samedi 13 février 2016

Symbiose impossible

Madison, 14 ans, suicidée par pendaison à Herstal, après avoir été victime de harcèlement. En Arizona, deux adolescentes de 15 ans se donnent la mort, sans doute parce qu’elles s’aimaient et que ce n’était pas possible. En réalité, tous les trois jours, en Suisse par exemple, un jeune de 15 à 24 ans met fin à ses jours. Le suicide n’est plus seulement un fléau qui touche des adolescents souvent fragilisés par cette période charnière de la vie. Il devient un véritable problème de société.

Chaque chemin a son histoire. Il serait vain de généraliser des parcours humains alors qu’ils sont tellement singuliers. Il n’empêche, devant la multiplication de ces actes désespérés, il faut pouvoir s’interroger et tenter d’expliquer.

Comme Philippe Meirieu l’a plusieurs fois montré, la place de l’enfant a fondamentalement évolué durant la fin du 20e siècle. Avant cela – j’en suis la preuve vivante – les enfants naissaient sans qu’on sache trop comment. Au fil de ces naissances, une famille se constituait et accueillait en son sein les nouveaux venus. Avec l’apparition des moyens contraceptifs associée à une évolution sociétale tournée vers la consommation individuelle, les enfants ne sont nés – le plus souvent – que quand et là où leurs parents le voulaient. Leur naissance contrôlée et voulue est dès lors constitutive de la famille. L'enfant n’est plus seulement accueilli par elle : il est la famille. Tout tourne dès lors autour de lui. C’est l’enfant-roi. Tout lui est dû, y compris le « respect » - immédiat et intégral – de tous ceux qui l’entourent. On le chérit tellement cet enfant !

Mais la vie, elle, n’a pas tellement changé. Les autres restent ce qu’ils ont toujours été : « homo homini lupus » (l’homme est un loup pour l’homme – Plaute, 212 ACN). Du statut d’enfant-roi à celui d’adolescent-victime propiatoire, il n’y a à la fois qu’un pas et qu’un gouffre insupportable à accepter.

La tentative de suicide ou le suicide sont alors paradoxalement un geste d’existence. Toutes les attaques contre soi, toutes les attitudes violentes et destructrices, répondent à une déception qui est à la mesure de la très forte volonté d’exister qui se cache derrière, mais face à laquelle les jeunes se sentent impuissants et incapables d’exercer dans l’immédiateté leurs envies de manière positive.

En attendant, nos jeunes se tuent. Tout le monde s’en lave les mains. C’est toujours de la faute des autres jeunes, ceux qui harcèlent. Mais si harcèlement il y a, ce n’est sans doute aussi qu’une réponse violente et destructrice au mal-être fondamental des jeunes. Celui-ci découle naturellement du mode de fonctionnement de notre société actuelle dans laquelle les droits individuels surclassent et écrasent le droit collectif de vivre en symbiose, c’est-à-dire « l’association indissoluble et durable entre deux espèces dont chacune tire bénéfice » (Christian Lévêque, La biodiversité au quotidien, 2008). C’est pourtant le seul droit dont nous avons besoin.

mardi 2 février 2016

L'orthographe

Tous ceux qui me connaissent savent que j’accorde une certaine importance à l’orthographe. Je ne le nie pas et, même plus, je le revendique. Néanmoins, il faut situer les choses à leur juste niveau : il me semble évident que l’orthographe n’a pas de valeur en soi. Plus encore, il ne me viendrait jamais à l’idée de « condamner » quelqu’un parce qu’il ferait l’une ou l’autre faute d’orthographe.

Quoique ! Cela dépend du contexte. Lorsqu’on publie un livre ou un article, il ne devrait – selon moi – y avoir aucune faute d’orthographe. C’est loin d’être évident et facile, je suis bien placé pour le savoir. D’autant plus que l’auteur ne peut pas tout maîtriser : dernièrement, j’ai publié un chapitre dans un livre scientifique. Quel ne fut pas mon effroi de constater la présence de fautes ! Retournant au texte que j’avais fourni, j’ai constaté que ces erreurs avaient été introduites par le dernier relecteur, sans le signaler à l’auteur, ce que je peux comprendre. En attendant, mon texte n’est pas criblé de fautes, mais toutes celles qu’il contient sont en trop ! Tout le monde, cependant, ne publie pas des livres ni des articles et cette exigence est donc très relative.

Par contre et quoi que certain(e)s puissent en penser, je n’accorde pas beaucoup d’importance aux (nombreuses) fautes qu’on peut voir sur Facebook ou autres réseaux sociaux. Il est vrai que j’en relève certaines. C’est peut-être à cause de cela que ma réputation de chasseur intransigeant de fautes s’est créée. En réalité, je n’ai que trois amis à qui je me permets, sans problème, de signaler parfois leurs errements : Bénédicte, Raphaël et Vanessa. Trois anciens élèves dont je n’ai jamais été – ne cherchez pas à comprendre, c’est comme ça – le professeur ! Parfois, il m’arrive aussi de poser une question de justesse à des ami(e)s dont je connais le souci orthographique. Tout cela, sans aucun jugement, à aucun moment !

En fait, l’orthographe n’est en soi pas un problème. On ne dira jamais rien de celui ou celle qui écrit sans faute, tout simplement parce qu’il n’y a rien à en dire. Par contre, on se posera parfois des questions face à une orthographe déficiente. Le problème n’est donc pas l’orthographe, mais le manque d’orthographe. Ou plutôt la présence de fautes (« un manque de… » n’est jamais un problème : c’est l’énoncé en négatif de la solution). La plupart du temps, ces fautes n’empêchent cependant pas la communication. On est bien d’accord, évidemment, que c’est elle qui importe.

Une orthographe bancale est cependant souvent interprétée – à tort ou à raison – comme un manque de culture ou de connaissances, un manque d'organisation et de structure de l’esprit, une faible capacité de concentration, du "je-m'en-foutisme", sans compter le manque de respect !

Émile-Auguste Chartier, philosophe plus connu sous le nom d’Alain, a écrit : « L’orthographe est de respect ; c’est une forme de politesse » ! On peut philosopher, mais je n’irais pas jusque là. Il y a de cela, mais la question est surtout technique : observer l’orthographe rend le travail du scripteur plus difficile, surtout quand elle est aussi complexe que l’orthographe française, mais cela rend tellement plus facile le travail du lecteur. Même s’il finit par comprendre, lire un texte écrit avec une orthographe douteuse est beaucoup plus difficile pour le lecteur qu’en absence de fautes. En effet, le lecteur d’un texte mal orthographié doit réinventer le sens en déchiffrant parfois signe par signe ce qui est écrit, alors qu’en présence d’une orthographe correcte, il ne doit que confirmer les hypothèses qu’il établit tout au long de sa lecture.

