mercredi 15 février 2017

Juste un peu d’éthique…

Un peu partout dans le monde, en Belgique – des deux côtés linguistiques -, en France… et ailleurs, les « politiciens » traversent une crise profonde dont ils n’ont apparemment pour la plupart aucune conscience de l’immensité. Quand c’est possible – et je ne parle pas ici des nombreuses fois où c’est impossible – leur argument majeur semble être « mais il n’y a rien d’illégal ! ». Ils s’obstinent dans cet argument, sans se rendre compte que la question n’est plus du tout là. La seule chose qu’on attend de leur part n’est pas la légalité – qui est de l’ordre des conditions minimales – mais un minimum de sens éthique. Et là, on est loin du compte.

Nos « élus » – enfin, du moins beaucoup d’entre eux – ne semblent plus avoir aucun sens de la réalité. Eux qui, en tant qu’élus, gagnent déjà relativement bien leur vie – je veux dire par là qu’ils reçoivent pas mal d’argent tous les mois, sans affirmer pour autant que leur vie est gagnée, car là, j’ai quelques doutes – estiment tout à fait normal de toucher en plus des « jetons de présence », quand ce n’est pas plus que ça, pour les divers mandats qu’ils exercent du fait de leur statut d’élus. À aucun moment, ils ne semblent se rendre compte qu’il y a par ailleurs des tas de personnes qui exercent, non sans compétences ni disponibilités, des mandats non moins exigeants dans le monde associatif, voire même professionnel, et cela de manière totalement bénévole. Non, ce n’est pas parce qu’on fait partie d’un conseil d’administration qu’on bénéficie nécessairement de « jetons de présence » (ou plus). Non, ce n’est pas parce qu’on s’engage au service d’une cause qu’on en retire nécessairement du profit. Non, ce n’est pas parce qu’on exerce des mandats non rémunérés qu’on est moins compétent qu’un mandataire politique qui s’enrichit sur le compte de la collectivité. Non, ce n’est pas parce qu’on a été élu à un poste qu’on peut, de manière quasi automatique, profiter du système – fusse-t-il légal – pour se remplir les poches à travers une multitude de mandats ou par l’intermédiaire d’emplois qui n’ont de vrai que l’argent qu’ils rapportent.

Il est effrayant de voir que ces pratiques affolantes paraissent à la plupart de nos élus comme des évidences nécessaires à la qualité de l’exercice de leurs fonctions. Sans se rendre compte qu’ils baignent en pleine corruption et qu’ils ont perdu tout sens du service public.

Or, c’est la seule chose qu’on est en droit d’attendre de leur part : le sens du service public. Basé sur une réelle éthique politique. En partant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, il n’y a aucun parti qui oserait déclarer : « Vous savez, nous, la seule chose qui nous intéresse, c’est de nous en prendre plein les poches ». Et pourtant, la vraie réalité semble bien se trouver du côté de ce discours politiquement incorrect.

Tous les politiciens ne sont pas à mettre dans le même sac ! Bien au contraire ! Mais il y a quand même – malheureusement – de quoi se poser des questions sur la plupart d’entre eux ! Une seule solution : qu’ils nous apportent des réponses concrètes et éthiques. Est-ce encore possible ?

jeudi 9 février 2017

Je sais tout sur vous

Mon ami Facebook me propose quotidiennement de découvrir de nouveaux amis que « je pourrais connaître ». Le plus souvent, ce sont des amis de mes amis, et il est donc assez logique que le réseau social pousse à tisser des liens qui quelque part existent déjà, puisque tout le monde sait que les amis de mes amis sont mes amis. Mais il arrive aussi que les algorithmes du logiciel me proposent des noms n’ayant aucun rapport objectif avec moi, sauf que je les connais effectivement !

Ça arrive périodiquement, mais j’ai vraiment été frappé dernièrement pas trois propositions. Trois personnes que je connais, mais qui ne sont amis Facebook avec aucun des miens. Pour deux d’entre elles, il est vraisemblable qu’un de leurs amis soit ami d’un ami de mes amis. Ce ne serait en tout cas pas absurde. N’empêche, je me demande quand même comment Facebook peut faire le lien. À moins d’en connaître plus que ce qu’on ne veut bien croire et supposer.

Le cas de la troisième personne me semble encore plus stupéfiant. Il s’agit d’une personne vivant à Madagascar et avec laquelle j’ai travaillé – dans une collaboration assez active – entre 2004 et 2009. Une époque où Facebook commençait à exister, mais sans que j’y sois déjà inscrit. Comment les algorithmes de Facebook ont-ils pu faire le lien ? C’est un vrai mystère. Et c’est un mystère inquiétant, car on peut légitimement penser que la toile connaît de nous encore bien plus que ce qu’on ne veut bien laisser paraître ou croire !

dimanche 5 février 2017

Payer (cher) ce qu’on n’a pas consommé

Il y a un an, mon compteur électrique indiquait 86 553 kWh. Relevé il y a peu avec 85 666 kWh, j’attendais relativement serein ma facture de régularisation annuelle. Ma « consommation négative » était naturelle : la maison dispose de panneaux solaires et elle n’est plus habitée depuis fin octobre. Bref, je me disais que je ne devrais pas trop payer cette énergie que je n’ai pas consommée, mais c’était sans compter les évolutions des grilles tarifaires.

Pour dire les choses comme elles sont, je suis « victime » – comme bien d’autres – de l’explosion de la bulle photovoltaïque, non pas la bulle wallonne, mais la bulle flamande qui n’a rien à envier à l’autre.

