur son statut Facebook en (re)disant qu’il a admiré le jeu, que les USA se sont bien battus et qu’il les aime, mais qu’il aime les Belges un peu plus !

Quoi de plus normal finalement. Néanmoins, si j’ai bien compris, un de ses amis lui a reproché de ne pas être « 100% USA ». Non pas qu’il lui reprochait d’avoir une mère belge, car lui-même avait des origines étrangères, comme tous les américains d’ailleurs. Mais, selon cet ami – et toujours si j’ai bien compris – une fois qu’on est américain, on est américain, point barre !

Curieuse conception quand même de ne pas pouvoir apparemment rester en harmonie avec ses origines, non pas de manière sectaire, mais simplement par les liens du cœur. Curieuse conception aussi de ne pouvoir soutenir que des sportifs de son pays.

Tout cela n’est pas très grave. Le foot ne reste qu’un jeu, même s’il transbahute avec lui pas mal de sens politique, social, économique, pas toujours très moral d’ailleurs. Mon donut belge a ceci de merveilleux : il appartient à différentes cultures, est délicieux et permet de réunir dans le plaisir des enthousiasmes nationaux congruents ! Pas mal quand même !

dimanche 22 juin 2014

Hortensias de vie


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Sous l’œil acéré du héron métallique, ces hortensias sont en train de doucement fleurir. Quoi de plus normal pour des hortensias au mois de juin. Pourtant, que de patience et de foi a-t-il fallu pour en arriver là.

Ces hortensias viennent du jardin de mes parents où ils fleurissaient de manière abondante et vivace. Ils ont émigré jusque chez nous lors de la vente de la maison familiale, en 2009, il y a 5 ans. Depuis lors, ils n’ont rien donné. L’un d’entre eux a semblé même ignorer pendant un certain temps ce qu’était un feuillage. Il semblait définitivement mort, mais la jardinière continuait à y croire.

Aujourd’hui, ils fleurissent tous les deux. Celui qui a toujours été en meilleure santé a commencé à refleurir un peu l’année dernière. Quelques mois après la mort de ma maman. Le deuxième, le moribond, fleurit pour la première fois. Durant le premier mois de juin que mon papa ne vivra pas. Je ne suis pas spécialement enclin à croire aux prolongements de la vie, mais néanmoins j’apprécie à leur juste niveau ces coïncidences de floraison tardive.

Au-delà de ce mystère – ou plutôt de ce qui pourrait ressembler à un mystère – il y a de toute façon le cycle de la vie et de la patience qu’il faut pour exister. J’ai été longtemps convaincu que ces hortensias ne refleuriraient plus jamais. Leur déménagement leur aurait été fatal. Quelque part pourtant, on continuait à y croire. On n’allait de toute façon pas les déterrer pour les jeter définitivement. Même s’ils ne donnaient aucun fruit. Ils finissent aujourd’hui par en donner. Nous avons eu raison d’y croire.

Pour la petite histoire, il y a aussi un troisième hortensia. Des amis nous l’ont donné en pot il y a 2 ou 3 ans. Replanté en terre, il n’a rien donné. Cette année-ci, lui aussi fleurit un peu. Alors que l’ami qui nous l’a offert s’en est allé brusquement il y a quelques mois. Il y a de quoi être troublé, non ?

dimanche 15 juin 2014

Bonbons rayés

Il aura fallu que j’arrive au niveau 594 (sur les 605 qui existent actuellement) de ce stupide jeu addictif Candy Crush Saga (mais qui fournit de petits plaisirs personnels) pour comprendre enfin et résoudre une question ontologique que je me pose depuis bien longtemps : le fonctionnement des bonbons rayés !

Je suppose que la plupart de mes nombreux lecteurs vont se dire que je dois encore être plus stupide que le jeu en question pour ne comprendre que maintenant, mais que voulez-vous : je ne peux pas voler plus haut que mon niveau de compétence !

