samedi 29 décembre 2007

La ville de l’ouest

FMG © 2007

Sluis est la ville la plus à l’ouest des Pays-Bas. Même si son nom signifie l’écluse, elle est synonyme de plaisir pour beaucoup de monde. Non seulement pour sa beauté intrinsèque, celle d’une typique ville hollandaise, mais aussi – il faut bien l’avouer – pour ses sex shops ! Demander à n’importe quel belge à quoi lui fait penser Sluis, et il rougira… visiblement ou non. Il y a encore des boutiques du sexe à Sluis, mais il faut bien dire que cela a quand même diminué par rapport à la belle époque.

Sluis, symbole de l’occident, est ville championne du tourisme d’un jour : près de 6 millions de visiteurs annuels qui ne font que passer. La plupart ne viennent ni pour les canaux, ni pour la beauté des maisons, ni pour les sex shops, mais pour le shopping. Juste derrière le photographe, il y a tous les commerces possibles et imaginables. Alors, tout le monde vient faire du lèche-vitrines.

Je déteste ça. J’aime bien Sluis. Il y règne une ambiance particulière, unique. Le crépuscule y a certains secrets que nulle autre ville ne connaît. N’empêche, c’est énervant de traîner une demi-heure dans un magasin dont on a fait le tour en deux minutes. Je suis certainement de mauvaise foi, mais quand même, le shopping, c’est le meilleur moyen de perdre son temps… et ce n’est pas pour moi !

Pourtant, je reviendrai à Sluis. On y revient toujours. C’est trop important d’aller à l’ouest !

vendredi 28 décembre 2007

Les réserves du Nord

FMG © 2007

À chaque extrémité de la côte belge, il y a une réserve naturelle. À l’ouest, entre la France et la Belgique, le Westhoek, vaste système de dunes dans lesquelles une faune et une flore spécifiques trouvent un terrain propice à un développement sauvage. À l’est, entre les Pays-Bas et la Belgique, le Zwin, ancien bras de mer où vasières et pré salé, derrière la plage et les dunes, se laissent inonder par la marée haute, offrant aux oiseaux et aux plantes un biotope unique.

Le Zwin n’est jamais aussi beau que lors de ces journées d’hiver où le soleil l’éclaire de ses rayons de vie, où le froid fait cingler les polders et où le vent supporte le vol des oiseaux qui y logent encore. La luminosité d’aujourd’hui était particulièrement transparente, éclatante, empêchant – par sa clarté – l’imaginaire de créer d’invisibles moulins.

Quand on voit ces merveilles et qu’on les met en relation avec leur position géographique, on peut se dire qu’il devrait exister plus de frontières ! La côté belge n’est pas très longue : 60 petits kilomètres. La plage y est belle, mais c’est aujourd’hui quasiment 60 kilomètres d’immeubles défiant la mer depuis la digue bétonnée. Il faut bien héberger les nombreux touristes qui profitent pleinement de ce trésor qu’est la Mer du Nord.

Les frontières ont permis de préserver deux réserves où la nature a pu garder ses droits. Les touristes s’y promènent aussi. Mais les étendues sauvages sont si grandes qu’ils ne parviennent à les envahir.

N’est-ce pas cependant les réserves qui ont créé spontanément ces frontières politiques ? Ces zones infranchissables auraient réussi à se préserver d’elles-mêmes, se constituant un nomansland susceptible d’éloigner les méfaits de nos civilisations. Ne serait-ce pas là un miracle de plus de la nature : parvenir à créer des barrières humaines pour mieux sauver leur sauvagerie ? Il y a de quoi s’extasier…

mercredi 26 décembre 2007

Menus plaisirs

Olivier Menu © 2006

Il est des moments paisibles, où tout va de soi. Sans qu’on se pose trop de questions. Enfin. Sans que les tensions n’apparaissent. Rien que le calme, le plaisir d’être ensemble, le respect mutuel.

Cela vous tombe dessus au moment où on ne s’y attend pas nécessairement. On peut connaître des périodes noires et sombres dont on ne voit pas trop bien la sortie, dont on se dit que la seule solution est de s’en accommoder. À quoi bon lutter contre l’absence de raison ? Et puis, par on ne sait quelle grâce, la simplicité des choses vraies reprend sa place. Quelques instants sans doute seulement. Mais ne sont-ce pas ces quelques instants, bien loin d’être volés, qui remplissent une vie de toute sa densité ?

On aurait bien tort de vouloir les enfermer dans des mots, de discourir sur le sens profond et caché des pépites d’amour. Ces moments ne se figent pas, pas même dans le symbole. Ils arrivent, ils sont là, ils passent. On ne les attend pas, mais on les goûte pleinement, à leur juste enchantement. Puis, on les garde dans un recoin du cœur ou de l’esprit. De là, ils peuvent continuer à enivrer, même s’ils sont déjà bien loin.

Le bonheur se nourrit de moments lumineux et d’espaces étincelants.

dimanche 23 décembre 2007

Lumière

FMG © 2007

Lumière.
Tu illumines le monde. De toi, naît la vie. Tu t’immisces partout, sans qu’on puisse te résister. La moindre faille dans les murs de notre indifférence est une voie royale pour tes rayons, et tu nous pénètres jusqu’au plus profond de notre moelle.

Lumière.
Tu ensoleilles la vie. De toi, naît le monde. Tu t’associes à l’ombre pour créer le relief, l’inattendu, l’impalpable. Là où certains peuvent croire qu’il n’y a rien, tu apportes le mouvement et l’impulsion.

Lumière.
Tu crépuscules parfois nos humeurs. La grisaille fait aussi partie de ton univers. Comme la tempête ou le ciel bas. C’est toi alors qui cherches un peu de réconfort, pour continuer à y croire, à espérer.

Lumière.
Tu émerveilles souvent nos âmes. Même quand le froid est glacial, tu dardes tes étoiles pour faire briller le fond de nos yeux. Tu interpelles chacun de nos instants en y déposant ta sève qui constitue et reconstitue notre souffle.

Lumière.
Tu accélères nos rêves. Il n’est rien qui est plus rapide que toi. Tu es la simplicité même, et pourtant, en toi, sont contenues toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Sans toi, il n’y aurait rien. Par toi, il y a tout.


Voilà un an exactement que j’essaie d’allumer quelques réverbères, pour que d’autres puissent profiter de la lumière qui m’éveille tant de merveilles. À travers 128 messages, environ un tous les trois jours, j’ai eu l’audace d’animer un peu la toile semant quelques étoiles. Elles n’avaient certainement pas toutes le même éclat, la même brillance. À côté de 32 Lumières et de 32 Coups de cœur, il y eut d’ailleurs aussi 32 Interrogations et 32 Coups de blues. Tiens, quel incroyable hasard : autant de l’un que de l’autre… Tout ça pour 7415 visites. Environ 20 par jour.

Bon, on repart pour un an ?

vendredi 21 décembre 2007

Un gouvernement en noir et blanc

FMG © 2007

Ainsi donc, dans les heures qui viennent, la Belgique devrait avoir un gouvernement. Ce faisant, la Belgique devrait continuer à battre quelques records mondiaux ! Après avoir démontré pendant plus de 6 mois qu’un pays pouvait très bien vivre sans gouvernement et sans que cela ne pose trop de problèmes au pays, nous voici à l’aube d’un gouvernement qui annonce fièrement une durée d’existence prévue d’exactement 3 mois ! Ce qui est sûr, c’est que ce ne seront pas ces 3 malheureux petits mois avec un gouvernement qui changeront quelque chose : la Belgique continuera à vivre, et à bien vivre. (Du moins pour la majorité de ses citoyens : je n’oublie pas les près de 15% d’habitants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.)

Le gouvernement qui se met en place est un gouvernement en noir et blanc, ou plutôt sans couleurs… comme le temps qui nous refroidit tous pour le moment, y compris les arbres. Un peu de bleu, un peu d’orange, un peu de rouge… mais sans aucune conviction de quelque côté que ce soit. Pourquoi en aurait-on d’ailleurs alors qu’on sait n’exister que pour 3 mois ? Et qu’en plus, on résulte d’un compromis visant à ne pas faire perdre la face plus longtemps à la classe politique… Et qu’il a fallu pour cela faire appel au premier ministre précédent alors que le soi-disant futur premier ministre n’a pas arrêté de recevoir des claques à force de laisser ses collègues flamands donner des gifles aux francophones.

Pourquoi réussiraient-ils dans les trois mois qui viennent ce qu’ils n’ont pas réussi à faire pendant les six derniers mois, alors qu’ils n’avaient que ça à faire ? J’avoue être parmi les plus sceptiques. Je ne sais pas ce qu’il se passera dans 3 mois, le 23 mars exactement. Ce sera bien sûr la fête de Pâques, et on fêtera la Résurrection ! Mais je crains fort que l’Esprit Saint ne soit pas encore passé pour offrir à tous les talents de tolérance, d’ouverture, de conviction et de langues ! Faudra-t-il attendre la Pentecôte ? Je n’y crois pas beaucoup plus.

Mais nous voici à la veille de la Noël, la fête de la lumière et de la renaissance. Nous voici même, aujourd’hui, le premier jour de l’hiver. Et si cela signifie qu’il fera froid, cela veut dire aussi et surtout que les jours vont commencer à s’allonger à nouveau, à faire renaître la lumière. Dans trois mois, ce sera le printemps. Finalement, pourquoi ne pas y croire, ou plus simplement espérer ?

dimanche 9 décembre 2007

Les signaux détournés (3)

J’étais parti en balade. J’adore prendre la voiture et me laisser conduire là où elle veut me mener. Sans obligation d’aller quelque part. Juste pour le plaisir. J’avoue que par les temps qui courent, je profite de moins en moins de ce plaisir qui non seulement coûte de plus en plus cher, mais qui surtout ne fait que contribuer à détruire un peu plus notre planète et son climat. Cependant, ce matin-là, il faisait beau, et je n’avais pas pu résister à l’appel de la promenade automobilisée.

Je ne sais plus trop où j’étais. Je roulais à mon aise, goûtant chaque parcelle du paysage. La route serpentait. Elle était en bon état, mais ci et là on voyait qu’elle avait bénéficié de travaux de réfection. À la sortie d’un long tournant, je vis d’ailleurs le panneau ci-dessus indiquant des travaux. J’avoue ne pas m’en être inquiété : nous étions un dimanche et il y avait peu de chance que les cantonniers soient à l’ouvrage. De plus, mon train de sénateur ne me faisait pas craindre de brusques coups de freins.

