dimanche 29 décembre 2013

Il suffit…

FMG © 2013

Il suffit parfois d’un instant minime, sans raison d’être, sans même s’en apercevoir, pour basculer d’un bord à l’autre, pour se retrouver dans un univers où les mots n’ont plus tout à fait de sens et où les sens sont exacerbés vibrant d’une scansion insoupçonnée.

Il suffit alors de se laisser aller, d’aimer être emporté, de se mettre au diapason de ce qui transforme le monde, de goûter chaque geste, d’ouvrir ses rêves au plus profond des jardins secrets.

Il suffit de croire que tout est possible. Il suffit, la plupart du temps, de le croire pour que tout soit possible. Chaque larme de vie devient alors étincelle. Chaque peur laisse place à la confiance. Chaque spasme construit la plénitude.

Il suffit de la plénitude pour atteindre l’autre bord. On n’en repart jamais tout à fait le même. Une force parfois inconnue, plus souvent complice, anime alors chaque parcelle de l’existence jusqu’à la transformer en essence suprême.

Il suffit enfin d’accepter cet abandon de soi pour se trouver à tout jamais.

mercredi 25 décembre 2013

L'humour a bon dos

Dans les nombreuses expressions d’opinion qui pullulent sur internet, une évolution assez marquée est la position de l’humour pour défendre quelque idée que ce soit. Les protagonistes ne s’en cachent pas : ils auraient le droit de dire ce qu’ils veulent tant que ce n’est que de l’humour. Et si vous ne comprenez pas ça, une seule évidence : c’est que vous manquez visiblement d’humour !

Deux exemples parmi d’autres. En Belgique, après d’autres péripéties, le météorologue Luc Trullemans, future tête de liste aux élections européennes pour le Parti populaire, a publié dernièrement sur sa page Facebook une lettre d’un « bon ami suisse », adressée à « tous nos amis Tunisiens, Algériens, Marocains, Égyptiens, Libyens et tous les autres ». Une lettre dans laquelle l'auteur imagine que ses « amis » quittent la Belgique pour retourner dans leur pays, et que cela rend les Belges tristes. De l’humour bien sûr.

En France, un grand humoriste – Dieudonné pour ne pas le noter – s’est exprimé à propos du journaliste Patrick Cohen (qui a mis l’humoriste sur une liste noire) : « Moi, tu vois, quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage ! ». De l’humour bien sûr.

Le grand argument des défenseurs de ces "humoristes" est qu’on peut rire de tout… et de tous. Je suis assez d’accord avec cette idée. Pour autant que ce ne soit que de l’humour. L’humour, c’est – ce devrait toujours être – la contraction de deux mots : « amour humain ». On peut « se moquer » de quelqu’un qui est devant soi et qu’on aime. On ne peut pas « se moquer » de quelqu’un qui n’est pas là et qu’on n’aime pas. Ça, ça s’appelle de la diffamation ou de la stigmatisation. Pour ne pas utiliser d’autres mots dont je n’aurais moi-même pas le contrôle.

Non, on ne peut pas dire n’importe quoi sous prétexte que ce serait de l’humour. Non, l’humour – pour autant que c’en soit – n’excuse pas tout. D’autant plus que cet « humour » semble aller toujours dans le même sens : celui d’exclure, de nier ou de stigmatiser l’une ou l’autre partie de l’humanité sur la base de critères liés à la nationalité, à la religion, à la langue, au genre…

L’humour n’est souvent devenu aujourd’hui que le plaisir de glisser une peau de banane sous les pas de certaines communautés. Il est bien sûr toujours amusant de voir quelqu’un « se casser la figure » pour l’une ou l’autre raison dans un contexte naturel. Lorsque ce contexte est construit, lorsque la peau de banane n’est là que pour mettre la « victime » dans une situation difficile dont tout le monde devrait rire, ce n’est plus de l’humour.

Au bout du compte, on n’a jamais que l’humour qu’on mérite. À méditer !

lundi 23 décembre 2013

Oorlog is oorlog

Laurence Vray © 2013

Dans la lutte qui oppose actuellement environ 400 Afghans et l’État belge, l’argument massue avancé par la Ministre en charge du dossier, Maggie De Block, est « De wet is de wet » (La loi, c’est la loi). Quelle loi ? On ne sait pas trop. Pourtant, qu’elle le veuille ou non, la situation concerne des citoyens d’un pays où « Oorlog is oorlog » (La guerre, c’est la guerre).

Qui sont ces Afghans ? Ils font partie des millions de réfugiés qui ont quitté ce pays en guerre. La plupart ont trouvé refuge en Iran ou au Pakistan. Ils ne sont que quelques milliers à être arrivés en Europe. Et quelques centaines en Belgique. Ils y sont depuis plusieurs années et la majorité d’entre eux sont « intégrés » : ils ont du travail, parlent flamand ou français, ont des enfants qui vont à l’école… Leur seul problème est qu’ils n’ont pas obtenu les papiers pour être en situation légale et que, depuis 2011, les expulsions ont recommencé.

