lundi 20 juillet 2015

La chaleur

FMG@2015

Comme un peu partout en ce mois de juillet, il fait chaud. Mais vraiment chaud ! Trop chaud pour moi ! Je ne vais cependant pas me plaindre. Les mois d'hiver ont été longs et ils ne sont pas si lointains que ça. Alors, dans une approche globale, ce soleil et cette chaleur sont bien agréables. Du moins, quand on trouve un peu d'ombre. Quand on est - comme ce caillou - en plein soleil toute la journée, c'est dur !

En soi, ce n'est pas la chaleur qui me pose problème. C'est surtout le fait que je ne la supporte plus. Ou moins bien. Je me souviens d'étés tout aussi ensoleillés, en Ardèche, quand j'étais jeune. Je pouvais passer quasiment toute la journée au soleil, sans endurer le moindre coup de soleil ni de coup de chaleur. Enfin oui, un jour, j'ai eu une insolation après avoir roulé longuement dans une voiture au toit largement ouvert. Mais globalement, le soleil était mon ami et j'en profitais largement.

Mais voilà, le temps passe et le corps n'est plus tout à fait ce qu'il était. À nouveau, je ne vais pas trop m'en plaindre. Globalement, je me sens mieux dans ma peau aujourd'hui qu'il y a une quarantaine d'années. C'est une question d'équilibre entre le corps, le cœur et l'esprit, pour utiliser de grands mots ! Il n'empêche que si je suis mieux dans ma peau, celle-ci n'est plus tout à fait la même. Elle a moins de résistance. Elle est - notamment - plus fragile aux attaques insidieuses du soleil. Et ça, ça m'énerve !

Pas de raison d'en faire un drame pourtant. C'est comme ça, c'est comme ça. À la réflexion, ce qui m'inquiète plus fondamentalement, ce sont ces vagues de chaleur successives. Là où je suis en ce moment, c'est normal ; ce qui serait inquiétant serait la pluie et le froid. Mais qu'il fasse (très) chaud un peu partout, c'est moins normal. Et les signes ne manquent pas pour penser que ce mouvement climatique ne va pas s'arrêter dans les années qui viennent. Nous devrons nous y adapter. C'est l'évidence, mais ce ne sera pas évident... En attendant, il fait chaud et je me sens un peu comme ce caillou.

vendredi 17 juillet 2015

La planète bleue

FMG©2015

Mine de rien, il y a de jolis coins sur la Terre. Rien de bien nouveau dans ce constat. Mais pouvoir le vivre de près est toujours un émerveillement renouvelé.

Il suffit alors d'un peu (beaucoup) de soleil, d'un peu (beaucoup) d'une étendue d'eau salée, d'un peu (beaucoup) de terres, de roches et de verdure sauvage, et on n'a plus alors qu'à profiter de ces tonalités majoritairement bleues, pleines de lumière et de douceur.

Pas envie d'en dire beaucoup plus aujourd'hui. Juste le bonheur de profiter de tant de beauté lumineuse. 

jeudi 16 juillet 2015

La carte de crédit


FMG@2015

Aujourd'hui, quoi de plus banal qu'une carte de crédit ? Alors que la mondialisation s'est imposée à  de multiples niveaux, la carte de crédit sert à effectuer de nombreux paiements. Bien maîtrisée, elle est un outil précieux et indispensable. En dehors du système international qui permet de la gérer, la carte en elle-même évolue. Ainsi, celle que j'ai reçue il y a un mois, en renouvellement de la précédente périmée, a la particularité de ne plus avoir d'inscriptions en relief, utilisables avec l'antique "sabot". Très bien, sauf que...

Sauf que tout le monde n'évolue pas à la même vitesse technologique que nos banques belges. En réalité, la plupart des paiements se font de manière électronique et c'est la puce contenue dans la carte qui est seule utile. Pourtant, arrivant en vacances sur une île européenne et après une longue attente dans la file, lorsque j'ai voulu prendre possession de la voiture de location que j'avais réservée et payée depuis mon ordinateur, j'ai présenté les trois cartes nécessaires, toutes les trois au même format : ma carte d'identité, mon permis de conduire européen et ma carte de crédit. 

Directement, mon interlocutrice m'a dit, dans une langue universelle aussi étrangère pour elle que pour moi : "Ceci n'est pas une carte de crédit" ! J'ai eu beau lui expliquer, dans cette langue universelle que je manie fort mal, que c'en était bien une, que ma banque m'avait bien dit qu'il fallait insister, que je n'avais jamais vu un pays aussi retardataire, que j'allais dénoncer l'agence de location devant la Cour européenne de Justice, etc., rien n'y fit, cette (jolie) préposée me répétait toujours la même chanson : "Ceci n'est pas une carte de crédit" ! J'avais évidemment bien compris que ce qui lui manquait, c'étaient les inscriptions en relief, seules susceptibles d'être imprimées grâce au sabot en guise de garantie de paiement en cas d'accident.

Pas de panique : l'histoire finit bien. Ayant été un grand voyageur, lorsque ma banque était passée de la carte Visa à MasterCard, sachant que certains pays ne connaissaient pas encore cette dernière (mais oui, mais oui), je m'étais mis en recherche d'une carte Visa gratuite (tout comme ma MasterCard), avec succès. Bref, j'ai sorti de mon chapeau magique ma carte Visa avec tous les reliefs nécessaires et je fus émerveillé par le sourire instantané de la (belle) hôtesse. Quelques minutes plus tard, nous roulions au volant de la voiture tant espérée.

