jeudi 30 janvier 2020

C’est si facile de désinformer…

Vous avez peut-être vu comme moi cette double image : dans la première, Greta Thunberg avec sa tête des mauvais jours exige que tout le monde roule en voiture électrique dès maintenant ; dans la deuxième, des enfants katangais travaillant dans une mine à ciel ouvert rassurent « Nous extrayons le cobalt pour vos batteries aussi vite que possible, Greta » ! Si cela fait sourire certains, c’est une double désinformation !

Tout d’abord, je défie quiconque de me prouver que Greta Thunberg a exprimé une quelconque exigence en matière de voiture électrique. On peut apprécier ou non le personnage emblématique qui ne fait en réalité que redire avec force les observations et conclusions des scientifiques spécialistes du climat. Évidemment, elle a plusieurs « défauts » : elle est jeune, elle est femme, elle dit clairement ce qu’elle pense, elle vole la vedette à d’autres « grands » de ce monde, elle nous met tous devant nos responsabilités, etc. Ce n’est pas une raison pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. Ce n’est alors que de la manipulation : l’auteur du montage vise clairement un public climato-sceptique prêt à en découdre avec celle qui secoue leur foi en une croissance aveugle et infinie, quelles qu’en soient les conséquences.

La question du cobalt est plus délicate. Il serait difficile de nier qu’il existe des mines artisanales au Congo qui exploitent le travail d’enfants. Ces mines existent, même si les gouvernements congolais ont pris, depuis 2013, des dispositions pour organiser les exploitants artisanaux en coopératives minières afin de mettre fin au travail des enfants dans les mines. Ces mines artisanales et illégales représentent un peu plus de 10% de l’extraction des minerais concernés, la plus grande partie se réalisant dans des mines industrielles où les enfants sont remplacés avec efficacité par de grosses machines. La production congolaise de cobalt correspond environ à la moitié de la production mondiale. L’exploitation d’enfants ne concerne donc qu’une très petite partie du cobalt extrait. Elle est néanmoins insupportable et les dénonciations de l’UNICEF ou d’Amnesty International sont à soutenir, d’autant plus qu’elles produisent des réactions positives chez la plupart des multinationales concernées.

Celles-ci ne sont pas uniquement des constructeurs de voitures électriques. Le cobalt est utilisé dans toutes les batteries lithium-ion, qu’elles alimentent les moteurs électriques, mais aussi nos téléphones intelligents, nos ordinateurs et tous ces appareils qui ont besoin de batteries… De nombreuses recherches existent pour y remplacer le cobalt et le lithium par d’autres composants, notamment le sodium, le vanadium, des algues… Il est ainsi plus que vraisemblable que d’ici quelques années, il n’y aura plus de cobalt dans les diverses batteries.

Ces constats n’enlèvent rien aux vrais problèmes environnementaux et sociaux liés à l’extraction du cobalt. Mais ils nuancent fortement l’affirmation caricaturale portée par la double illustration dénoncée.

L’illustration en question n’est donc qu’une double désinformation. Ses objectifs sont clairs :
  • dénigrer tous ceux et toutes celles qui luttent pour que la problématique du climat soit réellement prise en compte, avec des mesures fortes qui impacteront d’une manière ou d’une autre sur notre petit confort ;
  • dénigrer celle qui en est devenue, sans le vouloir vraiment, la messagère principale, et à travers elle remettre « à leur place » en particulier les jeunes et les femmes qui osent se rebeller ;
  • dénigrer les voitures électriques en les accusant de maux dont elles ne sont pas principalement responsables, contribuant ainsi à diffuser les nombreuses contre-vérités dont elles sont victimes, sans doute parce qu’elles dérangent quelque part les esprits bien-pensants.
La désinformation est désormais un mal endémique. Beaucoup de personnes n’ont pas conscience qu’elles y contribuent. C’est si facile : un clic sur un bouton « Partager », un autre clic pour publier… et hop, c’est envoyé, avec ce sentiment de satisfaction béate d’avoir propagé un peu d’humour ou de vérité. C’est plus difficile de se poser quelques questions avant de diffuser. Elles sont simples pourtant : est-ce Positif ? Est-ce Exact ? Est-ce Nécessaire ? Est-ce Sage ? Est-ce Enrichissant ? Tiens, les cinq initiales font PENSE…

mercredi 15 janvier 2020

Yaka

Bien malin serait celui qui pourrait avancer la date du futur gouvernement fédéral belge de plein exercice. Il semble bien que l’impasse soit totale et qu’on vogue allègrement de perte de temps à perte de temps. Il suffirait vraisemblablement de cinq minutes de courage politique, mais ce n’est pas demain la veille. Dans ce brouillard, il est troublant d’entendre les Yaka !

Yaka faire un gouvernement de techniciens. Cela aurait du sens si gouverner un pays n’était qu’une question de bonne gestion. Mais ce sont aussi des choix politiques à faire. Même les choix techniques reposent sur des arbitrages politiques. Décider de refinancer la justice et/ou la santé peut apparaître comme une évidence technique. Mais, si un gouvernement dispose de 100 qqch pour refinancer, comment va-t-il les répartir entre la justice et la santé (ou autre chose encore) ? Cela ne peut résulter que d’orientations politiques.

Yaka faire un gouvernement avec des majorités politiques dans chacune des communautés. Il suffirait de mettre ensemble les majorités présentes dans les entités fédérées. Par exemple, du côté flamand, N-VA, CD&V et Open Vld. Du côté francophone… c’est déjà plus compliqué ! La majorité wallonne et de la Communauté française de Belgique PS, MR et Ecolo ? Ou la majorité bruxelloise PS, Ecolo et Défi ? Ou encore – pourquoi pas ? – la majorité de la Communauté germanophone ProDG, SP et PFF ? En faisant simple, l’idée serait donc d’avoir un gouvernement (par ordre alphabétique) CD&V, Ecolo, MR, N-VA, Open Vld, PS ? Ce serait un gouvernement majoritaire partout ! Mais, à nouveau, comment ce gouvernement pourrait-il prendre des décisions politiques ? À la première question délicate (pension, migration, éthique, sécurité sociale, etc.), ce serait le désaccord… et la rupture. Un tel système serait encore envisageable dans un système confédéré, comme la Suisse par exemple (en sachant que la réalité est très différente pour ce pays). Mais on n’y est pas, et un des enjeux actuels est justement d’aller vers ou de ne pas aller vers une Belgique confédérée, chère à la N-VA. Un Gouvernement belge est inévitablement dans le cadre actuel un gouvernement de coalition, c’est-à-dire l’association de partis qui trouvent suffisamment de points de convergence pour gouverner ensemble. Si ces points de convergence n’existent pas, pas de gouvernement.