On sait qu’il y a une dizaine d’années, les pouvoirs publics tant au niveau fédéral que régional ont été très généreux pour stimuler le développement de cette nouvelle source d’énergie. Investir dans des panneaux photovoltaïques était dès lors non seulement un geste écologique durable, mais aussi un excellent investissement.

Non seulement l’État belge me remboursait, à travers les impôts, 40% du montant investi, mais de plus la Région flamande me garantissait des certificats verts pendant 20 ans, soit – dans mon cas – 330 EUR pour tous les 1000 kWh produits, sans compter l’économie liée à la non-utilisation de l’énergie fournie par les producteurs d’électricité, à concurrence des kWh produits par mon installation (principe du compteur qui « tourne à l’envers »). Au bout du compte, un rendement plus qu’intéressant tout en contribuant à un monde plus écologique.

Le succès fut énorme et tous les pouvoirs publics se sont rapidement rendu compte que c’était intenable d’un point de vue budgétaire. L’État a donc supprimé le remboursement d’impôts pour les nouvelles installations. La Flandre a décidé une disparition progressive des certificats verts, tout en maintenant ses engagements. Mais le gouvernement flamand a pris et mis en œuvre des décisions régulatrices :
  • Taxe imposée à tout le monde pour résorber la dette liée aux certificats verts, (2 milliards d'EUR), soit pour une famille moyenne 100 EUR par an ;
  • Suppression de kWh gratuits précédemment offerts, soit pour une famille de 4 personnes, une perte de 80 EUR par an ;
  • Augmentation des coûts de distribution, imposée par le gestionnaire du réseau : approximativement 12 EUR par an pour un ménage moyen ;
  • Augmentation du taux de la TVA (de 6 à 21%), mesure prise par le gouvernement fédéral, avec un impact d’environ 100 EUR pour un ménage moyen ;
  • Tarif prosumer : cette taxe ne concerne que les ménages qui produisent de l'électricité qui doivent désormais contribuer à l'entretien du réseau. Elle dépend de la puissance de l'installation : pour une installation « moyenne » comme la mienne (5 kVA), elle se chiffre à 469 EUR par an.
Au terme de l’année, alors que mon installation a injecté dans le réseau 887 kWh (assez logiquement non rétribués), alors que ma consommation est donc nulle (pour ne pas dire négative), je me retrouve avec une addition finale de 608 EUR.

C’est à la fois beaucoup et peu à la fois. Cela diminue l’intérêt de l’investissement, sans supprimer entièrement le rendement. Durant cette année facturée, j’ai pu bénéficier de 4 certificats verts, soit 1320 EUR. Si on soustrait les 469 EUR du « tarif prosumer », il reste un surplus de 851 EUR, sans compter les kWh qui dans la réalité ont été consommés, mais ne sont pas facturés puisqu’ils ont été remplacés par ceux produits par l’installation.

L’installation date de juin 2011. Tout l’investissement est d’ores et déjà couvert. Elle fournira des certificats verts jusqu’en 2031, à raison d’environ 1155 EUR par an (soit 686 EUR si on retire le « tarif prosumer »), tout en limitant drastiquement le nombre de kWh consommés et donc à payer. Bref, malgré les restrictions, cela reste un rendement appréciable, surtout avec les taux d’intérêt actuels.

Je n’en profiterai pas puisque cette maison n’est désormais plus la mienne. Tant mieux pour les nouveaux propriétaires ! N’empêche, ça m’énerve quand même un peu de devoir payer six cents euros pour de l’électricité que je n’ai pas consommée, tout en sachant que je suis encore du bon côté : l’impact financier pour les ménages qui n’ont jamais même pu imaginer installer des panneaux photovoltaïques est important, et ça, c’est vraiment dur.

samedi 28 janvier 2017

Une demi-heure

FMG©2016

Parfois, je me surprends à faire des choses qui ne font pas pleinement partie de moi. Non pas qu’elles me soient étrangères, mais ce n’est pas vers elles que j’irais spontanément. Je les fais parce que, quelque part, elles sont aussi ma vie. Ou du moins qu’elles y ont leur place. Je la leur accorde, tout en sachant que ce n’est qu’une tolérance. Salutaire peut-être, mais tolérance néanmoins. Il en est ainsi de la marche.

J’ai l’âge que j’ai. Les artères. Les articulations. Les viscères. Tout ça a mon âge. Je ne me sens pas très vieux, mais il est vraisemblable que je suis désormais dans le dernier tiers de ma vie. C’est juste un constat. Pour moi, ça peut encore continuer au-delà. Pour autant que mes artères, mes articulations et mes viscères suivent le rythme. Elles ont toutes pourtant ces dernières années manifesté quelques signes de faiblesse. Pas de panique : je vais bien. Mais simplement, mes entrailles n’ont plus vingt ans. Bref, un jour, le médecin m’a dit : il faut marcher…

Alors, je marche. J’ai eu du mal à m’y lancer avant de déménager. Il y avait des raisons objectives, mais elles n’étaient sans doute que des « faits alternatifs ». La vérité est que je remettais ça à plus tard… Moi, marcher, inutile d’y penser puisqu’il n’y avait pas de raison, de but à atteindre ! N’empêche, je savais bien qu’il le fallait. Alors, je me suis dit : « quand j’aurai déménagé ».

