vendredi 2 novembre 2018

Histoire de rien

  
FMG©2018

L’avantage de tenir un blog généraliste, c’est que je peux y parler de tout et de rien. Aujourd’hui, ce sera plutôt de rien, ou de pas grand-chose ! De plaquettes de médicaments ! La photo illustre deux plaquettes, toutes les deux du même médicament que je prends quotidiennement depuis des années et qui m’accompagnera jusqu’à la fin de ma vie ! Inutile de faire un dessin, la photo parle d’elle-même : il y a des différences entre les deux plaquettes. Banal ? Pas tout à fait.

Il se fait que la quantité de pilules que je dois prendre varie avec le temps, ou du moins avec le taux de coagulation de mon sang que je fais donc vérifier périodiquement. En ce qui me concerne, cela varie entre deux ou trois comprimés par jour, avec des rythmes différents. Cela peut donc être 2-2 (deux chaque jour), ou 3-3, ou 2-3, ou 2-2-3, ou encore 2-3-3… Retenir le rythme actuel (2-3) n’est pas une difficulté. Savoir quel jour je suis dans le cycle l’est un peu plus !

Avec la première plaquette (ancien modèle), c’est assez facile : en allant de petites lignes en petites lignes, je prends par exemple 2 comprimés d’une ligne un jour et le lendemain j’en prends trois. Au bout de 7 jours, cela donne ceci et il me suffit le 8e jour de prendre les trois pilules restantes, sans avoir jamais dû réfléchir.


Avec le nouveau modèle, c’est bien moins évident ! J’ai dû inventer un système comme celui-ci, mais qui ne me satisfait qu’à moitié !

 

Ça permet en tout cas de délimiter clairement les jours à 2 ou à 3, mais c’est moins clair pour la fin de la plaquette.

Bref, je me demande bien pourquoi ils ont décidé subitement de changer de modèle de plaquette en augmentant le risque de mauvais dosage pour des personnes séniles comme moi. Cela dit, quand j’ai commencé à prendre ce médicament – il y a très longtemps – il était vendu dans des petits flacons contenant 100 comprimés en vrac. Mais j’étais jeune !

Comme quoi, même quand on n’a rien à dire, on peut l’écrire !

samedi 20 octobre 2018

La force de la résilience

Or donc, dimanche dernier, j’étais candidat aux élections communales. Je n’ai pas été élu, mais cela n’a aucune espèce d’importance : notre liste a, à son niveau, gagné les élections. Non seulement, elle a obtenu le meilleur score de son existence, mais de plus c’est elle qui pouvait décider quelle serait la majorité pour les six années qui viennent. Le choix ne fut pas facile. Il s’est réalisé au terme d’un processus on ne peut plus démocratique. Il faut bien reconnaître cependant qu’à leur réveil une bonne partie de nos électeurs ne l’a pas compris.

Peu importe ici la pertinence de ce choix et les réactions aussi légitimes que trop émotionnelles et immédiates. La semaine qui s’est écoulée ne fut pas facile. Il fallut d’abord encaisser, sans réagir à fleur de peau. Il fallut – et c’est bien naturel – écouter, expliquer, écouter à nouveau, comprendre, écouter encore, apporter quelques compléments d’information, écouter avec empathie… tout en continuant à croire que nous ne nous étions pas trompés. Ce ne fut pas facile. Et nous n’avons sans doute pas (encore) réussi à convaincre tous ceux qui, croyant en nous, ne se sont pas retrouvés dans notre décision.

Dans cette tempête, un élément m’a particulièrement marqué : le resserrement de ceux qui croient vraiment en nos valeurs. En écrivant cela, je ne porte aucun jugement sur ceux qui y croient moins ou qui ne se sont pas resserrés. Je salue avant tout la résilience de toutes celles et de tous ceux qui ont encaissé le choc inattendu quoique prévisible et qui – malgré leur émotion vive – ont cherché d’abord à comprendre, puis à transformer cette difficulté en essai gagnant. Rien n’est encore joué ni gagné. Mais il y a une telle énergie et une telle solidarité qui se dégagent en interne que c’en est assez merveilleux.

Cette expérience est par ailleurs pleine d’apprentissages, à tout niveau. L’univers politique est bien complexe, même lorsqu’on est nourri par les meilleures intentions du monde. Ce que l’on croit évident à un moment ne l’est plus vraiment quelques instants plus tard. Le soutien réel que d’aucuns accordent à des valeurs fondamentales est facilement mis à mal au fil de cheminements dont les méandres sont peu ou mal connus, quand ils ne sont pas détournés par un des maux de notre siècle : les fausses informations et les rumeurs… Mais surtout, oui surtout, c’est quand on croit que tout est perdu que les liens se resserrent, que les regards redécouvrent la complicité, que les engagements se réitèrent plus profonds que jamais.

Le monde politique n’a aujourd’hui pas bonne presse (au sens propre comme figuré). Pourtant, celles et ceux qui le font vivre sont des êtres humains, comme vous et moi. Aujourd’hui, j’ai vu une personne écrasée soudainement par le poids de la vie réelle et s’effondrer, pour ensuite se reprendre. Respect. Je ne croyais pas pouvoir vivre encore de tels moments de vérité humaine. Bien au-delà du jeu politique. La presse n’en parlera pas. Mais la véritable lumière est là, dans toute son authenticité.

jeudi 11 octobre 2018

Les châtaignes d'aujourd'hui

Nous sommes le 11 octobre 2018. Il est 21h30 et je viens de déguster, dehors, des châtaignes cuites à la poêle. Un délice. Mais un désastre ! Les châtaignes grillées, normalement, ça se déguste pour se réchauffer les doigts, ou à côté d’un feu. Là, je suis dehors, comme en plein été. C’est bien agréable, bien sûr. Mais qu’en sera-t-il demain ? Enfin, je veux dire après-demain…

Il n’y a que M. Trump pour nier encore qu’il y a un dérèglement climatique, même s’il doit se rendre demain en Floride constater les dégâts de l’ouragan Michael. C’est bien sûr très malheureux, mais ce n’est que le destin… Trump, au moins, avoue qu’il ne croit pas que cet ouragan soit lié d’une quelconque manière à l’action de l’homme. D’autres dirigeants sont plus nuancés, mais ils ne font rien.

Le récent rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) est pourtant sans appel : si nous ne faisons rien, nous courons à notre perte.

Et nous ne faisons rien. Ou pas grand chose.

En attendant, je mange mes châtaignes d’aujourd’hui, sur la terrasse. Elles sont meilleures que celles d’antan. Mais leur goût délicieux me laisse comme une amertume insupportable… Qu’en sera-t-il des châtaignes du futur ?

vendredi 5 octobre 2018

L'immédiateté

Il y a trois jours, la presse annonçait : « Cette fois, c’est décidé. La clinique Saint-Pierre va quitter Ottignies-LLN pour s’établir à Wavre, entre le Domaine du Blé et l’E411 ». Apparemment, plus un effet d’annonce qu’un réel projet, rien n’étant vraiment décidé. Ce qui m’a le plus étonné est justement de lire les réactions des « gens », non seulement comme si c’était fait, mais aussi comme si l’hôpital lui-même était déjà fait !

Plutôt que de se réjouir de la présence d’un hôpital moderne, ce fut plutôt la litanie des jérémiades : Comment peut-on installer un hôpital là où il n’y a pas de transport en commun ? On a déjà plein de problèmes de mobilité, avec l’hôpital à cet endroit, ça va être l’enfer ! Sans compter le bruit pour les patients coincés entre deux autoroutes, ni le laser de la boîte de nuit juste à côté ! etc.

Tout ça pour un hôpital qui – si le projet se concrétise – ouvrirait ses portes, si tout va bien, aux alentours de 2028 ! Qu’on me comprenne bien : les impacts d’un tel projet sur la mobilité, sur l’environnement, sur la santé… sont évidents, tant positivement que négativement. Dans le contexte d’une Région wallonne et d’une « ville » de Wavre qui visent avant tout à étendre leur potentiel purement économique en réduisant drastiquement leur potentiel social et environnemental, il est indispensable d’être particulièrement attentif au développement de ce projet.

Mais mon propos n’est pas là (ce qui me permettra peut-être de voir qui lit vraiment mes billets) ! Où allons-nous si les « gens » ne sont plus capables de prendre le recul nécessaire par rapport à une information ? Les réseaux sociaux ont introduit la possibilité de réagir immédiatement, sans trop réfléchir. Quelque part, c’est un bien parce que cela donne à tout un chacun l’opportunité de s’exprimer et de participer aux débats sociétaux. Mais si c’est pour dire tout et n’importe quoi, pas sûr que ce soit une avancée démocratique.