Grossière erreur. Une centaine de mètres plus loin, il y avait bien des travaux. Et près d’eux, toute une série de voitures étaient stationnées. Un agent de police me fit un signe péremptoire pour aller les rejoindre. Je ne pus que m’exécuter.

Très cordial, l’agent s’approcha et m’expliqua que plutôt que d’instaurer des zones à péage sur les routes, il avait été décidé de créer des zones à travail obligatoire. J’étais donc prié de rejoindre le groupe des travailleurs et – étant donné que ma vitesse avait été contrôlée à du 57 km/heure – de consacrer 57 minutes de mon temps à réparer quelques menus trous sur la chaussée. Charmant, il m’expliqua que j’avais beaucoup de chance, car la plupart des autres travailleurs roulaient au minimum à du 90 km/heure.

J’allai donc rejoindre le groupe où j’appris à manier pelle, brouette, cailloux et autre goudron. Non sans m’étonner de constater que non seulement certaines voitures continuaient à circuler librement sur la route, mais aussi que notre petit groupe de travailleurs forcés n’était composé que d’hommes, à l’exclusion de toute femme.

Après 57 minutes de travail effréné, l’agent vint me prévenir que je pouvais continuer ma route. Il m’offrit même un rafraîchissement, en me signalant que celui-ci était offert par la marque qui sponsorisait la dite action.

Le temps avait passé et, plutôt que de continuer ma route, je décidai de faire demi-tour et de rentrer chez moi. Me retournant une dernière fois pour contempler cette zone étonnante, je vis un signal auquel j’avoue n’avoir pas été attentif lorsque j’étais arrivé et qui expliquait bien des choses !
Ainsi donc, les femmes étaient exclues de cette contribution citoyenne ! Décidément, ne reste-t-il pas beaucoup de chemins à faire pour l’égalité des genres ?

samedi 8 décembre 2007

Un moment de détente

J’avoue : je me suis laissé tenter. Je me suis offert une heure de détente sous les mains expertes de Iando, une « thérapeute » du SPA de l’Hôtel Palissandre. En tout bien, tout honneur ! Mais en pleine détente quand même.

C’est une revanche. Ces dernières années, mon corps a été quelque peu meurtri. Je suis passé dans les mains de kinésithérapeutes, d’un ostéopathe, même d’un microsthéopathe. Mais j’allais les voir parce que j’avais mal et – même s’ils me soignaient – ils me torturaient.

Ici, je me suis retrouvé sur cette table de massage juste pour laisser la place à mon corps, le laisser se détendre par la grâce des gestes étudiés, tant doux que solides, de cette experte des soins corporels.

Et ça fait du bien. Au moment même. Il y a les sensations bizarres, à la limite du chatouillement, lorsque les plantes des pieds sont caressées, lorsque les paumes des mains sont appuyées, lorsque les doigts de pieds ou de mains subissent quelques torsions douces. Mais il y a aussi le bien-être qui vous pénètre petit à petit lorsque vous sentez chaque espace de votre corps accompagné par la douceur et la profondeur.

Il paraît que mon dos et ma nuque avaient quelques tensions. Ben tiens, pour un roi du cerveau, cela me semble plutôt normal. Mais la détente a pu s’immiscer là aussi.

L’heure achevée, on ne se sent pas tout à fait pareil. Il y a à la fois une lourdeur et une légèreté qui vous habitent. On est différent. Un peu plus libre peut-être. Un peu plus soi-même sans doute. Doux paradoxe : se sentir différent parce qu’on est un peu plus soi-même !

Je ne suis pas « thérapeute » et n’ai aucune science des soins corporels. Mais j’ai toujours aimé pratiquer quelques massages pour ceux ou celles qui les acceptaient. Avec un certain talent apparemment. Mais pour la première fois, j’étais de l’autre côté. Et je peux vous le dire : c’est bien agréable !

mercredi 5 décembre 2007

Cendres pâlies du Palissandre

FMG © 2007

Cela fait trois ans et demi que je viens périodiquement en mission à Madagascar. J’ai la chance de descendre chaque fois dans un hôtel merveilleux, le Palissandre. Vraiment, c’est un véritable havre de paix. Loin de l’anonymat et de la froideur des grands hôtels chics et chers, on trouve ici proximité, chaleur, douceur, confort, luxe, calme et volupté.

Alors que les restaurants de la plupart des autres hôtels que je fréquente un peu partout dans le monde sont soit inexistants soit sinistres soit inapétissants, une force du Palissandre est cet espace à dimension humaine qui propose des mets plus délicieux les uns que les autres. Je ne suis pas vraiment ce qu’on peut appeler un gourmet et, en règle générale, je me cantonne plutôt à ce que je connais déjà n’aimant pas trop confronter mes papilles gustatives à l’inconnu. Pourtant, ici, je choisis chaque jour un des deux plats du jour et je suis quasiment chaque fois ravi. C’est fin, succulent, esthétique et délicat, à défaut d’être copieux. Juste ce qu’il faut, mais la qualité remplace largement la quantité.

Et pourtant, dans ce paradis, il y a une lueur d’enfer ! Comme tout enfer, c’est sans doute moi qui le construis, qui l’interprète tel. Mais c’est l’enfer quand même. Tout le personnel de l’hôtel et du restaurant a pour consigne d’être serviable et amical. Bonjour par ci, comment allez-vous par là, bienvenue par delà, etc. Admettons.

Mais le personnel de table a aussi pour mission de veiller à ce que les verres des convives soient toujours remplis (ce qui a l’avantage de vider les bouteilles et d’éventuellement nécessiter leur remplacement). Moi, je bois une misérable petite bouteille d’eau gazeuze. Rien de plus banal. Elle n’est pas très grande. Juste ce qu’il faut pour tout le repas. Mais si on vient remplir le verre un peu trop souvent, il risque de ne pas y avoir assez d’eau, et surtout de ne plus avoir de bulles !

Le plus ennuyeux n’est pas là pourtant. Chaque fois qu’un serveur vient remplir mon verre, j’ai l’impression qu’il me donne à manger. Vous imaginez des serveurs qui tiendraient les couverts et prendraient les morceaux dans l’assiette pour les glisser gentiment dans votre bouche. Ce serait intolérable. Je ne peux m’empêcher de ressentir cette intolérance à chaque bouteille qui se soulève par une autre main que la mienne !

J’ai bien conscience de l’ambiguïté fondamentale de ce ressentiment. Finalement, on fait tout pour moi, dans cet hôtel comme dans un autre : on fait mon lit, on nettoie ma chambre, on change mes serviettes de bain, on m’apporte à table mes plats, etc. Je n’ai quasiment rien à faire, si ce n’est défaire le lit, utiliser mes couverts, lever mon verre… (et payer bien sûr). J’aimerais tant pouvoir – comme un grand – vider ma bouteille moi-même. Mais c’est bien difficile.

Hier, j’avais manifesté sans doute un peu trop ostensiblement ma mauvaise humeur. Aujourd’hui, le service était superbe et le personnel impeccable, à commencer par mon ami Iando, maître d’hôtel pris en photo. J’ai même eu droit à une petite conversation avec le patron. Mais rien n’est parfait : j’ai quand même hérité d’un serveur qui – voulant en faire trop – a commencé à vouloir vider la petite bouteille d’eau dans mon verre à moitié plein. Dur destin !

lundi 3 décembre 2007

Lever du drapeau

FMG © 2007

Il est des moments auxquels on ne s’attend pas, mais qui soudain se remplissent d’émotion, simple mais dense.

Ce matin, j’arrivais à 9 heures pour commencer ma journée d’appui au système éducatif malgache. Début d’une nouvelle semaine et d’une nouvelle partie de mission. Il fait beau. Je retrouve quelques partenaires malgaches qui semblent heureux de se rassembler. Dans la cour de l’INFP, je constate un attroupement. Barry m’invite à le rejoindre.

Soudain, tout le monde se tourne vers le drapeau, en rangs bien alignés. Le drapeau commence à se lever et les voix malgaches se lèvent pour chanter l’hymne national, à plusieurs voix. L’instant est tout simple, mais on sent chez ces adultes un profond respect pour leur pays et une intense communion à sa vie et son développement.

Moi qui viens d’un pays qui ne sait plus trop s’il existe, je me sens brusquement bien petit. Un peu comme si j’étais remis à ma place. Ce n’est pas que j’accorde beaucoup d’importance à un drapeau, quel qu’il soit. Mais sentir cette cinquantaine d’adultes mettre en chanson leur semaine au service de leur pays, j’avoue, ça m’émeut.

J’étais avec eux. Pour la petite histoire, pendant ce temps, d’autres consultants – légèrement concurrents – n’avaient rien trouvé de mieux que de regarder la situation de haut. Ce n’était pas tout à fait la même chose. Ça fait du bien parfois de se sentir à la bonne place.

dimanche 2 décembre 2007

De quoi je me mêle ? De mes oignons ou de tes ognons ?

En 1990 déjà, l'Académie française, ainsi que le Conseil de la langue française du Québec et le Conseil de la langue de la Communauté française de Belgique, ont adopté un certain nombre de rectifications orthographiques dans le but louable de simplifier notre langue française. Il est vrai que celle-ci est particulièrement difficile et contient de nombreuses aberrations ou autres bizarreries : pourquoi écrire « chariot » alors qu’on écrit « charrette » ?

De toute évidence, il n’est pas simple d’apprendre et de maîtriser l’orthographe française. D’autres langues présentent moins de difficultés – l’espagnol par exemple – et certaines ont réussi de belles réformes facilitant la vie des gens, notamment le néerlandais.

Il y a donc bientôt 20 ans que ces propositions ont été faites – elles n’ont jamais eu le statut d’obligations : juste des recommandations – et il faut bien avouer qu’elles sont relativement peu passées dans la pratique de la langue écrite. Pas plus que d’autres tolérances déjà retenues en 1901 !