Dans cette affaire, vous avez bien compris que je ne parviens pas à en vouloir à cette charmante femme qui ne faisait que son boulot, avec les outils en sa possession. J'en veux surtout à ma banque (dont je suis pourtant un fervent utilisateur). C'est très bien d'être à la pointe du progrès, mais ils n'ont pas à supprimer les inscriptions en relief si un commerçant quelconque dans le monde - il en suffit d'un seul ! - utilise encore le sabot. Ma carte de crédit est censée m'être utile partout. Je disposais d'une solution alternative, mais que se serait-il passé si ce n'avait été le cas ? Je n'ose y penser !

J'en veux aussi à l'agence de location. Celle-ci disposait bien d'un terminal électronique, mais les procédures ne permettent apparemment pas d'utiliser celui-ci et de se passer du sabot pour "bloquer" cette garantie. Et si elles le permettent, l'agence aurait dû en informer son personnel.

Puis, j'en veux de manière plus large à notre société mondialisée qui fait qu'on n'existe plus qu'à travers nos multiples cartes. Sauf erreur, c'est dans la BD géniale "SOS bonheur" que Hermann dénonce cet état de fait à travers le cas d'un personnage qui a perdu sa carte d'identité et qui donc - pour le système - n'existe plus, n'a plus d'identité, celle-ci n'étant liée qu'à la carte ! C'est horrible.

mardi 7 juillet 2015

OXI, c’est aussi…

N’étant ni économiste, ni politologue, pas même sociologue, je me garderai bien ici de tirer la moindre analyse ou conclusion qui dépasserait mes compétences. Les Grecs ont dit « Non ». C’est la seule chose certaine. Mais « non » à quoi ? Certains y voient un mouvement de fond annonçant un large refus populaire des politiques néolibérales antisociales. D’autres affirment que les Grecs sont décidément des paresseux patentés qui refusent de faire le moindre effort…

Ni les uns ni les autres n’ont sans doute raison. Les Grecs ont simplement dit « Non » à des mesures qui ne tiennent aucun compte de leur situation, de ce qui fait qu’ils se trouvent dans cette situation. C’est exactement ce que dit, en France, un Henri Guaino, membre du mouvement « Les Républicains » ! Si les Grecs ont de telles dettes, c’est que les grandes banques multinationales ont tout fait pour qu’il en soit ainsi. Sous couvert d’aide, elles ne faisaient qu’accroître la dette publique qui inévitablement devrait leur être remboursée, agrémentée de taux d’intérêt qui feraient aujourd’hui rêver n’importe qui. Qu’on ne s’y trompe pas : ceux qui tiennent aujourd’hui les cordons des marionnettes ne sont que les financiers privés qui ne travaillent pas plus que vous ou moi, mais qui n’ont qu’une seule visée : celle de leur profit, peu importe que celui-ci soit au détriment d’un peuple. En disant cela, je ne cherche pas à excuser les erreurs de gestion grecques. Elles sont évidentes. Pouvait-il en être autrement ? En attendant, les responsables politiques s’illusionnent avoir le moindre pouvoir, alors qu’ils ne sont que des marionnettes des financiers et des banquiers qui furent eux-mêmes largement aidés par les États lorsqu’ils rencontrèrent quelques difficultés, en 2008 par exemple ! Le « non » du peuple grec ne changera évidemment – malheureusement – rien à ce jeu de dupes, puisque les véritables coupables restent les maîtres du jeu. Impossible de savoir aujourd’hui sur quoi cela débouchera. Une certitude cependant (avec toutes les nuances émises dans le premier paragraphe de ce billet) : la solution finale ne sera pas au détriment des vrais créanciers, ces financiers privés qui ignorent ce que les mots « État démocratique et social » signifient.

Il ne faut donc pas trop s’extasier devant cette victoire du « Non ». OK, le peuple a dit non. Mais pouvait-il dire autre chose ? Il est – selon moi – illusoire de penser que ce « non » en annonce d’autres, futurs rejets de tout ce qui pourrait se décider au niveau européen. J’ajoute que – toujours selon moi – il n’y a pas de solutions possibles aujourd’hui pour les millions de citoyens européens en dehors d’une Europe forte. Cela n’exclut pas le respect de spécificités locales, régionales, nationales… Mais on ne peut trouver sa place dans le monde actuel qu’au sein d’une Union forte et solidaire. Et sociale.

En réalité, le véritable enjeu de tout ce qui se passe aujourd’hui est là : construire une Europe sociale. Et même, plus largement, construire un monde social, où chaque être humain s’y retrouve en trouvant sa place et en y étant respecté. Je ne suis pas trop optimiste à ce niveau. Il reste toujours les « joueurs de marionnettes » qui maîtrisent réellement le jeu et qui n’ont rien à faire de celui ou celle qui voudrait simplement exister et vivre de manière décente.

Alors, bien sûr, les Grecs ont dit « Non ». Je m’en réjouis. Mais cela ne me donne aucune illusion. Qu’en pense mon banquier, pourtant honnête, j’en suis certain ?

vendredi 3 juillet 2015

Ils l'ont fait

Aujourd’hui, à 17h56 (heure belge), Solar Impulse 2 s’est posé à Hawaï après un périple de plus de 8000 km et 120 heures, au départ du Japon. Uniquement grâce à l’énergie solaire captée par les panneaux répartis sur ses ailes monumentales. Grâce aussi à la volonté de son pilote, André Borschberg, qui pendant tout ce temps n’a fait que des siestes d’une vingtaine de minutes. Grâce enfin à toute l’équipe qui est derrière cet exploit technologique qui devrait figurer en bonne place dans les annales de l’histoire aéronautique.