J’ai déménagé. Dès le lendemain, je partais en balade. Pas très longue. Le médecin m’avait dit : « une demi-heure ». J’ai donc marché une demi-heure. Aujourd’hui, je marche toujours une demi-heure. Seules la distance et la vitesse ont évolué. Ça, c’est tout à fait moi ! Quelque part, je me suis toujours senti un compétiteur, admiré par les foules, même si elles ne sont qu’imaginaires. Mais pour être admiré, il faut quand même avoir de quoi. Depuis toujours, c’est le désir d’une certaine vitesse. Non pas celle qui permet d’être le plus rapide du monde. Je sais où est ma place. Non, simplement, celle d’être le plus rapide de mon univers mental ! Il se limite en fait – sans doute, comme chacun d’entre nous – à une seule personne : moi. Alors, j’essaie d’être plus « rapide » que moi. Tout simplement. Sans aucune raison. Sans aucune récompense. Mais sans obsession non plus. Finalement, l’important, c’est – banalement – de marcher une demi-heure.

C’est ainsi que j’ai découvert ce que j’appelle la « marche rapide », sans savoir si je rentre dans les mesures de ce concept. Je sais que mes sorties quasi quotidiennes se déroulent désormais à un rythme un peu supérieur à 6 km/heure. Aucun exploit dans ce chiffre. Juste la satisfaction de me dépasser, moi qui ne suis définitivement pas marcheur.

Où cela me mènera-t-il ? Je n’en sais rien. Je sais seulement que, même si cela ne me correspond vraiment pas, j’y prends un certain plaisir, auquel j’aspire. Quand, en fin d’une journée, comme aujourd’hui par exemple, je me rends compte que je n’ai pas trouvé le moment ou l’énergie d’aller faire cette balade, je le regrette. Je me dis que je suis passé à côté de quelque chose. À côté, simplement, d’une demi-heure de marche. Et ça me manque.

dimanche 22 janvier 2017

Tout est interprétation

Isabelle Marchal © 2017

Depuis ce samedi 22 janvier, une nouvelle fresque soudaine est apparue à Bruxelles. Quand on voit l’ampleur et la qualité du travail, on peut douter évidemment qu’elle soit si soudaine que ça, mais la question n’est pas là. La question est de savoir si cette œuvre est une incitation à la violence, comme l’a déclaré très rapidement le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur.

Effectivement, une première lecture de la fresque voit une main s’apprêtant à égorger un être humain. C’est violent, de toute évidence. Mais un deuxième regard permet aussi de voir une autre main, qui retient la main assassine. Alors, laquelle de ces deux mains est la plus importante ?

Pour répondre  à cette question, il faut resituer l’œuvre dans un contexte plus large. Elle n’est en fait qu’une adaptation d’un fragment d’un tableau célèbre dû aux pinceaux de Michelangelo Merisi da Caravaggio, en français Caravage ou le Caravage (1571-1610) : Le sacrifice d’Isaac.

Ce tableau s’inspire d’un récit de la Genèse (22, 9-12) : Dieu a enjoint Abraham de sacrifier son fils Isaac. Abraham s’apprête à obéir, mais un ange intervient pour arrêter le geste fatal. Cet épisode est commun aux trois religions dites « du Livre » : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Sa signification est limpide : Dieu s’oppose à tout sacrifice humain.

Loin d’être une incitation à la violence, ce tableau témoigne avant tout de l’absurdité de l’idée que « Dieu, Allah, YHWH » puisse attendre de ses fans une quelconque mort violente faite en son nom.

Que la nouvelle fresque sauvage bruxelloise soit provocatrice, c’est l’évidence-même. On y voit sans doute plus la lame du couteau que la main qui l’empêche de trancher. Mais une fois resituée dans son cadre artistique et religieux, elle est plus un symbole de paix qui s’adresse aux partisans des trois religions monothéistes, et surtout aux plus acharnés d’entre eux, de quelque bord qu’ils soient.

Impossible de dire ce qu’il adviendra de cette œuvre de rue. Il est fort possible qu’Yvan Mayeur, peu connu pour ses remises en question personnelles, décide de la détruire ou de l’occulter. Ce serait une nouvelle fois refuser la main tendue.

vendredi 16 décembre 2016

Forces de la vie

L’arbre de vie - Patrice de Schaetzen © 1996 – Photo : FMG © 2016

La chute m’a permis d’approcher de près des forces de vie aussi banales qu’extraordinaires. On ne les perçoit pas toujours, mais elles nous permettent d’aller au-delà de notre insignifiance fondamentale. Ce sont ces événements impromptus qui en font sortir toute l’énergie et les libèrent de leur vacuité ordinaire.

La première force de vie est la nôtre. Mon scooter ayant décidé de voguer sans moi, ma fesse a valsé sur la route, agissant tel un ressort qui m’a fait me retourner sur moi-même avant de me momifier ventre à terre et tête sur le fossé. C’est là que la première force de vie intervient. Je me suis relevé instantanément. Je n’ai pas cherché à savoir si j’avais mal quelque part. Je savais que j’étais seul, perdu sur une route perdue. Il fallait que je me sauve de là. J’ai relevé, sans aucune difficulté, les 200 kg de ma moto couchée. Je suis reparti sans me poser de question, avec un seul objectif : revenir chez moi vivant. C’était long, il faisait froid, mais je ne tremblais pas. Je n’avais pas d’autre solution. Je suis arrivé. J’ai fait ce qu’il fallait : garer la moto, nettoyer mes plaies visibles, prévenir ma femme, me reposer, décider d’écrire et de publier un billet anniversaire de manière anticipée… Pendant tout ce temps, je n’ai pas douté un seul instant. J’étais seul et j’assumais, porté par cette force interne. Avec le recul, c’était extraordinaire.