A priori, j’aurais plutôt tendance à appuyer cette réforme. Autant simplifier ce qui peut l’être, surtout quand ce qui est compliqué n’a aucune raison de l’être. Et peut-on espérer faire évoluer le monde si on n’est pas capable de participer à l’évolution de sa propre langue ?

Néanmoins, j’ai fini par m'interroger non pas sur son utilité, mais sur celle de la promouvoir. Face au constat que quasiment personne ne suivait ce chemin, si ce n'est bien sûr quelques intellectuels ou quelques organismes spécialisés, j’ai surtout été conduit, de par ma profession, à voyager dans de nombreux pays francophones et à agir pour le développement de leur système éducatif, notamment eu égard aux manuels scolaires. Ce sont vraisemblablement les nombreux contacts que j'ai eus dans ce cadre qui m'ont amené à oublier ces rectifications orthographiques de 1990 et – très concrètement – à renoncer à les utiliser ici ou ailleurs.

Pour différentes raisons, il faut en effet bien constater que ces rectifications ont une caractéristique fondamentale : celle d'être complètement inconnues de la plus grande majorité des utilisateurs de la langue française. Un exemple parmi d'autres, très interpellant : j’ai participé pendant plusieurs années à la formation des nouveaux inspecteurs de l'enseignement, en France. Je n'en ai jamais rencontré un qui savait que des rectifications avaient été proposées, même parmi les inspecteurs de français. Si les inspecteurs eux-mêmes ne sont pas au courant, vous imaginez ce qu'il en est au niveau de la base. Et vous imaginez aussi la situation dans les nombreux autres pays francophones.

Inévitablement, celui qui tient compte des recommandations apparaît surtout comme quelqu'un qui ne maîtrise pas l'orthographe.

Promouvoir ces rectifications n'est-il pas dès lors une démarche « impérialiste » qui ne tient aucunement compte de la réalité des utilisateurs de la langue française ? N'est-ce pas de toute façon un combat perdu d'avance lorsqu'on a un peu mieux conscience des canaux d'information et d'éducation qui caractérisent la plupart des pays francophones ? Comment ces nouvelles règles pourraient-elles être appliquées dans les pays francophones africains qui ont déjà tant de difficultés à disposer d’un personnel éducatif maîtrisant suffisamment le français pour pouvoir l’enseigner ? Comment croire qu’il serait possible qu’une telle réforme arrive dans les écoles de brousse, alors que les réels besoins de formation des enseignants sont tout autres et ô combien plus importants ?

Constatant que les recommandations ne sont utilisées que dans quelques milieux très privilégiés, essentiellement belges et suisses, n’est-on pas en droit de penser que leur promotion est une forme comme une autre de néo-colonialisme ? Au bout du compte d’ailleurs, l’important n’est-il pas que l’Allium cepa soit une de ces belles et bonnes choses que l’on trouve notamment ici, à Madagascar, qu’il soit connu ou non comme oignon ou ognon ?

mercredi 21 novembre 2007

Route ensoleillée

FMG © 2007

J’ai quitté la Belgique sous la pluie. Un vrai temps de novembre, sinistre et morose. Ma tête était en harmonie, malheureusement.

Dès la frontière française, le soleil est apparu. Qu’ont-ils donc fait, ces Français, pour mériter un peu de soleil ? Se mettre en grève – sans fin – des transports en commun, ce bien irremplaçable ? Il m’étonnerait quand même qu’il y ait un lien de cause à effet. À moins que ce ne soit la mise en examen d’un ex-Président ! Arriver à regarder les choses en face aide peut-être à les clarifier !

Toujours est-il qu’il faisait soleil sur la route. Et que ce soleil pouvait mettre en relief les beaux paysages qu’on trouve un peu partout dans ce pays. Décidément, il y a toujours ici quelque chose à voir, à redécouvrir, à contempler.

Les larges paysages du Nord offrent des terres à perte de vue, juste entrecoupées ici et là d’un village où le clocher rappelle qu’il y baigne encore aussi quelque spiritualité. Ces plaines détendent, calment, aèrent. On y est tout petit, et donc si grand !

FMG © 2007

Les vallons de la Normandie ne sont pas en reste. Même le serpent autoroutier, œuvre de l’homme, devient – pour un instant furtif – une œuvre d’art qui conduit à la lumière, à l’ouverture. Tout devient alors possible. Il suffit de saisir sa chance, et de ne pas regarder derrière soi. À du 130 km/h, c’est d’ailleurs préférable !

mardi 20 novembre 2007

Jours sans

Il y a des jours comme ça qui ne sont pas bénis des dieux. Le 20 novembre est un de ces jours.

Pas beaucoup de commentaires à faire : ça vient, ça va… mais au bout du compte, on reste dans les ténèbres. On ne sait pas trop ce qu'on deviendra, ce que tout cela deviendra. La lumière a beau rejaillir par instant, elle repart de plus belle quelques fibres de temps plus tard.

Alors, on n'a pas trop envie d'aller plus loin. De repartir encore. Partir pour aller où ? Partir pourquoi ? Tout cela en vaut-il vraiment la peine ?

Ce soir, j'ai le blues. Ça passera. Ça finit toujours par passer. Mais ça finit toujours aussi par revenir.

aujourd'hui je pars
je quitte le monde je m'en vais
ne cherchez pas à me rattraper
je pars
et j'en suis libre
car je sais qu'il y a le vent qui m'appelle

j'ouvre mon cœur
à la tendresse
et je griffe ma vie
du silence de la mort
j'ai cherché longtemps et j'ai compris
qu'il importe peu de chercher
le panier n'est jamais que vide
le puits n'a jamais de fond
et la route ne mène que derrière soi

mais je sais
je sais qu'il y a le vent qui m'appelle

un jour peut-être je reviendrai
je ne sais pas
et mes soucis sont loin de tel bruit
quelqu'un sait sans doute
mais le vent seul m'ouvre la voie

et s'il faut se taire
je me tairai
car je dois partir
et je pars.

FMG © 1975

dimanche 18 novembre 2007

Des premières amours musicales

Le 33 tours ci-dessus est le premier disque que j’ai acheté. Oh, j’avais déjà acquis quelques 45 tours divers, mais, vraisemblablement en 1965, j’ai franchi d’un pas décidé la porte du petit disquaire du quartier en sachant que j’allais faire le grand saut : acheter un vrai album de chansons !

Mon choix portait donc sur Hervé Vilard, lui qui m’avait séduit quelques temps auparavant avec « Capri, c’est fini ». Il faut bien avouer qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans ces chansons : les textes sont un peu larmoyants, les musiques grandiloquentes. Mais il y a la voix d’Hervé Vilard, et surtout l’émotion qu’il y distille. Et du haut de mes 11-12 ans, j’avoue que je ressentais des vibrations étonnantes en écoutant ce disque.

C’est en réalité toujours le cas. Et Hervé Vilard reste quelqu’un à part pour moi. Ses chansons du milieu des années 60 résonnent toujours avec un accent particulier, une fibre unique et exceptionnelle.

J’avoue avoir été moins sensible à tout ce qu’il a pu produire par après. Un double mouvement peut l’expliquer : d’une part, j’ai découvert moi-même d’autres chansons, d’autres chanteurs… qui m’ont plus apporté parce que je m’y retrouvais mieux. Je pouvais chanter leurs chansons, frémir aux paroles qu’ils prononçaient, partager les instrumentations plus proches de mon univers musical. D’autre part, il me semble qu’Hervé Vilard faisait un peu n’importe quoi, sans vraiment retrouver – du moins de manière régulière – les émotions qu’il avait pu partager à ses débuts.

Son dernier album original, paru en 2004, fait exception cependant… et permet de découvrir un Hervé Vilard bien différent, proche de la poésie, de la littérature et de la chanson de paroles, dont il interprète de grands noms : Ionesco, Duras, Prévert, Brecht, Aragon, Fanon, Neruda, Léveillée, Dimey… Excusez du peu !
Entre ces deux disques, je crois qu’il y a en réalité la même sensibilité, la même recherche du beau. Hervé Vilard restera à jamais un de ceux qui m’ont fait découvrir la chanson. Et rien que pour ça, je l’en remercie éternellement.

jeudi 15 novembre 2007

My Space, c'est toujours spéc !


Il y a quelques mois, je consacrais ici-même un message à mon inscription sur le site MySpace. Pour l'essentiel, je m'interrogeais sur la vacuité de ces amitiés virtuelles où par quelques clics on devient l'ami de personnes qu'on n'a jamais vues, y compris des "stars".

Je viens d'accueillir dans mon espace mon 500e ami ! Si mon questionnement de base existe toujours, j'avoue aborder la problématique autrement.

Surfant d'espaces en espaces, j'ai rapidement pris conscience que MySpace était un moyen extraordinaire pour découvrir non pas de nouveaux amis - ce serait galvauder l'amitié - mais des centaines, voire des milliers, d'artistes qui ont choisi ce média pour se faire un peu beaucoup connaître. Et si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que je dois bien reconnaître que j'ai découvert pas mal d'artistes, essentiellement des chanteurs et chanteuses en langue française, que je n'aurais jamais découvert autrement. J'ai toujours été à la recherche de chanteurs inconnus. La radio n'est que rarement un moyen efficace à ce niveau, car c'est plutôt le lieu pour la musique formatée. Alors, j'ai abondamment utilisé la Médiathèque ou encore l'achat de disques de chanteurs inconnus mais qui me semblaient intéressants. L'ennui, c'est que cela ne permet de découvrir que ceux qui ont fait des disques. J'ai aussi découvert des artistes dans divers spectacles, mais je ne suis pas assez branché pour le faire vraiment.

Avec MySpace, un tout autre univers s'offre à qui le veut : on peut passer d'un artiste à un autre, écouter une chanson ou une autre, se laisser tenter, revenir, ou abandonner. J'ai écouté tous les artistes qui sont devenus mes amis. Ne sont devenus tels que ceux et celles qui quelque part me plaisaient. Ils ne sont pas tous géniaux, mais ils ont quelque chose auquel j'ai été sensible : le texte, la voix, la musique, l'ambiance… toutes ces choses qui font que la chanson est une richesse irremplaçable.