L’orthographe française est très complexe et difficile. Cette complexité est au service avant tout du lecteur, à l’inverse de celui qui écrit. C’est un peu la même chose avec l’écriture chinoise. Celle-ci est encore plus complexe : composée de petits dessins stylisés appelés "idéogrammes", il faut en connaître quelques milliers avant de comprendre ou d’écrire un texte simple. Néanmoins, des expériences réalisées dans les années 1970 (malgré mes recherches, je n’ai pas retrouvé les références) ont montré qu’il était possible, avec des enfants américains défavorisés en difficulté d’apprentissage de la lecture, de les relancer dans cet apprentissage en utilisant des idéogrammes chinois pour lire l’anglais ! Ceux-ci représentent en effet directement l’idée, le concept. Malgré la quantité de signes différents à mémoriser, il était plus facile à ces enfants de les décoder que d’assembler des lettres qui ne veulent, en soi, rien dire. Une fois les idéogrammes intégrés et respectés, il devient très facile de lire un texte en chinois. Par contre, pour l’écrire, c’est une autre affaire. C’est le même principe avec l’orthographe française : il n’est effectivement pas facile de la maîtriser – rares sont ceux qui peuvent vraiment certifier que c’est le cas en ce qui les concerne, et je n’en fais pas partie – mais la respecter facilite grandement le travail du lecteur. Écrire sans faute est donc effectivement une question de respect du lecteur.

Cette question ne peut en aucun cas devenir une justification à condamnation ou ostracisme. Ce n’est pas parce qu’on ne maîtrise pas toutes les subtilités orthographiques qu’on est pour autant stupide, demeuré ou méprisant. Cela me paraît d’une évidence évidente !

Cela dit, j’espère que ce texte ne contient pas de faute d’orthographe ! Je me sentirais quand même assez mal !

vendredi 29 janvier 2016

La vie


Communion © Claude Théberge 2000

Elle vous prend comme ça, un jour où vous ne vous y attendez pas. Sans même en avoir conscience. Puis, elle ne vous quitte plus jusqu’au moment où elle disparaît d’elle-même. Pendant tout ce temps, elle vous dévore tout en vous offrant ce qu’elle a de plus beau et de plus limpide : la vie !

À chaque instant, elle est là, épanouie ou racrapotée, radieuse ou effacée, flamboyante ou falote, éblouissante ou incompréhensible. Elle n’est jamais indifférente, pas plus qu’elle n’indiffère. Elle vibre de tous ses pores, dans chacun de nos mouvements, chacune de nos émotions, chacun de nos rêves.

Elle frappe parfois. Lorsque c’est le cas, elle fait mal et il est alors souvent dur de s’en remettre et de se redresser. Mais, comme elle est encore et toujours présente, on y parvient. C’est alors la plus belle des libérations et la plus intense des vérités. La vie reprend le dessus et nous laisse entrevoir des tourbillons où il fait si bon de se lover et de se laisser pénétrer par cette force lancinante et éternelle.

Qu’est-ce qui fait vivre la vie, qui nous porte au-delà de nous ?
Qu’est-ce qui nous rend fou, qui nous donne autant d’envie ?
La vie !

Après avoir écrit une chanson dédiée à mon père – "Prisonnier de guerre" – et la lui avoir fait écouter, il m'a dit : "C'est bien, mais le texte est un peu tristounet par rapport à la réalité. Il y a de bons moments dans les circonstances désagréables. Ne jamais perdre courage. Rester fort pour continuer à vivre !". Cette chanson – "Vivre la vie" – est alors venue d'une traite, sans hésitation ! Dès le départ, la chanson fut pensée "après guerre", ce qui explique ce jazz-band !

Depuis mai 2012, j’ai développé ici les mots que j’ai voulu y mettre. Ils sont accessibles par les liens contenus dans le texte. Ils sont ma vie.  

Vivre la vie


Qu’est-ce qui fait vivre la vie
Qui nous porte au-delà de nous
Qu’est-ce qui nous rend fou
Qui nous donne autant d’envie

Y a le vent dans les bois
Qui murmure la douceur
Ou montre sa fureur
En donnant de la voix
Y a la pluie qui chagrine
Quand le temps est pourri
Mais qui nous rafraîchit
Quand le soleil décline
Y a le soleil du monde
Qui fait chauffer les corps
En se montrant plus fort
Que la mort moribonde
Y a l’eau de l’océan
Ou d’une petite rivière
Qui chante la lumière
D’un monde éblouissant

Y a les yeux d’un enfant
Qui découvre une fleur
En oubliant sa peur
De devenir un grand
Y a les mains de sa mère
Qui caressent son front
Sans lui faire de sermon
Sur la peur de la terre
Y a la force de l’homme
Qui lui dit le chemin
Pour qu’il trouve le moyen
D’être un jour autonome
Y a le cœur de l’amant
Qui donne le plaisir
De ne pas se suffire
Pour vivre pleinement

Y a la trace d’une larme
Dans les yeux de l’ami
Qui se fait du souci
Lors d’un départ aux armes
Y a le regard aigri
De ce père qui s’inquiète
Quand son fils le rejette
Se sentant incompris
Y a ce brin de tristesse
Quand la terre se révolte
De manière désinvolte
En montrant nos faiblesses
Y a cet abattement
De se sentir vidé
Avant de retrouver
L’insouciance de l’enfant

Y a la vie de la source
Qui fait naître la mer
Y a la joie populaire
Au terme de la course
Y a la musique du temps
Qui berce le voyage
Y a tous ces témoignages
Qui parlent du printemps
Y a le cœur séducteur
Qui efface tous les doutes
Y a l’ami qui écoute
Quand on croise le malheur
Qui nous ouvre les yeux
Sans besoin d’avoir Dieu
Pour écouter le vent

François-Marie GERARD - FMG © 2006

lundi 25 janvier 2016

Entre dictature et démocratie

Quand j’étais instituteur, j’avais la chance de travailler dans une école qui donnait toute leur place aux enfants, à leur apprentissage, mais aussi à leurs émotions. Il y avait chaque semaine, si pas chaque jour, des « conseils de classe » où on faisait le point sur le vécu de la classe et où on prenait ensemble les décisions nécessaires. Jusqu’au jour où – du jour au lendemain – j’ai imposé à ma classe d’élèves de 8 à 10 ans la « dictature » !

