samedi 20 décembre 2014

L'amant


Y a le cœur de l’amant
Qui donne le plaisir
De ne pas se suffire
Pour vivre pleinement

Parmi tous les plaisirs de la vie, y en a-t-il de plus sublime que celui de la chair ? Je ne parle pas du sexe pour le sexe, sans aucune recherche du plaisir de l’autre. Je parle de l’échange des corps dont le seul but est d’offrir le plaisir, de donner son cœur – même si ce n’est que pour un instant – pour dire à l’autre qu’il existe pleinement, qu’il peut être au centre de la vie, qu’il est et vit !

Le mystère de la vie est immense. On existe, sans trop savoir pourquoi. Souvent, on se dit que tout cela ne sert à rien. Qu’on pourrait finalement tout aussi bien s’en priver.

Mais lorsqu’on est amant ! Lorsqu’on sent son corps vibrer avec celui qui donne le plaisir ! Lorsqu’on s’abandonne pleinement à cette délivrance ! Lorsqu’on se suffit entièrement de la jouissance offerte par l’autre ! Lorsqu’on sait, parce qu’on le vit par tous les pores du corps, que la vie n’a de sens que par la rencontre de l’autre ! Alors, on vit pleinement, en toute liberté ! Même – et surtout – si cette liberté s’exprime dans des liens durables et féconds !

Qu’est-ce qui fait vivre la vie

Qui nous porte au-delà de nous
Qu’est-ce qui nous rend fou
Qui nous donne autant d’envie

Y a le cœur de l’amant
Qui donne le plaisir
De ne pas se suffire
Pour vivre pleinement

vendredi 19 décembre 2014

Complicité

©Martin Lavoie

J’ai la chance d’avoir plusieurs ami(e)s qui sont de vrais complices. À ma manière évidemment : je ne suis pas quelqu’un de démonstratif, je n’ai pas besoin de me retrouver en permanence avec eux pour faire la fête ou simplement être ensemble. À vrai dire, ces ami(e)s, je les vois assez rarement. Mais ce sont mes ami(e)s, avec quelle complicité !

Quand nous nous retrouvons, que ce soit réellement ou virtuellement, le maître-mot est la confiance. Nous savons que nous pouvons parler de tout et de rien – plus souvent de tout d’ailleurs – sans que l’autre ne prenne la mouche ou émette le moindre jugement. Cela ne veut pas dire que la réaction critique n’est pas présente, bien au contraire. C’est justement parce que l’autre réagit, sans avoir peur de blesser, que nous pouvons ensemble aller au fond des choses et mieux les comprendre. C’est une introspection commune qui mène vers plus de lucidité et de liberté. À aucun moment, l’un ne cherche à imposer quoi que ce soit à l’autre. C’est à chacun de faire son chemin, mais celui-ci s’éclaircit toujours grâce aux lumières bienveillantes tout autant qu’exigeantes de l’ami.

À côté de ce mouvement de fond, il y a bien sûr aussi le simple plaisir d’être ensemble, de partager un repas, de boire un (ou deux) verre(s), d’écouter une chanson, de prendre des nouvelles de nos familles respectives, d’être amis tout simplement.

Savoir qu’on est de toute façon unique pour quelqu’un. Savoir qui – pour nous – est unique et sera là le jour où il faudra que ce soit le cas. Vivre chaque fois des découvertes permanentes merveilleuses. Se sentir complice, non pas d’un crime, mais d’une libération mutuelle !

Je parle de « plusieurs » ami(e)s… mais il ne faut quand même pas rêver. Ils ne sont pas légion. Ce n’est d’ailleurs pas la quantité qui compte à cet égard, mais évidemment la qualité. Et la complicité. J’avoue qu’à ce niveau, j’ai vraiment beaucoup de chance… et je les remercie !

lundi 8 décembre 2014

Du pareil au même

La lutte sociale continue en ce jour de grève tournante. Mais contre qui ou contre quoi luttent tous ces grévistes ? Entre le « libéralisme social » et le « socialisme néolibéral », il n’y a guère de différences. Juste des accents, et encore. Sur un plan socio-économique, le gouvernement de Charles Michel ne fait que continuer l’action du gouvernement précédent de Di Rupo.

Ce n’est pas propre à la Belgique. C’est la même chose partout : quelles différences y a-t-il entre les options politiques du socialiste François Hollande, de la chrétienne-démocrate Angela Merkel, du conservateur David Cameron, du démocrate Barack Obama… ? Au bout du compte, la religion suprême de tous ces politiciens est l’austérité au détriment des travailleurs afin de servir les intérêts des investisseurs et du capital.