Bref, il y a donc des « bonbons rayés ». On les obtient quand on aligne quatre bonbons de la même couleur. Lorsqu’on parvient à les faire exploser à leur tour, ils suppriment quasi tout ce qu’ils rencontrent sur une ligne entière. Ligne qui peut être verticale ou horizontale. Depuis longtemps donc, je me demande comment peut-on prévoir si la ligne qui sera vidée est horizontale ou verticale, ce qui est évidemment très précieux pour faire le bon coup. Jusqu’à présent, je n’avais jamais trouvé réponse à ma question et je supposais que le sens était lié au hasard, comme beaucoup d’autres choses dans ce jeu.

Aujourd’hui, j’ai enfin compris en réalisant que les rayures du bonbon sont soit horizontales soit verticales. Si elles sont horizontales – comme dans les bonbons violets et orange ci-dessus – alors la ligne qui sera vidée est… horizontale ! Si elles sont verticales – comme dans le bonbon bleu – la ligne sera verticale ! C’est aussi simple que ça !

Ça n’a l’air de rien – et il faut le reconnaître, c’est vraiment rien que rien – mais si j’avais réalisé cela bien plus tôt, ça m’aurait évité de nombreux jurons ! Aujourd’hui, je me sens un peu plus intelligent. Quoique. Est-ce bien sérieux de situer son intelligence à ce niveau, alors que celui-ci n’a aucune espèce d’importance ? Pas plus que ce billet. Je me tais !

mardi 10 juin 2014

La bande à Renaud

On aurait, de toute évidence, préféré avoir droit à un nouvel opus de Renaud himself. Mais bon, il est là où il en est – en pleine reconstruction apparemment – et on est déjà bien content de pouvoir réécouter ses chansons, des grands classiques, mais aussi de petites merveilles moins connues.

Renaud s’est impliqué lui-même dans l’élaboration de cet album de reprises par d’autres, y compris dans le choix des artistes et même dans la réécriture de certains textes.

Au total, un album plaisant à entendre. Même si on regrette que ce ne soit pas Renaud qui chante de nouvelles chansons, dans la ligne de ce qu’il a pu déjà écrire. Ce n’est pas le cas, et il faut faire avec. Surtout quand on sait que cet album n’est peut-être que l’occasion d’appliquer un contrat avec une firme de disques (et on sait que la seule chose qui intéresse celle-ci est de vendre, point barre).

Il y a des chansons qui ne passent pas. Laisse béton, par le rappeur (?) Diniz. Hexagone, par Nicolas Sirkis. Et la désastreuse collégiale Dès que le vent soufflera. Quand l’artistique est écrasé par le commercial…

Mais il y a, pour moi, de très bonnes choses. Je n’aime en règle générale pas trop Jean-Louis Aubert, mais sa version de Manu – qui ouvre l’album – est intéressante. J’adore aussi Mistral gagnant par Cœur de pirate. Il faut dire que la chanson est extraordinaire et que la chanteuse aussi, une fois qu’on est entré dans son univers. Elle respecte celui-ci et y amène la chanson. Cela aussi, c’est être une véritable artiste. Même commentaire pour Élodie Fregé qui reprend dans son univers sulfureux la chanson Il pleut, peu connue mais transfigurée ici. Je retiendrai aussi Je suis une bande de jeunes, bien développée par Alexis HK, Renan Luce et Benoît Dorémus, les trois meilleurs héritiers de Renaud, même si je ne suis pas sûr que l’idée d’en avoir le transcende. Puis La médaille, texte peu connu, qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit de Grand corps malade.

Reste C’est quand qu’on va où ?, interprétée par Carla Bruni. Avant même la parution de l’album, cela faisait déjà scandale chez certains bien pensants. Sous le prétexte qu’ils voyaient mal ce que l’épouse d’un Président flirtant plus souvent qu’à son tour avec la droite de la droite pourrait apporter à un chanteur se situant dans l’inconscient collectif plutôt à gauche de la gauche. La réponse est purement artistique. Carla Bruni, dans toute la fragilité de sa voix, reste une interprète exceptionnelle. Elle ne déçoit pas ici.