L’Afghanistan est-il en guerre ? Cette question peut sembler absconde. Pourtant, elle est au cœur du problème. Si ces Afghans n’ont pas obtenu le statut de réfugiés, si certains sont renvoyés dans leur pays d’origine, c’est parce que la Ministre et le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) ont une réponse partiellement négative à la question. Pourtant, l’État belge est bien placé pour savoir ce qu’il en est puisque la Belgique intervient militairement en Afghanistan depuis plus de dix ans ! Cependant, les autorités ne tiennent pas compte du risque pour les minorités religieuses en Afghanistan. La Belgique a d’ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour cette raison.

Que demandent les Afghans ? Simplement, un peu d’humanité. Ils estiment ne pas devoir être considérés comme « un problème migratoire », mais comme des civils venus d’une zone en conflit armé. Ils demandent naturellement une protection au gouvernement. Concrètement, un moratoire sur les expulsions des Afghans serait une première mesure qui permettrait un début de réponse à cette situation dramatique.

Serait-ce la porte ouverte à un nouvel afflux d’immigrés et de réfugiés ? C’est aussi un des arguments qui portent. Si on accordait la moindre ouverture aux revendications des Afghans, ce serait – soi-disant – donner un signal à tous les citoyens du monde qu’en Belgique on peut tout obtenir ! Ce raisonnement est évidemment absurde, mais il marque les esprits. Pourtant, ce n’est pas parce qu’on apporte une réponse ponctuelle à quelques centaines de personnes intégrées et issues d’un pays manifestement en guerre que cela signifierait que les frontières belges sont désormais des passoires !

Les Afghans ont-ils des chances d’obtenir gain de cause ? Malheureusement, vraisemblablement non. Le problème est que la Belgique politique est désormais en campagne électorale. Dans ce paysage, la position de Maggie De Block est une position de force. Elle apparaît pour beaucoup comme le dernier rempart à la montée des nationalistes de la NV-A. Chaque voix que Maggie De Block gagne – et il faut reconnaître qu’elle en gagnera sans doute beaucoup – est une voix de moins pour les nationalistes. Dans un gouvernement de coalition comme on en a inévitablement en Belgique, il est difficile de s’opposer – même pour un premier ministre socialiste – à cette évidence électorale. Or, c’est justement parce que Maggie De Block déclare « De wet is de wet » qu’elle est aussi bien perçue en Flandre (et sans doute ailleurs aussi). Le combat est donc sans doute perdu d’avance, comme le montre assez clairement le refus d’Elio di Rupo de rencontrer les marcheurs afghans qui l’attendent à Mons.

Aux dernières nouvelles, juste au moment du publier ce billet, j’apprends qu’une rencontre sera finalement organisée ce mardi à 11h à Bruxelles au cabinet de Maggie De Block avec Elio Di Rupo. Espérons que ce ne sera pas un dialogue de sourds, mais que le fond du problème sera discuté sereinement, avec un minimum d’humanité plutôt qu’un retranchement superficiel derrière cette loi qui a bon dos.

lundi 16 décembre 2013

Perfection

 FMG © 2013

Pas trop amateur de télévision, je ne regarde en réalité quasiment que le Journal télévisé de la RTBF – du moins quand je ne m’endors pas devant le poste ! Le journal étant terminé, je me permets une petite détente : sur TV5, il y a « Tout le monde veut prendre sa place », diffusée avec au moins trois mois de retard ! Peu importe.

Le challenger du jour – qui s’est incliné devant celui qui est devenu depuis lors le plus grand champion de toute l’émission – était interrogé sur les mathématiques. Avec notamment la question suivante « Comment appelle-t-on un nombre égal à la somme de ses diviseurs ? ». Le challenger a répondu un « nombre premier », mais c’était évidemment faux ! J’attendais la bonne réponse, parce que pour moi aucun nombre n’est égal à la somme de ses diviseurs, sauf éventuellement 1 qui n’a qu’un seul diviseur, lui-même, et donc la somme de 1 égale 1 !

La réponse attendue était les nombres « parfaits ». L’exemple le plus facile est 6, car 1 + 2 + 3 = 6 (et je comprends mieux pourquoi j’ai toujours été attiré par ce nombre) ! En réalité cependant, la question posée était donc inexacte. Il fallait dire « Comment appelle-t-on un nombre égal à la somme de ses diviseurs propres ? », les diviseurs propres étant les diviseurs autres que le nombre lui-même. En réalité, un nombre est parfait si la somme des diviseurs est égale au double du nombre. Donc 1 + 2 + 3 + 6 = 12 = 2 x 6.