Et parmi tous ces "amis", il y en a qui m'ont plus encore touché. Cela n'engage que moi. Mais rien que pour ceux-là, mon parcours sur MySpace en valait la peine. N'hésitez pas à les découvrir vous-même, et d'aller en écouter d'autres. Voici une liste non exhaustive, classée par ordre alphabétique, de ceux et celles qui ont ouvert la cage aux oiseaux : Clémence Avril, Azul, Bidibule , Boulbar, Cédric, Delphine Chaneac, Coralie Clément, Chloé Clerc, Vincent Delbushaye, Lorène Devienne, Jeuc Dietrich, Dorval, Yannick Duhamel, Face à la mer, Gaëlle, K le Son, Kandid, Khaban, Lana 5 bis, Bastien Lucas, Coline Malice, Mayane, Miss Lily, Mouzanar, Wendy Nazaré, Philine, Charlotte Renoy, Rose, RoxaneK, Staël, Thierry Stremler, Vis à vies, Marie Warnant

Et il y en a encore bien d'autres à découvrir à partir de mon MySpace !

mercredi 14 novembre 2007

Frontière linguistique

(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)

Un des grands reproches que font les Flamands aux francophones (du moins ceux qui habitent en Flandre), c’est qu’ils ne sont même pas capables d’apprendre la langue de la région dans laquelle ils vivent.

Les Flamands ont tout à fait raison : lorsqu’on vit dans une région, la moindre des choses est d’en apprendre la langue. Si j’allais vivre dans un pays où on ne parle pas le français, j’imagine qu’après 10 ans je parlerais la langue du pays. Par nécessité.

Cela fait 21 ans que je vis en Flandres… et j’avoue que mon néerlandais n’est pas excellent. Cela ne veut pas dire qu’il est nul, mais enfin, je ne suis pas bilingue. Comme beaucoup de francophones qui sont à peu près dans la même situation que moi.

Oui, je vis en Flandre. Le long de la frontière qu’on dit « linguistique ». Sur la photo aérienne, j’habite au point bleu du milieu de l’image. La ligne rouge est bien sûr la frontière linguistique : tout ce qui est au nord de la ligne est en Flandre et tout ce qui est au sud est en Wallonie. Je vis dans une enclave : que ce soit à l’ouest, au sud ou à l’est de mon domicile, on est en Wallonie et on parle français. On ne parle flamand qu’au nord. La largeur de l’enclave est d’environ 3 km. Bref, j’habite en Flandres par accident.

Mais l’important n’est pas là. La réalité, c’est que je ne dois quasiment jamais parler flamand. La ville la plus proche est Wavre, du côté francophone. Je travaille à Louvain-la-Neuve, du côté francophone. Le village d’Ottenburg est à côté de chez nous : nous y faisons quelques courses. Tous les commerçants pratiquent les deux langues indifféremment. La plupart du temps (c’est-à-dire rarement), je leur parle en français, mais je reconnais que je pourrais le faire en néerlandais. Ce serait plus logique (sauf quand la caissière de l’épicerie est elle-même francophone !). Les seuls moments où le flamand est indispensable, c’est pour les contacts officiels avec la commune. Quelques mots par an… et on peut se comprendre autrement pour de nombreuses opérations.

En d’autres termes, il n’y a pas de raison impérieuse de maîtriser le néerlandais, puisque je ne l’utilise quasiment jamais. La plupart des francophones de la périphérie sont dans le même cas : ils habitent en Flandre, mais travaillent à Bruxelles ou en Wallonie, vivent entourés de francophones, etc. J’imagine que certains d’entre eux sont tout à fait opposés à l’idée d’apprendre le néerlandais. Si c’est le cas, c’est une attitude particulièrement stupide. Les autres n’y sont pas opposés, mais ne peuvent se situer dans un apprentissage fonctionnel.

Pour moi, le réel problème réside dans cette frontière linguistique que les flamands voudraient voir tracée sur le sol. Mais les frontières ne sont jamais tracées : ce sont des lignes imaginaires. Sauf lorsqu’elles séparent des « ennemis » : j’ai vu, il y a quelques temps déjà, la frontière entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est. Ce n’était pas une frontière virtuelle ! J’espère que la frontière linguistique ne deviendra jamais une ligne de démarcation, concrétisée par des barbelés et surveillée par des miradors.

Je ne dis pas que la frontière linguistique ne doit pas exister. Des frontières, il y en a partout. Mais je dis qu’elle ne doit pas devenir un carcan, ni d’un côté ni de l’autre. Je ne suis pas sûr de pouvoir être entendu !

jeudi 8 novembre 2007

Novembre

FMG © 2007

Novembre est un mois difficile. Il commence par changer d’heure. Ça ne fait qu’augmenter le temps de noirceur ! Le reste du temps, il va passer son temps à diminuer le temps !

Alors, c’est au mois de novembre qu’on voit apparaître un peu partout du spleen, des dépressions, des ruptures, des disputes, des vides… La lumière commence à manquer, et ça n’est bon pour personne. Les réverbères ont beau s’allumer ci et là, la vérité est cruelle et évidente : il fait sombre.

Sauf quand le soleil brille. Alors, il promène ses rayons dans nos vallons et illumine de mille lueurs les feuilles qui sont en train de s’endormir. C’est un véritable joyau que nous offre alors novembre ! Voit-on une telle beauté à un autre moment de l’année ? Novembre est superbe.

Cette vérité n’est pas simple à dire à tout le monde. Quand la bruine étale son manteau sur nos silences, on a parfois juste envie de se blottir au creux de son lit, sous une chouette couette.

J’ai lu un conseil extraordinaire : un bon moyen pour lutter contre la noirceur de novembre, c’est de s’habiller en jaune… La couleur du soleil !

Coloriez votre vie… mettez du jaune, même si votre tête est un peu noire et si la vie vous met en peine ou en colère rouge. Du noir, du jaune, du rouge… les couleurs de l’autodérision, de l’entente cordiale… Colorions notre vie !

mercredi 7 novembre 2007

Ils ont perdu la boule…

Ainsi donc, aujourd’hui, les flamands ont voté unilatéralement, en Commission de l’Intérieur, la scission de l’arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvoorde. La scission en soi n’a pas beaucoup d’importance. Mais le fait que tous les partis flamands se soient associés, sauf les écologistes mais y compris l’extrême-droite la plus repoussante, pour imposer leurs vues aux francophones, au mépris de toute idée de consensus à la belge, est profondément révoltant.

Sans doute, tout cela n’est-il qu’un immense jeu politique. Mais il n’empêche, le jeu devient dangereux.

L’atomium, symbole de notre pays, est une construction qui défie les lois de l’apesanteur. Un cube parfait, planté sur sa pointe. Neuf boules, unies par des tuyaux de passage. Neuf boules comme les neuf provinces belges. (D’accord, aujourd’hui, il y en a dix… le Brabant a été partagé en deux… mais alors, c’est peut-être justement cette dixième boule qui a été perdue !). Il suffit d’enlever une des boules pour que la construction ne soit plus parfaite, n’ait plus de sens, soit fragilisée. Surtout si c’est la boule centrale : le noyau. Enfin bref, il suffit de perdre la boule pour sombrer dans le plus mauvais des scénarios.

Le pire, c’est qu’ils pensent tous avoir raison. Ce sont bien sûr les autres qui ont tort. Francophone vivant en Flandres, je ne me retrouve pas dans les positions rigides et closes, ni des flamands, ni des francophones. Mais je sais qu’ils détiennent chacun une part de vérité. Ou plutôt que la vérité de chacun n’est pas nécessairement mauvaise. Sauf celle des extrémistes du Vlaams Belang, et de ceux qui s’y associent.

Je n’ai pas la solution au problème. Mais je crois que pour trouver celle-ci, il faut que chacun fasse un bout de chemin vers l’autre, en acceptant de ne pas voir satisfaites toutes ses revendications. La solution ne peut être que dans le dialogue. Un vrai dialogue. Ouvert. Respectueux.

Mais ce dialogue est-il encore possible ? De chaque côté, les partis se sont trop engagés dans un sens. Ils ne peuvent accepter de perdre la face. Alors, à défaut de face, ils perdent la boule. Et quand on perd la boule, on se perd surtout soi-même.

dimanche 4 novembre 2007

Viendra de ce côté

Jean-Louis Humblet © 1978

Viendra la terre des épousailles du temps
Où le voyageur s'habillera de voiles d'antan ;
L'aveugle lumière caressera nos corps de larmes,
Et nos mains éteindront le cri de nos armes.

Il y aura du feu de ce côté.

Viendra l'heure des sans-avenir, des culs-de-tête ;
Les galons et autres prestiges manqueront la fête.
Peut-être qu'au milieu de cet océan, sur l'île,
Trouverons-nous place, toi, moi ; les autres où seront-ils ?

Il y aura du vin de ce côté.

Viendra encor le silence, le regard, le sourire.
L'ivresse embrassera les corps qui sauront se pétrir ;
Enfin, le vent promènera les lèvres du baiser,
Lui au moins connaît l'unique richesse : aimer.

Il y aura la vie de ce côté.

FMG © 1978

vendredi 2 novembre 2007

Timgad, ville ensevelie

FMG © 2007

De passage en Algérie, dans la région de Batna, j’ai eu l’occasion de visiter les vestiges de la ville romaine de Timgad. Assez impressionnant : plus de 12 hectares de ruines. Fondée par l’empereur Trajan, à la fin du 1er siècle de notre ère, cette ville a – semble-t-il – été surtout une immense maison de repos pour les militaires retraités. Elle en a en tout cas l’aspect rigoureux : rues bien droites et bien larges, laissant peu de place aux méandres de ruelles qui risqueraient d’apporter désordre et rêverie. Ce qui n’a pas empêché quelqu’un de graver sur une pierre du forum cette inscription célèbre : « Venari, lavari, ludere, ridere, occ est vivere ». Chasser, aller au bain, jouer, rire, ça c’est vivre !