Mais pas que. Ce projet a – ou devrait avoir – des répercussions dans notre vie de tous les jours. Amélioration de l’efficacité des panneaux solaires. Stockage de l’énergie dans des piles « propres ». Il est aussi une visée de fond : on peut réaliser des merveilles rien qu’en se fondant sur les énergies naturelles. Pousser cette logique au bout de son raisonnement – par exemple en remplaçant toutes les ampoules à incandescence par des ampoules leds, ou tous les chauffages à résistance par des pompes à chaleur – permettrait, rien que pour la Belgique, de se passer d’une ou deux centrales nucléaires. Et ça, ce n’est pas du rêve. C’est la réalité d’aujourd’hui.

Ce projet, dont j’ai déjà parlé, est – selon moi – un des projets les plus importants et les plus enthousiasmants pour notre présent et notre futur. Il montre que l’impossible devient possible quand on y croit et qu’on développe les moyens techniques nécessaires pour y arriver. Il y a encore beaucoup à faire pour éliminer toutes les sources de pollution et de dégradation de la Terre. Le projet Solar Impulse n’est peut-être qu’une goutte d’eau dans cette démarche. Mais quelle goutte d’eau !

samedi 27 juin 2015

Les petits riens

L’espoir © Claude Théberge

Y a la trace d’une larme

Dans les yeux de l’ami

Qui se fait du souci

Lors d’un départ aux armes

Y a le regard aigri

De ce père qui s’inquiète

Quand son fils le rejette

Se sentant incompris 

Y a ce brin de tristesse

Quand la terre se révolte

De manière désinvolte

En montrant nos faiblesses

Y a cet abattement

De se sentir vidé

Avant de retrouver

L’insouciance de l’enfant

La vie est loin d’être une partie de plaisir. La joie des uns fait parfois naître la tristesse des autres. Il suffit d’une fille d'un autre qui réussit brillamment une étape de son parcours scolaire pour qu’on sente toute la difficulté d’assumer les échecs répétés d’un fils qui demeure fils chéri, malgré les désillusions. Il suffit d’une violence aveugle et stupide pour qu’on craigne la détente tant attendue. Il suffit d’un moment passager de solitude triste pour imaginer qu’il n’y a que le vide, partout.

Ce sont les petits riens de la vie. Ils ne sont rien. Mais ils font tout. Ils sont petits. Mais c’est à travers eux qu’on grandit. Ils ne font que passer, souvent ils sont déjà passés. Ils rôdent sans qu’on les identifie vraiment. Ils nous submergent parfois. Pourtant…

Pourtant, c’est à travers eux – souvent – qu’on communie avec le sens profond de notre vie. La désillusion devient l’occasion de se rapprocher. La violence externe et extrême permet de se resserrer autour d’un projet commun. Le vide débouche – sans qu’on sache trop comment – vers le plein délié qui crée le tout.

On se retrouve alors sans l’avoir voulu comme un enfant qui s’extasie devant le vol d’un papillon, devant la douce harmonie d’une bulle qui plane avant de s’éclater, devant la beauté éphémère de cette fleur insignifiante qui devient trésor parce qu’on l’offre à l’être qu’on aime. Et la vie reprend son cours.

Qu’est-ce qui fait vivre la vie


Qui nous porte au-delà de nous

Qu’est-ce qui nous rend fou

Qui nous donne autant d’envie


samedi 20 juin 2015

Aquarelle

Une nuit, celle du 8 décembre 1973, mon frère Étienne eut la mauvaise idée de vouloir tourner à gauche sur une voie fortement fréquentée. Il n’y avait pourtant pas grand monde sur la route. Il s’est néanmoins arrêté avant d’entamer son tournant. Deuxième mauvaise idée. Le conducteur de la voiture qui le suivait n’a pas très bien compris et n’a rien trouvé de mieux que de défoncer la Coccinelle bleu ciel de mon frangin. Résultat : un frère tétraplégique. Ça vous change la vie !

Un autre jour – ou peut-être une nuit –,, je ne sais pas exactement quand, Étienne a décidé de se mettre à la peinture, à l’aquarelle plus précisément. Jusque là, il ne s’était pas vraiment montré intéressé par l’art pictural. Mais il eut quand même l’idée de s’y mettre et, alors même qu’il n’avait plus la maîtrise de ses doigts, juste un peu celle de ses bras, il explora avec passion ce nouvel univers.

Une autre nuit encore, celle du 27 mars 2000, sans qu’il l’ait vraiment voulu je crois, même s’il l’avait sans doute espéré plus d’une fois, son corps le lâcha complètement et il partit on ne sait où, mais plus ici. Il est toujours vivant – quotidiennement – dans le cœur de ses frères et sœur, et sans doute aussi dans celui de certain(e)s de ses ami(e)s. Même s’il n’est plus là pour le savoir.

Ses aquarelles sont restées parmi nous. Troublantes. Fortes. Lumineuses. Avec une constante : la femme. Ben tiens, ce n’est pas parce qu’un imbécile a fait en sorte qu’un corps ne puisse plus se livrer au plaisir de la chair que les fantasmes, les désirs, les rêves disparaissent comme par enchantement sordide ! Étienne ne pouvait plus. Alors, il a sublimé, de la plus belle des manières.