Sans doute, la marge de manœuvre est étroite. Elle l’est même encore plus qu’on ne le croit : on voit bien que toutes ces politiques ne débouchent sur rien de vraiment réjouissant, si ce n’est l’enrichissement des riches. Il faudrait tester d’autres politiques, plus solidaires, plus innovantes (au sens où elles prendraient vraiment en compte la réalité du monde tel qu’il est aujourd’hui), plus ouvertes au bien commun. Je ne suis pas politicien et je n’ai pas de solutions toutes faites à proposer. Mais je suis convaincu que les stratégies actuelles – toutes les mêmes – ne mènent nulle part.

En attendant, le peuple ronronne, relevant parfois la tête, se redressant plus rarement encore. Il y a pour le moment en Belgique quelques soubresauts. Mais il ne faut pas se leurrer : même si le mouvement social parvenait à modifier certaines orientations, celles-ci n’entraîneraient pas de changements radicaux. Finalement, ce serait du pareil au même.

dimanche 30 novembre 2014

Avant, après…

FMG©2014

Avant, après… Va t’en savoir ! Un mois, une minute… Peu importe ! Reste juste la laideur, celle de l’âge, de la fatigue, du sérieux des choses ! En tout cas, la différence entre ces deux photos exécrables ne réside que dans le mois de novembre 2014. Movember !

Je me suis donc laissé pousser la moustache durant ce mois de novembre, pour sensibiliser au cancer de la prostate et des testicules, autres apparats typiquement masculins. Ça a marché en réalité. Plus d’une fois, on m’a dit « Alors, tu te laisses pousser la moustache ? ». Je répondais que non, je n’en ai pas vraiment l’intention, mais que c’était parce que je participais à Movember. L’accueil était poli, gentil, bienveillant. Pas plus. Aucune personne ne m’a interrogé sur ces deux cancers bien cruels !

L’idée de Movember est bien sûr aussi de récolter quelques sous qui permettront de mieux lutter contre ces cancers. J’avoue que là, c’est l’échec total. Pas un de mes interlocuteurs n’a manifesté le moindre intérêt pour un quelconque don. J’en parlais, bien sûr. Mais je voyais bien que, bon, cette moustache était sympathique, mais enfin de là à donner de l’argent pour ça…

Il faut dire que Movember ne simplifie pas la chose : je serais bien en peine de donner un numéro de compte quelconque pour permettre un don ! Juste un numéro de téléphone : 02 808 69 40 (en Belgique). J’espère que leur standard sera écrasé d’appels à la suite de ce billet, mais je n’y crois pas trop.

La problématique du cancer de la prostate ou des testicules est vraiment importante. L’initiative Movember est vraiment dynamique, amusante et positive. Elle manque cependant encore de beaucoup de visibilité et de clarté. Au bout du compte, je suis effectivement mitigé, d’autant plus que – heureusement – je ne suis pas du tout concerné par ces fléaux. Mais bon, avant, après, comme si cela changeait quelque chose…

mercredi 26 novembre 2014

Les errements de Facebook


Depuis hier, je n’arrête pas de signaler à Facebook l’existence et les publications d’un groupe : Mise à terme des demandeurs d'asile & mise à jour de l'expulsion. Ce groupe, de toute évidence, stigmatise la communauté musulmane et publie amalgame sur amalgame.

La réponse reçue de Facebook est toujours la même : « Nous avons examiné la Page que vous avez signalée comme contenant des propos ou des symboles haineux et avons déterminé qu’elle n’allait pas à l’encontre de nos Standards de la communauté. »

Sauf évidemment quand ce groupe nauséabond a eu la mauvaise idée de publier la photo d’une femme dont le voile couvrant la tête était le seul vêtement. J’ai évidemment directement signalé cette image comme étant « de nature pornographique » ! La réponse de Facebook ne s’est pas fait attendre : « Nous avons examiné la photo que vous avez signalée pour nudité. Dans la mesure où elle était contraire à nos Standards de la communauté, nous l’avons supprimée. Merci pour votre signalement. Nous avons informé Mise à terme des demandeurs d'asile & mise à jour de l'expulsion que sa photo avait été supprimée, sans dire de qui venait le signalement.