Que peut-on faire pour qu’il en soit autrement ? La question est importante, mais si la réponse l’est tout autant, il n’est pas évident de pouvoir l’apporter. Il faudrait pouvoir « éduquer » tout internaute qui se risque sur les réseaux sociaux. Mais comment faire ? Personnellement, je lutte par exemple contre toutes les « infox » (fake news) et autres canulars (hoax) que je vois fleurir chez mes « amis » facebookiens. J’ai souvent l’impression d’être alors perçu comme l’emmerdeur de service, mais bon, on ne se refait pas !

Si vous lisez ce billet et que vous avez de bonnes idées, n’hésitez pas à commenter, que ce soit ici-même ou sur Facebook… Comment quitter le monde de l’immédiateté ?

jeudi 4 octobre 2018

Toqué

Aujourd’hui, j’ai assisté à la remise de diplôme de mon dernier fils. Je ne suis pas sûr que ce soit la dernière fois qu’un de mes enfants obtient un diplôme, mais en tout cas, celui-là s’est fait attendre et oui, c’était pour moi une réelle fierté de voir les compétences de mon fils reconnues de facto par cette cérémonie. J’étais d’autant plus fier qu’avant d’y assister, il avait passé la journée à son travail au sein d’une banque internationale. Je n’ai pas trop d’affinités avec les banques et leurs métiers. Mais y creuser son chemin professionnel est digne de respect.

Je ne suis pas sûr que la cérémonie à laquelle j’ai assisté soit aussi digne de respect. Elle commença par une série d’interventions dont – selon moi – la nullité ne rivalisait qu’avec leur inutilité. Il y eut ensuite la « proclamation » qui m’a ramené des dizaines d’années auparavant, à vrai dire lorsque j’étais enfant ou jeune adolescent. Je ne savais pas – sublime naïveté – qu’on pouvait encore décerner des prix et proclamer le nom des « lauréats » en fonction du grade qu’ils ont obtenu. Bravo pour les meilleurs… mais quid pour ceux ou celles qui n’ont pas correspondu au moule académique ?

Mon questionnement se situe bien à ce niveau. Moi qui ai accompagné de nombreux projets d’évaluation dans l’enseignement – du niveau primaire au supérieur universitaire – j’ai pu souvent me rendre compte qu’une réussite ou un échec est plus souvent lié aux exigences académiques qu’aux compétences des élèves ou des étudiants. En d’autres termes, plus souvent qu’il ne le faudrait, un étudiant réussit ou échoue non pas sur la base de ses compétences, mais parce qu’il correspond ou non aux critères édictés – parfois de manière inconsciente et invisible – par l’institution de formation (et aussi de certification). Dans un tel contexte, quand on voit un jeune laissé à lui-même pour devoir démontrer de manière aveugle des compétences peu définies, on peut se poser des questions.

Ce soir pourtant, le plus important n’est pas là. L’important est que mon fils a reçu ce soir ce fameux papier. L’important est qu’il est inséré dans un projet professionnel qui l’intéresse et qui lui permet d’apprendre des tas de choses. L’important est qu’il a invité ses parents a assisté à cette remise de diplômes et que ceux-ci en étaient bien contents.

dimanche 23 septembre 2018

Campagne compagne

Vivre ensemble
Tout vient à point à qui sait attendre. Je vis actuellement ma première campagne électorale. Cela se passe au sein du parti ECOLO dont le projet et les actions correspondent le mieux à mes aspirations pour le présent et le futur de mes enfants, de mes concitoyens, des humains. Je n’oblige personne à partager cette conviction, mais je la partage. En tout cas, cette campagne est ma compagne pour cette campagne que j’ai choisie – avec quel bonheur – pour compagne de la troisième tranche de ma vie.

Mon objectif ici n’est ni de présenter ni de défendre nos idées politiques pour le développement de notre belle commune de Grez-Doiceau. Je veux juste parler de deux plaisirs. Le premier – et sans doute le plus important – est de partager cette campagne avec des compagnons dans un dialogue et un respect constants, sans que personne ne cherche à se mettre en avant. La seule priorité est de développer et de promouvoir les idées qui nous semblent essentielles, non pas pour nous, mais pour le bien vivre présent et futur de nos concitoyens. En écrivant cela, je tiens surtout à mettre en avant la qualité des échanges entre colistiers, bien au-delà des idées que nous défendons.

Bouger ensemble
Le deuxième plaisir est plus public et plus directement lié à la campagne que nous menons. Elle exclut les affiches qui polluent nos jolies campagnes en se contentant de présenter aux électeurs une tête tout sourire. Nous avons choisi de promouvoir nos idées par trois affiches fondées sur le contenu et non pas sur l’apparence. Trois axes, trois affiches : vivre, bouger et agir ensemble. Ce ne sont pas seulement des slogans, mais de vraies préoccupations que les illustrations (réalisées par Wauter Manaert et Olivia Sautreuil) approfondissent avec talent, humour et justesse. D’aucuns nous ont dit que c’était impossible de faire ce type de campagne. Raison de plus de le faire.

Ce choix de campagne portera-t-il ses fruits ? Je n’en sais rien. Je l’espère, mais l’électeur est seul à décider ce qu’est son choix. Au moins, il m’aura donné le plaisir, non dédaignable, d’être en cohérence avec mes convictions les plus profondes : notre présent et notre avenir ne peuvent être construits qu’ensemble !

Agir ensemble
Pour autant, je ne veux pas me montrer plus naïf que je ne le suis. Si la politique au sens premier est une activité noble puisqu’elle a pour objectif premier de veiller au bien commun, il est clair que la réalité est plus féroce et que les querelles d’ego prennent parfois le dessus. J’ignore de quoi mon avenir politique est fait et ce n’est pas le plus important. Mais en quelques mois, je sens que ma manière d’aborder les questions et les personnes a évolué. À la fois dans un sens positif – j’essaie d’être plus à l’écoute – mais aussi dans un sens négatif – une sorte de blindage m’entoure, limitant certaines émotions dont la réactivité trop intense pourrait nuire à la relation. Bref, comme je dis toujours, on verra !

jeudi 6 septembre 2018

Le risque

Le débat fait rage à propos de l’accord du participe passé utilisé avec avoir depuis que certains – notamment l’excellent spectacle « La convivialité » – ont proposé de se contenter de l’invariabilité. Cette proposition me semble la meilleure voie, même si je continue à avoir des doutes sur la faisabilité de toute simplification orthographique. Ce qui m’étonne le plus, c’est que ceux qui ne veulent surtout rien changer mettent avant tout le risque pour la langue française de… disparaître !

Ah, le « risque », le bel argument. Dans de nombreux domaines, l’argument principal pour refuser tout changement – voire tout immobilisme ! – est qu’il y a un risque à ne pas courir ! Personne ne sait si ce risque est réel ou non, si sa probabilité de survenance est élevée ou non, si l’impact qu’il pourrait avoir en cas de survenance est élevé ou non… Mais il y a un risque, donc surtout, ne faisons rien (ou ne laissons surtout pas la situation telle qu’elle est) !

Pour cette histoire (peu importante, selon moi) du participe passé, j’ai lu aujourd’hui qu’il y avait un « risque d'altération fondamentale du sens en langage écrit - dans ce cas de figure, l'accord du participe est un signe diacritique auquel il est périlleux de toucher ». J’ai demandé de me présenter des exemples concrets et réels du risque encouru et de ses conséquences. L'exemple massue qui me fut proposé : « Intervenez-vous en qualité d'assureur, pour les chiens de ce monsieur que j'ai écrasé / écrasés ? ». J’ai eu beau rétorquer que si j'étais l'assureur, je commencerais par lui demander qui il a écrasé, sans compter que je serais étonné que le « coupable » m'écrive comme ça sans autre explication. Bref, on crée un problème sur la base d’un « risque » qui en réalité n’existe pas vraiment.

J’ai connu ce genre de problème dans ma carrière professionnelle, en tant que spécialiste de l’évaluation des acquis scolaires, notamment des « compétences ». Dans ce cadre, on a élaboré différents systèmes de notation. Et j’ai assisté, voire même participé, à de nombreux débats sur les « risques » qu’il y avait à utiliser l’une ou l’autre manière de coter. Je ne vais pas rentrer dans les détails, car ce sont des questions éminemment techniques, mais j’ai pu constater qu’on discutait souvent sur des situations qui – sur un plan théorique – avaient du sens, car elles pouvaient exister, alors que – sur un plan pratique – elles n’en avaient aucune, car elles n’existaient pas.