Cette aquarelle toute simple se trouve dans le hall d’entrée de notre maison. Chaque fois que j’y rentre, je la vois. Dans sa simplicité. Dans son évidence. Dans sa tendresse. Et souvent, je me laisse emporter vers ce soleil et cette terre au bout de l’horizon. Accompagné de mon frère, Étienne. Vers la vie !

mardi 16 juin 2015

Examens iconoclastes

© Sébastien Jacqmin

Après une fuite ayant conduit à l’annulation de l’épreuve d’histoire du CESS (Certificat d’enseignement secondaire supérieur), voici ce soir qu’une autre fuite apparaît pour l’examen de néerlandais du CE2D, examen de fin de 4e année du secondaire, pour le moment non obligatoire. Ça fait désordre. Mais finalement, personne ne semble se poser la question iconoclaste et pourtant fondamentale : à quoi bon toutes ces « épreuves externes » ?

La Communauté française de Belgique est à cet égard un phénomène totalement unique dans le monde. La Belgique l’était déjà en son temps : depuis des lustres, il n’existait dans le système éducatif belge aucune épreuve de certification externe. Les élèves étaient bien certifiés en fin de leurs études primaires ou secondaires. Mais la décision de certification appartenait aux équipes éducatives locales qui organisaient le processus d’évaluation en fonction de leur réalité et de celles des élèves. Il existait bien sûr une procédure officielle d’homologation, mais celle-ci était plus formelle qu’autre chose.

Puis, vinrent les épreuves PISA, avec des résultats catastrophiques. La caractéristique essentielle du système éducatif francophone belge était une « distribution bimodale » des résultats. Cela signifie qu’il y avait pas mal de bons, voire de très « bons » élèves. Mais à côté de cela, il y avait aussi beaucoup, voire très beaucoup de « mauvais » élèves. Ceux-ci faisaient vachement descendre la moyenne et la Communauté française de Belgique se montrait ainsi un des cancres des pays de l’OCDE. Il fallait réagir. On est bien d’accord là-dessus.

La solution qui a été trouvée et qui est mise en œuvre aujourd’hui – non sans difficulté ! – est de multiplier les thermomètres. On a donc instauré toute une série d’épreuves externes permettant d’évaluer les mêmes compétences chez tous les élèves et censées donc harmoniser les niveaux de maîtrise. L’introduction fut progressive, en passant d’une passation facultative et volontaire à une passation obligatoire seule à même de délivrer les certificats : CEB pour la fin du primaire, CE1D pour la 2e année du secondaire, CESS pour la fin du secondaire et CE2D pour la 4e année du secondaire.

Cette obsession de l’évaluation externe – partagée apparemment par tous les partis du paysage politique belge – est à contre-courant de ce qui se passe un peu partout dans le monde. Même la France, où le Bac est une véritable institution républicaine, a supprimé l’évaluation externe à la fin de l’école primaire et a introduit un contrôle continu jouant un rôle actif dans la décision de certification. Quant à la Flandre, la situation est simple : ce sont toujours les équipes éducatives locales qui sont responsables du processus d’évaluation certificative, ce qui n’empêche pas le système éducatif flamand d’être parmi les plus performants de l’OCDE. Sans compter que les pays nordiques, dont la Finlande, sont reconnus comme les meilleurs européens en matière d’enseignement, en absence totale de système systématique d’évaluation !

Ce qui est iconoclaste, ce n’est pas la question sur la pertinence de ces examens externes. C’est leur existence ! Ils ne servent à rien et certainement pas à réduire les disparités entre les différentes écoles ou réalités éducatives. En fait, ils ne servent qu’à dépenser de l’argent, qu’à stresser les élèves, les parents et les enseignants, qu’à susciter des imbroglios tels ceux qui se révèlent aujourd’hui. Il est cependant illusoire de croire que, grâce à eux, on pourrait d’une quelconque manière harmoniser vers le haut le niveau de compétences des élèves francophones belges. Ce ne sont que des thermomètres qui ne règlent en rien les maladies dont souffre le système éducatif de la « Fédération Wallonie-Bruxelles ». Ces maladies sont profondes. Elles sont sans doute d’ailleurs plus des maladies de notre société que celles de notre système éducatif. Relevons quand même que ces maladies sont, entre autres, liées à la réalité sociale très disparate et très sélective, au manque de clarté des attendus éducatifs, à l’incohérence des orientations et des moyens mis en œuvre par les autorités et – mais c’est sans doute tout à fait iconoclaste de le penser, de le dire et de l’écrire – aux incompétences et à la démotivation d’une bonne partie du corps enseignant.

Ces difficultés ne trouveront pas de solution durable en un tour de mains. Il y a un travail de fond à réaliser, si possible sans états d’âme. On n’est pas près d’y arriver. En attendant, selon moi, la première chose à faire serait de supprimer purement et simplement toutes ces évaluations externes, surtout les « obligatoires ». Cela permettrait de dégager beaucoup de temps, d’énergie et d’argent qui pourraient avantageusement bénéficier au véritable défi de tout système éducatif : que les élèves apprennent et s’engagent dans une véritable démarche d’apprentissage !

lundi 1 juin 2015

L’intuition magique

La session 2015, consacrée au violon du Concours Reine Elisabeth, vient de se terminer avec la victoire de Lim Ji Young. Je passerai sur l’incroyable imbroglio, lors de la proclamation des résultats, qui a amené Lee Ji Yoon à croire un instant qu’elle était la grande gagnante ! Je m’attarderai par contre sur mon intuition qui fait que – depuis quatre ou cinq ans – je ne regarde jamais – pendant quelques intants furtifs – qu’un(e) seul(e) candidat(e) qui inévitablement est nommé(e) premier(ère) lauréat(e) !

