vendredi 16 décembre 2016

Forces de la vie

L’arbre de vie - Patrice de Schaetzen © 1996 – Photo : FMG © 2016

La chute m’a permis d’approcher de près des forces de vie aussi banales qu’extraordinaires. On ne les perçoit pas toujours, mais elles nous permettent d’aller au-delà de notre insignifiance fondamentale. Ce sont ces événements impromptus qui en font sortir toute l’énergie et les libèrent de leur vacuité ordinaire.

La première force de vie est la nôtre. Mon scooter ayant décidé de voguer sans moi, ma fesse a valsé sur la route, agissant tel un ressort qui m’a fait me retourner sur moi-même avant de me momifier ventre à terre et tête sur le fossé. C’est là que la première force de vie intervient. Je me suis relevé instantanément. Je n’ai pas cherché à savoir si j’avais mal quelque part. Je savais que j’étais seul, perdu sur une route perdue. Il fallait que je me sauve de là. J’ai relevé, sans aucune difficulté, les 200 kg de ma moto couchée. Je suis reparti sans me poser de question, avec un seul objectif : revenir chez moi vivant. C’était long, il faisait froid, mais je ne tremblais pas. Je n’avais pas d’autre solution. Je suis arrivé. J’ai fait ce qu’il fallait : garer la moto, nettoyer mes plaies visibles, prévenir ma femme, me reposer, décider d’écrire et de publier un billet anniversaire de manière anticipée… Pendant tout ce temps, je n’ai pas douté un seul instant. J’étais seul et j’assumais, porté par cette force interne. Avec le recul, c’était extraordinaire.

La deuxième force de vie est celle de ceux qu’on aime et qui nous aiment. En quelque sorte, je l’ai vécue « en négatif ». Quand j’ai retrouvé ma femme, trois heures après la chute, quasi instantanément, je me suis senti partir. Je pouvais lâcher la vanne, me laisser aller enfin à ma souffrance. Il n’était plus question de devoir tenir le coup artificiellement. Je pouvais enfin être pleinement moi-même, c’est-à-dire plus grand chose ! Ce n’était pas une défaite. En fait, c’était surtout une libération. Ma force interne avait fait ce qu’elle devait, elle pouvait donner le relais à la force externe, celle de celle qui m’aime, et je pouvais m’abandonner. Ce ne fut pas facile pour celle qui m’accompagne depuis 33 ans et qui a bien cru me voir partir définitivement. Grâce à elle, je l’accompagnerai encore quelques années. Sa force m’a sauvé.

La troisième force est celle de toutes ces personnes qui ont choisi de sauver celles qui sont – provisoirement ou non – en détresse. Entre le coup de fil aux services d’urgence, suivi de mes déclarations futiles et absurdes de l’inutilité de toute ambulance, il ne s’est pas passé beaucoup de temps. Juste quelques minutes. Lorsque l’équipe est entrée dans mon bureau où je gisais, maintenu éveillé par ma femme, j’ai immédiatement reconnu une voix, celle de mon ami Olivier. Je ne l’avais plus vu depuis un certain temps, mais je savais qu’il était désormais pompier-secouriste. Entendre sa voix, la reconnaître instantanément, m’a transmis miraculeusement cette troisième force. Cette fois, je n’étais vraiment plus seul : des personnes compétentes, volontaires et dévouées, me prenaient en charge. Je n’ai pas compris tout ce qui s’est passé alors. Mais à aucun moment, je n’ai douté. Je savais qu’on s’occupait de moi. J’ai senti en permanence la sollicitude, la gentillesse et la compétence de toutes les personnes qui sont intervenues. Elles me prodiguaient des soins avant tout physiques, mais en réalité, elles étaient surtout en train de regonfler la première force de vie : la mienne !

C’est sur celle-ci que je dois compter maintenant pour me reconstruire. Ça ira. Finalement, tout cela aurait pu être bien pire et je remercie la vie de m’avoir laissé ses forces. On n’en profite jamais assez.

PS : Ce n’est qu’après avoir écrit ce billet que je me rends compte que Martin Gray a écrit en son temps « Les forces de la vie ». Ce n’est pas un plagiat, mais mon billet n’est qu’une petite illustration de tout ce que Martin Gray a pu vivre et écrire.

mardi 13 décembre 2016

La chute

Voilà 12 ans que je roule en scooter. Pour mon plus grand bonheur. Je ne suis pas vraiment un motard, mais en optant pour ce type de véhicule, j’ai limité à leur strict minimum les files pour me rendre à Bruxelles et y circuler. Depuis que je suis pensionné, il faut bien reconnaître que je n’y allais plus très souvent et que j’ai délaissé naturellement et petit à petit mon scooter, au point d’envisager sérieusement de le revendre. Puis, il y eut le 12 décembre 2016.

C’était mon anniversaire. Depuis quelques jours, j’avais remarqué que mon scooter ne démarrait plus, la batterie n’étant pas suffisamment rechargée. Je ne sais pas pourquoi - signe du destin ? -, mais quelques tentatives de pallier ce déficit n’avaient pas fonctionné. Ayant relancé une nouvelle recharge dimanche soir, celle-ci semblait enfin produire ses effets. Lorsque je remis la batterie, démarrage au premier coup de démarreur. Il me restait à rouler quelques kilomètres pour parfaire la charge. Je suis donc parti en allant vers mon garagiste. Mon objectif était clairement d’aborder avec lui les différentes possibilités de revente. Pas de chance : il était fermé !

Je me décidai alors à rentrer par l’autoroute, tout en changeant d’avis à la dernière seconde : je rentrerais par de plus petites routes pour découvrir la région. Elle est très jolie et je suis passé par des coins charmants. Mais je dois bien avouer que je me suis rapidement perdu, ne sachant plus du tout où j’étais. Je ne m’inquiétais pas trop, car je savais intuitivement la direction à prendre.

Je finis par arriver sur une toute petite route en béton, traversant les champs. Très jolie. Je vis au loin que cette petite route rejoignait une route nationale et je me disais que je retrouverais ainsi sans problème mon chemin. Il faisait beau, plein soleil. La route était toute droite. Je n’avançais pas très vite. Mais il y eut une plaque de boue et je sentis instantanément ma roue avant se dérober. Impossible de faire quoi que ce soit : ce fut la chute ! Ma moto valsa de son côté, et moi du mien. Je pus me relever immédiatement, choqué, mais debout. J’ai ramassé mes esprits, ramassé la moto, ramassé tous les objets qui s’étaient échappés du coffre. Et je suis reparti. J’étais rempli de boue, tout comme la moto. Un côté du guidon était en déglingue. Mais je suis reparti. Il le fallait : il n’y avait absolument personne sur cette petite route. Je n’avais de plus pas mon téléphone avec moi et quand bien même je l’aurais eu, je n’avais aucune idée d’où j’étais !

J’ai roulé jusqu’à la maison, comme un automate. J’avais froid, mais j’ai parcouru sans problème et prudemment la bonne trentaine de kilomètres nécessaires.

Arrivé, j’ai garé ma moto, enlevé mon pantalon déchiré, nettoyé de petites plaies aux jambes. Je me suis reposé un peu sans dormir pour autant. Je suis redescendu dans mon bureau pour y écrire, avec un peu d’avance, mon 800e billet célébrant les 10 ans de mon blog. Et j’ai commencé à écrire celui-ci : la chute… Tout allait bien.

C’est à ce moment-là que mon épouse préférée est rentrée. Je me suis levé pour l’accueillir, j’ai senti que j’avais un gonflement dans le bas du dos, j’ai surtout senti tout tourner autour de moi… et ce fut la chute, la deuxième ! Heureusement amortie. J’ai repris connaissance quelques instants plus tard, pour entendre la fin d’une communication téléphonique où l’on parlait d’ambulance. J’ai eu beau dire que ce n’était pas nécessaire, celle-ci est arrivée très vite. J’ai tout de suite reconnu le chef de l’équipe : Olivier, un vieil ami. Sa présence m’a rassuré.

Je vous passe les détails qui ont suivi. Transport à la clinique, accueil aux urgences, longue attente d’examens, ceux-ci se révélant globalement rassurants. Mais l’hématome sur ma fesse était d’une telle ampleur qu’ils ont préféré me garder en vue d’autres examens le lendemain. Ceux-ci sont rassurants aussi, même s’il me faudra un certain temps avant de pouvoir refaire mes promenades pédestres quotidiennes.

Il me faudra encore plus de temps pour remonter sur une moto : pour moi, c’est clair, c’est fini. Je m’en veux terriblement d’avoir fait cette chute juste au moment où je me préparais à revendre mon scooter et à en terminer avec cette belle histoire. Ce fut vraiment la dernière sortie de trop.

Pour terminer ce billet, il me faut… une chute, la troisième ! Elle n’est pas trop difficile, mais elle se fonde sur un paradoxe. Il est curieux de voir que – le jour de mon anniversaire – j’ai pris d’un coup quelques années de vieux… tout en me conduisant comme un gamin !

PS : la photo en illustration n’est qu’une illustration. Ce n’est pas ma moto. La mienne est moins amochée. Mais ça y ressemble quand même…

lundi 12 décembre 2016

Dix rives et huit cents dérives

L’objectif était de publier un tel billet le 23 décembre, pour fêter les 10 ans d’existence de ce blog Réverbères. Cela m’aurait permis en même temps de célébrer son 800e billet ! Mais voilà, la vie réserve parfois des surprises et je décide finalement de le publier le jour de mon anniversaire. C’est moins romantique, mais pas plus mal.

Ainsi donc, il y a (bientôt) 10 ans, je commençais ce blog, avec un court billet intitulé Rives et dérives. Je ne savais pas très bien où j’allais et doutais encore plus de l’intérêt de se lancer dans une telle aventure. Comme si j’avais vraiment quelque chose à dire, à apporter à la sphère numérique ! Dix ans plus tard, je continue à douter, mais je constate ces huit cents billets ! Ce n’est quand même pas rien.

Ils n’ont bien sûr pas tous la même valeur. Certains même n’ont aucun intérêt. Mais il en est également que j’apprécie avoir écrits. Toujours avec le même esprit : apporter un peu de lumière, aider à regarder au-delà des évidences, même quand elles sont moins lumineuses et qu’il est donc important de les illuminer un peu. Je n’y suis pas toujours arrivé, j’espère quelques fois ! J’espère aussi de ne pas avoir été ici un donneur de leçons. C’est une tendance que j’ai, je le sais bien. Mais vraiment, ce n’a jamais été un objectif. Juste une dérive si ça été le cas.