Yaka arrêter de payer les salaires des politiciens s’ils ne trouvent pas une solution dans les 15 jours. Yaka les enfermer tous et ne les autoriser à sortir qu’en cas de fumée blanche. Yaka tirer au sort parmi eux. Yaka laisser faire les citoyens. Yaka…

Je n’ai pas de Yaka à proposer. Et je n’ai pas de boule de cristal pour avancer la solution qui sera adoptée, même si j’ai ma petite idée qui correspond aussi à mes préférences. Mais il faut quand même constater qu’on est dans une situation bassement politicienne qui ne favorise pas la rapidité de la mise en place d’un nouveau gouvernement. Je fais un constat. Je n’affirme pas que les questions qu’il soulève ont une réponse claire et unique. Le Gouvernement actuel, totalement minoritaire depuis décembre 2018, est composé de trois partis. Il y a 7 ministres MR, 3 CD&V et 3 Open Vld. Quelle que soit la composition du futur gouvernement, il est évident que ces partis n’auront plus autant de ministres. Alors, pourquoi ne pas prolonger cette situation… ? Je laisse à chacun le soin d’apporter la réponse qu’il souhaite à cette question ! Yaka !

mercredi 1 janvier 2020

Promouvoir, pas imposer

Écrire un premier janvier, c’est tenter le diable des bons vœux, surtout lorsqu’on entame ainsi la dernière année d’une décennie malgré ce que pourraient faire croire les deux derniers chiffres du millésime. Alors, je cède : je vous souhaite à tous et toutes de ne vous voir jamais rien imposé par qui ou quoi que ce soit et, en corollaire, que vous n’imposiez jamais à personne qui ou quoi que ce soit. Promouvez, n’imposez pas !

Alors qu’il me semble les entendre de plus en plus, j’ai du mal à supporter les discours du type « il faut… » ou « on doit… ». Dans un milieu militant, ils sont fréquents et portent sur mille et une obligations toutes plus indispensables les unes que les autres pour sauver le monde. La plupart du temps, je partage l’intérêt de réaliser telle ou telle action, d’adopter telle ou telle attitude, de mettre en place telle ou telle procédure. Souvent, ma difficulté ne réside pas dans la pertinence ou non des directions qui sont formulées, mais dans le fait qu’elles sont présentées comme étant obligatoires, non seulement pour celui qui la formule, mais aussi pour tous ceux qui l’entourent.

Adolescent lors des événements de mai 1968, j’ai bien sûr adhéré au slogan « Il est interdit d’interdire ». En le paraphrasant, je dirais aujourd’hui « Il est interdit d’imposer ». Je pense qu’il faut surtout promouvoir. Ah ! Je viens de l’écrire. « Il faut… ». Il est difficile d’éviter le paradoxe du slogan de 1968 et lorsque je défens mes idées, j’ai souvent conscience de chercher moi-même à imposer mes propres vues, y compris celle de ne pas imposer !

C’est pour cela que j’en fais aujourd’hui juste un vœu : que personne n’impose quoi que ce soit à qui que ce soit. Je rêve d’une société durable où la liberté prévaudrait en toute circonstance, où les seules contraintes seraient celles que l’on se donne volontairement à soi-même dans le respect de notre environnement humain, physique, biologique, culturel… Un monde où il ne serait jamais nécessaire ni d’imposer ni d’interdire. On peut rêver, non ?

dimanche 1 décembre 2019

Prendre mon bien en patience

    
On apprend à tout âge. Il m’arrive de plus en plus souvent de devoir patienter. Dans l’attente de l’autre. Il y a une action à réaliser. Je pourrais la faire moi-même. Mais la réalité et la sagesse font que c’est quelqu’un d’autre qui doit la faire. Pour mille et une raisons, toutes bonnes, cela prend plus de temps que je ne le souhaiterais. Alors, j’attends. J’apprends à attendre.

Durant ma vie professionnelle, il se fait que j’ai rarement dû déléguer. J’étais plutôt du style à prendre sur moi toute une série de tâches. D’une part, les autres ne voulaient pas vraiment les faire ; d’autre part, ça me permettait d’en avoir le contrôle. Je me retrouvais dans un rôle d’adjoint dans lequel j’étais assez efficace et qui me satisfaisait pleinement comme je l’ai écrit par ailleurs.

Aujourd’hui, je ne suis plus l’adjoint de qui que ce soit, mais ayant endossé de nouvelles responsabilités, je suis plus souvent amené à déléguer ou encore à ne pas devoir faire tout tout seul. Ce n’est pas toujours évident, car les choses avancent parfois moins rapidement que je ne le souhaiterais, mais j’ai parfaitement conscience que c’est pour le bien, tant celui des autres que le mien. Notre richesse humaine est plurielle. Plus les gens collaborent, plus chacun s’enrichit des apports de l’autre. Ça prend simplement un peu plus de temps. Et encore, ce ralentissement n’a du sens qu’à court terme. Au-delà, tout le monde – même le temps – y gagne.

Le temps est une réalité très relative. En 1993, j’ai effectué une mission au Burundi, dans le cadre de la Filière Café. Mon rôle était d’évaluer une session de formation destinée à des producteurs, des grossistes, des coopératives… La formation devait commencer un lundi matin, à 9 heures. J’avais rendez-vous avec Athanase, le responsable, à 8 heures. Constat glacial : rien n’était prêt, à part le formateur international bien entendu. Quand je dis « rien », c’est « rien » ! Pas de salle réservée, pas de matériel de formation, pas d’intendance (collations, repas…) et… pas même de participants ! Athanase, très serein : « Pas de panique, ça va aller ! ». Pendant quelques heures, je me suis excité, j’ai tourné en rond, je ne pouvais rien faire, j’allais droit à la catastrophe. Puis, à 13 heures, la formation commençait et s’est très bien déroulée. Il y a bien eu quelques participants qui sont arrivés un peu plus tard, d’autres qui se sont absentés une ou deux heures pendant la semaine. Mais globalement, je devais me rendre à l’évidence : tout s’était bien passé, avec efficacité.

