vendredi 11 août 2017

Laurent, prince maudit ou maudit prince ?

Disons-le d’emblée : le « sujet » de ce billet n’a aucune espèce d’importance. Il serait beaucoup plus pertinent de parler des tensions nord-coréennes vs nord-américaines, des œufs qui nous pourrissent la vie, du terrorisme qui entraîne des mesures tueuses de liberté et de démocratie, de la négation de plus en plus forte des droits de ceux qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’un travail décent et stable… ou encore des risques illusoires pris par tous ces migrants à la recherche d’une vie de qualité minimale ou enfin de la famine insupportable en Soudan du Sud, en Somalie, au Nigéria, au Yémen… Mais bon, voilà, parfois, il faut aussi pouvoir aborder des sujets légers (quoique, dans ce cas, je serais curieux de connaître son poids).

Notre Laurent de Belgique s’est donc fait remarquer, une fois de plus. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il déchaîne les passions ! C’est pour ou contre ! Est-il un prince maudit, auquel les autorités chercheraient noise, à tort et déraison ? Ou est-il un maudit prince, qui ne cherche qu’à s’attirer les foudres officielles en multipliant les provocations et autres jérémiades ? Sans doute un peu des deux : la vérité est rarement noire ou blanche, elle s’épanouit le plus souvent dans les tons gris, ceux sur lesquels on a le moins de prise.

Un des éléments qui revient souvent dans les commentaires qui s’enchaînent et se déchaînent est une comparaison avec son frère aîné. Celui-ci serait d’une nullité sans nom et féodée au gouvernement fédéral inique par définition, alors que le rebelle Laurent, lui au moins, aurait une existence propre, vertueuse de par sa proximité au peuple et – surtout – sa défense des animaux ! Les comparaisons de quotient intellectuel abondent, toutes sans aucun fondement scientifique ! Une analyse des réalités royales et princières, montre qu’en réalité, Philippe, 7e roi des Belges, a simplement bien intégré les règles liées à son statut et se contente de faire ce que ses conseillers en communication – et/ou le gouvernement – lui  disent de faire. Il est payé pour ça, et il fait le job ! Laurent, lui, n’a pas de job véritable. Il n’existe pas vraiment et n’a jamais vraiment eu un véritable statut. Alors, il essaie – tant bien que mal – d’exister ! Comme il estime ne pas avoir les moyens de se payer un conseiller en communication, il fait ce que bon lui semble. Bref, il n’en fait qu’à sa tête. Comme celle-ci n’est pas un cadeau, il symbolise bien ce qu’on appelle des « frasques ».

Comme il est quand même Prince de Belgique – maudit ou maudit –, notre pays a prévu un système pour subvenir à ses besoins : une dotation. Pour le moment, il a droit à 308 000 EUR par an, répartis en 88 000 EUR de salaire en tant que fonctionnaire (montant soumis à l'impôt des personnes physiques) et 220 000 EUR pour couvrir ses frais de fonctionnement et personnel. Cette dotation – qui en soi ne me dérange aucunement – est financée par l’État belge, c’est-à-dire par les contribuables. Ils sont 6 700 000 en Belgique, ce qui veut dire qu’en moyenne, chaque contribuable paie un peu moins de 5 centimes par an pour financer notre bon prince ! J’ajoute que cette « dotation » n’a rien à voir avec la « donation » royale. Celle-ci est liée au fait que lorsqu’il est devenu le 1er Roi des Belges, en 1830, Léopold 1er a cédé à la Belgique certains biens immobiliers avec charge pour la Belgique de les gérer au mieux. La « donation royale » ne fait donc que gérer des biens immobiliers et ne contribue en rien à financer les différentes dotations.

La question principale me semble être liée à la dotation. On lit souvent que Laurent n’a pas demandé à être Prince ! C’est vrai et personnellement, je préfère ne pas l’être, même si on me proposait en échange cette foutue dotation. Prince de Belgique, il le restera, qu’il le veuille ou non. Il ne peut pas se révoquer. C’est bien dommage – tant pour lui que pour nous –, mais c’est comme ça ! Par contre, le principe de la dotation permet d’entrevoir une solution aux difficultés actuelles !

En échange de cette dotation, les membres de la famille royale qui en bénéficient (Philippe, le roi, puis Astrid et Laurent) ont certaines obligations ou contraintes. Notamment, ils ne peuvent pas avoir de contacts avec des responsables étrangers sans en avoir préalablement reçu l’autorisation du Ministre des Affaires étrangères. C’est normal : la Belgique est une monarchie constitutionnelle fédérale à régime parlementaire. Cela signifie que la responsabilité finale est toujours du ressort du Parlement fédéral. Celui-ci accorde – pour les fonctions exécutives – sa confiance au gouvernement fédéral qui assume donc la responsabilité de tout ce qui concerne l’État. Le Roi ne peut jamais rien faire sans l’aval du gouvernement. Il en est de même pour les autres membres de la famille royale. Bref, Laurent reçoit une « petite » dotation et en échange, il est soumis à certaines règles, dont informer le gouvernement de ses contacts internationaux. Il ne l’a pas fait : que ce soit avec des Chinois n’a aucune espèce d’importance. Simplement, il n’a pas respecté les règles minimales auxquelles il est soumis. Il est donc normal qu’il soit sanctionné.

Il pourrait ne pas l’être. Il suffirait pour cela qu’il renonce à sa dotation. Cela, il peut le faire. Plus de dotation, donc plus d’obligations (quoique) ! Il pourrait alors rencontrer qui il veut, pavoiser là où il le souhaite (mais sans doute pas en uniforme), déclarer tout ce qui paraît bon à son cerveau de première classe, etc. Il pourrait même se présenter (quoique) aux élections et – on peut rêver – devenir premier ministre et « diriger » de la sorte son frère aîné. Si j’étais Laurent, c’est ce que je ferais. Non pas me présenter à des élections et tout ce qui s’en suit, mais renoncer à ma dotation. C’est un peu ce que j’ai fait lorsque j’ai annoncé à mes parents que j’abandonnais mes études universitaires après 4 années pour me lancer dans ce que j’avais vraiment envie de faire : pendant mes nouvelles études, ils ne m’ont plus refilé que les allocations familiales qu’ils percevaient. Pour le reste, je me suis débrouillé. Ce ne fut pas facile, mais j’étais cohérent avec moi-même.

Laurent ferait bien d’en faire autant. C’est mon avis et je le partage. Sans aucune illusion, ni sur l’éventuelle concrétisation d’une telle piste, ni sur l’intérêt ou la pertinence de mon partage : ce serait donner beaucoup trop d’importance à un « sujet » qui n’en a aucune !

vendredi 4 août 2017

Migrant ou pas, on reste un être humain

Je suis outré. Révolté. Dégoûté. Ce vendredi matin, une vingtaine de migrants dormant dans le parc Maximilien ont été emmenés par la police. Mais ce n’est pas tout : lisez la suite !

Le parc Maximilien se trouve près de l’Office des étrangers. Il a souvent été occupé par de nombreux migrants depuis « leur crise ». Ils ont toujours fini par être éjectés. Dans ces deux dernières phrases, il y a déjà plusieurs raisons de se révolter : pourquoi parler de « crise des migrants » ? Pourquoi ceux-ci n’ont-ils d’autres solutions que de se retrouver dans un parc pour y faire du camping sauvage ? L’Office des étrangers ne peut-il pas proposer d’autres solutions pour accueillir ces êtres humains en quête d’un monde meilleur ? Pourquoi la seule solution trouvée par notre Belgique florissante est-elle d’éjecter ?

Depuis quelques temps, les tentes sont revenues dans le parc. Ainsi que leurs occupants. La police passe toujours par là, pour « vérifier »… Depuis quelques jours, plusieurs migrants ont signalé que ces contrôles débouchaient sur des bizarreries. Leurs sacs étaient aussi « contrôlés » et il semble qu’après ce « contrôle policier », leurs seuls trésors avaient disparu : GSM, argent…

Comme par hasard, en fin de cette nuit, tous les occupants du parc ont été éjectés, sans ménagement. La porte-parole de la zone de police de Bruxelles-Ixelles, Ilse Van de Keere, a beau déclarer que ce type d’action est « planifié à l’avance » (sic), on peut quand même se poser des questions. (Ce que n’a d’ailleurs pas manqué de faire la RTBF dans le premier sujet du JT de ce soir. Merci à elle.)

Mais ce n’est pas tout. Lors de l’évacuation, les sacs des migrants ont été saisis pour disparaître au bout du compte ! On les a retrouvés : dans une décharge, avec toutes les poubelles ! Et – comme par hasard – tout ce qui était précieux avait disparu des sacs. À nouveau.

Comment ne pas être outré, révolté, dégoûté ? Non seulement la Belgique est incapable d’apporter des solutions décentes d’accueil même temporaire, mais notre système accepte que ces migrants – qui n’ont plus rien, si ce n’est l’espoir d’une vie meilleure – soient rackettés par la police de ce maigre « rien » !

En Belgique, le bourgmestre d’une commune est responsable des actions menées par la police de sa zone. La commune de Bruxelles vient de changer de bourgmestre à la suite des déviations véreuses du précédent. Le nouveau, Philippe Close, se dit pur, véritablement de gauche, etc. On peut en douter, et j’en doute. Mais enfin, il le dit. S’il le montrait, ce serait mieux ! Les jours qui viennent seront essentiels à cet égard.

En attendant, les migrants continuent à n’être considérés – spécialement par nos « pouvoirs publics » - que comme du bétail, des méchants dont l’objectif serait de ruiner nos pays, la peste de ce début de siècle… L’arrivée massive des migrants est un problème. Pas une crise, mais un problème. Auquel il faut trouver une solution. Acceptable pour tous et toutes, et surtout décente. Les migrants ne sont pas du bétail, des méchants, la peste… Ce sont juste des êtres humains. En détresse de surcroit. Ils devraient être considérés comme tels. En Belgique, à Bruxelles notamment, ils ne le sont pas. C’est inacceptable.

jeudi 27 juillet 2017

Efficacité, efficience, pertinence, cohérence…


Lors de l’accord politique entre le cdH et le MR pour mettre en place un nouveau gouvernement en Région wallonne (désolé pour les Français, mais c’est trop compliqué à expliquer, et sans intérêt), j’ai été frappé d’entendre le nombre de fois où Olivier Chastel prononçait les mots « efficacité » et « efficience », sans apparemment faire la moindre distinction entre les deux termes. Et pourtant…

C’est une confusion fréquente et – par expérience – je sais qu’il n’est pas facile de faire accepter à certaines personnes qu’il s’agit de deux réalités tout à fait différentes.

L’efficacité est le fait d’atteindre ses objectifs, bref que le résultat corresponde à ce qu’on voulait. L’efficience est liée aux moyens qui ont été nécessaires pour atteindre, non pas l’objectif, mais le résultat !