La lumière est donnée principalement par le fond des sujets que j’ai pu aborder. Mais la forme a toujours été un souci constant. Non seulement écrire, mais bien écrire. Essayer du moins. Ce n’est pas à moi d’en juger la réussite.

Le rythme des publications n’est plus celui qu’il fut. Mais 800 billets en 10 ans, cela fait 80 billets par an, soit un tous les 4 ou 5 jours. Ce n’est pas mal, je trouve. J’ai essayé – sans toujours y parvenir – de ne pas me répéter, de ne pas redire la même chose lorsque j’abordais un sujet déjà traité. Pas simple…

Il y aurait de quoi relire tout ça, de réorganiser, de retravailler, d’articuler… Cela viendra peut-être un jour et pourrait prendre une forme plus physique que numérique. C’est une possibilité, mais je n’y crois pas trop. Même si tous ces mots sont encore directement et mondialement accessibles, grâce à la magie numérique, ils n’ont sans doute le charme que de l’instant présent, déjà passé, toujours à refaire. Simplement, quand un regard nous saisit, ne le laissons-nous pas nous transpercer, sans qu'il y ait moyen de le retenir ou de nous dépasser ?

mardi 6 décembre 2016

Une balle dans le pied

Tout naturellement, je dédie ce billet à Jacky Morael, un vrai grand homme.

Décidément, les politiciens traditionnels ne semblent rien comprendre à ce qui est en train de se passer. Les gens – comme vous et moi – en ont marre de ces discours alambiqués, faussés, biscornus. Ils veulent des choses vraies et ils ont bien raison. Malheureusement, nos élus n’y comprennent rien et continuent à nous débiter leurs débilités. Pendant ce temps, les « populistes » s’en donnent à cœur joie. Ils n’ont qu’à dire non pas ce qui est bon pour le peuple, mais ce que le peuple veut entendre. Et ça fait des ravages.

Ne parlons que de la Belgique pour ne pas se perdre…
  • Au moment où il faudrait condamner rapidement et clairement un élu qui a usé de sa position au bénéfice d’un mafieux, on se perd en conjectures pour désigner le président de la Commission parlementaire qui devrait mener l’enquête. Bataille sans aucun intérêt.
  • Au moment où un parti émerge dans tous les sondages – le PTB pour ne pas le nommer – la seule préoccupation des différents autres partis semble être de démontrer la nocuité fondamentale de ce parti. Sur le fond, ils ont peut-être raison. Je ne suis pas à même d’émettre un jugement définitif. Mais n’avoir pour seule arme que de critiquer un adversaire, sans écouter ce qu’il dit de fondamental, n’est-ce pas toujours une stratégie de vaincu ?
  • Au moment où le Parlement wallon a fait un travail de fond pour étudier le bien-fondé des modalités d’un contrat commercial international tel que le CETA et a conclu qu’il fallait peaufiner les dites modalités, on se trouve face à un gouvernement fédéral qui se contente de « jouer le jeu politicien » en essayant de limiter à la fois les intentions et les résultats obtenus lors des négociations belgo-belges.

On pourrait multiplier les exemples, en Belgique et un peu partout en Europe ou dans le monde. Ça semble partout pareil : ceux qui ont le pouvoir ne comprennent pas qu’ils doivent tenir un autre langage, non plus fondé sur le maintien de leurs privilèges, mais sur la vérité dans sa simplicité, sur le désintéressement personnel pour l’intérêt commun, sur la volonté de changer les choses même si cela doit secouer un peu nos petites habitudes.

Ce n’est même plus une question de gauche ou de droite. De toute façon, dans les faits, il n’y a plus – et il ne peut sans doute plus avoir – de gauche ni de droite. La seule nécessité est d’avoir une classe politique qui veut vraiment avant tout le bien du peuple, sans se soucier de ses propres avantages. On est malheureusement loin du compte. Y en a-t-il seulement quelques-uns qui ont conscience de ne faire que se tirer une balle dans le pied ? Pas sûr.

jeudi 24 novembre 2016

Et si on chantait… ensemble !

Un petit bijou. Deux CD. Vingt-neuf artistes ou groupes. Quarante-trois chansons. Des milliers d’enfants qui devraient être ravis en découvrant cette compilation qui réunit presque tous les artistes de la chanson « Jeune public » belge et qui en montre surtout la variété et la qualité. Un beau cadeau à faire en cette fin d’année.

L’initiative et la réalisation de ce double album sont de plus de belle facture ! L’association Educ’Actions & Dignité  « s’implique de plus en plus résolument dans des Dign’Actions, c’est-à-dire des Actions mises au service des personnes en difficultés de vie : … les Enfants ‘peu chanceux’, les Familles ‘précarisées’, les familles monoparentales, les personnes isolées… et les Associations et Institutions qui sont à leurs côtés ». Dignité et solidarité ! Par les temps qui courent, ces actions sont bien précieuses. Si en plus, l’association arrive à concrétiser des projets aussi lumineux que ces CD en fédérant de manière dynamique des artistes aussi différents, c’est un vrai bonheur.

Quel(le)s artistes ? Il y a les vieux de la vieille (dans l’ordre d’apparition) : Gibus, Raphy Rafaël, Jofroi, Mamemo, Christian Merveille, Philippe Donnez, Pierre Chemin… Mais aussi des générations plus jeunes : Didier Jans, Les vaches atzèques, Les Déménageurs, Geneviève Laloy, Thibault, Julie Chemin, Grand Ben, Lazare… Et d’autres encore ! Chacun a droit à une ou deux chansons, reprises de leurs productions. D’un seul coup, on peut ainsi découvrir une trentaine d’univers différents, mais toujours de qualité. Après, l’auditeur pourra faire ses propres choix, en connaissance de cause. Et c’est là que ce projet est extraordinaire : pouvoir découvrir en une seule fois la quasi-totalité d’artistes francophones (qui chantent donc en français, avec du peps) d’une Communauté française de Belgique qui – il faut bien le dire – ne soutient pas vraiment toute cette pépinière !

N’hésitez donc pas à découvrir, ça vaut vraiment la peine. Vous pouvez commander ce double CD via pourladignite@hotmail.com et en faisant un don solidaire de 20 € sur le compte BE79 3601 0000 0033. Ensemble !

mercredi 16 novembre 2016

Respect architectural ?

Wavre est une petite ville d’un peu plus de 30 000 habitants, située à moins de 30 km au sud de Bruxelles. Il s’agit d’une ville sympathique, mais assez endormie. Pourtant, elle fait de plus en plus preuve d’un beau dynamisme, notamment économique, avec des « zonings » en plein essor. Elle innove aussi d’un point de vue culturel et architectural, avec le début de la construction d’un nouveau centre culturel, mais aussi avec un projet d’une tour-hôtel de 120 mètres de haut !

Ce dernier projet est assez étonnant. Premièrement d’un point de vue économique : une petite ville comme Wavre a-t-elle vraiment besoin d’un hôtel de luxe de 200 chambres ? Même située à quelques encablures de Walibi, ce n’est pas ce parc de loisirs, aussi extraordinaire soit-il, qui attirera autant de clients pour l’hôtel. On peut dès lors penser à une clientèle professionnelle, et c’est vrai que le développement de plusieurs entreprises, non seulement à Wavre, mais aussi du côté de Louvain-la-Neuve, entraîne certainement des besoins d’hébergement qui pourront ainsi être satisfaits. J’imagine que les auteurs du projet en ont étudié la viabilité économique et si celle-ci existe vraiment, on ne peut que s’en réjouir pour la région.

Deuxièmement, il est évident qu’un tel projet architectural est étonnant en soi. Dans un paysage plutôt caractérisé par des constructions horizontales, il serait surprenant de voir surgir une telle tour verticale, surtout d’une hauteur aussi considérable. Ce serait d’ailleurs plus ou moins la même hauteur que la MG-Tower qu’on peut voir près de Gand quand on se rend par l’autoroute à la Mer du Nord. Lorsqu’on a vu cette tour, on ne l’oublie pas. Ce devrait être le cas aussi pour celle de Wavre si elle se concrétise.

Bien sûr, les détracteurs ne manquent pas. De nos jours, dès qu’il y a une information qui sort un peu de l’ordinaire, il se trouve souvent malheureusement plus de gens prompts à la critiquer qu’à en avancer les qualités et les promesses.

Une des critiques qui revient, qui fut même énoncée par une amie dont j’apprécie souvent par ailleurs la justesse des jugements, est que cette nouvelle tour ne respecterait pas l’architecture d’une petite ville comme Wavre. Cette idée est étonnante ! Elle relève d’une conception tout à fait conservatrice de l’architecture et donc plus globalement de l’art ! Les grandes œuvres ne sont-elles pas celles qui innovent, qui permettent de sortir du cadre et de créer la surprise ? Adossée au nouveau Centre culturel, cette construction audacieuse permettrait au contraire de magnifier et de sublimer l’architecture wavrienne, d’autant plus que les concepteurs du projet en ont bien sûr envisagé l’impact environnemental.

Comment le projet évoluera-t-il ? Sera-t-il vraiment réalisé un jour ? Sous quelle forme ? Avec quelles modalités ? Il y a beaucoup de questions auxquelles je n’ai pas de réponse. Mais j’aime à penser que ce qui ne surprend pas n’a souvent que peu d’intérêt !

samedi 15 octobre 2016

Chanter

Bob Dylan est donc le Prix Nobel de Littérature 2016. J’ai été le premier étonné de cette nouvelle, mais aussi le plus ravi. Quelle reconnaissance pour la chanson, celle de la vie. Bien sûr, les critiques n’ont pas tardé à pleuvoir, y compris de la part d’écrivains stupéfaits d’apprendre que la littérature ne se limite pas au roman intellectualisant. Par contre, Ronsard – pour n’en prendre qu’un – a dû se retourner de plaisir dans sa tombe.

S’il y a bien un mode d’expression qui fait partie de la vie, c’est la chanson. On connaît l’importance pour un enfant encore dans le ventre de sa mère d’entendre celle-ci chanter pour lui. C’est souvent par les chansons de sa mère ou de son père que l’enfant découvrira ses premières émotions artistiques, quelle que soit sa culture d’origine, et construira sur cette base sa structuration psychique.

