samedi 21 mars 2020

Partages intrusifs

Assez souvent, je reçois des messages d’amis ou de connaissances qui me partagent un lien vers un article qu’ils ont apprécié pour l’une ou l’autre raison. Ça part évidemment d’une bonne intention, mais en fait ça m’énerve ! En soi, l’article est censé m’intéresser et je le lirais peut-être en d’autres circonstances, mais c’est l’aspect intrusif de la démarche qui me dérange. À tort sans doute, mais voilà…

Partager un texte qu’on a apprécié est normal et positif. C’est d’ailleurs un des principes de base des réseaux sociaux et je le fais souvent sur ceux-ci. Mais il ne me viendrait pas à l’idée d’envoyer un tel lien par courriel ou message privé. C’est une manière de dire : « Tu dois lire ceci ». Un partage sur Facebook ou autre signifie : « Tu peux lire cela ». C’est tout à fait différent. Dans un cas, on impose alors que dans l’autre, on propose. « On impose » est certainement trop fort, car finalement le choix de lire ou non continue à m’appartenir. Plus que vraisemblablement, c’est surtout moi qui ressens comme une obligation, j’en ai conscience.

J’ai toujours été rétif à toute obligation de contenu, voire de démarche. Lorsque j’étais jeune, dans le cadre scolaire, j’ai eu beaucoup de mal à lire un livre qu’on m’imposait. Par exemple, Eugénie Grandet que toute la classe a dû se farcir. D’autres professeurs proposaient trois ou quatre titres et nous laissaient le choix. Certains même ajoutaient : « Et si vous avez une autre proposition, n’hésitez pas à me demander si c’est bon » ! Inutile de vous dire quels étaient mes professeurs préférés !

Ce refus de me voir imposé quoi que ce soit n’est heureusement pas permanent. Dans les circonstances actuelles, j’accepte sans grande difficulté de devoir rester chez moi et de limiter de manière drastique les contacts directs. Mais est-ce une obligation ou la volonté de se préserver ? Dans une situation de survie, on accepte certainement plus et plus facilement.

Si vous lisez ces lignes, j’espère que cela résulte de votre choix personnel ! Pour une fois, je ne vous conseille même pas de partager mon billet. Il n’en vaut pas la peine !

S’en sortir sans sortir !

dimanche 15 mars 2020

Cette peur de tout perdre

Cette crise du coronavirus nous réserve bien des surprises. L’une des moindres n’est pas cette frénésie incontrôlée d’achat de papier de toilette. Cela nous vaut quelques textes humoristiques bien pesés, mais aussi beaucoup de jugements sur la connerie supposée évidente de tous ceux qui cèdent au démon du PQ. Et si c’était plus complexe que ça ?

Notre génération n’a pas connu – heureusement – la guerre. Pour la première fois de notre vie, la plupart d’entre nous sont confrontés à une crise importante face à laquelle on ne maîtrise pas grand-chose, pour ne pas dire rien. Qu’on le veuille ou non, il y a une certaine peur face à cet ennemi nouveau et invisible. Chacun essaie de garder le contrôle, autant que faire se peut. Ça n’a rien d’évident.

Le mouvement semble parti d’Australie : crainte (non fondée) de tomber en pénurie de papier de toilette, largement importé de Chine. Alors, certains en ont acheté. C’est très visible : quelques rouleaux achetés prennent beaucoup de place (et de ce fait vident rapidement les rayons). On se sent important avec ces gros paquets, rassurés et dominants par rapport aux autres. Ceux-ci perçoivent ce sentiment de force hygiénique et se disent qu’ils doivent faire la même chose, par imitation. La folie est née : on se rue sur les quelques rouleaux qui restent parce que cela semble vital. L’ennemi n’est plus le coronavirus, mais l’absence de stock de ce misérable symbole de la civilisation du confort.

Ce qui est en jeu, c’est une peur inconsciente irrépressible : celle de perdre ce confort tant apprécié. Ne plus pouvoir se torcher avec ce papier si voluptueux, si doux, si perfectionné, ce serait régresser totalement. Régression au sens psychanalytique : désorganisation libidinale pour revenir à un stade antérieur en un mouvement rétrograde. Revenir au stade anal, honni par le surmoi. Bref, constituer un stock de papier de toilette, c’est se prémunir d’un retour au stade animal, se donner l’illusion qu’on reste un être humain civilisé et maître de ces contraintes bassement basiques.

Les acheteurs compulsifs ne sont pas plus cons que vous et moi. Ils ont seulement peur. Peur inconsciente évidemment. Ils ne (se) l’avoueront pas. Peur de tout perdre. Peur de perdre son corps. Peur de perdre sa dignité humaine. C’est bien sûr incohérent et irrationnel. Comme toute peur.

En attendant, redisons-le : ce qui compte le plus pour le moment, c’est de se laver les mains, encore et toujours. Même s’il n’y aura pas de pénurie des petits coupons…

vendredi 13 mars 2020

Le chanteur perdu

Il ne m’arrive pas souvent de présenter ici un album de bandes dessinées alors même que j’adore ça. Mais je ne peux m’empêcher de parler de ce roman graphique Le chanteur perdu, de Didier Tronchet. Surtout partager l’émotion que j’ai ressentie à sa lecture. Faut dire qu’il arrivait en terrain favorable…

Ce chanteur perdu, c’est Jean-Claude Rémy (rebaptisé Rémy Bé). Vous ne connaissez pas ? C’est normal. Moi, je connais. Je lui consacre même une page de mon site personnel, sans compter le billet où j’ai présenté sa chanson Nine ! Jean-Claude Rémy est un auteur-compositeur-interprète improbable. Il a eu son heure de gloire dans les années ’70. Deux 33 tours et un 45 tours, produits par Pierre Perret, un petit succès lié à ses textes ciselés, à ses mélodies simples et à sa voix légèrement rocailleuse. Un jour, il disparaît. Allez savoir pourquoi, dans la vie, on fait des choix pas toujours raisonnés. Il avait – semble-t-il – l’une ou l’autre femme à cajoler et quelques poissons à chasser…

Une fois qu’on a aimé les chansons de Jean-Claude Rémy – ce n’est pas difficile – on continue à les aimer. C’est mon cas. Aussi celui de Didier Tronchet. Ce n’est pas n’importe qui : auteur-dessinateur de BD prolixe. Raymond Calbuth et Jean-Claude Tergal, c’est lui. De l’humour désabusé et social. Tronchet, c’est aussi des tas d’autres projets. Personnellement, ce n’est pas tout à fait le genre de dessin que j’apprécie a priori, mais je reconnais volontiers la qualité de son travail.