Admettons donc que mon objectif est de disposer d’un jardin splendide ! Peu de personnes contesteront que le résultat illustré par la photo ci-dessus (admettons que ce soit mon jardin, mais je vous rassure, ce n’est pas le cas !) est superbe. J’ai donc été très efficace : mon jardin est sublime !

Pour atteindre ce résultat, j’ai fait appel à une entreprise australienne qui a travaillé six mois, avec quatre travailleurs hyper-qualifiés… Ça m’a coûté un maximum. Je pensais qu’ils allaient faire ça en une semaine, mais ça leur a pris six mois. Je ne sais pas pourquoi, mais ils m’avaient l’air très compétents ! Bref, mon jardin est superbe, mais j’ai dû revendre ma maison située au milieu du jardin, et j’ai comme l’impression de ne pas avoir été très efficient ! Efficace peut-être (mon jardin est splendide), mais pas du tout efficient (cette histoire m’a ruiné) !

Cela dit – et il ne faut pas me prendre pour un illettré : on écrit bien dans ce cas « cela dit » et non pas « ceci dit » – je ne suis pas non plus stupide. Pour décider qui embellirait mon jardin, j’ai fait un appel d’offres ! J’ai eu trois propositions : cette entreprise australienne qui m’a remis un portfolio extraordinaire sur toutes ses productions, un indépendant de Charleroi spécialisé dans la rénovation des cours intérieures et… ma femme – amoureuse des beaux jardins – mais captivée par son métier d’institutrice. Il m’a semblé évident que je devais choisir les Australiens, seuls véritablement compétents pour la tâche demandée. Mon choix fut donc « cohérent » : j’ai choisi les meilleurs moyens pour atteindre mes objectifs.

J’insiste sur cette « cohérence » parce que dans la littérature francophone sur le sujet, celle-ci est la plupart du temps confondue avec la « pertinence ». Dans de nombreux « triangles » entre objectifs, résultats et moyens, la « pertinence » est souvent identifiée comme étant le lien entre les moyens et les objectifs : on serait pertinent parce qu’on choisit les bons moyens pour atteindre les objectifs. Ce n’est pas le cas. On est juste alors « cohérent » : on a des objectifs, et on choisit les bons moyens pour les atteindre !

Mais alors, la « pertinence », c’est quoi ? Question pertinente ! Revenons à mon jardin. En fait, au bout du compte, si je voulais disposer d’un beau jardin, c’est avant tout parce que je voulais être reconnu, par mes voisins proches ou un peu plus éloignés, comme un amoureux de la beauté et surtout comme un ardent défenseur de l’écologie politique solidaire et sans aucune compromission. Quoi, ça n’a rien à voir ? Avec le recul, vous avez raison : désirer un beau jardin est certes très « écologique », mais ne contribue en rien à mon désir suprême : avoir une société ouverte, solidaire, saine, constructive…

En résumant, avec mon beau jardin (et il l’est), j’ai été à la fois efficace, non efficient, cohérent… et (surtout) non pertinent. Ce serait sans doute intéressant de réfléchir à tout ça quand on prend des décisions.

Bon, si vous (n')avez (pas) compris quelque chose et/ou avez des questions, n’hésitez pas !

vendredi 21 juillet 2017

Manque de…

Lors de la dispute de bac à sable entre le chef d'état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, et le Président Emmanuel Macron, j’ai dialogué de manière virtuelle avec une personne qui s’en offusquait ! Elle m’affirmait que l’armée française était confrontée à « un manque d'équipements, du matériel obsolète et/ou pas en état de fonctionner, un manque de formation, le non-paiement de leur solde… ». Bref, une analyse en termes de « manque de… » !

Ce type d’analyse est très fréquent. Notamment dans le domaine de l’éducation. Si l’enseignement va si mal, c’est – dit-on souvent – par manque de moyens, de temps de concertation, de motivation des élèves et/ou des enseignants, etc.

Cependant, dès qu’on raisonne selon des « manques de », on ne parle pas des problèmes, mais des solutions qu’on envisage à un problème qui n’est pas identifié. Dire que l’armée manque d’équipements revient à dire qu’il faut à l’armée des équipements supplémentaires. Mais quel est le problème ? Est-ce que celui-ci est que l’armée ne parvient plus à remplir ses missions classiques ? Est-ce qu’il y a des accidents liés à la vétusté des équipements ? Est-ce que les équipements actuels ne sont plus adaptés aux nouvelles missions de l’armée (notamment en termes de services aux populations ou de protection des citoyens…) ? En ne dénonçant que l’absence de la solution envisagée, il est impossible d’apporter une solution au problème puisque celui-ci n’est pas identifié. Or, en fonction du réel problème, les solutions à apporter ne seront pas nécessairement les mêmes. On risque donc d’apporter une solution sans résoudre le vrai problème. Ou sans mener le projet qui est vraiment pertinent dans la situation.

La majorité des projets qui sont mis en place sont basés sur une idée qu’il faudrait « faire ceci ou cela », en lien avec l’analyse qu’il manque de ceci ou de cela. Or, le véritable besoin tient à la différence qui existe entre la situation telle qu’elle existe (analysée en termes de problèmes) et la situation telle qu’on voudrait qu’elle existe (analysée en termes d’objectifs). Se concentrer sur les moyens correspondant aux « manques de… » risque souvent de passer à côté de la vraie problématique et de mener un projet ou mettre en œuvre des moyens pour le plaisir de le faire, sans qu’on sache trop bien « pour quoi ».

J’dis ça, j’dis rien… Finalement, chacun pense et dit ce qu’il veut. Je n’ai bien sûr de leçon à donner à personne ! N’empêche, ça me fait toujours râler de voir des actions menées en pure perte uniquement parce que l’analyse de départ n’a été faite que sur la base de « manques de… », en ne se fondant ainsi que sur d’éventuelles solutions, en ignorant les problèmes !

samedi 8 juillet 2017

Chansons oubliées : Je pourrais dire, par François Béranger (1971)

Aujourd’hui, tout le monde se plaint. Et tout le monde trouve ça normal. Il est troublant de constater que lorsqu’on donne la parole à tout un chacun, comme c’est le cas avec les réseaux sociaux et/ou les commentaires d’un article quelconque, c’est avant tout pour se plaindre, pour dénoncer l’un ou l’autre, pour railler, pour critiquer à charge, etc. Il y a sans doute de quoi. Quoique. Car, enfin… je pourrais dire !

S’il y a bien un chanteur qu’on ne peut pas soupçonner de s’être laisser récupérer, c’est François Béranger. Il a été de tous les combats. Quinze ans après sa mort, il reste pour beaucoup un modèle de lutte sociale. Un gars qui a toujours osé dire.

Pourtant, au début de sa carrière, pour clôturer son deuxième album, il propose une chanson d’une simplicité et d’une profondeur éblouissantes. « Je pourrais dire ». Musicalement, on y retrouve – surtout à la fin – des écho(e)s de Pink Floyd. Mais l’important n’est pas là.

En soi, ce n’est pas une chanson sociale. Béranger n’y parle que des femmes. De ce qu’il a pu vivre avec des femmes. Mais il est là au cœur-même de la vie humaine et donc de la réalité sociale.

N’y a-t-il pas pire injustice ou pire souffrance pour un homme de vivre la trahison de celle(s) qu’il aime, de supporter la mort de celle(s) qu’il aime, de subir l’indifférence de celle(s) qu’il aime… ? Ce sont des réalités fondamentales. Qui blessent. Au plus profond de ce qu’on est. À côté de ça, les mesquineries politiques, financières, philosophiques… ne sont rien. Bien sûr, elles méritent qu’on s’y attarde, qu’on ne les laisse pas se développer sans pouvoir de contrôle. Mais en soi, ces mesquineries ne sont rien face à l’abîme sentimental lorsque celui-ci surgit, la plupart du temps sans prévenir ! Bref, c’est alors qu’on pourrait dire… qu’on pourrait se plaindre… qu’on pourrait se lamenter…

Et pourtant, soudain, le soleil se lève et fait jaillir des cris d’enfants ! Par ces mots, Béranger remet les choses à leur place, qu’elles n’auraient jamais dû quitter. On peut se plaindre, bien sûr. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que – chaque matin – le soleil se lève et fait jaillir des cris d’enfants.


Je pourrais dire
Que la femme que j'aime
Me trompe avec mes meilleurs amis
Je pourrais dire
Qu'une autre femme que j'aimais
A tout jamais dans la mort est partie
Je pourrais dire
Qu'une autre encore que j'aimais
Ne m'a même jamais regardé
Je pourrais dire...
Mais non, je ne vous dirai rien

Car soudain le soleil se lève
Et fait jaillir des cris d'enfants

jeudi 22 juin 2017

Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous

FMG©2017

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Ces mots de Paul Éluard ne sont pas seulement qu’une belle citation qu’on trouve ci et là, en particulier un 25 mai ! Ils énoncent d’abord une réalité fondamentale, bien plus profonde qu’on ne peut le soupçonner. Il y aurait tant à dire autour de ces mots, tant ils correspondent pour beaucoup à une vérité qui s’est imposée à eux, comme une évidence. Celle-ci se niche parfois là où on ne l’attend pas.

J’étais hier avec mon meilleur ami. On ne se voit pas tous les jours, mais au moins tous les mois. Depuis plus de 25 ans. On se parle. On s’écoute. On rigole. On fantasme. On s’émerveille. On s’inquiète. On partage. Une vraie amitié. C’est incroyable ce qu’on peut partager. En toute confiance et en toute simplicité.

Hier, nous avons parlé – bien sûr – de tendresse. Finalement, c’est le seul sujet qui intéresse vraiment les mecs. La tendresse, simplement. Il se fait que dans l’après-midi ayant précédé nos retrouvailles, mon iPod magique avait sorti au hasard parmi 24 500 morceaux, la chanson « L’amour et la tendresse » de Pierre Perret. Il n’y a évidemment pas de hasard. Il n’y a que des rendez-vous.

J’ai parlé à mon ami de cette chanson. Il ne la connaissait pas. Grâce à Spotify, nous avons pu l’écouter. Une vraie découverte. Un vrai rendez-vous pour mon ami. Mais ce rendez-vous ne s’arrêtait pas là. Pour retrouver la chanson sur Spotify, mon ami avait juste introduit ces mots « Pierre Perret l’amour ». Nous avons trouvé la chanson, mais après, Spotify a spontanément proposé une « playlist ». C’est là que le hasard n’était plus qu’un rendez-vous. Cette playlist tournait autour de chanteurs que j’adore : Georges Chelon, Georges Moustaki, Léo Ferré, Barbara, Yves Duteil, Graeme Allwright, etc. C’était déjà incroyable. Mais, en plus, la plupart des chansons qui nous arrivaient « par hasard » avaient un sens profond par rapport à tous nos partages, toutes nos discussions, toutes nos errances vitales. À vrai dire, nous nagions alors en pleine extase. Nos rêves, nos angoisses, nos divagations se concrétisaient soudainement dans la réalité de ces chansons éternelles. Ce ne pouvait être un quelconque hasard. Juste un rendez-vous intergalactique. Nous aurions pu passer la nuit à jouir de cette playlist inconnue. Et à chaque chanson à vibrer d’émotion. Quel bonheur.