Finalement, j’avais été la seule victime ! Si j’avais attendu calmement, avec confiance en Athanase, je me serais fait moins de bile pour rien. J’aurais vraiment dû prendre mon bien en patience.

jeudi 21 novembre 2019

Du militantisme au sectarisme

Grâce à Gaby, j’ai pu découvrir dernièrement un inédit de François Béranger : une courte reprise de la chanson révolutionnaire de Dominique Grange « Les nouveaux partisans ». Version martiale, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais un inédit de Béranger, ça vaut quand même la peine de l’écouter !

Bref, à mon tour, j’ai publié une version « vidéo ». J’ai également partagé le lien dans le groupe « François BERANGER » de Facebook. Cette publication fut bien appréciée, mais un membre du groupe a commenté : « L'auteur de la vidéo (Reverberes456) réalise également chants du scoutisme, chanson biblique… Sans commentaire… » !

Après discussion, il est bien apparu que ce sieur estimait qu’il valait mieux ne pas écouter la chanson étant donné « la mayonnaise » de la chaîne vidéo qui l’accueillait !

Une remarque personnelle d’abord. C’est vrai que ma chaîne vidéo propose des versions numériques de disques 33 tours 25 cm parus au début des années 1960 et qui ont ravi à l’époque de nombreuses familles : Sois prêt, À la veillée, Adjiji et De notre mieux. Si je les ai publiées, c’est parce qu’elles ne le sont nulle part ailleurs et que cela pourrait intéresser certaines personnes. Il faut bien avouer que celles-ci ne sont pas très nombreuses à en croire les nombres de lecture. Il y a aussi la « chanson biblique » Abraham, du Père Cocagnac, enregistrée en 1957. Je l’ai publié d’une part parce qu’elle est liée à un rôle joué lorsque j’avais 9 ans, et d’autre part parce que le « Père Cocagnac » s’appelle en réalité Maurice Cocagnac et est le parolier de plusieurs chansons interprétées par Graeme Allwright. Cela m’a permis de partager cette chanson auprès d’amateurs de ce grand chanteur folk. Pour le reste, ma chaîne propose surtout des chansons peu connues ou des enregistrements en public de Graeme Allwright, Nicolas Peyrac, Claude Semal, Raphy Rafaël, Jacques-Ivan Duchesne, François-Marie Gerard, Laïs… Rien de très « religieux » là-dedans !

Une réflexion plus fondamentale ensuite. Il faut déjà, me semble-t-il, être un peu paranoïaque pour se priver d’écouter une chanson sous prétexte qu’elle est publiée sur une chaîne qui contient aussi des chants scouts ou bibliques. C’est encore plus sinistre quand on condamne dès lors cette chaîne publiquement. C’est un peu comme si la chanson proposée était moins révolutionnaire ou moins « Béranger » du fait qu’elle côtoie des chansons d’un autre style, jugées insupportables du seul fait qu’elles sont qualifiées de « catho ». Quand le sectarisme révolutionnaire en arrive à de telles exclusives, on peut penser que ce militantisme devient lui-même une « religion » avec toute la connotation négative que ce terme peut porter, à juste titre parfois.

Si vous êtes arrivés à me lire jusqu’ici, vous serez peut-être intéressé de savoir à quoi ressemble cette chanson « prosélyte » de Béranger.

lundi 28 octobre 2019

Gauche, droite et écologie

FMG©2019

Lors d’une interview au journal Le Soir, à la question « Ecolo est de gauche ? », la jeune coprésidente Ecolo, Rajae Maouane, a répondu « Je n’ai pas grandi dans le truc gauche-droite. Pour moi, c’est une lecture ancienne. » De son point de vue, elle a raison. Néanmoins, toute opinion politique peut être située vers la gauche ou vers la droite quand on la compare à une autre, selon un certain nombre de caractéristiques. Celles-ci ne sont plus aujourd’hui totalement cohérentes et en cela, le clivage gauche-droite n’est plus nécessairement significatif. Mais quelles sont ces caractéristiques ?

Des valeurs avant tout, dont la liberté et la justice

Dans une première approche « à la grosse louche », on peut clamer que, pour la gauche, ce qui importe, c’est l’égalité, la solidarité, la tolérance, la fraternité. Pour la droite, c’est l’autorité, la sécurité, la tradition, la nation.

Certaines valeurs sont communes, mais avec des accents différents. La liberté est fondamentale pour la droite, tant que la liberté de l’autre n’empiète pas sur ma propre liberté et les privilèges qui y sont liés. Par exemple, la droite occidentale lutte contre l’immigration, car les immigrés sont perçus comme des menaces pour nos richesses et notre confort. La liberté est avant tout économique, liée au mérite : chacun peut (et doit) entreprendre ce qu’il veut pour son bien-être. Celui qui n’entreprend pas en est responsable, car il n’utilise pas sa liberté. Pour la gauche, la liberté est aussi fondamentale, mais il s’agit d’une liberté individuelle et sans limite : chacun fait ce qu’il veut. Les immigrés ont donc le droit d’immigrer, chacun a le droit de pratiquer la religion qu’il souhaite, le droit à l’insoumission est essentiel…

Une autre valeur commune est la justice, mais elle aussi avec des accents différents. La gauche revendique avant tout une justice sociale : il faut lutter contre les privilèges de telle sorte que chacun – quel que soit son contexte et ses actions – bénéficie des mêmes avantages que les autres. Pour la droite, il s’agit surtout d’une justice pénale : ceux qui ne respectent pas les règles de l’ordre social doivent en être exclus et punis.

Constatant que le système socioéconomique sert avant tout le pouvoir et les privilèges, la gauche critique l’ordre social issu du capitalisme et veut le changer en étant progressiste. La droite, par contre, est conservatrice en souhaitant maintenir l’ordre social tel qu’il est et a toujours été, dans le respect de la nation et de l’identité nationale.

Des stratégies différentes, parfois jusqu’à l’extrême

L’existence différenciée de ces valeurs entraîne des stratégies différentes. Alors que la droite prône la non-intervention sociale, par exemple en réduisant la fiscalité au strict minimum tout en soutenant la libre entreprise, la gauche souhaite contrôler les modalités de production et de distribution des biens et des services afin d’assurer la solidarité. Dans le cas de l’extrême-gauche, cette stratégie poussée au bout de sa logique débouche sur une volonté de changement radical du système capitaliste, avec un refus des institutions politiques et sociales, y compris le refus de participer au pouvoir en place. La spécificité de l’extrême-droite est moins liée aux questions stratégiques. C’est plutôt une exacerbation des notions d’ordre social, débouchant sur un autoritarisme, et d’unité organique de la nation, avec le racisme comme corolaire. Cette défense exclusive de la nation amène l’extrême-droite à se rapprocher du « peuple », avec un discours qui peut parfois paraître contestataire mais qui en réalité est populiste.