La deuxième force de vie est celle de ceux qu’on aime et qui nous aiment. En quelque sorte, je l’ai vécue « en négatif ». Quand j’ai retrouvé ma femme, trois heures après la chute, quasi instantanément, je me suis senti partir. Je pouvais lâcher la vanne, me laisser aller enfin à ma souffrance. Il n’était plus question de devoir tenir le coup artificiellement. Je pouvais enfin être pleinement moi-même, c’est-à-dire plus grand chose ! Ce n’était pas une défaite. En fait, c’était surtout une libération. Ma force interne avait fait ce qu’elle devait, elle pouvait donner le relais à la force externe, celle de celle qui m’aime, et je pouvais m’abandonner. Ce ne fut pas facile pour celle qui m’accompagne depuis 33 ans et qui a bien cru me voir partir définitivement. Grâce à elle, je l’accompagnerai encore quelques années. Sa force m’a sauvé.

La troisième force est celle de toutes ces personnes qui ont choisi de sauver celles qui sont – provisoirement ou non – en détresse. Entre le coup de fil aux services d’urgence, suivi de mes déclarations futiles et absurdes de l’inutilité de toute ambulance, il ne s’est pas passé beaucoup de temps. Juste quelques minutes. Lorsque l’équipe est entrée dans mon bureau où je gisais, maintenu éveillé par ma femme, j’ai immédiatement reconnu une voix, celle de mon ami Olivier. Je ne l’avais plus vu depuis un certain temps, mais je savais qu’il était désormais pompier-secouriste. Entendre sa voix, la reconnaître instantanément, m’a transmis miraculeusement cette troisième force. Cette fois, je n’étais vraiment plus seul : des personnes compétentes, volontaires et dévouées, me prenaient en charge. Je n’ai pas compris tout ce qui s’est passé alors. Mais à aucun moment, je n’ai douté. Je savais qu’on s’occupait de moi. J’ai senti en permanence la sollicitude, la gentillesse et la compétence de toutes les personnes qui sont intervenues. Elles me prodiguaient des soins avant tout physiques, mais en réalité, elles étaient surtout en train de regonfler la première force de vie : la mienne !

C’est sur celle-ci que je dois compter maintenant pour me reconstruire. Ça ira. Finalement, tout cela aurait pu être bien pire et je remercie la vie de m’avoir laissé ses forces. On n’en profite jamais assez.

PS : Ce n’est qu’après avoir écrit ce billet que je me rends compte que Martin Gray a écrit en son temps « Les forces de la vie ». Ce n’est pas un plagiat, mais mon billet n’est qu’une petite illustration de tout ce que Martin Gray a pu vivre et écrire.

mardi 13 décembre 2016

La chute

Voilà 12 ans que je roule en scooter. Pour mon plus grand bonheur. Je ne suis pas vraiment un motard, mais en optant pour ce type de véhicule, j’ai limité à leur strict minimum les files pour me rendre à Bruxelles et y circuler. Depuis que je suis pensionné, il faut bien reconnaître que je n’y allais plus très souvent et que j’ai délaissé naturellement et petit à petit mon scooter, au point d’envisager sérieusement de le revendre. Puis, il y eut le 12 décembre 2016.

C’était mon anniversaire. Depuis quelques jours, j’avais remarqué que mon scooter ne démarrait plus, la batterie n’étant pas suffisamment rechargée. Je ne sais pas pourquoi - signe du destin ? -, mais quelques tentatives de pallier ce déficit n’avaient pas fonctionné. Ayant relancé une nouvelle recharge dimanche soir, celle-ci semblait enfin produire ses effets. Lorsque je remis la batterie, démarrage au premier coup de démarreur. Il me restait à rouler quelques kilomètres pour parfaire la charge. Je suis donc parti en allant vers mon garagiste. Mon objectif était clairement d’aborder avec lui les différentes possibilités de revente. Pas de chance : il était fermé !

Je me décidai alors à rentrer par l’autoroute, tout en changeant d’avis à la dernière seconde : je rentrerais par de plus petites routes pour découvrir la région. Elle est très jolie et je suis passé par des coins charmants. Mais je dois bien avouer que je me suis rapidement perdu, ne sachant plus du tout où j’étais. Je ne m’inquiétais pas trop, car je savais intuitivement la direction à prendre.

Je finis par arriver sur une toute petite route en béton, traversant les champs. Très jolie. Je vis au loin que cette petite route rejoignait une route nationale et je me disais que je retrouverais ainsi sans problème mon chemin. Il faisait beau, plein soleil. La route était toute droite. Je n’avançais pas très vite. Mais il y eut une plaque de boue et je sentis instantanément ma roue avant se dérober. Impossible de faire quoi que ce soit : ce fut la chute ! Ma moto valsa de son côté, et moi du mien. Je pus me relever immédiatement, choqué, mais debout. J’ai ramassé mes esprits, ramassé la moto, ramassé tous les objets qui s’étaient échappés du coffre. Et je suis reparti. J’étais rempli de boue, tout comme la moto. Un côté du guidon était en déglingue. Mais je suis reparti. Il le fallait : il n’y avait absolument personne sur cette petite route. Je n’avais de plus pas mon téléphone avec moi et quand bien même je l’aurais eu, je n’avais aucune idée d’où j’étais !

J’ai roulé jusqu’à la maison, comme un automate. J’avais froid, mais j’ai parcouru sans problème et prudemment la bonne trentaine de kilomètres nécessaires.