À vrai dire, j’aimerais bien pouvoir regarder plus de concurrents et pendant plus longtemps. Les musiciens qui se présentent à ce concours prestigieux sont tous des virtuoses qui dévoilent une puissance musicale souvent en train d’éclore encore, mais qui correspond à une personnalité profonde et à une véritable musicalité. Mais voilà, le temps et la vie sont ce qu’ils sont. S’asseoir devant la télévision est pour moi un acte de plus en plus rare – excepté pour regarder le journal télévisé en somnolant la plupart du temps.

Alors, à chaque concours, quand ça s’y prête, j’essaie de voir au moins une prestation. D’une part, pour entendre en quoi consiste l’œuvre imposée de l’année, avec beaucoup de questions vis-à-vis de ces morceaux de musique contemporaine. Mais ça fait partie du concours. Puis, je regarde le début du concerto du musicien sur lequel je suis tombé, un peu par hasard, il faut bien le dire.

Et chaque année, le dimanche matin, quand je prends connaissance du résultat, je suis stupéfait d’apprendre que l’unique musicien(ne) que j’ai suivi(e) se retrouve grand(e) gagnant(e) du concours. J’en parlais à mon fils tout à l’heure qui tout de suite imaginait un système de paris dont il sortirait à son tour grand gagnant. Je l’ai un peu refroidi. Si je dois constater que « ça marche à tous les coups » depuis 4 ou 5 ans, je n’oserais personnellement par parier le moindre kopeck sur la validité de mon intuition, tant elle me semble due au hasard des circonstances et du moment.

En attendant les faits sont là. Étonnants. Ils me rappellent cette capacité que j’avais à l’époque où je faisais périodiquement des missions en Tunisie à faire tomber la pluie dès que j’arrivais dans ce pays où il pleut rarement et certainement pas en plein mois d’août. C’était systématique et intriguant. Rassurez-vous : je ne me crois investi d’aucun pouvoir paranormal et je considère cela comme pure coïncidence.

Quoique. Je viens de terminer un article scientifique - « Objectiver la subjectivité » - écrit à la demande d’universitaires canadiens dans le cadre d’un ouvrage collectif à propos de l’évaluation des apprentissages dans le cadre des formations artistiques. Je parle, notamment, dans cet article de la « démarche herméneutique » de l’évaluation, ou encore de la « démarche intuitive ». Elle consiste pour un évaluateur à se construire un jugement sur la personne ou l’objet évalué sur la base de différents indices recueillis de manière plus ou moins consciente. Cette démarche est en réalité utilisée très fréquemment dans toutes sortes de circonstances et sa validité est globalement assez importante. Tout se passe comme si, intuitivement, les gens sentaient les choses et les sentaient bien. Dans le domaine de l’évaluation des apprentissages, il faut évidemment se méfier de cette démarche, car le risque est grand d’accorder trop de validité à ce qui n’est finalement qu’une intuition. On voit mal un système de formation qui déciderait de « certifier », d’accorder les diplômes, sur la seule base d’une évaluation de ce type.

Il n’empêche. Je crois fondamentalement que « les gens sentent bien les choses ». Ce n’est sans doute pas une raison pour ne fonder des décisions importantes que sur la seule base de cette intuition. Et je me refuserais évidemment – on ne me le proposerait d’ailleurs jamais – de devenir le seul juge du Concours Reine Elisabeth en me contentant de venir écouter pendant un petit quart d’heure un(e) seul(e) candidat(e) qui deviendrait dès lors inévitablement vainqueur !

N’empêche, c’est troublant, non ?

vendredi 29 mai 2015

Être belge jusqu’au bout

Il y a presque 6 ans, j’exprimais ici ma fierté devant le fait « qu’une femme musulmane puisse se montrer telle qu’elle est et assumer des responsabilités dans notre pays, sans devoir perdre son authenticité ». C’était au moment de la prestation de serment de Mahinur Özdemir en tant que députée de la Région de Bruxelles-Capitale. Son voile avait choqué certains, moi il m’avait plu par sa cohérence avec ses convictions intimes.

Mais voilà, aujourd’hui, Mahinur Özdemir est exclue de son parti, le CdH, parce qu’elle a refusé de reconnaître le génocide arménien. J’approuve pleinement cette décision. Que cette dame veuille vivre sa foi de la manière qu’elle estime bonne, c’est digne de respect. Même si je pense que le voile n’est ni une bonne compréhension de l’Islam ni une bonne manière d’assumer cette religion. Mais que cette dame refuse de reconnaître le génocide perpétré par les Turcs il y a une centaine d’années, c’est non seulement contester la vérité historique, mais c’est de plus se positionner turque avant d’être belge. Et là, c’est une contradiction inacceptable de la part d’une député dans une institution belge.

Ce refus de reconnaître la réalité de ce génocide n’a d’ailleurs aucun sens. Ce n’est pas parce que des ancêtres ont sombré dans l’ignominie en des temps perdus qu’on doit aujourd’hui assumer cette dérive. Les Allemands l’ont bien compris. Leurs ancêtres, il n’y a pas si longtemps, ont réalisé l’innommable. Plutôt que de le nier, ils le reconnaissent et créent leur vie actuelle sur une autre vision du monde et des différents peuples qui le composent. Quelles que soient les erreurs de leurs prédécesseurs. Cela, apparemment, les Turcs d’aujourd’hui en sont incapables. Malheureusement pour des raisons « politiciennes », leur leader Recep Tayyip Erdoğan ayant décrété que la grande nation turque était au-dessus de telles bassesses et que tous ceux qui oseraient le contester, fussent-ils citoyens d’autres pays, seraient définitivement exclus de la grande nation.