Un jour, il m’avait contacté ! C’était moi qui étais en recherche. Si je possède les deux 33 tours de Rémy, je n’ai pas le 45 tours. J’avais pu découvrir la face A La ballade du pauvre Francis grâce à Internet. Impossible de trouver Marion ! J’en étais réduit à fantasmer sur celle-ci. Tronchet me l’apporta sur un plateau ! Quel bonheur. Marion est adorable. Tronchet m’informa aussi, c’était en 2017, qu’il connaissait bien Jean-Claude Rémy ! Nous avons sympathisé de manière virtuelle, je lui fus même utile pour corriger et actualiser une page qui parle de lui. Mais qu’importe…

Le personnage principal du roman, c’est Jean, un bibliothécaire perdu qui pour se retrouver part à la recherche aussi intuitive qu’hypothétique d’un chanteur oublié. Les paroles des chansons tant écoutées le guident dans sa quête improbable. Ils finissent tous par se re-trouver.

Au début de la lecture, c’était surtout le chanteur qui m’intéressait. J’étais d’ailleurs un peu perturbé, car certaines paroles de chanson (Au Cap Griz-Nez, non publiée) ne me disaient rien. Progressivement, je me suis détourné du chanteur – je savais qu’on allait le retrouver – pour mieux m’identifier à l’enquêteur et à sa véritable quête : lui-même. Mon émotion a grandi au fil des pages jusqu’à cette image ultime, Jean sous la pluie battante, illuminé par des fleurs colorées ou autres mystères, un CD unique à la main.

« Peut-être qu’avancer, c’est se tromper de mieux en mieux. »

dimanche 8 mars 2020

Douce eau

FMG©2020

Ce matin, j’ai besoin de parler d’autre chose que du coronavirus ou des migrants qui se font jeter en Grèce. Plutôt envie de parler de douceur. Je pourrais parler des femmes, ou plutôt de leurs droits auxquels elles ont bien droit. Mais c’est l’eau qui vient à mon esprit. Elle est douceur et volupté. Même quand elle est dure. Dans ce cas, on peut l’adoucir encore… Pas n’importe comment.

Dans mon village, l’eau est relativement dure : 35,1°f. En soi, ce n’est pas un problème, et certainement pas pour ma santé, même si ce n’est pas idéal pour la peau. Mais, une eau dure présente des inconvénients d'ordre domestique en raison de la précipitation du calcaire (carbonate de calcium). Celui-ci conduit à la formation de tartre. En outre, le calcaire diminue l'efficacité des détergents.

Bref, il est préférable d’éliminer ce calcium en adoucissant l’eau. Il y a plusieurs méthodes pour le faire. La plus connue est l’adoucisseur à résine : des billes de résine sur lesquelles sont fixés des ions sodium (Na+) qui vont remplacer les ions calcium (Ca2+). Ça fonctionne très bien. Mais le coût est important : environ 2000€ pour l’achat de l’appareil, entre 200€ et 400€ par an pour le remplacement des billes, sans compter la nécessité d’être raccordé à l’égout avec un coût écologique important puisque une bonne quantité d’eau est rejetée dans celui-ci (10% de l’eau consommée pour certains appareils).

Un autre système consiste à injecter du dioxyde de carbone (CO2) dans l'eau de façon proportionnelle au débit. Cela va permettre de transformer les carbonates de calcium et magnésium en bicarbonates de calcium et magnésium, solubles dans l'eau. Pas de rejet et pas d’eau qui stagne. Il faut compter aussi environ 2000€ pour l’installation et environ 50€ pour remplacer la bonbonne de gaz tous les 100 m3 d’eau consommée.

Il existe d’autres procédés encore, notamment par magnétisme ou électrolyse. L’efficacité de ceux-ci est très mauvaise.

Un procédé peu connu – ce qui en soi me plaisait bien – est l’utilisation de cristaux de polyphosphates contenus dans une cartouche. Ces cristaux vont se fixer sur le calcaire et diminuer ainsi sa capacité à se fixer dans les canalisations et son interaction avec le savon. C’est très efficace. Le coût de l’appareil est d’environ 120€ et il faut compter environ 10€ pour remplacer la cartouche tous les 6 mois.

Bien sûr, il y a à redire à propos de chacun des systèmes. La perfection est rare sur Terre ! Mais, pour une efficacité similaire, je n’hésite pas à choisir un système qui coûte 16 fois moins à l’installation et 20 fois moins à l’utilisation.

Si vous ne croyez pas à l’efficacité, voici une photo de la résistance de ma bouilloire utilisée plusieurs fois par jour. Pas vraiment de trace de tartre ! C’est pas beau, ça ?

FMG©2020

Cela dit, tout cela n’est pas très important… mais ça m’a fait du bien d’écrire ce billet non sponsorisé. On n’a que les plaisirs que l’on se donne !

samedi 29 février 2020

Juste à sa place…

Le coronavirus Covid-19 est hyper-contagieux. On ne sait pas encore comment soigner ceux qui l’atteignent. On peut en mourir. Ce sont des évidences et il faut tout faire pour empêcher que le virus ne se propage – est-ce encore possible ? – et pour soigner les malades. Devant la psychose qui s’installe, il faut cependant remettre les choses à leur place.

Le coronavirus Covid-19 tue. Née au début du mois de décembre 2019, l’épidémie a – à ce jour – fait environ 3000 victimes dans le monde. Trois mille victimes de trop. En trois mois, pour le monde entier, cela fait donc 1000 morts par mois ou 12 000 par an. Une trentaine par jour. Ce n’est pas fini malheureusement. Personne ne sait quand cela s’arrêtera ni avec quel bilan. Celui-ci pourrait être bien plus élevé.