Je n’avais jamais entendu parler de ces nombres parfaits et j’ai voulu donc en savoir un peu plus. Ils ne sont pas très nombreux, c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis l’Antiquité, on connaît les quatre premiers : 6 – 28 – 496 et 8128. Avec l’arrivée des ordinateurs, on a pu aller plus loin et – à ce jour – les mathématiciens ont identifié exactement 48 nombres parfaits, le dernier connu étant composé de 115 770 321 chiffres !

Dans cette perfection, il reste un mystère quand même : à ce jour, personne ne sait s’il existe un nombre parfait impair ! C’est fort peu vraisemblable, mais pas impossible en ce sens que personne n’a pu démontrer que c’était impossible.

Je ne vais pas plus m’étendre sur ces nombres, car j’imagine que vous n’y comprenez pas grand chose, pas plus que moi. Mais je retiens quand même quelques constats :
  • la perfection existe : elle est mathématique bien sûr, mais elle existe, même si elle ne sert strictement à rien ;
  • la perfection est rare : dans une infinité de nombres, on n’en a jamais rencontré que 48 à ce jour ;
  • la perfection est mystérieuse : malgré toute la science qu’on a pu développer, malgré les ordinateurs, on n’est même pas capable de dire s’il existe quelque part un nombre parfait impair, ou plutôt on n’est pas capable de prouver qu’il n’en existe aucun, et que donc la perfection pourrait être impaire.
Ce dernier point me semble particulièrement important. Si une vérité aussi simple ne peut même pas être démontrée dans un sens ou dans un autre, vous imaginez le nombre de vérités qu’il est impossible de démontrer, dans un sens ou dans un autre. La vie nous réserve encore beaucoup de surprises !

jeudi 12 décembre 2013

Soixantaine

Ce billet de Réverbères est le soixantième de l’année 2013. Ça me place dans la moyenne de ces trois dernières années, après quatre ans où j’étais deux fois plus productif ! Soixante billets annuels, ça me convient bien. Un peu plus d’un par semaine. Après près de six cent cinquante billets, avoir encore quelque chose à dire, ce n’est finalement pas si mal !

Soixante ! Quel beau nombre ! Ne fut-ce que par sa prononciation. Un des rares mots où le « x » se prononce « s ». Les autres sont d’ailleurs aussi des nombres : six et dix. Sans oublier Bruxelles bien entendu, malgré les nombreux Français qui s’esquintent à le transformer en « ks » !

Soixante ! Quel beau nombre, disais-je donc. Le genre de nombre avec lequel – lorsqu’on apprend à compter – on fait des « tapis » ou des « pyramides ». Tout simplement parce qu’il a de nombreux diviseurs : un, deux, trois, quatre, cinq, six, dix, douze, quinze, vingt, trente… et soixante bien entendu !

UN est diviseur de 60. Ou plutôt UNE. On n’en a qu’une : une seule et unique vie ! La plus belle des merveilles. Celle sans laquelle il n’y aurait rien. Elle n’est pas toujours facile, mais elle est à l’origine de tout. Par elle, on atteint l’infini !

DEUX est diviseur de 60. Si j’étais le seul vivant, cela ne me servirait pas à grand chose. On est fait pour être au moins deux. C’est par ce deuxième, cette deuxième, que la vie se multiplie, s’enrichit, se diversifie. Le pluriel est toujours indispensable.

TROIS est diviseur de 60. Le nombre de base, le plus solide ! Lorsqu’un triangle est formé, il est impossible de le déformer. Pour travailler en groupe, l’idéal est d’être trois. C’est vrai pour tous les groupes, sauf peut-être pour vivre en couple ! Par contre, avoir trois enfants, c’est une belle aventure ! Lumière joyeuse, feu chaleureux, soleil paisible… que de sources de bonheur fécond !

QUATRE est diviseur de 60. Le nombre des principes. Quand on y accorde trop d’importance, on devient carré. Quand on leur donne un peu de souplesse, la vie peut se faire rectangle, losange, parallélogramme, trapèze, rhomboïde, quadrilatère quelconque ou orthodiagonal, voire même quadrilatère concave !

CINQ est diviseur de 60. Famille de cinq enfants. Le cinquième. Ça veut dire que beaucoup de portes sont ouvertes quand on arrive au moment où il faut les ouvrir. Pas toutes : mes frères et sœur m’ont laissé du boulot. Cinq enfants, cela fait cinq personnalités différentes, cinq caractères différents… mais aucun saint !

SIX est diviseur de 60. Le nombre magique. Du moins pour moi. J’ai toujours eu un faible pour le six. Sans doute pour son érotisme. Sans oublier le Numéro 6 qui restera mon héros de feuilleton favori ! (Dans Le prisonnier, pour ceux qui y perdraient leur latin.)

