jeudi 27 juillet 2017

Efficacité, efficience, pertinence, cohérence…


Lors de l’accord politique entre le cdH et le MR pour mettre en place un nouveau gouvernement en Région wallonne (désolé pour les Français, mais c’est trop compliqué à expliquer, et sans intérêt), j’ai été frappé d’entendre le nombre de fois où Olivier Chastel prononçait les mots « efficacité » et « efficience », sans apparemment faire la moindre distinction entre les deux termes. Et pourtant…

C’est une confusion fréquente et – par expérience – je sais qu’il n’est pas facile de faire accepter à certaines personnes qu’il s’agit de deux réalités tout à fait différentes.

L’efficacité est le fait d’atteindre ses objectifs, bref que le résultat corresponde à ce qu’on voulait. L’efficience est liée aux moyens qui ont été nécessaires pour atteindre, non pas l’objectif, mais le résultat !

Admettons donc que mon objectif est de disposer d’un jardin splendide ! Peu de personnes contesteront que le résultat illustré par la photo ci-dessus (admettons que ce soit mon jardin, mais je vous rassure, ce n’est pas le cas !) est superbe. J’ai donc été très efficace : mon jardin est sublime !

Pour atteindre ce résultat, j’ai fait appel à une entreprise australienne qui a travaillé six mois, avec quatre travailleurs hyper-qualifiés… Ça m’a coûté un maximum. Je pensais qu’ils allaient faire ça en une semaine, mais ça leur a pris six mois. Je ne sais pas pourquoi, mais ils m’avaient l’air très compétents ! Bref, mon jardin est superbe, mais j’ai dû revendre ma maison située au milieu du jardin, et j’ai comme l’impression de ne pas avoir été très efficient ! Efficace peut-être (mon jardin est splendide), mais pas du tout efficient (cette histoire m’a ruiné) !

Cela dit – et il ne faut pas me prendre pour un illettré : on écrit bien dans ce cas « cela dit » et non pas « ceci dit » – je ne suis pas non plus stupide. Pour décider qui embellirait mon jardin, j’ai fait un appel d’offres ! J’ai eu trois propositions : cette entreprise australienne qui m’a remis un portfolio extraordinaire sur toutes ses productions, un indépendant de Charleroi spécialisé dans la rénovation des cours intérieures et… ma femme – amoureuse des beaux jardins – mais captivée par son métier d’institutrice. Il m’a semblé évident que je devais choisir les Australiens, seuls véritablement compétents pour la tâche demandée. Mon choix fut donc « cohérent » : j’ai choisi les meilleurs moyens pour atteindre mes objectifs.

J’insiste sur cette « cohérence » parce que dans la littérature francophone sur le sujet, celle-ci est la plupart du temps confondue avec la « pertinence ». Dans de nombreux « triangles » entre objectifs, résultats et moyens, la « pertinence » est souvent identifiée comme étant le lien entre les moyens et les objectifs : on serait pertinent parce qu’on choisit les bons moyens pour atteindre les objectifs. Ce n’est pas le cas. On est juste alors « cohérent » : on a des objectifs, et on choisit les bons moyens pour les atteindre !

Mais alors, la « pertinence », c’est quoi ? Question pertinente ! Revenons à mon jardin. En fait, au bout du compte, si je voulais disposer d’un beau jardin, c’est avant tout parce que je voulais être reconnu, par mes voisins proches ou un peu plus éloignés, comme un amoureux de la beauté et surtout comme un ardent défenseur de l’écologie politique solidaire et sans aucune compromission. Quoi, ça n’a rien à voir ? Avec le recul, vous avez raison : désirer un beau jardin est certes très « écologique », mais ne contribue en rien à mon désir suprême : avoir une société ouverte, solidaire, saine, constructive…

En résumant, avec mon beau jardin (et il l’est), j’ai été à la fois efficace, non efficient, cohérent… et (surtout) non pertinent. Ce serait sans doute intéressant de réfléchir à tout ça quand on prend des décisions.

Bon, si vous (n')avez (pas) compris quelque chose et/ou avez des questions, n’hésitez pas !

vendredi 21 juillet 2017

Manque de…

Lors de la dispute de bac à sable entre le chef d'état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, et le Président Emmanuel Macron, j’ai dialogué de manière virtuelle avec une personne qui s’en offusquait ! Elle m’affirmait que l’armée française était confrontée à « un manque d'équipements, du matériel obsolète et/ou pas en état de fonctionner, un manque de formation, le non-paiement de leur solde… ». Bref, une analyse en termes de « manque de… » !

Ce type d’analyse est très fréquent. Notamment dans le domaine de l’éducation. Si l’enseignement va si mal, c’est – dit-on souvent – par manque de moyens, de temps de concertation, de motivation des élèves et/ou des enseignants, etc.