Ces vestiges à perte de vue sont en soi impressionnants. Mais j’avoue avoir plus encore été impressionné par la fin de cette ville, dont on connaît peu de choses mais qui interpelle. Lorsque la ville fut redécouverte, en 1765 pour la première fois puis à partir de 1851 pour des fouilles plus systématiques, elle était entièrement recouverte. Des colonnes majestueuses du Capitole, seuls deux ou trois mètres émergeaient. Il faut être sur place pour se rendre compte de ce que cela signifie. Ces colonnes ont plus de 10 mètres de hauteur ! En d’autres mots, cette ville a un certain moment été rayée de la carte et recouverte d’une couche de plus de 5 mètres. De quoi était composée cette couche ? Sans doute des ruines de la ville elle-même. À la question que je lui posais, le guide qui nous accompagnait a été des plus évasifs : il y aurait eu un ou deux tremblements de terre… C’est fort vraisemblable. La terre tremble, les constructions s’effondrent, la vie et la ville disparaissent, et petit à petit sans doute, le vent transporte du sable et de petites pierres qui viennent recouvrir de leur chape ces vestiges qui finissent par ne plus exister. Possible ! Il apparaît en tout cas que l'histoire de l’abandon complet de cette ville ne peut actuellement pas être écrite faute de source historique ou archéologique. On ne peut dès lors que fantasmer sur la manière dont une immense cité est recouverte d’une couche de silence qui la fait disparaître pendant des siècles.

En réalité, cette ville risque bien à nouveau de disparaître. Le site, bien que classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1982, n’en finit pas de se détériorer… comme si l’histoire était vraiment un éternel recommencement.

Une morale à tout cela ? Oui, bien sûr : nous sommes bien peu de choses. Toute une ville peut disparaître, sans qu’on sache pourquoi. Volonté des dieux ? Volonté de quelques hommes ? Volonté d’un peuple ? Allez savoir ! Les hommes disparaissent, au gré du vent et du sable. Qui sont-ils, que sommes-nous, au bout du compte ?

dimanche 21 octobre 2007

Insupportable précarité

© MIG

L’hiver s’annonce et les cuves sont vides. Il faut refaire le plein de mazout. À un moment où son coût n’a jamais été aussi élevé. Restons décents : je ne me plaindrai pas. Bien sûr, c’est une entaille dans notre budget, mais on peut l’assumer, sans trop de difficultés. De plus, nous avons la possibilité de chauffer le rez-de-chaussée de la maison grâce à une cassette à bois, celui-ci n’étant quasiment qu’à ramasser parmi tous les arbres qui tombent d’eux-mêmes dans le jardin. Bref, d’un point de vue égoïste, ce coût du mazout passe la rampe.

Mais est-ce le cas de tout le monde ? Non, de toute évidence. Lorsqu’un plein de mazout coûte plus d’un mois de revenus, comment faire pour survivre décemment ?

Ne crachons pas dans la soupe. Nos sociétés, et sans doute singulièrement la Belgique, ont mis en place des mécanismes de solidarité et de partage. Bien sûr, émarger au CPAS n’est pas Byzance. Et – pour toutes sortes de raisons – de nombreuses personnes n’ont même pas cette possibilité. Il n’empêche, ce pourrait être pire : notre système de solidarité sociale est puissant et fonctionne.

Mais, ce 17 octobre, c’était la Journée Mondiale du Refus de la Misère. Et dans nos sociétés riches et solidaires, il n’en reste pas moins que les situations de précarité extrême se multiplient. La fracture entre riches et pauvres s’agrandit, quand bien même le niveau global de richesse est élevé. On mesure le niveau de vie d’un pays grâce à son PIB. Mais son réel niveau ne devrait-il pas être approché par un indice de pauvreté ? Tant qu’il y a des pauvres dans une société, celle-ci n’est pas développée. La pauvreté et la précarité sont inacceptables.

Je ne fais pas de politique et je n’en ai pas les compétences. Mais pour moi, une véritable politique serait celle qui trouve des solutions concrètes et réelles pour chacun quant au droit à un revenu décent, au droit à un logement chauffé, au droit à la santé. Sans cela, que sommes-nous ?

mercredi 17 octobre 2007

Je te donne ma parole… et la reprends aussitôt

Rembrandt © 1660

Que vaut une parole donnée ? Finalement, il est si facile de dire « Oui, je m’engage à ceci ou cela… » et puis, quelques temps après, de dire « Voilà, je fais autrement ».

Une telle attitude, nous l’avons tous rencontrée un jour ou l’autre, que ce soit dans la vie quotidienne, dans la vie amoureuse, dans la vie professionnelle, dans la vie des affaires… Et au bout du compte, nous vivons dans une société où tout le monde sait bien qu’une « parole » n’est jamais « donnée » qu’au moment où on la donne. Après, basta. Même quand cette parole donnée est accompagnée d’un écrit signé, d’un contrat, on sait bien que ce n’est pas parole d’Évangile !

Mais chaque fois qu’on se retrouve victime d’un tel reniement, cela fait mal. Et ça donne envie de se rebeller. Sans grande chance de succès, mais envie quand même.

Nous venons de vivre un épisode de ce type. C’est un peu compliqué… mais disons que mon sacré fils Simon a besoin d’un « kot » étudiant à Louvain-la-Neuve. Il s’y est pris un peu tard et se retrouve pour le moment Gros-Jean comme devant. Il y a 3 semaines, miracle : un appartement pour 4 étudiants se dégage. On saute sur l’occasion. Elle fait le bonheur de Simon qui va pouvoir koter avec ses potes… mais il faut attendre jusqu’au 15 octobre pour réaliser quelques travaux. Je passe des détails, mais le 15 octobre le propriétaire nous informe que finalement, il a décidé de ne pas louer. Patatras !

En dehors des ennuis que cela provoque, des autres occasions qui ont été entretemps ratées, de la recherche qu’il faut recommencer, il faut bien reconnaître que ce qu’il y a de plus triste dans cette histoire, c’est l’image que cet adulte donne aux jeunes. Pourquoi ceux-ci auraient-ils encore confiance ? Pourquoi à leur tour n’agiraient-ils pas de la même manière ? Sacrebleu, dans quel monde vivons-nous ?

lundi 15 octobre 2007

Hugo, l’enfant de l’étang

FMG © 2007

Il y a bien longtemps, un petit garçon aimait folâtrer ici et là à la recherche du moindre signe de vie. Hugo était d’ailleurs la vie personnifiée : il n’arrêtait pas de bouger, de virevolter, de remuer, de s’activer, de frétiller, de voltiger et de cabrioler. Un vrai papillon ! Ce n’est pas qu’il était hyperkinesthésique ou quelque chose du genre. Non, simplement ce garçon aimait la vie, aimait la regarder… Et il y avait tant à voir.

Un jour, il arriva au bord d’un étang. Quoi de plus normal : s’il y a bien un milieu de vie, ce sont les étangs. Tout le monde sait cela. Mais cet étang était particulier. D’abord, il était tout petit. Aurait-il fallu parler d’une mare ? C’eût peut-être été plus correct. Et peut-être cela aurait-il changé le cours de cette histoire. Qui sait ?

Toujours est-il que dès qu’il aperçut cet étang – ou cette mare, c’est selon – il s’arrêta brusquement et s’accroupit à son bord. Il commença à fixer le centre de l’étang, sans lever les yeux, sans se laisser distraire par tout ce qui l’entourait. Que voyait-il ? Personne ne l’a jamais su. Peut-être avait-il découvert le trésor de la vie. Peut-être même était-ce tout simplement la vie qu’il scrutait ainsi, un sourire béat au coin des lèvres. On eut beau l’appeler, lui dire de revenir sur terre, rien n’y fit. Il resta là, à regarder le centre de l’étang, à moins que ce ne fut une mare. Qui sait ?

Petit à petit, à force de regarder, lui qui était si impétueux en temps normal, il se transforma, lentement mais sûrement, en statue de pierre. Figée pour l’éternité. À regarder sans discontinuer le cœur de l’étang, un sourire béat au coin des lèvres.

Depuis le temps, l’étang s’est asséché. Il n’y a plus que des herbes hautes et sauvages. Mais Hugo observe toujours, contemplant cette vie qui n’apparaît plus. Il sourit toujours. Comme s’il avait trouvé le sens de la vie. Comme si maintenant, il savait. Il savait ces choses que nous ne savons pas.

Je l’ai rencontré l’autre jour. Il était là, accroupi, heureux, à regarder fixement son invisible secret. En le voyant, je me suis demandé ce que son histoire pouvait bien nous apporter. Tout cela avait-il un sens ? Bizarrement, je me suis dit que décidément, la vie ne se laisse pas enfermer. Elle surgit toujours là où on ne l’attend pas, sous une forme étonnante, bien différente de ce qu’on imagine pour la vie. Parfois même, la vie se fige. Mais, c’est pour mieux vivre, pour mieux ensoleiller le monde. Le cœur du monde est dans un sourire.

Il y a toujours la vie quelque part.

dimanche 14 octobre 2007

SMTP ou les serveurs sortants

J’ai bien conscience que ce sujet ne va intéresser que très peu de personnes, surtout parmi celles qui me font l’honneur de me rendre des visites récurrentes. Que voulez-vous : on ne peut pas plaire toujours à tout le monde !

La question que je voudrais aborder ici est cependant importante pour de nombreux voyageurs et la réponse – simple – que je voudrais y apporter risque d’en intéresser quelques-uns. La question est elle aussi simple : « Comment identifier le nom d’un serveur sortant, aussi connu sous le nom de SMTP (Simple Mail Transfer Protocol), quand on est connecté n’importe où dans le monde ? ».

Pour ceux qui n’y comprennent rien, voici quelques explications. Lorsqu’on envoie un courriel à l’aide d’un gestionnaire de courriels du type Thunderbird, Eudora ou autre Outlook, on l’envoie en réalité dans une « boîte postale » qui dépend du fournisseur d’accès à Internet (FAI) sur lequel on est branché. Ce FAI transmettra ensuite le courriel aux autoroutes de l’information qui aboutira dans la boîte aux lettres du destinataire, localisée sur le « serveur entrant » (POP) du fournisseur d’adresse électronique. Le destinataire va ensuite chercher sur ce serveur entrant le courriel qui lui est destiné. Dès que vous êtes connecté sur Internet, vous pouvez vous connecter sur votre serveur entrant. Celui-ci est accessible de n’importe quel ordinateur. Par contre, on ne peut se connecter que sur le serveur sortant lié au réseau sur lequel on est branché. Voilà pour la partie technique, en résumé…

Le problème survient donc quand on est connecté sur un réseau inconnu. Par exemple, lors de ma dernière mission au Liban, je pouvais me connecter sur le réseau de l’hôtel, mais personne n’était capable de me dire le nom de ce réseau. Je pouvais donc lire mon courrier, mais pas en envoyer, car pour cela j’ai besoin de connaître le nom du serveur sortant. Pour qu’on se comprenne bien, je signale que ce problème ne se pose pas à celui qui utilise un « webmail » (style Gmail, Yahoo…), car il se connecte directement sur sa boîte que ce soit pour lire ou écrire son courriel. Une fois qu’il n’est plus connecté, il n’a plus accès à ses messages envoyés ou reçus, contrairement à l’utilisateur d’un gestionnaire de courriels.