J’avais l’impression que mes élèves ne réfléchissaient plus trop à ce qui était essentiel. On discutait souvent du fait que l’un avait mal joué au foot ou que l’autre avait rigolé en montant l’escalier… Alors, soudain, j’ai instauré la dictature. Ce fut un peu un coup de tête. Il y avait certainement une réflexion de fond de mon côté, mais je ne sais plus quel fut l’élément déclencheur. Bref, à partir de ce moment-là, les enfants n’avaient plus rien à dire. J’étais le seul décideur. J’avais bien conscience que je ne faisais là que reproduire ce qui se passe dans de nombreuses classes, mais pour la mienne, c’était une véritable révolution. Ou plutôt une régression, tant ce principe même était contraire à toutes mes convictions.

Ce n’était pas évident, car tous les apprentissages étaient habituellement basés sur des découvertes (inter-)actives, avec une grande autonomie responsable individuelle. Dans la logique dictatoriale, il me fallait désormais imposer ma science et infantiliser ceux qui n’étaient plus que des élèves interdits de parole et de pensée.

Cela ne les empêchait évidemment pas de penser ni de chercher à s’exprimer. Mais cette parole était désormais réfrénée et limitée au strict minimum. J’observais mes élèves et je voyais bien qu’ils ne comprenaient pas trop ce qui se passait. Visiblement, ils discutaient entre eux, en dehors de la classe. À tel point que je sentis tout doucement naître un mouvement révolutionnaire ! Cela ne pouvait plus se passer comme cela pour eux.

C’est ce moment que j’ai choisi pour lâcher un peu de lest et commencer à réfléchir avec eux sur notre vécu collectif. Cette réflexion fut évidemment très intéressante. Les enfants ont pu exprimer ce qu’ils ressentaient, ont pu analyser les situations en mettant des mots sur les différences entre les deux systèmes, ont pu échanger sur les avantages et les inconvénients… en s’accordant sur les bienfaits du dialogue constructif pour le bien-être de tous. À partir de là, nous avons reconstruit ensemble un fonctionnement démocratique. Nous avons retrouvé nos apprentissages (inter-)actifs et nos conseils de classe. Il nous est bien sûr encore arrivé lors de ceux-ci de discuter de sujets sans trop d’importance, mais il me semble qu’il y avait désormais une autre dimension.

À l’époque, on ne parlait pas d’éducation à la citoyenneté. Mais quelle expérience enrichissante pour tous et toutes ! Je ne crois pas qu’il faudrait la vivre dans toutes les classes. Elle avait du sens dans le contexte où l’on se trouvait et pour les individus qui la vivaient. Je ne l’ai d’ailleurs jamais renouvelée. Je sais que cette découverte active du sens de la démocratie a marqué certains de ces élèves qui n’ont pas oublié ! Moi non plus !

PS : ce billet est le premier d’une série « Quand j’étais instituteur… ». Je voudrais y partager, en toute simplicité, des moments que j’ai vécus entre 1978 et 1991. Non pas pour en faire des modèles, mais pour se dire que c’est arrivé… et que c’était bien sympathique !

samedi 23 janvier 2016

Prem's


Depuis le 6 janvier 2016, on connaît un nouveau nombre premier, le plus grand connu à ce jour ! Il s’agit de 274 207 281– 1 et contient plus de 22 millions de chiffres, soit  5 millions de plus que l'ancien record du nombre premier de Mersenne le plus long, découvert en janvier 2013. Et d’aucuns de dire « OK, c’est bien beau. Mais à quoi ça sert ? ».

Une réponse possible à cette question est que cela permet de développer de nouvelles techniques de cryptographie, et c’est un fait certain. Si ce n’est qu’il existe quand même une minorité de personnes qui ont vraiment besoin de crypter leurs messages, surtout avec des algorithmes aussi complexes que ceux liés aux grands nombres premiers.

Personnellement, je préfère répondre : « Effectivement, cela ne sert à rien… et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ces recherches ! ». Quoi de plus merveilleux que de chercher des merveilles qui ne servent à rien ?

L’ancienneté des recherches en matière de nombres premiers est d’ailleurs un bel exemple du fait que l’homme est fondamentalement intéressé par ces choses totalement inutiles, mais merveilleuses de par leur mystère.

Pour la compréhension de ce qui suit, rappelons qu’un nombre premier est un entier naturel qui admet exactement deux diviseurs distincts entiers et positifs (qui sont alors 1 et lui-même). Le plus petit nombre premier est 2 : il a comme diviseur 1 et 2. Viennent ensuite 3, 5, 7… Puis 11, 13, 17, 19. Il semble que des entailles retrouvées sur l'os d'Ishango daté de plus de 20 000 ans avant notre ère, soit bien avant l'apparition de l'écriture (antérieur à 3 200 ans ACN), semblent isoler quatre groupes de valeurs : 11, 13, 17 et 19. Soit ces premiers nombres premiers composés de deux chiffres (du moins en base 10). Ajoutons que depuis Euclide, on sait que la liste des nombres premiers est infinie… D’où le « jeu » de trouver chaque fois un nombre premier plus grand que le précédent, connu aujourd’hui sous l’appellation « nombre premier de Mersenne » et qui n’est identifiable que par le travail titanesque d’ordinateurs de plus en plus puissants.

Cela ne sert (quasi) strictement à rien, si ce n’est à savoir et à vérifier des hypothèses mathématiques vieilles comme le monde. Personnellement, c’est le genre de découvertes qui me fait vibrer, qui me montre qu’il y a dans la vie un côté complètement gratuit et infiniment complexe ! Finalement, « l’utilité » de ces travaux est exclusivement ontologique : ils nous montrent que l’improbable « est », dans toute sa singularité indissociable de la réalité plurielle.

Le plus grand nombre premier aujourd’hui connu est composé de plus de 22 millions de chiffres. Ce n’est encore rien par rapport aux 7 359 085 099 personnes qui peuplent la Terre ce samedi 23 janvier 2016 à 12 h 09 min et 32 s. Il est enivrant de se dire qu’il y a un nombre premier composé d’au moins 7 359 085 099 chiffres. De quoi permettre à chacun d’être unique : divisible uniquement par 1 et par lui-même ! Quelle merveille !

PS : pour ceux qui souhaiteraient connaître la solution de l’énigme présentée en illustration, il s’agit du nombre 3 997 993. En effet, 3 998 993 + 2 011 = 4 001 004 (soit un nombre palindrome, qui peut se lire indifféremment dans les deux sens). La somme : 3+9+9+7+9+9+3 = 49 est un carré parfait. C’est la seule solution. Qui ne sert strictement à rien !

dimanche 10 janvier 2016

L'os à moelle

FMG©2016

Ce soir, en entrée du repas, je me suis offert deux bouts d’os à moelle. Un délice ! Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours adoré ça, tout en constatant que ce n’était pas nécessairement le cas de tout le monde. J’aime à la fois le goût, la consistance et la substance (connue d’ailleurs comme étant la « substantifique moelle »). Bref, dans l’os à moelle, tout me poile !