Tout ça, c’est valable en théorie. Dans la pratique, c’est plus compliqué et on ne sait plus trop qui est de droite ou de gauche : les sociaux démocrates veulent la solidarité mais dans le respect de l’ordre établi, les libéraux sociaux veulent la liberté entreprise mais en assurant que chacun ait le minimum vital, etc.

L’écologie, dans tout ça ?

Les journalistes du Soir ont interrogé Rajae Maouane sur sa nouvelle lecture : « Le choix entre une société ouverte et une autre fermée. » Elle cite son coprésident, Jean-Marc Nollet : « Écologie ou barbarie », emprunté à Noël Mamère, voire à Murray Bookchin. L’idée est qu’une société qui ne voit qu’elle-même va jusqu’à ignorer son environnement et se permet toute décision qui lui est profitable, même au détriment d’autres personnes ou d’autres sociétés. Une telle société fermée ignore le respect des droits humains et la loyauté à l’égard des citoyens tout en jouant un rôle crucial dans la dégradation de la planète.

Un texte d’ETOPIA, Centre d’animation et de recherche en écologie politique, avance que trois valeurs phares balisent l’écologie politique et la « délimitent » par rapport à d’autres courants : l’autonomie, la solidarité et la responsabilité.
  • L’« autonomie » est la capacité des personnes ou des groupes de personnes à se fixer leurs propres buts et « voir le bout de leurs actes ». Ce n’est pas seulement la liberté au sens libéral du terme (par opposition à la dictature et l’absolutisme), pas seulement la liberté de faire, mais de maîtriser ce que l’on fait.
  • La « solidarité » est l’affirmation de l’égalité en droit et dignité, mais une égalité qui n’est pas seulement affirmée au départ (et « que le meilleur gagne », comme dans le libéralisme du 18e siècle), ni une égalité niveleuse à obtenir comme résultat (comme le socialisme de la première moitié du 20e siècle). C’est le refus que quiconque soit laissé sur le bord de la route : quelles que soient les injustices et les erreurs de la liberté, chacun doit être en permanence remis en position de vivre une vie digne et autonome.
  • La « responsabilité », c’est la capacité et le devoir de répondre à la question « qu’as-tu fait ? » : « qu’as-tu fait aux autres ? », « qu’as-tu fait à l’environnement ? ». Il s’agit de la valeur la plus nouvelle apportée par l’écologie politique, par sa compréhension des conséquences à long terme et à longue portée de certains de nos actes, résultant de notre liberté et qui, alors même que nous les pensions « solidaires », peuvent se révéler nuisibles à d’autres humains ou à d’autres êtres vivants, plus tard, plus loin…

Il y aurait encore beaucoup à dire. Pour conclure néanmoins ce billet déjà trop long, je ne résiste pas à la tentation de partager une chanson que j’ai commise : « La valse des vexations » ! Elle semble légère, voire même un tantinet vulgaire, mais je vous invite à l’écouter avec la grille de lecture mise ici en avant. Vous y découvrirez peut-être un autre sens !

 Qu’y a-t-il de plus énervant
Que de pénétrer dans un WC
Et de se retrouver devant
Une planche éclaboussée
Parce qu’un mec est passé par là
Voulant marquer son territoire
En laissant un peu de son éclat
Comme si c’était obligatoire

Passe encore que certains ne savent pas
Que des chaussettes ont un envers et un endroit
Que chacun le fasse comme il le sent
Car en ce domaine le plus important
Est comme en politique ma foi
De savoir où est la gauche où est la droite

Cela dit, il y a de fortes chances
Qu’en arrivant dans ce local
Le mec a trouvé une planche
Qui refuse de rester verticale
C’est vrai qu’il n’est pas toujours facile
De devoir tenir son engin
En essayant que ne vacille
Cette planche tenue par l’autre main

Mais le sommet de la vexation
C’est de constater que pas mal de gens
Malgré toute leur éducation
Ignorent ce qui est évident
Un rouleau de papier WC
Doit s’installer nécessairement
De telle sorte qu’il puisse se dérouler
Les coupons allant vers l’avant

François-Marie GERARD - FMG © 2005

lundi 14 octobre 2019

Vaut mieux ne pas penser

Ce dimanche 13 octobre. Je participe à un événement citoyen contestataire, mais bon enfant. Plus de mille personnes se sont déployées dans les champs pour dire « Non au Contournement de Wavre ». Après la chaîne humaine, place à la convivialité et à la musique. Deux policiers âgés sont de faction dans un coin de la prairie. Après quelques échanges cordiaux, je me lance : « Dites, quand vous attendez comme ça, vous pensez à quoi ? »

Le premier me répond : « On écoute la musique… ». Cohérent. Je l’approuve. C’est alors que j’entends le second me lâcher froidement : « Oh vous savez, quand on est dans la police, mieux vaut ne pas penser » !

Je ne le laisse pas paraître, mais je suis instantanément refroidi, figé. J’ai encore dans le tête les images que j’ai vues la veille : lors d’une action de désobéissance civile à Bruxelles, organisée par Extinction Rébellion, des citoyens qui manifestaient pacifiquement se sont vus agressés par des autopompes, des sprays au poivre, des coups violents… Je comprends que ces policiers bruxellois sans aucune retenue étaient sans doute aussi mus par cette sentence  – est-ce un mot d’ordre ? – : « Mieux vaut ne pas penser » !

Penser, c’est l’essence même de l’être humain, de sa noblesse. «  Je pense, donc je suis !  », écrivait René Descartes au début du XVIIe siècle. C’est parce que nous pensons que nous existons, que nous sommes des êtres humains. La différence fondamentale entre un être humain et tous les autres êtres vivants est sa pensée. Alors, refuser de penser, c’est accepter de n’être plus humain.