Il n’est pas anodin non plus de constater que les personnes en fin de vie, notamment celles atteintes de la maladie d’Alzheimer, restent en contact par la mémoire intacte (paroles et musiques) de leurs chansons d’enfance. Chanter est un acte de la vie – qu’on chante soi-même, mais aussi qu’on écoute, qu’on déguste -  lors de fêtes de famille, de baptêmes, de mariages, d’enterrements, de fêtes de village, de quartier…

Oui, la chanson est un acte culturel d'être au monde au quotidien, en lien avec les autres, soi et le monde, en lien avec l’autre pilier de la culture vivante : la langue par laquelle non seulement on s’exprime, mais surtout on pense. La chanson est dès lors ce ciment qui participe à la construction de notre identité et donne ainsi à notre société sa force.

Écrire ou chanter des chansons est un acte ouvert à tous et toutes – François Béranger, mort il y a juste 13 ans, chantait « Que chacun fasse sa propre chanson ». C’est vrai, j’en suis convaincu : chacun peut créer des chansons. De là à écrire une bonne chanson, celle qui vous bouleverse au plus profond de vous-même, c’est autre chose. Dylan et tant d’autres ont fait cela.

Aujourd’hui, comme un écho aux chansons de Dylan, Julien Clerc a chanté lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice. « Utile ». Tout est dit. Ou plutôt chanté.


dimanche 9 octobre 2016

Sol dièse

Tout en cuisinant un dos d’églefin sur son bain d’oignon et de basilic, je jouais au piano. Je n’ai jamais appris cet instrument, mais c’est celui avec lequel je joue le plus naturellement aujourd’hui. Ma chère et tendre a choisi ce moment – avec raison – pour aspirer la maison. Mon jeu pianistique se limite pour l’essentiel à des morceaux en do majeur ou en la mineur, avec parfois des incursions vers sol majeur ou mi mineur. Et là, l’horreur survient : l’aspirateur « distille » un sol dièse insupportable.

Je dis bien un sol dièse. Moi qui suis aussi contrebassiste, je connais bien la différence entre un sol dièse et un la bémol, même si pour le piano, c’est la même note. Il y a cependant quand même un coma de différence… et c’est ce coma qui créait l’horreur, le supplice. J’ai continué à jouer. Il fallait bien donner le change, mais à chaque note jouée, je souffrais de cette incohérence fondamentale. Une telle dysharmonie est insupportable pour qui l’entend.

Que retenir de tout cela ? D’abord, qu’il suffit de peu de chose pour rendre la vie insupportable. De tellement peu de chose que ce n’est que parce qu’on y est attentif que la vie dégénère. Il aurait peut-être suffi que je ne détecte qu’un la bémol pour m’en contenter et continuer à jouer mes petites mélodies. Mais c’était un sol dièse et cela rendait l’harmonie inconvenante et massacrante. C’est la même chose dans la vie quotidienne : il suffit qu’à un certain moment un élément apparaisse comme en dysharmonie avec ce que l’on vit pour d’un seul coup rompre tout charme à la situation et basculer dans une guerre autant absurde qu’inutile. Combien de relations n’ont-elles pas ainsi sombré, simplement parce que le coma de différence allait dans le mauvais sens ?

Puis, on peut aussi surmonter l’affaire. J’ai continué à jouer tant que je le pouvais – mon poisson m’attendait ! – et j’ai simplement dit à ma belle « La prochaine fois qu’on achète un aspirateur, demandons qu’il ne soit pas en sol dièse ». Elle m’a regardé d’un œil dubitatif – finalement, ce qui compte avec un aspirateur, c’est qu’il nettoie le sol, dièse ou non – mais j’ai quand même senti dans son regard tout l’amour qui permet de déplacer des montagnes. Fussent-elles de poussière.

mardi 27 septembre 2016

Savez-vous lire ?

La « Semaine internationale du livre » n’existe évidemment pas. C’est dommage, mais c’est comme ça. Les statuts Facebook invitant à partager en son nom la 5e phrase de la page 56 du livre le plus proche ne sont qu’un de ces nombreux « hoax » qui envahissent les réseaux sociaux. Je l’ai néanmoins partagé, parce que je le trouvais sympathique. Si cette semaine internationale n’est qu’un leurre, les livres, eux, sont bien réels. Même s’ils ne parlent souvent que de fiction.

On pourrait disserter longtemps sur ces paradoxes, à l’image de Magritte et de sa (non-)pipe. Y aurait-il seulement une personne pour lire ces égarements et y attacher quelque importance ? Pas sûr… et je ne m’y essaierai donc pas.

J’ai néanmoins souri en voyant la réaction de quelques ami(e)s à la suite de ma publication sur mon compte Facebook. Ceux-ci ont bien pris le livre le plus proche d’eux, sont allés à la page 56, ont compté la 5e phrase et l’ont recopiée… en commentaire de mon statut. Celui-ci stipulait pourtant clairement : « Copiez la 5ème phrase dans votre statut. ». Ce qu’ils n’ont pas fait !

Je ne doute évidemment pas un seul instant que ces ami(e)s savent lire et comprennent les livres qu’ils/elles lisent ! J’imagine que la publication en commentaire et non en statut correspond plus à la non-envie d’en faire un statut, tout en se prenant au jeu. Cela n’a de toute façon aucune importance puisque cette Semaine internationale du livre n’existe même pas. N’empêche, on peut se poser des questions, non ?

dimanche 25 septembre 2016

Cyclotouristes du dimanche

Hier, une voiture a percuté un groupe de cyclotouristes à Estaimbourg, dans la région de Tournai. Plusieurs sportifs ont été blessés. Le conducteur a pris la fuite, mais a rapidement été interpellé. J’ignore ce qu’il dira pour se justifier, mais en réalité il est inexcusable*. Et pourtant…

Pourtant, ce matin, roulant en voiture sur une route récemment rénovée, équipée de deux belles pistes cyclables, je me suis trouvé à mon tour face à une situation difficile. Un cyclotouriste roulait sur la route  - ignorant donc la superbe piste cyclable – en venant vers moi. Un autre cyclotouriste roulait dans le même sens que moi, ignorant tout autant la piste cyclable. J’étais occupé à le dépasser, m’étant largement déporté vers la gauche pour ne pas le mettre en danger, quand une voiture a surgi dans l’autre sens. J’eus tout juste le temps de me rabattre à droite, une fois le cycliste dépassé, pour éviter l’accident avec l’autre voiture. Tout s’est bien terminé.

Pourtant, durant la même douce matinée de ce mois de septembre trop chaud pour être honnête, j’ai dû aussi patienter pour pouvoir dépasser plusieurs groupes de cyclotouristes. Je n’ai rien contre ceux-ci, bien au contraire. Le vélo a toujours été pour moi le sport qui m’intéresse le plus, tant pour le regarder que pour – trop peu – le pratiquer. Est-ce une raison pour autant pour que ces groupes de cyclistes décident de constituer un convoi occupant toute une bande de routes parfois étroites ? Il est certes plus agréable de rouler en peloton, mais ce faisant, ces cyclotouristes du dimanche créent eux-mêmes le danger qui, s’il se concrétise, ne peut que les rendre les principales victimes.

Pourtant, je suis évidemment opposé au « tout pour la voiture ». Tous les usagers doivent trouver leur place sur la voie publique. Chacun doit cependant respecter l’autre : les cyclistes doivent donc – selon moi – respecter les automobilistes, et vice-versa. S’il y a des pistes cyclables, surtout quand elles sont de qualité, elles devraient vraiment être utilisées par les vélos, qu’ils soient un, deux, trois ou dix, vingt, trente. Faire l’inverse devrait être considéré comme une infraction grave.

* Le groupe de cyclistes était à l'arrêt. C'est le médecin du village qui l'a percuté. Il était malade et ne pouvait plus conduire à partir de lundi. Il est décédé dans la nuit de dimanche à lundi !

samedi 17 septembre 2016

Monsieur 40

En balade utile en Angleterre, de Douvres à Manchester, nous étions guidés par mon GPS élémentaire. Quelle ne fut pas notre surprise d’entendre que nous devions « suivre Monsieur 25 sur 43 km » ou mieux encore « monter sur Monsieur 40 » ! Il se fait qu’une autoroute est appelée de l’autre côté de la Manche une « motorway », avec donc des abréviations telles que M25 ou M40. La voix française électronique de mon GPS a appris que l’abréviation « M » signifiait « Monsieur »…

C’était évidemment assez surprenant d’entendre à chaque détour d’autoroutes que nous devions nous occuper de « Monsieur », surtout près d’un échangeur chargé. Personnellement, cela me faisait plutôt sourire, mais mon ami – qui conduisait – eut beaucoup de difficultés à le supporter, me disant que je devais aller réclamer chez le constructeur de GPS devant cette grave erreur de programmation !

Comme cela ne nous empêchait pas d’avancer en suivant la bonne route, j’avais plutôt envie d’admirer que la lettre M soit associée à Monsieur, en bon respect de la langue française. À vrai dire, il manquait un point pour être irréprochable : si la nomenclature anglaise avait été « M.40 » ou « M.25 », la traduction en « Monsieur 40 » ou « Monsieur 25 » eut alors été tout à fait logique et française. Mais enfin, ne soyons pas pointilleux !

Mon GPS sait donc que l’abréviation française de « Monsieur » est « M. », et non pas « Mr » ou pire encore « Mr. » ! En cela, il en sait plus que de nombreux francophones à qui il serait utile de rappeler que « Mr » est l’abréviation anglaise de « Mister ». Écrire en français « Mr. » est doublement absurde : non seulement c’est utiliser une abréviation anglaise, mais c’est aussi ajouter un point inutile. En effet, en français, on place un point après la consonne qui termine l’abréviation pour autant que cette lettre ne soit pas la dernière du mot.

Pas de quoi en faire un plat, mais pourquoi pas un billet de blog…

dimanche 11 septembre 2016

Pour une autre situation attendue

Le 11 septembre 2001, j’étais en train de former à la gestion de projets, à la Commission européenne. Notre formation fut un peu perturbée : les informations sur ce qui passait à New-York arrivaient jusqu’à nous. Je décidai d’ailleurs d’arrêter le formation avant l’heure. Un incroyable « projet » était en train de trouver son accomplissement. Celui-ci allait changer le monde.

