vendredi 22 septembre 2017

Chansons oubliées : Clémentine, par le Grand Jojo (1982)


C’était ma première mission en Afrique. En 1992, il y a 25 ans, je me retrouvais en Tunisie, pour une expertise au service du Ministère de la Formation Professionnelle et de l'Emploi, quant à la restructuration des centres de formation professionnelle et à la mise en place d’un système d’aide aux PME, sous un financement de la coopération belge. En réalité, je ne connaissais rien à la formation professionnelle. Je ne savais même pas ce qu’était une PME ! Mais voilà, être expert, ce n’est pas savoir. C’est surtout pouvoir analyser et le faire très rapidement.

Toujours est-il qu’un soir d’octobre 1992, j’avais été invité chez mon « commanditaire » dont j’ai oublié le nom, mais pas la douceur de la soirée. J’étais ébloui : nous étions fin octobre et nous dégustions un excellent repas sur la terrasse de son appartement, sous une température des plus clémentes ! C’est le mot d’ailleurs. De « clémente » à « Clémentine », il n’y a qu’« in » !

Au moment du dessert, nous l’étions tout à fait. « In ». Je ne sais plus trop comment ni pourquoi, mais – en bons belges – nous en sommes venu à parler du Grand Jojo. C’était un chanteur « has been ». Un individu qui, s'il fut célèbre à un moment donné, est passé de mode et n'est plus au goût du jour.  Bref, une ancienne gloire, dorénavant méconnue. Je promis à mon hôte – le vin tunisien a des saveurs particulières – de retrouver quelques chansons éternelles de ce chanteur dont plus personne n’avait connaissance. Je tins ma promesse, et j’envoyai quelques temps plus tard une cassette des meilleures chansons de cet artiste oublié, mais ô combien sublime ! J’ai toujours ignoré si cette cassette était arrivée en Tunisie, mais qu’importe. Elle m’avait permis de redécouvrir le Grand Jojo.

Redevenu complètement anonyme en 1992, cet artiste est en 2017 une valeur sûre du paysage artistique belge. Il a 81 ans désormais, mais il parvient encore et toujours à enflammer des soirées de Fête nationale ou autres ! Quelque part, il est le symbole de la « zwanze » bruxelloise. La créativité belge est loin de se réduire à celle-ci. Mais sans elle, nous ne serions pas tout à fait belges. Et donc, sans le Grand Jojo, la Belgique ne serait pas pleinement ce qu’elle est…

En 1982, notre artiste nous a proposé une chanson d’amour « Clémentine ». C’est elle que j’ai choisie pour rendre hommage à ce grand homme. Sans doute parce qu'elle me ramène aux voyages en ces contrées lointaines. Et aussi, surtout, parce qu’elle se termine là où tout commence, sans qu’on sache vraiment où cela nous mène !

Clémentine


Elle aimait bien les p'tits bals musette
Les p'tits gâteaux et l'accordéon
Au thé dansant, le dimanche chez Lisette
Elle se mettait à la table du fond
Elle regardait l'accordéoniste
Tout en mangeant de la pâtisserie
Elle se mouchait, reniflait, c'était triste
Elle était seule et faisait tapisserie

Elle n'avait pas les yeux en face des trous
Clémentine
Elle était bête et laide comme un pou
Clémentine
Et jamais personne lui donnait rendez-vous
Clémentine
Quand elle pleurait, ça coulait de partout
Clémentine

Toutes les nuits elle rêvait, c'était chouette
Christian Vidal lui tenait la main
Et Claude François l'engageait comme Clodette
Jacques Dutronc était son Arsène Lupin
Le beau Johnny lui criait "Je t'aime !"
Mais ce n'était qu'un rêve sans espoir
Le matin, elle pleurait comme une Madeleine
Quand elle se regardait dans le miroir

Mais un jour elle vit une petite annonce
"Monsieur sérieux cherche une très jeune fille
Je suis rentier et je m'appelle Alphonse
Je fais des voyages en Amazonie"
Et c'est comme ça qu'un beau jour Clémentine
S'est embarquée sans jamais se douter
Qu'elle s' retrouverait derrière une vitrine
D'un strip-tease bar au pays des pygmées

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