Bref, je me suis retrouvé comme ces milliers d’utilisateurs qui se connectent un petit peu partout dans le monde, le plus souvent grâce à une connexion wifi, sans savoir comment il est relié au reste de la toile. Vous direz qu’il suffit de demander : détrompez-vous ! La plupart du temps, personne n’est au courant. Mon expérience me montre que les réceptionnistes des hôtels n’ont aucune idée de ce que vous leur demandez quand on les interroge sur leur fournisseur d’accès. Et encore plus quand vous sollicitez le nom du serveur sortant !

J’ai fini par résoudre ce problème, que je rencontre relativement souvent :
  • Quand je suis connecté, je me rends sur une page qui a un compteur de visite, par exemple celle que j’ai créée : page test ! (Mais vous pouvez utilisez n’importe quelle autre page qui contient un compteur susceptible de vous renseigner.)
  • Arrivé sur cette page, je clique sur le petit carré bleu à gauche. J’arrive chez le fournisseur du compteur qui m’indique, par exemple, que le 5 octobre j’étais connecté sur le réseau IncoNet Data Management sal, Beirut, Beyrouth, Liban.
  • Je vais sur une autre page qui pour la plupart des fournisseurs fournit le nom du serveur smtp.
  • Si le fournisseur n'est pas repris dans la liste, je copie cette information et je la rentre dans mon moteur de recherche préféré. Cela me permet d’identifier plus ou moins facilement l’adresse du site du fournisseur d’accès, de m’y rendre et – en cherchant un peu – de trouver l’adresse du serveur smtp. En l’occurrence, c’était smtp.idm.net.lb.
  • Il me suffit maintenant d’entrer cette information dans mon gestionnaire, de faire un essai en m’envoyant un message, et le tour est joué.

Vous m’avez suivi ??? En réalité, dans tout cela, ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a toujours une solution à un problème ! En voici un autre d’ailleurs : vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai choisi cette illustration pour ce sujet. Quel est le lien entre cet oiseau et un serveur sortant ? D’abord, je trouvais cette illustration très jolie. Ensuite, j’aimais bien cette image d’aller chercher la maison parmi tous ces personnages aveugles en bois. C’est un peu ce que je fais quand je cherche le nom du SMTP. D’ailleurs et enfin, cette toile de François Knopf est intitulée « Le grutier sortant une maison »… et il s’agit donc bien d’un serveur sortant !

samedi 6 octobre 2007

De la musique avant toute chose

FMG © 2007

Beyrouth. 5 octobre 2007. En cette fin de Ramadan, la vie continue. Il faut bien. Il faut faire comme si. Comme si tout allait bien. Comme s’il n’y avait pas de violence. Comme si ce peuple était maître de son destin, alors qu’il est loin de l’être : qu’a-t-il le droit de dire ou de faire face aux dirigeants de l’Arabie saoudite, des Etats-Unis, de l’Iran, d’Israël et de la Syrie ? Juste un pion sur un échiquier planétaire.

Mais la vie continue. Ce vendredi soir, j’ai assisté au concert donné par l’Orchestre symphonique national du Liban. Orchestre et chœurs. Plus de 180 musiciens et chanteurs ! L’Église Saint-Joseph était remplie. Plus de 500 spectateurs ?

Un peu plus d’une heure de musique. Du classique accessible : Mozart, Orff, Beethoven et Sibelius. De la musique puissante. Carmina Burana, c’est quelque chose. L’hymne à la joie, ce n’est pas moins. Et que dire de Finlandia, véritable cri d’indépendance finlandais.

L’important n’était sans doute pas dans la musique. Mais dans le fait que la musique était là. Qu’elle rassemblait toutes ces personnes. Des libanais de tout âge. Mais aussi des gens venus d’ailleurs, roumains, hongrois et arméniens dans les musiciens, et même belge dans le public. Et tous ces gens ont – le temps d’un concert – oublié que personne ne sait ce que sera demain. Que peut-être demain ne sera pas.

Merci, la musique !

mercredi 3 octobre 2007

Détecteurs de brouillard

Le brouillard étend ses nappes désormais. Elles nous enlacent dans un monde où le flou se dispute au doute. Quelquefois, le soleil s’y fraie un chemin et crée des univers doux et solubles.

Quand on est sur la route, le brouillard est un adversaire redoutable. Il se permet parfois d’être plus profond, supprimant brusquement toute visibilité. Dans nos pays du nord, plus d’une voiture s’est laissée surprendre.

Mais il existe désormais des détecteurs de brouillard. Ces machines, bien placées, peuvent activer les bonnes procédures en cas de nécessité et les automobilistes peuvent être prévenus d’un brouillard qui risque de surgir, tel un chevalier aveuglant. Cela n’amène sans doute que rarement les conducteurs à ralentir leur machine, mais au moins ils sont prêts à le faire, guettant la surprise annoncée.

Le brouillard est un phénomène physique et il n’était sans doute pas trop difficile d’inventer des détecteurs de brouillard… simple question de densité de l’eau contenue dans l’air. Le brouillard des routes n’est cependant pas le seul brouillard. Dans la vie, il arrive souvent qu’on se retrouve dans le brouillard, que ce soit en amour, en amitié, en pensée, etc. Ces brouillards-là sont souvent plus denses, plus dangereux encore. Il ne semble malheureusement pas encore y avoir de détecteurs de ces brouillards sentimentaux.

Imaginez que lorsqu’un brouillard risque de surgir dans la vie d’un couple, un détecteur se mette à vibrer dans la tête de chaque partenaire. Imaginez que ce détecteur fasse comprendre à chacun qu’il y a risque de collision ou de disparition si on continue à rouler de la même manière sur l’autoroute des blessures personnelles. Imaginez que le détecteur propose de ralentir, de s’arrêter même, pour prendre le temps de regarder la route et le soleil qui luit quelque part, enrobé des méandres de l’indifférence ou du mépris.

Combien d’accidents de l’amour, de l’amitié, de la vie… seraient ainsi évités ? Pas de miracle bien sûr. Il ne suffirait pas qu’un détecteur existe et détecte le brouillard pour que celui-ci disparaisse. Ni pour que chacun change fondamentalement sa manière d’aborder l’autre. Mais cela éveillerait peut-être l’attention. Et, dans la vie, il suffit souvent de commencer à faire attention à l’autre pour pouvoir cheminer un peu plus longuement et un peu plus heureusement avec lui.

Finalement, ces détecteurs existent peut-être. Mais nous ne sommes sans doute la plupart du temps pas suffisamment sensibles aux signaux qu’ils nous envoient, nous laissant alors surprendre par nos nappes brouillardeuses. Et pourtant, le soleil est toujours derrière le brouillard !

jeudi 27 septembre 2007

Les signaux détournés (2)

On aura décidément tout vu. L’autre jour, avec mon automobile, je me promenais calmement le long de la Meuse, du côté de Wépion. J’avais dégusté quelques bonnes fraises et je voyais plutôt la vie en rose… enfin, en rouge, honneur aux fraises !

Soudain, devant moi, un panneau routier que je n’avais jamais vu ! Non, je ne rêvais pas : c’était bien un panneau d’obligation. Obligation de plonger avec sa voiture dans la Meuse ! J’étais éberlué ! J’avoue ne pas avoir respecté cette obligation nouvelle. Je me suis garé dans une de ces nouvelles aires pour pique-nique, vérifiant quand même que je ne risquais pas trop de me faire écraser par des chutes de rochers. Et je me suis approché de la berge. Il y avait là un amas de voitures, entassées les unes sur les autres ! Stupéfiant !

Quelque peu à l’écart, je vis un argousin de la plus belle espèce en train d’observer une nouvelle voiture qui venait de faire le grand plongeon. Je m’approchai et lui demandai à quoi rimait tout cela. Il me regarda d’un air encore plus étonné et me dit : « Mais cela ne rime à rien, mon petit père ! Nos députés ont simplement estimé qu’il y avait trop de voitures sales et qu’il était temps d’organiser un grand lavage. Alors, on lave gratis ! Le problème, c’est que cela a tellement de succès qu’on ne sait plus comment récupérer les voitures qui sont au fond. Enfin, comme leurs propriétaires y sont aussi, on n’a pas encore reçu de plaintes ! ».

Devant tant de bon sens, je suis retourné vers ma voiture, ai retiré quelques cailloux qui étaient tombés dessus ainsi qu’un sandwich aplati, suis remonté dedans en démarrant en douce, question de ne pas me faire remarquer par l’agent, et dès que je ne le vis plus dans mon rétroviseur, j’ai accéléré méchamment.

Car enfin, toute cette histoire est absurde : comme si l’eau polluée de la Meuse était capable de nettoyer quoi que ce soit !

mercredi 26 septembre 2007

Conscience professionnelle

FMG © 2007

J’entends souvent des plaintes selon lesquelles un des plus grands maux de nos entreprises serait la disparition de la conscience professionnelle. Les gens ne s’intéresseraient à leur boulot que parce qu’il leur fournit l’argent, peu ou prou, qui leur permet de vivre, plus ou moins bien. Fournir un service de qualité ne serait plus à l’ordre du jour.

Je n’oserais pas affirmer le contraire, pour la bonne et simple raison que je ne sais pas comment les gens vivent leur boulot. Je suis convaincu qu’il doit y en avoir pas mal qui s’en foutent du tiers comme du quart, mais je suis tout aussi convaincu qu’il y en a d’autres, sans doute plus même, pour qui il importe de se donner à fond dans leur travail, en exécutant celui-ci de la meilleure manière qui soit.

