jeudi 5 mars 2015

Lettre ouverte à Serge Kubla

Monsieur Kubla,

Sachez qu’en tant que citoyen belge, je n’accepte pas que vous disiez ne pas avoir éludé l’impôt. Une telle affirmation est non seulement mensongère, mais elle est aussi inacceptable.

Il est faux de prétendre que vous n’avez pas éludé l’impôt. Si telle n’était pas votre volonté, pourquoi avez-vous créé cette société à Malte pour facturer vos « services » ? Bien sûr, vous n’avez pas enfreint la loi. Dans la situation actuelle, il est légal d’avoir une telle société. Mais avouez que celle-ci n’avait d’autres raisons d’être que celle de payer moins d’impôt. Vous dites avoir payé 5% d’impôt à Malte, ainsi que 25% de précompte mobilier en Belgique. Cela fait un total de 30%. En Belgique, le taux d’imposition d’une personne physique peut monter jusqu'à 50% tandis que le taux d'imposition des sociétés monte au maximum à 33,9%. Cela vous fait toujours au minimum 3,9% de gagnés. Sur un montant de 240 000 EUR, cette petite différence fait quand même 9360 EUR, soit pour beaucoup de personnes environ 6 mois de salaire, même si pour vous cela ne représente sans doute que quelques biscuits.

Il est inacceptable de prétendre que vous n’avez pas éludé l’impôt. Qu’avez-vous fait pour gagner ces 240 000 EUR facturés ? L’avenir nous apprendra s’il s’agit du paiement d’une commission pour services rendus dans le cadre d’une corruption. Même si ce n’était pas le cas, vos « honoraires » sont de toute façon inacceptables. Votre seul travail a consisté à user des contacts que vous avez noués alors que vous étiez Ministre de l’Économie de la Région wallonne. En quelque sorte, ces contacts ne vous appartiennent pas. Vous ne les auriez jamais eus si vous n’aviez pas exercé ce mandat public. Les utiliser pour votre propre profit par la suite relève du vol de biens publics. Le fait que d’autres en font tout autant ne change évidemment strictement rien au caractère délictueux de cette pratique, ne fut-ce que moralement. De plus, comment pouvez-vous justifier 240 000 EUR d’honoraires pour les quelques heures, voire journées, que vous avez consacrées à ce dossier ? Vous dites qu’après avoir retiré tout ce qui doit l’être (impôt, déplacements, hôtels…), il ne reste que le tiers de cette somme, soit 80 000 EUR. Avez-vous une quelconque idée du nombre d’années nécessaires à un citoyen normal pour gagner par son travail quotidien un tel montant ? Même un consultant payé normalement ne gagne pas une telle somme en un an ! Sans compter que pendant que « vous rendiez ces services », vous continuiez à exercer le mandat public de bourgmestre de Waterloo, sans oublier quelques mandats ci et là, bien rémunérés sans doute.

Alors, sachez, Monsieur Kubla, que chercher à vous défendre d’avoir éludé l’impôt ne fait qu’aggraver votre cas. Vous n’êtes malheureusement qu’un parvenu. Je sais que votre parcours professionnel n’a pas été facile, que vous vous êtes battu pour arriver dans les sommets des affaires publiques. Mais, vous êtes aussi alors entré dans le monde des « affaires ». Des mauvaises affaires. Celles qui puent.

Je ne veux pas vous condamner avant que vous ne soyez jugé. Que la justice fasse son travail en toute impartialité. Mais d’ici là, Monsieur Kubla, vous devriez – par décence – vous cacher et vous taire dans toutes les langues, plutôt que d’essayer maladroitement de défendre l’indéfendable.

lundi 2 mars 2015

Caricature, oui, mais jusqu’où ?

La caricature est une forme d’art et d’expression indispensable à toute société libre. J’en suis profondément convaincu. Je crois aussi que tout peut être caricaturé. C’est le propre même de la caricature : détourner l’image de la vérité pour en dire une autre (« image » ou « vérité », vous choisissez). Cela n’a vraiment de sens que si l’auteur a toute la liberté de caricaturer comme il l’entend, ou plutôt comme il le voit. Comme toujours, la question est alors de savoir si cette liberté a une limite.

Comme l’a dit on ne sait plus qui – même si certains attribuent cette sentence à John Stuart Mill – « la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres ». Plus précisément et plus ouvertement, l’article 4 de la Déclaration des droits de l'homme décrète que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Ces déclarations, qu’on y adhère ou non, montrent que la liberté, notamment celle d’expression et donc de caricature, aurait des limites. Celles de ne nuire à personne.

Forts des droits acquis par la Révolution française, de nombreux Français intellectuels – je suppose d’ailleurs que je devrais supprimer le substantif « Français » – s’opposent à cette vision limitative. Par exemple, j’ai eu dernièrement une discussion ouverte et passionnante avec un ami, professeur à la Sorbonne et ancien directeur dans une institution internationale. Il m’a défendu, avec beaucoup de talents, toute l’importance de la caricature, son rôle subversif et inquisiteur. Pour lui, promouvoir la caricature est de toute évidence une nécessité absolue et salutaire pour la défense de la République ! Le plaidoyer était limpide.