Dans ce parcours gastronomique, il y a bien sûr eu la crise de la vache folle pendant laquelle les abats du système nerveux central des bovins ont tout simplement été interdits (cervelle, moelle épinière). Bien dommage, mais c’était sans doute nécessaire puisque c’était là que la maladie s’installait de manière sournoise et fatale. Mais en réalité, les os à moelle contiennent de la moelle osseuse (qui se trouve à l'intérieur des os des pattes, tibia, péroné et autres) alors que la moelle épinière est le prolongement du cerveau et se trouve à l'intérieur de la colonne vertébrale. Bref, il n’y avait sans doute pas péril en la demeure, mais en l’occurrence c’était comme le poêle à mazout  qui est – comme l’a écrit Marc Escayrol – un « équipement à manipuler avec précaution, donc à caresser dans l’essence du poêle ».

Cela dit, je ne conseille pas de cuire des os à moelle à la poêle ! Il y a plusieurs recettes possibles, façon osso bucco à la mijotée (pas trop génial selon moi) ou façon bouillon (et c’est bon). Mon truc à moi, débordant de simplicité, c’est le four. Préchauffé à 200°C. Un peu de sel de chaque côté de l’os (pour éviter que la moelle ne se répande). On en-fou-rne pendant 35 minutes… et puis on déguste, avec ou sans pain grillé ou non. Vraiment, c’est au poil !

Je me doute qu’il y en a – parmi mes milliers de lecteurs – plusieurs qui vont prendre tout cela à contre-poil, voire même à rebrousse-poil. Mais enfin, je n’allais quand même pas m’échiner sur un passepoil pour simplement dire que j’aime la moelle d’un os à moelle, qui d’ailleurs est totalement dépourvu de poil ! Et rassurez-vous, je ne vais pas me mettre à poil, alors même que cela devient un moyen de contestation de plus en plus fréquent. Mais bon, moi, je ne conteste pas : j’aime ! J’aime les os à moelle. C’est fou, non ? Et ça n’a rien à voir avec les moutons, poils au menton. Juste avec les vaches, poils à la moustache. Simplement, j’en suis fou, poils aux genoux.

samedi 9 janvier 2016

Le danger musulman


FMG©2006

Par les temps qui courent, il y a beaucoup de fantasmes qui se répandent sans limite sur la toile électronique mondiale. Spécialement en ce qui concerne les musulmans qui seraient responsables de tous les maux et surtout les exterminateurs de notre belle société occidentalo-chrétienne !

Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de problème avec la religion musulmane. Même si je suis convaincu qu’il ne faut pas faire d’amalgame entre l’Islam et les dérives terroristes qu’il engendre, c’est quand même cette religion qui les engendre, oserais-je dire « à l’insu de son plein gré ». Ceux qui savent ce qu’est l’Islam, ce que signifie cette religion, savent aussi qu’elle ne vise au bout du compte que la compassion avec chaque être humain. Bien loin des actes terroristes commis – de toute évidence abusivement – en son nom.

Je ne suis ni musulman ni spécialiste de cette religion. J’ai, dans ma profession, côtoyé de nombreux musulmans, sans que cela ne pose jamais le moindre problème. Je pense cependant que l’Islam est une religion qui n’a pas su évoluer. C’est en fait une religion du désert. Celui-ci dicte ses exigences. Quand on est dans le désert, il est bon de se lever à l’aube et de s’ablutionner cinq fois par jour. C’est une question d’hygiène. Quand on est dans le désert, il vaut mieux ne pas manger de porc qui ne peut être que contaminé par la chaleur ambiante. C’est une question d’hygiène. Quand on est dans le désert, il est bon de jeuner un mois par an pour purifier le corps de toutes les crasses qu’il assimile le reste de l’année. C’est une question d’hygiène, que les chrétiens avaient d’ailleurs bien intégrée lorsque le Carême avait encore ce sens. Et quand on est dans le désert, on est bien sûr solidaire du pauvre qu’on rencontre au détour d’une dune. Si on est un peu mieux loti que lui, alors on lui doit l’aumône, en fonction de ses besoins. À travers ses cinq piliers, l’Islam ne dit pas autre chose, avec en plus la croyance en un Dieu unique – tout comme les chrétiens et les juifs – et la nécessité de faire au moins une fois dans sa vie le pèlerinage à La Mecque. L’essentiel de l’Islam s’arrête là.

Mais on ne peut nier qu’il y a les dérives. Celles-ci sont malheureusement souvent suscitées par notre société soi-disant chrétienne. Un débat tourne pour le moment autour des dates des examens qui, en juin 2016, coïncideront avec le Ramadan, cette période de jeûne liée au désert… ou à la santé ! En Belgique, l’Exécutif des musulmans s’est dit « favorable à une adaptation des horaires et des calendriers ». Il n’y a là aucune revendication. Juste une expression vers une faveur… Il n’en faut pas plus pour que les boucliers occidentaux se soulèvent plein de rage et d’obscurantisme. Personnellement, je pense qu’il ne faut rien changer au calendrier des examens (si ce n’est en les supprimant purement et simplement, mais là, c’est le pédagogue qui parle, pas l’observateur de nos sociétés). Les examens n’ont rien à voir avec la religion et – quoi qu’on en dise – ce n’est pas parce qu’on est en période de Ramadan qu’il serait impossible d’y participer. Je ne suis donc pas sûr que l’Exécutif des musulmans émette un avis pertinent sur cette question. Je suis sûr par contre que tous ceux qui s’élèvent avec véhémence contre cet avis sans importance se trompent de cible. Et ne font dès lors que contribuer à justifier, voire à susciter, les desseins terroristes de certains.

vendredi 1 janvier 2016

Juste un passage

Et voilà, une histoire se termine. Une autre commence, dans la continuité. C’est juste un passage, une porte qui s’ouvre alors qu’une autre se ferme. Sans que rien ne soit fondamentalement changé. La vie continue à se dessiner et à me dessiner, autant que je la dessine.

Une porte se ferme sur la période vraisemblablement la plus longue de mon existence. Celle du travail. Grosso modo, j’y aurai consacré deux tiers de ma vie aujourd’hui… et – selon ce qui m’arrivera – une bonne moitié au bout du compte, ou un peu moins, ou un peu plus. On verra. Cela ne me préoccupe pas vraiment.