J’ai souvent dit, lors d’autres formations à la gestion de projets, que j’aurais bien aimé être une petite souris pour voir comment ce projet fut préparé et géré. Ceux qui s’en sont occupés devaient être de véritables experts de la gestion de projets pour mener à bien celui-là, en préservant la part de secret indispensable pour sa réalisation et en atteignant des résultats qui dépassaient de loin leurs objectifs. Bien sûr, mon admiration pour ces « experts » s’arrête là. Fondamentalement, ce projet m’a toujours semblé, et me semble encore, complètement inutile et nuisible.

Il répondait pourtant, pour ses auteurs, à un besoin. Un projet n’a de sens qu’en fonction du besoin qui le suscite. Mais comment analyser celui-ci ? La découverte, en 1991, du modèle défini par Étienne Bourgeois, fut pour moi une véritable révélation. Cet auteur montre que le besoin résulte de l’interaction entre trois composantes : les représentations de la situation actuelle, les représentations de la situation attendue, et les représentations des perspectives d’action.

Face à une situation actuelle, les personnes perçoivent différents problèmes, qu’il serait nécessaire de supprimer. Elles ont aussi une certaine image de la situation attendue, telle qu’elles voudraient qu’elle soit si on était dans un monde idéal. Enfin, les personnes ont aussi une certaine idée de ce qu’il faudrait faire pour atteindre cette situation idéale. Quand les gens expriment un besoin, ils peuvent le faire en se positionnant sur l’une des trois composantes. Il serait assez logique que la majorité entre dans leur expression du besoin en parlant de la situation actuelle ou de la situation attendue. En réalité – et c’est un vrai problème en gestion de projets – les gens (surtout ceux qui ont du pouvoir) s’expriment la plupart du temps en termes de perspectives d’action : il faudrait faire ceci ou cela… sans parler de l’écart à réduire entre la situation actuelle et la situation attendue, et en oubliant donc de se poser la question de la cohérence entre l’action envisagée et l’écart à réduire.

Mais négligeons cette déviance, d’autant plus qu’en l’occurrence, les terroristes de 2001 (et ceux d'après) ont opté pour des moyens d’action – ces sinistres attentats – qui étaient cohérents avec leur vision de l’écart entre situation actuelle et situation attendue. C’est cette dernière qui pose problème : en caricaturant, pour les terroristes, la situation attendue est « le chaos ». En termes plus vulgaires, ce qu’ils veulent, c’est « foutre le bordel intégral ». Les attentats qu’ils fomentent sont cohérents avec cet objectif. Le désaccord fondamental que j’ai avec eux réside dans celui-ci : pour moi, la situation attendue est la solidarité, le respect mutuel, l’ordre (au sens anarchique du terme : l’ordre sans le pouvoir).

Je partage (en partie) les représentations des terroristes de la situation actuelle : notre monde ne tourne pas rond, de nombreuses personnes sont méprisées et niées, certains s’arrogent un pouvoir impérialiste sur les autres, etc. Mais je ne partage pas du tout les représentations des terroristes de la situation attendue. Ils visent le chaos, je vise l’harmonie. Je ne peux dès lors qu’être en opposition totale avec les projets qu’ils vont mener pour atteindre leurs objectifs, correspondant à leur vision de la situation attendue.

Si je prends le temps de parler de cela, c’est parce que je crois qu’aujourd’hui, ce qui est essentiel n’est pas de lutter contre les perspectives d’action des terroristes. Il est bien sûr indispensable de veiller à éviter la réalisation de ces attentats. Mais si on veut vraiment avancer, il faut surtout travailler sur les représentations de la situation attendue. Pour y arriver, il ne sert à rien de mettre des militaires, des policiers, des juges aux quatre coins des rues. Il faut éduquer. Ce dont on a besoin plus que jamais, ce sont des enseignants motivés, des éducateurs de rue, des animateurs culturels, des éveilleurs et autres allumeurs de réverbères

jeudi 25 août 2016

Absurde, inutile et inquiétant

J’avoue ne pas trop savoir que penser de cette polémique autour de l’interdiction du burkini. À part bien sûr qu’elle me semble absurde, inutile et inquiétante.

J’avais 12 ou 13 ans. C’était l’époque des « blousons noirs » . Il n’était évidemment pas question que j’en devienne un, mais ma maman avait néanmoins accepté d’acheter un « ciré noir » dont j’étais très fier. Jusqu’au jour où le préfet de discipline de mon collège me fit comprendre qu’il n’était plus question que je vienne avec ce vêtement dans le vénérable établissement où je suivais mes études. J’ai obtempéré bien sûr, qu’aurais-je pu faire d’autre ? Mais ce moment fut certainement pour moi une des premières rencontres avec l’imbécillité inutile et aveugle des préjugés sociaux. Quel était donc le mal que je commettais en portant ce ciré noir qui m’allait plutôt bien et qui était bien efficace contre la pluie ?

Nous sommes aujourd’hui dans un autre contexte, une autre culture. Comme tout le monde, je me pose des questions face à cette violence gratuite et aveugle qui se revendique trop souvent d’un Islam qui pourtant n’a rien à voir avec lui au fond du fond. Mais il faut bien reconnaître que ces tueurs ont prêté la plupart du temps allégeance à cet « État islamique » qui n’est ni un État ni islamique. Juste des gens assoiffés de violence, en manque de reconnaissance et qui – sans craindre de distordre la vérité – pensent trouver dans la religion musulmane un cadre propice à leur dégoût de l’humanité. Il faut se protéger de ces fous, les empêcher d’agir, les débusquer avant même qu’ils ne sombrent dans l’illusion dévastatrice.

Absurde. Ce besoin de sécurité justifie-t-il de sombrer dans l’absurdité ? En quoi une femme habillée sur une plage autrement qu’avec un petit itsi bitsi tini ouini, tout petit, petit bikini menace-t-elle notre société au point de la considérer comme pestiférée ? N’est-on donc une personne civilisée que si on laisse apparaître un maximum de chair fraîche ?

Inutile. L’argument est notamment que si on porte un burkini, c’est qu’on manifeste son appartenance à une religion par un « signe ostentatoire ». On ne peut pas le nier. Mais en quoi et depuis quand montrer son appartenance à une religion signifie une atteinte à l’ordre public ? Ce qui constitue une véritable provocation n’est-il pas le fait d’interdire à qui que ce soit de vivre en fonction de ses convictions ? Si les convictions sont de tuer, bien sûr, il faut à tout prix interdire. Mais se vêtir comme on le sent est-il vraiment une atteinte à l’intégrité des autres ? Peut-être, dans certains cas. La réalité actuelle est tellement complexe que je n’oserais pas dire qu’il n’y a pas de défi, parfois scabreux, dans le choix – malheureusement parfois aussi le non-choix – de certaines femmes de s’habiller de telle ou telle manière. Je n’oserais d’ailleurs pas non plus affirmer que ce type de défi n’est que le fait des femmes musulmanes. Simplement, cela ne débouche pas sur le même vêtement. Mais enfin, ces femmes – très minoritaires et la plupart du temps mères de famille – qui vont sur nos plages pour goûter des joies du soleil, du sable et de la mer en faisant le choix (qui de mon point de vue est absurde, mais c’est leur choix) de s’habiller d’un burkini, ne sont-ce pas des femmes qui d’une manière ou d’une autre sont intégrées dans nos sociétés ? Nous sommes à l’ère des tatoués. J’en ai souvent croisé qui portent fièrement une croix chrétienne sur leur peau. Doivent-ils aller se rhabiller ?

Inquiétant. Au bout du compte, il faut bien comprendre que ces (envies d’) interdictions traduisent une volonté affirmée de normaliser la société, de ne tolérer aucun écart par rapport à une norme imposée au nom de dangers potentiels dont la probabilité est réelle, mais en aucun cas liée à celles qu’on soumet au diktat sécuritaire. En avançant dans cette voie, on ferme encore un peu plus les portes de la liberté d’être tel qu’on est, avec ses propres convictions et choix de vie. Est-ce d’une telle société dont nous avons besoin ? Ce n’est en tout cas pas de celle-là dont j’ai envie.

mercredi 24 août 2016

Médaille d'or de l'écologie

Les Red Lions n’ont bien sûr gagné que la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Rio ! Bien avant les Jeux, j’avais prédit la breloque en or, mais voilà, c’est le sport ! Nos hockeyeurs – et l’Association royale belge de hockey (ARBH) – méritent certainement par contre la médaille d’or de l’écologie.

Le bilan carbone d’un tournoi de hockey est exécrable : émissions de CO2 pour les voyages et déplacements d’environ 35 personnes, eau à foison pour arroser les terrains, nuits d’hôtel… Tout le monde pourrait s’en foutre. Mais pas eux. En partenariat avec l’ONG Graine de vie, ils vont participer à la plantation de 33 000 arbres, à Madagascar, victime d’un déboisement à outrance qui menace le biotope naturel de cette magnifique île.

Un arbre planté à Madagascar compense 5 kg de CO2. Le coût carbone d’une personne impliquée dans le tournoi des JO est de 917 arbres. Planter chaque arbre coûte 0,15 EUR. Bref, l’ARBH va débourser 5000 EUR pour équilibrer le bilan carbone du tournoi. Cela pourrait ne pas paraître grand chose, mais ce serait oublier que le hockey est, en Belgique, un sport totalement amateur.

Au-delà de cette décision ponctuelle, il y a l’idée d’augmenter les cotisations des licenciés d’un euro chaque saison. Avec 40 000 affiliés, cela devrait permettre de replanter 500 000 arbres chaque année. Pas mal !

Intéressant de savoir aussi que Frédéric Debouche, président de l’association Graine de vie, a eu un contact avec l’Union belge de football avant la dernière Coupe du monde pour les sensibiliser à la problématique. Sans suite. J’ai envie d’ajouter « évidemment » !

Décidément, le hockey est – plus que jamais par les temps qui courent – un sport qui met en pratique de vraies valeurs.

Billet inspiré par l’article « Généreux sur le terrain, les Red Lions le sont avec la Terre », de Frédéric Delepierre, paru dans Le Soir du 24 août 2016.

lundi 25 juillet 2016

Orages

FMG©2016

De nouvelles inondations ravagent la Belgique. Le mois dernier a été, au niveau mondial, le mois de juin le plus chaud depuis qu’on prend des mesures de température. Depuis 14 mois, ce record mensuel est battu chaque fois. Les attentats, fous, sanglants et aveugles, n’arrêtent pas de s’accumuler. Les hommes politiques utilisent un discours de plus en plus fermé et sécuritaire, et ça marche : de Trump à Erdogan, en passant pas d’autres, le peuple appuie ces énergumènes qui n’ont réellement en tête que leur pouvoir et leur ostracisme. Où allons-nous ?