Au total, cela reste simplement un album agréable à entendre. Peut-être pas à écouter. Ça fait juste passer le temps. En attendant un improbable album de l’artiste lui-même, sans avoir besoin de sa bande.

mercredi 28 mai 2014

Confiance dans le changement

Bart De Wever et la N-VA ont gagné les élections en Belgique. Diabolisé auprès des francophones, ceux-ci ont de quoi s’inquiéter ou du moins s’étonner : difficile de comprendre pour eux - pour nous - qu’un flamand sur trois accorde son vote à un parti qui souhaite la fin de la Belgique. Pourtant, le choix de ces Flamands n’est-il pas logique par rapport au discours que la N-VA, et en particulier Bart De Wever, leur a fourni ?

Dimanche matin, jour des élections, j’ai trouvé chez mon boulanger le journal gratuit Zondag. Dans celui-ci, une pleine page publicitaire pour la N-VA, avec Bart De Wever, manches retroussées, prêt à agir. Pour ceux qui ne comprennent pas la langue de Vondel, voici une traduction que j’espère plus ou moins correcte du message de Bart De Wever :

Aujourd'hui, vous faites un choix important. Vous voulez redynamiser notre économie, créer plus d'emplois, assurer votre retraite et pouvoir continuer à payer les soins de santé et les allocations. Nous devons réformer maintenant. 

Les gens qui travaillent, épargnent et entreprennent doivent être récompensés. 
Avez-vous un emploi ? Nous augmentons les salaires nets. Êtes-vous indépendant ? Pour vous, nous réduisons les charges et nous supprimons les impôts détestables. Êtes-vous retraité ou avez-vous besoin de soins ? Nous vous offrons la sécurité dont vous avez besoin. Et nous augmentons les revenus les plus bas. Parce que la NVA ne laisse en rade personne. 

Créer à nouveau la prospérité pour assurer le bien-être. C'est le Changement pour le Progrès. Cette responsabilité, je veux l’assumer. C’est pourquoi je demande votre confiance.

Comment résister à un tel discours ? Il nous dit qu’il y a des problèmes, mais que ça va changer. Il s’adresse à chacun et s’engage à améliorer sa situation.

Bien sûr, il ne dit pas tout. Il ne dit pas comment il va s’y prendre pour faire tout cela. Il ne dit pas que ce sera au détriment de certains. Notamment de ceux qui n’ont pas ou plus de travail. Il ne dit pas que, selon lui, pour réaliser ces promesses, il est nécessaire de se séparer d’une manière ou d’une autre des « mauvais » wallons et de ne se retrouver qu’entre « bons » flamands. Il ne dit rien de tout cela (ni d’autres choses). Une lecture attentive et critique du message permet évidemment d’en avoir conscience et d’en tirer les conclusions. Mais la plupart des gens ne chercheront pas davantage et se diront « Voilà l’homme qu’il nous faut ! ». C’est en cela un discours éminemment populiste. Génial, mais populiste. Et il faut bien reconnaître qu'il atteint sa cible, comme les résultats des élections le montrent.

La suite de l’histoire nous apprendra ce que la N-VA et Bart De Wever peuvent faire avec cette victoire. Mais il est important d’avoir conscience que les Flamands n’ont pas voté pour un diable qui veut la fin de la Belgique, mais pour un dieu qui va – du moins le prétend-il – apporter et distribuer sa manne miraculeuse.

samedi 3 mai 2014

Chansons oubliées : Le vent et la jeunesse, par Les Troubadours (1967)

Les Troubadours ! Mais qui donc se souvient encore de ce groupe, pendant francophone de Peter, Paul & Mary aux USA ? À vrai dire, je ne m’en souviens pas très bien. J’avoue qu’à l’époque de leur plus grand succès – Le vent et la jeunesse – que je reprends ici, j’étais plus intéressé par Hervé Vilard (Capri, c’est fini) ou Éric Charden (Le monde est gris, le monde est bleu), voire par Procol Harum (A Whiter Shade of Pale) ou encore Scott McKenzie (San Francisco - Be sure to wear flowers in your hair) !