Ma « carrière », comme on dit, fut assez exceptionnelle. Tant dans son premier tiers que dans les deux qui ont suivi. Les trois sont dans le prolongement l’un de l’autre, mais – il y a 25 ans – je découvrais un nouvel univers, entièrement à construire, qui m’a amené aux quatre coins du monde ! Que de défis à surmonter, que de rêves à concrétiser, que de découvertes à intégrer… Ces deux temps sont clairement distincts, tout en étant profondément imbriqués. Je ne regrette ni l’un ni l’autre. Surtout, je n’ai jamais regretté la décision prise – il y aura 40 ans bientôt – de bifurquer totalement de direction, passant brusquement d’une perspective juridique à une réalité pédagogique. Ce ne fut pas la décision la plus facile de ma vie, mais c’est une des meilleures. Plutôt que d’appliquer des codes écrits par d’autres, j’allais construire des relations, j’allais éveiller des cerveaux, j’allais développer des compétences, j’allais ouvrir des portes… J’y reviendrai sans doute ici, par petites touches, non pas pour des mémoires, mais simplement pour la mémoire de ces événements et de ceux qui les ont vécus avec moi. De beaux moments. De belles gens.

Une porte s’ouvre. Je ne sais pas trop sur quoi. Si ce n’est sur la vie. Celle-ci ne s’arrête pas, bien au contraire. Simplement, je ne sais pas trop quelle direction elle prendra, quels chemins elle explorera, quelles aires de repos elle se donnera. On pourrait croire que c’est la dernière étape qui commence. Ce n’est pas ce que je ressens. Avant le dernier parcours, il me reste tant de découvertes à réaliser, tant de visages à rencontrer, tant de moments à déguster. Avec – je l’espère – moins de stress et plus de sérénité. Ce n’est pas nécessairement gagné : le juge de la réussite de ce que je fais et de ce que je ferai reste le même. Le plus exigeant : moi-même. Mais les enjeux ne seront plus les mêmes. Sans qu’ils soient moins nobles ni moins élevés.

C’est le mot. Élève. Je l’ai été longtemps. J'en ai côtoyé encore plus longtemps, avec d’autres profils et d’autres aspirations. Mais, même dans la position de « maître », tant j’avais à apprendre,  j'étais toujours « élève ». Je le reste et je le resterai. Une journée sans que j’apprenne quelque chose de neuf est une journée foutue ! Depuis ma naissance, celles-là se comptent sur les doigts de mes deux mains. Il n’y a pas de raison que cela cesse. Je continuerai à apprendre, avec soif et passion. Je vous le dis, c’est juste un passage…

mercredi 30 décembre 2015

L’amour du vivant

© Claude Théberge

Y a la vie de la source

Qui fait naître la mer

Y a la joie populaire

Au terme de la course

Y a la musique du temps

Qui berce le voyage

Y a tous ces témoignages

Qui parlent du printemps

Y a le cœur séducteur

Qui efface tous les doutes

Y a l’ami qui écoute

Quand on croise le malheur
Y a l’amour du vivant

Qui nous ouvre les yeux

Sans besoin d’avoir Dieu

Pour écouter le vent

Il est de ces petits moments, tout simples, tout anodins, qui – d’une manière ou d’une autre, mais surtout en s’amplifiant progressivement – créent le bonheur. Tel ce petit ruisseau qui dégouline de vie et qui se jette dans les bras de la rivière pour former un fleuve qui alimentera la mer. Comme un enfant qui finit par nourrir sa mère.

C’est parfois encore plus basique. S’extasier face aux efforts de sportifs qu’on admire et qu’on soutient, alors même que ceux-ci ne servent objectivement à rien, si ce n’est à s’extasier ! Se surprendre, dans sa voiture, à chanter à pleins poumons une chanson qui avait cru pouvoir se faire oublier, mais dont chaque mot revient tout seul, comme une évidence.

Il en est de plus subtils aussi. Écouter ces indécrottables optimistes qui, alors que tout va mal, vous parlent avec passion d’un lendemain libérateur. Sentir ce regard en train de se laisser séduire, prêt à devenir amoureux, qui vous fait croire soudain que vous avez raison d’y croire. Se confier sans mystère à l’ami qui se contente de vous écouter avec bienveillance sans savoir combien ce silence est précieux et significatif.

Il y a toute cette vie qui sourd de partout, tellement qu’elle nous emballe dans une ronde magique où l’amour devient l’unique maître mot. On voit alors l’ultime vérité, celle qui vous éblouit au plus profond de nos petites ténèbres. On se laisse alors bercer, sans avoir besoin ni d’avoir d’yeux ni d’avoir Dieu pour écouter le vent.

Qu’est-ce qui fait vivre la vie

Qui nous porte au-delà de nous

Qu’est-ce qui nous rend fou

Qui nous donne autant d’envie

mercredi 23 décembre 2015

Internet, sans coût ?

Grand utilisateur d’Internet, j’ai souvent l’impression – comme vous, je suppose – que son usage est sans coût. Bien sûr, je paie (cher) l’abonnement à mon fournisseur d’accès, mais ensuite, tout est gratuit ! Erreur monumentale ! Le coût écologique du Web est immense !