Je suis scandalisé ! Non pas tant par la nudité exposée sur la photo en question. On trouve bien pire sur Internet avec une facilité débordante. Cette photo était inacceptable, non pas pour la nudité qu’elle montrait – la chose la plus naturelle qui soit – mais par la provocation qu’elle contenait. Photographier et publier une femme nue portant le voile n’a qu’un seul but : ironiser sur les convictions religieuses musulmanes et provoquer cette communauté. En écrivant cela, je ne me prononce en rien sur le bien-fondé du voile qui n’est, malheureusement trop souvent, qu’un symbole d’un mépris de la femme, mais qui est aussi – qu’on le veuille ou non – la seule possibilité laissée à de nombreuses femmes d’affirmer, en toute liberté, leurs convictions religieuses face à une société qui globalement les méprise.

Ce qui est grave et totalement inacceptable, c’est que les « Standards de la communauté » Facebook acceptent sans sourciller qu’on méprise et injurie des personnes sous le seul prétexte de leur (supposée) appartenance religieuse tout en ne tolérant pas le moindre bout de peau dénudée.

Si vous lisez ce billet d’humeur et que vous m’accordez quelque crédit, n’hésitez pas : dénoncez ce groupe malfaisant. Et continuez à le faire pour tous les groupes du même acabit. Ils se présentent comme défenseurs de notre société occidentale, mais ils ne font en réalité que l’enterrer toujours un peu plus en niant les valeurs de solidarité, de liberté, de fraternité, d’égalité, de tolérance, d’humanité !

mardi 25 novembre 2014

Vestiges des temps modernes

FMG©2014

Mes chemins professionnels me menaient ce matin à Forem-Formation, situé depuis plusieurs années sur le site du Val-Benoît, à Liège. Ce site, après avoir été un fleuron universitaire, est aujourd’hui à l’abandon, ou plutôt en réhabilitation. Certains bâtiments sont recyclés, d’autres sont détruits pour faire place à du neuf.

Cela m’a permis de saisir cette étonnante photo : c’est tout ce qu’il restait ce matin de ce bâtiment dans lequel il me semble avoir travaillé au début des années ’90. Ces deux ossatures centrales – anciennes cages d’ascenseur ? – étaient ce soir déjà entièrement séparées. Dans quelques jours, elles n’existeront même plus.

Ces vestiges d’un passé récent disparaissent ainsi. C’est bien sûr des pans entiers d’histoire qui se retrouvent en poussière. On peut se laisser envahir par un brin de nostalgie, c’est le droit de chacun. Personnellement, j’ai plutôt tendance à considérer que ces bâtiments ont fait leur temps, ont rendu les services qu’ils devaient rendre et que les remplacer par de nouveaux ne peut être qu’un pas vers l’avenir. À quoi me servirait-il d’être nostalgique ?

La vie n’est-elle pas toujours ainsi faite ? On construit des choses – des bâtiments, mais aussi des vies, des relations, des rêves – qui remplissent leur office le temps qu’il faut. À un moment, ces choses deviennent obsolètes. Elles gardent sans doute toujours une certaine âme, mais faut-il à tout prix préserver celle-ci. L’âme n’existe-t-elle pas d’ailleurs que dans le souvenir, le sens symbolique, qu’on veut bien lui accorder ? Alors, autant détruire la chose, la faire disparaître pour qu’elle puisse laisser la place à une nouvelle chose – un nouveau bâtiment, une nouvelle vie, une nouvelle relation, un nouveau rêve. Ce n’est pas nier la chose d’origine. C’est la transcender, la conduire là où elle n’aurait même pas pu être en elle-même.

Je ne dis pas qu’il faut détruire toutes les vieilles choses. Tant qu’elles peuvent vivre et être utiles – même si cette utilité est purement symbolique – alors autant les garder. Mais si elles doivent disparaître, je ne serai jamais le premier à verser une larme. L’avenir se construit toujours sur le passé, mais ce n’est jamais celui-ci qui construit l’avenir.

dimanche 23 novembre 2014

Première sculpture

FMG © 2014

Comment savoir si je suis un artiste ? Qu’est-ce qui caractérise celui-ci ? En toute humilité, j’ai écrit de la poésie – publiée pour la première fois en 1974, aux Éditions Saint-Germain-des-Prés –, j’ai composé et chanté plus de 200 chansons, certaines étant gravées sur différents supports, j’ai publié ici-même près de 700 billets qui abordent différentes thématiques mais où le souci du verbe est toujours présent… Bref, j’ai beaucoup créé, mais toujours de manière très intellectuelle. Alors même que mon rêve est d’être sculpteur !

Mais voilà, je ne supporte pas le contact de la terre humide et sale ! Je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire pour modeler quoi que ce soit et – à vrai dire – l’idée de modeler me révulse assez fondamentalement. Bref, ma carrière de sculpteur a peu de chance de réellement démarrer !