En 1953, Czesław Miłosz, poète polonais, quittait momentanément rimes et vers pour publier un essai : La pensée captive. Il y montrait comment les régimes totalitaires font disparaître toute tentative de réflexion parmi ce qui reste des citoyens. Essai remarquable, mais qui s’appuie encore sur cette idée que, derrière articles et émissions insipides, il y a un comité central qui, délibérément, veut capturer la pensée pour la soumettre aux dogmes du parti. Aujourd’hui, chez nous, les choses sont différentes. Même pour la police, il n’y a pas de comité central ou de dogmes devant lesquels il faudrait s’aplatir. Reste que le travail d’abrutissement persiste, insidieusement, sans qu’il soit dirigé par qui que ce soit, voire vers qui que ce soit. L’assassinat de la pensée continue, mais sans assassin. Lorsque plus personne ne pensera, qui existera encore ?

mardi 17 septembre 2019

Ces discriminations si ordinaires

Dernièrement, je participais à une discussion lors d’un repas. Nous en sommes venus à parler d’une personnalité ayant, dans sa sphère d’influence, un certain pouvoir. Il s’agit d’un homosexuel. La discussion a dévié vers la sœur du compagnon, arrivée elle aussi à un certain niveau. Un « ami de mes amis » a clairement insinué que si cette femme, très jolie par ailleurs, était arrivée là, c’était parce qu’elle était la sœur de… J’ai exprimé mon indignation, en disant que c’était de la médisance et surtout que la dite sœur était avant tout ultra-compétente et méritait amplement son ascension.

J’ai regretté de ne pas avoir plus dénoncé ces discriminations si ordinaires, autant par manque d’envie d’envenimer la soirée que par fatigue. Pourtant, j’aurais dû !

Derrière cette insinuation de népotisme, il y avait surtout beaucoup de mépris inacceptable.

Du machisme d’abord. Par son discours amusé, l’« ami des mes amis » disait avant tout qu’une femme ne peut atteindre des sommets qu’en étant aidée, qu’elle ne peut avoir de compétences propres…

De l’homophobie aussi. Selon l’« ami des mes amis », si la femme avait été aidée, c’est parce qu’elle était la sœur du compagnon d’un homme… et qu’on sait bien que chez ces gens-là…

Si ça avait été un couple hétérosexuel et que la compagne avait eu un frère plutôt qu’une sœur, l’« ami des mes amis » n’aurait jamais osé prétendre ni insinuer qu’il n’était arrivé à ce niveau de responsabilités qu’en raison de ses liens familiaux.

Plus souvent qu’on ne peut le croire, on assiste ainsi à des discours ségrégationnistes larvés sous un vernis d’humour et d’autosuffisance. On ne réagit souvent pas assez, ne fut-ce que parce qu’on ne se rend même pas compte du sens profond de ce qui est dit. Tout cela est si ordinaire…

jeudi 12 septembre 2019

Au Train où vont les choses…


  

Ce mardi 10 septembre, nous avons donc passé deux heures et demie à patauger dans le Train, charmante rivière qui sillonne le Brabant wallon en traversant notamment Grez-Doiceau. Après-midi de nettoyage en compagnie de l’asbl Aer Aqua Terra  qui accomplit un travail quotidien extraordinaire pour vider nos rivières des déchets errants.

Le travail n’était pas de tout repos, malgré le magnifique soleil qui nous accompagnait. Les grandes bottes de pêcheur sont indispensables pour marcher dans l’eau, avec une profondeur moyenne de 50 cm. Il n’est déjà pas aisé de se déplacer avec cet équipement, mais lorsque les pieds s’enfoncent dans une bonne couche de vase, il faut de la force pour les en retirer, en veillant toujours à garder son équilibre. Même lorsqu’une chasse d’eau se déverse soudainement à hauteur d’homme ! Nous travaillons avec un outil constitué d’un manche et d’un crochet d’une vingtaine de centimètres qui permet de fouiner dans le sol et de dégager les déchets dénichés. Il faut alors les sortir, les mettre dans des seaux à remonter sur la berge. Ann-Laure se charge alors de les trier et de les étaler pour qu’ils sèchent et sensibilisent les passants.

La pêche fut « fructueuse » : sur une centaine de mètres, nous avons pu « sauver » deux débroussailleurs, un taille-haie thermique, un brûleur de chaudière, un pneu et sa jante, un grand paillasson, une veste hiver pour enfants, des morceaux de tôle ondulée Eternit amiantée, une guirlande de Noël, et bien sûr des canettes, des plastics, un tuyau, des métaux, des lingettes, des serviettes hygiéniques… Nous avons même vu une truite d’une bonne cinquantaine de centimètres. Elle faisait la sieste et nous l’avons laissée là !

Tous ces déchets se prélassaient depuis relativement longtemps. C’est la première fois qu’Ann-Laure et Marc passaient par là. C’est évidemment effrayant de voir tout ce qu’on peut « pêcher » dans ces petites rivières, mais nos accompagnateurs nous ont assuré – toujours avec beaucoup d’humour – qu’une rivière qui a été nettoyée reste propre. En d’autres termes, il y a beaucoup moins de personnes qui jettent leurs crasses aujourd’hui qu’avant-hier. Le simple fait d’exposer au regard de tous les déchets découverts permet vraiment de sensibiliser et d’éduquer les passants, notamment les enfants.


FMG©2019

C’est en sensibilisant et en éduquant qu’on peut espérer des résultats probants. Eu égard à la pollution aquatique globale, cette action n’est… qu’une goutte d’eau. Mais ce sont celles-ci qui font les grandes rivières et puis les océans. Tout ce qui est nettoyé est nettoyé, avec une certaine stabilité. Pas parfaite, mais réelle. C’est loin d’être négligeable, au Train où vont les choses…


lundi 2 septembre 2019

La chance d’être enseignant

Loan Vu Kim©1978

Il y a 41 ans, je faisais ma première rentrée en tant qu’instituteur. Vocation tardive, ma carrière n’allait durer qu’une douzaine d’années, d’une rare intensité. Je n’oserais pas dire que ce furent les plus belles années de ma carrière professionnelle, parce que celles qui suivirent – toujours autour de l’éducation et de la formation – furent tout autant passionnantes et riches d’apprentissage. C’est cependant une de mes plus grandes fiertés : j’ai été – je suis – instituteur !

Travailler avec des enfants pour participer à leur éducation, c’est à tout moment voir le sens de son action. C’est contribuer à construire le monde à travers ces jeunes qui deviendront les adultes, et donc les acteurs, de demain. Tout en développant des relations vraies qui se fondent sur de réels échanges. Sur la vingtaine d’enfants qui figurent sur cette photo, la moitié se retrouve aujourd’hui parmi mes « amis » Facebook ! Et il faut moins des doigts d’une main pour compter ceux ou celles dont je n’ai plus jamais eu de nouvelles.