Je ne vais pas ici asséner une myriade de chiffres. Ceux-ci peuvent aisément être trouvés par ailleurs. Juste quelques éléments :
  • les technologies de l’information et de la communication (TIC) seraient responsables de deux à trois pour cent des émissions de CO2 dans le monde, soit l’équivalent de celles du transport aérien ;
  • Internet nécessite environ 1000 TWh, soit l’énergie annuelle produite par 40 centrales nucléaires ;
  • les consommateurs – vous et moi – comptent pour 47% des gaz à effet de serre émis par Internet (fabrication du matériel, consommation électrique…) ;
  • une recherche d’information coûte 20 mg de CO2, ce qui fait pour Google 7 tonnes de CO2 par jour (7 ans de chauffage pour un appartement 3 pièces) ;
  • l’envoi d’un courriel engendre entre 0,3 g et 4 g de CO2, selon le volume des pièces jointes ; avec plus de 200 milliards de courriels annuels, cela équivaut à l’empreinte environnementale de plus de 3 millions de voitures par an ;
  • chaque année, un internaute consomme l’équivalent de 350 kWh (consommation moyenne de 2 lave-vaisselle par famille) et 200 kg de gaz à effet de serre (trajet de 1000 km avec une voiture consommant 7 l/100 km)…
La question à se poser est évidemment de savoir si on peut y faire quelque chose. Selon GreenIT.fr, il y a des gestes simples à poser, même s'ils peuvent bouleverser nos habitudes :
  • allonger la durée de vie des équipements, car c’est la fabrication de ceux-ci qui a la plus grande empreinte environnementale ;
  • éteindre le modem et le boîtier TV quand ils ne sont pas utilisés, essentiellement la nuit. Allumés 24 heures sur 24, ces appareils consomment ensemble de 150 à 300 kWh par an, soit la consommation électrique annuelle de 5 à 10 ordinateurs portables 15 pouces utilisés 8 h par jour ;
  • limiter l’usage du cloud au strict nécessaire. Le stockage en ligne de ses courriels, photos, vidéos, musiques, et autres documents impose des allers-retours incessants entre le terminal de l’utilisateur et les serveurs. Or, transporter une donnée sur Internet consomme 2 fois plus d’énergie que de la stocker pendant 1 an ;
  • ne pas regarder la télévision via Internet, la vidéo en ligne représentant plus de 60% du trafic internet…
Il y a bien sûr des choix à faire aussi au niveau des fournisseurs d’accès, des concepteurs de sites, des centres de stockage des données, etc. Globalement, ceux-ci sont conscients du problème et s’efforcent d’y apporter des solutions. Ils y ont intérêt d’ailleurs. C’est moins clair pour les constructeurs de matériel dont on connaît la propension à l’obsolescence programmée. C’est pour cela qu’à un niveau individuel il convient de prolonger au maximum la vie d’un équipement, notamment en le recyclant d’une manière ou d’une autre.

Au bout du compte, l’important est d’abord d’avoir conscience de ce coût écologique. Ces gestes qui sont devenus anodins – envoyer un courriel, stocker des photos, regarder une vidéo, utiliser les réseaux sociaux… – ne le sont finalement pas tant que ça ! Il est évident qu’ils ne disparaîtront pas. Au contraire, on a toutes les raisons de croire que le numérique continuera son ascension dans nos petites vies. Mais toute petite goutte qu’on pourra économiser évitera peut-être que l’océan déborde trop vite !

jeudi 17 décembre 2015

T’es racé ou terrassé ?

FMG©2015 

Voir, un 17 décembre, à Paris et à 22 heures, des quidams comme vous et moi prendre gentiment un verre sur une terrasse, non chauffée, c’est à la fois merveilleux et effrayant.

Ce temps clément fait partie de ces petits bonheurs qu’il vaut mieux prendre plutôt que de les laisser s’envoler. Alors, prenons. De plus, par les temps qui courent, prendre un verre en terrasse à Paris, c’est aussi un acte de résistance. Et ça, ce n’est pas rien.

Le 17 décembre, ce n’est pas n’importe quelle date pour moi. Il y a 32 ans – ou était-ce il y a 33 ans ? –, il faisait froid, mais le soleil était de la partie pour m’accompagner dans le lancement de la plus belle aventure qui soit : celle de l’amour ! Aujourd’hui, pour des raisons scientifiques, je ne peux même pas fêter ça avec la proximité qui s’impose dans ces cas-là. Qu’à cela ne tienne : cela ne saurait tarder !

Mais en attendant, pour d’autres raisons scientifiques, il y a de quoi s’alarmer de la situation que nous vivons. Même si c’est agréable, ces températures exceptionnelles, alliées à un soleil lumineux et une nuit chaleureuse, ne présagent rien de bon. On peut penser, bien entendu, que nos pays occidentaux du Nord s’en sortiront. Quoique. Mais, malgré l’accord positif de la COP21, que deviendra notre Terre dans les années qui viennent ? Combien de victimes climatiques y aura-t-il, noyées par des inondations ou des typhons, écrasées par des avalanches, assoiffées par des sécheresses inéluctables, asphyxiées par les particules… ?

La terrasse que j’ai photographiée ce soir était non chauffée. Et je ne retiens que le plaisir de ces personnes qui célébraient la vie et ses plaisirs. J’en ai vu d’autres qui puisaient leur énergie non seulement dans cette joie d’être ensemble, mais aussi dans des bonbonnes de gaz qui réchauffaient ce qui n’a pas besoin de l’être. Il est possible que pour les tenanciers – que dis-je, pour les actionnaires – ces bonbonnes permettent quelque profit supplémentaire. Pour eux. Pas pour la planète. Pas pour nous.

vendredi 27 novembre 2015

Quand on n'a que l'amour


Ce serait une banalité de dire que les événements de ces dernières semaines posent question. Je ne le dirai pas. Mais je me pose quand même des questions.

Il y a bien sûr les questions fondamentales. Pourquoi ? Avec quel sens ? En raison de quoi ? Je n’ai pas les réponses à ces questions. Personne ne les a. Pas même ceux qui ont commis ou participé à ces actes abominables. Tant il n’y a aucune « raison ». Il peut sans doute y avoir des motivations, des explications. Mais elles ne résistent pas un seul instant à la raison. Cela fait sans doute partie du problème.

Puis, il y a toutes les questions annexes. Nos gouvernements ont-ils géré la crise comme il le fallait ? Que risquons-nous encore, où et quand ? Quel est le rôle des enjeux économiques dans la réalisation de ces événements, dans la réaction qu’ils suscitent, dans le déroulé des conséquences ? À ces questions-là, j’imagine que certains ont des réponses. Personnellement, j’ai juste des hypothèses.

Un constat cependant : je suis à la fois étonné et effrayé qu’autant de personnes qui ne savent en réalité pas plus que moi déclarent sans ambages savoir que nos gouvernements font n’importe quoi, qu’ils sont même complices, que leurs décisions sont incohérentes…

Devait-on, en Belgique, passer du niveau 3 au niveau 4 de menace terroriste, puis – tout aussi soudainement – repasser de niveau 4 au niveau 3 ? Je n’en sais rien. Mais j’imagine que ceux qui prennent ces décisions le font sur la base d’éléments fondés. Qu’on – le vulgum pecus – ne connaisse pas ces éléments me semble d’une telle évidence que je ne comprends pas un seul instant qu’on puisse reprocher aux dirigeants de ne pas les communiquer ! C’est vrai qu’on peut s’étonner face à une incohérence apparente des décisions. Il faut même s’en étonner. De là à les remettre en cause en raison du seul prétexte qu’on ne sait pas ce qui les motive, il y a une marge. Que je ne franchirai pas.