Jusqu’à hier. Je venais d’ouvrir une bouteille de vin. Plutôt un vin quelconque qu’un grand cru. C’était peut-être là l’idée de génie ! Soudain, en triturant le tire-bouchon, j’eus un éclair trans-subliminal. Il faut dire que ce tire-bouchon m’avait quand même coûté environ 1,25 EUR dans un magasin vulgaire (c’est-à-dire pour le bas peuple dont je fais partie).

En le tournant dans tous les sens, je sentis soudainement me laisser pousser des ailes et m’envoler : à moi la liberté des oiseaux ! Une poussée ontologique délirante envahit la moindre parcelle de mon corps, de mon être. J’étais oiseau ! Sans pouvoir mettre le moindre mot sur cette sensation de liberté, de liesse, de sublime éternité !

J’ai eu peur de perdre l’émerveillement de cet instant fragile. Heureusement, je sentis dans la poche de mon pantalon la forme délicate de mon GSM, accessoirement aussi appareil photographique de fortune. Je me précipitai sur celui-ci pour immortaliser ma première création sculpturale. De toute évidence, une œuvre plastique de toute première importance ! Immédiatement, je me dis qu’une autre approche de cet envol lumineux permettrait d’en saisir toute la profondeur. Quittant la chaleur froide, j’utilisai la froideur chaude ! Quelle merveille !

Me voici enfin sculpteur, façonneur de la liberté existentielle !

vendredi 14 novembre 2014

100 000

Hier, à 7h55, en arrivant à Mons, ma voiture a passé le cap des 100 000 kilomètres. J’imagine qu’avec raison, ça n’intéresse personne, mais moi, ça m’a ému ! Mine de rien, ce n’est quand même pas n’importe quoi, même si aujourd’hui c’est devenu banal. Ça n’a pas toujours été le cas.

Je me souviens, en 1978, lorsque – pour la première fois – une de mes voitures a passé ce seuil. C’était une Peugeot 204 achetée d’occasion en mauvais état : lorsque j’étais allé la chercher de l’autre côté de Bruxelles, il n’y avait plus d’embrayage et j’ai traversé la ville en utilisant comme seul embrayage que la clef de contact ! Mais quelques mois après, les 100 000 km se profilaient. J’ai invité mon ami Stephen à m’accompagner et lorsque nous sommes arrivés au moment fatidique, je me suis arrêté et j’ai ouvert une petite bouteille de champagne que nous avons dégusté avec émotion !

Aujourd’hui, 36 ans plus tard, ça n’émeut plus personne que moi ! Même ma femme adorée, lorsque je lui ai communiqué l’information, n’a émis qu’un « Ah bon ! » révélateur de l’intérêt qu’elle y apportait.

Pourtant, c’est quand même extraordinaire, non ? On parle toujours de l’obsolescence programmée, et je suis convaincu que celle-ci existe. Mais au niveau des voitures, aujourd’hui, il est tout à fait normal qu’elles atteignent cent mille, voire deux cent mille kilomètres, sans que personne y ait quoi que ce soit à redire.

Ah, c’est votre cas aussi ! Inutile de me jeter en pâture à la vindicte populaire qui s’y connaît pour condamner toute âme qui vive sans même savoir de quoi il en retourne. J’ai compris, je sors…

vendredi 7 novembre 2014

Quand les patrons ignorent la réalité

La Belgique vit des heures difficiles. Un gouvernement de droite prend des décisions de droite. Le peuple trinque et il s’exprime. Avec dignité : une manifestation de plus de 100 000 personnes a pu montrer la volonté des citoyens de résister à cette politique assassine. Certains casseurs en ont malheureusement profité pour casser… C’est un épiphénomène, mais il est évidemment gonflé par les médias. Pourtant, où se trouve la véritable violence ?

Le jour de la manifestation, Jo Libeer, le patron des patrons flamands réunis au sein du Voka, s’est exprimé dans La Libre. Il en a bien le droit, mais ses propos sont stupéfiants !

Les décisions gouvernementales vont entraîner une perte du pouvoir d’achat des citoyens belges, surtout ceux de la base. Cette perte est certainement difficile à chiffrer, mais Libeer semble reconnaître une perte de 350 euros, en ajoutant que « ce n’est même pas une bière par jour » ! Le calcul mathématique est exact, mais il témoigne d’une méconnaissance totale de la réalité de la majorité des citoyens belges. Pour beaucoup, 350 euros correspondent aussi au budget maximal qui peut être consacré pour un mois d’alimentation. Perdre la possibilité de se nourrir pendant un mois sur douze, c’est quand même autre chose que de renoncer à une bière par jour ! Or, c’est ça la vraie vérité ! Libeer est non seulement insultant, mais aussi totalement déconnecté de la réalité.