Comme ce qui nous réunissait était l’univers de l’éducation – fortement interpellé à la suite des événements « Charlie » –, je me suis permis, après l’avoir écouté, d’émettre cette simple remarque : « D’accord. Mais imagine un instant que dans un lycée, un élève au crayon talentueux produise, avec à-propos, quelques caricatures – pertinentes mais corsées – mettant en scène le proviseur de l’établissement et quelques-uns de ses professeurs bien connus… et diffuse ces quelques bonnes caricatures dans une petite brochure distribuée à qui la veut lors des récréations… ».

Comme seule réponse, je n’eus que le silence. Le sacro-droit à l’expression avait trouvé une de ses limites. Sans commentaire.

Notre dialogue n’était pas un combat, loin de là. Le silence de mon ami était la meilleure réponse qu’il aurait pu me donner. Implicitement, il reconnaissait que – malgré tout son discours – il y avait des situations où la liberté de la caricature rejoignait peut-être celle de l’autre, ici celle de l’institution éducative. Et qu’il était important de pouvoir concilier ces deux libertés. Non pas pour en écraser l’une ou l’autre. Mais pour pouvoir en construire une nouvelle : celle du respect mutuel.

dimanche 1 mars 2015

Le voilà !

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Nous sommes le 1er mars ! C’est le printemps ! Bon, d’accord, ce n’est que le printemps météorologique. Mais enfin, c’est le printemps ! Pourquoi tergiverser sur des détails qualificatifs ? C’est le printemps !

Ce n’est pas une illusion ni une déclaration gratuite. Je vous jure, je l’ai sentie, la chaleur du soleil, à l’abri de tout vent. D’accord, cela n’a duré que quelques minutes. Mais elle était là, je vous le jure. Et ça faisait du bien. Pas sûr que l’hiver ait été plus rigoureux que d’habitude, mais qu’importe ! L’hiver est toujours trop long. Alors, quand le printemps est là, autant en jouir pleinement !

Que dirais-je de plus ? Et d’ailleurs, pourquoi en dire plus ? C’est le printemps, aujourd’hui. J’ai senti sa chaleur, l’espace d’un instant. Tout est dit.

dimanche 22 février 2015

La gare

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Seule, elle attend. Elle attend un train qui ne viendra jamais. Elle ne le sait pas encore. Elle est seule dans cette gare. Assise sur ce banc sale, entre les quais 11 et 12, perdue dans ses pensées, elle sent cet espoir que tout pourrait redémarrer. Si seulement ce train arrivait.

Il n’arrivera pas. Elle en rêvait pourtant tellement. Elle se disait qu’il était possible que chacun voyage à sa guise. Elle pensait que toutes les rencontres, même les plus folles, sont toujours probables. Il n’y a pas de hasard. Il y a juste des chemins qui vont et viennent et qui peuvent se croiser au détour d’une colline, d’un ruisseau, d’un rêve. Elle s’était dit alors qu’à l’opposé de ces chemins tortueux, il y avait des voies aussi droites que les voix claires et enjôleuses qu’elle entendait inlassablement l’encourager à aller de l’avant. Elle y avait cru. Elle était alors partie à cette gare perdue et s’était assise sur ce banc sale, entre les quais 11 et 12.

L’hypocrisie du monde est trop forte. Il ne suffit pas de rêver de rencontres lumineuses ou étincelantes. Elle a beau s’imaginer au centre d’un réseau direct, sans retard ni annulation. Son train n’existe pas. Il n’existe plus. Il s’est perdu dans les méandres des pensées nauséabondes de l’humanité. Il a été happé par les désordres titanesques de tous ces cœurs endoloris. A-t-il seulement existé ?

Alors, elle attend. Elle attend ce train qui ne viendra jamais. Je la vois, là, devant moi. J’ai envie de l’appeler, de la supplier de s’en aller, de revenir à la vraie vie, de quitter cette gare. Il n’y a que quelques voies qui nous séparent, sans aucun train à circuler. Elle ne m’entendrait pas. Je ne peux rien pour elle. Il est l’heure. Les épaules lourdes, l’esprit vidé, je monte dans mon train, sur la voie 5. Je pars sans savoir où je vais. Je me retourne une dernière fois et je la vois, toujours assise sur ce banc sale. Elle attend. Elle croit encore que son train arrivera.

samedi 7 février 2015

Éduquer au bien-être commun, solidaire et durable

L’histoire a changé, brusquement, le 7 janvier 2015. Difficile aujourd’hui d’analyser en quoi et vers quoi. Mais les attentats de Charlie Hebdo et ce qui s’ensuivit font partie de ces événements après lesquels le monde n’est plus tout à fait ce qu’il était encore juste avant. Tant en France qu’en Belgique, les débats autour de l’univers de l’éducation ont été vifs et passionnés. Le plus souvent à propos de fausses questions.

En France, le souci – plus ou moins unanime – est de revenir à ce que l’école n’aurait jamais dû quitter : la laïcité, dans la droite ligne de la Révolution. En Belgique, c’est plus diffus, mais cela revient au même : suppression des cours philosophiques et de religion, fin des réseaux (c’est-à-dire suppression du réseau « libre » confessionnel ou non et création d’un « réseau » unique, par définition laïque et non religieux)… Dans les deux pays – et d’autres sans doute – la question du « vivre ensemble » semble ainsi se résumer à enfermer les religions dans la sphère privée et à en empêcher toute intrusion dans le domaine public.