Mais voilà, il y a de ces airs qui vous trottent dans la tête et qui ne vous quittent plus jamais. Cette chanson, écrite par Christian Chevallier pour la musique et par Frank Thomas et Jean-Michel Rivat pour les paroles, est une de celles qui m’ont amené à élargir un peu mon univers musical, à découvrir la chanson de paroles et les mélodies folk.

Cela reste une chanson légère, comme le vent et la jeunesse ! J’ai toujours eu le sentiment d’être le vent, d’être aussi insaisissable que lui, de ne pas pouvoir être enfermé dans la moindre cage. Ce n’est qu’une illusion sans doute, celle de la jeunesse, même à mon âge respectable !

Ce n’est pas tout à fait une chanson oubliée : on la trouve en vidéo, chantée en live comme on dit aujourd’hui. On trouve aussi facilement les paroles, mais je me suis quand même permis ici de corriger la petite faute d’orthographe qu’on trouve partout ailleurs ! Juste pour le plaisir !


Il est fou le vent du printemps
Il est pareil à la jeunesse
Il caresse une fleur des champs
Et puis tourne vers les richesses
De la rose au cerisier
Il se pose et puis s’en va léger

Il est fou le vent du printemps
Il est pareil à la jeunesse
Un jour il a le cœur violent
Un jour il cherche la tendresse
Il ne suit que son désir
Perd la tête pour presque rien
Sans jamais penser au lendemain

Il est fou le vent du printemps
Il est fou le vent du printemps
Il est pareil à la jeunesse
Il est pareil à la jeunesse
Il court et n’a jamais le temps
Il court et n’a jamais le temps
Et jamais ne tient ses promesses
Et jamais ne tient ses promesses
Il est changeant tout comme toi
Qui me laisses et puis reviens près de moi

Il est fou le vent du printemps
Il est pareil à la jeunesse
Il fait la pluie ou le beau temps
Sème l’amour ou la tristesse
J’aimerais le retenir
Mais il passe entre mes mains
Et ne laisse rien que du chagrin
Et ne laisse rien que du chagrin

mercredi 30 avril 2014

Une exécution horrible

Il suffit d’une injection létale non testée – comment pourrait-elle l’être ? – achetée à on ne sait trop quelle entreprise plus appâtée par le gain que par la « qualité » de son produit. Normalement, « tout se passe bien » : on injecte et quelques minutes plus tard, le condamné meurt, sans souffrance. Hier, en Oklahoma, après 13 minutes, Clayton Lockett a levé la tête et a commencé à marmonner. Le médecin (?) a décidé d’arrêter la procédure. Finalement, Lockett est mort d’une crise cardiaque, après une quarantaine de minutes de souffrance.

Et tout le monde s’offusque de l’atrocité de cette mort. Comme si la mort n’était jamais atroce. Comme si l’exécution d’une peine de mort pouvait être une partie de plaisir, surtout pour celui qui la subit.

La peine de mort est la sanction la plus détestable, la plus inhumaine que l’homme ait jamais inventé. Elle est le plus souvent appliquée contre quelqu’un qui a lui-même tué. Et pour le punir, on le tue. Tuer légalement est-il donc plus vertueux que le crime initial ? Quelle valeur ou quel principe pourraient justifier ce qu’il faut bien qualifier d’assassinat, c’est-à-dire un meurtre avec préméditation ?

Les États-Unis aimeraient bien qu’on exécute sans « traitement cruel ou inhabituel ». C’est marqué dans leur Constitution. Y a-t-il un seul traitement qui ne soit pas cruel lorsqu’on fait passer, de sang-froid, un individu de vivant à mort ?