Ce sinistre personnage ajoute plus loin « qu’il faut que les syndicats comprennent qu’il est nécessaire d’augmenter les profits avant de les redistribuer » ! Comme si des patrons redistribuaient les bénéfices engrangés ! La mise au jour des mécanismes de « fraude fiscale légale » au Grand-Duché de Luxembourg montrent clairement que la seule chose qui intéressent vraiment les patrons est de disposer du bénéfice le plus élevé. Ils ne se soucient en aucune manière de le redistribuer. Bien sûr, ils savent bien qu’ils ont besoin de travailleurs pour produire ce bénéfice, mais ceux-ci ne sont clairement perçus que comme des moyens pour dégager de l’argent dont seuls les patrons profiteront pleinement. Si les politiques en faveur des entreprises permettaient de multiplier le nombre d’emplois, il y a longtemps qu’on le saurait. En réalité – toujours elle -, ces politiques ne servent qu’à augmenter les marges bénéficiaires des patrons. Sans que ceux-ci contribuent réellement au bien-être collectif.

Il est regrettable que la manifestation du 6 novembre se soit terminée par des violences dues à quelques énergumènes. Il est inacceptable que les patrons, avec la complicité active de la gent politique, puissent sans arrêt continuer à exploiter et à mépriser les travailleurs. Où se trouve la véritable violence ?

lundi 3 novembre 2014

Movember symbolique

Pendant ce mois de novembre, je participe à Movember. Cela signifie que durant ce mois, je me laisse pousser la moustache (cela ne fera jamais que quelques poils disparates) pour « changer le visage de la santé masculine », et plus spécifiquement contribuer à récolter des fonds pour lutter contre le cancer de la prostate et des testicules.

Un cousin m’a interpellé parce qu’il ne voyait aucun lien entre une moustache et la prostate ou les testicules. Il a raison évidemment, si ce n’est que - jusqu'à preuve du contraire - il s'agit d'attributs spécifiquement masculins. Mais qu’importe qu’il y ait ou non un lien biologique et objectif. En réalité, le lien est essentiellement « symbolique ». C’est-à-dire qu’il dépend du sens qu’on lui donne. Je sais pourquoi je me laisse pousser cette moustache pendant un mois. C’est pour manifester mon soutien à ceux qui souffrent de ces maladies typiquement masculines. En soi, ma (maigre) moustache n’y changera rien. Mais – et ce billet en est la meilleure preuve – elle permet de discuter, de prendre conscience et peut-être – je l’espère – de motiver certains (peut-être mon cousin) à donner quelques sous en faveur de la recherche autour de ces cancers.

Le lien n’est que symbolique, mais c’est ce qui fait sa force. L’être humain ne l’est vraiment que parce qu’il a accès au symbolique, à savoir qu’il est capable de donner un sens spécifique à quelque chose qui n’en a pas en soi. C’est parce que nous sommes à même de faire cela que nous sommes des êtres humains, et non pas seulement des êtres vivants.

J’ai eu dernièrement une discussion animée avec une amie psychomotricienne. Elle me parlait des « jeux symboliques », c’est-à-dire ces jeux qui – en faisant semblant - permettent à des enfants de donner du sens aux choses et aux relations, à vaincre des angoisses fondamentales, etc. Pour mon amie, c’est par ces jeux que les enfants accédaient au symbolique. Malgré mes efforts, je ne crois pas être parvenu à lui faire accepter qu’en réalité, ces enfants sont déjà dans le symbolique, simplement parce qu’ils ont des angoisses fondamentales. Si celles-ci existent, c’est bien que ces enfants donnent du sens à tous les éléments qui les entourent et/ou qu’ils vivent. Ils sont en plein symbolique, mais leur problème est qu’ils ne donnent pas le « bon sens ». Grâce aux jeux symboliques, ils vont progressivement rectifier leur appréhension du monde et accéder au sens socialement validé.

Ce n’est pas évident, alors même que – par définition – être un humain ne consiste qu’à donner du sens, qu’à vivre dans le symbolique. En soi, le dessin « 4 » n’a aucun sens. Lorsqu’il devient le chiffre « 4 », associé à une compréhension du nombre « 4 », il prend pleinement sens. Il en va de même des lettres qui ne sont jamais que des dessins abstraits. Pour celui qui ne sait pas lire, « maman » ne veut rien dire. Pour celui qui accède à la maîtrise du code graphophonologique, cet ensemble abstrait devient le plus merveilleux des mots.