C’est sans doute une bonne chose, tant pour les entreprises, privées ou publiques, que pour les clients de celles-ci, individuels ou collectifs. Mais à vrai dire, je me demande si c’est toujours une bonne chose pour l’individu lui-même. Bien sûr, tant qu’il s’agit de bien faire son boulot, cela ne peut que lui être profitable. Le problème survient quand cette foutue conscience professionnelle pousse à faire un peu plus que bien faire son boulot. Inévitablement au détriment d’autres choses.

Comment expliquer que le premier dimanche matin que je passe chez moi depuis quatre semaines, enfin en week-end, j’ai la folle idée de dépouiller mon courrier électronique professionnel et la mauvaise surprise d’y trouver un message d’un collègue appelant à l’aide pour un travail qu’il aurait pu tout aussi bien faire lui-même ? Et, surtout, comment expliquer que je décide ni une ni deux de réaliser ce travail séance tenante, rien que pour satisfaire le client qui n’en demandait sans doute pas autant ?

Comment expliquer ma réaction, il y a une dizaine d’années, lorsque, étant en mission au Vietnam, j’ai commencé à ressentir une douleur importante dans le pli du genou accompagnée d’un gonflement de la jambe. Moi qui avais déjà fait, à la même jambe, une thrombophlébite quelques années auparavant, il ne fallait pas me faire un dessin pour savoir ce que j’avais ni ce que je risquais. Mais voilà, à l’époque, cette mission était importante pour mon entreprise. Alors, j’ai continué à la réaliser, en limitant au mieux – sans doute au pire – les quelques mouvements que j’avais à faire pour aller travailler. J’ai fait toute la mission. J’ai pris l’avion du retour, alors que je savais bien que mon mal s’appelait le « syndrome de la classe économique ». J’ai juste demandé à ma tendre et chère de me prendre un rendez-vous chez le médecin dès mon retour… et j’ai abouti – bien sûr – à l’hôpital pour soigner cette veine folle. Je m’en suis sorti – sans doute aussi une question de veine -, mais avec le recul, quelle folie !

Des exemples comme ça, j’en ai d’autres. Il faut être fou. Je m’apprête à partir à Beyrouth, où on ne peut pas dire que tout soit calme, et puis à Batna, en Algérie, où une bombe humaine a fait des ravages il y a peu. Pourquoi ? Parce que mon travail me conduit à aller là-bas. Et que j’ai envie de faire mon travail convenablement.

Conscience professionnelle. Oui, sans doute. Mais n’est-ce pas aussi la science d’être con ? Sans doute aussi. En attendant, je suis comme ça !

mardi 18 septembre 2007

La quatrième voie

Par les temps qui courent, rejoindre le cœur des grandes villes en début de journée est la plupart du temps un chemin de croix. Ça n’avance pas, et on est juste bon à se croiser les bras !

Lorsqu’il faut être à l’heure à un endroit bien délimité, il faut se lever très tôt et espérer que tout ne sera pas entièrement coincé. C’est encore plus vrai les jours de pluie, comme c’était le cas aujourd’hui. Bref, c’est une solution, mais sa probabilité de réussite est relativement faible.

Depuis quelques années, j’en ai découvert une autre : la moto. Que les choses soient claires : je ne suis pas un vrai motard. Juste l’utilisateur ponctuel d’un petit scooter 125 cm3, qui me rend de fiers services !

Ce matin, parcourant les 20 derniers kilomètres de la E411 pour me rendre à Bruxelles, dans des conditions de pluie épouvantables, j’ai senti une grande joie… en utilisant la quatrième voie.

La quatrième voie est l’espace laissé par les automobilistes entre la deuxième et la troisième bandes de circulation. Surtout ceux qui roulent sur la troisième bande. Celle de gauche. Et pour être à gauche, ils se mettent à gauche. Tout à fait. Ils laissent ainsi quasiment la moitié de la bande disponible pour les motos qui peuvent dès lors avancer à une vitesse relativement bonne.

C’est très dangereux, car il peut toujours y avoir un automobiliste distrait ou ignorant la règle. Surtout ceux qui déboîtent de la deuxième bande pour aller sur la troisième, sans regarder leur rétroviseur. Il faut donc à tout instant être prêt à réagir. C’est dangereux, et cela demande une concentration intense.

Mais c’est formidable de voir tous ces automobilistes, coincés dans leur véhicule, qui se positionnent clairement à gauche pour laisser la place libre aux motards. Il se trouve bien sûr toujours l’un ou l’autre qui ignore le principe et reste planté en plein milieu de la bande. C’est vrai, il y en a. Mais ils sont rares. Rien n’oblige les gens à se mettre autant à gauche. Ce n’est en fait qu’une marque de savoir-vivre. Ils n’y gagnent rien, si ce n’est de permettre à d’autres, qui ont fait un autre choix qu’eux, de se déplacer plus rapidement et surtout plus sûrement. Merci.

lundi 17 septembre 2007

Ça ne fait rien, mais…

Ça ne fait rien, mais
Quand un avion tombe,
Même si l'on n'est pas dedans,
C'est un peu sur vous qu'il retombe,
Et même mort il fait une ombre
Plus sombre que celle d'avant.

Dimanche matin, pendant que j’atterrissais à l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris, à bord d’un avion aux couleurs bordeaux et blanc d’Air Madagascar, bien loin, à Phuket, en Thaïlande, un autre avion, aux mêmes couleurs, s’écrasait au sol. 89 morts, 41 survivants.

Comme sans doute tout le monde, à chaque décollage et à chaque atterrissage, j’ai – le temps d’un instant – une angoisse… c’est peut-être la dernière fois.

L’avion est le moyen de transport le plus sûr… mais il y a des avions qui tombent. Et quand ils tombent, on ne sait pas faire grand chose. Juste espérer.

Ce soir, en rentrant de Bruxelles en moto par temps humide, j’avais bien conscience d’être bien plus en danger. Avec cependant l’illusion que s’il se passait quelque chose, je pourrais exercer un certain contrôle. Je sais bien que ce n’est qu’une illusion. Le danger est réel. Plus que lorsque je monte dans un avion. Et pourtant…

Ça ne fait rien, mais
Quand un avion tombe,
Même si l'on n'est pas dedans,
C'est un peu sur vous qu'il retombe,
Et même mort il fait une ombre
Plus sombre que celle d'avant.

Georges Chelon, 1969

vendredi 14 septembre 2007

Les signaux détournés (1)

Après de longs palabres, le gouvernement s’est enfin décidé : dans un souci d’économie et de rentabilisation des espaces publics, les aires de possibles chutes de pierres seront désormais transformées en aires de pique-niques.

L’origine de cette décision qui marquera les esprits est qu’il survient bien moins de chutes de pierres que d’utilisations des aires de pique-niques. À tel point que nos routes sont confrontées à une grande pénurie de tables permettant à tout un chacun de pique-niquer à l’aise dans des conditions confortables. Or, les statistiques ont montré que le pique-nique pris en cours de route est un des meilleurs moyens pour lutter contre la distraction et l’endormissement au volant, deux causes importantes d’accidents.

Bref, comme il y avait des espaces dégagés réservés aux chutes de pierres, mais que ces espaces étaient très peu utilisés, il a été décidé d’installer des tables à pique-nique dans ces espaces souvent situés dans un cadre exceptionnel. Pour prévenir toute critique, le gouvernement a également proposé un nouveau signal routier, qui présente en toute clarté les avantages de ces nouvelles aires de pique-niques.

Certains esprits chagrins ont bien posé la question de l’entretien de ces nouvelles aires : qui s’en chargera ? Il a finalement été proposé que les ambulances des régions concernées soient équipées d’un réservoir spécialement prévu pour réceptionner des sacs poubelles aplatis. À chaque intervention sur les lieux, les ambulanciers seront chargés de jeter dans le réservoir les sacs qui resteraient visibles sur le lieu-dit.

Personne ne semble s’être posé la vraie question : pourquoi prendre une telle décision à l’aube de l’automne, alors qu’on sait bien que le taux de pique-niques chute – c’est le cas de le dire – drastiquement à partir de la mi-septembre ? Ne serait-ce qu’un effet d’annonce, une fois de plus ?

lundi 10 septembre 2007

La mémoire collective des chemins rocailleux

FMG © 2007

Il est de ces moments où l’on se sent plongé, voire plonger, dans une autre vie, une vie d’antan ou de jadis, sans qu’on puisse y faire quoi que ce soit. Ces instants désarçonnants, mais intenses, sont parfois liés à la mémoire d’une configuration de temps et de lieu qui se représente dans un autre temps et un autre lieu, mais avec la même structure.

J’ai vécu une telle sensation lors de mon bref passage à Moroni, capitale des Comores. L’île de Ngazidja est liée à son volcan qui, de loin en loin, se rappelle périodiquement à ses habitants. On dit que la lave ne repasse jamais au même endroit. J’ai habité dans ce qu’on appelle là « La coulée » ou « Le Sahara », allusion à l’éruption qui un jour a tout dévasté sur son passage ne laissant qu’un désert de pierres de lave. Celle-ci ne repasse jamais, dit-on, au même endroit. Et l’homme a repris le terrain à la lave. Il y a construit ses maisons, parfois somptueuses, plus souvent bidonvillesques. Reliant ces maisons, des chemins faits de rocailles de volcan. Les routes des Comores sont criblées de trous… que dire de leurs chemins ?

Rentrant le soir d’être allés manger, nous remontions ce chemin dans le noir, sans trop bien savoir où nous allions. À chaque pas, le pied se posait doucement, prêt à s’adapter aux sillons de pierres et aux aspérités aléatoires. Il faisait chaud. Et nous étions bien ensemble, après une longue journée de travail.

Soudain, je n’étais plus à Moroni à remonter le chemin vers notre maison. J’étais plongé trente-cinq ans – un peu plus, un peu moins – en arrière, à Gratte. J’étais jeune. Nous avions passé une journée entière à travailler la pierre ardéchoise pour restaurer quelque peu ce village perdu sur le mauvais flanc de la colline. Nous avions passé du bon temps à manger, à boire, à chanter, à rire. Et nous étions en train de remonter le chemin qui nous reliait au reste du monde. Nous allions, dans l’obscurité, rejoindre une improbable folie : une fête votive, un bain de minuit… À chaque pas, il nous fallait déposer le pied avec prudence pour s’adapter aux sillons de pierres et aux aspérités aléatoires. Il faisait chaud. Et nous étions bien ensemble, après une longue journée de travail.