Comment ne pas se poser de questions ? Comment rester insensible à toutes ces dérives ? Comment pouvoir se mettre en marche alors que tout nous retarde ? Comment continuer à garder ne fut-ce qu’une once d’espoir ?

Au moment où je me décide enfin à écrire ce billet qui me trotte dans la tête depuis quelques jours, le soleil américain se défile et laisse la place à l’obscurité annonciatrice de l’orage. C’est un signe.

Le pire, dans tout ça, c’est que nous ne pouvons pas y faire grand chose. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien y faire. Mais quand même, la marge de manœuvre individuelle est bien maigre.

Elle est aussi utopiste. Hier, j’ai eu une discussion intéressante avec mon beau-frère qui m’accueille ici. J’avais accepté de donner un peu plus d’argent que je n’aurais dû pour une fondation culturelle, alors que je rechigne à donner quelques pourboires au restaurant. Mais pour moi, si nous voulons nous sortir du marasme mondial dans lequel nous nous enfonçons, il n’y a que quelques portes de sortie : la culture, l’éducation, l’ouverture plurielle… Ces portes de sortie ne débouchent pas sur un horizon lumineux immédiat, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais il faut y croire. Même si ce n’est pas facile. Les autres portes – l’exclusion, le sécuritaire, le renfermement sur soi, l’égoïsme consuméral, etc. – ne débouchent que sur des impasses. Elles sont rassurantes un temps. Mais à long terme ?

Or, c’est plus que jamais le long terme qu’il faut viser, parce que c’est la seule issue. Dresser les gens les uns contre les autres, construire des murs, ignorer ou mépriser ceux qui sont différents… ne peuvent mener qu’à l’isolement et la régression.

Sommes-nous encore capables de prendre l’autre voie, celle du partage, de l’accueil, de la construction commune ? J’en doute. Et pourtant…

mercredi 20 juillet 2016

Faisons simple

Étant intervenu au début du mois pour une Académie, en France, il me faut récupérer quelques frais. C’est là que je suis entré dans les arcanes de l’administration française. Il m’a fallu remplir des tas de papiers, ce qui est somme toute assez normal, mais étonnant quand ils demandent des renseignements qui n’ont rien à voir avec le travail effectué. Mais bon, passons. Cela s’est compliqué quand on m’a demandé de fournir un RIB !

RIB, Relevé d’identité bancaire. Ce document fait partie de l’arsenal administratif et financier de base français. Rien de plus banal : il suffit de le demander à sa banque qui vous le sert vite fait bien fait. Le problème, c’est qu’en Belgique un tel document n’existe pas. Assez logiquement d’ailleurs : à quoi sert-il de démontrer que le numéro de compte que je fournis à un créancier m’appartient bien ? Si j’avais envie de lui donner un numéro appartenant au chien de mon voisin, ce serait mon problème et pas celui du créancier. Du moins, c’est ainsi que je comprends les choses. Mais en France, non, c’est comme ça !

Naïvement, je leur ai fourni un « Aperçu de mes produits bancaires ». Ce document reprend tous les numéros de compte que j’ai auprès de ma banque, avec leur IBAN, le code BIC, mon adresse, etc. Bref, tous les renseignements qu’on trouve sur un RIB. Pas de chance, cela ne convenait pas. Je n’ai pas compris pourquoi, mais c’était comme ça.

Mon interlocutrice m’a alors dit qu’il suffisait de lui fournir un chèque barré et scanné ! Effectivement, c’était une solution simple, sauf que – comme tous les Belges – je n’ai plus de chèque depuis bien longtemps. Ce moyen de paiement a totalement disparu de notre paysage financier et nous ne nous en portons pas plus mal. C’est toujours difficile à expliquer à nos amis français, mais c’est comme ça.

La dernière solution possible était d’obtenir de ma banque un document signé et visé certifiant que je possédais bien un compte à mon nom. Ça paraît simple comme ça, mais ce ne l’est pas. Apparemment, mon agence ne peut pas produire un tel document. Il faut que ce soit produit par le siège central. Soit. Mes comptes sont logés depuis des années auprès d’une banque gratuite (c’est-à-dire qu’elle ne me coûte aucun centime pour gérer mes comptes et mes opérations). Je ne sais pas trop pourquoi, mais obtenir un tel document du siège central coûte 12 euros et quelques. Il est composé de deux lignes, ce qui fait cher la ligne, mais c’est comme ça.

Si tout était simple dans cette histoire, on le saurait. Il restait deux difficultés à vaincre. D’abord, dans mon adresse : dans tous les documents que j’ai remplis pour l’administration française, j’ai écrit que j’habitais à « Sint-Agatha-Rode ». Oui, mais en réalité Sint-Agatha-Rode n’est qu’un village faisant partie de la grande commune d’Huldenberg. Officiellement, j’habite donc à « Huldenberg ». La banque, dans un document officiel, ne pouvait pas écrire le contraire. Il faudra espérer que l’administration française ne soit pas trop pointilleuse. C'est peut-être naïf, mais c’est comme ça.

Restait le problème de mon prénom : dans tous les documents préalablement remplis, j’ai toujours déclaré que je me prénomme « François-Marie ». La banque, elle, s’est toujours arrêtée – comme beaucoup d’ailleurs – à « François ». Bref, il fallait obtenir que le document officiel reprenne mon prénom complet « François-Marie ». J’ai juste obtenu un « François Marie », sans trait d’union, comme il est effectivement écrit sur ma carte d’identité (mon père n’ayant pu obtenir l’inscription avec trait d’union lors de ma déclaration de naissance à la maison communale belge). Je suppose que cette absence de trait d’union ne troublera pas trop mes partenaires français étant donné les liens qui unissent nos deux pays ! C’est étonnant, mais c’est comme ça.

J’espère donc arriver au bout de cette histoire. Je ne sais pas trop quand on en verra la fin, car évidemment depuis lors, l’administration française est en congé et se réveillera quand le moment sera venu. Personne ne sait combien il lui faudra encore de temps pour effectuer le remboursement de mes menus frais. En espérant qu’il n’y ait plus de nouveaux obstacles à franchir. Tout ça est un peu kafkaïen, mais il ne faudrait pas croire que je m’en lamente. Au contraire, je trouve tout cela relativement amusant. Ou plutôt, burlesque. On peut néanmoins penser, me semble-t-il, qu’il pourrait y avoir quelques simplifications administratives ! Pensée banale évidemment, mais ce serait bien si c’est comme ça !

mardi 19 juillet 2016

Quand la poste fait plus que son boulot

Il m’arrive parfois d’être un peu distrait. Sans cela, cette aventure n’aurait jamais eu lieu ! J’avais deux enveloppes à envoyer, l’une adressée à un correspondant français, l’autre destinée à ma mutuelle pour obtenir le remboursement d’attestation de soins donnés. Cette dernière devait simplement être glissée dans la boîte aux lettres adossée au mur de ma mutuelle.

Ce qui devait arriver arriva. Lorsque je suis arrivé près du bureau de poste, c’était jour de marché, ce qui m’a un peu énervé, car je devais marcher un peu plus que prévu. Pas de panique cependant, j’ai pris ma lettre, je me suis faufilé entre les échoppes, j’ai glissé l’enveloppe dans la boîte aux lettres et je suis reparti vers ma voiture. Entré dans celle-ci, je vois l’autre enveloppe sur mon siège. Caramba, j’avais posté la mauvaise, celle destinée à ma mutuelle !

Non seulement il n’y avait aucun timbre sur cette enveloppe, mais en plus l’adresse était des plus limitées : « PARTENA Mutualités ». Point barre !

Dépité, je suis allé faire d’autres courses, et – passant devant une autre boîte aux lettres – j’ai posté l’enveloppe destinée à la France qui, je l’espère, a dû arriver depuis longtemps. Pour l’autre, il me restait à attendre. Il y avait trois solutions :
  • soit il ne se passait rien et je n’avais qu’à demander des duplicatas des attestations de soins ;
  • soit la poste ouvrait l’enveloppe, trouvait facilement mon adresse et me renvoyait le tout ;
  • soit elle faisait suivre l’enveloppe à qui de droit, à savoir la mutuelle concernée.
Je ne m’inquiétais pas trop puisque dans les trois cas, je finirais pas obtenir les dits remboursements. Et ce matin, en dépouillant mes courriels, j’ai vu un message : « Un nouveau remboursement au Guichet On-line de Partena-OZV » !

La poste avait donc fait ce qui était le plus logique. Elle n’était pas obligée. Les deux autres solutions étaient possibles et « normales ». Mais bpost a choisi de se montrer intelligente et efficace. C’est une petite chose, mais par les temps qui courent, elle vaut la peine d’être relevée et valorisée. Alors, merci à tous ceux qui ont œuvré à ce véritable service !

Au-delà de la raison

Quand neuf cousins ou cousines se retrouvent ensemble, sans doute pour la première fois depuis toujours, cela fait une sacrée ambiance. Tabernacle, quelle belle journée nous avons vécue hier, bien au-delà de la rationalité qui pourtant m’est chère !

En novembre 1958 – j’allais avoir 5 ans – mon oncle et ma tante ont décidé d’émigrer au Canada, avec leurs quatre premiers enfants. Les MABA : Michel, Alain, Benoît et Anne. Ils aimaient bien ça et trois filles sont nées au Québec : Catherine, Agnès et Nathalie. Les MABACAN étaient désormais au complet ! Ceux-ci se sont complètement intégrés au paysage canadien et y ont fait leur vie et leurs familles. De son côté, mon unique sœur, Monique, est tombée amoureuse d’un américain, Steve ! Ils se sont mariés, eurent deux enfants, et vivent de cet amour depuis bien longtemps. Rendre visite à ma sœur et à sa famille a toujours été pour moi non pas une exigence, mais une évidence ! Mon épouse et moi nous retrouvons donc une nouvelle fois de l’autre coté de l’Atlantique. Nous souhaitions vraiment cette fois rendre visite à nos cousins canadiens.