Mahinur Özdemir a choisi : elle est turque, non pas belge. C’est triste à dire, mais elle démontre aujourd’hui que – malgré tout ce qu’elle a pu faire croire – son « intégration » (et malheureusement aussi celle de bon nombre d’autres « citoyens belges », dont Emir Kir) est totalement un échec !

lundi 25 mai 2015

Des guerres pour rien

Le Concours de l’Eurovision est ce qu’il est. Il ne faut pas vouloir lui donner plus de valeur qu’il n’en a : c’est juste un divertissement un peu ringard qui – simplement – concerne des millions de personnes réparties un peu partout. La chanson gagnante n’est jamais la plus mauvaise. La meilleure non plus. Il y avait longtemps que je n’avais plus regardé la compétition, mais les chances de la Belgique de bien figurer m’ont attiré. J’avoue avoir regardé le spectacle avec une indifférence certaine, jusqu’à la 22e prestation.

Je ne savais même pas quel pays était concerné, mais c’était visiblement un « song protest », un chant de révolte. J’ai voulu en savoir plus et j’ai donc découvert qu’il s’agissait de la Hongrie, représentée par Boggie, pour interpréter Wars for nothing.

Un vibrant plaidoyer pour la paix. Qui, avant d’arriver à la finale, a subi les foudres d’Israël, parce qu’il dénonçait les enfants morts inutilement à Gaza en 2014. Bref, les paroles ont été changées et adoucies. Mais la chanson reste un hymne à la paix. Étonnant d’ailleurs que ce soit la Hongrie qui propose cette chanson alors qu’on connaît les tendances dictatoriales et sécuritaires de son président actuel, Viktor Orban.

En attendant, cela fait une belle chanson, classée seulement 20e au résultat final. J’en présente ici une jolie version réalisée en flash mob, avec les paroles anglaises et ensuite une traduction libre…

Do you know our Earth is a mess?
All the wars for nothing, it never ends
Everybody deserves a chance
All the souls, all the souls
Can you hear them cry?

That you live in peace does not mean
It’s okay to ignore all the pain
I see children joining the stars
Soldiers walk towards the dark
Let me ask

Can you justify all the eyes
That will never see daylight?
Give me one good reason to hurt
A helpless soul, break a heart
Kill a mind

Do you know how many innocents
Are hiding from punishment
For crimes they’d never commit?
All alone, all alone
Do they deserve

To die for believing something else?
For having a face someone can’t stand
Do you know our Earth is a mess?
All the wars for nothing
It never ends

All the souls, all alone
Hold them tight
All the souls deserve a chance
At life



Savez-vous que notre terre est un gâchis ?
Toutes ces guerres pour rien, ça ne finit jamais
Tout le monde mérite une chance
Toutes les âmes, toutes les âmes
Pouvez-vous les entendre crier?

Que vous viviez en paix ne signifie pas
Qu’il est normal d'ignorer toute la douleur
Je vois des enfants rejoindre les étoiles
Des soldats marcher vers l'obscurité
Laissez-moi demander

Pouvez-vous justifier à leurs yeux
Qu’ils ne verront jamais la lumière du jour ?
Donnez-moi une bonne raison de faire du mal
À une âme sans défense, de briser un cœur
De tuer un esprit

Savez-vous combien d’innocents
Se cachent pour ne pas être punis
Pour des crimes qu'ils n’ont commis?
Tout seuls, tout seuls
Le méritent-ils

Mourir pour croire à autre chose?
Pour avoir le visage de quelqu'un qu’on ne peut pas supporter
Savez-vous que notre terre est un gâchis?
Toutes ces guerres pour rien
Ça ne finit jamais

Toutes les âmes, toutes seules
Serrez-les
Toutes les âmes méritent une chance
À la vie

samedi 23 mai 2015

Boîte à mésanges

FMG©2015

Un jour, je ne sais plus trop bien pourquoi, des amis nous ont offert cette petite maison en bois. Elle ressemblait plutôt à une petite église et je ne voyais pas trop qu’en faire. Elle a traîné pendant tout un temps avec les choses qu’on garde sans savoir pourquoi. Puis, un autre jour, en sachant encore moins ce qui m’animait, j’ai planté un clou dans un mur pas beaucoup plus reluisant et j’y ai accroché l’objet.

Il y est resté. Il n’y avait aucune raison de l’enlever. Pas plus d’ailleurs que de le laisser là, accroché à ce clou. La force d’inertie est ce qu’elle est : immense ! Le clou n’a pas fléchi et la boîte est toujours là.

L’autre jour, j’ai cru voir en sortir un oiseau. Sans doute une mésange. Finalement, c’est ce à quoi est sensé servir ce genre de boîte : abriter des oiseaux. J’avoue ne pas y avoir accordé trop d’attention. Avec un peu de chance, je m’étais trompé. Ou cette mésange ne faisait que passer.