Parmi ces chansons, un trésor que je connais bien, depuis longtemps, mais que mon ami ne connaissait pas : « La ligne droite », de Georges Moustaki, interprétée à la suite par Barbara. Un joyau sublime. Chaque artiste interprète la même chanson. Chacun dans son style. Et quand Moustaki se tait pour laisser place à Barbara, le miracle s’installe. Il n’y a pas de hasard. Il n’y a que des rendez-vous.


samedi 17 juin 2017

Paradoxe du singe savant

Si un singe tape indéfiniment et au hasard sur un clavier, il pourra « presque sûrement » écrire un texte donné. Ça prendra du temps (beaucoup de temps), mais il devrait y arriver. Cela s’appelle le paradoxe du singe savant. C’est un théorème passionnant et qui relativise quand même beaucoup de choses. Mais en fait, ce n’est pas de cela dont je veux parler. Mais de mon petit-fils !

Celui-ci n’est pas un singe. Loin de là… quoique, la suite de l’histoire en témoignera. Il se fait qu’Alexis (bientôt 4 ans) passe le week-end chez nous, accompagné de sa sœur Élise (1 an). Je ne sais pas si cela a un lien avec la suite, mais nous sommes allés – Alexis et moi – au cirque cette (chaude) après-midi. Un vrai cirque. Familial. Avec de beaux numéros et aussi des animaux (chevaux, lamas, bouc…) visiblement bien soignés et respectés.

Est-ce ce bon moment circassien qui a soudain rappelé à mon petit-fils, alors que sa sœur dormait désormais paisiblement, qu’il avait vu des singes lors d’un séjour familial ardennais il y a deux semaines ? Toujours est-il qu’il s’est transformé soudainement en singe ! C’est assez surprenant. Amusant, mais surprenant. Et au bout d’un temps, légèrement éreintant !

Bref, à un certain moment, je lui ai demandé de se calmer un peu. Je le lui ai dit en néerlandais. Il se fait que ses parents ont décidé – avec raison – de lui faire suivre sa scolarité (pour le moment, en 1re maternelle) en néerlandais. Moi qui ne suis pas très compétent en langues étrangères, du moins à l’oral, j’approuve pleinement ce choix qui permettra à Alexis de devenir un vrai bilingue (voire sans doute trilingue).

Assez naturellement finalement, Alexis m’a répondu en néerlandais ! Il m’a dit que les singes n’étaient pas calmes, car ils vivaient dans les arbres ! À vrai dire, heureusement que ma femme était à côté de nous pour me traduire cette phrase relativement simple, prononcée avec un vrai accent néerlandais !

Je ne crois vraiment pas que mon petit-fils soit un singe savant ! Il est juste un enfant de 4 ans, bien dans sa peau, avide de découvrir des tas de choses, et qui simplement grandit dans un univers linguistique pluriel et l’assume pleinement ! Quel bonheur !

Je ne veux pas dire ici que tous les enfants devraient suivre le même parcours. Quoique. Je sais simplement qu’un enfant qui, à 4 ans, peut passer d’une langue à une autre est un enfant qui – dans le monde actuel – a en lui une force incroyable. Et moi, en tant que grand-père « Papyllon », je m’émerveille. Et c’est bon.

mardi 6 juin 2017

Tais-toi !

Tais-toi ! Deux syllabes souvent prononcées ou écrites. Plus souvent encore, pensées. Tais-toi. T’as rien à dire. Tu n’y connais rien. Tu n’as pas le droit de penser, encore moins de parler. Tais-toi. De toute façon, tu as tort. Alors, tais-toi.

Nous avons sans doute tous et toutes entendu, à un certain moment de notre vie, ces paroles pleines de sagesse : tais-toi, tu n’y connais rien, parle seulement de ce que tu connais… Cette injonction soulève cependant deux questions fondamentales :
  • qu’est-ce qui permet de dire à une personne qu’une autre n’y connaît rien ?
  • quand bien même une personne « n’y connaît rien », n’a-t-elle pour autant rien à dire ?
J’ai vécu de près dernièrement cette situation, pour une question de rapport aux animaux, sur laquelle je ne tiens pas à revenir, mais qui m’a amené à me poser concrètement ces deux questions.

J’avais donc émis mon avis personnel à propos des chiens qui aboient ci et là, sans nécessairement que leurs maîtres interviennent. Je répète que je ne souhaite pas ici relancer le débat. Il est clair qu’il y a des positions différentes et, en soi, elles sont toutes respectables. Mais j’ai été frappé par le fait que plusieurs personnes (que j’apprécie par ailleurs) m’ont dit – de manière plus ou moins directe – que je n’avais de toute façon pas à émettre un avis à ce sujet puisque de toute façon, je n’y connaissais rien. Je n’ai jamais caché ni ici ni ailleurs qu’au jour d’aujourd’hui, je n’avais aucun intérêt à vivre avec un animal domestique. Est-ce une raison pour dire que je n’y connais rien ? Dans les méandres de ma vie, il m’est arrivé plus d’une fois à vivre avec un chien ou avec un chat. Certainement avec trois chiens différents. Et sans doute avec autant de chats. Ce n’était pas les miens. Mais j’ai vécu avec eux. Durant environ trois ans. Sans aucun problème dans cette co-existence. Pas de problème, mais cela ne m’a pas pour autant converti à l’idée d’avoir un chien. Mais la question n’est pas là : peut-on vraiment dire à quelqu’un qui a vécu au moins trois années avec des chiens et/ou des chats qu’il n’y connaît rien aux chiens ni aux chats ?

Bref, je crois avoir vécu suffisamment de temps avec des chiens et/ou des chats pour y connaître quelque chose. Mais quand bien même je n’aurais pas ce vécu de proximité, qui pourrait dire que pour autant je n’y connais rien ! En l’occurrence, je m’exprimais non pas sur la relation qu’on peut avoir avec un chien ou avec un chat, mais sur les (dés)agréments que peuvent produire ces animaux sur toutes les personnes qui sont amenées à les rencontrer, sans en être les propriétaires et sans contrôler tous les paramètres qui interviennent dans leurs rencontres. Je ne m’exprimais donc pas en tant que propriétaire, mais en tant qu’usager. Lors de mes balades pédestres, il m’arrive plus d’une fois (en fait, chaque fois) d’être confronté à des aboiements intempestifs, quand ce n’est pas un chien qui me court derrière. J’avoue que je ne connais pas le bonheur de vivre avec ces chiens qui aboient à mon passage ou me harcèlent. Mais il me semble quand même connaître cette peur de savoir ce qui va m’arriver. Je rassure : la plupart du temps, il ne m’arrive rien. Par contre, la peur, elle, est chaque fois présente (sans qu’elle soit pour autant névrotique ou psychotique !). Je ne connais peut-être rien (et encore) à la relation harmonieuse entre un chien et son propriétaire. Mais il me semble que j’y connais quelque chose (et plus que ça) entre un promeneur et un chien qu’il croise dans ses balades.

Je crois donc connaître quelque chose dans cette situation. Quand bien même je n’y connaîtrais rien, devrais-je pour autant me taire ? Au jour d’aujourd’hui, cette question est relativement absurde : on voit bien que tout un chacun s’exprime sur n’importe quoi et n’importe comment en étant persuadé de détenir la vérité. On peut se poser beaucoup de questions sur cette expression libre et débridée. Je suis d’ailleurs le premier à m’interroger sur la pertinence de certains propos, voire à m’effrayer de la violence qu’ils contiennent. Y compris d’ailleurs quand ce ne sont que des réactions par rapport à des propos initialement banals, comme ce fut le cas lors de la publication de mon billet. Toutes ces personnes, dans la violence parfois de leurs propos, devaient-elles se taire ? Non, je ne crois pas. Elles ont réagi comme elles le sentaient. Et en cela, elles avaient raison. Je n’ai pas de problème lorsque quelqu’un dit ce qu’il a à dire. Mais j’ai quelques problèmes lorsque certains disent « Tu n’as rien à dire, puisque tu n’y connais rien ».

Qu’est-ce qui leur permet de dire que je n’y connais rien ? Et même si je n’y connaissais rien, qu’est-ce qui m’empêcherait de dire ce que je ressens ? Que chacun apporte sa propre réponse…

lundi 5 juin 2017

Aller plus loin

FMG©2017

La vie est faite de moments. Certains n’ont aucune espèce d’importance. D’autres sont difficiles et font douter. D’autres enfin sont de petits paradis. Vous savez, ces moments où on sent que la vie a du sens, qu’on marche ensemble vers un monde meilleur, où simplement on va plus loin.

Je viens de vivre un de ces moments bénis. En soi, il est banal. De simples retrouvailles familiales, comme des milliers de personnes le vivent périodiquement. Dans notre cas, tout simplement en raison de la beauté de la vie qui mène chacun(e) là où il/elle doit être, il y avait bien longtemps que nous ne nous étions plus retrouvés tous ensemble, au-delà de rencontres ponctuelles. Ici, nous étions vraiment tous ensemble, avec trois générations. Quel bonheur !

Nous ne sommes pas une famille « fusionnelle ». Je trouve que c’est très bien ainsi. Chacun vit sa vie, avec des moments heureux et d’autres moins heureux. Mais nous ne nous retrouvons pas toutes les semaines. Ni même tous les mois. Nous restons une famille. Dans le respect de l’indépendance de chacun(e). C’est bien comme cela que je conçois le chemin de chacun(e) : toujours aller plus loin, mais toujours à son rythme.

Pas de relation fusionnelle donc, mais toujours – j’ose le croire – un plaisir profond à se retrouver. Trois enfants et trois mondes fondamentalement différents. Mais une certitude d’appartenir au même cercle. Certains s’y sont ajoutés. Tant mieux ! Découvrir la troisième génération (qui n’est en réalité que la nième génération) est une nouvelle porte qui s’ouvre vers la vie, la solidarité, l’amour… Merci à vous, mes (beau et petits-)enfants. Vous êtes le sel de notre vie.

Celle-ci n’a de sens réel – nous le savons depuis longtemps, ma femme et moi – qu’à aller plus loin. Le moment du chemin n’a pas beaucoup d’importance. Savoir qu’il y a toujours un après qui nous permet d’aller plus loin, cela seul compte. Cette conviction profonde, nous avons pu la vivre concrètement ce WE. Et c’est un réel bonheur.

mercredi 31 mai 2017

Orto Graf

On me reproche périodiquement – sans doute avec raison – d’être trop pointilleux, voire tatillon, face à certaines erreurs d’orthographe rencontrées ci et là sur la grande toile. Je ne le nie pas, même si les erreurs que je relève sont bien moins nombreuses que toutes celles que je vois sans réagir.