Cela s’est concrétisé hier. À vrai dire, nous n’espérions pas voir tout le monde, tant nous savons les contraintes de chacun et chacune. Quel ne fut pas notre bonheur de constater que tous étaient là, avec les compagnes et compagnons, avec les enfants et les petits-enfants ! Et ce fut une journée magnifique. Le soleil avait d’ailleurs bien décidé de nous accompagner et nous l’en remercions.

Nous étions donc neuf cousins et cousines à nous retrouver. En soi, d’un point de vue quantitatif, c’est déjà extraordinaire. Mais en plus, il y avait la qualité. Et c’est là qu’on est au-delà de la raison. Nous étions tous hier, avec nos compagnons et compagnes, une vraie famille, unie pour le plaisir d’avoir les mêmes racines, les mêmes liens. Ceux qui ne s’expliquent pas. Il y a évidemment des liens biologiques. Mais une famille, c’est bien plus que ça. Une famille, c’est aller au-delà des limites de chacun et combiner les différentes alchimies pour créer des étincelles de vie et d’amour. Et à partir de là, atteindre un nirvana paroxystique qui transcende toutes les bassesses et contingences de ce monde. En d’autres mots, être bien.

C’est difficile à expliquer, tout simplement parce qu’il n’y a aucune raison d’expliquer ça. C’est tellement simple, tellement évident, tellement ressourçant. On entre dans un univers où il n’y a plus de raison, plus de rancune, plus de jalousie. Seulement cette sensation de ne pas être seul, d’aimer et d’être aimé. Juste pour la beauté du cœur. Quel bonheur !

Il s’agit évidemment d’un moment unique… qui n’a réellement de sens que pour ceux et celles qui y ont participé. Mais pouvoir dire et écrire que de tels moments peuvent exister – envers et contre tout – c’est aussi crier au monde que le bonheur existe, que la vie est la plus forte, que les liens qui nous unissent sont ceux qui nous font vivre. Plus que jamais, vivons de ces moments d’amour, au-delà de la raison.

mercredi 13 juillet 2016

Chansons oubliées : Je n’ai pas changé, par Michel Fugain (1967)


Michel Fugain est un très grand nom de la chanson française. Pourtant, il ne figurera sans doute jamais dans la galerie des chanteurs auxquels je consacre une page sur mon site personnel. Non pas qu’il ne le mérite pas, mais je ne l’ai pas assez suivi pour pouvoir en donner des informations suffisamment complètes et pertinentes. L’un n’empêche pas l’autre, bien au contraire.

Parmi toutes les chansons de Michel Fugain, il y en a une qui pour moi a toujours eu un sens différent : Je n’ai pas changé. Parce que je m’y retrouve. J’ai découvert cette chanson bien plus tard que sa parution. J’étais déjà en couple avec celle qui continue, plus de trente ans après, à partager mes jours en continuant à accepter celui que je suis, sans avoir réellement changé…

Je n’ai sans doute pas suffisamment approfondi mes recherches, mais je n’ai trouvé aucune version vidéo ou audio de cette chanson sur Internet. Elle y fut cependant, j’en suis sûr : je me souviens très bien en avoir parlé avec une amie virtuelle, passionnée de chanson, ce qui ne l’empêcha pas de décider un jour de se tirer définitivement et réellement de ce monde. C’est aussi un peu pour elle que je publie aujourd’hui cette chanson. Voilà…

Je n’ai pas changé

M. Fugain, J. Schmitt, M. Jourdan, 1967





Tu vois, je suis toujours aussi distrait,

Je perds mes clefs ou j'oublie ma monnaie,
Oui, je vais perdre un jour ma tête,

Tu vois je n'ai pas changé.


 Je suis toujours en blue jean et blouson

Plus volontiers qu'en cravate et veston,

Je sors encore jusqu'aux aurores,

Souvent sans toi, non je n'ai pas changé.


Je crois bien que je n'apprendrai jamais

À t'offrir quelques fleurs, à tenir un bouquet,

Mais quand je m'envolerai,

Tu seras toujours à mes côtés,

J'ai tant besoin de toi.



Je suis toujours fou comme un jeune chien,

Les enfants me disent "t'es mon copain",

J'ai quelques rides qui se dessinent,

Mais au fond du coeur je n'ai pas changé.


Je sais bien que je suis trop sûr de moi,

Que j'oublie trop souvent d'être tendre avec toi,

Mais quand je m'envolerai,

Tu seras toujours à mes côtés,

J'ai tant besoin de toi...



Tu vois, je ne crois toujours pas en Dieu,

Mais je crois plus que jamais en nous deux,

Je ne dis même plus que je t'aime,

Mais c'est vrai puisque je n'ai pas changé.

mardi 28 juin 2016

Sondons, sondons

De toute évidence, l’heure est aux sondages de toutes sortes. Ceux-ci se transforment même parfois en referendums officiels, que ce soit avec valeur consultative, plus rarement valeur décisionnelle.

Je ne parlerai pas du « Brexit », même s’il y aurait des tas de choses à dire. Mais rien que ce soir, sur le site du Soir, je lis : « Romelu Lukaku divise l’opinion: doit-il débuter face aux Gallois ? (sondage) » ou encore « C’est vous qui le dites: ‘Il faut supprimer le CEB’ ». Et c’est comme ça tous les jours et partout ! De toute évidence, nombreux sont ceux qui cherchent à faire croire au peuple que c’est lui qui a raison. Et qu’en plus il pourrait d’une quelconque manière influencer les décisions.

Pourtant, soyons clairs : ce sera bien Marc Wilmots, et lui seul, qui décidera si Lukaku doit débuter ou non face aux Gallois, et qu’on le veuille ou non, le CEB n’est pas près de disparaître… Même si d’un point de vue strictement pédagogique, il ne sert strictement à rien, il s’inscrit pleinement dans une approche néolibérale de l’éducation et ce n’est pas demain la veille que nos politiciens, dans leur ensemble, changeront d’avancer sur cette base.

Alors, on peut consulter, sonder, donner la parole, faire croire aux gens que leur avis sera entendu… mais tout cela ne sert à rien, si ce n’est – justement – à endormir le peuple. En lui faisant croire qu’il existe et a quelque chose à dire.

On pourrait s’en offusquer. À quoi bon ? Notre société virtuelle trouve là une sorte d’aboutissement et elle doit sans doute s’en réjouir. C’est peut-être un « momentum » comme on dit aujourd’hui, mais ce n’est en fait qu’un passage. Ces sondages en tous genres témoignent avant tout de la défiance que l’on a, avec raison, vis-à-vis des décideurs. Pour le moment, ils ne servent à rien. Mais le peuple – le peuple réel – finira par comprendre qu’il ne sert à rien non plus de n’être qu’un peuple virtuel. Là non plus, ce n’est pas demain la veille. Mais enfin, inévitablement, un jour, ce sera le cas.

Alors, il y aura de véritables changements. Pour être crédibles, ceux-ci ne devraient pas se fonder sur une réaction violente. Mais sur une prise de conscience et une prise de responsabilités populaires. Au sens premier du terme. Cela viendra. Ce sera bien différent de toutes ces pseudos consultations. Ce ne sera pas le grand soir. Plutôt un petit matin. Mais il changera le monde. Enfin, c’est mon avis. Et vous, qu’en pensez-vous ?

dimanche 12 juin 2016

Auteur scolaire : un sous-statut

Parmi toutes les décisions prises par notre gouvernement fédéral, sans grande concertation ni intelligence, il y en a une qui est passée quasi inaperçue, mais qui suscite néanmoins plusieurs interrogations. Lors de sa séance du 9 juin 2016, le Conseil des ministres a approuvé un avant-projet de loi modifiant certaines dispositions du livre XI du Code de droit économique en matière de reprographie.

Cet avant-projet, qui devrait passer au vote en force de la loi-programme en juillet prochain, fait suite à l’arrêté de la Cour de justice de l'Union européenne (CJJUE) du 12 novembre 2015, interpellée par HP quant à la manière dont étaient gérés en Belgique les droits de reprographie, c’est-à-dire ceux qui découlent du préjudice subi tant par les auteurs que les éditeurs lorsqu’on photocopie ou reproduit une œuvre protégée.

Cet avant-projet contient diverses mesures dont je ne ferai pas état ici. Mon propos est de mettre en avant que désormais les auteurs d’ouvrages à visée éducative – essentiellement les manuels scolaires – seront désormais clairement défavorisés par rapport aux autres auteurs. Il est en effet « prévu que les reproductions d’œuvres conçues à des fins pédagogiques, comme par exemple les livres scolaires, ne relèvent pas de l’exception pour reprographie, mais restent dans le droit exclusif de l’auteur ». Cela signifie que les manuels scolaires sortent du cadre lié à la reprographie, mais sont gérés par le « droit exclusif », c’est-à-dire directement par les contrats avec les éditeurs.

On risque d’arriver dès lors à une situation où les enseignants photocopieront pour leurs élèves des manuels entiers ou en grande partie, sans qu’aucune rémunération réparatrice n'arrive chez les auteurs, et cela contrairement aux auteurs d’ouvrages non conçus à des fins pédagogiques.

Il faut savoir que les études objectives réalisées ont montré que ce sont les œuvres éducatives qui sont largement les plus photocopiées et les plus diffusées par ce biais. Les auteurs scolaires sont donc doublement lésés : non seulement ils sont ceux qui sont le plus « photocopillés », mais ils ne recevront désormais plus aucune rémunération réparatrice, à l’inverse des autres auteurs.

Il y a là une véritable discrimination, dont on ne comprend pas bien la raison d’être, si ce n’est de permettre aux photocopieuses de tourner encore plus, pour le plus grand bien des constructeurs ! Visiblement, ceux-ci sont les grands vainqueurs ! Et le gouvernement, par le biais du ministre de l'Économie Kris Peeters, a à nouveau clairement choisi son camp : celui du capital, des actionnaires, des grandes entreprises !

samedi 28 mai 2016

La fête des gens qu'on aime

Ce message a fait un petit buzz dernièrement sur les réseaux sociaux. Il propose de remplacer la fête des mères et celle des pères par la « fête des gens que l’on aime ». Concrètement, les enfants prépareront à l’école deux objets qu’ils offriront aux personnes de leur choix.

Belle idée. Comme l’a écrit Bernard De Vos Dumont, Délégué général aux droits de l'enfant, à la Communauté française de Belgique, les familles « sont désormais pluriparentales, nucléaires, adoptantes, homoparentales, monoparentales, recomposées : les modèles familiaux ont véritablement explosé au cours de ces dernières décennies. Alors quand l'école se met au diapason de ces évolutions, il n’y a aucune raison de bouder son plaisir » !