Conclusion : on passe souvent son temps à discuter d’un risque catastrophique qui en réalité n’en est pas un parce que sa probabilité d’existence est quasi nulle. Son aspect catastrophique est alors utilisé pour justifier le fait qu’il ne faut surtout pas le courir – et donc changer ou évoluer. En oubliant que le risque dénoncé n’existe pas vraiment, on empêche alors tout changement ou toute évolution.

L’inverse est vrai aussi : l’être humain est ainsi fait qu’il lui arrive de nier l’existence d’un risque évident avec des conséquences dramatiques. C’est le cas par exemple aujourd’hui du risque de dérèglement climatique. Avec l’été que nous connaissons au niveau mondial où les pires risques se concrétisent – sécheresse, inondations, ouragans… –, il se trouve encore de nombreux décideurs pour dire que tout va bien, qu’il ne faut rien faire, que l’homme n’y est pour rien et surtout ne peut rien y faire. Nous sommes au bord du gouffre, et cela ne semble pas inquiéter les décideurs politiques majeurs. Ce n’est plus un risque hypothétique. C’est la réalité.

Mais voilà, le risque de la disparition de la langue française par la suppression de la règle de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir semble bien plus important que celui de la disparition de l’humanité…

mardi 24 juillet 2018

François-Marie

Je me prénomme François-Marie. Ce n’est pas ma faute à moi si mes parents ont décidé de m’appeler comme ça ! Dès le départ, ça n’a d’ailleurs pas été facile : lorsque mon Papa s’est rendu à la commune pour me déclarer « François-Marie » avec trait d’union, l’employé communal lui a répondu que ça allait être difficile, parce que ce prénom n’existait pas ! Bref, officiellement, je suis « François, Marie, Philippe, Ghislain ».

Pour être de bon compte, il faut reconnaître que depuis lors, tout le monde m’appelait « François ». Ce n’est qu’en début d’adolescence que mon prénom se rappelle à moi, comme une belle marque de singularité. Désormais, je me prénommerais ostensiblement « François-Marie ». Ça n’a pas facilité ma vie !

D’abord, rares sont ceux qui retiennent mon prénom du premier coup ! J’ai donc droit à toutes les appellations composées possibles et imaginables. Parmi toutes celles-ci, il y en a deux que je n’ai jamais appréciées : « Jean-François » et « Jean-Marie », c’est-à-dire les deux occurrences les plus fréquentes dans le domaine des prénoms masculins composés ! Par contre, lorsque j’entends des « Claude-Albert » ou des « Jacques-Antoine », je tends l’oreille, car il est à peu près sûr que c’est de moi dont on parle, pour m’adresser la parole ou dire… du bien ou du mal !

Ensuite, quand les gens ont appris à mieux me connaître et qu’ils ont mémorisé le dit prénom, d’aucuns finissent toujours par me demander « Et finalement, comment faut-il t’appeler vraiment ? ». Ils espèrent que je réponde « François » et sont toujours déçus de m’entendre dire « Mais, François-Marie ! ».

Enfin, la plus grande difficulté est – surtout à l’ère de la communication écrite virtuelle – de me voir décerner périodiquement des « Madame » incongrus. Que je sache « François-Marie Arouet de Voltaire », plus connu sous ce dernier nom, était bien – comme moi – un homme ! Tout comme ceux qui sont relevés dans la page d'homonymies de Wikipedia en anglais !

Cela ne m’empêche pas de revendiquer ma part féminine contenue dans mon prénom, mais finalement quel homme n’a pas en lui une part féminine plus ou moins importante, tout comme l’inverse d’ailleurs ? Il est néanmoins étonnant de constater le nombre de personnes qui se limitent à lire la fin de mon prénom pour conclure à propos de mon genre. Je suis sûr que cela doit arriver bien moins souvent à des « Jean-Marie » !

Tout cela n’a pas beaucoup d’importance, j’en conviens. Mais que voulez-vous, par ces grosses chaleurs, on se laisse parfois aller à quelques divagations subliminales !

dimanche 15 juillet 2018

47 km

Aujourd’hui, j’ai fait une balade de 47 km à vélo ! Quoi de plus banal, me direz-vous. Effectivement. Mais il y a très longtemps que je n’ai plus parcouru une telle distance à bicyclette, et – honnêtement – je ne me croyais plus capable d’encore le faire. Les dernières fois, cela devait sans doute être du côté de Bruges où tout est plat. Ici, c’était dans le Brabant wallon, plus vallonné, c’est-à-dire avec des descentes, mais aussi des montées !

Bien sûr, certains trouveront toujours quelque chose à redire. Notamment, si j’ai pu faire ces 47 km (40 km annoncés au départ !), c’est de toute évidence grâce à l’assistance électrique de mon vélo ! C’est vrai, mais justement, c’est là qu’il y a un véritable miracle, pour moi comme pour des milliers d’autres usagers. Il y a deux ans à peine, je ne faisais plus que quelques kilomètres à vélo, alors que j’ai toujours adoré ça. Mais ni les jambes ni le souffle ne parvenaient plus à pousser les près de 90 kilogrammes de mon corps. Je m’étais fait une raison, jusqu’au jour où j’ai décidé de franchir le pas : j’allais acheter un vélo électrique.

Depuis lors, je ne l’ai jamais regretté. Bien au contraire. Cette balade de 47 km m’a permis de passer le kilomètre 1000 réalisé avec mon vélo, en un peu plus d’un an. Peut mieux faire, j’en suis convaincu ! D’autant plus que cette première année ne fut pas exempte de problèmes techniques, aujourd’hui résolus, ni surtout d’une rencontre brutale avec une voiture qui m’a quand même amené à l’hosto et refroidi mes ardeurs sportives pendant un certain temps. C’est aussi ça le vélo, et c’est pour ça qu’il faut se battre pour le faire respecter par les automobilistes. Ce n’est pas gagné, mais je m’y attèle.

En attendant, chacun sa petite fierté. Ma première, ce soir, est d’abord d’avoir dit « Oui, je les ferai ! ». Ma deuxième est de les avoir faits. Comme en plus, cela s’est passé sous le soleil et en très agréable compagnie, il y a tout lieu d’être réjoui ! Quand on fait quelque chose dont on ne se croit plus capable – même si ce n’est qu’une petite chose – on peut toujours s’en sentir bien. Ça fait partie du plaisir, et il n’y a vraiment pas de quoi s’en priver !

mercredi 20 juin 2018

Nous vivons dans une Belgique merveilleuse

Nous vivons dans une Belgique merveilleuse. La richesse de notre pays s’étale partout, même à la Coupe du Monde de football dont nous serons assurément les champions. Chez nous, le bonheur est permanent et tout le monde en bénéficie. C’est un véritable paradis.

Quand des journalistes de la télévision publique se font arrêter parce qu’ils filment une manifestation contre la construction d’un nouveau centre fermé pour les familles, extension du centre 127 bis, à Steenokkerzeel, notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel rassure tout de suite : «  La Belgique est un État de droit. La liberté de la presse est garantie ».

Lorsque le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, un certain Theo Francken, insiste pour que l’Europe puisse à nouveau réaliser des refoulements (push-backs) de bateaux de migrants et déclare qu’il faudrait pour ce faire contourner l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel rassure tout de suite : « La Belgique respecte et respectera les conventions européennes et internationales ».

Lorsque le même secrétaire d’État tweete que « Parmi les migrants illégaux qui arrivent en Espagne, beaucoup sont originaires du Bangladesh. » alors qu’il n’y en a que trois et qu’ils étaient travailleurs exploités en Lybie depuis longtemps, il lui suffit de retweeter qu’« il y en a aussi en provenance du Bangladesh » pour recevoir l’absolution de notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel.

Lorsqu’une petite fille de trois ans, Mawda, est tuée par une balle « perdue », notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel parvient à déclarer d’un air décidé et rassurant qu’il veut avant tout « casser "le business model mortel des passeurs" et des personnes qui exploitent la misère humaine en organisant des couloirs légaux de migration ».

Lorsque des milliers de travailleurs voient leurs entreprises aller à vau-l’eau et les licencier parce que les dividendes des actionnaires sont en légère diminution, notre cher et aimé Premier Ministre Charles Michel déclare le plus sérieusement du monde « J'appelle à ce que chacun, avec sérénité, autour de la table, expose son interprétation juridique et pas au travers de déclarations dans la presse ». Bien en accord avec son slogan miraculeux « Jobs, jobs, jobs »…

Nous avons de toute évidence le meilleur cher et aimé Premier Ministre de tous les temps. À défaut d’être Roi des Belges, il est le Roi des Recadrages. Ceux-ci ne servent strictement à rien, mais au moins Charles Michel recadre ! On ne pourra pas lui reprocher ça !