Je ne suis pas compétent en quelque domaine que ce soit à ce propos. Mais il me semble qu’il faut remettre les choses en perspective.

Rien qu'en France, chaque année, il y a environ 540 000 morts. Parmi celles-ci,
  • 147 500 morts sont dues au cancer, soit environ 400 morts par jour ;
  • 140 000 morts dues aux maladies cardiovasculaires, un peu moins de 400 par jour ;
  • 80 000 morts dues à la grippe, un peu plus de 200 par jour ;
  • 73 000 morts dues au tabac, 200 par jour ;
  • 68 000 morts dues à la pollution de l’air, un peu moins de 200 par jour ;
  • 45 000 morts dues à l’alcool, 125 par jour ;
  • 16 500 morts dues à des accidents domestiques, 45 par jour ;
  • 4800 morts dues à des accidents de la route, 13 par jour…
Sans compter les morts liées aux changements climatiques. Celles-ci sont encore difficilement évaluables, mais des projections tablent sur environ 700 morts annuelles par million d’habitants européens d’ici la fin du siècle. Cela ferait pour la France un peu moins de 50 000 morts chaque année, 135 par jour !

Alors, oui, le coronavirus est bien ennuyeux et oui, il faut prendre toutes les mesures utiles pour le vaincre. Mais il est aussi urgent de lutter contre les autres causes de décès que de nombreuses personnes, y compris des responsables, observent dans une indifférence mortifère : le tabac, l’alcool, la pollution atmosphérique, les changements climatiques… Mais voilà, celles-ci sont directement liées à l’activité humaine et à notre système socioéconomique fondé sur la consommation effrénée. Et nos "responsables" de clamer en chœur : Il ne faut surtout pas nuire à la consommation !

Par contre, il s’avère que l’épidémie du coronavirus affecte de plus en plus la consommation, la croissance et tout ce qui va avec… Et ça, ça fait peur. Pas tellement aux gens, mais à ceux qui se prétendent responsables…

Certes, il faut se battre contre le coronavirus, mais il faut surtout le situer à sa juste place, sans être dupe de ce qui est en train de se jouer.

jeudi 30 janvier 2020

C’est si facile de désinformer…

Vous avez peut-être vu comme moi cette double image : dans la première, Greta Thunberg avec sa tête des mauvais jours exige que tout le monde roule en voiture électrique dès maintenant ; dans la deuxième, des enfants katangais travaillant dans une mine à ciel ouvert rassurent « Nous extrayons le cobalt pour vos batteries aussi vite que possible, Greta » ! Si cela fait sourire certains, c’est une double désinformation !

Tout d’abord, je défie quiconque de me prouver que Greta Thunberg a exprimé une quelconque exigence en matière de voiture électrique. On peut apprécier ou non le personnage emblématique qui ne fait en réalité que redire avec force les observations et conclusions des scientifiques spécialistes du climat. Évidemment, elle a plusieurs « défauts » : elle est jeune, elle est femme, elle dit clairement ce qu’elle pense, elle vole la vedette à d’autres « grands » de ce monde, elle nous met tous devant nos responsabilités, etc. Ce n’est pas une raison pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. Ce n’est alors que de la manipulation : l’auteur du montage vise clairement un public climato-sceptique prêt à en découdre avec celle qui secoue leur foi en une croissance aveugle et infinie, quelles qu’en soient les conséquences.

La question du cobalt est plus délicate. Il serait difficile de nier qu’il existe des mines artisanales au Congo qui exploitent le travail d’enfants. Ces mines existent, même si les gouvernements congolais ont pris, depuis 2013, des dispositions pour organiser les exploitants artisanaux en coopératives minières afin de mettre fin au travail des enfants dans les mines. Ces mines artisanales et illégales représentent un peu plus de 10% de l’extraction des minerais concernés, la plus grande partie se réalisant dans des mines industrielles où les enfants sont remplacés avec efficacité par de grosses machines. La production congolaise de cobalt correspond environ à la moitié de la production mondiale. L’exploitation d’enfants ne concerne donc qu’une très petite partie du cobalt extrait. Elle est néanmoins insupportable et les dénonciations de l’UNICEF ou d’Amnesty International sont à soutenir, d’autant plus qu’elles produisent des réactions positives chez la plupart des multinationales concernées.

Celles-ci ne sont pas uniquement des constructeurs de voitures électriques. Le cobalt est utilisé dans toutes les batteries lithium-ion, qu’elles alimentent les moteurs électriques, mais aussi nos téléphones intelligents, nos ordinateurs et tous ces appareils qui ont besoin de batteries… De nombreuses recherches existent pour y remplacer le cobalt et le lithium par d’autres composants, notamment le sodium, le vanadium, des algues… Il est ainsi plus que vraisemblable que d’ici quelques années, il n’y aura plus de cobalt dans les diverses batteries.

Ces constats n’enlèvent rien aux vrais problèmes environnementaux et sociaux liés à l’extraction du cobalt. Mais ils nuancent fortement l’affirmation caricaturale portée par la double illustration dénoncée.

L’illustration en question n’est donc qu’une double désinformation. Ses objectifs sont clairs :
  • dénigrer tous ceux et toutes celles qui luttent pour que la problématique du climat soit réellement prise en compte, avec des mesures fortes qui impacteront d’une manière ou d’une autre sur notre petit confort ;
  • dénigrer celle qui en est devenue, sans le vouloir vraiment, la messagère principale, et à travers elle remettre « à leur place » en particulier les jeunes et les femmes qui osent se rebeller ;
  • dénigrer les voitures électriques en les accusant de maux dont elles ne sont pas principalement responsables, contribuant ainsi à diffuser les nombreuses contre-vérités dont elles sont victimes, sans doute parce qu’elles dérangent quelque part les esprits bien-pensants.
La désinformation est désormais un mal endémique. Beaucoup de personnes n’ont pas conscience qu’elles y contribuent. C’est si facile : un clic sur un bouton « Partager », un autre clic pour publier… et hop, c’est envoyé, avec ce sentiment de satisfaction béate d’avoir propagé un peu d’humour ou de vérité. C’est plus difficile de se poser quelques questions avant de diffuser. Elles sont simples pourtant : est-ce Positif ? Est-ce Exact ? Est-ce Nécessaire ? Est-ce Sage ? Est-ce Enrichissant ? Tiens, les cinq initiales font PENSE…

mercredi 15 janvier 2020

Yaka

Bien malin serait celui qui pourrait avancer la date du futur gouvernement fédéral belge de plein exercice. Il semble bien que l’impasse soit totale et qu’on vogue allègrement de perte de temps à perte de temps. Il suffirait vraisemblablement de cinq minutes de courage politique, mais ce n’est pas demain la veille. Dans ce brouillard, il est troublant d’entendre les Yaka !