Une merveille qui l’est d’autant plus pour des enfants adoptés. Leur « maman » n’est même pas biologique. Elle est uniquement symbolique ! Mais quelle force, quel amour, quelle densité dans cette symbolique. Même d’un point de vue juridique, l’adoption est le seul lien qui ne peut pas se contester. Ce lien symbolique est bien plus puissant que le lien biologique, ce qui ne veut pas dire qu’il ne pose jamais de problèmes. Quand on ne parvient plus à lui donner sens, cela peut se révéler catastrophique.

Au bout du compte, tout passe par le symbolique. C’est sans doute ce que Descartes a voulu dire par son célèbre « Je pense, donc je suis ». Je ne suis un être humain que parce que je pense. Penser n’est autre chose que de donner du sens à ce qui en soi n’en a pas. Quand commence-t-on à « symboliser » ? Cela dépend sans doute de chacun, mais c’est en tout cas très tôt. Sans doute dès la naissance, voire avant la naissance. Peu importe finalement. L’important, c’est d’être conscient que la vie n’est que construction de sens, à tout moment. Dans une vie, on ne construit pas que du « bon sens ». Mais on construit toujours du sens. C’est cela être homme… ou femme !

samedi 18 octobre 2014

Été sans fin


L’été n’en finit pas de se terminer. Il faut l’avouer, ce n’est pas désagréable. Pourtant, inexorablement, il disparaît. Ses plus beaux atours se fanent de manière inéluctable, sans qu’on puisse s’y opposer d’une quelconque façon. On peut juste contempler la beauté passée qui sait se rappeler à nos cœurs enchevêtrés.

La vie est ainsi faite. On vit des moments extraordinaires. Ils restent à tout jamais gravés dans nos mémoires, dans notre chair. Il est impossible de les éliminer, de faire comme s’ils n’avaient jamais existé. Tout le monde n’a pas la même mémoire des choses. Personnellement, la mémoire des événements est une des plus vivaces. Je peux revivre comme si j’y étais encore des moments vécus il y a plus de quarante ans, avec les mêmes émotions et les mêmes frissons. Les saisons ont beau se succéder, rien n’enlève la vérité et l’intensité du moment qui compte. C’est une belle mémoire.

Il y a bien sûr certains événements, certaines relations, certaines expériences qu’on aimerait oublier. On fait comme si, d’ailleurs. Mais ils finissent toujours par ressortir, par reprendre leur place dans l’univers des instants qui nous ont construits. Finalement, c’est très bien ainsi. À quoi servirait-il d’ignorer ce qui a fait que nous sommes ce que nous sommes ?

J’aimerais bien, pourtant, pouvoir le faire. Les moments de lumière sont tellement intenses que lorsqu’ils se transforment en ombre, on souhaiterait pouvoir les y laisser. Mais il est vain de lutter contre le mouvement inexorable des vagues. Mieux vaut, au bout du compte, se laisser porter.

L’été n’en finit pas de se terminer. Ses merveilles disparaissent petit à petit. Seul le soleil reste, obstinément. Et les châtaignes étalent leur tapis sauvage, mais serein.

samedi 11 octobre 2014

Pouvoir au-delà des personnes

Ainsi donc, la Belgique a un nouveau gouvernement depuis ce 11 octobre 2014. Un gouvernement de droite, clairement. Le néo-libéralisme – sauce école de Chicago – va y trouver sa concrétisation avec cette illusion de croire que c’est en offrant aux entreprises la liberté de faire du bénéfice qu’on participera au développement de tous, du moins de tous ceux qui veulent s’épanouir dans une société tournée vers elle-même. À vrai dire, tout aussi clairement, ce gouvernement n’est pas celui que je soutiendrais !

C’est clair, mais je m’étonne quand même de nombreuses réactions de certains de mes « amis » facebookiens. Certains se taisent d’abord : ceux qui ont crié au scandale lorsque les majorités régionales wallonnes et bruxelloises, ainsi qu’à la Communauté française de Belgique, se sont constituées ! Quoi, on osait exclure le Mouvement réformateur, alors même qu’on ne faisait que réunir des partis qui représentaient la majorité des voix ! Ceux qui ont hurlé au scandale trouvent normal, apparemment, qu’un gouvernement fédéral se constitue aujourd'hui quand bien même il ne représente qu’une minorité très minime des électeurs francophones. Bien sûr, il y a une majorité parlementaire, mais celle-ci n’est que flamande. Cela ne semble pas représenter un quelconque problème pour les tenants du libéralisme. Soit.