Et quand il y a quelques préavis de grève, irresponsables bien sûr, en tant que grand chef responsable, il n’hésite pas à affirmer « C'est totalement irresponsable. Ce serait un très mauvais signal. Notre pays est aujourd'hui dans une meilleure situation, sa crédibilité internationale s'est améliorée ». Voilà au moins un homme politique qui veille à notre crédibilité internationale, grandement menacée comme on le sait. D’ailleurs, les Diables rouges n’agissent pas autrement !

De toute évidence, nous vivons dans la « Belgique merveilleuse » du 21e siècle ! Alors, qu’est-ce qu’on dit ? « Merci, monsieur le Premier Ministre Charles Michel, cher et aimé » !

lundi 18 juin 2018

Le propulseur

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Un récent statut sur Facebook m’a permis de comprendre que certains ne connaissaient peut-être pas ce merveilleux moyen de locomotion : le propulseur ! Même Google ignore tout à fait ce qu’est cet instrument ! Réparons cette ignominie ignare.

Un propulseur est un véhicule à 4 roues, totalement mû par l’énergie de celui qui le conduit, généralement un enfant. Pour cela, il doit pousser, tirer, pousser, tirer un manche relié de manière subtile à l’essieu arrière. Selon la volonté du pilote, le chariot ira vers l’avant ou vers l’arrière, mais l’objectif est plutôt – comme toujours – d’avancer ! Pour se diriger, le conducteur fera appel à ses pieds qui permettent de diriger l’essieu avant. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

J’ai découvert cet engin à Namur, dans la cour intérieure vitrifiée de la maison paternelle. Je comptais sur les doigts d’une main mon nombre d’années, tout comme le fait mon petit fils. J’avais des frères, sœur et cousin·e·s bien plus âgé·e·s qui se délectaient avec cette machine dans des courses d’obstacles contre la montre ! J’ai petit à petit, moi aussi, appris à dompter l’ustensile ! Et ce fut le bonheur intégral, toujours intact et inégalé !

Le jour où il est apparu que je pouvais reprendre le propulseur chez moi, je n’ai pas hésité une seule seconde ! Il trône depuis inlassablement dans notre salon. Mes enfants ont eu le bonheur de pouvoir l’utiliser, lorsque nous rénovions la maison, avec de grands espaces dégagés… juste à côté d’un trou béant, future cage d’escalier ! Mes petits-enfants le découvrent à leur tour, heureusement sans trou voisin.

C’est un bel objet, comme on n’en fait plus. Je n’en ai d’ailleurs jamais vu un autre. Mais il intrigue toujours et ceux qui ont pu l’utiliser n’oublient généralement jamais le plaisir que cela leur a procuré. Comme quoi, il ne faut pas vraiment des couleurs vives, des sons divers, de l’électronique ou autres joyeusetés des jouets actuels pour prendre son pied d’enfant !

vendredi 8 juin 2018

Créer les problèmes plutôt que les traiter

Un gars en congé pénitentiaire commet à Liège un attentat horrible. Il apparaît assez rapidement que ce gars aurait dû être identifié comme radicalisé potentiel et qu’il n’aurait sans doute pas dû être en congé. Pour montrer sa force, le Ministre de la Justice, M. Koen Geens, prend une mesure phare : il suspend les congés pénitentiaires de longue durée, qu’il avait lui-même instauré ! Sans aucune logique, si ce n’est sans doute d’apaiser l’aile d’extrême-droite du gouvernement.

Sous conditions, ces congés de longue durée permettent aux détenus de sortir de prison une semaine sur deux, soit nettement plus que les 36 heures mensuelles légales. C’est une manière d’ouvrir les portes des prisons, tout en les désengorgeant. Une mesure qui a fait ses preuves : depuis sa mise en œuvre, la délinquance n’a pas augmenté. Ce n’est pourtant pas une réussite totale : sur 700 détenus concernés par ces congés, 70 seulement ont vu leur procédure s’arrêter en chemin. Dix pourcents d’échec, c’est vraiment infime.

Alors, pourquoi supprimer ces congés de longue durée ? Il n’y a aucune justification rationnelle, que du contraire. La seule explication est la volonté de se montrer fort et d’adopter une position sécuritaire comme un arbre pour cacher la forêt de l’indigence politique face aux enjeux du vivre-ensemble dans la diversité plurielle. Faire croire qu’on résout un problème, alors que la solution avancée n’a strictement rien à voir avec le problème, bien au contraire.

Loin d’apporter une quelconque solution, la suspension de ces congés pénitentiaires de longue durée va entraîner son lot de difficultés.
  • Comment sera géré l’inévitable regain de surpopulation carcérale ? On peut douter du fait que le gouvernement accordera un encadrement supplémentaire à ce niveau.
  • Comment vont réagir les détenus qui espéraient pouvoir bénéficier de ces congés pour engager leur réinsertion dans la société ? Ce n’est en tout cas pas cette suspension qui les réconciliera avec celle-ci.
  • Quelles mesures positives seront adoptées pour favoriser une véritable réinsertion, fondée non sur la peur du gendarme, mais sur la volonté de trouver sa place dans la société dans le respect mutuel ? Une mesure sécuritaire n’a jamais apporté la moindre aide à cet égard.
Malgré les beaux discours des membres de ce gouvernement, et singulièrement ceux de leur Premier Ministre, on voit ici toutes les limites de leur approche politique des grands problèmes sociétaux. Ils gèrent à la petite semaine, de recadrage en recadrage, de petites mesures en renoncements aux quelques mesures porteuses, sans aucune vision d’avenir. Pauvre de nous !

dimanche 27 mai 2018

Gauche ou gauche ?

Je suis de plus en plus frappé de constater combien il est important pour beaucoup de savoir si une personne ou une organisation est de gauche ou… de gauche. Et surtout de vérifier si cette « orientation » est pleinement respectée, sans déviation possible ! Personnellement, je pense pourtant que la distinction « gauche vs droite » n’a plus beaucoup d’importance. L’important, ce sont les valeurs qu’on veut promouvoir. Et elles ne sont pas nécessairement antagonistes.

Les valeurs de la gauche (selon Wikipédia) sont « la promotion d'idéaux progressistes et d'égalité, la critique de l'ordre social et le souci d'une plus grande justice sociale ». Ça me semble correct sur le plan sémantique, et nécessaire sur le plan politique. J’adhère donc pleinement à ces valeurs. J’irai même plus loin : elles animent mon action. Je me situe donc « à gauche ».

Pour certains, je devrais donc être contre toutes les idées et les valeurs de « droite ». Celles-ci sont en réalité moins évidentes à identifier. Wikipédia met en avant « la liberté, l'ordre, considéré comme juste ou comme un moindre mal, et la réprobation des changements brusques sur les questions de société et les questions éthiques ». Je ne sais pas trop si ces « valeurs » sont exclusivement de droite. Notamment, la « liberté ». Mais justement, parlons-en !

La « liberté » est certainement une valeur essentielle pour le « libéralisme ». Toute la question est de savoir dans quel sens. Pour les « libéraux », et encore plus les « néo-libéraux », l’idée est que chacun a la liberté de faire ce qu’il veut, et qu’il ne faut donc en rien apporter de l’aide aux gens pour se réaliser puisqu’ils ont tous en eux le potentiel de développer leur « capital humain ».

Cette conception est essentielle pour définir ce qu’est la vision « de droite » de la société. Quelque part, c’est « chacun pour soi », parce que chacun aurait en soi tout ce qu’il faut pour réussir. Or, de toute évidence, ce n’est pas le cas : tout le monde n’a pas les mêmes possibilités de se réaliser sur la base de ses seules potentialités. Le fait de naître dans telle ou telle famille, de tel ou tel milieu social ou de tel ou tel pays ; le fait de rencontrer dans sa vie telle ou telle personne qui peut ou non conduire à votre épanouissement social, culturel, affectif… ou au contraire vous casser ; le fait d’être enclin ou non à croire en ses possibilités, à leur faire confiance, à se dire que tout est possible… tout cela (et d’autres choses encore) fait qu’au bout du compte tout le monde n’a en réalité pas les mêmes possibilités que tout le monde !

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas favoriser les initiatives individuelles. Par exemple, l’« auto-entreprenariat », dans son sens premier, c’est-à-dire le fait de créer sa propre entreprise. Cette idée correspond bien aux convictions libérales : chacun doit pouvoir réaliser son propre projet. Néanmoins, cela ne veut pas dire que promouvoir l’auto-entreprenariat revient inévitablement à recevoir l’étiquette « de droite ». Le néolibéralisme considère comme « normal » l’auto-entreprenariat, puisque chacun a la possibilité d’être son propre entrepreneur. Pour les néolibéraux, il est donc bon de favoriser l’auto-entreprenariat (au sens d’accorder des facilités à sa mise en œuvre)… et tant pis pour ceux qui ne saisissent pas leur « chance ».