Yaka faire un gouvernement de techniciens. Cela aurait du sens si gouverner un pays n’était qu’une question de bonne gestion. Mais ce sont aussi des choix politiques à faire. Même les choix techniques reposent sur des arbitrages politiques. Décider de refinancer la justice et/ou la santé peut apparaître comme une évidence technique. Mais, si un gouvernement dispose de 100 qqch pour refinancer, comment va-t-il les répartir entre la justice et la santé (ou autre chose encore) ? Cela ne peut résulter que d’orientations politiques.

Yaka faire un gouvernement avec des majorités politiques dans chacune des communautés. Il suffirait de mettre ensemble les majorités présentes dans les entités fédérées. Par exemple, du côté flamand, N-VA, CD&V et Open Vld. Du côté francophone… c’est déjà plus compliqué ! La majorité wallonne et de la Communauté française de Belgique PS, MR et Ecolo ? Ou la majorité bruxelloise PS, Ecolo et Défi ? Ou encore – pourquoi pas ? – la majorité de la Communauté germanophone ProDG, SP et PFF ? En faisant simple, l’idée serait donc d’avoir un gouvernement (par ordre alphabétique) CD&V, Ecolo, MR, N-VA, Open Vld, PS ? Ce serait un gouvernement majoritaire partout ! Mais, à nouveau, comment ce gouvernement pourrait-il prendre des décisions politiques ? À la première question délicate (pension, migration, éthique, sécurité sociale, etc.), ce serait le désaccord… et la rupture. Un tel système serait encore envisageable dans un système confédéré, comme la Suisse par exemple (en sachant que la réalité est très différente pour ce pays). Mais on n’y est pas, et un des enjeux actuels est justement d’aller vers ou de ne pas aller vers une Belgique confédérée, chère à la N-VA. Un Gouvernement belge est inévitablement dans le cadre actuel un gouvernement de coalition, c’est-à-dire l’association de partis qui trouvent suffisamment de points de convergence pour gouverner ensemble. Si ces points de convergence n’existent pas, pas de gouvernement.

Yaka arrêter de payer les salaires des politiciens s’ils ne trouvent pas une solution dans les 15 jours. Yaka les enfermer tous et ne les autoriser à sortir qu’en cas de fumée blanche. Yaka tirer au sort parmi eux. Yaka laisser faire les citoyens. Yaka…

Je n’ai pas de Yaka à proposer. Et je n’ai pas de boule de cristal pour avancer la solution qui sera adoptée, même si j’ai ma petite idée qui correspond aussi à mes préférences. Mais il faut quand même constater qu’on est dans une situation bassement politicienne qui ne favorise pas la rapidité de la mise en place d’un nouveau gouvernement. Je fais un constat. Je n’affirme pas que les questions qu’il soulève ont une réponse claire et unique. Le Gouvernement actuel, totalement minoritaire depuis décembre 2018, est composé de trois partis. Il y a 7 ministres MR, 3 CD&V et 3 Open Vld. Quelle que soit la composition du futur gouvernement, il est évident que ces partis n’auront plus autant de ministres. Alors, pourquoi ne pas prolonger cette situation… ? Je laisse à chacun le soin d’apporter la réponse qu’il souhaite à cette question ! Yaka !

mercredi 1 janvier 2020

Promouvoir, pas imposer

Écrire un premier janvier, c’est tenter le diable des bons vœux, surtout lorsqu’on entame ainsi la dernière année d’une décennie malgré ce que pourraient faire croire les deux derniers chiffres du millésime. Alors, je cède : je vous souhaite à tous et toutes de ne vous voir jamais rien imposé par qui ou quoi que ce soit et, en corollaire, que vous n’imposiez jamais à personne qui ou quoi que ce soit. Promouvez, n’imposez pas !

Alors qu’il me semble les entendre de plus en plus, j’ai du mal à supporter les discours du type « il faut… » ou « on doit… ». Dans un milieu militant, ils sont fréquents et portent sur mille et une obligations toutes plus indispensables les unes que les autres pour sauver le monde. La plupart du temps, je partage l’intérêt de réaliser telle ou telle action, d’adopter telle ou telle attitude, de mettre en place telle ou telle procédure. Souvent, ma difficulté ne réside pas dans la pertinence ou non des directions qui sont formulées, mais dans le fait qu’elles sont présentées comme étant obligatoires, non seulement pour celui qui la formule, mais aussi pour tous ceux qui l’entourent.

Adolescent lors des événements de mai 1968, j’ai bien sûr adhéré au slogan « Il est interdit d’interdire ». En le paraphrasant, je dirais aujourd’hui « Il est interdit d’imposer ». Je pense qu’il faut surtout promouvoir. Ah ! Je viens de l’écrire. « Il faut… ». Il est difficile d’éviter le paradoxe du slogan de 1968 et lorsque je défens mes idées, j’ai souvent conscience de chercher moi-même à imposer mes propres vues, y compris celle de ne pas imposer !