Oui, j’accorde de l’importance à l’orthographe et j’en ai une certaine maîtrise. Ce ne fut pas toujours le cas. Quand je relis certains de mes écrits, je suis souvent effrayé ! Il ne faut pas croire que cette maîtrise m’est venue comme ça, naturellement. Non, j’ai dû beaucoup travailler pour en arriver là, j’ai dû plus d’une fois chercher à vérifier ce que j’écrivais pour constater la plupart du temps que je me trompais, j’ai dû lire de nombreux documents pour analyser comment notre orthographe française fonctionne pour conclure plus d’une fois qu’il n’y a là aucune logique.

Ce fut une partie de mon travail dans de nombreuses situations : relire des documents – que j’en sois l’auteur ou non – pour y traquer la moindre coquille, la moindre licence par rapport aux règles, la moindre virgule manquante, l’espace inexistante ou superflue*, etc. J’ai – je crois – développé certaines compétences à ce niveau et c’est bien pour cela qu’on continue à me solliciter pour quadriller des textes divers. C’est devenu une seconde nature : mon œil de lynx est autonome et il suffit qu’il y ait une seule coquille dans un document pour qu’il la repère. Avec toujours alors la même question : que faire ? Si on m’a sollicité pour relire, il n’y a évidemment aucune hésitation : je corrige. Mais si on ne m’a pas sollicité, dois-je me taire ou signaler l’erreur qui soudain devient l’arbre qui cache la forêt ? Je n’ai pas de réponse définitive. Parfois je dis, parfois je me tais. Quand je dis, soit on me remercie, soit on ne me dit rien, soit on me tombe dessus ! Quand je me tais, on me reproche parfois de n’avoir rien dit ! Allez savoir…

Je suis ce que je suis et je crois que je continuerai à repérer la moindre erreur d’orthographe. Je parle bien d’ « erreur ». La notion de « faute » d’orthographe m’est inconnue. Personne ne se trompe pour se tromper. Par contre, il est quasi impossible de maîtriser toute l’orthographe française. Croyez-moi : des erreurs, j’en fais aussi. Et je suis toujours heureux quand on me les signale.

N’empêche, certaines erreurs sont parfois amusantes. Les exemples ne manquent pas. Juste avant d’écrire ce billet, j’en ai vu une belle. Dans une conversation à propos d’un ancien bistrot tenu avec beaucoup de cœur par un couple dont la femme s’appelait Léa, j’ai lu ce commentaire : « Oui, par après, elle fessais la livraison du nous deux à domicile ». Je n’ai rien signalé, mais j’ai souri. J’imaginais cette charmante Léa venir fesser à domicile ce couple souriant !

Croyez-le ou non : ce billet n’est qu’un sourire béat !

*En typographie, l’espace est bien un mot féminin.

mardi 30 mai 2017

Chien gentil

Je suis actuellement impliqué dans une discussion Facebook sur les chiens et la peur qu’ils peuvent engendrer. Au départ, cette banale photo à propos de laquelle une amie (que je considère comme telle) annonçait « Prêtes à aller aboyer sur les passants qui oseraient passer dans la rue devant leur domaine ».

Tout en percevant l’humour qu’il y avait dans ce post, je n’ai pas pu m’empêcher de réagir. Je ne supporte pas les chiens qui aboient pour défendre leur domaine, aussi « gentils » soient-ils. Ces chiens devraient – selon moi – être abattus, et leurs maîtres punis.

Clarifions la situation : dans ma vie un peu bohême, il m’est arrivé de vivre avec trois chiens différents. Ils n’étaient pas à moi, mais je n’ai jamais eu le moindre problème avec chacun d’entre eux. J’ai même chaque fois vécu de bons moments. Aucun des trois cependant n’a jamais aboyé bêtement pour un passant qui passait. Je crois que j’ai vécu – heureusement – avec des chiens intelligents qui ont autre chose à faire que d’aboyer sur les passants qui oseraient passer dans la rue devant leur domaine… Je crois surtout que leur(s) maître(s) n’aurai(en)t jamais accepté que ce(s) chien(s) puisse(nt) provoquer le moindre problème vis-à-vis du « commun des mortels ».

La question abordée ici n’est pas de savoir si oui ou non on aime les animaux. J’avoue ne pas avoir de passion pour eux, mais en soi, je n’ai pas de blocage non plus. Et je suis convaincu que pour des milliers de personnes, avoir un chien est un réel bonheur. Là n’est pas le problème. Malheureusement, beaucoup de propriétaires de chiens ne semblent pas le comprendre.

Dans le débat que j’ai eu, j’ai notamment évoqué une chouette promenade réalisée avec mes deux petits-enfants, Élise – un an – tapie dans sa poussette et Alexis – bientôt 4 ans – jouissant librement de la découverte d’un univers calme et résidentiel. En fin de parcours, à 10 mètres de la maison, nous avons rencontré un couple avec un chien. Sans laisse. Il s'est lancé vers nous. Certainement pour s’amuser. Mais Alexis a eu peur et logiquement s'est déplacé vers le centre de la rue. À ce moment, une voiture arrivait derrière nous. L'accident – qui aurait pu être dramatique – fut évité de justesse. La seule chose que le couple a réussi à me dire est "Mais il est très gentil". Je n’en ai pas douté une seule seconde. Devais-je moi-même tenir mon super Alexis en laisse pour qu’il ne puisse pas vivre sa vie d’enfant librement et sans danger ?

Cet exemple n’en est qu’un parmi beaucoup d’autres. Moins souvent que je ne le voudrais, mais souvent quand même, je me promène. À chaque promenade, il m’arrive d’avoir peur, au moins une fois. Tout simplement parce qu’un chien commence à aboyer. Jusqu’à présent, cela se limite à une peur. Ce n’est pas agréable, mais pas mortel non plus. Ce ne sont parfois que de petits aboiements de petits clebs qui ont en fait plus peur que moi. Mais le plus souvent, ce sont des chiens qui – s’ils étaient lâchés – ne feraient en réalité qu’une purée de mes mollets.

En écrivant ce billet, mon objectif n’est pas de m’attaquer à tous les propriétaires de chiens. Ils les aiment et c’est bien leur droit. Mon objectif est simplement de dire que tout le monde n’aime pas les chiens et que c’est bien leur droit aussi. Il y a des règles à respecter. Un, ne jamais accepter qu’un chien aboie sans raison. Et « défendre son territoire » n’en est pas une. Deux, ne jamais promener un chien sans laisse. Tout simplement parce qu’il est impossible de savoir ce qui se passera quand le chien rencontrera des gens qui tout simplement se baladent, sans devoir se soucier d’un animal qu’ils ne connaissent en aucune manière.

Malheureusement, devant la simplicité et l’évidence de ces règles de savoir-vivre, je ne suis pas sûr d’être entendu. Et c’est bien triste ! La vie est merveilleuse. Ne nous-la laissons pas pourrir !

samedi 27 mai 2017

Nos priorités pour un monde meilleur

À l’instigation de ce sage et saint homme qu’est le nouveau président des États-Unis, ce cher Donald Trump, la Belgique vient de se faire crosser par le Secrétaire général de l’OTAN pour le budget qu’elle consacre à sa défense (inter)nationale. Pensez donc : notre gouvernement a osé n’accorder au budget militaire 2016 que de misérables 0,85% du PIB. Nous nous classons ainsi au fond du fond de la classe ! Seul le Luxembourg fait moins bien (0,44% du PIB).

Lorsque j’ai entendu ces nouvelles, j’avoue avoir retrouvé un certain sentiment d’être belge ! Quel plaisir d’apprendre que mon pays ne dilapide pas son argent en dépenses militaires ! Oui, pour une fois, j’étais vraiment fier des décisions prises – jusqu’à présent – par ce gouvernement belge sur lequel j’ai énormément de doutes par ailleurs.

Je me souviens qu’en 1981 – ce n’est pas hier – j’avais pris le temps d’écrire à nos ministres de l’époque pour leur demander d’augmenter non pas le budget militaire, mais celui consacré à l’époque à l’aide publique au développement. Ce budget correspondait alors à 0,5% du PNB. La Belgique venait de confirmer son intention d’y consacrer 0,7% de son PNB. À l’époque, le ministre des Affaires économiques Willy Claes m’avait répondu de manière volontaire et engagée. Pour la petite histoire, il est à noter que Willy Claes est devenu, en 1994, Secrétaire général de l’OTAN. Il démissionna un an plus tard ayant été mis en cause dans une affaire de corruption relative à l'achat d'hélicoptères par la défense nationale belge. Mais bon, il s’était en tout cas en 1981 montré enthousiaste à l’idée de lutter contre la faim et la sous-alimentation dans le monde.

Plutôt que de vouloir consacrer aujourd’hui un budget de 2% du PIB à la défense nationale, je pense que plus que jamais il est indispensable d’augmenter le budget consacré à la coopération au développement. Ce budget correspond actuellement à 0,42% du PIB et ne cesse de diminuer depuis 2010. La Belgique ne peut cependant pas être considérée comme un mauvais élève à ce niveau puisqu’au niveau mondial, le taux moyen de contribution des pays donateurs correspond à 0,3% du PIB.

Une fois de plus, il s’agit de savoir quel monde nous voulons. Un monde fondé sur l’opposition, voire la guerre ? Ou un monde fondé sur la solidarité et l’entraide ?

mercredi 17 mai 2017

Le violoncelle

On m’a souvent demandé « Mais de combien d’instruments joues-tu ? ». Depuis longtemps, je réponds inévitablement « De tous ! Sauf l’accordéon diatonique et le violoncelle » ! En soi, un instrument de musique est toujours basé sur le même concept : des notes qui montent et descendent, avec certains écarts ! Il suffit donc de comprendre comment les notes d’un instrument montent et descendent et comment décider – selon l’instrument – comment se marquent les écarts. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

L’accordéon diatonique est un peu différent parce que, tout en poussant sur une touche, on n’obtient pas la même note (=le même écart) selon qu’on pousse ou qu’on tire. C’est une réelle difficulté, mais qui en réalité ne me semble pas insurmontable. C’est finalement le même principe qu’un harmonica, instrument qui ne m’a jamais paru présenter la moindre difficulté pour en faire quelque chose.

Le violoncelle me semble un univers complètement à part. C’est paradoxal pour moi qui suis officiellement « contrebassiste » (même si j’ai bien conscience de ne jamais pouvoir être identifié comme un génie de cet instrument majestueux), la contrebasse étant finalement le seul instrument que j’ai appris par une voie « classique » (académie et tout ça) ! J’ai aussi joué du violon, notamment dans un des nombreux enregistrements que j’ai réalisé. Finalement, un violon n’est jamais accordé que comme une mandoline : une quinte juste, c’est-à-dire de la corde la plus grave à la plus aiguë, sol, ré, la et mi. Bref, juste l’inverse de la guitare ou de la contrebasse, mais avec les mêmes écarts.