On peut cependant se dire qu’il est bon de favoriser l’auto-entreprenariat… sans déclasser ceux qui n’ont pas la possibilité – pour une raison ou pour une autre – de développer leur propre entreprise. Il me semble donc possible de promouvoir des systèmes qui favorisent à la fois l’auto-entreprenariat et la solidarité sociale. L’un n’empêche pas l’autre.

Sauf évidemment si l’on pense qu’il n’y a qu’une seule bonne réponse à la question de savoir qui est à gauche ou à gauche…

vendredi 18 mai 2018

Mawda, le rêve brisé

Mawda, tu avais le même âge qu’Élise, ma petite fille. Tes parents kurdes rêvaient d’un monde meilleur, où tu pourrais grandir dignement, loin de la pauvreté et de la guerre. Ils t’ont embarquée dans une folle aventure. Pour toi, pour ton bonheur. Des passeurs leur ont promis que tout allait bien se passer. Rien ne s’est bien passé. Vous étiez une trentaine dans une petite camionnette. Un contrôle de police. Le passeur passe outre. La police commence la poursuite. Au moins un des policiers tire sur cette camionnette qui fuit. Une balle transperce ton visage. Le rêve est brisé.

Qui est responsable de cette mort ? Il y aura sans doute une procédure judiciaire qui ne débouchera sans doute sur rien. Dans ces moments, la justice est toujours bien pauvre et ne peut jamais remonter aux vraies responsabilités.

Certains me disent ce soir que c’est ton Papa qui est le premier responsable puisqu’il t’a mis dans une situation dangereuse. La première fois qu’il l’a fait, c’est quand il t’a fait naître. On ne meurt pas si un jour on ne naît pas ! Chaque jour, 244 000 pères mettent ainsi leur nouveau-né en danger ! Pour le reste, ton Papa rêvait d’un monde meilleur, voulait t’offrir non pas le paradis, mais simplement l’espoir d’une vie plus agréable. Il a cru à des sirènes qui la lui promettaient. Il s’est juste trompé.

Ces sirènes – les passeurs – sont certainement responsables. Ce qui les intéresse, c’est de gagner de l’argent en profitant de toute cette détresse. Ils prennent des risques, mais plus que vraisemblablement l’activité est rentable. L’argent est gagné facilement au détriment de personnes perdues et fragiles. Qu’importe, tant qu’on gagne… et tant pis si d’autres perdent ! On peut espérer que la justice pourra punir sévèrement ces marchands de « bonheur » !

Le policier qui a tiré est évidemment responsable. D’autant plus que la loi est claire : si aucune menace concrète n’émane des occupants d’un véhicule, un policier n’a aucune raison d’utiliser son arme à feu. Même si le conducteur refuse d’arrêter son véhicule.  Ce n’est pas moi qui le dis, mais un policier ! Celui qui a malgré tout tiré devrait être sanctionné. Mais il faut espérer qu’il ne sera pas simplement le fusible qu’on fait sauter…

Pourquoi ce policier a-t-il tiré ? Cette camionnette ne les menaçait pas. Mais, visiblement, elle transportait des migrants. Et, en Belgique comme dans beaucoup d’autres pays pour le moment, il ne fait pas bon être migrant. Tu dois comprendre, Mawda, les migrants menacent notre civilisation et viennent nous voler toute notre richesse. Les migrants sont des méchants ! Il faut à tout prix les empêcher de s’installer chez nous : nous avons tout à perdre… alors qu’eux n’ont plus rien à perdre !

Qui défend ce discours fallacieux ? Qui met en place une politique ferme, mais totalement inhumaine, qui correspond à ces mensonges ? Qui, chaque jour, organise des actions policières pour esquinter ces migrants et les citoyens qui cherchent à leur offrir juste un peu d’humanité ? Qui mise en permanence sur une criminalisation des migrants plutôt que de mettre en place une véritable politique d’immigration, ferme sans doute, mais réellement humaine, c’est-à-dire où chaque être humain, surtout s’il est faible, est considéré comme un frère ou une sœur ?

Je ne citerai pas de nom, tout en espérant – sans y croire – que ceux qui doivent se sentir concernés prendront leurs responsabilités politiques. Pour moi, clairement, tout notre gouvernement fédéral est responsable. Et avec lui, tous les gouvernements qui en font de même un peu partout en Europe ou dans le monde.

Mawda, ce soir, je n’ai aucune illusion. Ton rêve est brisé. Le mien aussi. Tes parents rêvaient pour toi d’un monde meilleur. Je rêvais aussi, pour tant d’êtres humains, d’un monde meilleur. J’ose encore espérer que ta mort réveillera quelques consciences. Mais, malheureusement, ce serait un leurre d'être naïf…

dimanche 13 mai 2018

L’arbitraire…

Ainsi donc, le Club de Bruges a fait match nul au Standard, ce qui lui a permis d’être champion de Belgique. Tant mieux pour eux, ils le méritent. L’ennui – tout relatif – est que le but d’égalisation n’aurait pas dû être validé parce qu’il était précédé d’une faute évidente d’un brugeois. Malgré l’assistance vidéo à l’arbitrage, l’arbitre a choisi de garder sa décision. Le foot, je m’en fous. Mais l’évaluation, ça me passionne.

Dans de nombreuses circonstances, on est amené à évaluer pour préparer, voire prendre, des décisions. Mon rôti est-il cuit comme je le souhaite ? Puis-je effectuer ce dépassement ? Est-ce le bon moment pour acheter un nouveau pantalon ? Pour qui vais-je voter ? L’évaluation est au cœur même de notre vie quotidienne, pour chacun d’entre nous. Le processus est toujours le même, mais il est parfois quasiment inconscient et plus intuitif que systématique !

Il arrive alors parfois que nous procédions de manière plus arbitraire que rationnelle. Quand il s’agit de décider s’il faut acheter un nouveau pantalon, cela n’a sans doute pas beaucoup d’importance. Mais certaines évaluations ont des répercussions plus fondamentales. Soit parce qu’elles concernent des décisions importantes (vais-je accorder le but qui permettra au Club de gagner ou non quelques dizaines de millions ? vais-je épouser cette personne avec qui je me sens bien ? etc.), soit parce qu’elles impliquent d’autres personnes (vais-je donner une note positive ou négative à cet étudiant qui lui permettra d’avoir ou non son diplôme ? vais-je engager ce candidat qui correspond à tous les critères, mais que je ne sens pas ? etc.).

Dans toutes ces évaluations, l’idéal serait qu’on puisse procéder d’une manière tout à fait objective. Mais croire que cela serait possible est une illusion : dans toute évaluation, il y a toujours de la subjectivité. Le nier serait absurde. Pour bien évaluer, il faut d’abord et avant tout reconnaître que la subjectivité est au cœur du processus d’évaluation. Puis, il faut se demander comment on peut faire pour ne pas se laisser aller à l’arbitraire…

Objectiver la subjectivité ! Depuis longtemps, c’est une de mes obsessions scientifiques et/ou pédagogiques. Ce soir, plus que jamais.

En hommage à LQ.

samedi 21 avril 2018

Le tour du bloc

Enfant, adolescent, un de mes grands plaisirs – partagé avec certains frères et amis – était de faire à bloc le « tour du bloc »… Nous roulions à vélo pour parcourir le plus vite possible ces quelques 750 mètres. Il n’y avait pas encore trop de voitures, mais il fallait quand même faire attention quand nous tournions dans la rue Vanderkindere. Après, cela allait mieux. L’effort essentiel était dans la montée de la rue Lincoln. Un effort bref, suivi de la descente à fond de l’avenue Bel Air et le tournant fou vers la rue Joseph Hazard avant le sprint final. Je ne sais plus trop quel devait être le record, sans doute un peu plus d’une minute ! Quel bonheur !

On s’amuse avec ce qu’on peut ! C’était un plaisir simple, quoique dangereux. Heureusement, il n’y eut jamais de gros dégâts !

Aujourd’hui, les parents qui laisseraient leurs enfants réaliser un tel tour contre la montre seraient considérés – peut-être avec raison – comme des parents indignes. Bien trop dangereux !

Cependant, ce soir, accueillant mes deux petits-enfants, j’ai été ravi de les voir faire leur « tour de bloc » ! Oh, ce n’est pas vraiment le même. Élise, bientôt 2 ans et Alexis, bientôt 5 ans… Leur tour, ils ne le font qu’en trottinant avec leurs pieds. Dans le jardin ! Celui-ci offre la possibilité de réaliser « un tour », et ils ne s'en privent pas, avant – quand ils seront plus grands – de faire le tour de la maison !