DIX est diviseur de 60. Les doigts de la main, bien sûr. Et la musique. Ce sont les doigts qui la créent. Ils ne sont pas tout seuls dans cette sublimation. Mais ils sont la dernière étape avant la magie. J’ai les doigts fins. Ce n’est pas un hasard.

DOUZE est diviseur de 60. Le nombre de la naissance. Douze du douze. Aussi facile à dire qu’à retenir. Ça fait de moi un sagittaire, ascendant sagittaire qui plus est. Le sagittaire « veut vivre une expérience hors du commun et surtout ne pas ressembler aux autres ! ». C’est mon horoscope qui le dit…

QUINZE est diviseur de 60. L’âge de tous les rêves et de toutes les frustrations. On voudrait ne pas ressembler aux autres, mais on n’est qu’un nabot parmi les nains. Pierre Selos chantait « Il faudra que je m’en souvienne lorsque mon fils aura quinze ans… ». J’ai essayé de m’en souvenir, avec cette cruelle impression de me retrouver à nouveau nabot parmi les nains. Heureusement, il y a les rêves et… la musique !

VINGT est diviseur de 60. On n’a pas tous les jours 20 ans… et j’aurais voulu ne jamais les avoir. Quatre jours plus tôt, il y a juste quarante ans, la voiture de mon frère se faisait écraser par l’arrière. Cela a tout changé. Pour lui. Pour mes parents. Pour moi. À 20 ans, tout est possible. En une seconde, tout était devenu impossible.

TRENTE est diviseur de 60. L’âge où une deuxième vie commence. La première n’était qu’une entrée en matière, pleine de découvertes et de moments incroyables, qui m’ont permis de me construire ou plutôt de concrétiser ce que j’étais. Mais désormais, j’étais DEUX !

SOIXANTE est diviseur de 60. Comme tous les nombres, 60 est diviseur de lui-même. Cela signifie que chaque individu – quel que soit son âge – n’est que la parcelle de sa propre unité. Elle n’est ni une ni indivisible, mais elle est le tout. Soixante ans est un âge comme un autre et je suis aujourd’hui toujours le même que j’étais hier et que je serai demain. Avec toujours les mêmes rêves et les mêmes peurs. En sachant qu’aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie et que c’est très bien ainsi. Bien sûr, 60 est le premier « nombre rond » dont j’ai la quasi-certitude que je n’arriverai pas au double ! Mais d’ici la fin de l’histoire, il reste de beaux nombres et de bons moments à vivre.

Au bout du compte, je retiens surtout l’injonction initiale : « Sois ! ». Elle est à la fois paradoxale – comment ordonner à quelqu’un d’être s’il n’est pas ? – et fondamentale – en dehors d’elle, il n’y a rien. C’est la nécessité et la vérité premières. Sois ! Fidèle à ce que je suis, j’ajouterais bien « Sois sans haine » ! Mais là, ça devient un peu trop moralisateur… Alors, simplement, sois !

mardi 3 décembre 2013

Grâces mâtinées

Quelle affaire, cette histoire de grâces royales ! Non pas le fait qu’elles existent. Mais le foin que cela fait au moment où on apprend qu’elles continuent à exister, malgré le nouveau roi ! Tout le monde s’esbaudit en feignant l’indignation alors qu’en réalité le roi n’a strictement rien à voir avec ça, si ce n’est qu’on lui demande de daigner in fine imposer sa signature.

Sur le fond, ces grâces sont sans doute quelque peu désuètes. Il n’y a pas de raison qu’un chef d’État – qu’il soit roi, président ou ministre d’ailleurs – se substitue au pouvoir judiciaire. Que diable, la séparation des pouvoirs ne remonte-t-elle pas à la Rome antique ? N’est-il pas temps d’appliquer réellement ce principe de base ? L’idée qu’il faut permettre de résoudre certaines situations qui ont évolué est cependant assez pertinente. Faut-il pour autant que la « grâce » soit accordée par le pouvoir politique ? Il y a certainement d’autres pistes à mettre en place, ou simplement à exploiter.

Une des difficultés mises en avant dans le cas présent est que les grâces sont liées pour l’essentiel à des infractions au code de la route et que celles-ci seraient donc banalisées. Les grâces seraient même - s’il faut en croire ce qu’on en dit – une atteinte aux victimes ! D’abord, il convient de constater que les grâces accordées concernent des faits n’ayant entraîné ni blessé ni tué. Ensuite, sans connaître les détails des dossiers, il est évident que toutes les infractions au code de la route ne sont pas absoutes par le simple effet de quelques grâces. Enfin, il serait vain de croire qu’on est moins victime parce que le coupable est puni. Cette évidence quand on y pense est cependant loin de faire l’unanimité… mais c’est une autre histoire !