Soit. Je suis le premier à reconnaître et à clamer que la question religieuse est strictement individuelle. Un itinéraire propre à chacun qui mérite en soi respect et reconnaissance. Il est clair que ni l’école ni l’État ne sont des entités qui devraient être guidées par un chemin spirituel quelconque par définition individuel. Doivent-elles pour autant être consacrées – le terme est choisi – à la « laïcité » ? Si celle-ci est prise au sens premier de séparation entre l’État et la religion, alors oui, il faut qu’elle soit la règle.

Malheureusement, le mouvement laïque ne fait pas exception aux religions : il faut bien reconnaître qu’il existe aussi un radicalisme laïque avec toutes ses exigences et ses intolérances. La laïcité devient alors un système de croyance comme un autre et s’accompagne du même caractère absolu et exclusif des convictions, laissant peu de place au cheminement personnel…

Ainsi donc, la panacée universelle – en Belgique francophone – serait de supprimer les cours philosophiques (= de morale laïque) et de religion pour les remplacer par un cours commun de citoyenneté. Il est intéressant de constater que cette idée – qui ressurgit périodiquement – retrouve vigueur au moment où certains, en France laïque, pensent réintroduire des cours de religion ! Pour les mêmes raisons : cette absolue nécessité de vivre ensemble dans un monde pluriel. Le danger de la suppression des cours de religion est de nier ce qui est de l’ordre de l’évidence : les religions existent, dans leur diversité, et créent une identité culturelle – sans nécessairement être cultuelle – forte. Qu’on le veuille ou non, nos sociétés occidentales sont désormais tout à la fois chrétiennes, musulmanes, juives, hindoues, agnostiques, athées… Nier cette évidence ne peut que conduire dans le mur. Plutôt que de vouloir imposer une société neutre et aseptisée, il est plus que jamais urgent de reconnaître le cheminement de chacun et d’aborder les relations humaines sous un angle de pluralité et de complémentarité. La question religieuse n’est plus de savoir s’il n’y a qu’un seul bon Dieu qui serait comme par magie celui auquel on croit. La question religieuse est, aujourd’hui, de se demander comment chacun peut vivre de ses propres découvertes, en interaction avec celles des autres. Vouloir supprimer les cours de religion, c’est dire à la majorité des jeunes que leur recherche, leur cheminement personnel, leur « foi » n’a aucune espèce d’importance et que seule la « religion laïque » a du sens.

Constater que les cours de religion ont encore toute leur place dans l’éducation des jeunes ne revient pas à nier la nécessité d’apprendre à vivre ensemble. Un cours commun de citoyenneté peut être évidemment précieux dans cette démarche. Justement pour permettre le dialogue, le partage, la recherche commune de solutions aux défis de nos sociétés plurielles. Il doit venir en complément et en interaction des cours propres à chaque cheminement. On ne peut construire une identité collective que si celle-ci se fonde sur une identité personnelle forte, consciente, assumée, rationnelle… Le défi est de s’enrichir mutuellement tant à partir de la religion que de la raison.

En Belgique, cette réflexion se heurte inévitablement à la question des « réseaux ». Il est clair que notre système éducatif pâtit de cette coexistence institutionnelle, tant en termes de lourdeur que de passivité ou d’immobilisme. À nouveau, il serait illusoire de croire qu’il suffirait de décréter la suppression des réseaux pour résoudre – avec la même magie que pour les cours philosophiques et de religion – tous les problèmes de l’enseignement belge francophone ! Cela d’autant plus qu’il ne faut pas perdre de vue qu’une majorité des élèves concernés fréquentent une école « libre confessionnelle » !

Plutôt que de se battre contre des moulins à vent, je pense en ce domaine qu’il faut certes rationaliser et créer des économies d’échelle. L’éradication des réseaux subventionnés – qu’ils soient officiels ou libres – apporterait peut-être quelques réponses économiques. Elle ne réglerait en rien la question de la diversité ni celle – plus grave – de la qualité pédagogique de nos écoles. En écrivant cela, je ne cherche pas à placer cette qualité pédagogique d’un côté ou de l’autre. J’espère vraiment qu’elle se trouve partout. Mais ce que les observations des systèmes éducatifs semblent montrer est que la qualité pédagogique est notamment liée au degré d’autonomie et de responsabilité dont chaque entité éducative dispose. C’est d’ailleurs bien dans cette perspective que le système éducatif belge flamand a évolué vers beaucoup plus d’autonomie de ses établissements, y compris ceux du « réseau officiel de la Communauté » (anciennement, de l’État). Il est à cet égard intéressant de constater que du côté de la Flandre – alors même que le système éducatif flamand est considéré, dans les études PISA, comme un des systèmes à la fois les plus efficaces et les plus équitables –, la question des réseaux ne se pose quasiment pas, pour la bonne et simple raison qu’aujourd’hui presque toutes les écoles disposent de la même « liberté » que les écoles du réseau « libre ». On voit bien que la vraie question n’est pas celle des réseaux, mais celle de l’autonomie et de la responsabilisation. Or, le système éducatif francophone belge n’évolue pas vraiment dans cette direction (notamment en ce qui concerne les « évaluations externes certificatives » présentées comme la solution miracle à la diversité pédagogique)…