C’est assez subjuguant de voir leur plaisir à courir inlassablement pour parcourir ce petit tour, juste pour le plaisir de le sillonner.

Finalement, si c’était ça, le vrai sens de la vie : simplement, faire le « tour du bloc » pour le bonheur simple de partir et de revenir ? Que la montre tourne ou non, cela n’a finalement pas la moindre importance. L’essentiel n’est-il pas de savoir qu’on peut partir… et revenir ?

vendredi 20 avril 2018

Aménager la fin de sa carrière

Personnellement, c’était une nécessité, une évidence ! Dès mes 55 ans, je suis passé à un 4/5 temps, dans un système de « crédit-temps ». J’y perdais quelque argent, mais de manière modérée, et je pouvais me le permettre. À 60 ans, j’ai accepté de prendre un mi-temps, plus pour l’équilibre économique de l’entreprise que par conviction personnelle, mais j’y trouvais mon compte en termes de temps et de détente. Le job restait difficile et – deux  ans plus tard – apparaissant que je pouvais prendre ma retraite à 62 ans au lieu des 65 que je croyais m’être imposés, j’ai décidé de cliquer sur le bouton demandant ma retraite anticipée. J’en profite depuis le 1er janvier 2016. J’y perds de l’argent, mais celui-ci n’a jamais été ma priorité. Sans être riche, loin de là, je suis à cet égard un privilégié : tout le monde ne peut pas dire la même chose. Or, on est dans une époque où – pour nos responsables – seul compte l’allongement des carrières plutôt que l’aménagement de leur fin. Quoique.

À Charleroi, une expérience vient de débuter. Elle vise à permettre à certains membres du personnel communal, exerçant des métiers lourds (agents de voirie, ouvriers du service propreté et personnel du service d’entretien des bâtiments), de ne plus travailler – à partir de 60 ans – qu’à 4/5 temps, sans perte aucune de salaire. Cela ne concerne pour le moment que 36 agents communaux sur une administration de quelque 4000 personnes, auxquels s’ajouteront d’ici peu (avec effet rétroactif) 9 des 2500 employés du CPAS officiant en première ligne ou exposés à une pénibilité physique. De plus, la Commune s’engage à une embauche compensatoire : 7,8 équivalents temps plein à la Ville et 2,5 au CPAS.

Tout n’est sans doute pas parfait dans cette expérience pilote, y compris la question de savoir si elle sera prolongée et/ou étendue. N’empêche, alors que la tendance est plutôt à l’allongement inconsidéré des carrières, il est plaisant de voir qu’il est possible de réfléchir aussi en termes d’aménagement des fins de carrière. Économiquement parlant, cela a un coût, c’est évident ! Mais pour les personnes qui peuvent bénéficier de ces aménagements, quels changement dans la qualité de leur vie ! Rien que de savoir que cela existe quelque part, dans notre Belgique, je reprends confiance dans la gestion de la chose publique, « res publica » ! Puissent tous nos politiciens, à quelque niveau que ce soit, entendre ce chant social qui n’a rien à voir avec celui des sirènes !

samedi 14 avril 2018

Vint le vin vain

En ce moment, je devrais être en train de rouler vers un petit village namurois pour aller y chercher un lot de 147 bouteilles de vin, achetées pour 100 EUR. Sans aucune garantie de qualité. Toutes sortes de bouteilles, conservées depuis je ne sais quand, un peu n’importe comment, dans un garage. Sans aucune illusion donc, mais à 0,68 EUR la bouteille, il ne devrait pas y avoir trop de regrets. Avec l’espoir que dans le tas, il y en ait quelques-unes de bonne qualité !

Je n’avais donc pas hésité trop longtemps devant cette offre publiée sur une de ces « brocantes » virtuelles qui fleurissent sur Facebook. Échange par message privé avec la vendeuse, accord pour prise de livraison ce matin. Bref, tout baignait !

Sauf que la dite vendeuse m’a envoyé durant la soirée ce message : « Désolée mais quelqu'un vient de venir chercher les bouteilles. J'ai préféré vendre au premier venu. » ! J’ai râlé évidemment et je le lui ai dit, mais pouvais-je m’attendre à mieux ?

Je ne sais pas ce qu’il s’est exactement passé. L’acheteur s’est non seulement engagé à venir chercher le lot immédiatement, mais il est fort possible qu’il a aussi surenchéri. Ce qui aurait évidemment incité la brave dame à vendre à ce plus offrant. Là où elle aurait dû agir de manière plus transparente et plus honnête eut été de reprendre contact avec moi en faisant jouer les enchères, tant sur le temps que sur le prix. S’il fallait aller les chercher immédiatement, je l’aurais fait. En étant d’accord aussi pour augmenter le prix, par exemple 147 EUR pour le lot. Un euro la bouteille, ça le fait !

Si j’avais perdu ces enchères, j'aurais été battu à la régulière. Mais ici, je n’ai même pas pu jouer. J’ai perdu alors qu’on ne m’a même pas donné les cartes du jeu.

Je n’en fais pas un drame. Non seulement, cela m’évite de devoir trouver une place pour ranger ces 147 bouteilles, mais de plus je ne me faisais aucune illusion sur leur qualité, tout comme je ne m’en fais pas plus sur ces accords de vente entre personnes privées qui ne se connaissent pas et ne se connaîtront jamais. Parfois, tout se passe bien ; parfois, ça coince. On n’en meurt pas !

D’ailleurs, si j’en parle, c’est plus parce que j’avais besoin d’un billet libellé « Coups de blues » pour terminer mon cycle des 4 libellés. Voilà qui est fait. Et ça, c’est bien.

lundi 9 avril 2018

Lou, the Belgian Red Devil

Personne, aujourd’hui, ne sait la suite de l’histoire. Elle n’a d’ailleurs sans doute aucune importance. Du moins sur l’épisode proprement dit. Un bête poisson d’avril. Mais qui prend dès maintenant une autre dimension. Au service de la différence.

Or donc, ce 1er avril 2018, Luc Boland – un ami poète d’enfance – lance sur Facebook un bête poisson d’avril : son fils Lou a été choisi par l’Union belge de football pour composer l’hymne officiel des Diables rouges pour le Mondial 2018 en Russie. À ce stade de l’histoire, deux explications sont nécessaires.

Lou. Il a aujourd’hui 19 ans. Quelques temps après sa naissance, ses parents apprennent qu’il est porteur du syndrome de Morsier, une malformation congénitale du cerveau qui touche un enfant sur dix millions dans les cas sévères. Déficience mentale et cécité. Mais dans ces ténèbres, une étoile : Lou est doté de capacités musicales hors normes. Son papa poète est aussi cinéaste. Très tôt, il réalise « Lettre à Lou », un documentaire qui parle avec tant d’amour de son fils et qui se termine sur la découverte par Lou de son premier synthé. Émouvant. À cet instant, Luc ne sait pas encore que Lou apprendra tout seul à jouer des claviers (et autres instruments), qu’il chantera sur divers plateaux TV, qu’il séduira sur YouTube près d’1 500 000 personnes avec « Lou, je m’appelle Lou »… Histoire humaine et musicale peu banale !

De l’autre côté, les Diables rouges. Une génération de footballeurs hors normes également. Ils participeront au Mondial 2018 en Russie avec comme seule ambition (enfin, on l'espère !) : la victoire finale ! Tout le monde s’accorde sur le fait que cela fait partie des choses possibles. Ils ne sont pas favoris. Mais tout pourrait arriver. Il faut bien un hymne national pour les encourager (et faire rentrer des sous dans la caisse). L’Union royale belge des sociétés de football association (URBSFA) croyait avoir trouvé le chanteur idéal pour ce faire : Damso, un rappeur à succès, issu de la diversité. Malheureusement pour lui, Damso est aussi – dans son personnage public – légèrement misogyne. Par les temps qui courent, ça passe difficilement. Il a donc été – avec raison – déchargé de sa mission. À ce jour, personne pour prendre la relève.

Le premier avril, Luc lance donc son poisson d’avril : Lou a été choisi pour faire l’hymne des Diables ! Il n’y croit pas, mais finalement, pourquoi pas ? Plus d’une personne y a cru ! Mais ce n’est qu’un poisson ! Quand Luc raconte cela à Lou, celui-ci lui répond : « Mais je vais le faire, moi, cet hymne » ! La machine se met en marche : Luc écrit des paroles (en anglais, seul moyen de réunir flamands et francophones) basées bien sûr sur le respect de la différence. Lou les met instantanément en musique. Ils enregistrent le tout, en une prise pour chaque instrument, mais en plusieurs prises pour les voix. Chanter en anglais, ce n’est pas évident pour Lou ! Luc réalise le clip et le met en ligne. En moins de 24 heures, plus de 25 000 vues sur Facebook ! Ce n’est plus un poisson d’avril !