Le violoncelle, c’est en fait la même chose : aussi des quintes, mais pas les mêmes : do, sol, ré et la (du grave vers l'aigu), comme en fait pour le violon alto. Pour un béotien, ça ne change pas grand chose. Mais pour un musicien, cela change tout. Peu importe finalement : ces écarts, je n’y comprends rien !

Mais j’adore le violoncelle. Sa sonorité, sa musicalité, sa diversité sont uniques et merveilleuses. Nous avons la chance, en Belgique, de vivre actuellement une session du Concours Reine Élisabeth consacré pour la première fois au violoncelle. C’est somptueux. Je n’ai vu  pour le moment - sur nos antennes nationales - que trois musiciens. J’étais scotché. Je ne sais pas s’ils sont dans les meilleurs ou non. Mais c’était sublime !

Je ne serai jamais violoncelliste. J’ai trop d’admiration pour cet instrument. Mais je peux dire que nous avons une chance inouïe, en Belgique, de voir et d’entendre un tel concours international se dérouler en nos terres et de pouvoir visionner et écouter cela sur nos antennes nationales, publiques, ouvertes à tous. C’est en réalité un cadeau sans commune mesure.

lundi 15 mai 2017

Les mots magiques

Cela fait quelques mois que je vois régulièrement passer ce panneau sur Internet. Apparemment, d’origine portugaise, il aurait été traduit en suédois, avant d’être internationalisé, notamment en français. Cela montre l’intérêt de la question abordée, à savoir la part de responsabilité dans l’éducation respectivement des parents et de l’école. En France, il y a par ailleurs depuis longtemps un débat entre les missions d’éducation et d’instruction. Soyons clairs : pour moi, ce panneau a tout faux.

J’ai hésité à écrire « tout faux » en majuscules dont les réalisateurs du panneau semblent – à tort – très friands. Mais bon, ne soyons pas (trop) mesquins !

Tous les apprentissages cités comme devant être réalisés « à la maison » ont effectivement celle-ci comme première source d’apprentissage. Et il est vrai que malheureusement ces apprentissages familiaux souffrent parfois de quelques déficiences. Aujourd’hui plus qu’hier ? Sans doute, même si cela resterait à prouver. Mais ces apprentissages fondamentaux n’ont jamais été l’apanage de la famille. L’école – déjà du temps de Socrate – a toujours visé le développement de ces comportements sociaux. Non pas pour se substituer aux familles, mais parce que ces apprentissages, appelés dans le jargon pédagogique des « savoir-être », sont tellement complexes et fondamentaux qu’il faut bien que tout le monde s’y mette pour espérer que le maximum d’enfants les maîtrisent. Finalement, ce sont aussi ces apprentissages qui feront, notamment, que l’enfant deviendra un citoyen libre, engagé et responsable. Nous avons tous connu, sous une forme ou une autre, des « points de conduite » portant sur notre politesse, notre ponctualité, notre respect des autres et de l’ambiance de travail, etc. Cette « évaluation du comportement » est globalement acceptée par tout le monde. Elle pose des problèmes éthiques et méthodologiques importants que j’ai traités par ailleurs. Mais elle montre de toute évidence l’importance majeure que l’école apporte – et doit apporter – au développement de comportements sains, respectueux et responsables.

De son côté, l’école se consacre bien évidemment aussi aux apprentissages « cognitifs », qui sont eux aussi des « mots magiques » : les mathématiques, les langues, les sciences tant humaines que naturelles ou exactes, l’éducation physique, etc. C’est sans doute sa fonction première. Oui, l’école « instruit ». Mais elle n’est pas seule à le faire. Imagine-t-on des parents qui ne stimuleraient pas leurs enfants à marcher et faire des cumulets, à compter les bonbons pour savoir s’il y en aura assez pour tout le monde, à admirer un paysage en expliquant en toute simplicité ce qui en fait sa beauté, à reconnaître et écrire son nom, à communiquer avec ceux qu’on rencontre (même si c’est dans une langue étrangère), à observer et comprendre en termes simples un phénomène scientifique, etc. ? À nouveau, ces apprentissages fondamentaux n’ont jamais été l’apanage de la seule école. Aujourd’hui plus qu’hier, certainement. Car l’émergence d’Internet et tout ce qui l’accompagne ne font que donner à l’enfant une multitude de voies vers les apprentissages de base. Tant l’école que les parents doivent s’en rendre compte : les enfants d’aujourd’hui (et sans doute d’hier) apprennent en réalité bien plus en dehors de l’école et de la famille… Et c’est tant mieux.

Bref, ce panneau qui essaie d’opposer les apprentissages qui seraient réalisés en famille ou à l’école n’a pas de sens. Tous les apprentissages sont toujours et de manière indispensable réalisés tant en famille qu’à l’école, ou ailleurs encore…

Une dernière interpellation : la dernière phrase du panneau déclare sans sourciller qu’il faut partager le message « pour le bien de la nation » ! Alors là, on sombre évidemment en plein délire. Une telle prose est malheureusement celle de l’extrême-droite. Cela explique peut-être l’existence et le succès de ce panneau. On peut s’en inquiéter.

dimanche 14 mai 2017

Sus à l’antimacronite aiguë

Je ne me suis pas vraiment prononcé pendant la campagne électorale. D’une part, parce que je n’étais pas directement concerné : je suis Belge et – même si ce qui se passe en France sur le plan politique est passionnant – je reste sans droit de vote. D’autre part, j’avoue être resté – jusqu’au bout – très sceptique sur ce que les candidats proposaient. Macron a été élu. Depuis lors, je constate -  essentiellement sur FaceBook et de la part d’amis belges – une antimacronite aiguë. De toute façon, il a tort et il faut qu’il dégage !

Fidèle à mon billet précédent, « j’attends de voir ». Macron est-il un Président providentiel ou au contraire un Suppôt de Satan ? Je n’en sais rien. Qu’on lui laisse un peu de temps !

J’avoue que pendant toute la campagne électorale, j’ai toujours été dérangé par le postulat « Macron ancien banquier = Macron à la solde des banques ». Je suis un ancien scout. « Scout un jour, scout toujours ». Je le reconnais et je revendique cette continuité. Mais enfin, à ce que je sache, il n’y a pas – comme chez les scouts – de « promesse de banquier ». Et quand bien même. J’ai en réalité fait deux fois ma promesse scoute. Cela veut dire que j'ai juré que « sur mon honneur et avec la grâce de Dieu, je m'engage à faire de mon mieux pour servir Dieu, mon pays, etc. ». C’était un autre temps. Je ne renie pas mon engagement, mais aujourd’hui, je refuserais une telle formulation. J’ai changé. Je ne renie pas ce que j’ai été. Mais je suis ce que je suis. Non pas ce que j’ai été. Cet exemple n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je refuse de penser qu’un être humain soit enfermé dans son passé. Je ne dis pas que ce passé n’a pas d’importance. Je dis seulement que celui-ci ne conditionne pas éternellement un individu. Heureusement !

Jusqu’à preuve du contraire, Macron semble vouloir faire « autrement ». Ce qu’il dit et son parcours semblent indiquer la voie à une autre manière de faire, loin de l’opposition classique gauche-droite. Certains me diront que ce n’est que de l’enfumage. J’aimerais savoir ce qui leur permet de le dire. J’en connais qui diront que c’est évident étant donné que seule « la lutte des classes » importe. Je n’ai rien à redire à cet argument, si ce n’est que le concept me semble totalement dépassé, non pas tant dans sa réalité fondamentale que dans sa formulation. Je ne suis décidément pas convaincu qu’une quelconque « lutte » puisse mener quelque part. Pour moi, comme je l’ai chanté, « il n’y a guère de guerres qui en valent la peine. Même les guerres de naguère ne conduisent qu’à la haine. Toute guerre est vulgaire et tout à fait vaine ». La lutte des classes n’est qu’une guerre parmi d’autres.

Je ne suis pas macroniste. J’ai des doutes sur son programme. Il me semble un peu trop « beau » pour être vrai. Mais le minimum de l’intelligence me semble de lui laisser sa chance. Seul l’avenir détient un peu de vérité. Et comme l’écrivait Eugène Guillevic (merci Jean-Claude) : « On ne possède rien, jamais, qu’un peu de temps. »

lundi 1 mai 2017

J'attends de voir

Après 30 années passées en Flandre, j’ai donc émigré vers la Wallonie pour – au moins – un nouveau bail de 30 ans. Quand j’en parle autour de moi, la plupart des réactions consistent à dire « Ah, tu vas donc payer plus de taxes ! ». Ma réponse consiste toujours à dire « J’attends de voir ». Je commence à voir !

Nous sommes en Belgique en pleine phase de remplissage de déclaration d’impôt. Depuis longtemps, j’utilise la version électronique Tax-on-web, pour mon plus grand bonheur. Non seulement, cela m’a permis pendant des années d’entrer mes données en français contrairement à toutes les lois linguistiques flamandes, mais en plus cela permet de calculer à l’avance le montant des impôts. En ce qui me concerne, ce calcul préalable s’est toujours révélé exact au bout du compte.

Utilisant ce 1er mai pour encoder mes données – en réalité, juste entrer quelques données non encore pré-encodées – j’ai pu faire une première simulation. Premier constat : la taxe régionale flamande ou wallonne est exactement du même niveau : 35,117% de l’impôt fédéral. Deuxième constat : la taxe communale, en Flandre, était de 8% alors qu’en Wallonie, elle n’est (pour ma commune) que de 6%. Résultat : environ 360 EUR de différence, à mon avantage !

Certains me rétorqueront : « Oui, mais en Wallonie, il y a la taxe « TV », de 100 EUR par ménage » ! C’est vrai. Mais en Flandre, il y a l’Assurance Soins qui vise – et c’est très bien – à octroyer aux personnes sévèrement dépendantes une intervention dans les frais de soins non médicaux. Montant : 50 EUR par personne de plus de 25 ans, soit en ce qui me concerne 150 EUR. Différence entre les deux systèmes : 50 EUR, à mon avantage !

En Flandre, j’avais des panneaux solaires photovoltaïques. Comme je l’ai exposé ici, le système actuel de rémunération du réseau utilisé coûte 469 EUR par an. En Wallonie, cette taxe « prosumer » n’existe pas encore, même si elle devrait arriver. De plus, je n’ai pas (encore) de panneaux solaires. Mais globalement, j’épargne cette taxe de 469 EUR.

Je n’ai pas encore connaissance de toutes les taxes régionales et communales wallonnes. Je sais qu’en Flandre, je payais une taxe pour l’environnement de 50 EUR, une taxe pour l’enlèvement des immondices de 50 EUR aussi, sans compter que ma commune était passée au paiement « au poids » qui se révèle très coûteux ! À première vue, je devrais gagner une centaine d’euros en ayant déménagé.