Arrivé, j’ai garé ma moto, enlevé mon pantalon déchiré, nettoyé de petites plaies aux jambes. Je me suis reposé un peu sans dormir pour autant. Je suis redescendu dans mon bureau pour y écrire, avec un peu d’avance, mon 800e billet célébrant les 10 ans de mon blog. Et j’ai commencé à écrire celui-ci : la chute… Tout allait bien.

C’est à ce moment-là que mon épouse préférée est rentrée. Je me suis levé pour l’accueillir, j’ai senti que j’avais un gonflement dans le bas du dos, j’ai surtout senti tout tourner autour de moi… et ce fut la chute, la deuxième ! Heureusement amortie. J’ai repris connaissance quelques instants plus tard, pour entendre la fin d’une communication téléphonique où l’on parlait d’ambulance. J’ai eu beau dire que ce n’était pas nécessaire, celle-ci est arrivée très vite. J’ai tout de suite reconnu le chef de l’équipe : Olivier, un vieil ami. Sa présence m’a rassuré.

Je vous passe les détails qui ont suivi. Transport à la clinique, accueil aux urgences, longue attente d’examens, ceux-ci se révélant globalement rassurants. Mais l’hématome sur ma fesse était d’une telle ampleur qu’ils ont préféré me garder en vue d’autres examens le lendemain. Ceux-ci sont rassurants aussi, même s’il me faudra un certain temps avant de pouvoir refaire mes promenades pédestres quotidiennes.

Il me faudra encore plus de temps pour remonter sur une moto : pour moi, c’est clair, c’est fini. Je m’en veux terriblement d’avoir fait cette chute juste au moment où je me préparais à revendre mon scooter et à en terminer avec cette belle histoire. Ce fut vraiment la dernière sortie de trop.

Pour terminer ce billet, il me faut… une chute, la troisième ! Elle n’est pas trop difficile, mais elle se fonde sur un paradoxe. Il est curieux de voir que – le jour de mon anniversaire – j’ai pris d’un coup quelques années de vieux… tout en me conduisant comme un gamin !

PS : la photo en illustration n’est qu’une illustration. Ce n’est pas ma moto. La mienne est moins amochée. Mais ça y ressemble quand même…

lundi 12 décembre 2016

Dix rives et huit cents dérives

L’objectif était de publier un tel billet le 23 décembre, pour fêter les 10 ans d’existence de ce blog Réverbères. Cela m’aurait permis en même temps de célébrer son 800e billet ! Mais voilà, la vie réserve parfois des surprises et je décide finalement de le publier le jour de mon anniversaire. C’est moins romantique, mais pas plus mal.

Ainsi donc, il y a (bientôt) 10 ans, je commençais ce blog, avec un court billet intitulé Rives et dérives. Je ne savais pas très bien où j’allais et doutais encore plus de l’intérêt de se lancer dans une telle aventure. Comme si j’avais vraiment quelque chose à dire, à apporter à la sphère numérique ! Dix ans plus tard, je continue à douter, mais je constate ces huit cents billets ! Ce n’est quand même pas rien.

Ils n’ont bien sûr pas tous la même valeur. Certains même n’ont aucun intérêt. Mais il en est également que j’apprécie avoir écrits. Toujours avec le même esprit : apporter un peu de lumière, aider à regarder au-delà des évidences, même quand elles sont moins lumineuses et qu’il est donc important de les illuminer un peu. Je n’y suis pas toujours arrivé, j’espère quelques fois ! J’espère aussi de ne pas avoir été ici un donneur de leçons. C’est une tendance que j’ai, je le sais bien. Mais vraiment, ce n’a jamais été un objectif. Juste une dérive si ça été le cas.

La lumière est donnée principalement par le fond des sujets que j’ai pu aborder. Mais la forme a toujours été un souci constant. Non seulement écrire, mais bien écrire. Essayer du moins. Ce n’est pas à moi d’en juger la réussite.

Le rythme des publications n’est plus celui qu’il fut. Mais 800 billets en 10 ans, cela fait 80 billets par an, soit un tous les 4 ou 5 jours. Ce n’est pas mal, je trouve. J’ai essayé – sans toujours y parvenir – de ne pas me répéter, de ne pas redire la même chose lorsque j’abordais un sujet déjà traité. Pas simple…

Il y aurait de quoi relire tout ça, de réorganiser, de retravailler, d’articuler… Cela viendra peut-être un jour et pourrait prendre une forme plus physique que numérique. C’est une possibilité, mais je n’y crois pas trop. Même si tous ces mots sont encore directement et mondialement accessibles, grâce à la magie numérique, ils n’ont sans doute le charme que de l’instant présent, déjà passé, toujours à refaire. Simplement, quand un regard nous saisit, ne le laissons-nous pas nous transpercer, sans qu'il y ait moyen de le retenir ou de nous dépasser ?

mardi 6 décembre 2016

Une balle dans le pied

Tout naturellement, je dédie ce billet à Jacky Morael, un vrai grand homme.

Décidément, les politiciens traditionnels ne semblent rien comprendre à ce qui est en train de se passer. Les gens – comme vous et moi – en ont marre de ces discours alambiqués, faussés, biscornus. Ils veulent des choses vraies et ils ont bien raison. Malheureusement, nos élus n’y comprennent rien et continuent à nous débiter leurs débilités. Pendant ce temps, les « populistes » s’en donnent à cœur joie. Ils n’ont qu’à dire non pas ce qui est bon pour le peuple, mais ce que le peuple veut entendre. Et ça fait des ravages.