Pourtant, être enseignant dans notre société n’est pas toujours évident. J’avoue ne pas avoir toujours mis en avant ma profession d’instituteur. Il faut dire que plus d’une fois, me retrouvant dans une assemblée où chacun présentait son métier, lorsque venait mon tour, je ne recevais qu’un « Ah oui, c’est un beau métier ! » et on passait à autre chose, me faisant clairement comprendre que s’occuper d’enfants n’est quand même pas aussi sérieux que se consacrer à produire de l’argent, des logiciels, des breloques quelconques à commercialiser… La plus grande difficulté rencontrée durant ces années est la dévalorisation sociale. Bien sûr, tout le monde sait l’importance des enseignants – sans eux, que feraient tous ces commerciaux et autres producteurs de biens et services ? – mais ils ne sont trop souvent perçus que comme des « subalternes » permettant aux vrais actifs de s’employer aux activités de production.

Ce regard condescendant sur les enseignants, je ne l’ai que trop souvent perçu. Pas nécessairement de la part des parents d’élèves. Il faut dire que j’avais la chance de travailler au sein d’une école ouverte, où le choix de chacun était d’œuvrer pour une éducation épanouissante et constructive. C’est plus en dehors de l’école qu’il était difficile de n’être qu’un « petit instituteur ».

Qu’à cela ne tienne, ce qui se vivait dans nos classes était une histoire merveilleuse, valorisante, et pleine de sens. Si c’était à refaire, pour rien au monde je n’échangerais ces rentrées scolaires et les découvertes et partages qu’elles annonçaient pour une nouvelle année. J’espère – j’ose le croire – avoir pu participer à la construction des personnalités de chacun des enfants qui me furent confiés. Je sais que chacun d’eux a contribué à la mienne et je ne les en remercierai jamais assez.

C’est tout le bien que je souhaite à toutes ces femmes et tous ces hommes qui en ces jours (re)commencent une nouvelle aventure, toujours renouvelée. Qu’ils et elles n’oublient jamais la chance qu’ils ont !

mercredi 14 août 2019

Positive attitude


Histoire sans importance, mais incroyable et qui vaut bien la peine d’être racontée. Nous avons fait 900 km pour rejoindre notre lieu de villégiature, nos deux vélos étant déposés sur le bon vieux porte-vélos qui nous suit depuis des années. Un modèle simplement accroché au hayon arrière avec des sangles. Simple, mais efficace. Le tout est de bien y attacher les vélos de telle sorte qu’ils ne bougent pas. Brigitte excelle dans ce travail.

À mi-parcours, en faisant le plein de carburant, nous avons constaté qu’un des deux plastics sur lesquels reposent les vélos avait un peu bougé. Naïvement, nous l’avons remis en place en poussant un peu dessus. Nous sommes repartis sur la route, bien dégagée et agréable.

À l’arrivée, force nous fut de constater que le plastic avait bien disparu, n’ayant résisté ni à l’âge ni au léger mouvement incessant des vélos. Dommage, mais pas dramatique. Irrationnellement, Brigitte était prête à partir à vélo pour le retrouver… mais la raison l’a retenue. Cela ne nous a pas empêché d’aller dormir.

Le lendemain, nous sommes partis faire nos premières courses, Brigitte me demandant de ne pas rouler trop vite : « on ne sait jamais » ! Au retour, à 500 mètres du gîte, Brigitte me dit : « arrête-toi ! ». Une voiture me suivait et je n’ai quand même pas freiné brusquement. Rangé sur le côté, j’ai parcouru une centaine de mètres en marche arrière, jusqu’au moment où Brigitte m’a dit : « stop ». Elle a ouvert la portière, s’est penchée et a ramassé… le plastic en question !

Il est incroyable que ce bout de plastic se soit barré à 500 mètres du lieu d’arrivée, alors qu’il aurait pu le faire à tout moment durant les 900 000 mètres parcourus !

Il est incroyable que Brigitte, confiante, ait vu ce petit bout de plastic noir perdu sur le bord de la route.

Il est incroyable surtout que Brigitte ait à tout moment été convaincue qu’elle pouvait retrouver ce plastic fugueur. Positive attitude. J’avoue que sur le coup, elle m’a stupéfait.

Comme quoi, la raison n’a pas toujours raison…

dimanche 21 juillet 2019

Tout en contraste


FMG © 2019

Sortie à Bruxelles hier soir : concert en prélude de la Fête nationale par l’Orchestre symphonique de Belgique. Beethoven et Kodály, musiques envoûtantes, tout en contraste. La suite le fut plus encore grâce à deux membres de la police dans l’exercice de leurs fonctions. L’une avenante, l’autre agressif.

En sortant de Bozar, petit attroupement : le Roi et la Reine allaient sortir et monter dans leur voiture. Nous décidons de les attendre en nous installant près d’une barrière juste devant une jeune policière. Nous entamons une conversation bien agréable. Elle nous explique qu’elle est de corvée tout le week-end et que ça commence à être un peu fatiguant : les missions n’arrêtent pas depuis début juillet avec le Tour de France et autres joyeusetés. On la sent fatiguée, mais bien dans sa peau et sa fonction. Contente de pouvoir parler un peu, simplement.

Les souverains étant partis, nous nous dirigeons vers la Grand’Place où nous n’étions plus allés depuis longtemps. Il fait beau, le coucher de soleil est splendide, l’ambiance est partout à la fête, on se croit un peu en vacances. Nous décidons de prendre un verre sur une terrasse bien remplie.

En cours de conversation, Brigitte me demande discrètement si j’ai reconnu sa voisine. Oui, bien sûr, une (excellente) journaliste de la RTBF. C’est à ce moment qu’entrent sur la terrasse un policier accompagné d’un « touriste en bermuda ». Ils s’affairent auprès de deux personnes assises à trois mètres de nous. Enfin, c’est surtout le gars en bermuda qui s’affaire. Ma voisine lui lance : « Pouvez-vous aussi vous occuper de cet objet qui traîne par terre ? ». Mal lui en prit ! Le bermuda s’approche de ma voisine, lui montre rapidement une carte et débite très agressivement : « Je suis policier. Donnez-moi votre carte d’identité ».

Interloquée, ma voisine n’obtempère pas et demande pourquoi. Le bermuda policier s’énerve, avec un fort accent belge : « Écoutez, moi, je suis policier. Je viens de prendre en flagrant délit un voleur qui a visité le sac que vous avez à vos pieds…
- Mais il n’y a rien dans ce sac à part un mauvais magazine. Je m’en fous s’il me l’a pris !
- Madame, vous venez d’être victime d’un vol. Moi, je suis policier, j’ai arrêté un voleur en flagrant délit, vous êtes victime. J’ai besoin de savoir qui est victime de mon voleur. Montrez-moi votre carte d’identité.
- Mais je ne comprends pas pourquoi. Je ne suis victime de rien du tout et je ne porte pas plainte !
- Écoutez (de plus en plus énervé), moi, je fais mon métier et je sais ce que je dois faire. Il ne faut pas croire tout ce qu’on raconte partout. Notamment à la télévision où ils n’arrêtent pas de dire n’importe quoi ! (Mon regard croise celui de la journaliste et nous pouffons tous les deux de rire !)
- Mais c’est une caméra cachée ?
- Non Madame, maintenant arrêtez de vous plaindre et donnez-moi votre carte d’identité ».