C’est pour cela que j’en fais aujourd’hui juste un vœu : que personne n’impose quoi que ce soit à qui que ce soit. Je rêve d’une société durable où la liberté prévaudrait en toute circonstance, où les seules contraintes seraient celles que l’on se donne volontairement à soi-même dans le respect de notre environnement humain, physique, biologique, culturel… Un monde où il ne serait jamais nécessaire ni d’imposer ni d’interdire. On peut rêver, non ?

dimanche 1 décembre 2019

Prendre mon bien en patience

    
On apprend à tout âge. Il m’arrive de plus en plus souvent de devoir patienter. Dans l’attente de l’autre. Il y a une action à réaliser. Je pourrais la faire moi-même. Mais la réalité et la sagesse font que c’est quelqu’un d’autre qui doit la faire. Pour mille et une raisons, toutes bonnes, cela prend plus de temps que je ne le souhaiterais. Alors, j’attends. J’apprends à attendre.

Durant ma vie professionnelle, il se fait que j’ai rarement dû déléguer. J’étais plutôt du style à prendre sur moi toute une série de tâches. D’une part, les autres ne voulaient pas vraiment les faire ; d’autre part, ça me permettait d’en avoir le contrôle. Je me retrouvais dans un rôle d’adjoint dans lequel j’étais assez efficace et qui me satisfaisait pleinement comme je l’ai écrit par ailleurs.

Aujourd’hui, je ne suis plus l’adjoint de qui que ce soit, mais ayant endossé de nouvelles responsabilités, je suis plus souvent amené à déléguer ou encore à ne pas devoir faire tout tout seul. Ce n’est pas toujours évident, car les choses avancent parfois moins rapidement que je ne le souhaiterais, mais j’ai parfaitement conscience que c’est pour le bien, tant celui des autres que le mien. Notre richesse humaine est plurielle. Plus les gens collaborent, plus chacun s’enrichit des apports de l’autre. Ça prend simplement un peu plus de temps. Et encore, ce ralentissement n’a du sens qu’à court terme. Au-delà, tout le monde – même le temps – y gagne.

Le temps est une réalité très relative. En 1993, j’ai effectué une mission au Burundi, dans le cadre de la Filière Café. Mon rôle était d’évaluer une session de formation destinée à des producteurs, des grossistes, des coopératives… La formation devait commencer un lundi matin, à 9 heures. J’avais rendez-vous avec Athanase, le responsable, à 8 heures. Constat glacial : rien n’était prêt, à part le formateur international bien entendu. Quand je dis « rien », c’est « rien » ! Pas de salle réservée, pas de matériel de formation, pas d’intendance (collations, repas…) et… pas même de participants ! Athanase, très serein : « Pas de panique, ça va aller ! ». Pendant quelques heures, je me suis excité, j’ai tourné en rond, je ne pouvais rien faire, j’allais droit à la catastrophe. Puis, à 13 heures, la formation commençait et s’est très bien déroulée. Il y a bien eu quelques participants qui sont arrivés un peu plus tard, d’autres qui se sont absentés une ou deux heures pendant la semaine. Mais globalement, je devais me rendre à l’évidence : tout s’était bien passé, avec efficacité.

Finalement, j’avais été la seule victime ! Si j’avais attendu calmement, avec confiance en Athanase, je me serais fait moins de bile pour rien. J’aurais vraiment dû prendre mon bien en patience.

jeudi 21 novembre 2019

Du militantisme au sectarisme

Grâce à Gaby, j’ai pu découvrir dernièrement un inédit de François Béranger : une courte reprise de la chanson révolutionnaire de Dominique Grange « Les nouveaux partisans ». Version martiale, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais un inédit de Béranger, ça vaut quand même la peine de l’écouter !

Bref, à mon tour, j’ai publié une version « vidéo ». J’ai également partagé le lien dans le groupe « François BERANGER » de Facebook. Cette publication fut bien appréciée, mais un membre du groupe a commenté : « L'auteur de la vidéo (Reverberes456) réalise également chants du scoutisme, chanson biblique… Sans commentaire… » !

Après discussion, il est bien apparu que ce sieur estimait qu’il valait mieux ne pas écouter la chanson étant donné « la mayonnaise » de la chaîne vidéo qui l’accueillait !

Une remarque personnelle d’abord. C’est vrai que ma chaîne vidéo propose des versions numériques de disques 33 tours 25 cm parus au début des années 1960 et qui ont ravi à l’époque de nombreuses familles : Sois prêt, À la veillée, Adjiji et De notre mieux. Si je les ai publiées, c’est parce qu’elles ne le sont nulle part ailleurs et que cela pourrait intéresser certaines personnes. Il faut bien avouer que celles-ci ne sont pas très nombreuses à en croire les nombres de lecture. Il y a aussi la « chanson biblique » Abraham, du Père Cocagnac, enregistrée en 1957. Je l’ai publié d’une part parce qu’elle est liée à un rôle joué lorsque j’avais 9 ans, et d’autre part parce que le « Père Cocagnac » s’appelle en réalité Maurice Cocagnac et est le parolier de plusieurs chansons interprétées par Graeme Allwright. Cela m’a permis de partager cette chanson auprès d’amateurs de ce grand chanteur folk. Pour le reste, ma chaîne propose surtout des chansons peu connues ou des enregistrements en public de Graeme Allwright, Nicolas Peyrac, Claude Semal, Raphy Rafaël, Jacques-Ivan Duchesne, François-Marie Gerard, Laïs… Rien de très « religieux » là-dedans !

Une réflexion plus fondamentale ensuite. Il faut déjà, me semble-t-il, être un peu paranoïaque pour se priver d’écouter une chanson sous prétexte qu’elle est publiée sur une chaîne qui contient aussi des chants scouts ou bibliques. C’est encore plus sinistre quand on condamne dès lors cette chaîne publiquement. C’est un peu comme si la chanson proposée était moins révolutionnaire ou moins « Béranger » du fait qu’elle côtoie des chansons d’un autre style, jugées insupportables du seul fait qu’elles sont qualifiées de « catho ». Quand le sectarisme révolutionnaire en arrive à de telles exclusives, on peut penser que ce militantisme devient lui-même une « religion » avec toute la connotation négative que ce terme peut porter, à juste titre parfois.