Au bout du compte, ce qui compte vraiment est de vivre et de grandir ensemble. Plus que jamais – et c’est un fait inédit dans l’histoire – nos sociétés sont caractérisées par la diversité. Le véritable enjeu n’est pas tant celui de l’intégration, mais celui de la complémentarité. Comment chacun peut-il trouver sa place dans la société, en lui apportant ce qu’il a de mieux en lui, dans le respect de sa spécificité ? La première erreur – malheureusement fort prisée – serait de nier celle-ci et d’imposer une représentation unique de la « bonne » citoyenneté. Or, être citoyen, ce n’est pas être un petit robot lobotomisé. Au contraire, être un citoyen, n’est-ce pas avant tout agir et participer librement et consciemment au bien-être commun, solidaire et durable ?

samedi 31 janvier 2015

Quand on ne peut mentir

FMG©2015

Quatre-vingt bougies pour 80 belles années ! C’est toujours un beau moment. Quand la jubilaire ne les paraît pas, semble plutôt une jeune fille pleine de vigueur et d’enthousiasme, prête à rire de tout, ce moment devient quelque peu divin et transcendant.

Ce n’est plus une jeune fille. Elle a cinq enfants et je ne sais pas combien de petits-enfants. Ce sont les cinq qui ont organisé cette fête. À la bonne franquette et en toute simplicité.

Mais il y avait là une magie. C’est difficile à décrire et ce serait d’ailleurs inutile de le faire. Mais il y avait une force et une joie de vivre aussi collective que profonde. Une vraie communion dans le plaisir de la musique et de la création. Quand on est confronté à une telle énergie positive, on ne peut que se faire tout petit et qu’apprécier cette potion magique dont la recette est inconnue. En se disant définitivement qu’il n’y a là qu’une certitude : celle de ne pas pouvoir mentir !

Quand au bout d’un montage photo plein de vivacité, d’humour, de légèreté, de tendresse et de vérité, j’ai vu – devant moi – une petite fille venir se blottir dans les bras de sa grand-mère Baga, je sais – je l’ai vu – que le temps s’est arrêté quelques secondes. Il y avait là tout le bonheur du monde. Et je n’ai pas cherché à retenir cette petite larme qui coulait sur ma joue. Sans mentir, j’avais là – devant moi – le vrai bonheur. C’était… oui, c’était merveilleux !

samedi 24 janvier 2015

Pour plus d'un mètre cinquante

FMG © 2015

Hier, 23 janvier 2015 (alors qu’il n’y avait pas encore de neige), j’attendais avec impatience l’arrivée d’un nouveau CD de Georges Chelon, envoyé depuis la France par recommandé international. Au bout du compte, je suis bien entré en possession du dit CD, mais non sans mal.

Aux alentours de 13 heures, l’heure de passage du facteur, j’attendais attentivement le moindre son de sonnette. Rien. À 13h50, je suis allé vider la boîte aux lettres. J’y ai trouvé un avis, horodaté à 13h40, signalant qu’un paquet m’était destiné, mais qu’étant donné qu’il n’y avait personne à la maison, je pouvais aller le chercher à partir du lundi 26 au bureau de poste situé à 10 km de mon domicile !

Les heures d’ouverture du dit bureau combinées à mes propres contraintes étaient telles que je ne pouvais espérer y aller chercher le précieux paquet que mercredi 28, dans l’après-midi. J’ai alors décidé de prendre le risque de m’y rendre ce vendredi 23 vers 16 heures. C’était une bonne idée : mon paquet était déjà là et j’ai pu ensuite découvrir ce 37e album inédit, en 50 ans de carrière, de Georges Chelon. Album assez intéressant d’ailleurs, avec des sons nouveaux ! Bref, tout finit bien, mais pas dans le meilleur des mondes !

Ce matin, j’ai téléphoné au 022 012345, service de la clientèle chez bpost. Après l’habituelle – mais énervante – attente relationnelle avec une machine à aiguillage pas tout à fait contrôlée, j’ai enfin été en contact avec une personne humaine. Charmante, c’est le moins qu’on puisse dire ! À la limite, je me retrouvais allongé sur un divan psychanalytique tant il y avait là d’assertivité libidineuse !

Au-delà de la sensualité de la voix de mon interlocutrice, j’ai ainsi appris qu’il y avait quelque part un règlement qui dit que dès que la distance entre la boîte aux lettres – inévitablement située sur le bord de la voie publique – et la sonnette d’entrée dépasse 1,50 m, le préposé au courrier n’est pas obligé de franchir la distance outrepassant cette limite et peut se contenter de déposer un avis dans la dite boîte aux lettres !

Je l’avoue : il y a bien 4 mètres, peut-être même 5, entre la boîte aux lettres que nous avons dû installer « au bord de la route » et la sonnette restée à côté de l’ancienne boîte aux lettres ! Je suis donc coupable et je ne mérite que le sort qui m’a été réservé par le facteur ! Sa charmante collègue que j’avais au bout du fil m’a quand même suggéré de coller un bouton de sonnette sans fil sur ma boîte aux lettres. Que voilà une bonne idée ! Cela va effectivement tout changer dans le travail du dit facteur. Moi, ça me coûterait quelques dizaines d’euros, mais de quoi devrais-je me plaindre ?