A priori, c’est effectivement une belle idée – et elle l’est certainement dans de nombreux cas – mais peut-être est-ce aussi parfois une fausse bonne idée. L’enfant va donc devoir choisir à qui il offrira ses cadeaux. Deux cadeaux. Pas plus. Donc deux personnes. Dans une famille traditionnelle, c’est simple : Maman et Papa. Mais dans les familles d’aujourd’hui ? Si l’enfant donne, par exemple, à sa Maman et au compagnon de celle-ci, quel message donnera-t-il à son Papa : « J’aime plus mon beau-père que toi » ? Et toutes sortes d’autres situations.

L’idée de départ est généreuse, mais elle contient un biais fondamental : les problèmes des adultes sont reportés sur l’enfant ! C’est à lui à choisir qui est digne de son amour, à travers ce misérable mais si précieux bricolage à donner « aux gens que l’on aime ».

Bien sûr, il existe de multiples solutions qui permettront de résoudre la situation. La question n’est pas là. Il est évident par ailleurs qu’on ne peut pas demander aux maîtresses (de l’enfant !) de préparer 3, 4, 5… objets différents pour toutes les personnes à qui l’enfant voudrait montrer son affection. Quoique !

Il n’est pas toujours simple pour l’école de s’adapter aux réalités diverses des enfants. Je ne peux qu’applaudir l’idée de départ. Mais surtout, n’obligeons pas les enfants à faire des choix impossibles dont ils ne sont en rien responsables.

samedi 30 avril 2016

Éloge de la différence


Ce n’est pas la première fois que je parle ici des spectacles de mon ami Raphy Rafaël, surtout lorsqu’il prépare ceux-ci avec des groupes d’enfants. Ils découvrent la chanson, le monde du spectacle, les exigences du professionnalisme… C’est chaque fois un travail extraordinaire. Mais que dire quand dans ces groupes d’enfants s’intègrent des enfants malentendants ou sourds ? Et qu’en plus, ils chantent – y compris par la langue des signes – le respect de la différence !

J’ai eu la chance de vivre ce moment aujourd’hui, à la Maison de la Culture de Namur, en présence des enfants de l’école Sainte-Marie. Pourquoi le cacherais-je : les larmes ont coulé de mes yeux sensibles pendant la quasi-totalité du spectacle.

Il y aurait beaucoup à dire, tant sur l’enthousiasme des enfants que sur la qualité des chœurs ou des musiciens. On n’est pas là dans une démarche humanitaire de bon aloi. Il s’agit vraiment d’un chemin professionnel, y compris pour tous ces enfants qui ne savaient même pas, il y a encore quelques mois, qu’ils pouvaient chanter ensemble de la « bonne chanson » et y prendre plaisir. Bien sûr, le public – composé essentiellement de membres des familles – était acquis, mais ce qu’il recevait, c’était une véritable claque. Une ouverture vers le monde, vers la vie, vers l’autre… et vers la qualité artistique.

Deux moments m’ont particulièrement ému. Le premier fut l’interprétation d’une chanson écrite par le groupe des enfants « École et surdité ». « Aimer, c’est la vie. La vie, c’est aimer… ». Cette chanson a été créée par ces enfants, en langue des signes. Ce n’est qu’après qu’elle fut traduite en français, et interprétée par tout le chœur des enfants, y compris bien sûr les auteurs. Un moment magique.

Il y eut aussi cette chanson écrite par Raphy : « Qu’y puis-je ? ». Un véritable éloge de la différence, du respect de la différence. Chaque fois que j’entends cette chanson, toutes mes cellules vibrent, j’ai des frissons, je pleure… L’entendre chanter par ces enfants de 10 à 12 ans m’a définitivement fait entrer dans le monde de l’autre, de la vie, du respect, de l’amour.

Il n’existe pas encore d’enregistrement officiel de cette chanson. Mais j’ai quelques entrées dans l’univers de Raphy. Et ce soir, sans même avoir eu le temps de lui en parler, j’ai envie de vous partager la version que j’ai, non définitive, sans chœur d’enfants, mais avec mille cœurs… Profitez-en, tant qu’elle est là !

Qu'y puis-je ?


Tous droits réservés © Raphy Rafaël - 2016

jeudi 28 avril 2016

Ne pas réformer, par définition

Aujourd’hui, la plupart des gens sont contre. Contre quoi ? Contre tout ! Et surtout contre tout ce qui risquerait de changer un tant soit peu nos habitudes, sans même se poser la question du bien-fondé ni de nos habitudes, ni des changements que certains y souhaitent apporter. Simplement, on est contre !

L’actualité belge nous en donne deux exemples, même si l’image ci-dessus se réfère plus à une actualité française. Mais c’est du pareil au même.

À Bruxelles, il y a la problématique du piétonnier. Source – apparemment – de tous les maux. C’est à peine si on ne lui fait pas endosser la responsabilité des attentats du 22 mars ! Je ne suis pas – ou plus – bruxellois et ma perception ou compréhension des choses est sans doute parcellaire. Mais, depuis que ce piétonnier a été instauré, j’ai du mal à comprendre que ceux qui étaient pour sont désormais contre, ou quelque chose comme ça. En tout cas, certains ne sont pas contents et sont donc contre. Ils voulaient bien d’un piétonnier, mais pas comme ça. En fait, l’idée d’un piétonnier leur plaisait quelque part, mais une fois mis devant le fait accompli, ils sont contre. Je suis convaincu que l’instauration et le développement de ce piétonnier auraient pu être plus concertés, dans un réel dialogue avec les commerçants et les usagers. Mais je suis convaincu aussi qu’à un certain moment, il fallait y aller. Sinon, on attendrait encore… pour longtemps !

Ce soir, ma crainte est que les travaux issus des différents groupes de travail du « Pacte pour un enseignement d’excellence » subissent un coup d’arrêt eu égard aux réactions suscitées aujourd’hui par la divulgation des suggestions du groupe central. Depuis plus d’un an, des groupes de travail – réunissant tous les acteurs du système éducatif francophone belge – ont planché sur un diagnostic des difficultés (relativement évidentes) de l’école et sur les solutions à y apporter. Il y a là un travail de fond, réalisé en concertation permanente. Bien sûr, tout n’est pas parfait dans ce processus. Bien sûr, les analyses finales ne reprennent pas in extenso les convictions de chaque acteur. Bien sûr, cela reste à affiner et surtout budgéter. Mais au moins, pour la première fois depuis très longtemps, tous les acteurs ont été impliqués dans une réflexion de fond, avec la mission de réellement réformer, même si ça bouscule !

Les réactions d’aujourd’hui – suscitées, il faut bien le dire, par les médias – peuvent se résumer par un monumental « on est contre » ! On est contre l’allongement de la journée d’école, même si celui-ci ne signifie pas qu’on allonge la période des cours, bien au contraire. On est contre l’organisation des cours par bloc de « sept semaines de travail suivies de deux semaines de congé », parce qu’on n’a jamais procédé comme ça et qu’il ne faut quand même pas donner plus de congés aux jeunes (qui, eux, sont pour cette mesure, mais contre l’allongement des journées…). Surtout, on est contre la quasi-interdiction du redoublement avant 15 ans, alors même que toutes les études menées en ce domaine montrent la validité et la nécessité d’une telle mesure. Mais, vous pensez ma chère, ne plus redoubler, c’est inévitablement baisser le niveau, ouvrir la porte au laxisme, inviter les jeunes au je-m’en-foutisme (et donc à la radicalisation). D’ailleurs, moi-même, j’ai redoublé ma « poésie » et j’en ai tiré le plus grand profit ! Ouais, c’est vrai, mais je suis aussi convaincu qu’on aurait pu mieux m’aider dans mon parcours scolaire. J’en suis encore plus convaincu face au parcours de mon fils. Un désastre ! Et si c’est mon fils qui fut et est encore victime de ce désastre, la responsabilité en est clairement du côté de ces enseignants qui pensent encore et toujours qu’un bon professeur est celui qui fait redoubler ! Personnellement – que ce soit comme ancien élève, ancien enseignant, parent ou psychopédagogue – j’ai plutôt tendance à penser qu’un bon professeur est celui qui fait réussir ses élèves ! Ça me semble même de l’ordre de l’évidence. Mais voilà, les gens sont contre !

À ce rythme-là, rien ne peut se faire. Même avec la meilleure volonté du monde. Parce que – par définition – aujourd’hui, on ne peut pas réformer. Comme si le monde tel qu’il est était le meilleur des mondes ! Changer, c’est effectivement bousculer les habitudes et donc déstabiliser, sans jamais pouvoir être entièrement sûr qu’on est dans la bonne voie. Choisir, c’est mourir un peu. C’est vrai. Mais ne rien changer, ne rien choisir, c’est mourir à tous les coups. C’est perdre son âme, perdre ses rêves, perdre son souffle. Vivre, c’est changer. Avancer, c’est refuser de regarder en arrière. Espérer, c’est croire… sans être contre, par définition !

samedi 23 avril 2016

Avoir raison avant et contre tout le monde


Il y a juste 20 ans, mon ami Jean-Marc et moi, nous publiions un article connu sous la référence suivante : BRAIBANT, J.-M., GERARD, F.-M. (1996). Savoir lire : une question de méthodes ?, Bulletin de psychologie scolaire et d’orientation, 1, 1996 : 7-45. Cet article, issu d’une recherche empirique, montrait que les enfants apprennent mieux à lire, et de manière plus équitable, à l’aide de méthodes dites « syllabiques » que par des méthodes « idéovisuelles » ou globales.

Nous n’étions pas naïfs et nous savions que cet article – pourtant fondé sur des données objectives – allait bousculer certaines idées bien pensantes dans le monde pédagogique. Le choc fut plus rude encore que ce que nous avions prévu et les attaques diverses ne manquèrent pas. Visiblement, nous n’avions rien compris à l’apprentissage de la lecture, alors que – je me répète – nous ne faisions qu’expliciter les constats issus de l’analyse des données que nous avions recueillies de manière tout à fait neutre et objective.

Au-delà des soubresauts lors de sa publication, cet article eut un certain retentissement. Pas trop en Belgique, mais plutôt en France. Pour la première fois, des données francophones venaient conforter ce qui avait déjà été établi dans le monde anglo-saxon. Des chercheurs spécialisés utilisèrent ces constats, notamment Pascal Bressoux et Stanislas Dehaene. Notre texte eut aussi une certaine influence dans la décision du ministre de Robien d’imposer, en 2006, l’usage exclusif de la méthode syllabique aux professeurs de CP.