Si vous êtes arrivés à me lire jusqu’ici, vous serez peut-être intéressé de savoir à quoi ressemble cette chanson « prosélyte » de Béranger.

lundi 28 octobre 2019

Gauche, droite et écologie

FMG©2019

Lors d’une interview au journal Le Soir, à la question « Ecolo est de gauche ? », la jeune coprésidente Ecolo, Rajae Maouane, a répondu « Je n’ai pas grandi dans le truc gauche-droite. Pour moi, c’est une lecture ancienne. » De son point de vue, elle a raison. Néanmoins, toute opinion politique peut être située vers la gauche ou vers la droite quand on la compare à une autre, selon un certain nombre de caractéristiques. Celles-ci ne sont plus aujourd’hui totalement cohérentes et en cela, le clivage gauche-droite n’est plus nécessairement significatif. Mais quelles sont ces caractéristiques ?

Des valeurs avant tout, dont la liberté et la justice

Dans une première approche « à la grosse louche », on peut clamer que, pour la gauche, ce qui importe, c’est l’égalité, la solidarité, la tolérance, la fraternité. Pour la droite, c’est l’autorité, la sécurité, la tradition, la nation.

Certaines valeurs sont communes, mais avec des accents différents. La liberté est fondamentale pour la droite, tant que la liberté de l’autre n’empiète pas sur ma propre liberté et les privilèges qui y sont liés. Par exemple, la droite occidentale lutte contre l’immigration, car les immigrés sont perçus comme des menaces pour nos richesses et notre confort. La liberté est avant tout économique, liée au mérite : chacun peut (et doit) entreprendre ce qu’il veut pour son bien-être. Celui qui n’entreprend pas en est responsable, car il n’utilise pas sa liberté. Pour la gauche, la liberté est aussi fondamentale, mais il s’agit d’une liberté individuelle et sans limite : chacun fait ce qu’il veut. Les immigrés ont donc le droit d’immigrer, chacun a le droit de pratiquer la religion qu’il souhaite, le droit à l’insoumission est essentiel…

Une autre valeur commune est la justice, mais elle aussi avec des accents différents. La gauche revendique avant tout une justice sociale : il faut lutter contre les privilèges de telle sorte que chacun – quel que soit son contexte et ses actions – bénéficie des mêmes avantages que les autres. Pour la droite, il s’agit surtout d’une justice pénale : ceux qui ne respectent pas les règles de l’ordre social doivent en être exclus et punis.

Constatant que le système socioéconomique sert avant tout le pouvoir et les privilèges, la gauche critique l’ordre social issu du capitalisme et veut le changer en étant progressiste. La droite, par contre, est conservatrice en souhaitant maintenir l’ordre social tel qu’il est et a toujours été, dans le respect de la nation et de l’identité nationale.

Des stratégies différentes, parfois jusqu’à l’extrême

L’existence différenciée de ces valeurs entraîne des stratégies différentes. Alors que la droite prône la non-intervention sociale, par exemple en réduisant la fiscalité au strict minimum tout en soutenant la libre entreprise, la gauche souhaite contrôler les modalités de production et de distribution des biens et des services afin d’assurer la solidarité. Dans le cas de l’extrême-gauche, cette stratégie poussée au bout de sa logique débouche sur une volonté de changement radical du système capitaliste, avec un refus des institutions politiques et sociales, y compris le refus de participer au pouvoir en place. La spécificité de l’extrême-droite est moins liée aux questions stratégiques. C’est plutôt une exacerbation des notions d’ordre social, débouchant sur un autoritarisme, et d’unité organique de la nation, avec le racisme comme corolaire. Cette défense exclusive de la nation amène l’extrême-droite à se rapprocher du « peuple », avec un discours qui peut parfois paraître contestataire mais qui en réalité est populiste.

Tout ça, c’est valable en théorie. Dans la pratique, c’est plus compliqué et on ne sait plus trop qui est de droite ou de gauche : les sociaux démocrates veulent la solidarité mais dans le respect de l’ordre établi, les libéraux sociaux veulent la liberté entreprise mais en assurant que chacun ait le minimum vital, etc.

L’écologie, dans tout ça ?

Les journalistes du Soir ont interrogé Rajae Maouane sur sa nouvelle lecture : « Le choix entre une société ouverte et une autre fermée. » Elle cite son coprésident, Jean-Marc Nollet : « Écologie ou barbarie », emprunté à Noël Mamère, voire à Murray Bookchin. L’idée est qu’une société qui ne voit qu’elle-même va jusqu’à ignorer son environnement et se permet toute décision qui lui est profitable, même au détriment d’autres personnes ou d’autres sociétés. Une telle société fermée ignore le respect des droits humains et la loyauté à l’égard des citoyens tout en jouant un rôle crucial dans la dégradation de la planète.

Un texte d’ETOPIA, Centre d’animation et de recherche en écologie politique, avance que trois valeurs phares balisent l’écologie politique et la « délimitent » par rapport à d’autres courants : l’autonomie, la solidarité et la responsabilité.
  • L’« autonomie » est la capacité des personnes ou des groupes de personnes à se fixer leurs propres buts et « voir le bout de leurs actes ». Ce n’est pas seulement la liberté au sens libéral du terme (par opposition à la dictature et l’absolutisme), pas seulement la liberté de faire, mais de maîtriser ce que l’on fait.
  • La « solidarité » est l’affirmation de l’égalité en droit et dignité, mais une égalité qui n’est pas seulement affirmée au départ (et « que le meilleur gagne », comme dans le libéralisme du 18e siècle), ni une égalité niveleuse à obtenir comme résultat (comme le socialisme de la première moitié du 20e siècle). C’est le refus que quiconque soit laissé sur le bord de la route : quelles que soient les injustices et les erreurs de la liberté, chacun doit être en permanence remis en position de vivre une vie digne et autonome.
  • La « responsabilité », c’est la capacité et le devoir de répondre à la question « qu’as-tu fait ? » : « qu’as-tu fait aux autres ? », « qu’as-tu fait à l’environnement ? ». Il s’agit de la valeur la plus nouvelle apportée par l’écologie politique, par sa compréhension des conséquences à long terme et à longue portée de certains de nos actes, résultant de notre liberté et qui, alors même que nous les pensions « solidaires », peuvent se révéler nuisibles à d’autres humains ou à d’autres êtres vivants, plus tard, plus loin…

Il y aurait encore beaucoup à dire. Pour conclure néanmoins ce billet déjà trop long, je ne résiste pas à la tentation de partager une chanson que j’ai commise : « La valse des vexations » ! Elle semble légère, voire même un tantinet vulgaire, mais je vous invite à l’écouter avec la grille de lecture mise ici en avant. Vous y découvrirez peut-être un autre sens !