Ce n’est pas la méthode utilisée qui est atroce. C’est le fait de tuer.

vendredi 18 avril 2014

Oubliés, les francophones ?

N’ayant jamais été un obsédé linguistique, je n’en ferai pas un drame. Mais quand même, j’ai la méchante impression que les principaux oubliés de la campagne électorale actuelle (en Belgique) seront les Francophones de Flandre. C’est finalement assez logique : la 6e Réforme de l’État règle beaucoup de questions et il n’y a plus trop matière à revendication. Pourtant, ces Francophones – dont je suis – sont toujours là.

Ils ne sont d’ailleurs pas une petite minorité qu’on pourrait ignorer. Les recensements linguistiques étant interdits en Belgique, il est impossible de savoir combien de personnes parlent français, comme première langue, tout en habitant en Flandre. Les estimations tournent entre 300 000 et 370 000. Ce qui fait quand même 5,9% des Flamands !

Bon nombre d’entre eux habitent dans des « communes à facilités » et bénéficient donc d’un régime spécial, même si les autorités flamandes ont plutôt tendance à ignorer celui-ci. Mais je ne veux pas parler ici de ces facilités, dont je ne bénéficie pas. Je souhaite simplement attirer l’attention sur ces milliers de gens qui – comme moi, je le reconnais – parlent avant tout français tout en habitant en Flandre, en s’y trouvant fort bien d’ailleurs.

Ils n’ont aucune revendication particulière parce qu’avant tout ils savent très bien qu’ils vivent dans une région dont la langue principale n’est pas la leur. Quoi de plus normal donc de s’exprimer en néerlandais lorsqu’ils sont en contact avec les autorités ou les administrations publiques. Depuis plus de 27 ans que je vis en Flandre, cela ne m’a jamais posé le moindre problème, même si je fus confronté à différentes situations cocasses. Il faut dire que – comme beaucoup de ces francophones – je vis dans une région « frontalière » et que les langues se mélangent sans problème quand il le faut.

Alors, de quoi me plains-je ? J’ai simplement peur que les Francophones de Flandre soient définitivement oubliés, qu’on fasse comme s’ils n’existaient pas ou plus, qu’on tourne la page. Je n’entends plus aucun politique demander que la Flandre avalise enfin la « Convention-cadre pour la protection des minorités nationales ». Ce n’est bien sûr ni essentiel ni vital. Les Francophones continueront à exister sans cela. Mais ce serait mieux si c’était le cas.

Je ne vais pas en faire un plat. Je ne suis même pas sûr de voter pour l’« Union des francophones », tellement cela me semble peu important eu égard aux grands défis auxquels les Belges sont confrontés, dont tout simplement celui de maintenir le concept de « solidarité » comme base première de notre société. C’est loin d’être gagné ! Pourtant, cela seul compte !

N’empêche, j’ai un peu l’impression d’être ignoré dans une dimension elle aussi essentielle, celle de ma culture.

Si vous êtes arrivé jusqu’ici, vous vous demandez peut-être encore pourquoi ces trois jolies jeunes-filles servent d’illustration à ce billet, sans aucune prétention ! Ce sont simplement trois candidates lors de l’élection 2014 de Miss Belgique. Aucune des trois n’a gagné, mais elles avaient ceci en commun : Coralie, Anissa et Morgane sont des Francophones de Flandre. La bizarrerie était qu’elles figuraient parmi les 12 candidates francophones – sur les 24 candidates admises en finale – tout en habitant respectivement Dilbeek, Dworp et Strombeek. Mais finalement, tout le monde s’en fout…

mercredi 16 avril 2014

Le bon sens

FMG © 2014

Derrière chez moi, devinez ce qu’il y a ? Vous vous en moquez bien, et vous avez bien raison. Alors, disons que près de chez moi, il y a une route qui a été refaite. Elle le méritait bien : on l’appelait le « chemin creux », mais c’était un vrai coupe-gorge. Bref, comme elle aboutissait à une grande entreprise nouvellement installée, elle a eu droit à quelques améliorations.