Bref, j’ai eu mon colis. Au prix d’une demi-heure de route pour parcourir les 20 km. Au prix du carburant actuel et des autres frais liés à ma voiture, cela ne fait jamais que 6,2 EUR. Bêtement dépensés parce que M. le facteur avait le droit de ne pas parcourir les 2,50 m supplémentaires le reliant à la malheureuse sonnette qui lui aurait permis d’avoir un contact humain heureux et chaleureux !

Dernière chose, qui n’arrange rien. Ma charmante interlocutrice téléphonique m’a dit, quand je me désolais de la qualité du service au public : « Mais vous savez aujourd’hui, la Poste est privée… ». Je lui ai répondu que je travaillais aussi dans une société privée et que – justement – je savais ce que signifiait dans ce cas la qualité du service au client, sans laquelle nous ne nous maintiendrions pas sur le marché… Elle m’a dit «  Vous avez raison, mais vous savez comment vont les choses. Si ça ne tenait qu’à moi… ».

Et pourtant, Madame aussi gentille que vous soyez, oui, cela ne tient qu’à vous et à vos collègues. Au-delà des règlementations stupides décidées par des machines sans cœur, il reste le vôtre. Il faut parfois l’écouter ! Au-delà d’un mètre cinquante !

vendredi 16 janvier 2015

Au-delà de la sécurité

Les mesures sécuritaires sont sans doute nécessaires. Quand un quelconque objet se rapproche de nos yeux, le réflexe évident est de les fermer. Mais l’erreur serait de les garder fermés indéfiniment et de croire que parce qu’on ne voit plus rien l’objet volant non identifié a disparu. Au-delà de la sécurité, il faut prendre d’autres mesures. Rien n’indique que nos gouvernements l’ont compris.

Nos sociétés ne sont plus monolithiques. C’est la réalité évidente. Faire comme si ce n’était pas la réalité ou penser qu’on peut encore vivre exclusivement dans une « société occidentale fondée sur les valeurs chrétiennes » ne peut mener que droit dans le mur. Nos sociétés sont plurielles, diverses, multiculturelles, pluri ou a-religieuses, variées, bariolées. Plutôt que de vouloir imposer une conception unilatérale de la culture et/ou de la vie en société, il est urgent de prendre en compte, de promouvoir et de renforcer la diversité, dans le respect de chacun.

C’est dans cette perspective que se situent les réelles mesures de fond à prendre. Bien sûr, il faut nous protéger de la barbarie. Mais il faut surtout faire tout ce qui est possible pour que celle-ci n’ait plus de raison d’être et qu’elle ne trouve plus d’écho auprès de jeunes déboussolés.

Au moment où je réfléchissais sur ces mesures à prendre, la blogueuse Anne Löwenthal a proposé sur sa page Facebook 12 mesures alternatives aux 12 mesures sécuritaires gouvernementales. Je les reprends ici parce que – globalement – elles correspondent à ce que je pense. On peut de toute évidence en discuter certaines, elles ne sont assurément pas suffisantes en elles-mêmes, mais au moins elles ont le mérite d’exister et de s’ouvrir à d’autres voies plus constructives :
  1. Une réforme en profondeur de l'enseignement
  2. La création d'un service d'accueil et de désintoxication des jeunes embrigadés par des extrémistes

  3. La fin des exclusions des chômeurs et la réintégration des exclus
  4. Un renforcement des associations d'alphabétisation

  5. L'instauration d'une allocation universelle avec un partage du temps de travail

  6. L'ouverture de crèches pour garantir un accueil de qualité à tous les enfants

  7. Une réelle gratuité de l'enseignement

  8. Un renforcement des moyens alloués à la culture

  9. Un renforcement des services sociaux

  10. La suppression des SAC (sanctions administratives communales)
  11. L'intensification de la lutte contre les discriminations

  12. La fermeture des prisons au profit de mesures alternatives.
Il faut aussi œuvrer à l’ouverture. En découvrant au fil des heures les événements sanglants de la semaine du 7 janvier 2015, j’ai été stupéfait d’apprendre qu’il y avait des « Hyper Casher » ! Je trouve normal que les Juifs puissent facilement trouver de la nourriture correspondant à leurs convictions. Mais ils devraient pouvoir le faire dans n’importe quelle surface de distribution. Le jour où on trouvera dans le même magasin des produits « occidentaux », mais aussi des produits « casher », « halal » ou toute autre spécificité, alors peut-être aura-t-on dépassé les communautarismes et pourra-t-on vivre tout simplement dans cette société plurielle qui est la nôtre. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut agir en ce sens. Il faut que les politiques prennent des mesures pour favoriser cette ouverture.

Tant qu’ils se contentent de protéger l’autruche qui cache sa tête, on ne s’en sortira pas.

dimanche 11 janvier 2015

Paroles d’un musulman comme vous et moi

En ce jour de grandes manifestations pour la liberté d’expression, je suis tombé sur le fil d’une discussion sur Facebook. En soi, celle-ci ne m’intéressait pas trop, mais j’ai été interpellé par les propos de Youness, un musulman parmi d’autres. Ce qu’il écrivait me semblait empli de sagesse, de vérité et d’humilité. Je me permets de retranscrire ici ses propos, sans modification autre qu’orthographique. Pour moi, le sens des manifestations de ce jour est entièrement contenu dans ces mots.