Faisons les comptes : 360 EUR + 50 EUR + 470 EUR + 100 EUR = 980 EUR.

En d’autres termes, passer de la Flandre en Wallonie devrait me permettre de gagner environ mille euros grâce aux moindres taxes. Ce n’est pas un chiffre définitif. J’attends toujours de voir. Mais c’est interpellant par rapport à la vision largement partagée ! La rumeur…

Pour terminer, si je suis bien content de constater cette différence, je tiens à ajouter que pour moi, les taxes et autres impôts sont absolument indispensables, surtout quand ils ont du sens. Je préfère de loin payer 150 EUR pour une assurance soins basée sur la solidarité que payer 100 EUR uniquement parce qu’il m’arrive de regarder la télévision… Bref, j’attends de voir !

mardi 18 avril 2017

Ou choisir et assumer son vote ?

À la suite du référendum turc sur les pouvoirs de leur Président, et du soutien massif de la communauté turque belge, la question de la « double nationalité » ressort dans les débats, sans doute pour mieux nous faire oublier tout le reste. Question à la fois politiquement orientée et mal posée !

Question politiquement orientée : il s’agit avant tout de réagir à la menace du cosmopolitisme galopant, surtout s’il est un tantinet musulman. Tout le monde se fout pas mal de ceux qui sont à la fois Belges et Français, ou Italiens, ou Espagnols, etc. Les seuls qui posent problème sont comme par hasard les Belges qui sont aussi Turcs, ou Marocains, ou Algériens, etc. Ce sont ceux-là qu’il faudrait soi-disant obliger à choisir, alors même que certains n’ont pas le choix puisqu’ils ne peuvent pas, comme les Marocains par exemple, quitter leur nationalité d’origine. Cette double nationalité peut interroger. Mais pourquoi ne pose-t-elle vraiment problème que lorsqu’elle concerne une origine supposée musulmane ? Je ne veux pas être bisounours : l’islamisme violent existe et il faut tout faire pour s’en prémunir des dangers. Mais combien de fois faudra-t-il redire que ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on est un terroriste en puissance ?

Question mal posée : en quoi le fait de disposer d’une double nationalité pose-t-il problème ? L’existence de cette double nationalité ne me semble en soi poser aucune difficulté. Ce sont ses conséquences qui peuvent interpeller. Notamment le fait de pouvoir « voter » dans deux pays. Si les Belgo-Turcs n’avaient pas pu s’exprimer lors du référendum d’Erdogan, tout simplement parce qu’ils ne pourraient voter qu’en Belgique, la question de la double nationalité ne se poserait sans doute pas. Pas dans les mêmes termes en tout cas. La solution ne serait-elle donc pas d’amener toute personne concernée par une double nationalité à choisir la nation dans laquelle elle souhaite être considérée comme « électeur » ? Choix réversible bien entendu, dans le respect de certains délais pour éviter les girouettes électorales.

J’ignore totalement la faisabilité tant juridique qu’institutionnelle d’une telle proposition, mais elle me semble basée sur le bon sens même, dans le respect de chacun. On ne peut pas interdire à quelqu’un de se sentir appartenir à deux ou plus communautés selon son parcours personnel. Mais on ne peut pas non plus accepter pour autant qu’on puisse manger à tous les râteliers.

Dans ce domaine-là comme dans d’autres, plutôt que de vouloir passer son temps à interdire, ne peut-on pas simplement susciter auprès des gens de faire des choix positifs qu’ils assument pleinement ?

samedi 15 avril 2017

Qui dit quoi à qui ?

Quand j’étais instituteur, la chanson a toujours été au centre de la vie des différentes classes que j’ai eu la chance d’encadrer. Ce n’était pas chanter comme ça en passant. C’était avoir une véritable dynamique de chanson autour de l’apprentissage.

Déjà, quand j’étais stagiaire-étudiant en école normale, je me souviens avoir voulu faire mon stage de 6e année primaire (également « sixième » en France) dans une école traditionnelle alors que j’avais fait tous les autres stages dans des écoles en rénovation. Je voulais voir ce que c’était, sans oublier la chanson ! Je suis donc arrivé dans cette classe de l’Institut Saint-Jean Baptiste à Wavre où l’instituteur portait encore – on était en 1977 – le « cache-poussières », digne attribut du maître qui sait ! Il a été surpris quand je lui ai annoncé, en même temps qu’à ses élèves, que mon projet de stage était d’arriver à chanter tous ensemble et en rythme « La Tarentelle » d’Yves Duteil. Ces enfants n’avaient jamais chanté ensemble et l’entreprise n’était pas gagnée d’avance ! Je donnais donc mes leçons traditionnelles, dans le respect de ce que l’instituteur souhaitait, mais dès que j’avais une ou deux minutes à moi, je prenais ma guitare et on y allait « Vous avez appris la danse, danse, vous avez appris les pas, redonnez-moi la cadence, dence, et venez danser avec moi… ». À la fin du stage, tous les objectifs « matière » avaient été atteints… et en plus, ces enfants habitués à être « drillés » s’éclataient dans une belle interprétation collective de la Tarentelle. Toujours habillé de son cache-poussières, l’instit n’en revenait pas !

Devenu instituteur professionnel à mon tour, nous avons toujours chanté en classe. Quasiment tous les jours. C’était chaque fois un moment béni. Nous passions joyeusement du « Vieux Rampono » (chant traditionnel) à « Foutez-nous la paix » de Michel Fugain, en passant par « Il est interdit » ou « Le petit lapin » de Gaby Marchand… Vous ne connaissez pas ? Aucune importance. Mes élèves connaissaient et connaissent peut-être encore. Et on s’amusait bien.

On ne faisait pas que s’amuser. Chanter ensemble, c’est un travail progressif, collectif, inventif et instructif. Cela nous menait toujours plus loin, tant dans l’ambiance de la classe qu’au niveau des apprentissages : ceux-ci paraissaient plus légers, plus enchanteurs ! Nous avions aussi des récompenses : un jour, notre classe a participé à une émission de « Radio-Pirates » que la RTBF diffusait à l’époque tous les mercredis. Et nous avons pu chanter nos chansonnettes, dans la meilleure des humeurs !

Nous avons aussi participé, en 1989, avec les deux classes du Plateau Horizon (3e et 4e années), à l’émission de télévision « Nouba Nouba ». Celle-ci invitait chaque semaine deux écoles à venir chanter. La spécificité de notre prestation était que la chanson était entièrement créée par les enfants pour les paroles et par les deux instits, avec l’aide d’un parent, pour la musique. « Qui dit quoi à qui ? » reste un moment mémorable qui a permis de creuser les chemins de la communication. Je ne résiste par à la tentation de vous partager la vidéo de ce passage TV. La qualité technique est loin d’être au rendez-vous, mais l’ambiance y est. Et croyez-moi, derrière cette fête musicale télévisuelle, il y a des tas de moments uniques et intenses de partages musicaux qui font qu’une classe d’élèves atteint soudain une autre dimension.


NB : les plus avertis me reconnaîtront sur la photo !

samedi 8 avril 2017

L’arbre de vie

L’arbre de vie - Patrice de Schaetzen © 1996 – Photo : FMG©2016

Il y a juste un an, nous découvrions pour la première fois ce qui allait devenir notre nouvelle maison. On ne le savait pas encore à l’époque. C’était seulement la troisième maison que nous visitions, sans avoir de réel projet – du moins à court terme – de déménager. Mais voilà, la vie est ce qu’elle est. Sans y être véritablement préparés, nous nous sommes décidés, en deux jours. Cette fontaine de vie nous appelait à changer, après 30 ans de vie dans un autre paradis.

Nous y habitons maintenant depuis un peu plus de cinq mois. Pas un moment, nous n’avons regretté notre choix. C’est d’ailleurs étonnant la vitesse à laquelle on peut passer d’un « chez soi » à un autre « chez soi ». Et c’est très bien ainsi.

Je ne vous ferai pas visiter ici notre nouvelle demeure. Cela reste notre intimité. Nos amis y sont bien sûr les bienvenus, mais « pour vivre heureux, vivons cachés ». Sachez quand même que notre maison est fonctionnelle, originale, lumineuse, chaleureuse, calme, ouverte vers la vie.

C’est un vrai changement que nous avons choisi. Aujourd’hui, le déménagement est derrière nous, mais ce ne fut pas toujours une partie de plaisir ! Trente ans de vie, ça entraîne des milliers d’objets emmagasinés qu’il a fallu trier, jeter, donner, empaqueter, transporter, déballer, etc. Toutes les caisses ne sont d’ailleurs pas encore vides, mais c’est tout comme !

Le déplacement de tous ces objets n’est cependant pas l’opération la plus intense. La création d’un nouveau lieu de vie, la définition de nouveaux repères, la constitution de nouvelles bulles personnelles, l’ouverture vers de nouveaux horizons… Tout cela est bien plus complexe qu’un simple déménagement. Pour le moment, nous nous y retrouvons pleinement, en harmonie entre nous, avec nous-mêmes et avec notre nouveau cadre de vie.

Jamais, je n’aurais imaginé cela il y a un an, alors que nous visitions simplement une maison parmi d’autres. Dès le départ, elle avait quand même une spécificité fondamentale : cet « Arbre de vie » dont le doux murmure aquatique me berce en ce moment-même !

mardi 21 mars 2017

Voter pour José Happart ?

Ainsi donc, José Happart a annoncé aujourd’hui qu’il se présentait à l’élection pour la présidence de la Fédération PS liégeoise ! Quand j’ai appris cette nouvelle, j’ai éclaté de rire ! Alors même que cette élection vise à « rénover » cette mouise apparue par le scandale Publifin, s’il y a bien quelqu’un qui personnifie les pratiques délirantes et corrompues du PS, c’est José Happart ! Bref, c’est sûrement une blague !

Ce n’en est pas une : Happart est vraiment candidat. Personnellement, je suis convaincu cependant que c’est une bonne blague que ses copains lui font : ils l’ont certainement persuadé qu’il devait se présenter, qu’il était l’homme providentiel, que des tas de militants allaient voter pour lui en remerciement de ses nombreux services rendus antérieurs et qu’il bénéficierait donc des mêmes émoluments que la mouvance Publifin-Nethys ! Il est évidemment trop tôt pour dire ce qu’il en sera, mais je suis vraiment curieux de voir quel score atteindra le zigoto !

Cela dit, une autre blague… tout à fait véridique : José Happart est le seul socialiste (et le seul homme d’ailleurs) pour lequel j’ai jamais voté dans des élections officielles belges !