Je suis aussi étonné de voir la réaction de mes « amis » de gauche qui semblent découvrir qu’un gouvernement de droite a été instauré. Ça ne date quand même pas d’aujourd’hui. Et en soi, c’est le fondement même de la démocratie : celle-ci n’existe vraiment que s’il y a alternance. Sur le plan théorique et conceptuel, le fait d’avoir un gouvernement clairement de droite, excluant les socialistes, est une preuve de la réalité démocratique de notre pays. Là où cela devient comique – du moins si j’ose utiliser ce terme – c’est que mes « amis » FB dénoncent non seulement ce gouvernement odieux de droite, mais aussi le PS et le CdH jugés responsables de cette dérive droitière du fait de leur mauvaise gestion des dimensions sociales et économiques dans le gouvernement précédent. Bref, à les entendre, seul un gouvernement excluant la NV-A, le CD&V, l’Open-VLD, le sp.a, le MR, le PS et le CdH aurait pu bénéficier de leur soutien par les temps qui courent. Un tel gouvernement ne pourrait donc réunir que le Vlaams Belang (?), Groen, Ecolo, PVDA+/PTB-Go et le Parti Populaire (?). Soit 18% des suffrages exprimés. Il y a là une logique qui m’échappe, mais soit.

La démocratie, avec toutes ses imperfections, est un univers délicat, plein de paradoxes. Loin d’être parfait en tout cas. À défaut de mieux, je pense qu’il faut en saisir les chances et les malchances. Je ne suis pas heureux du nouveau gouvernement belge. Je pense qu’il faudra à tout moment dans les années qui viennent être attentif et dénoncer les options prises en défaveur de la population. Je pense aussi qu’il ne sera jamais assez tôt pour le faire. Je soutiens donc toutes les dénonciations qui sont faites dès maintenant. Mais j’estime qu’il faut critiquer les propositions, les idées, les orientations. Pas les personnes. Et là, j’avoue avoir quelques doutes.

samedi 4 octobre 2014

La tonte

FMG©2014

Quelle jouissance de pouvoir tondre un 4 octobre, sous le soleil et sous le regard admiratif de mon petit-fils Alexis supposé faire la sieste, mais se jouant des rideaux pour profiter pleinement du spectacle ! (Il finira quand même par les refermer pour rejoindre les bras de Morphée.)

J’aime tondre. C’est un des rares moments où je parviens – plus ou moins – à déconnecter mon cerveau de tout ce qui le fait carburer en d’autres temps. Les opérations mentales pour tondre ne sont pas d’un haut niveau cognitif – même si le danger est en réalité permanent et qu’il faut y être attentif. Mais finalement, seule compte la ligne. Pour faire en sorte qu’elle soit la plus droite possible. Elle ne l’est jamais totalement. C’est peut-être ça qui suscite la fantaisie de la tâche.

Cela ne vaudrait pas la peine d’en parler en temps normal, mais là, un 4 octobre, ça le fait quand même. (Quoique !). À cette date, il fait théoriquement un peu froid et très humide. Aujourd’hui, il fait chaud et sec. Bien sûr, l’herbe était humide ! Il ne faut pas rêver : dans notre cuvette, l’herbe est humide chaque matin, même en pleine sécheresse estivale. Alors, anticyclone ou non, la fraîcheur nocturne automnale humidifie en profondeur l’herbe de notre prairie. Je n’ose pas dire « pelouse » : elle est trop sauvage pour ça !

Tout ça, simplement pour dire mon plaisir. On ne le dit jamais assez. Ce billet n’a aucune autre ambition. Partager ce plaisir simple. Peut-être en induira-t-il aussi chez quelque hypothétique lecteur !

jeudi 2 octobre 2014

Vive le « dopage »

Un des athlètes les plus prometteurs du sport belge, Thomas Van der Plaetsen, un décathlonien – la discipline ultime – vient donc d’être testé positif à l’hormone HCG (Human Chorionic Gonadotropine) lors d’un contrôle hors compétition.

Il a tout de suite – comme tous les sportifs dans ce cas-là – dit qu’il n’avait rien pris et demandé une nouvelle analyse de l’échantillon B. Ça, c’est pour le sport…

Il est aussi allé consulter son médecin. Une des explications possibles de la présence de cette hormone – outre l’éventuelle volonté d’un effet boostant au niveau de la production de testotérone après une cure d’anabolisants, totalement condamnable – serait l’annonce d’un cancer en formation. C’est apparemment le cas : le décathlonien a expliqué aujourd’hui être atteint d’une tumeur aux testicules ! Il a décidé d’agir rapidement en enlevant la tumeur. Il sera opéré demain, vendredi.