Youness
Bonjour, je voulais intervenir en disant juste une chose. La culture musulmane est différente de la culture belge (pour prendre un exemple). Dans notre religion, nos croyances, nos pensées, nos actions sont en lien avec une intimité que l'on crée avec Dieu. Si c'est intime, on ne va pas en parler à la TV ni sur Facebook. Les musulmans n'écoutent pas les imams, les mouftis, les représentants religieux ou politiques lorsqu'il s'agit de religion. C'est intégré dans notre culture. C'est pour cela que selon moi, la ligue arabe et les autres représentants ne le font pas. Après, c'est dommage que les gens ne voient que les méfaits faits par les extrémistes arabes ou noirs (pas musulmans !) et pas ceux des autres parce que la barbarie et la connerie sont une des caractéristiques de l'homme (au regard de l'histoire et du présent) et non des musulmans.

Benoît
La relation intime avec Dieu est une chose, mais l’organisation sociale en est une autre. Par exemple, Erdogan, Président islamiste de la Turquie (et donc élu par les musulmans de son pays ou alors je ne comprends plus rien) a déclaré le 24 novembre 2014 (j'imagine que cela fait partie de sa demande d'adhésion à l'Union Européenne) : « Notre religion (l’Islam) a défini une place pour les femmes (dans la société) : la maternité » (ce qui n’est pas sans rappeler ce que déclarait Adolf Hitler en 1925 : « Le seul rôle de la femme dans la société est d’être mère »). J’imagine que tu désapprouves entièrement ses propos et que pour toi, la femme doit avoir dans la société les mêmes droits et les mêmes devoirs que l’homme.

Youness
Oui, je désapprouve le discours d’Erdogan et justement, mon propos dans mon commentaire était que les Musulmans n'écoutent pas les discours des politiques et donc que se baser sur cela fausse le débat à mes yeux. Vous savez ce que c'est la politique : tous tiennent des discours afin d'être réélus et de plaire à leur électorat. Une grande partie des discours tenus et défendus par les politiques n’est pas appliquée plus tard dans leur politique (je parle en général et pas que pour la Turquie). Vous savez aussi que tous les mois, il y a des manifestations et des révoltes en Turquie qui sont durement réprimée, preuve que tous les Turcs ne sont pas d accord avec lui.
Je voudrais ajouter que des politiciens occidentaux ont déjà tenu ce genre de discours qui vise à discriminer et à enlever des droits à un groupe de personnes. Ex: les homosexuels en France (tous les discours des politiques dans les média, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy...), les discours de George W. Bush où il met Dieu au centre de tout, ce Dieu qui l’a sauvé de l'alcoolisme et qui sauvera l'Amérique de ses ennemis.
Je voudrais répondre aussi sur la question de l'intégration (…). Pour moi, la question ne se pose pas. L'Islam est intégré dans la société occidentale. Les Musulmans occupent une place active dans l'économie des pays, la culture, la politique (il y a beaucoup de personnes de confession musulmane au PS, au cdH, au MR, chez Écolo... preuve qu'on rentre dans les normes et qu'on n’essaye pas d'imposer les nôtres (qui sont finalement très proches lorsqu'on regarde ce qui nous rassemble et pas ce qui sépare)). De plus en plus de Musulmans ont des responsabilités et il y en a encore plus qui n’en ont pas mais qui sont heureux de vivre et de leur vie (chauffeur de bus, épicier, éboueur, femme de ménage, fonctionnaire, employé, employeur... la liste est longue). L'Islam, c'est la relation de l'intime avec Dieu. Donc, ça nous est propre et ça m’a aidé à prendre conscience que si on a une base (des croyances, une idéologie, tout ce qu'on veut), les autres aussi ont la leur et qu’elle n'est pas forcément la même que moi.
Dans cette optique, j’ai pris conscience que je n'ai pas à juger ou à imposer ma vision parce que c'est de l'ordre de l'intimité et donc à chaque personne son droit de croire, si moi j'en ai le droit.
Cet enseignement est répété plusieurs fois dans le Coran. Je le prends comme de l’ouverture et comme de la liberté d’expression également.
J'aimerais finir en disant que ce sont mes propos et ma vision. Elles me sont propres. Je n'ai aucune vérité absolue. Je n'ai de certitude sur cette terre que chacun est différent, a vécu des expériences différentes et que notre discours est le reflet de notre vie. Je n'aurais peut-être jamais dit cela si j'étais né au Caire, à Saint-Denis, ou à Embourg. (…) Prendre ses expériences personnelles, des faits divers, des discours de politique... n'est pas constructif. On pourra toujours trouver quelqu'un d'autre, d'important ou de moins, qui aura un avis contraire ou convergent au nôtre.
Ne faut-il pas se focaliser sur les maux de la planète et sur leurs causes et non leurs conséquences (comme les médias le font) afin de comprendre le problème ? Merci.

mercredi 7 janvier 2015

Monde de merde

 
Monde de merde. C’est le titre du Gorafi. En ce jour de barbarie, il n’y a – provisoirement – plus place pour la satire, pour l’humour (aussi noir soit-il), pour la vérité qui dérange. L’humour est en deuil. Et c’est insupportable.

Charlie Hebdo est massacré. J’espère qu’il renaîtra plus caustique que jamais, plus lucide que l’aveuglement généralisé, plus puissant que la bêtise humaine. Ça ne va pas être simple, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais il le faut. Nous avons tous besoin – fondamentalement – de Charlie Hebdo. C’est une question de survie.