Ne parlons que de la Belgique pour ne pas se perdre…
  • Au moment où il faudrait condamner rapidement et clairement un élu qui a usé de sa position au bénéfice d’un mafieux, on se perd en conjectures pour désigner le président de la Commission parlementaire qui devrait mener l’enquête. Bataille sans aucun intérêt.
  • Au moment où un parti émerge dans tous les sondages – le PTB pour ne pas le nommer – la seule préoccupation des différents autres partis semble être de démontrer la nocuité fondamentale de ce parti. Sur le fond, ils ont peut-être raison. Je ne suis pas à même d’émettre un jugement définitif. Mais n’avoir pour seule arme que de critiquer un adversaire, sans écouter ce qu’il dit de fondamental, n’est-ce pas toujours une stratégie de vaincu ?
  • Au moment où le Parlement wallon a fait un travail de fond pour étudier le bien-fondé des modalités d’un contrat commercial international tel que le CETA et a conclu qu’il fallait peaufiner les dites modalités, on se trouve face à un gouvernement fédéral qui se contente de « jouer le jeu politicien » en essayant de limiter à la fois les intentions et les résultats obtenus lors des négociations belgo-belges.

On pourrait multiplier les exemples, en Belgique et un peu partout en Europe ou dans le monde. Ça semble partout pareil : ceux qui ont le pouvoir ne comprennent pas qu’ils doivent tenir un autre langage, non plus fondé sur le maintien de leurs privilèges, mais sur la vérité dans sa simplicité, sur le désintéressement personnel pour l’intérêt commun, sur la volonté de changer les choses même si cela doit secouer un peu nos petites habitudes.

Ce n’est même plus une question de gauche ou de droite. De toute façon, dans les faits, il n’y a plus – et il ne peut sans doute plus avoir – de gauche ni de droite. La seule nécessité est d’avoir une classe politique qui veut vraiment avant tout le bien du peuple, sans se soucier de ses propres avantages. On est malheureusement loin du compte. Y en a-t-il seulement quelques-uns qui ont conscience de ne faire que se tirer une balle dans le pied ? Pas sûr.

jeudi 24 novembre 2016

Et si on chantait… ensemble !

Un petit bijou. Deux CD. Vingt-neuf artistes ou groupes. Quarante-trois chansons. Des milliers d’enfants qui devraient être ravis en découvrant cette compilation qui réunit presque tous les artistes de la chanson « Jeune public » belge et qui en montre surtout la variété et la qualité. Un beau cadeau à faire en cette fin d’année.

L’initiative et la réalisation de ce double album sont de plus de belle facture ! L’association Educ’Actions & Dignité  « s’implique de plus en plus résolument dans des Dign’Actions, c’est-à-dire des Actions mises au service des personnes en difficultés de vie : … les Enfants ‘peu chanceux’, les Familles ‘précarisées’, les familles monoparentales, les personnes isolées… et les Associations et Institutions qui sont à leurs côtés ». Dignité et solidarité ! Par les temps qui courent, ces actions sont bien précieuses. Si en plus, l’association arrive à concrétiser des projets aussi lumineux que ces CD en fédérant de manière dynamique des artistes aussi différents, c’est un vrai bonheur.

Quel(le)s artistes ? Il y a les vieux de la vieille (dans l’ordre d’apparition) : Gibus, Raphy Rafaël, Jofroi, Mamemo, Christian Merveille, Philippe Donnez, Pierre Chemin… Mais aussi des générations plus jeunes : Didier Jans, Les vaches atzèques, Les Déménageurs, Geneviève Laloy, Thibault, Julie Chemin, Grand Ben, Lazare… Et d’autres encore ! Chacun a droit à une ou deux chansons, reprises de leurs productions. D’un seul coup, on peut ainsi découvrir une trentaine d’univers différents, mais toujours de qualité. Après, l’auditeur pourra faire ses propres choix, en connaissance de cause. Et c’est là que ce projet est extraordinaire : pouvoir découvrir en une seule fois la quasi-totalité d’artistes francophones (qui chantent donc en français, avec du peps) d’une Communauté française de Belgique qui – il faut bien le dire – ne soutient pas vraiment toute cette pépinière !

N’hésitez donc pas à découvrir, ça vaut vraiment la peine. Vous pouvez commander ce double CD via pourladignite@hotmail.com et en faisant un don solidaire de 20 € sur le compte BE79 3601 0000 0033. Ensemble !

mercredi 16 novembre 2016

Respect architectural ?

Wavre est une petite ville d’un peu plus de 30 000 habitants, située à moins de 30 km au sud de Bruxelles. Il s’agit d’une ville sympathique, mais assez endormie. Pourtant, elle fait de plus en plus preuve d’un beau dynamisme, notamment économique, avec des « zonings » en plein essor. Elle innove aussi d’un point de vue culturel et architectural, avec le début de la construction d’un nouveau centre culturel, mais aussi avec un projet d’une tour-hôtel de 120 mètres de haut !

Ce dernier projet est assez étonnant. Premièrement d’un point de vue économique : une petite ville comme Wavre a-t-elle vraiment besoin d’un hôtel de luxe de 200 chambres ? Même située à quelques encablures de Walibi, ce n’est pas ce parc de loisirs, aussi extraordinaire soit-il, qui attirera autant de clients pour l’hôtel. On peut dès lors penser à une clientèle professionnelle, et c’est vrai que le développement de plusieurs entreprises, non seulement à Wavre, mais aussi du côté de Louvain-la-Neuve, entraîne certainement des besoins d’hébergement qui pourront ainsi être satisfaits. J’imagine que les auteurs du projet en ont étudié la viabilité économique et si celle-ci existe vraiment, on ne peut que s’en réjouir pour la région.