On peut supposer que son dossier médical parviendra à exclure toute velléité de dopage et qu’il pourra reprendre sa carrière dans les plus brefs délais.

Mais finalement, l’important n’est pas là. Ce jeune de 23 ans, sportif accompli, a pu – grâce à ce dépistage d’éventuel dopage – détecter sa tumeur et réagir rapidement. Il est évidemment impossible de savoir ce que serait devenu sa vie sans cet événement. Grâce à lui, les mesures essentielles de santé ont été prises. Bravo !

On peut juste espérer – et on a toutes les raisons de le croire – qu’il ne suivra pas le même chemin qu’un certain Lance Armstrong, lui aussi en son temps victime d’un cancer des testicules !

On n’en est pas là… et on espère surtout revoir rapidement cette rage de se surpasser qui caractérise ce magnifique athlète !

jeudi 25 septembre 2014

Sans façon


Les relations humaines ne sont décidément pas faciles. Pour la deuxième fois de ma vie, je me suis fait « jeter » dernièrement tout simplement parce que je n’avais pas eu l’attitude et/ou le comportement attendus par la personne qui déclarait me faire confiance. Il est possible, dans les deux cas, que je n’aie pas été à la hauteur de la situation et que je me sois comporté comme un goujat. Je n’exclus pas cette possibilité, même si je n’y crois pas trop. Finalement, j’ai simplement été moi-même.

De manière très explicite, dans les deux cas, le seul vrai reproche qui m’était fait était de ne pas avoir été celui qui était espéré. En d’autres mots, on ne me reprochait pas vraiment d’être ce que je suis, mais surtout de ne pas être ce que je ne suis pas. Et qu’on voudrait que je sois ! Il y a là une logique que j’avoue ne pas trop comprendre. Pourquoi devrais-je correspondre à l’image idyllique que l’autre estime bonne pour moi ? Comment peut-on me reprocher de ne pas être le modèle attendu, façonné par l’autre ?

Lorsque je me suis marié, le célébrant qui me connaissait bien a dit à celle qui allait devenir ma femme : « Surtout, n’essaie pas de le changer tel que tu le voudrais. D’autres s’y sont essayé, sans succès ». Plus de trente ans plus tard, je n’ai jamais senti le moindre essai de la part de ma femme de me transformer pour que je corresponde à une image virtuelle qu’elle se serait faite de moi. Elle m’a simplement accepté tel que je suis, tout comme je l’ai acceptée telle qu’elle est. Nous sommes toujours ensemble, heureux de l’être et sans doute plus amoureux aujourd’hui que nous ne l’étions lorsque nous avons décidé ensemble d’aller plus loin. N’est-ce pas là la recette miracle de l’amour qui perdure ?

Bien sûr, il est logique qu’on se détache d’un ami avec lequel on n’aurait plus rien à partager. Ni l’amitié ni l’amour ne sont éternels. Et quand il n’y a plus de partage possible, les liens s’estompent. Si en matière d’amour, cela passe sans doute par des ruptures, est-ce également le cas en ce qui concerne l’amitié ? Est-il nécessaire – comme dans un bac à sable – de dire « Tu n’es plus mon ami ! » ? Ne peut-on pas laisser la relation se déliter par elle-même ? En ne fermant pas toutes les portes à venir. Mais en s’effaçant progressivement, peut-être parce que simplement on ne détient pas nécessairement la vraie vérité de la relation.

À vrai dire, je n’ai pas la réponse à ces questions. Toute relation est complexe. Et la complexité ne peut pas se modéliser dans une apparence artificielle de simplicité. Il n’empêche que je suis convaincu que vouloir que l’autre corresponde exactement à l’image que l’on s’en fait est une démarche aberrante et fondamentalement égocentrique. Si je prends un peu de recul, je me dis que n’avoir été confronté qu’à deux situations de ce style est finalement une chance : il est fort possible que la plupart d’entre nous rencontre bien plus souvent ce type de conception de l’amitié ! Et en subisse les conséquences. Car si celui ou celle qui « jette » l’autre parce qu’il n’est pas le rêve espéré doit certainement en souffrir, imagine-t-il/elle une seule seconde la souffrance de celui qui se fait jeter simplement parce qu’il est ce qu’il est, un être humain, en toute sincérité ?

Si seulement nous pouvions nous accepter, tous et toutes, tels que nous sommes, sans vouloir façonner l’autre à notre image…