Nous sommes tous aujourd’hui des Charlie. Sauf bien sûr – et malheureusement – les ignares. Ceux qui parviendront encore à y redire, à prétendre qu’ils l’ont bien cherché ! La seule chose qu’ils ont cherchée, c’est à nous ouvrir les yeux, à nous garder éveillés, à ne pas nous laisser endormir.

Leur rendre hommage, dans les mois qui viennent, sera d’être plus que jamais vigilant, de refuser toute atteinte à la solidarité, de contrer tous ces amalgames simplistes et réducteurs, de ne se laisser embobiner par personne, et surtout pas par les puissants et autres endormeurs.

Alors, Charlie Hebdo vivra. Inexorablement.

mercredi 31 décembre 2014

Chaleur et lumière

FMG©2014

L’année 2014 se termine comme elle a été : chaude et lumineuse. Il semblerait qu’elle soit l’année la plus chaude depuis 1900, avec une moyenne supérieure à 1,2°C par rapport à la normale (période de référence 1981-2010). Les températures ont été nettement supérieures aux normales sur la plupart des mois de l'année, exceptions faites de mai et juillet qui ont connu des valeurs proches des normales et d'août qui a été particulièrement frais. Ces chaleurs s’accompagnent de lumière, évidemment. La production de mes panneaux photovoltaïques est de son côté supérieure de 4% à la moyenne des années précédentes, près de 6% de plus qu’en 2013.

Doit-on s’en réjouir ? Oui, bien sûr : il est très agréable d’avoir un peu plus de chaleur et un peu plus de lumière. On ne peut que s’en sentir mieux… et il serait bien stupide de ruminer contre ces petits plaisirs !

Néanmoins, cette année 2014 n’est pas vraiment une exception, mais s’inscrit dans une tendance constante observée cette dernière décennie : exception faite de 1989, les dix années les plus chaudes observées à ce jour en Europe depuis le début du XXe siècle sont toutes postérieures à 2000. À terme, ces quelques degrés supplémentaires bien agréables ponctuellement peuvent se révéler catastrophiques pour la planète.

Les soubresauts climatiques sont ce qu’ils sont. Qu’en est-il des soubresauts vitaux, ceux qui font que les années se suivent, sans jamais vraiment se ressembler tout à fait ? De mon côté, il y eut de beaux moments de chaleur et de lumière. Ce sont eux que je veux garder en mémoire. Ce sont eux que j’ai envie de revivre, non pas semblables, mais dans la lignée. Il y eut évidemment aussi de moins beaux moments, plus froids et plus sombres. Ils font aussi partie de la vie et en constituent le sel indispensable. Même si je m’en passerais volontiers.

Je vois autour de moi que beaucoup craignent 2015 dont les perspectives seraient plus sombres que lumineuses. Il faut reconnaître que ça ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices, à de nombreux égards. J’ai appris cependant à ne pas tirer des plans sur la comète, que ce soit dans un sens ou dans un autre. Vivre pleinement le moment présent.

Dans la chaleur et la lumière, comme aujourd’hui !

dimanche 28 décembre 2014

L’immuable changement

FMG©2014

Voilà plus de 20 ans que je viens chaque année en changer dans cette petite partie méridionale et occidentale des Pays-Bas, là où le Zwin étale sa sérénité suave et vivifiante. Les paysages sont toujours aussi splendides et profonds, surtout quand le soleil froid est de la partie.

Cette année, plus encore que les autres, la première chose qui m’a frappé en entrant dans la zone de promenade – outre cette beauté intrinsèque – consiste dans tous les changements qui sont apparus depuis l’année dernière. En réalité, de nombreux travaux sont réalisés pour améliorer le mouvement des marées et, par là, désensabler le Zwin. Même en dehors de ces travaux cependant, j’ai pris conscience combien ce paysage majestueux change chaque année, chaque saison, chaque jour, tout en restant fondamentalement lui-même.

N’en est-il pas ainsi de toute chose, de toute personne, de toute relation ? Tout en restant foncièrement elles-mêmes, elles changent chaque année, chaque saison, chaque jour. On peut ne pas apercevoir ces changements et croire qu’on a toujours en face de soi la même personne engagée dans la même relation. Lorsqu’un événement quelconque fait apparaître distinctement les modifications qui se sont accumulées petit à petit, le réveil peut-être difficile. À force de croire que rien ne changeait, on finit pas vraiment découvrir, brutalement, une nouvelle personne ! On peut aussi apercevoir ces changements et vouloir les refuser. Mais peut-on empêcher l’eau de creuser le lit qu’elle veut dans le sable de la plage ?

Au-delà des ces attitudes d’aveuglement ou de rejet, il existe heureusement de nombreux autres chemins. Accueillir le changement permanent comme un élément de la beauté du paysage, de la personne, de la relation est sans doute la meilleure voie pour l’accompagner et découvrir au passage des recoins de lumière, de tendresse et de vérité qui renouvellent la vie.

jeudi 25 décembre 2014

Malade

Voilà quatre jours que ça dure : je suis malade. Rien de bien grave évidemment. Juste une « crève » comme on dit dans le langage populaire. Sans doute pas la grippe. Mais une bonne dizaine de symptômes – dont je vous passerai l’inventaire – qui font que je me sens mal, pas bon à grand chose.