En publiant ce texte, notre intention n’était pas de bouleverser la pensée dominante à l’époque en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture. Nous voulions seulement transmettre les résultats issus de l’analyse de nos données. Conceptuellement, j’étais même plutôt sceptique devant les conclusions de ces données. Mes convictions pédagogiques, alimentées par de nombreuses lectures, me tournaient plutôt vers l’autre camp, celui qui défendait l’idée que puisque lire signifie comprendre, il fallait avant tout qu’apprendre à lire consiste à travailler sur le sens. L’idée était belle, mais elle n’a jamais été corroborée par aucune recherche. Au contraire, depuis lors, les recherches en neurosciences tendent plutôt prouver que le mécanisme mental de la lecture se situe plutôt du côté des zones cérébrales dédiées au décodage et à la correspondance grapho-phonétique.

Peu importe d’ailleurs. L’objet de ce billet n’est pas d’opposer – une fois de plus – une méthode d’apprentissage de la lecture à une autre. Ce qui m’intéresse de mettre en évidence – avec le recul de 20 années – c’est le fait qu’il est vraiment difficile d’avoir raison quand tout le monde pense – pour des raisons souvent obscures – qu’on a tort. Ce que nous disions il y a 20 ans n’est aujourd’hui (quasiment) plus contesté par qui que ce soit. La science cognitive, même si elle ne se prononce pas en soi sur les méthodes pédagogiques à privilégier, a aujourd’hui montré la validité de nos conclusions de l’époque. Pourtant, je ne suis pas sûr que tous les pédagogues d’aujourd’hui – penseurs ou de terrain – rejoignent ces conclusions, tant est lourd le poids des « mythes pédagogiques ». Ceux-ci recouvrent toutes sortes de théories – de la programmation neurolinguistique (PNL), au cerveau gauche ou droit en passant par la place de l’informatique en éducation, l’effet Mozart et les intelligences multiples – qui sont fondamentalement ancrées dans de nombreuses convictions pédagogiques actuelles alors même qu’elles n’ont aucun fondement scientifique !

Avoir raison quand tout le monde pense qu’on a tort est loin d’être évident ! Mais il faut rester optimiste. Si aujourd’hui, Jean-Marc et moi, publiions le même article, les réactions seraient plutôt : « Mais que cherchent-ils à ouvrir des portes qui sont déjà largement ouvertes ? ». Il y a 20 ans, toutes ces portes étaient fondamentalement fermées. Personnellement, je pense qu’elles ne sont en réalité aujourd’hui qu’entrouvertes. Et c’est avec une certaine fierté que Jean-Marc et moi pensons y avoir contribué !

samedi 16 avril 2016

Juger avant le lever du rideau

Notre petite Belgique a été secouée par la démission de deux ministres, deux femmes, à des niveaux de pouvoir différents et pour des raisons bien différentes. Ce soir, on sait que la Ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Petite Enfance, en Communauté française de Belgique, sera remplacée par deux autres femmes. Au lieu de réactions positives face à cette féminisation accrue et renouvelée, je n’entends, je ne lis, que des cris au scandale. Quoi, deux ministres pour le prix d’une ! Qui plus est, en promouvant à la place d’une bruxelloise deux wallonnes (même si l’une d’entre elles habite Schaerbeek) ! Et autres critiques aussi futiles que vaines…

Ne comptez pas sur moi pour commenter ces nominations en tant que telles, ni même les événements qui les entourent. Si je réagis, c’est surtout parce que je suis effaré de voir que la critique à l’aveugle devient de plus en plus la règle. Pas seulement au niveau du citoyen lambda qui déverse sa bile dès qu’il le peut ou des faiseurs d’opinion qui la plupart du temps pensent que celle-ci ne peut avoir de sens que si elle est négative, mais surtout au niveau des personnes soi-disant responsables qui ne font pas mieux. Aujourd’hui, le bon ton est de dire du mal de ce qui se passe, quoi qu’il se passe. Par définition, il faut être contre et le dire !

Même s’il ne se passe encore rien ! Comment accepter ces critiques négatives alors que le spectacle n’a même pas encore commencé ? Comment accepter que – lorsqu’il commence – on ne met en évidence que ce qui ne va pas, même s’il y a des tas de choses qui avancent et qui sont réalisées ? Bien sûr, c’est le jeu de l’opposition. Mais depuis quand une opposition constructive vise-t-elle seulement à déconstruire ?

Il est vraiment interpellant de constater qu’aujourd’hui – pour de nombreuses personnes – exister ne peut avoir de sens qu’en critiquant, voire en niant, l’autre. L’accès à la communication numérique, alors qu’il peut apporter tant d’échanges enrichissants, se réduit souvent à une « égotisation » monumentale où chacun, sûr de sa supériorité, avance ses pions en écrasant ceux des autres, sans même les regarder.

Mais où allons-nous ?

jeudi 14 avril 2016

Animaux en liberté

FMG©2016

Les animaux, je ne les aime vraiment qu’en liberté. Totale. En d’autres mots : à l’état sauvage. Le concept d’animal domestique me semble en soi incongru, même si je peux comprendre qu’un animal puisse aider l’homme à faire des travaux durs, en étant alors son « domestique ». Au-delà de cette domesticité, il y a aussi les animaux dits « de compagnie ». Ne désirant pas me créer inutilement des ennemis, je ne dirai rien contre ceux-ci. J’ai d’ailleurs vécu avec des chiens et des chats. Je ne dirai rien, ce qui ne m’empêche pas de penser ce que je pense.

Un animal en liberté est et demeure pour moi un mystère tout autant incommensurable que merveilleux. Il y a là une beauté intrinsèque et fondamentale dans cette « sauvagité » constitutionnelle. Se trouver soudain, au détour du chemin, face à un animal qui ne se laisse pas apprivoiser, qui d’ailleurs s’empressera de s’en aller pour ne pas même se laisser enfermer dans une relation par définition à la fois fortuite et aliénante, est un de ces plaisirs qui n’est sans doute donné qu’à celui qui peut se réjouir de le saisir aussi vite que de le voir disparaître.

J’ai beaucoup de chance. Voilà près de 30 ans que je vis, à 30 km de Bruxelles, dans un endroit ouvert et sauvage. Des animaux en liberté, j’en ai vu plus de trente ! De manière non exhaustive et dans un ordre alphabétique : abeilles, araignées, campagnols, cerfs, chats, chevreuils, chiens, daims, écureuils, fouines, guêpes, hérissons, lapins, libellules, lièvres, mouches, moustiques, mouton, oiseaux divers (corneilles, mésanges, moineaux, pic-vert, pies, rouges-gorges…), papillons, renards, singe, taupes, tiques, vers de terre…

Je suis chaque fois ébloui. Comment ces animaux font-ils pour survivre ? Comment assument-ils avec une telle force leur liberté totale ? Qu’est-ce qui leur donne cette force éblouissante et cette fierté altière ?

Savoir qu’à quelques kilomètres d’une ville telle que Bruxelles, des animaux – parfois même de taille importante – peuvent vivre de manière indépendante et totalement assumée reste pour moi – fondamentalement – une source d’énergie et d’émerveillement. Quelque part, il y a là la vraie vie.

samedi 2 avril 2016

Une chanson n’appartient à personne

Réécoutant l’album, paru en 2013, « Brassens, Échos d'Aujourd'Hui » dans lequel des artistes internationaux de tous styles revisitent Brassens, parfois même sans connaître celui-ci, je me dis que définitivement, une chanson n’appartient à personne, pas même à son auteur ni à son interprète principal. Une chanson existe et chacun peut en faire ce qu’il veut, pour le plaisir de la chanson.

Brassens est à ce niveau un auteur-compositeur extraordinaire. Ses chansons ont été reprises par des dizaines d’interprètes en les amenant parfois bien loin de ce que Brassens proposait, mais justement en les transcendant. Pour n’en citer que quelques uns, Graeme Allwright, Barbara, Agnès Bihl, Georges Chelon, Michel Fugain, Yves Jamait, Catherine Le Forestier, Maxime Le Forestier, Philippe Léotard, Miossec, Noir désir, Kristo Numpuby, Odieu, Renaud, Olivia Ruiz, Les Têtes Raides, Weepers Circus, Gabriel Yacoub… s’y sont risqués, avec plus ou moins de succès. Tout n’est sans doute pas du même niveau, mais qui peut juger de celui-ci ?

Par exemple, moi qui suis un vrai admirateur de Georges Chelon, je n’ai vraiment pas aimé son album « Georges Chelon chante Brassens » paru également en 2013. En fait, j’ai surtout été déçu par ces reprises parce qu’elles n’apportent rien de nouveau. Je ne dis pas que Chelon s’est contenté de faire du Brassens. Mais son objectif n’était certainement pas de revisiter ces œuvres. Juste de les chanter. En soi, il a bien raison et – même si je n’aime pas trop cet album – je ne vais pas lui jeter la moindre pierre.

Dernièrement, Bruel s’est également lancé dans un album de reprises de Barbara. Audacieux, mais assez logique : Barbara n’a-t-elle pas elle-même repris de nombreuses chansons – de Brel, de Ferré, de Montand… – pas toujours à bon escient ? Les puristes de Barbara se sont empressés de tomber à bras raccourcis sur l’artiste. Son crime : ne pas s’être contenté d’interpréter ces chansons à la Barbara, mais avoir osé une réinterprétation. Je ne dis pas que j’estime génial le travail de Bruel, mais j’estime en tout cas qu’il avait bien le droit de revisiter les œuvres de la grande chanteuse et que tout n’est pas inintéressant.

En écrivant cela, je n’espère pas convaincre qui que ce soit. Je veux simplement dire qu’une chanson, une fois qu’elle a été créée, appartient à ceux qui l’écoutent, qui la réinterprètent, qui la chantent… C’est justement à cela qu’elle sert. En soi, une chanson ne sert pas à grand chose. Mais lorsqu’elle touche quelqu’un, lorsqu’un chanteur ou une chanteuse – qu’elle que soit sa qualité – se la réapproprie, lorsqu’elle devient intemporelle et sans espace… alors, elle atteint sa véritable dimension. Celle de l’éternité. Merci à tous ceux qui le permettent.