Que risquons-nous encore ? Tout ! À tout moment, nous pouvons être victimes de ces actes barbares et fous. Que ce soit à Bruxelles, à Paris, à Berlin, à Rome, à Beyrouth, au Caire, à New York, ou n’importe quel autre endroit. Je dirai une banalité, malheureuse : dans les mois qui viennent, il y aura inévitablement de nouveaux attentats. Aussi atroces et aussi inutiles. Où ? Personne ne le sait. Mais ils viendront, c’est une certitude. Est-ce que cela change quelque chose à la vie ? Oui, sans doute. Dans le vécu des gens. Mais au bout du compte, il faut avoir conscience qu’il y a dans nos pays plus de morts violentes liées à des accidents de travail qu’à des actes terroristes, sans compter les victimes de la route… Bien sûr, 130 personnes qui meurent un vendredi soir à Paris sous les balles de fous belliqueux, c’est effrayant, atroce, horrible, insupportable… ! Mais il y a tant de gens qui meurent chaque jour pour des tas d’autres raisons, tout aussi inacceptables !

Reste la question économique. C’est vrai qu’en Belgique, on peut s’étonner de la coïncidence entre l’abaissement du niveau de menaces de 4 à 3 et l’inauguration des « Plaisirs d’hiver ». Comme on peut se poser beaucoup de questions par rapport par exemple au soutien économique de l’Arabie saoudite alors que celle-ci est de toute évidence au cœur du soutien à la mouvance terroriste. Je suis convaincu qu’il n’y a jamais de guerres de religion. Il n’y a de guerres qu’économiques. Malgré cette conviction profonde, je crois aussi que le monde humain se caractérise avant tout par la complexité et qu’il est vain de vouloir l’analyser de manière dichotomique. Par rapport à la manière à travers laquelle on la perçoit et l’analyse, la réalité est toujours plus complexe. Croire qu’on détient les clés de l’analyse des causes et des solutions est sans doute le plus grand danger.

La réalité est toujours plus complexe qu’on ne le croit. On aimerait bien qu’elle soit simple. Dichotomique. Mais elle est plurielle, comme nos sociétés. N’est-ce pas la première prise de conscience à faire, bien avant de se prononcer sur le bien-fondé de l’une ou l’autre décision ?

En attendant, aujourd’hui, j’ai pleuré en entendant Yaël Naïm, Carmelia Jordana et Nolwenn Leroy chanter « Quand on n’a que l’amour », lors de l’hommage aux victimes. J’ai pleuré face à l’intensité en toute simplicité de cette chanson qui prenait encore un nouveau sens. J’ai pleuré face à l’harmonie de ces voix, d’origines plurielles. J’ai pleuré parce qu’au bout du compte, quelles que soient les questions que l’on puisse se poser, oui, on n’a que l’amour à opposer à la folie.

samedi 21 novembre 2015

Si t'as Sion

Voilà des années que je lutte, mais visiblement sans succès : cette citation ô combien pertinente continue à être attribuée à Napoléon Bonaparte, alors que de toute évidence elle est due à Abraham Lincoln ! C’est bien sûr encore un coup des sionistes ! Si t’as Sion, tu vaincs le monde !

Pourtant, il ne faut pas être un génie pour comprendre qu’il est impossible d’attribuer cette pensée à Napoléon Bonaparte et de ne pas l’attribuer à Abraham Lincoln, comme nous le montrent tous les éléments suivants extraits de Wikipédia :
  • enfant, Napoléon dira de lui-même qu’il était « turbulent, adroit, vif et preste à l'extrême ». Impossible bien sûr de lier une telle turbulence avec une quelconque authenticité ;
  • quand Napoléon quitte la Corse, à 9 ans, pour la France, son précepteur – l’abbé Chardon – prétend qu’« il apprit en trois mois le français, au point de faire librement la conversation et même de petits thèmes et de petites versions ». Cela ne prouve en aucune manière qu’il apprit à lire ou à écrire ;
  • d’ailleurs, lorsqu’il est admis à l'école militaire de Brienne-le-Château, il est « excellent en mathématiques, mais médiocre en littérature, latin et allemand ». On ne parle même pas de l’anglais ;
  • on fait beaucoup de cas du fait que Napoléon a édicté le Code Napoléon. Mais celui-ci ne fait que reprendre une partie des articles de la coutume de Paris et du droit écrit du Sud de la France, en protégeant le droit des obligations et des contrats. Bien loin des préoccupations d’authenticité des citations de Facebook qui – on le sait – se moque tout à fait des droits et des obligations contractuelles ;
  • le 13 avril 1814, en pleine tentative de suicide, Napoléon déclare bien à Caulaincourt : « Qu’on a de peine à mourir, qu’on est malheureux d’avoir une constitution qui repousse la fin d’une vie qu’il me tarde tant de voir finir ! ». À nouveau, aucune allusion à Facebook. D’ailleurs, Caulaincourt sortira de la pièce pour demander au valet de chambre et au service intérieur de garder le silence ;
  • Napoléon meurt un samedi, le 5 mai 1821, « à 17 heures et 49 minutes », rendant ainsi « le plus puissant souffle de vie qui eut jamais agité l'argile humaine » (Chateaubriand). À nouveau, aucune trace de Facebook dans ce qui n’a finalement rien d’un suicide ;
  • par contre, après une enfance et adolescence sans relief, Abraham Lincoln apprend le droit grâce à ses seuls talents d’autodidacte et devient avocat itinérant, ce qui prouve bien qu’il savait lire et écrire ;
  • c’est lui qui, en 1863, abolit l’esclavage aux États-Unis d’Amérique et qui du fait même incite tous ses amis Facebook à lutter contre la ségrégation raciale ;
  • étant de toute évidence le plus grand président des USA (1,93 mètre quand même), il est aussi celui dont la sexualité reste la plus mystérieuse et la plus ouverte : père au moins de quatre enfants (aujourd’hui, tous décédés), on ne sait pas très bien s’il était homosexuel ou bisexuel. Ce genre de débats n’ayant aucune importance, cela le rapproche inexorablement du phénomène Facebook connu pour sa vacuité intellectuelle ;
  • la vie d’Abraham Lincoln semble conditionnée par des « Marie », en anglais « Mary ». Amoureux d’une Mary Owens, il se fait jeter en mai 1837. Dix-huit mois plus tard, il se fiance à Mary Todd, mère de ses quatre enfants. Il n’y a pas de hasard : quatre personnes furent condamnées à mort à la suite de l’assassinat de Lincoln, dont Mary Surratt qui fut la première à être exécutée par le gouvernement des États-Unis ;
  • de plus, son assassin Booth n’hésite pas à crier lors de cet événement morbide « Sic semper tyrannis ! » (« Ainsi en est-il toujours des tyrans ! »), citation qui se trouve dans l'hymne du Mary-land, ce qui fait bien 4 Mary ;
  • dans la Bible hébraïque, la fille de Sion désigne Jérusalem et sa population, ainsi que l'ensemble du peuple juif par extension. Pour le catholicisme romain, la « fille de Sion » n’est autre que Marie, la mère de Jésus. La boucle est bouclée.