Il y a des tas de personnes qui passent également par là. Il y a surtout des tas de personnes qui souffrent de maladies bien plus graves que ce refroidissement passager. N’empêche, dans ce genre de circonstances, on se sent bien peu de choses. Pis : je fais partie de ces hommes – ne sont-ils pas tous comme ça ? – qui dès qu’ils sont malades se sentent proches de la mort !

Ce qui est frustrant, c’est que cette semaine est pour moi une semaine de congé, après quelques mois de travail bien remplis. C’est frustrant, mais sans doute logique. Tant qu’on est dans l’action, on ne laisse pas beaucoup de place pour que la maladie s’infiltre. Mais il suffit de relâcher un peu la pression pour qu’elle trouve un terrain propice. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est malade uniquement parce qu’on le veut bien, mais il y a un peu de ça quand même.

Certains penseront que c’est aussi frustrant parce que cela tombe dans une semaine de fête. À vrai dire, je n’ai jamais trop aimé cette période de fin d’année avec toutes ces fêtes qui se succèdent. Ce n’est donc pas essentiel pour moi, mais je reconnais qu’hier soir, lors d’un petit réveillon entre amis, j’avais plutôt l’impression de plomber l’ambiance et je n’aimais pas trop ça. Même si physiquement ce fut une soirée pénible, c’était quand même bien sympathique.

Ce billet est évidemment un peu sinistre – sans compter sa vacuité sémantique – mais en ce jour, je le terminerai néanmoins, sans trop de conviction, par un « Joyeux Noël ! ».

samedi 20 décembre 2014

L'amant


Y a le cœur de l’amant
Qui donne le plaisir
De ne pas se suffire
Pour vivre pleinement

Parmi tous les plaisirs de la vie, y en a-t-il de plus sublime que celui de la chair ? Je ne parle pas du sexe pour le sexe, sans aucune recherche du plaisir de l’autre. Je parle de l’échange des corps dont le seul but est d’offrir le plaisir, de donner son cœur – même si ce n’est que pour un instant – pour dire à l’autre qu’il existe pleinement, qu’il peut être au centre de la vie, qu’il est et vit !

Le mystère de la vie est immense. On existe, sans trop savoir pourquoi. Souvent, on se dit que tout cela ne sert à rien. Qu’on pourrait finalement tout aussi bien s’en priver.

Mais lorsqu’on est amant ! Lorsqu’on sent son corps vibrer avec celui qui donne le plaisir ! Lorsqu’on s’abandonne pleinement à cette délivrance ! Lorsqu’on se suffit entièrement de la jouissance offerte par l’autre ! Lorsqu’on sait, parce qu’on le vit par tous les pores du corps, que la vie n’a de sens que par la rencontre de l’autre ! Alors, on vit pleinement, en toute liberté ! Même – et surtout – si cette liberté s’exprime dans des liens durables et féconds !

Qu’est-ce qui fait vivre la vie

Qui nous porte au-delà de nous
Qu’est-ce qui nous rend fou
Qui nous donne autant d’envie

Y a le cœur de l’amant
Qui donne le plaisir
De ne pas se suffire
Pour vivre pleinement

vendredi 19 décembre 2014

Complicité

©Martin Lavoie

J’ai la chance d’avoir plusieurs ami(e)s qui sont de vrais complices. À ma manière évidemment : je ne suis pas quelqu’un de démonstratif, je n’ai pas besoin de me retrouver en permanence avec eux pour faire la fête ou simplement être ensemble. À vrai dire, ces ami(e)s, je les vois assez rarement. Mais ce sont mes ami(e)s, avec quelle complicité !

Quand nous nous retrouvons, que ce soit réellement ou virtuellement, le maître-mot est la confiance. Nous savons que nous pouvons parler de tout et de rien – plus souvent de tout d’ailleurs – sans que l’autre ne prenne la mouche ou émette le moindre jugement. Cela ne veut pas dire que la réaction critique n’est pas présente, bien au contraire. C’est justement parce que l’autre réagit, sans avoir peur de blesser, que nous pouvons ensemble aller au fond des choses et mieux les comprendre. C’est une introspection commune qui mène vers plus de lucidité et de liberté. À aucun moment, l’un ne cherche à imposer quoi que ce soit à l’autre. C’est à chacun de faire son chemin, mais celui-ci s’éclaircit toujours grâce aux lumières bienveillantes tout autant qu’exigeantes de l’ami.

À côté de ce mouvement de fond, il y a bien sûr aussi le simple plaisir d’être ensemble, de partager un repas, de boire un (ou deux) verre(s), d’écouter une chanson, de prendre des nouvelles de nos familles respectives, d’être amis tout simplement.

Savoir qu’on est de toute façon unique pour quelqu’un. Savoir qui – pour nous – est unique et sera là le jour où il faudra que ce soit le cas. Vivre chaque fois des découvertes permanentes merveilleuses. Se sentir complice, non pas d’un crime, mais d’une libération mutuelle !

Je parle de « plusieurs » ami(e)s… mais il ne faut quand même pas rêver. Ils ne sont pas légion. Ce n’est d’ailleurs pas la quantité qui compte à cet égard, mais évidemment la qualité. Et la complicité. J’avoue qu’à ce niveau, j’ai vraiment beaucoup de chance… et je les remercie !