Deuxièmement, il est évident qu’un tel projet architectural est étonnant en soi. Dans un paysage plutôt caractérisé par des constructions horizontales, il serait surprenant de voir surgir une telle tour verticale, surtout d’une hauteur aussi considérable. Ce serait d’ailleurs plus ou moins la même hauteur que la MG-Tower qu’on peut voir près de Gand quand on se rend par l’autoroute à la Mer du Nord. Lorsqu’on a vu cette tour, on ne l’oublie pas. Ce devrait être le cas aussi pour celle de Wavre si elle se concrétise.

Bien sûr, les détracteurs ne manquent pas. De nos jours, dès qu’il y a une information qui sort un peu de l’ordinaire, il se trouve souvent malheureusement plus de gens prompts à la critiquer qu’à en avancer les qualités et les promesses.

Une des critiques qui revient, qui fut même énoncée par une amie dont j’apprécie souvent par ailleurs la justesse des jugements, est que cette nouvelle tour ne respecterait pas l’architecture d’une petite ville comme Wavre. Cette idée est étonnante ! Elle relève d’une conception tout à fait conservatrice de l’architecture et donc plus globalement de l’art ! Les grandes œuvres ne sont-elles pas celles qui innovent, qui permettent de sortir du cadre et de créer la surprise ? Adossée au nouveau Centre culturel, cette construction audacieuse permettrait au contraire de magnifier et de sublimer l’architecture wavrienne, d’autant plus que les concepteurs du projet en ont bien sûr envisagé l’impact environnemental.

Comment le projet évoluera-t-il ? Sera-t-il vraiment réalisé un jour ? Sous quelle forme ? Avec quelles modalités ? Il y a beaucoup de questions auxquelles je n’ai pas de réponse. Mais j’aime à penser que ce qui ne surprend pas n’a souvent que peu d’intérêt !

samedi 15 octobre 2016

Chanter

Bob Dylan est donc le Prix Nobel de Littérature 2016. J’ai été le premier étonné de cette nouvelle, mais aussi le plus ravi. Quelle reconnaissance pour la chanson, celle de la vie. Bien sûr, les critiques n’ont pas tardé à pleuvoir, y compris de la part d’écrivains stupéfaits d’apprendre que la littérature ne se limite pas au roman intellectualisant. Par contre, Ronsard – pour n’en prendre qu’un – a dû se retourner de plaisir dans sa tombe.

S’il y a bien un mode d’expression qui fait partie de la vie, c’est la chanson. On connaît l’importance pour un enfant encore dans le ventre de sa mère d’entendre celle-ci chanter pour lui. C’est souvent par les chansons de sa mère ou de son père que l’enfant découvrira ses premières émotions artistiques, quelle que soit sa culture d’origine, et construira sur cette base sa structuration psychique.

Il n’est pas anodin non plus de constater que les personnes en fin de vie, notamment celles atteintes de la maladie d’Alzheimer, restent en contact par la mémoire intacte (paroles et musiques) de leurs chansons d’enfance. Chanter est un acte de la vie – qu’on chante soi-même, mais aussi qu’on écoute, qu’on déguste -  lors de fêtes de famille, de baptêmes, de mariages, d’enterrements, de fêtes de village, de quartier…

Oui, la chanson est un acte culturel d'être au monde au quotidien, en lien avec les autres, soi et le monde, en lien avec l’autre pilier de la culture vivante : la langue par laquelle non seulement on s’exprime, mais surtout on pense. La chanson est dès lors ce ciment qui participe à la construction de notre identité et donne ainsi à notre société sa force.

Écrire ou chanter des chansons est un acte ouvert à tous et toutes – François Béranger, mort il y a juste 13 ans, chantait « Que chacun fasse sa propre chanson ». C’est vrai, j’en suis convaincu : chacun peut créer des chansons. De là à écrire une bonne chanson, celle qui vous bouleverse au plus profond de vous-même, c’est autre chose. Dylan et tant d’autres ont fait cela.

Aujourd’hui, comme un écho aux chansons de Dylan, Julien Clerc a chanté lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice. « Utile ». Tout est dit. Ou plutôt chanté.


dimanche 9 octobre 2016

Sol dièse

Tout en cuisinant un dos d’églefin sur son bain d’oignon et de basilic, je jouais au piano. Je n’ai jamais appris cet instrument, mais c’est celui avec lequel je joue le plus naturellement aujourd’hui. Ma chère et tendre a choisi ce moment – avec raison – pour aspirer la maison. Mon jeu pianistique se limite pour l’essentiel à des morceaux en do majeur ou en la mineur, avec parfois des incursions vers sol majeur ou mi mineur. Et là, l’horreur survient : l’aspirateur « distille » un sol dièse insupportable.

Je dis bien un sol dièse. Moi qui suis aussi contrebassiste, je connais bien la différence entre un sol dièse et un la bémol, même si pour le piano, c’est la même note. Il y a cependant quand même un coma de différence… et c’est ce coma qui créait l’horreur, le supplice. J’ai continué à jouer. Il fallait bien donner le change, mais à chaque note jouée, je souffrais de cette incohérence fondamentale. Une telle dysharmonie est insupportable pour qui l’entend.