Au bout du compte, tout cela ne serait rien si la Belgique n’était pas entrée en période pré-électorale. Où – par définition ? – tous les coups sont permis. Il est surprenant quand même de voir comment tous les partis – et bien d’autres – montent au sommet de leur petite échelle pour essayer de poursuivre dans son ascension nauséabonde un parti qui ne cherche qu’à faire parler de lui-même, le reste – le fond du discours – n’étant qu’accessoire.

Voilà des grâces bien mâtinées de stratégie politico-politicienne !

lundi 4 novembre 2013

Sans ces hauts

S’il n’y avait les hauts (surtout) et les bas (parfois), la vie ne serait pas la même. Cela tient souvent à peu de choses. On rêve, puis la réalité n’est pas tout à fait semblable au rêve. Alors, on se morfond. Sans rien voir dans le marc de café, on finit par en avoir marre. Sans ces hauts, on sombre en bas. Pourtant, il n’y a pas de quoi.

Prenez une machine à café, par exemple. Vous l’achetez toute neuve et elle vous fait du café de rêve. Vous pensez avoir décroché le nirvana, puis petit à petit vous déchantez : votre café devient de plus en plus court, alors que vous l’adorez long ! Tous les matins, vous espérez que le miracle arrivera, que votre tasse à nouveau se remplira d’une bonne dose de café. Mais si l’espoir fait vivre, ce n’est pas lui qui vous enivre. Inexorablement, le niveau de café diminue. Drastiquement.

Vous finissez par vous dire soit que vous vous êtes fait avoir, soit que ces machines ne sont plus ce qu’elles étaient, soit que les changements climatiques ont décidément de bien curieuses conséquences… Bref, vous finissez par désespérer ! Peut-être alors pensez-vous qu’un petit détartrage de la machine vous satisferait d’aise. Vous agissez, mais agir sait ne rien changer ! Le volume de café continue à s’abaisser, je sais !

Un jour, étincelle d’intelligence ! Vous vous dites que le problème réside peut-être du côté du support qui contient la dosette ! L’idée n’est pas bête, mais qu’y faire ?

Deux choses, sans savoir laquelle des deux s’impose ! Il vous faut décalcariser le dit support. Par exemple – soyons fous ! – en le faisant bouillir dans un bain de vinaigre blanc. Une bouilloire électrique peut faire l’affaire (ce qui permet en passant d’enlever tout le calcaire enrobant la résistance), mais finalement on peut aussi envisager un simple récipient mis à chauffer. D’accord, cela ne sent pas particulièrement bon, mais c’est naturel… Pas sûr pourtant que ce soit réellement efficace.

Alors, il faut faire appel à une épingle ! Vous retournez le support à dosette et – au centre – vous enfoncez la pointe de votre épingle jusqu’à ce qu’elle pénètre insidieusement, mais amoureusement, un petit trou protégé. Vous remuez doucement. Vous essayez d’autres voies d’accès. Comme souvent, il y en a trois. Autant les utiliser toutes !

À ce moment, selon vos convictions, vous faites ou non l’une ou l’autre prière. Mais – surtout – vous remettez le support en place, vous placez la ou les dosette(s), vous remplissez le réservoir d’eau, vous allumez l’appareil, vous poussez sur le bouton ad hoc – avec beaucoup d’amour – et vous attendez ! Miracle, une tasse de café bien remplie, délicieuse, onctueuse…

Comme quoi, il faut peu de choses pour faire un homme heureux. Sans ces hauts…

jeudi 31 octobre 2013

Châtaignes grillées

Je viens de terminer la dégustation d’une bonne vingtaine de châtaignes grillées. Je les ai ramassées le week-end dernier. J’ai beaucoup de chance : il y a plusieurs châtaigniers dans le jardin et il suffit de se pencher pour les recueillir. Le mieux alors est de les laisser sécher quelques jours. Après les avoir entaillées, je les grille ensuite à la poêle recouverte d’un couvercle. Dix à quinze minutes… et c’est le plaisir suprême. Délicieux !

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé ça. Grâce à ma Maman. Je ne sais plus trop si elle aimait aussi ce plaisir simple. Elle aimait les « marrons glacés », ce qui revient un peu au même, mais en plus sophistiqué. Mais ce qui est sûr, c’est que Maman m’a appris à griller les châtaignes et à en raffoler.

Il y a bien sûr les châtaignes que l’on peut acheter, crues ou déjà grillées. Elles sont alors plus grosses que celles qui sont ramassées dans nos bois brabançons. Leur goût est peut-être plus subtil. Je ne sais pas. Ce qui me plaît, c’est de ramasser ces fruits secs fournis en abondance par nos arbres et de les déguster ensuite, sans frais, juste pour le plaisir du goût.