Ce poisson d’avril deviendra-t-il l’hymne officiel des Diables rouges ? Nul ne le sait. C’est peu probable. Mais la question n’est sans doute pas là. Une nouvelle fois, Lou fait le buzz, non pas pour sa gloire dont il n’a que faire, mais au service de tous ceux qui sont différents ! Quelle que soit leur différence.

Les parents de Lou ont bien sûr longuement réfléchi à la pertinence ou non de mettre leur incroyable fils sous les feux des projecteurs. Ils ont choisi de lui permettre de vivre son étonnante passion. C’est un choix rationnel d’adultes responsables pour un jeune dénué de toute raison, mais nourri à tout instant de passion émotionnelle. Ils ne le font en réalité ni pour eux ni pour lui. Ils le font parce qu’ils ont compris que Lou et son don étaient un outil extraordinaire – c’est le mot ! – pour promouvoir l’éloge de la différence. Ce ne sont pas les projecteurs qui sont importants. Seul importe ce qu’ils éclairent : la richesse de la différence. Quelle qu’elle soit. C’est elle qui nous donne sens.

jeudi 29 mars 2018

La fin d'un recyclage ?

Depuis des années, de nombreuses associations récoltent les bouchons en plastique de bouteilles diverses. Elles les revendent, en Belgique, à la société Eryplast, devenue Cabka à la suite d’une revente à une entreprise allemande. Les bouchons sont ensuite recyclés et transformés en palettes. Mais, à partir du 1er avril, ce système avantageux pour tout le monde sera terminé !

Cabka a en effet informé les associations que la collecte et le recyclage des bouchons ne seront pas prolongés. Pas assez rentable !

Sans doute pas rentable pour Cabka, mais pourtant éminemment rentable pour les associations ainsi que pour la société en général qui voyait ainsi des déchets recyclés de manière intelligente. Pour les associations, c’était un revenu facile : des particuliers, des écoles, d’autres associations récoltaient les bouchons et les apportaient, par divers circuits, aux associations bénéficiaires qui pouvaient ainsi financer leurs activités, acheter du matériel, notamment pour handicapés, etc. Ce n’étaient pas de grosses rentrées financières, mais pour une association, bénéficier par exemple de 6000 EUR par an, sans gros effort, c’est vraiment une manne céleste. Au total, on estime un manque à gagner d’environ 700 000 EUR ! De plus, on perd là toute une dimension sociale et éducative : de nombreux enfants étaient mobilisés pour récolter ces bouchons, apprenant de manière positive et impliquée les bienfaits du recyclage.

Cela dit, tout espoir n’est pas perdu ! Il semble qu’une entreprise de la région liégeoise, la société Eloy, soit intéressée de reprendre l’activité de collecte et de recyclage. Les bouchons seraient cette fois transformés en supports bactériens pour être implantés dans des micro-stations d'épuration destinées à traiter les eaux domestiques. « Les bactéries vont arriver à se former en film biologique sur ces supports et vont pouvoir capter, pour se nourrir, notre pollution.  On va, de cette manière-là, traiter 95% de la pollution de l'eau », explique ainsi Louis Eloy, administrateur délégué de la société Eloy.

Si cela pouvait se concrétiser, ce serait formidable : les associations pourraient continuer à bénéficier du produit de ces collectes et notre environnement profiterait d’un double recyclage : celui des bouchons en plastique et celui de l’eau ! Nous avons là tout à gagner !

dimanche 25 mars 2018

Hors dialogue, pas de démocratie

Qu’une chose soit claire : je n’ai aucune sympathie ni pour Carles Puigdemont – un nationaliste de droite – ni pour la cause indépendantiste catalogne qui me semble un non-sens à l’heure de l’Europe. Par contre, j’ai quelque sympathie pour la démocratie, et là, elle en prend méchamment pour son grade !

En aucune manière, je n’approuve la déclaration unilatérale de l’indépendance de la Catalogne, il y a quelques mois. Je suis convaincu qu’il existe d’autres moyens pour atteindre un tel objectif, pour autant qu’il soit justifié et argumenté. La seule issue acceptable dans un tel cas est le dialogue et le consensus. Nous ne vivons plus à cet égard à l’ère des guerres unilatérales. Du moins, je l’espère.

Le pouvoir central espagnol a choisi – depuis longtemps – la violence pour gérer ce problème. Y compris pour empêcher un vote démocratique. Y compris pour nier les résultats d’un vote démocratique. Pour Mariano Rajoy et ses sbires, il n’existe qu’une seule solution : celle du pouvoir central fort et dur. Sur le fond, il a peut-être raison. Sur la forme, il prend des positions totalement inacceptables.

Comment accepter qu’un pays européen soi-disant démocratique décide de mettre en prison et de poursuivre des hommes/femmes politiques qui défendent une autre position que celles du pouvoir central ? Une telle Europe, je n’en veux pas. Elle massacre en réalité tout l’idéal européen basé sur le dialogue, l’ouverture et la solidarité. Ce soir, cet idéal me semble bien lointain. Malheureusement !

vendredi 23 février 2018

Enseignant Rambo, tRompez !

« Ils sont entraînés, il n’a pas réagi convenablement sous la pression ou c’est un lâche », a dit le président Trump en parlant de ce policier qui n’est pas intervenu lors de la tuerie au Lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland, en Floride, le mercredi 14 février dernier. Deux jours plus tôt, le même Trump avait proposé comme solution miracle aux tueries dans les écoles américaines d’armer et de former des enseignants.

Que s’est-il passé dans la tête de ce policier, à quelques mois de la retraite et qui depuis a démissionné ? Peu importe. Je ne sais pas s’il est un « lâche ». Pour moi, c’est juste un « humain ». Plus que vraisemblablement, il a eu peur d’intervenir. Et cette peur a été plus forte que son devoir. En tant que policier placé devant une école pour en garantir la sécurité, il n’a pas fait ce qu’il fallait. De toute évidence. Même s’il était policier et s’il a été entraîné pour intervenir dans ce genre de circonstances, je ne le blâmerai pas. Qu’aurais-je fait à sa place ? Pas sûr que je serais intervenu. Pas sûr non plus que j’en sois pour autant un « lâche ».

À côté de cela, Trump veut transformer les enseignants en Rambo. Autant j’avoue ignorer complètement ce qu’est le métier de policier, autant je crois connaître ce qu’est le métier d’enseignant. C’est un des métiers les plus nobles, les plus exigeants, les plus incertains qui soient. La responsabilité d’un enseignant sur le devenir de ses élèves est immense. Un enseignant peut « casser », tout comme il peut contribuer à construire. Un vrai enseignant construit. Il existe pour instruire, pour ouvrir les voies de l’apprentissage et de la connaissance, pour apprendre à s’émerveiller et à vouloir en savoir plus.

S’il doit tout faire pour protéger ses élèves des turpitudes (des « trumpitudes » ?) du monde d’aujourd’hui, son métier n’est pas – et ne sera jamais – de manier la gâchette plus vite qu’un éventuel assaillant. Aux USA – là où se passent toutes ces tueries, pourquoi ? – plus d’un enseignant a tout fait pour protéger, au risque de sa vie, ses élèves. Les enseignants ne sont pas des « lâches ». Mais, même s’ils étaient formés, ils ne seront jamais des justiciers œuvrant par la violence contre une autre violence. Les enseignants sont des constructeurs, pas des destructeurs.

Imaginez le jour où un enseignant armé et formé n’aura pu empêcher un massacre des élèves aux alentours. Imaginez le jour où un enseignant armé et formé aura tiré trop tôt et tué un innocent juste parce qu’il présentait des signes de velléité.

Mettre cette pression infondée et absurde sur les enseignants n’est – personne n’est dupe, sauf les inconditionnels de Trump – qu’un moyen vain et aberrant de protéger le commerce des armes aux USA. Il y a de plus en plus de voix américaines qui se lèvent pour dénoncer cet aveuglement.