Tout à l’heure, profitant du temps clément, je traînais dehors lorsque j’ai cru voir à nouveau cette mésange s’envoler de son trou. Intrigué, je me suis rapproché de la boîte, sans trop savoir pourquoi. Décidément, dans cette histoire, j’agis toujours me laissant plus porté par les choses que par la raison. Arrivé près du nichoir, quelle ne fut pas ma surprise d’ouïr des gazouillis de quelques oisillons !

D’un seul coup, cette boîte à mésanges changeait irréversiblement de statut : elle devenait une maternité magique ! Ma vie et ma perception des animaux n’en sont pas fondamentalement changées. À vrai dire, c’est juste une émotion. Finalement, à part planter un clou – et encore, il était peut-être déjà là – je n’ai rien fait, si ce n’est pendre ce nichoir et le laisser tranquille.

Comme quoi, un petit gazouillis, ça vous change quand même la vie !

mercredi 13 mai 2015

Y a-t-il toujours une bonne réponse ?

FMG©2015


Finalement, qu’est-ce qui est plus joli ? Une pelouse laissée à l’abandon ou une prairie fraîchement tondue ? La gauche ou la droite ? Je ne doute pas un seul instant qu’il se trouvera des partisans acharnés de chaque position. Mais finalement, n’y a-t-il pas simplement la beauté ?

La plupart des gens passent leur temps à s’enfermer dans l’une ou l’autre conviction. De nombreux vont même jusqu’à injurier celles ou ceux qui ne pensent pas comme eux, tellement convaincus de l’infaillibilité de leur pensée. Pourtant, s’il se trouve une seule personne à penser autrement que moi, c’est que je n’ai pas tout à fait raison, non ?

Je n’ai bien sûr rien contre les convictions, quelles qu’elles soient. J’en ai moi-même de nombreuses et j’ai plutôt tendance à les défendre. Je n’hésite pas – parfois – à polémiquer, même si fondamentalement je ne me sens pas un « polémiste ». Simplement, parfois, je suis tellement étonné par certaines positions que j’exprime ce qui me semble mes évidences, sans jamais être convaincu que j’ai entièrement raison. J’essaie d’être à l’écoute de l’autre, de comprendre ce qu’il dit, de prendre en considération ses arguments. Je constate bien – la plupart du temps – que mon interlocuteur ne s’inscrit pas dans la même démarche et, souvent, je finis par me taire parce qu’il me semble tellement vain de mettre de l’huile sur le feu.

Alors, je reste avec mes interrogations. La pelouse laissée à l’abandon est-elle plus ou moins jolie que la prairie fraîchement tondue ? La gauche est-elle préférable à la droite ? La lutte féroce est-elle plus efficace que la tolérance et la négociation ? Une gestion rigoureuse de l’économie est-elle au bout du compte plus favorable à la population qu’une gestion sociale généreuse ? Les chanteurs d’aujourd’hui sont-ils vraiment plus nuls que les monstres sacrés de mes 20 ans ? Une télévision sans publicité est-elle de meilleure qualité que celle qui l’utilise pour se financer ? Les citoyens d’un État souverain sont-ils plus heureux que ceux d’un État intégré dans l’Union européenne ? Tous les candidats à l’immigration doivent-ils être acceptés par leur pays de rêve ou celui-ci se doit-il de gérer les flux migratoires ? …

Y a-t-il toujours une bonne réponse ?

jeudi 7 mai 2015

Pauvres petites bêtes

FMG©2015

Tout à l’heure, j’ai regardé un reportage du magazine On n’est pas des pigeons (RTBF). Il parlait des méchantes taupes qui dévastent nos jardins sans qu’on puisse y faire grand chose. Il y a bien sûr des tas de trucs de grands-mères, mais qui soit n’ont aucun effet (bouteille au fond percé, morceaux de verre…) ou soit n’ont qu’un effet répulsif passager (ultrason, urine…). Bref, pour l’émission, une seule solution : faire appel à un taupier professionnel qui coûte bien cher, mais qui garantit les résultats.

J’avoue que tout cela m’a surpris. D’abord, j’ai été étonné d’entendre que ce serait durant cette période de l’année que les taupes attaqueraient nos jardins avec leurs horribles taupinières. Moi, c’est plutôt en automne ou en hiver que ça se passe ! Mais bon, c’est sans doute mon jardin qui est bizarroïde.

Puis, et surtout, j’ai été étonné – pour une émission censée défendre les consommateurs – d’entendre que la seule solution efficace serait de faire appel à un taupier professionnel, ayant suivi pas moins de 3 ans d’études (sic) ! Que va faire ce taupier professionnel : creuser des trous dans les galeries principales et y placer des pièges – il y en a divers modèles – puis attendre qu’une taupe (ou un campagnol) passe par là et vienne inexorablement se faire prendre. Ça marche, c’est sûr.

Mais faut-il pour autant passer par un taupier professionnel ? Il suffit pourtant d’acheter un piège à taupe dans n’importe quelle bonne quincaillerie. Ça coûte une dizaine d’euros. Il suffit alors de repérer une galerie principale (c’est-à-dire où visiblement la taupe passe souvent), de creuser un trou en travaillant avec des gants (pour limiter les odeurs humaines), de tendre le piège, de le placer en recouvrant grossièrement de terre et puis d’attendre que la taupe vienne taper sur la pièce qui retient la pince pour sentir délicatement les crocs se refermer sur elle, sans aucun espoir de rémission. Normalement une nuit suffit. Si la taupe n’est pas passée par là, c’est qu’elle a compris l’astuce et qu’il faut placer le piège ailleurs.