 Qu’y a-t-il de plus énervant
Que de pénétrer dans un WC
Et de se retrouver devant
Une planche éclaboussée
Parce qu’un mec est passé par là
Voulant marquer son territoire
En laissant un peu de son éclat
Comme si c’était obligatoire

Passe encore que certains ne savent pas
Que des chaussettes ont un envers et un endroit
Que chacun le fasse comme il le sent
Car en ce domaine le plus important
Est comme en politique ma foi
De savoir où est la gauche où est la droite

Cela dit, il y a de fortes chances
Qu’en arrivant dans ce local
Le mec a trouvé une planche
Qui refuse de rester verticale
C’est vrai qu’il n’est pas toujours facile
De devoir tenir son engin
En essayant que ne vacille
Cette planche tenue par l’autre main

Mais le sommet de la vexation
C’est de constater que pas mal de gens
Malgré toute leur éducation
Ignorent ce qui est évident
Un rouleau de papier WC
Doit s’installer nécessairement
De telle sorte qu’il puisse se dérouler
Les coupons allant vers l’avant

François-Marie GERARD - FMG © 2005

lundi 14 octobre 2019

Vaut mieux ne pas penser

Ce dimanche 13 octobre. Je participe à un événement citoyen contestataire, mais bon enfant. Plus de mille personnes se sont déployées dans les champs pour dire « Non au Contournement de Wavre ». Après la chaîne humaine, place à la convivialité et à la musique. Deux policiers âgés sont de faction dans un coin de la prairie. Après quelques échanges cordiaux, je me lance : « Dites, quand vous attendez comme ça, vous pensez à quoi ? »

Le premier me répond : « On écoute la musique… ». Cohérent. Je l’approuve. C’est alors que j’entends le second me lâcher froidement : « Oh vous savez, quand on est dans la police, mieux vaut ne pas penser » !

Je ne le laisse pas paraître, mais je suis instantanément refroidi, figé. J’ai encore dans le tête les images que j’ai vues la veille : lors d’une action de désobéissance civile à Bruxelles, organisée par Extinction Rébellion, des citoyens qui manifestaient pacifiquement se sont vus agressés par des autopompes, des sprays au poivre, des coups violents… Je comprends que ces policiers bruxellois sans aucune retenue étaient sans doute aussi mus par cette sentence  – est-ce un mot d’ordre ? – : « Mieux vaut ne pas penser » !

Penser, c’est l’essence même de l’être humain, de sa noblesse. «  Je pense, donc je suis !  », écrivait René Descartes au début du XVIIe siècle. C’est parce que nous pensons que nous existons, que nous sommes des êtres humains. La différence fondamentale entre un être humain et tous les autres êtres vivants est sa pensée. Alors, refuser de penser, c’est accepter de n’être plus humain.

En 1953, Czesław Miłosz, poète polonais, quittait momentanément rimes et vers pour publier un essai : La pensée captive. Il y montrait comment les régimes totalitaires font disparaître toute tentative de réflexion parmi ce qui reste des citoyens. Essai remarquable, mais qui s’appuie encore sur cette idée que, derrière articles et émissions insipides, il y a un comité central qui, délibérément, veut capturer la pensée pour la soumettre aux dogmes du parti. Aujourd’hui, chez nous, les choses sont différentes. Même pour la police, il n’y a pas de comité central ou de dogmes devant lesquels il faudrait s’aplatir. Reste que le travail d’abrutissement persiste, insidieusement, sans qu’il soit dirigé par qui que ce soit, voire vers qui que ce soit. L’assassinat de la pensée continue, mais sans assassin. Lorsque plus personne ne pensera, qui existera encore ?

mardi 17 septembre 2019

Ces discriminations si ordinaires

Dernièrement, je participais à une discussion lors d’un repas. Nous en sommes venus à parler d’une personnalité ayant, dans sa sphère d’influence, un certain pouvoir. Il s’agit d’un homosexuel. La discussion a dévié vers la sœur du compagnon, arrivée elle aussi à un certain niveau. Un « ami de mes amis » a clairement insinué que si cette femme, très jolie par ailleurs, était arrivée là, c’était parce qu’elle était la sœur de… J’ai exprimé mon indignation, en disant que c’était de la médisance et surtout que la dite sœur était avant tout ultra-compétente et méritait amplement son ascension.

J’ai regretté de ne pas avoir plus dénoncé ces discriminations si ordinaires, autant par manque d’envie d’envenimer la soirée que par fatigue. Pourtant, j’aurais dû !

Derrière cette insinuation de népotisme, il y avait surtout beaucoup de mépris inacceptable.

Du machisme d’abord. Par son discours amusé, l’« ami des mes amis » disait avant tout qu’une femme ne peut atteindre des sommets qu’en étant aidée, qu’elle ne peut avoir de compétences propres…

De l’homophobie aussi. Selon l’« ami des mes amis », si la femme avait été aidée, c’est parce qu’elle était la sœur du compagnon d’un homme… et qu’on sait bien que chez ces gens-là…

Si ça avait été un couple hétérosexuel et que la compagne avait eu un frère plutôt qu’une sœur, l’« ami des mes amis » n’aurait jamais osé prétendre ni insinuer qu’il n’était arrivé à ce niveau de responsabilités qu’en raison de ses liens familiaux.