Ça ne servait sans doute à rien de s’opposer encore. Ce policier était visiblement de très mauvaise humeur et sûr de son droit autoritaire. Interpellé du regard, son collègue en uniforme nous a fait comprendre qu’il n’y pouvait rien. Bref, notre « victime » a montré sa carte que le bermuda a photographiée, non sans sortir encore quelques diatribes.

Le chat parti, les souris ont dansé. J’ai dit à la journaliste : « Visiblement, il ne vous a pas reconnue » ! Quoique, c’est peut-être pour cela qu’il a déblatéré de vils propos sur la télévision ?

Allez savoir. Cet homme faisait sans doute son travail. En filant et en arrêtant les pickpockets qui pullulent sans doute, il rend service à tous les citadins et à tous les touristes qui prennent du bon temps dans ces lieux splendides. Doit-il pour autant exiger de connaître et d’encoder l’identité de supposées victimes qui n’ont rien demandé ? Doit-il surtout faire preuve d’une agressivité sans borne et d’un mépris évident pour ceux ou celles qui ne pensent pas comme lui ?

Nous en avons bien ri. D’un rire jaune en réalité. Un tel sbire déforce et injurie sa confrérie. La fonction d’un policier est d’être au service de la population, pas de l’agresser ni de la menacer. Certains l’ont compris, d’autres s’enferment dans leur illusion d’autorité toute puissante. Tout en contraste.

lundi 24 juin 2019

À bon matou, bon grigou

En mai, j’ai fait une commande d’une cinquantaine d’euros sur le site Matou.be. Inconnu au bataillon, mais qui m’offrait ce que je cherchais à un prix intéressant. Le site est bien fait et présente tous les éléments pour créer la confiance nécessaire à un achat par Internet. Dès la commande réalisée, tout suivait : courriel de confirmation, espace client indiquant « en cours de traitement », etc.

Le problème, c’est que la dite commande est restée indéfiniment « en cours de traitement », contrairement au paiement qui, lui, avait bien été acté. Au début, je ne me suis pas inquiété. Après un certain temps, j’ai envoyé des courriels aux adresses connues. Pas de réponse. Après un temps certain, j’ai téléphoné au numéro indiqué. Répondeur téléphonique précisant que personne n’est disponible.

Leur page de contact donnait un lien pour des plaintes auprès de la Commission européenne ! J’ai suivi la procédure, sans illusion. J’ai téléphoné à Test-Achats où l’on m’a dit ne pas pouvoir faire grand-chose, mais qu’apparemment l’entreprise n’avait pas rentré ses comptes. Pour le reste, « débrouillez-vous ».

Pourquoi pas une plainte, ou plutôt un signalement, auprès du Service public fédéral Économie ? Aussitôt pensé, aussitôt réalisé. En fin de procédure, le site prévient quand même : « cela n’est pas une plainte ». Pour se plaindre, une seule piste : la police !

La police, je la respecte. Mais disons que je ne suis pas fan ! En tout cas, je n’ai jamais déposé plainte contre qui que ce soit. Du moins, je n’avais jamais… maintenant, c’est fait. J’ai été accueilli par un policier charmant, à l’écoute, ouvert. Son ordinateur est mieux branché que le mien : il y voyait les références de l’entreprise, y compris les noms et adresses des responsables ! Il m’a expliqué que ma plainte serait envoyée au parquet (qui en ferait ce qu’elle en ferait), mais qu’il pouvait écrire aux responsables pour les informer que plainte était déposée contre eux.

Toujours est-il que quelques jours plus tard, j’ai reçu un message de l’organisme qui avait touché mon paiement m’annonçant qu’on leur avait demandé de me rembourser. Cela a été fait et dans mon espace-client, le statut de la commande est passé sur « Annulé ». Pour la petite histoire, j’ai fait ma commande sur un autre site. Ça m’a coûté moins cher et je fus livré en deux jours ouvrables !

Je suppose que vous n’avez rien à cirer de cette histoire et si c’est le cas, vous avez bien raison. Je ne la raconte pas pour vous passionner, mais parce qu’on peut en tirer certaines leçons.

D’abord, et je n’étonnerai personne, on ne se méfie jamais assez lors de commandes sur Internet. La facilité débordante pour l’acheteur n’a d’égale que la facilité pour le vendeur de vous entuber. Il y a pour celui-ci toujours un risque, bien sûr. Mais il peut être rentable : si la personne lésée se contente de démarches basiques, l’argent peut rentrer facilement. Si elle va jusqu’à se plaindre auprès de la police, il suffit alors pour le vendeur indélicat de rembourser… et cela ne lui aura rien coûté ! Car évidemment, j’ai retiré ma plainte, puisqu’il n’y a plus de préjudice. Le site, lui, continue à exister, avec peut-être d’autres arnaques…

Ensuite, ça vaut la peine de ne pas se laisser faire ! Finalement, mes signalements divers ne m’ont pas pris beaucoup de temps. Ma plainte m’a permis de rencontrer un policier hyper sympathique et efficace. Un gars normal, au service de la population. Ils doivent être nombreux en réalité ! Ma ténacité a débouché sur l’effacement du problème. À bon chat, bon rat !

mardi 7 mai 2019

Identités

Dans son dernier livre – Over identiteit (Sur l'identité) – Bart De Wever s’efforce d’apporter un argumentaire intellectuel à ses thèses nationalistes fondées sur le repli sur soi. Il est intéressant de comprendre et d’analyser son approche, car en réalité, elle fonde de nombreuses prises de position un peu partout dans le monde sur le rejet des autres et la défense de « notre » propre univers.

La base de son analyse est que ce qui définit une communauté, aussi petite soit-elle, est son identité. Des humains se regroupent autour d’un certain nombre de règles communes, de sentiments communs, de conceptions communes… Ils n’ont même pas besoin de parler de ces éléments communs, car ils constituent leur identité qui les réunit. L’histoire du monde est un énorme brassage de ces communautés qui, à force de se confronter et d’interagir, crée des communautés de plus en plus grandes qui doivent redéfinir constamment leur identité pour continuer à exister en tant que communauté.