J’ai bien peur cependant que, le jour où je quitterai ce monde – disons dans une bonne trentaine d’années – le fameux deuxième amendement « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé » existera encore, avec toutes ses implications. Y compris celle de transformer les enseignants en soi-disant justiciers armés. Tout le contraire du fondement même du métier d’enseignant.

samedi 17 février 2018

Vous, migrants, je vous admire

Je n’admire pas grand monde. Chacun mène sa vie, avec plus ou moins de talents, de chances, d’opportunités saisies ou non. Certains en ont plus que d’autres et savent comment les exploiter. Je ne les admire pas pour autant. Par contre, aujourd’hui, s’il y a bien des êtres humains que j’admire, ce sont les migrants ! Ils n’ont rien pour eux, sauf leur soif de liberté et de dignité. Ils n’ont aucune chance de l’étancher. Mais ils la prennent, feignant d’ignorer qu’elle n’est qu’un risque.

Ils n’ont rien. Sauf l’amour de ceux qui les entourent. Mais qui peut vraiment vivre d’amour et d’eau fraîche ? Ils n’ont rien et ne peuvent s’en contenter. Qui se contenterait de rien ? Qui accepterait de n’avoir aucun avenir ? Dans leur cas, la plupart d’entre nous se limiteraient à rouspéter, à s’exprimer sur les réseaux sociaux quant à l’injustice des gouvernements divers, à prétexter de l’égoïsme ambiant pour dissimuler leur propre égoïsme… Tout simplement parce que, pour nous occidentaux bien emmitouflés dans nos pantoufles, la question ne se pose pas vraiment. Quelle question ? Celle de vivre, d’exister, d’espérer…

Les migrants ne se posent sans doute même pas cette question. Ils n’en ont pas le temps ni la possibilité. La réponse s’impose d’elle-même : rester là où ils sont ne les conduira qu'à ce qui est pire que la mort : ne pas exister tout en étant vivant ! Beaucoup font le même constat, même chez nous. Certains choisissent la résignation, de faire avec ce qu’ils ont. D’autres optent pour une solution extrême : disparaître purement et simplement. Les migrants font le choix de l’espoir désespéré ou du futur improbable. Ils partent. Ils risquent leur vie. Ils supportent des conditions de vie que personne ne supporterait, s’il n’y avait cet espoir.

Je n’aurais pas le courage d’en faire autant. Alors, j’admire. Et je me révolte : qui peut-on être pour s’opposer à ce choix désespéré d’un hypothétique monde meilleur ? Quels arguments – à part un égocentrisme fondamental – peut-on avancer à un être humain en quête simplement d’un espace de vie pour lui dire que celui-ci lui est interdit sous prétexte qu’il n’est pas né au bon endroit ? Quand bien même il nous est impossible d’accueillir toute la misère du monde, qu’est-ce qui nous autoriserait à fermer notre porte à celui qui a tout risqué, y compris sa vie et son honneur, pour faire partie – comme vous et moi – de ce qu’on appelle l’humanité ?

Ils n’ont que leur vie. Ils la risquent. À chaque instant. Ils la perdent parfois. Plus rarement, ils la gagnent… Enfin ! Alors que ce devrait être un droit fondamental pour chacun d’entre nous, indiscutable et lumineux !

Oui, vraiment, vous, migrants, je vous admire !

lundi 5 février 2018

Le temps d'un retraité

Ma journée a été bien active : balade, écriture, recherches, information… Vers 16h30, ma chère et tendre rentre de sa journée de travail. Nous discutons et elle me rappelle qu’elle repart ce soir pour un accueil de nouveaux parents. Je la remercie de me le rappeler et nous envisageons les choix possibles : soit nous mangeons « avec les poules », soit je mange tout seul à notre heure habituelle (19 heures), soit je l’attends et on mange… quand on mangera ! Je choisis la solution « avec les poules » et je lui donne rendez-vous à 18h30.

Nous vaquons alors chacun à nos activités et vers 18h10, je me dis qu’il est temps d’aller cuisiner ! Je fais tout cela du mieux que je peux et arrivé à l’heure fatidique, je suis fier de constater que tout est prêt et j’appelle ma belle !

C’est alors qu’elle me dit « Mais il est 17h30 ! ». Oups, je me suis donc trompé d’une heure ! Après un léger flottement, nous avons décidé de manger vraiment « avec les poules » ! C’était bien bon, mais ni l’un·e ni l’autre n’a juré qu’il·elle ne grignoterait pas quelque chose en cours de soirée !

En réalité, l’heure d’un repas est une notion relative. Tout comme le besoin de manger. La plupart du temps, on ne mange pas parce qu’on a vraiment faim, mais parce qu’on a envie de rompre le rythme de travail, parce qu’on désire se retrouver ensemble, parce que le plaisir du partage nous appelle… Pour faciliter l’organisation, beaucoup – c’est notre cas – mangent chaque jour plus ou moins à la même heure, pour les mêmes raisons : rompre le rythme de travail, se retrouver ensemble, vivre le plaisir du partage… L’important n’est finalement ni dans le repas ni dans son heure !

Au bout du compte, manger « avec les poules », cela laisse plein de temps après. De toute façon, on n’a jamais que le temps qu’on se donne !

mercredi 31 janvier 2018

Tournée minérale : -15%

Demain, l’opération « Tournée minérale » commence. À cet instant, 86 681 personnes se sont inscrites pour y participer : durant ce mois de février, elles ne devraient pas boire d’alcool. Aujourd’hui, la Fédération des distributeurs en boissons s’inquiète : l’année dernière, cette opération avait entraîné une baisse de 15% des ventes de boissons alcoolisées ! « C’est un scandale », aurait dit Georges Marchais ! Quoique !

L’organisation des distributeurs ne s’oppose pas à des « initiatives qui veulent améliorer la santé des citoyens » mais dénonce le fait que l’attention soit portée sur un seul élément concernant la santé en l’occurrence, l’alcool. Elle explique que les distributeurs « investissent dans leur entreprise et sont à nouveau confrontés à une action qui aura très vraisemblablement un impact négatif sur leur chiffre d’affaires ». « C’est un scandale », aurait dit Georges Marchais ! Quoique !

Le véritable scandale est que la Febed fasse passer le chiffre d’affaires de leurs entreprises avant la santé des citoyens ! Finalement, l’objectif des promoteurs de l’opération « Tournée minérale » est avant tout de favoriser la santé des citoyens. Qu’on le veuille ou non, l’alcool – malgré tous ses plaisirs – est un véritable fléau, source de nombreux cancers, mais aussi et surtout d’addictions et de dépendances physiques et psychiques pouvant conduire à de véritables désastres de vie. Sans compter l’impact que l’alcool peut avoir sur la sécurité routière. Combien de personnes sont, chaque année, tuées ou gravement blessées simplement parce qu’une autre personne – en toute innocence – a simplement un peu trop bu ?

Bien sûr, 15% en moins dans le chiffre d’affaires, ça risque de mener à des pertes d’emploi. Non pas parce qu’il n’y aurait plus d’argent pour payer les travailleurs, mais parce que les actionnaires n’aimeraient pas voir leur dividende diminuer !

Bien sûr, l’alcool fait partie des plaisirs de la vie. Je suis (très) bien placé pour le savoir.

N’empêche : le communiqué de la Febed est vraiment scandaleux. Ce ne sont pourtant malheureusement pas les scandales qui manquent pour le moment dans notre pays !

Ce 31 janvier pluvieux, je veux déclarer ma solidarité totale avec tous ceux et toutes celles qui pendant un mois tenteront – tant bien que mal – de faire passer leur santé avant celle des bénéfices des entreprises vendeuses d’alcool ! Belle tournée minérale !

lundi 1 janvier 2018

La force de l’eau

FMG©2018

Ce billet sera très court. Car au moment où je m’apprête à l’écrire, je me rends compte que j’ai déjà tout dit il y a trois ans, le 28 décembre 2014, dans un excellent billet « L’immuable changement ».

Le Zwin et son bras fluvial sont des lieux extraordinaires que je côtoie chaque année depuis plus de 20 ans. La nature – aidée par une décision unilatérale des Hollandais de fermer en 1950 le bras de mer alimentant le Zwin – avait fait ensuite son chemin dans un calme superbe et la beauté était sublime. Puis le sable s’est enlisé et le Zwin s’est ensablé. Alors, l’homme a décidé d’agir. De gigantesques travaux pour inverser le sens des choses.

Aujourd’hui, les travaux sont finis et l’eau circule à nouveau, avec l’espoir avoué de désensabler ces terres profondes. L’objectif sera-t-il atteint ? Je n’en sais rien. Je ne sais même pas s’il est possible de le savoir !

Le site a changé. La beauté n’est plus la même. Mais elle est toujours là. Lénifiante. Calmante. Majestueuse. Cette situation montre que même lorsqu’on change les choses, la beauté peut rester. Différente, mais semblable.

Il se fait qu’on change aussi d’année. Elle change, mais la beauté – la vôtre – restera !