Plus souvent qu’on ne peut le croire, on assiste ainsi à des discours ségrégationnistes larvés sous un vernis d’humour et d’autosuffisance. On ne réagit souvent pas assez, ne fut-ce que parce qu’on ne se rend même pas compte du sens profond de ce qui est dit. Tout cela est si ordinaire…

jeudi 12 septembre 2019

Au Train où vont les choses…


  

Ce mardi 10 septembre, nous avons donc passé deux heures et demie à patauger dans le Train, charmante rivière qui sillonne le Brabant wallon en traversant notamment Grez-Doiceau. Après-midi de nettoyage en compagnie de l’asbl Aer Aqua Terra  qui accomplit un travail quotidien extraordinaire pour vider nos rivières des déchets errants.

Le travail n’était pas de tout repos, malgré le magnifique soleil qui nous accompagnait. Les grandes bottes de pêcheur sont indispensables pour marcher dans l’eau, avec une profondeur moyenne de 50 cm. Il n’est déjà pas aisé de se déplacer avec cet équipement, mais lorsque les pieds s’enfoncent dans une bonne couche de vase, il faut de la force pour les en retirer, en veillant toujours à garder son équilibre. Même lorsqu’une chasse d’eau se déverse soudainement à hauteur d’homme ! Nous travaillons avec un outil constitué d’un manche et d’un crochet d’une vingtaine de centimètres qui permet de fouiner dans le sol et de dégager les déchets dénichés. Il faut alors les sortir, les mettre dans des seaux à remonter sur la berge. Ann-Laure se charge alors de les trier et de les étaler pour qu’ils sèchent et sensibilisent les passants.

La pêche fut « fructueuse » : sur une centaine de mètres, nous avons pu « sauver » deux débroussailleurs, un taille-haie thermique, un brûleur de chaudière, un pneu et sa jante, un grand paillasson, une veste hiver pour enfants, des morceaux de tôle ondulée Eternit amiantée, une guirlande de Noël, et bien sûr des canettes, des plastics, un tuyau, des métaux, des lingettes, des serviettes hygiéniques… Nous avons même vu une truite d’une bonne cinquantaine de centimètres. Elle faisait la sieste et nous l’avons laissée là !

Tous ces déchets se prélassaient depuis relativement longtemps. C’est la première fois qu’Ann-Laure et Marc passaient par là. C’est évidemment effrayant de voir tout ce qu’on peut « pêcher » dans ces petites rivières, mais nos accompagnateurs nous ont assuré – toujours avec beaucoup d’humour – qu’une rivière qui a été nettoyée reste propre. En d’autres termes, il y a beaucoup moins de personnes qui jettent leurs crasses aujourd’hui qu’avant-hier. Le simple fait d’exposer au regard de tous les déchets découverts permet vraiment de sensibiliser et d’éduquer les passants, notamment les enfants.


FMG©2019

C’est en sensibilisant et en éduquant qu’on peut espérer des résultats probants. Eu égard à la pollution aquatique globale, cette action n’est… qu’une goutte d’eau. Mais ce sont celles-ci qui font les grandes rivières et puis les océans. Tout ce qui est nettoyé est nettoyé, avec une certaine stabilité. Pas parfaite, mais réelle. C’est loin d’être négligeable, au Train où vont les choses…


lundi 2 septembre 2019

La chance d’être enseignant

Loan Vu Kim©1978

Il y a 41 ans, je faisais ma première rentrée en tant qu’instituteur. Vocation tardive, ma carrière n’allait durer qu’une douzaine d’années, d’une rare intensité. Je n’oserais pas dire que ce furent les plus belles années de ma carrière professionnelle, parce que celles qui suivirent – toujours autour de l’éducation et de la formation – furent tout autant passionnantes et riches d’apprentissage. C’est cependant une de mes plus grandes fiertés : j’ai été – je suis – instituteur !

Travailler avec des enfants pour participer à leur éducation, c’est à tout moment voir le sens de son action. C’est contribuer à construire le monde à travers ces jeunes qui deviendront les adultes, et donc les acteurs, de demain. Tout en développant des relations vraies qui se fondent sur de réels échanges. Sur la vingtaine d’enfants qui figurent sur cette photo, la moitié se retrouve aujourd’hui parmi mes « amis » Facebook ! Et il faut moins des doigts d’une main pour compter ceux ou celles dont je n’ai plus jamais eu de nouvelles.

Pourtant, être enseignant dans notre société n’est pas toujours évident. J’avoue ne pas avoir toujours mis en avant ma profession d’instituteur. Il faut dire que plus d’une fois, me retrouvant dans une assemblée où chacun présentait son métier, lorsque venait mon tour, je ne recevais qu’un « Ah oui, c’est un beau métier ! » et on passait à autre chose, me faisant clairement comprendre que s’occuper d’enfants n’est quand même pas aussi sérieux que se consacrer à produire de l’argent, des logiciels, des breloques quelconques à commercialiser… La plus grande difficulté rencontrée durant ces années est la dévalorisation sociale. Bien sûr, tout le monde sait l’importance des enseignants – sans eux, que feraient tous ces commerciaux et autres producteurs de biens et services ? – mais ils ne sont trop souvent perçus que comme des « subalternes » permettant aux vrais actifs de s’employer aux activités de production.

Ce regard condescendant sur les enseignants, je ne l’ai que trop souvent perçu. Pas nécessairement de la part des parents d’élèves. Il faut dire que j’avais la chance de travailler au sein d’une école ouverte, où le choix de chacun était d’œuvrer pour une éducation épanouissante et constructive. C’est plus en dehors de l’école qu’il était difficile de n’être qu’un « petit instituteur ».

Qu’à cela ne tienne, ce qui se vivait dans nos classes était une histoire merveilleuse, valorisante, et pleine de sens. Si c’était à refaire, pour rien au monde je n’échangerais ces rentrées scolaires et les découvertes et partages qu’elles annonçaient pour une nouvelle année. J’espère – j’ose le croire – avoir pu participer à la construction des personnalités de chacun des enfants qui me furent confiés. Je sais que chacun d’eux a contribué à la mienne et je ne les en remercierai jamais assez.

C’est tout le bien que je souhaite à toutes ces femmes et tous ces hommes qui en ces jours (re)commencent une nouvelle aventure, toujours renouvelée. Qu’ils et elles n’oublient jamais la chance qu’ils ont !