Je n’ai pas « pensé » à Gratte. Sans l’avoir voulu, sans aucune anticipation, je m’y suis retrouvé. Avec les sentiments et les sensations de mes 20 ans, et cette douce illusion de croire que tout est possible, que le monde est refait. Je remontais le chemin de l’espoir et du bonheur. Ces rocailles noires, de l’autre bout du monde, avaient reçu la mémoire des pierres rouges de cette Ardèche aimée. J’étais happé par elles. Tout était à nouveau possible, même si ma conscience savait désormais que refaire le monde ne sera jamais qu’une illusion perdue.

Pierre qui roule n’amasse pas mousse, pierre qui taille creuse la source, et pierre qui chemine ouvre la mémoire des rêves.

samedi 8 septembre 2007

Ce qu'il faut pour être heureux

Matisse (Le bonheur de vivre) © 1905-1906

Voici mon centième message sur ce blog. J’avoue qu’en l’ouvrant, il y a un peu moins de 9 mois, je n’aurais jamais pensé atteindre ce seuil symbolique. Je me demandais à l’époque ce que je pourrais bien apporter à l’immense toile, de rives en dérives. Je ne sais si j’ai pu produire quelques étincelles, mais en tout cas j’y ai pris plaisir.

Ce message 100 ne correspondra pas à 100% à ma situation concrète actuelle, mais il témoigne de mon état d’esprit, et c’est le plus important. Il ne sera pas non plus à 100% une production personnelle, puisque – une fois n’est pas coutume – je ferai appel au texte d’un autre. François-Marie Arouet, mon homonyme dont le patronyme me sert de pseudonyme sur l’encyclopédie Wikipédia. Il est d’ailleurs lui-même plus connu sous son pseudonyme : Voltaire. Je le savais libre d’esprit, mais je le croyais bien austère. Jusqu’au jour, cet été, où j’ai découvert ce texte « Ce qu’il faut pour être heureux ». Il y dit de bien belles et libres vérités, celles que moi aussi je souhaiterais dire. Alors, voilà :

Il faut penser ; sans quoi l'homme devient,
Malgré son âme, un vrai cheval de somme.
Il faut aimer ; c'est ce qui nous soutient ;
Sans rien aimer il est triste d'être homme.

Il faut avoir douce société,
Des gens savants, instruits, sans suffisance,
Et de plaisirs grande variété,
Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.

Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,
Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

Il faut, le soir, un souper délectable
Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,
Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
Et sans être ivre, il faut sortir de table.

Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
Le tendre objet que notre coeur adore,
Le caresser, s'endormir dans ses bras,
Et le matin, recommencer encore.

Voltaire, 1694-1778

dimanche 2 septembre 2007

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse

Pour la deuxième fois depuis le début de l’année 2007, j’ai été victime du terrorisme international. À cause de celui-ci, il est interdit maintenant de transporter dans la cabine d’un avion tout récipient, à moins que celui-ci ne soit dans un plastique transparent et qu’il n’ait pas une capacité de plus de 100 ml.

La première fois, en revenant des USA, la KLM nous avait offert une petite maison contenant du genièvre. Mais il nous avait fallu changer d’avion pour arriver en Belgique, et au contrôle, cette petite bouteille avait été confisquée puisqu’elle ne figurait pas dans un plastique transparent !

Depuis lors, j’ai pris plusieurs fois l’avion, avec mon petit sac en plastique, et les quelques récipients dont j’ai besoin : dentifrice, déodorant, gel de douche et after-shave. Pour ces deux derniers, je transvase dans un autre récipient (m’étant déjà fait confisquer en 2006 un flacon de gel de douche, plus grand que 100 ml). La bouteille que j’utilise pour l’after-shave m’accompagne depuis au moins 5 ans. Elle n’a plus d’étiquette, a déjà contenu toutes sortes de marques différentes et je ne la remplis que par petites quantités.

Pour des raisons de liaisons aériennes, j’ai dû passer cette fois par l’aéroport de Marseille. J’en gardais un très mauvais souvenir : la dernière fois que j’y étais passé, on m’avait presque confisqué mon ordinateur sous prétexte que je n’avais pas le papier prouvant qu’il m’appartenait ! Mieux vaut en sourire, sauf à lire la suite !

Cette fois, je sors de mon sac l’ordinateur et le sac transparent avec les quelques récipients. En toute confiance. Mais voilà que la préposée regarde le sac, en sort le flacon d’after-shave, l’ausculte et me dit que cela ne va pas. Je lui dis que tout est en ordre, que j’ai d’ailleurs passé de nombreux contrôles avec ce flacon, et lui demande ce qui ne va pas. Elle me répond :
- Il n’y a pas d’étiquette !
- Oui, je sais, je l’ai enlevée. L’étiquette n’a pas d’importance.
- Mais je ne peux pas savoir si ce récipient est inférieur ou non à 100 ml !
- Vous voyez bien qu’il n’est pas supérieur… vous devez en voir beaucoup de récipients de moins de 100 ml !
- Oui, mais ce n’est pas marqué. Je ne peux pas laisser passer ça. C’est le règlement.

J’ai abandonné. Devant la stupidité, que voulez-vous faire ? J’aurais pu exiger de voir le règlement. Je suppose qu’il y est fait mention de récipients de maximum 100 ml, sans faire état du fait que la capacité du récipient doit être spécifiquement indiquée. J’aurais pu exiger de voir le supérieur de la cerbère, mais il aurait sans doute soutenu sa collègue. Bref, j’ai abandonné et j’ai vu le flacon valser à la poubelle, ce qui a fait le bonheur d’une boutique free-tax à laquelle j’ai racheté un flacon d’after-shave (non sans vérifier qu’il n’était pas supérieur à 100 ml et que c’était bien indiqué).

Avec le recul, j’en veux peut-être surtout aux instituteurs qui ont enseigné les mesures de capacité à cette charmante donzelle. Je suis quasi sûr qu’ils ne lui ont jamais demandé d’estimer la capacité de différents récipients. Elle a sans doute dû faire de nombreuses conversions entre ml, cl, l, dal, etc., exercices totalement inutiles. Mais apprendre à estimer une capacité, cela ne se fait que trop rarement. C’est d’ailleurs un savoir-faire très difficile. Tellement important pourtant. Surtout quand on est chargé de contrôler des récipients. Enfin, rassurez-vous, je ne vais pas en faire un plat. Juste un flacon.

mardi 28 août 2007

Une lectrice

© Roxann Poppe Leibenhaut

Le texte qui suit a été écrit sur la base de la peinture mise en ligne par Lali sur son blog consacré pour l’essentiel aux lectrices. Tous les dimanches, Lali propose une illustration à partir de laquelle chacun est invité à réagir. Un jour, je me suis laissé tenter.

C’était le premier jour de soleil. Enfin ! Presque deux semaines que j’étais arrivé à la mer pour des vacances bien méritées. La pluie en avait décidé autrement. J’avais passé douze jours enfermé dans ma chambre à lire tous ces livres emportés avec moi pour passer le temps sur la plage.

J’en étais au dernier livre de Nicolas Peyrac : « J’ai su dès le premier jour que je la tuerais ». J’en étais à me dire que ce n’était pas en restant dans ma chambre, sous la pluie, que moi aussi je rencontrerais cette femme qui changerait ma vie…

Et puis, le soleil est arrivé. Dès le matin, je suis parti vers la plage. Il n’y avait pas encore grand monde. Je me suis installé, les yeux tournés vers la mer. J’adore passer une journée assis devant la mer à déguster un bon livre. Mes yeux passent des lignes du livre à la ligne d’horizon. Il y a peut-être autant à lire dans ces lettres imprimées que dans cette vaste étendue d’eau qui n’arrête pas de vivre.

Petit à petit, la plage s’est remplie. Normal : je n’allais pas être le seul à profiter de ces rayons de soleil tant attendus. Et elle est arrivée. Une femme parmi d’autres. Mais elle, elle s’est arrêtée devant moi, a bien ausculté l’endroit et s’est assise, là, en plein dans ma vue… ou en plein dans ma vie ! Elle s’est tournée vers le soleil. Peu lui importait la mer. Seul le soleil l’intéressait. Et son livre. J’ai rapidement constaté qu’elle était plongée dans « J’ai su dès le premier jour que je la tuerais », le dernier livre de Nicolas Peyrac. Elle avait visiblement un peu d’avance sur moi.

Nous lisions au même rythme, c’est-à-dire rapide. On n’est pas un grand lecteur pour rien. Mon rythme, ce jour-là, se ralentissait cependant au fur et à mesure du temps. Quand je levais les yeux, non seulement je voyais la mer et ses messages d’eau, mais je la voyais aussi, elle, ma lectrice tournée vers le soleil, ignorant la mer. Ses yeux semblaient ne jamais quitter les pages du livre. Seul son corps était tourné vers le soleil. Son corps qui, il faut bien l’avouer, me troublait. Le fin fuselage de ses jambes qui se dépliaient ou s’étendaient selon ses sensations. L’harmonieuse courbe de son sein que je ne pouvais que deviner derrière les lignes noires et blanches de son maillot, tout comme j’essayais de deviner la fin de l’histoire entre les lignes noires et blanches de mon livre. Son chapeau qu’elle tenait penché vers la mer pour mieux me laisser contempler la finesse de ses traits ensoleillés. Elle restait plongée dans son livre, mais parfois – m’a-t-il semblé – alors que j’étais plongé dans le mien, j’ai pu saisir un regard furtif tourné vers moi. La mer était à sa droite. C’est de ce côté qu’elle aurait dû regarder. Mais il me semble bien que c’était vers la gauche que ses yeux parfois se détournaient. À gauche, il n’y avait que moi.

Alors qu’une fois de plus, je regardais la mer – mais voyais-je encore autre chose qu’elle, ma lectrice ? –, elle a fermé son livre, terminé, s’est levée avec tant de grâce, a replié ses affaires et rempli son sac. Je restais là, assis, feignant de regarder la mer, mon cœur battant de manière vertigineuse. Elle a pris ses affaires, s’est élancée vers sa vie, mais s’est arrêtée un court instant à ma hauteur, m’a regardé de ses yeux lumineux et m’a dit : « La fin n’est pas ce que l’on croit ».