Enfin, en l’occurrence, c’étaient les élections européennes de 1989. Je venais de rejoindre – pour 30 ans, mais ça je ne le savais pas encore – la Flandre ! Il y avait ces élections et je ne savais vraiment pas pour qui voter. Or, à cette époque, Happart était le porc-épic/hérisson symbole de la lutte des francophones en Flandre.

Bref, le jour du vote, je suis arrivé avec dans mes poches le matériel nécessaire. Sur le bulletin de vote, j’ai consciencieusement dessiné le cadre d’une nouvelle liste dans laquelle il n’y avait qu’un seul candidat : José Happart ! Le travail terminé, j’ai saisi le crayon rouge pour colorier le rond destiné à faire connaître mon vote.

Heureusement, la Flandre n’était pas encore passée au vote électronique ! J’ai donc pu exercer mon devoir électoral dans les meilleures conditions. Et, pour la petite histoire, José Happart fut élu, avec 308 117 voix de préférence, meilleur score pour le collège francophone. En réalité, 308 118 voix, mais…

Espérons quand même qu’il n’obtiendra pas autant de voix à la prochaine élection. Ce serait dommage pour ses amis… et pour la morale politique !

samedi 18 mars 2017

En voie de disparition


De plus en plus d’espèces sont en voie de disparition. Les perroquets… mais surtout le vison d'Europe, le lynx d'Espagne, le crocodile du Siam, l’addax, l’albatros des Galapagos, l’anguille d'Europe, le guépard asiatique, le gorille de l'Est, la panthère de Floride, le tigre de Sumatra, et bien sûr les abeilles. Sont aussi en voie de disparition la rougeole, les roux, les philanthropes, les chemins ruraux, les agriculteurs, les politiciens honnêtes. Ou encore certaines expressions, certaines langues (dont le wallon), certains métiers (dont le souffleur de verre scientifique), certains modèles de voiture, certaines pratiques ancestrales (dont l’écriture manuscrite), etc.

Faut-il s’en alarmer ? Oui, bien sûr. Il est toujours alarmant de voir quelque chose disparaître. Sauf bien sûr la rougeole. Mais pour le reste, on aimerait bien évidemment qu’elles demeurent en l’état, qu’elles soient immuables.

Pourtant, une des évidences de notre existence est la disparition. La seule certitude que nous pouvons avoir sur notre vie, c’est qu’elle finira, qu’elle disparaîtra. Peut-être pas « la vie ». Mais bien notre vie. On s’en ira, inévitablement, tout comme des milliards d’autres se sont barrés avant nous. C’est la vie.

C’est la vie d’avoir des espèces en voie de disparition. Oserais-je même écrire que la vie n’existe que parce qu’il y a disparition ? Depuis que la vie existe, au départ sous une forme plus qu’embryonnaire, il n’y a eu que des disparitions. Pour permettre d’autres naissances. C’est le principe même de l’évolution. Des espèces disparaissent pour être remplacées par d’autres, plus résistantes, plus perfectionnées, plus évoluées…

Quand on y pense, lutter contre l’extinction des espèces est une attitude « créationniste ». Cela revient à considérer que les choses qui existent viennent de rien et ne doivent leur existence qu’à elles-mêmes. Il n’y avait rien avant elles, et – si elles disparaissent – il n’y aura rien.

En écrivant cela, j’ai bien conscience que la disparition de certaines espèces n’est pas nécessairement un progrès. Par exemple, les abeilles. C’est vrai que l’écosystème est méchamment mis à mal par cette disparition plus que vraisemblablement liée à l’action de l’homme. C’est vrai, je n’en disconviens pas. Mais qu’y aura-t-il après ? Personne ne le sait. Il y a des milliers, pour ne pas dire des millions, d’espèces qui ont disparu avant les abeilles. Pour une suite heureuse ou malheureuse ? Qui peut le dire ?

Qu’on me comprenne bien : mon propos n’est pas de critiquer ceux qui se battent pour la protection des espèces – de tout ordre – en voie de disparition. Mais je ne peux m’empêcher de penser que la vie est la vie. Je suis en fait frappé de constater que ceux qui se disent « progressistes » sont souvent très « conservateurs » en ce qui concerne toutes ces choses qui évoluent et qui disparaissent pour renaître sous d’autres formes.

C’est sans doute une vue bien naïve, mais personnellement, j’ai « envie » de faire confiance à la vie… Tout ce qui doit disparaître doit disparaître. Pour la vie. Pas celle qu’on essaie de perdurer – « je t’aime pour la vie », dans une notion de durée - mais celle qu’on essaie de transfigurer – « je t’aime pour la vie », dans une perspective de dépassement…

jeudi 9 mars 2017

Éjecter les clowns

Une pétition circule actuellement pour demander au Parlement européen de suspendre le député polonais Janusz Korwin-Mikke, à la suite des propos haineux tenus le 1er mars 2017 à l'encontre des femmes et des migrants, et du salut nazi effectué en session le 7 juillet 2015. J’ai signé cette pétition, tout comme – à l’heure où j’écris – près de 800 000 autres personnes. Il faut le faire.

Il faut le faire, même si je ne suis pas sûr qu’une telle pétition aboutira. Non pas que le Parlement européen accepterait sans sourciller de tels propos ou gestes. Mais a-t-il vraiment le pouvoir d’exclure un député qui n’a fait qu’utiliser son droit à l’expression, avant tout dans un souci de provocation ? Tout au plus peut-on espérer que ce vil député soit une nouvelle fois interdit de siéger quelques jours.

Car enfin, ce gars – aussi stupide et dangereux soit-il – a été élu démocratiquement. Il est député européen parce que 67 928 Polonais ont voté pour lui lors des élections européennes de mai 2014. Lors de l’élection présidentielle de mai 2015, il fut classé 4e au premier tour, avec 486 084 voix, soit 3,26% des votes. Ce n’est pas rien quand même.

C’est surtout inquiétant ! Le véritable scandale n’est pas que Janusz Korwin-Mikke continue à lancer ses diatribes provocantes (qui l’ont quand même amené à fréquenter les prisons polonaises durant la période communiste). Finalement, il reste fidèle à lui-même, c’est-à-dire à sa propre turpitude !

Le véritable scandale, c’est qu’un tel personnage a été élu démocratiquement par des milliers de personnes qui se reconnaissent d’une manière ou d’une autre dans ses folies méprisantes.

Le véritable scandale, c’est que ce soutien populaire à un politicien abject n’est pas uniquement polonais. Que ce soit aux USA, en France, aux Pays-Bas, en Hongrie, en Belgique…, on voit bien l’émergence de plus en plus forte – y compris dans l’accès au pouvoir - d’une classe politique qui fonde sa force sur le populisme, la xénophobie, le mépris de l’autre, le nationalisme, l’islamophobie, l’homophobie, etc.

C’est de cela qu’il faudrait vraiment s’inquiéter. Oserais-je dire que Janusz Korwin-Mikke n’est qu’un clown dans la lignée de Donald Trump ou – plus près de chez nous – de Laurent Louis ? Ce ne sont pas ces clowns qui sont dangereux. Ceux qui le sont réellement, ce sont tous ceux – malheureusement de plus en plus nombreux – qui ne se rendent pas compte que ce ne sont que des clowns et qui dès lors leur font croire qu’ils sont dignes d’intérêt… et de pouvoir !

jeudi 2 mars 2017

40 jours sans viande… ou le Carême du 21e siècle ?

Après la « Tournée minérale » - ne pas boire d’alcool pendant le mois de février -, voici donc les « 40 jours sans viande » qui – comme par hasard – commencent le 1er mars, Mercredi des Cendres 2017. Ça va donc nous mener jusque Pâques. Exactement le Carême. Ou comment transformer un jeûne religieux en opération commerciale ! J’admire !

Mais je ne soutiens pas. Pas tellement parce qu’il faut soutenir nos producteurs de viande locaux. Bien sûr, le « Blanc-bleu-belge » est une petite merveille et ce serait dommage qu’il pâtisse de cette fièvre soi-disant « durable » !

En réalité, je suis convaincu qu’il faut manger moins de viande. Ça me semble tellement évident. Pour mille et une raisons, dont celles qui sont mises en avant par les promoteurs de cette action (qui est essentiellement flamande – environ 100 000 participants, dont 3000 wallons… mais ça ne change rien). À ma petite échelle, j’essaie depuis longtemps de manger du poisson au moins une fois par semaine (mais le poisson est également banni des promoteurs de la campagne), et aussi – une fois par semaine – de manger sans viande. Bref, des produits végétariens ou autres. Ce choix ne m’a jamais posé de vrai problème ! Bien au contraire.

De là à vivre 40 jours sans viande ! Alors que tout simplement, il y a des milliers de personnes qui aimeraient simplement, un jour, manger de la viande, ne fut-ce qu’un peu…

Bref, mon problème avec cette action « 40 jours sans viande » est avant tout social. Qui peut vraiment se permettre de participer à une telle action ? Il faut pour cela une bonne maîtrise de la gestion économique familiale et de l’équilibre nutritionnel. Ce n’est pas donné à tout le monde. De toute évidence, une très petite minorité.

Je crois qu’il serait beaucoup plus intéressant de mener une campagne pour que tous – y compris les classes sociales les plus défavorisées – soient à même de mieux gérer leur alimentation et leur budget. Sans ségrégation sociale ni connotation religieuse.

mercredi 15 février 2017

Juste un peu d’éthique…

Un peu partout dans le monde, en Belgique – des deux côtés linguistiques -, en France… et ailleurs, les « politiciens » traversent une crise profonde dont ils n’ont apparemment pour la plupart aucune conscience de l’immensité. Quand c’est possible – et je ne parle pas ici des nombreuses fois où c’est impossible – leur argument majeur semble être « mais il n’y a rien d’illégal ! ». Ils s’obstinent dans cet argument, sans se rendre compte que la question n’est plus du tout là. La seule chose qu’on attend de leur part n’est pas la légalité – qui est de l’ordre des conditions minimales – mais un minimum de sens éthique. Et là, on est loin du compte.

Nos « élus » – enfin, du moins beaucoup d’entre eux – ne semblent plus avoir aucun sens de la réalité. Eux qui, en tant qu’élus, gagnent déjà relativement bien leur vie – je veux dire par là qu’ils reçoivent pas mal d’argent tous les mois, sans affirmer pour autant que leur vie est gagnée, car là, j’ai quelques doutes – estiment tout à fait normal de toucher en plus des « jetons de présence », quand ce n’est pas plus que ça, pour les divers mandats qu’ils exercent du fait de leur statut d’élus. À aucun moment, ils ne semblent se rendre compte qu’il y a par ailleurs des tas de personnes qui exercent, non sans compétences ni disponibilités, des mandats non moins exigeants dans le monde associatif, voire même professionnel, et cela de manière totalement bénévole. Non, ce n’est pas parce qu’on fait partie d’un conseil d’administration qu’on bénéficie nécessairement de « jetons de présence » (ou plus). Non, ce n’est pas parce qu’on s’engage au service d’une cause qu’on en retire nécessairement du profit. Non, ce n’est pas parce qu’on exerce des mandats non rémunérés qu’on est moins compétent qu’un mandataire politique qui s’enrichit sur le compte de la collectivité. Non, ce n’est pas parce qu’on a été élu à un poste qu’on peut, de manière quasi automatique, profiter du système – fusse-t-il légal – pour se remplir les poches à travers une multitude de mandats ou par l’intermédiaire d’emplois qui n’ont de vrai que l’argent qu’ils rapportent.