Dont celle de disposer désormais d’un trottoir. L’espace étant ce qu’il est, la route a aussi perdu en passant un peu de largeur et il n’est désormais plus question que deux voitures se croisent : c’est une voie unique, quel que soit le sens que vous prenez.

Lorsque la route a été enfin réouverte – après de très longs mois de travaux – il y avait des panneaux routiers partout : une vraie pépinière ! Comme on ne peut se croiser et que la route est ouverte dans les deux sens, il y a des zones de croisement. Il y avait donc des tas de panneaux qui indiquaient aux chauffeurs qui avait la priorité et qui ne l’avait pas. Dans la pratique, c’était catastrophique, car c’était impossible de savoir à partir de quel endroit on était prioritaire ou non. J’ai ainsi pu assister à plusieurs scènes tendues où deux chauffeurs campaient sur leur position et refusaient de faire le moindre geste puisqu’ils avaient le droit pour eux.

Quelques mois plus tard, les autorités ont eu – chose rare ! – une idée de génie : ils ont retiré tous les panneaux. Du coup, il n’y a plus aucun droit ni devoir. Il ne reste plus que le bon sens des usagers et leur courtoisie.

Et ça marche très bien. Enfin, plutôt, ça roule très bien ! Je suis même souvent frappé de voir qu’au moment où je me dis que je devrais m’arrêter dans le dégagement prévu à cet effet, je vois l’automobiliste qui vient d’en face se garer lui-même pour me laisser passer. Tout cela se termine par un signe réciproque de remerciement et de politesse. Vraiment, ça fonctionne très bien.

Voilà donc une nouvelle preuve – s’il en fallait encore – que lorsqu’on fait confiance aux gens, ils sont parfaitement à même de gérer les situations potentiellement conflictuelles qu’ils rencontrent. Simplement par bon sens.

PS : je m’en voudrais si qui que ce soit voyait dans ce billet un quelconque soutien aux politiciens qui utilisent le slogan du « bon sens » pour leur campagne électorale actuelle. Pas sûr justement que ce soient ceux-là qui aient le monopole du « bon sens ». Mais ça, c’est une autre histoire !

samedi 5 avril 2014

Le temps d'une pause

FMG © 2014

Juste le temps d’une pause. Le temps d’une balade, à vélo, à pied. Le temps d’une rêverie. Le temps d’une gaufre chantilly et d’une Duvel. Le temps d’un bain de soleil. Le temps de décompresser, de vivre à un autre rythme, d’oublier – un peu – la monotonie ou la violence du quotidien. Le temps de flâner, de regarder les enfants qui jouent dans le sable, de s’imaginer être encore à la place de ces jeunes parents s’émerveillant devant leur progéniture ou ne s’émerveillant plus du tout. Juste le temps. Le temps d’une pause.

C’est le genre de moments qui ne bouleversent pas une vie. Mais qui lui donnent un peu de sel, un peu de lumière, un peu de tendresse. On arrête de penser. Enfin, presque. On se redécouvre, s’étonnant – quoique – de cette âme d’enfant qui est toujours présente, prête à saisir la moindre occasion pour rattraper le temps, pour se figurer qu’on y est encore, qu’on peut encore faire comme si… Et s’y croire !

La vraie vie n’existe plus tout à fait. Ou alors, elle est différente. Elle se décline en soleil, en repos, en sourires, en saine ivresse. On sait que ce n’est qu’une parenthèse. Mais, souvent, ce sont les parenthèses qui donnent leur sens aux choses. Il est bon de goûter ce sens.