Un goût – et une odeur – particuliers, j’en conviens. La femme de ma vie n’aime pas trop cela, ni le goût, ni surtout l’odeur. Elle connaît cependant mon ravissement saisonnier. Elle l’accepte. C’est aussi cela l’amour !

Finalement, ce billet n’a peut-être d’autre ambition que celui de célébrer les deux femmes qui comptent le plus pour moi : ma Maman, disparue il y a juste un an, et ma Femme, encore et toujours présente à mes côtés. Elles me réchauffent, les doigts comme le cœur, tout comme ces exquises châtaignes.

samedi 26 octobre 2013

Aide sociale à petit prix

On fait grand cas en Belgique des problèmes de gestion du Samusocial bruxellois. Cette ASBL, financée essentiellement par les fonds publics, a pour vocation de venir en aide aux personnes en grande précarité sociale, mais il semblerait qu’elle fasse aussi autre chose avec l’argent dont elle dispose. Notamment, elle rémunère sa directrice.

Il y a d’autres éléments peu clairs dans la gestion financière du Samusocial, comme l’indique le rapport de l’Inspection des Finances, mandatée par la Commission communautaire commune (Cocom). N’ayant pas connaissance des éléments de fond, je me garderai de porter le moindre jugement sur l’affaire. Ce sera fait en temps utile par les instances habilitées.

Mais la question de la rémunération de la directrice interpelle chacun d’entre nous. Plus de 200 000 euros par an, c’est beaucoup. Beaucoup plus en tout cas que ce que gagnent la plupart des citoyens belges. Je suis interpellé, mais pas scandalisé.

L'aide sociale, organisée par la loi du 8 juillet 1976 organique des CPAS, vise à permettre à toute personne vivant sur le territoire belge de mener une vie conforme à la dignité humaine. Le Samusocial est un des outils de cette aide sociale. En soi, il n’est pas dit pour autant que les personnes qui s’occupent de cette aide sociale doivent vivre dans les mêmes conditions que celles qu’elles aident. En soi, il n’y a aucune raison que – parce qu’on travaille dans le social – on ne puisse pas jouir d’une rémunération adaptée au niveau de responsabilité et à l’investissement requis.

Qu’on me comprenne bien. Pour moi, une rémunération supérieure à 100 000 euros est de toute façon surfaite. S’il n’y avait personne qui gagnait plus de cette somme pour son travail, il y aurait beaucoup plus d’argent disponible pour rémunérer tout le monde, de manière équitable. La question n’est pas là.

La question est de savoir si, parce qu’on travaille dans le social, on doit automatiquement gagner moins qu’ailleurs. Ma réponse est clairement « Non » !

Au contraire, ceux qui travaillent dans le social occupent des fonctions qui me semblent bien plus importantes que beaucoup d’autres. Il me semble normal que cette importance soit valorisée. Non seulement pour les cadres, mais aussi pour tous les travailleurs sociaux. Il devrait en être de même dans les secteurs éducatifs ou de la santé.

S’offusquer de ce que gagne – ou de ce que devrait gagner – un travailleur social en comparaison des revenus – parfois inexistants – des personnes qu’il accompagne me semble faire de ces travailleurs sociaux des « sous-travailleurs ». Et ça, c’est un scandale !

Il faut évidemment garder un certain équilibre. La directrice du Samusocial gagne – à mes yeux – clairement trop d’argent. Même si assumer des responsabilités importantes exige un investissement complet – que je ne voudrais personnellement pas vivre – et/ou des compétences qui ne sont pas nécessairement le lot du commun des mortels, il n’y a pas de raison de gagner autant, alors que la majorité des personnes se battent pour boucler le budget familial mensuel au prix de sacrifices et de choix épineux. Salaire trop élevé donc, oui. Mais pas parce qu’elle est directrice du Samusocial.

vendredi 25 octobre 2013

Retour au peuple légitime

FMG © 2005

Aujourd’hui, les Malgaches votent pour le premier tour de l’élection présidentielle. Une élection dont on ne parlera sans doute pas beaucoup, mais qui revêt une grande importance pour Madagascar. Elle survient plus de quatre ans après le remplacement d’un Président par un autre, poussé par des mouvements populaires et par l’armée.

Il est trop tôt pour dire si ces élections, tant attendues, tant promises, auront un quelconque impact positif sur la vie quotidienne des Malgaches. En réalité, c’est malheureusement fort peu vraisemblable. Si le Président sortant a trouvé – notamment – sa place grâce à des mouvements de foule, cette forme de « légitimité » populaire ne l’a pas amené à bouleverser dans un sens positif la vie de ses concitoyens. L’arrêt de l’aide internationale y est évidemment pour beaucoup (elle a depuis lors repris et on peut espérer qu’elle augmentera encore désormais). Mais il n’est pas sûr que ce Président auto-proclamé ait réellement cherché à améliorer la réalité du peuple qui l’avait – en quelque sorte, pas certaine – porté au pouvoir. Il semble qu’il a surtout cherché à garder celui-ci et à empêcher son prédécesseur de revenir.