Bref, s’il y en a encore parmi vous un(e) seul(e) qui croirait de bonne foi à l’insu de son plein gré que Napoléon Bonaparte est l’auteur de cette citation pleine de vérité, vraiment, je ne comprendrais pas. J’en discutais d’ailleurs encore hier avec Nelson Mandela et il était bien d’accord avec moi !

vendredi 20 novembre 2015

Une semaine après


Il y a juste une semaine – seulement ? – Paris redécouvrait l’horreur du terrorisme. Le sport, la culture et la convivialité étaient les cibles choisies. Il n’y a pas de cibles plus fragiles ni plus innocentes que le sport, la culture et la convivialité. Les assassins savaient ce qu’ils faisaient : blesser à mort là où personne ne l’attend, là où personne ne le mérite, là où il n’y a aucun sens. J’ai choisi délibérément depuis une semaine de me taire : la nausée était trop forte. Je devais assimiler.

Je ne sais pas si j’ai plus assimilé aujourd’hui. La nausée est toujours présente. Mais j’ai pu prendre un peu de recul. J’ai notamment pris conscience que notre émotion est à géométrie variable : elle n’existe apparemment qu’en fonction de la proximité. Je suis horrifié lorsque 130 personnes meurent sous les balles de terroristes, mais je reste relativement froid quand 224 occupants russes d’un avion quittant Charm El-Cheikh sont heureux de rentrer chez eux, mais qu’ils explosent en vol, déchiquetés par le même État islamique. Entre les deux événements, il n’y a pas de réelle différence en ce qui concerne l’atrocité. Pourtant, il faut bien reconnaître qu’on n’y donne pas le même sens, la même émotion.

Globalement, aucun de mes amis côtoyés sur les réseaux sociaux n’a émis de commentaires « sur le chaud » déplacés. Cela ne veut pas dire que je me sentais en accord avec tout ce que j’ai lu, bien au contraire. Plus d’une fois, sans réagir pour autant, je me suis posé des questions de pertinence par rapport à ce que je lisais, mais globalement je sais aujourd’hui que je peux faire confiance à mes « amis ». Ils ne sont pas perdus dans des pensées simplificatrices et nauséabondes.

Puis-je faire confiance au « monde » ? Je n’oserais pas l’affirmer. J’étais à Paris hier et ce matin. La ville était étrangement calme. Métros quasi vides, même en heure de pointe. Rues désertes là où d’habitude il y a foule et mouvement. On sent que les gens se regardent. À la Gare du Nord, montant un escalator, j’entends le gars devant moi dire « Bizarre ». Je le regarde et lui dis « Vous avez dit bizarre ? ». Mais ce n’était pas Louis Jouvet. Il était barbu et avait le teint légèrement basané. Il m’a répondu : « Cette femme, pourquoi elle me regarde comme ça ? Cela fait deux fois. C’est bizarre ! ». Je lui ai dit : « Oui, vous avez raison. Il faudra vous y faire. Courage ! ». Il m’a regardé, m’a souri et a continué son chemin.

Nos sociétés sont éminemment plurielles. C’est leur richesse. Malheureusement, pour beaucoup, la perception de l’« autre » ne sera plus tout à fait la même. La peur obscurcit nos consciences et falsifie nos jugements. C’est à ce niveau qu’il faudrait le plus agir. Cependant, une fois de plus, nos gouvernements n’ont que des mesures sécuritaires à proposer. Je ne les conteste pas. Elles sont sans doute – malheureusement – nécessaires pour le moment. Mais elles ne peuvent suffire.

Plutôt que de vouloir nier ou minimiser la diversité et l’hétérogénéité de nos sociétés, il conviendrait de les reconnaître et de les valoriser. En réalité, sur le terrain, c’est peut-être un des effets positifs de ces tragiques événements. Beaucoup de musulmans se sont cette fois clairement distancés de ces actes terroristes et barbares qui n’ont rien à voir avec l’Islam. Beaucoup de non-musulmans ont compris que ceux qui le sont n’étaient pas responsables de ces actes commis soi-disant au nom de leur religion. Beaucoup de citoyens se sont rencontrés et ont partagé leur douleur et leur compassion, dans le respect de leurs différences. C’est en ce sens qu’il faut aller. Notre société est riche de ceux et celles qui la constituent. Malgré la folie de ceux qui s’en sont exclus par eux-mêmes, sans doute aidés par le rejet et l’ostracisme malheureusement trop fréquents de ceux qui pensent être les seuls possesseurs de la vérité et de notre terre.

Et maintenant ? Difficile à dire. Il serait illusoire de croire que les actes terroristes vont disparaître, comme si de rien n’était. Au contraire, il y a toutes les raisons de penser qu’ils continueront, sans doute en s’intensifiant et en se diversifiant. Les événements de ce jour, à Bamako, nous le démontrent, s’il le fallait encore. Plus que jamais, nous ne serons en sécurité nulle part ni à aucun moment. C’est l’évidence. Il faut vivre avec elle. Oui, c’est cela : il faut vivre. Plus que jamais. Notre vie risque désormais d’être raccourcie à tout moment et n’importe où. Raison de plus d’en profiter pleinement. Rencontrer les gens. Partager nos rêves. Construire nos petits bonheurs. Écouter les autres. Les aimer. S’émerveiller de la beauté du monde. Jouir de chaque moment, dans sa simplicité. Vivre !

samedi 14 novembre 2015

Cette nausée…

Pas de mots. Juste cette nausée…

Il se trouvera suffisamment de bien pensants pour justifier, condamner, disserter, accuser, fantasmer, rejeter, dichotomiser, expliquer, solutionner, caricaturer…

Je n’ai que ma nausée. Celle qui me noue l’estomac depuis hier soir, vendredi 13 pour une fois réellement noir. Cette nausée que je ne parviens ni à oublier ni à éliminer.

Jeudi prochain, je dois me rendre à Paris. Je veux y aller. Même si je serai encore et toujours envahi par cette nausée. Mais la vie doit continuer à exister. Face à l’absurdité, il n’y a qu’une réponse : vivre. Se laisser emporter par la vie. S’imprégner tous les pores de la vie. Croire profondément en la vie. Vivre pour que la vie vive. Au-delà de la nausée.

Vivre, en hommage à tous ceux et toutes celles qui ont perdu la vie au nom d’une folie incompréhensible.

Vivre.