La parenthèse se refermera. On redécouvrira les réalités quotidiennes, les espoirs déçus ou accomplis. On continuera à construire sa vie, à créer ce chemin qui est notre vérité et notre destin. Mais, quelque part, on gardera ce souvenir et il nous nourrira. Juste ce temps. Ce temps d’une pause.

samedi 15 mars 2014

Vingt chômeurs sur deux ne trouvent pas d’emploi

Selon le dernier rapport de l’Onem consacré à l’activation de la recherche d’emploi, en 2013, seuls 53 % des chômeurs convoqués à des entretiens ont fait des efforts suffisants de recherche d’emploi. Conclusion pour les autres : évaluation négative pouvant déboucher sur l’exclusion des allocations de chômage.

Il faut un sacré courage pour être chômeur ! Non seulement cette situation ne donne aucun sens à la vie, mais de plus, il faut – dans l’immense majorité des cas – se voir opposer une fin de non-recevoir aux multiples demandes de travail. Ce n’est lié ni à une soi-disant démotivation du chômeur, ni à l’absence de ses compétences. Si les employeurs répondent – quand ils répondent ! – négativement, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’emploi à proposer. Ou alors, s’ils en ont un, qu’il y a au moins 20 candidatures pour cet emploi, alors que celui-ci est bel et bien unique. Il ne faut pas se leurrer : si des personnes restent aujourd’hui au chômage, c’est essentiellement et avant tout parce qu’il n’y a pas d’emploi pour eux.

Dans ce contexte, le rôle de l’Onem et de ses agents n’est pas des plus reluisants. Il est évident que l’Onem doit exercer un certain contrôle. On peut imaginer qu’il y ait des chômeurs fainéants, même s’il me semble difficile de croire que des personnes puissent volontairement se contenter de ne toucher qu’une maigre allocation de chômage leur permettant à peine de payer un loyer, les factures indispensables et de survivre pour le reste. On peut aussi imaginer qu’il y ait des abuseurs, touchant la maigre allocation tout en travaillant au noir. Il y en a certainement et il faut les débusquer. Mais le contrôle de l’Onem vise-t-il vraiment ces abuseurs ?

Ceux qu’il concerne sont plutôt les chômeurs lambda. Ceux qui aimeraient bien trouver un travail décent, correspondant à leurs compétences. Mais qui n’en trouvent pas simplement parce qu’il n’y en a pas.

Ceux-là se voient confrontés à un certain arbitraire de l’Onem. Par exemple, un jeune qui touche une allocation d’insertion est évalué pour les six mois qui précèdent l’entretien. S’il envoie cent candidatures groupées sur quinze jours, il aura une évaluation négative. S’il en envoie deux par semaine, elle sera positive. Uniquement parce qu’il a été décidé qu’il fallait au moins deux candidatures par semaine. Un autre exemple, mis en évidence par Pedro Rodriguez, responsable national des Travailleurs sans emploi (TSE) de la CSC, est que le Forem – chargé de l’accompagnement et de la formation des demandeurs d’emploi – les incite à chercher de l’emploi en dehors de leur profil précis, même s’ils n’ont pas toutes les caractéristiques requises pour l’emploi envisagé. Mais l’Onem, obsédé par son rôle de contrôleur, rejette ces offres d’emploi qui sortent du profil du chômeur, avec la possibilité de retomber en dessous du quota d’offres exigé et avoir une évaluation négative.

Qu’il y ait un processus d’évaluation, on peut l’admettre. Mais celui-ci doit tenir compte de toutes les dimensions de la situation et surtout de la complexité de celle-ci. On ne peut réduire une telle évaluation – avec l’impact qu’elle peut avoir sur la vie des personnes concernées – à une application stricte de règles bureaucratiques. Pour éviter l’inévitable arbitraire qui peut exister dans un tel processus, il faudrait au minimum que toute évaluation négative ne soit délivrée que par un « jury » composé de trois personnes, compétentes et indépendantes, non pas sur la seule base d’un dossier administratif, mais à la suite d’une véritable investigation permettant de bien cerner la position et l’histoire du demandeur d’emploi. L’air de rien, c’est quand même de sa vie sociale et économique – et donc, dans la plupart des cas, de sa vie tout court – dont il est question.