Aujourd’hui, ces élections redonnent enfin le pouvoir – enfin, du moins, un certain pouvoir ! – au peuple légitime. Il n’y aura pas de miracle. Même si les anciens présidents se sont vu interdire leur candidature, le petit jeu politique reste ce qu’il est et certains candidats, y compris parmi les deux qui iront au second tour, ne sont sans doute que des marionnettes. De plus, il est évident que ce n’est pas parce qu’un nouveau président serait élu, avec toute la légitimité démocratique qui fait défaut depuis 2009, qu’il pourrait d’un coup de baguette magique changé la réalité quotidienne, si difficile, des Malgaches. Il suffit de savoir que, selon la Banque mondiale, 92% des Malgaches vivent avec moins de 2 dollars par jour pour se rendre compte des difficultés permanentes de ce peuple si extraordinaire.

Il faudra donc attendre pour voir si ces élections annoncent de réels changements (et j’avoue être relativement sceptique). Il n’empêche, le retour à la légitimité populaire est en soi une excellente nouvelle. La démocratie est ce qu’elle est, pleine de défauts et de limites. Mais l’absence de démocratie est pire encore. Et la démocratie passe par une formalisation des règles d’accès au pouvoir. Il est sans doute certaines révolutions, dans l’histoire de l’humanité, qui ont permis de jeter aux oubliettes des pouvoirs qu’il valait mieux voir disparaître. Mais ces révolutions ne peuvent trouver une réelle légitimité que lorsqu’elles débouchent sur un véritable système démocratique où le peuple dispose, de manière organisée et structurée, le droit de choisir ceux qui géreront leur cheminement et leur développement socio-économico-politique.

Espérons que cette journée ne soit pas pour Madagascar et surtout les Malgaches comme un fétu de paille…


lundi 14 octobre 2013

Travailleur forcé bénévole ?

Visiblement, la campagne électorale belge a commencé. Chacun y va de sa petite idée pour attirer les foules. La dernière en date, du côté des libéraux mais pas que… (et ils ne font que reprendre une idée émise depuis longtemps par ailleurs) : faire travailler bénévolement les chômeurs ! Entre le « c’est une excellente idée et il faut les obliger » et le « c’est stupide, scandaleux et inutile », il y a place pour plusieurs positions nuancées. Celles-ci n’apparaissent malheureusement pas trop dans le débat : ce n’est pas vendeur !

Il est troublant de constater le nombre de personnes – y compris (surtout ?) parmi les politiques – qui pensent que les chômeurs sont des profiteurs qui abusent de « l’assistanat » et qu’il est donc important de mettre au pas en les obligeant à travailler. Bénévolement qui plus est puisqu’ils reçoivent déjà assez d’argent comme ça ! Quelle lamentable perception des choses ! S’il y a certainement des abus, comme partout, la plupart des personnes qui sont au chômage ne demanderaient pas mieux que d’avoir un emploi correct et rémunéré convenablement. Ce ne sont pas eux qui ont demandé d’être au chômage. C’est « la société » qui est incapable de leur fournir un travail, pour de nombreuses raisons, dont les principales sont sans doute à chercher du côté de la quête effrénée du profit à tout prix, en se souciant peu de l’humain.

Obliger les chômeurs à travailler bénévolement est à la fois irrespectueux des chômeurs et des travailleurs. Les chômeurs parce qu’on les transforme en travailleurs forcés, sans même leur accorder le salaire approprié. Les travailleurs parce qu’on leur fait comprendre qu’eux aussi, finalement, pourraient travailler bénévolement.

Prétendre d’autre part qu’il n’y a place pour aucune discussion et qu’on ne peut envisager aucune activité professionnelle pour les chômeurs en dehors d’un contrat de travail classique et rémunérateur, c’est sans doute aussi être trop extrême dans l’approche de cette dure réalité.

N’y a-t-il pas place pour des solutions intermédiaires, respectueuses de tous et de tout, dans un modèle « win-win » ? Permettre à des chômeurs de réaliser des travaux de service social utiles à la communauté. J’écris bien « permettre » : la notion d’obligation ne me semble avoir aucun sens dans ce débat. Sur une base volontaire, les chômeurs devraient pouvoir exercer des tâches non pas subalternes, mais socialement reconnues et valorisées. Pour la beauté du geste ? Non, il n’y a aucune raison de faire cela « bénévolement ». Un système d’avantages devrait pouvoir être mis en place, de telle sorte que ce travail ne soit pas équivalent à une mise au travail. Justement pour ne pas dévaloriser celle-ci, pour que le demandeur d’emploi soit effectivement incité à trouver un emploi, un vrai, dans le cadre d’un contrat de travail officiel et rémunérateur.