Que retenir de tout cela ? D’abord, qu’il suffit de peu de chose pour rendre la vie insupportable. De tellement peu de chose que ce n’est que parce qu’on y est attentif que la vie dégénère. Il aurait peut-être suffi que je ne détecte qu’un la bémol pour m’en contenter et continuer à jouer mes petites mélodies. Mais c’était un sol dièse et cela rendait l’harmonie inconvenante et massacrante. C’est la même chose dans la vie quotidienne : il suffit qu’à un certain moment un élément apparaisse comme en dysharmonie avec ce que l’on vit pour d’un seul coup rompre tout charme à la situation et basculer dans une guerre autant absurde qu’inutile. Combien de relations n’ont-elles pas ainsi sombré, simplement parce que le coma de différence allait dans le mauvais sens ?

Puis, on peut aussi surmonter l’affaire. J’ai continué à jouer tant que je le pouvais – mon poisson m’attendait ! – et j’ai simplement dit à ma belle « La prochaine fois qu’on achète un aspirateur, demandons qu’il ne soit pas en sol dièse ». Elle m’a regardé d’un œil dubitatif – finalement, ce qui compte avec un aspirateur, c’est qu’il nettoie le sol, dièse ou non – mais j’ai quand même senti dans son regard tout l’amour qui permet de déplacer des montagnes. Fussent-elles de poussière.

mardi 27 septembre 2016

Savez-vous lire ?

La « Semaine internationale du livre » n’existe évidemment pas. C’est dommage, mais c’est comme ça. Les statuts Facebook invitant à partager en son nom la 5e phrase de la page 56 du livre le plus proche ne sont qu’un de ces nombreux « hoax » qui envahissent les réseaux sociaux. Je l’ai néanmoins partagé, parce que je le trouvais sympathique. Si cette semaine internationale n’est qu’un leurre, les livres, eux, sont bien réels. Même s’ils ne parlent souvent que de fiction.

On pourrait disserter longtemps sur ces paradoxes, à l’image de Magritte et de sa (non-)pipe. Y aurait-il seulement une personne pour lire ces égarements et y attacher quelque importance ? Pas sûr… et je ne m’y essaierai donc pas.

J’ai néanmoins souri en voyant la réaction de quelques ami(e)s à la suite de ma publication sur mon compte Facebook. Ceux-ci ont bien pris le livre le plus proche d’eux, sont allés à la page 56, ont compté la 5e phrase et l’ont recopiée… en commentaire de mon statut. Celui-ci stipulait pourtant clairement : « Copiez la 5ème phrase dans votre statut. ». Ce qu’ils n’ont pas fait !

Je ne doute évidemment pas un seul instant que ces ami(e)s savent lire et comprennent les livres qu’ils/elles lisent ! J’imagine que la publication en commentaire et non en statut correspond plus à la non-envie d’en faire un statut, tout en se prenant au jeu. Cela n’a de toute façon aucune importance puisque cette Semaine internationale du livre n’existe même pas. N’empêche, on peut se poser des questions, non ?

dimanche 25 septembre 2016

Cyclotouristes du dimanche

Hier, une voiture a percuté un groupe de cyclotouristes à Estaimbourg, dans la région de Tournai. Plusieurs sportifs ont été blessés. Le conducteur a pris la fuite, mais a rapidement été interpellé. J’ignore ce qu’il dira pour se justifier, mais en réalité il est inexcusable*. Et pourtant…

Pourtant, ce matin, roulant en voiture sur une route récemment rénovée, équipée de deux belles pistes cyclables, je me suis trouvé à mon tour face à une situation difficile. Un cyclotouriste roulait sur la route  - ignorant donc la superbe piste cyclable – en venant vers moi. Un autre cyclotouriste roulait dans le même sens que moi, ignorant tout autant la piste cyclable. J’étais occupé à le dépasser, m’étant largement déporté vers la gauche pour ne pas le mettre en danger, quand une voiture a surgi dans l’autre sens. J’eus tout juste le temps de me rabattre à droite, une fois le cycliste dépassé, pour éviter l’accident avec l’autre voiture. Tout s’est bien terminé.

Pourtant, durant la même douce matinée de ce mois de septembre trop chaud pour être honnête, j’ai dû aussi patienter pour pouvoir dépasser plusieurs groupes de cyclotouristes. Je n’ai rien contre ceux-ci, bien au contraire. Le vélo a toujours été pour moi le sport qui m’intéresse le plus, tant pour le regarder que pour – trop peu – le pratiquer. Est-ce une raison pour autant pour que ces groupes de cyclistes décident de constituer un convoi occupant toute une bande de routes parfois étroites ? Il est certes plus agréable de rouler en peloton, mais ce faisant, ces cyclotouristes du dimanche créent eux-mêmes le danger qui, s’il se concrétise, ne peut que les rendre les principales victimes.

Pourtant, je suis évidemment opposé au « tout pour la voiture ». Tous les usagers doivent trouver leur place sur la voie publique. Chacun doit cependant respecter l’autre : les cyclistes doivent donc – selon moi – respecter les automobilistes, et vice-versa. S’il y a des pistes cyclables, surtout quand elles sont de qualité, elles devraient vraiment être utilisées par les vélos, qu’ils soient un, deux, trois ou dix, vingt, trente. Faire l’inverse devrait être considéré comme une infraction grave.

* Le groupe de cyclistes était à l'arrêt. C'est le médecin du village qui l'a percuté. Il était malade et ne pouvait plus conduire à partir de lundi. Il est décédé dans la nuit de dimanche à lundi !