Cependant, dès qu’on raisonne selon des « manques de », on ne parle pas des problèmes, mais des solutions qu’on envisage à un problème qui n’est pas identifié. Dire que l’armée manque d’équipements revient à dire qu’il faut à l’armée des équipements supplémentaires. Mais quel est le problème ? Est-ce que celui-ci est que l’armée ne parvient plus à remplir ses missions classiques ? Est-ce qu’il y a des accidents liés à la vétusté des équipements ? Est-ce que les équipements actuels ne sont plus adaptés aux nouvelles missions de l’armée (notamment en termes de services aux populations ou de protection des citoyens…) ? En ne dénonçant que l’absence de la solution envisagée, il est impossible d’apporter une solution au problème puisque celui-ci n’est pas identifié. Or, en fonction du réel problème, les solutions à apporter ne seront pas nécessairement les mêmes. On risque donc d’apporter une solution sans résoudre le vrai problème. Ou sans mener le projet qui est vraiment pertinent dans la situation.

La majorité des projets qui sont mis en place sont basés sur une idée qu’il faudrait « faire ceci ou cela », en lien avec l’analyse qu’il manque de ceci ou de cela. Or, le véritable besoin tient à la différence qui existe entre la situation telle qu’elle existe (analysée en termes de problèmes) et la situation telle qu’on voudrait qu’elle existe (analysée en termes d’objectifs). Se concentrer sur les moyens correspondant aux « manques de… » risque souvent de passer à côté de la vraie problématique et de mener un projet ou mettre en œuvre des moyens pour le plaisir de le faire, sans qu’on sache trop bien « pour quoi ».

J’dis ça, j’dis rien… Finalement, chacun pense et dit ce qu’il veut. Je n’ai bien sûr de leçon à donner à personne ! N’empêche, ça me fait toujours râler de voir des actions menées en pure perte uniquement parce que l’analyse de départ n’a été faite que sur la base de « manques de… », en ne se fondant ainsi que sur d’éventuelles solutions, en ignorant les problèmes !

samedi 8 juillet 2017

Chansons oubliées : Je pourrais dire, par François Béranger (1971)

Aujourd’hui, tout le monde se plaint. Et tout le monde trouve ça normal. Il est troublant de constater que lorsqu’on donne la parole à tout un chacun, comme c’est le cas avec les réseaux sociaux et/ou les commentaires d’un article quelconque, c’est avant tout pour se plaindre, pour dénoncer l’un ou l’autre, pour railler, pour critiquer à charge, etc. Il y a sans doute de quoi. Quoique. Car, enfin… je pourrais dire !

S’il y a bien un chanteur qu’on ne peut pas soupçonner de s’être laisser récupérer, c’est François Béranger. Il a été de tous les combats. Quinze ans après sa mort, il reste pour beaucoup un modèle de lutte sociale. Un gars qui a toujours osé dire.

Pourtant, au début de sa carrière, pour clôturer son deuxième album, il propose une chanson d’une simplicité et d’une profondeur éblouissantes. « Je pourrais dire ». Musicalement, on y retrouve – surtout à la fin – des écho(e)s de Pink Floyd. Mais l’important n’est pas là.

En soi, ce n’est pas une chanson sociale. Béranger n’y parle que des femmes. De ce qu’il a pu vivre avec des femmes. Mais il est là au cœur-même de la vie humaine et donc de la réalité sociale.

N’y a-t-il pas pire injustice ou pire souffrance pour un homme de vivre la trahison de celle(s) qu’il aime, de supporter la mort de celle(s) qu’il aime, de subir l’indifférence de celle(s) qu’il aime… ? Ce sont des réalités fondamentales. Qui blessent. Au plus profond de ce qu’on est. À côté de ça, les mesquineries politiques, financières, philosophiques… ne sont rien. Bien sûr, elles méritent qu’on s’y attarde, qu’on ne les laisse pas se développer sans pouvoir de contrôle. Mais en soi, ces mesquineries ne sont rien face à l’abîme sentimental lorsque celui-ci surgit, la plupart du temps sans prévenir ! Bref, c’est alors qu’on pourrait dire… qu’on pourrait se plaindre… qu’on pourrait se lamenter…

Et pourtant, soudain, le soleil se lève et fait jaillir des cris d’enfants ! Par ces mots, Béranger remet les choses à leur place, qu’elles n’auraient jamais dû quitter. On peut se plaindre, bien sûr. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que – chaque matin – le soleil se lève et fait jaillir des cris d’enfants.


Je pourrais dire
Que la femme que j'aime
Me trompe avec mes meilleurs amis
Je pourrais dire
Qu'une autre femme que j'aimais
A tout jamais dans la mort est partie
Je pourrais dire
Qu'une autre encore que j'aimais
Ne m'a même jamais regardé
Je pourrais dire...
Mais non, je ne vous dirai rien

Car soudain le soleil se lève
Et fait jaillir des cris d'enfants