Il est effrayant de voir que ces pratiques affolantes paraissent à la plupart de nos élus comme des évidences nécessaires à la qualité de l’exercice de leurs fonctions. Sans se rendre compte qu’ils baignent en pleine corruption et qu’ils ont perdu tout sens du service public.

Or, c’est la seule chose qu’on est en droit d’attendre de leur part : le sens du service public. Basé sur une réelle éthique politique. En partant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, il n’y a aucun parti qui oserait déclarer : « Vous savez, nous, la seule chose qui nous intéresse, c’est de nous en prendre plein les poches ». Et pourtant, la vraie réalité semble bien se trouver du côté de ce discours politiquement incorrect.

Tous les politiciens ne sont pas à mettre dans le même sac ! Bien au contraire ! Mais il y a quand même – malheureusement – de quoi se poser des questions sur la plupart d’entre eux ! Une seule solution : qu’ils nous apportent des réponses concrètes et éthiques. Est-ce encore possible ?

jeudi 9 février 2017

Je sais tout sur vous

Mon ami Facebook me propose quotidiennement de découvrir de nouveaux amis que « je pourrais connaître ». Le plus souvent, ce sont des amis de mes amis, et il est donc assez logique que le réseau social pousse à tisser des liens qui quelque part existent déjà, puisque tout le monde sait que les amis de mes amis sont mes amis. Mais il arrive aussi que les algorithmes du logiciel me proposent des noms n’ayant aucun rapport objectif avec moi, sauf que je les connais effectivement !

Ça arrive périodiquement, mais j’ai vraiment été frappé dernièrement pas trois propositions. Trois personnes que je connais, mais qui ne sont amis Facebook avec aucun des miens. Pour deux d’entre elles, il est vraisemblable qu’un de leurs amis soit ami d’un ami de mes amis. Ce ne serait en tout cas pas absurde. N’empêche, je me demande quand même comment Facebook peut faire le lien. À moins d’en connaître plus que ce qu’on ne veut bien croire et supposer.

Le cas de la troisième personne me semble encore plus stupéfiant. Il s’agit d’une personne vivant à Madagascar et avec laquelle j’ai travaillé – dans une collaboration assez active – entre 2004 et 2009. Une époque où Facebook commençait à exister, mais sans que j’y sois déjà inscrit. Comment les algorithmes de Facebook ont-ils pu faire le lien ? C’est un vrai mystère. Et c’est un mystère inquiétant, car on peut légitimement penser que la toile connaît de nous encore bien plus que ce qu’on ne veut bien laisser paraître ou croire !

dimanche 5 février 2017

Payer (cher) ce qu’on n’a pas consommé

Il y a un an, mon compteur électrique indiquait 86 553 kWh. Relevé il y a peu avec 85 666 kWh, j’attendais relativement serein ma facture de régularisation annuelle. Ma « consommation négative » était naturelle : la maison dispose de panneaux solaires et elle n’est plus habitée depuis fin octobre. Bref, je me disais que je ne devrais pas trop payer cette énergie que je n’ai pas consommée, mais c’était sans compter les évolutions des grilles tarifaires.

Pour dire les choses comme elles sont, je suis « victime » – comme bien d’autres – de l’explosion de la bulle photovoltaïque, non pas la bulle wallonne, mais la bulle flamande qui n’a rien à envier à l’autre.

On sait qu’il y a une dizaine d’années, les pouvoirs publics tant au niveau fédéral que régional ont été très généreux pour stimuler le développement de cette nouvelle source d’énergie. Investir dans des panneaux photovoltaïques était dès lors non seulement un geste écologique durable, mais aussi un excellent investissement.

Non seulement l’État belge me remboursait, à travers les impôts, 40% du montant investi, mais de plus la Région flamande me garantissait des certificats verts pendant 20 ans, soit – dans mon cas – 330 EUR pour tous les 1000 kWh produits, sans compter l’économie liée à la non-utilisation de l’énergie fournie par les producteurs d’électricité, à concurrence des kWh produits par mon installation (principe du compteur qui « tourne à l’envers »). Au bout du compte, un rendement plus qu’intéressant tout en contribuant à un monde plus écologique.

Le succès fut énorme et tous les pouvoirs publics se sont rapidement rendu compte que c’était intenable d’un point de vue budgétaire. L’État a donc supprimé le remboursement d’impôts pour les nouvelles installations. La Flandre a décidé une disparition progressive des certificats verts, tout en maintenant ses engagements. Mais le gouvernement flamand a pris et mis en œuvre des décisions régulatrices :
  • Taxe imposée à tout le monde pour résorber la dette liée aux certificats verts, (2 milliards d'EUR), soit pour une famille moyenne 100 EUR par an ;
  • Suppression de kWh gratuits précédemment offerts, soit pour une famille de 4 personnes, une perte de 80 EUR par an ;
  • Augmentation des coûts de distribution, imposée par le gestionnaire du réseau : approximativement 12 EUR par an pour un ménage moyen ;
  • Augmentation du taux de la TVA (de 6 à 21%), mesure prise par le gouvernement fédéral, avec un impact d’environ 100 EUR pour un ménage moyen ;
  • Tarif prosumer : cette taxe ne concerne que les ménages qui produisent de l'électricité qui doivent désormais contribuer à l'entretien du réseau. Elle dépend de la puissance de l'installation : pour une installation « moyenne » comme la mienne (5 kVA), elle se chiffre à 469 EUR par an.
Au terme de l’année, alors que mon installation a injecté dans le réseau 887 kWh (assez logiquement non rétribués), alors que ma consommation est donc nulle (pour ne pas dire négative), je me retrouve avec une addition finale de 608 EUR.

C’est à la fois beaucoup et peu à la fois. Cela diminue l’intérêt de l’investissement, sans supprimer entièrement le rendement. Durant cette année facturée, j’ai pu bénéficier de 4 certificats verts, soit 1320 EUR. Si on soustrait les 469 EUR du « tarif prosumer », il reste un surplus de 851 EUR, sans compter les kWh qui dans la réalité ont été consommés, mais ne sont pas facturés puisqu’ils ont été remplacés par ceux produits par l’installation.

L’installation date de juin 2011. Tout l’investissement est d’ores et déjà couvert. Elle fournira des certificats verts jusqu’en 2031, à raison d’environ 1155 EUR par an (soit 686 EUR si on retire le « tarif prosumer »), tout en limitant drastiquement le nombre de kWh consommés et donc à payer. Bref, malgré les restrictions, cela reste un rendement appréciable, surtout avec les taux d’intérêt actuels.

Je n’en profiterai pas puisque cette maison n’est désormais plus la mienne. Tant mieux pour les nouveaux propriétaires ! N’empêche, ça m’énerve quand même un peu de devoir payer six cents euros pour de l’électricité que je n’ai pas consommée, tout en sachant que je suis encore du bon côté : l’impact financier pour les ménages qui n’ont jamais même pu imaginer installer des panneaux photovoltaïques est important, et ça, c’est vraiment dur.

samedi 28 janvier 2017

Une demi-heure

FMG©2016

Parfois, je me surprends à faire des choses qui ne font pas pleinement partie de moi. Non pas qu’elles me soient étrangères, mais ce n’est pas vers elles que j’irais spontanément. Je les fais parce que, quelque part, elles sont aussi ma vie. Ou du moins qu’elles y ont leur place. Je la leur accorde, tout en sachant que ce n’est qu’une tolérance. Salutaire peut-être, mais tolérance néanmoins. Il en est ainsi de la marche.

J’ai l’âge que j’ai. Les artères. Les articulations. Les viscères. Tout ça a mon âge. Je ne me sens pas très vieux, mais il est vraisemblable que je suis désormais dans le dernier tiers de ma vie. C’est juste un constat. Pour moi, ça peut encore continuer au-delà. Pour autant que mes artères, mes articulations et mes viscères suivent le rythme. Elles ont toutes pourtant ces dernières années manifesté quelques signes de faiblesse. Pas de panique : je vais bien. Mais simplement, mes entrailles n’ont plus vingt ans. Bref, un jour, le médecin m’a dit : il faut marcher…

Alors, je marche. J’ai eu du mal à m’y lancer avant de déménager. Il y avait des raisons objectives, mais elles n’étaient sans doute que des « faits alternatifs ». La vérité est que je remettais ça à plus tard… Moi, marcher, inutile d’y penser puisqu’il n’y avait pas de raison, de but à atteindre ! N’empêche, je savais bien qu’il le fallait. Alors, je me suis dit : « quand j’aurai déménagé ».

J’ai déménagé. Dès le lendemain, je partais en balade. Pas très longue. Le médecin m’avait dit : « une demi-heure ». J’ai donc marché une demi-heure. Aujourd’hui, je marche toujours une demi-heure. Seules la distance et la vitesse ont évolué. Ça, c’est tout à fait moi ! Quelque part, je me suis toujours senti un compétiteur, admiré par les foules, même si elles ne sont qu’imaginaires. Mais pour être admiré, il faut quand même avoir de quoi. Depuis toujours, c’est le désir d’une certaine vitesse. Non pas celle qui permet d’être le plus rapide du monde. Je sais où est ma place. Non, simplement, celle d’être le plus rapide de mon univers mental ! Il se limite en fait – sans doute, comme chacun d’entre nous – à une seule personne : moi. Alors, j’essaie d’être plus « rapide » que moi. Tout simplement. Sans aucune raison. Sans aucune récompense. Mais sans obsession non plus. Finalement, l’important, c’est – banalement – de marcher une demi-heure.

C’est ainsi que j’ai découvert ce que j’appelle la « marche rapide », sans savoir si je rentre dans les mesures de ce concept. Je sais que mes sorties quasi quotidiennes se déroulent désormais à un rythme un peu supérieur à 6 km/heure. Aucun exploit dans ce chiffre. Juste la satisfaction de me dépasser, moi qui ne suis définitivement pas marcheur.

Où cela me mènera-t-il ? Je n’en sais rien. Je sais seulement que, même si cela ne me correspond vraiment pas, j’y prends un certain plaisir, auquel j’aspire. Quand, en fin d’une journée, comme aujourd’hui par exemple, je me rends compte que je n’ai pas trouvé le moment ou l’énergie d’aller faire cette balade, je le regrette. Je me dis que je suis passé à côté de quelque chose. À côté, simplement, d’une demi-heure de marche. Et ça me manque.