Et alors, quand la pince s’est refermée, il ne reste qu’une taupe morte ! Ce n’est jamais avec plaisir que j’enlève le piège en prenant soin de laisser la taupe sous terre. Non seulement, cela lui fait une sépulture respectable, mais en plus, son odeur va décourager les autres taupes. Et on est alors reparti pour une saison sans taupe. Si par hasard elles reviennent, on recommence !

Le retour d’investissement de cette chasse personnelle est sans égal avec un recours à un taupier professionnel ! J’ai deux pièges, qui ont bien 20 ans chacun. J’ai attrapé ainsi entre une ou deux petites bêtes par an ! Je répète que ça ne me réjouit aucunement, mais ça me permet d’avoir un jardin plus ou moins convenable.

Au bout du compte, ma véritable question est de savoir pourquoi cette émission On n’est pas des pigeons n’a pas parlé de ces pièges privés et économiques. Est-ce parce qu’ils pensent qu'On est des taupes ?

vendredi 1 mai 2015

Nous sommes ce que nous décidons d'être

En ce 1er mai, quoi de plus normal que de parler d’une élue socialiste. Pourtant, en temps normal, je ne parlerais pas d’elle. Même si je pense que dans la bande de pourris que constituent les « barons » du socialisme belge, elle est la plus sincère et la plus intègre. Ce qui ne signifie pas que je la considère « sincère et intègre ». Simplement, elle l’est sans doute plus que les autres. Ce qui ne veut encore rien dire. Il s’agit évidemment de Laurette Onkelinx.

Si j’en parle, ce n’est pas pour le 1er mai et toute la symbolique que cette date est censée vénérer ! Il n’y a plus vraiment de raison d’y croire. Non, si je parle de cette femme politique belge, c’est parce qu’elle a été « attaquée » par dessous la ceinture et qu’elle a su remonter le débat.

L’émission flamande Terzake a révélé – ce que l’on savait déjà – que son grand-père Maurice Onkelinx aurait été, durant la seconde guerre mondiale, bourgmestre de sa commune de Jeuk avec l’aval des occupants allemands, qu’il aurait à la fin de la guerre été déchu de ses droits civiques pour être ensuite, assez rapidement, en 1950, réhabilité. Ça, c’est l’histoire. Elle est ce qu’elle est.

Pourquoi « révéler » cela ? Tout simplement parce que Laurette Onkelinx – devenue francophone de par les déplacements de son père Gaston – a été la première a dénoncé les connivences entre les hommes politiques N-VA Jan Jambon, Steven Vandeput, Theo Francken ou encore Siegfried Bracke et l’extrême-droite nationaliste, voire nazie, flamande. Ayant un ancêtre lui-même collaborateur, elle ne pourrait plus rien dire !

Elle a dit. Je cite. Intégralement, parce que tous les mots sont importants. « Les histoires de famille contiennent toutes leur lot de secrets. Une vie éteinte depuis des dizaines d'années révèle parfois de bonnes ou de mauvaises surprises. Je ne sais pas si ce qu'on raconte sur mon grand-père paternel est vrai ou pas. A-t-il collaboré avec l'occupant pendant la guerre ? En tout cas, mon père le dément avec fougue. Ce que je sais, quelle que soit la vérité, c'est que cela ne change en rien mes convictions et mes valeurs. La collaboration avec l'ennemi est inexcusable et j'ai une admiration sans bornes pour celles et ceux qui ont résisté. Et il y en a aussi dans ma famille qui ont eu ce courage. À toutes celles et ceux qui trouvent des excuses à la collaboration pour justifier les choix de leurs ascendants, je leur dis ceci : nous sommes bien sûr les héritiers d'une histoire, mais nous sommes surtout ce que nous décidons d'être. Nos valeurs, nos combats, sont ceux que nous choisissons. C'est ça aussi la liberté : choisir son camp en toute indépendance. Moi j'ai choisi le mien : celui de la démocratie, de la tolérance, de l'ouverture aux autres et de la justice sociale ».

« Nous sommes bien sûr les héritiers d'une histoire, mais nous sommes surtout ce que nous décidons d'être » ! Quelle vérité dans cette réponse ! Quelle force dans cette vérité ! Nous ne sommes pas redevables des errements qu’ont éventuellement faits nos ascendants. Nous sommes libres de décider ce que nous sommes et ce que nous sommes est ce que nous décidons d’être !

Dans les temps troubles que nous connaissons, cette vérité évidente est trop souvent ignorée ou niée. Par exemple, il est étonnant de voir la difficulté qu’ont les Turcs, qu’ils soient toujours au pays ou qu’ils soient immigrés ou issus de l’immigration, à accepter la réalité du génocide arménien. Nous en avons encore eu un exemple concret avec l’attitude d’un collègue de Laurette Onkelinx qui s’est débrouillé pour être absent lors de la minute de silence que les parlementaires fédéraux ont consacrée en hommage aux victimes de ce génocide. Il aurait pu, au contraire, être là et se distancer ainsi de l’horreur qu’ont commise ses ancêtres. En étant absent, au contraire, il manifestait de manière plus ou moins claire sa solidarité avec ceux qui ont commis l’innommable, pourtant nommé « génocide ».

Mais peu importe, aujourd’hui, je ne retiens que la parole forte de Laurette Onkelinx qui a su prendre ses responsabilités et dire clairement ce qu’elle veut être, ce qu’elle est : une démocrate, dusse-t-elle avoir un ancêtre proche collaborateur des pires exactions (ce qu’il n’était d’ailleurs peut-être pas).