Parmi d’autres phénomènes, les migrations ont de tout temps contribué à faire évoluer l’identité des nouvelles communautés qu’elles créaient. Aujourd’hui comme hier et demain. M. De Wever observe ce qui l’entoure et voit une société composée de communautés cloisonnées au lieu de se retrouver progressivement autour d'un nous. Cette observation est correcte, mais la difficulté est que l’auteur estime qu’il est nécessaire de se regrouper autour d’une culture dominante (leidcultuur) qui serait dès lors le socle de l'organisation de notre culture publique. Cela signifie que la société se fonde sur cette règle pour choisir la façon d'organiser la vie publique et que la culture privée d'un citoyen est d'un intérêt secondaire, écrit-il.

Assez logiquement, pour le président du parti nationaliste, cette culture dominante ne peut être que celle de la communauté culturelle flamande. Il s’appelerait Trump et vivrait aux USA, ce serait la communauté culturelle américaine (blanche). Et ainsi de suite.

Le principe qui fonde cette réflexion est l’exclusion : les différentes identités seraient exclusives et doivent donc s’exclure mutuellement l’une l’autre pour ne laisser la place qu’à une seule identité, la dominante.

Il me semble nécessaire de pouvoir envisager un autre principe, fondé sur l’inclusion : les différentes identités seraient inclusives et se reconnaîtraient l’une l’autre pour construire ensemble des identités multiples s’enrichissant mutuellement.

Ces deux approches mènent à des positions concrètes différentes. Par exemple, dans une approche exclusive, un principe de base est la neutralité de l'autorité publique, qui suppose notamment que les citoyens ne tirent aucun droit automatique de leur identité personnelle dans la culture publique, avec l'interdiction des signes convictionnels dans l'enseignement public ou dans la fonction publique. Il est intéressant de prendre conscience qu’une telle approche revient en réalité à nier sa propre identité.

Une approche inclusive débouche plutôt sur la pluralité, où chacun peut vivre son identité pour autant, bien entendu, que ce soit dans le respect des autres identités. À terme, il est vraisemblable que cette pluralité d’identités, et donc leur brassage, contribuent à créer une ou des nouvelles identités, sans que l’une ne s’impose à l’autre.

Promouvoir une approche inclusive n’est certainement pas facile aujourd’hui, car la lame exclusive est largement portée par les populistes de tous bords et par de nombreux citoyens, comme l’a encore montré l’étude sur la perception des réfugiés, réalisée par la fondation Ceci n’est pas une crise.

Il serait stupide de nier que les migrations entraînent des difficultés de vivre ensemble. Elles amènent inévitablement la confrontation de différentes identités, parfois antagonistes. Tant qu’on reste dans une perspective où une identité – la nôtre – serait intrinsèquement supérieure et meilleure que les autres, il est impossible de surmonter les différences objectives et subjectives. Une approche exclusive est vouée à l’échec, car elle se fonde sur la négation de l’autre, avec comme seule issue sa destruction. Jusqu’au moment où plus aucune identité ne survivrait.

Viser une approche inclusive a le mérite de vouloir construire plutôt que détruire. C’est le vrai défi de nos sociétés.

vendredi 12 avril 2019

Quand le progrès régresse

A priori, je suis pour le progrès. On lui doit beaucoup d’améliorations. On lui doit aussi quelques obsolescences, quand il amène à rendre inutilisable quelque chose qui fonctionnait bien avant une autre amélioration. C’est souvent le cas dans le domaine informatique : un système fonctionne bien, mais – pour diverses raisons – on souhaite l’améliorer au détriment de certaines routines.

C’est le cas sur ce blog que je tiens depuis fin 2006. Il est évidemment dépendant de la firme qui accepte de l’héberger et de fournir le système pour l’éditer et l’aménager comme je le souhaite, sans être moi-même un technicien. La plupart du temps, ça fonctionne bien, d’autant plus que je ne cherche pas à présenter des gadgets hypersophistiqués.

Il arrive périodiquement qu’un de ces gadgets ne fonctionne plus. Ce fut le cas dernièrement avec l’outil – très simple – que j’utilisais pour pouvoir, parfois, faire écouter de la musique : Dewplayer. Sans savoir pourquoi, le lecteur ne s’affichait plus, ce qui rendait impossible toute écoute là où elle est indispensable.

J’ai voulu résoudre cette situation, quitte à utiliser un autre « lecteur » de musique. Mais je ne trouvais rien. Jusqu’au moment où j’émis l’hypothèse que c’était une question de « s », comme « sécurité » : désormais, l’adresse de mon blog commence la plupart du temps par « https » au lieu de « http ». Ça permet d’avoir un protocole offrant plus de protection tant au lecteur du blog qu’à son auteur. Très bien, mais Dewplayer fonctionne en http exclusivement. J’ai fait différents essais, mais sans issue positive.

Blogger propose bien un outil dans les paramètres qui permet de forcer la lecture du blog en https. Mais pas en http. En fait, celle-ci est seulement tolérée (pour combien de temps encore ?). Une fois cela compris, il suffisait de permettre à mes lecteurs de charger la page en http plutôt qu’en https, avec une petite routine comme celle-ci :

  • si vous voyez le lecteur, vous pouvez le faire disparaître : cliquez ici ;
  • si par contre vous ne voyez pas le lecteur, vous pouvez le faire apparaître en cliquant .


Cela vous permettra, si vous le désirez, d’écouter un Bransle de Bourgogne de Claude Gervaise (1540-1583), interprété par La Mandore, orchestre de mandolines du Brabant wallon dans lequel je jouais de la contrebasse il y a trente ans. C’est le progrès ! Bonne écoute !

J’ignore combien de temps cette solution pourra perdurer. Il suffirait qu’un jour, sous prétexte de progrès, le protocole http ne soit plus du tout accepté, ou autre changement encore, pour que je doive tout recommencer à zéro ou abandonner l’idée de permettre aux visiteurs d’écouter un peu de musique.

Le « progrès » est inévitable et parfois bien nécessaire. Ceux qui le créent n’ont pas toujours conscience de ce qu’il implique pour le commun des mortels. En l’occurrence, le problème est mineur et il n’y a pas de quoi en faire un plat. Mais dans d’autres cas, plus nombreux qu’on ne veut bien le penser, on est obligé de « faire avec » et c’est parfois bien ennuyeux.