L’objectif de telles mesures ne serait pas du tout que les chômeurs impliqués « méritent » leur allocation de chômage. Ils la méritent parce qu’ils n’ont pas de travail, par solidarité sociale. Point barre. L’objectif serait plutôt de leur offrir une voie concrète de réinsertion socio-professionnelle, tout en étant utile à la communauté. Certains n’ont d’ailleurs pas attendu un quelconque encadrement de cette perspective pour s’y inscrire résolument. Ils sont cependant une minorité. Est-il si naïf de croire que notre société pourrait s’organiser pour développer des pistes actives et concrètes dont tout le monde sortirait vainqueur ?

samedi 12 octobre 2013

Pas mort pour rien

Thomas. 20 ans. Mort ce vendredi, à Louvain-la-Neuve. Après une guindaille bien arrosée. Bêtement. Aurait pu n’être qu’un banal fait-divers. Stupide, mais banal. Le père de Thomas, avec beaucoup de dignité, ne l’entend pas ainsi. Son fils est mort pour avoir trop bu, trop fait la fête. Alors, il veut qu’au moins, il ne soit pas mort pour rien.

Dans une lettre ouverte à tous les étudiants qui font la guindaille, le père de Thomas dit aux jeunes : « Mobilisez-vous contre l’excès d’alcool dans les soirées » !

Il est impossible de dire comment ce message sera reçu. Beaucoup le liront, se diront qu’il a raison, et partiront faire la fête sans se priver de boire. En étant convaincu que c’est la seule solution pour s’amuser. Les jeunes d’aujourd’hui imaginent difficilement qu’il est possible de se marrer sans être bourré. L’alcool est banalisé : il est abondamment consommé par des jeunes de plus en plus jeunes. Sans contrôle d’eux-mêmes. Seule la guindaille compte.

Pourtant, je cite ma fille, ancienne étudiante : « Baptisée, j'ai pu profiter des guindailles en n'abusant que très rarement de l'alcool. OUI, on peut s'amuser sans boire ! ».

Tout le monde est concerné. Tout le monde se sentira concerné en lisant la lettre ouverte de ce père qui, blessé au plus profond de lui-même, ose montrer du doigt – sans jugement – ce véritable fléau qu’est l’alcool auprès des jeunes. Auprès d’ailleurs de tous ceux – jeunes ou moins jeunes – qui n’envisagent de faire la fête qu’en consommant une bonne quantité.

Si cette lettre ouverte faisait réfléchir quelques jeunes, quelques personnes… si un peu moins d’alcool était consommé dans les guindailles, dans les fêtes… si certains essayaient, ne fut-ce qu’une fois, à s’amuser sans boire, alors – peut-être – Thomas ne serait-il pas mort pour rien. Puisse cette lettre être lue, intimement, par le plus grand nombre.

jeudi 26 septembre 2013

Sagrada Familia

Ayant publié sur mon mur FB une vidéo montrant à quoi devrait ressembler, en 2026, la cathédrale Sagrada Familia, dessinée par Gaudi, un de mes amis – dont j’avoue ne pas toujours suivre le cheminement intellectuel, mais néanmoins ami – a commenté : « Dieu en demandait-il autant ? ». Bien sûr que non. Dieu n’a rien demandé. C’est l’homme qui lui offre.

Cette question reflète bien ce qui me semble une conception tout à fait erronée de Dieu, et faussant donc fondamentalement la compréhension que l’on peut avoir de la « chose religieuse ». Cette conception est anthropomorphique. Elle se représente Dieu à l’image de l’homme ! Et donc, dans ce cas-ci, d’un « quelqu’un » qui demanderait quelque chose !

Quel orgueil en fait de penser que Dieu – s’il existe – ressemblerait d’une manière ou d’une autre à l’homme ! Si la Genèse (1:26-27) déclare que « Dieu dit : ’’Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance’’ », elle ne dit évidemment pas l’inverse. Si nous sommes éventuellement à l’image de Dieu, c’est justement dans notre part immatérielle, et certainement pas dans toutes nos contingences et nos limites liées à notre statut d’être humain, simple animal parmi les animaux.

Chaque fois que l’homme imagine que Dieu lui ressemble, il réduit celui-ci à ses propres turpitudes et enferme l’humanité – sans parler de l’univers – dans une vue totalement étriquée. La fanatisme religieux trouve son origine dans cette conception : comme « l’homme est un loup pour l’homme », certains s’imaginent que Dieu est aussi un loup qui ne souhaite que la destruction de ceux qui ne le reconnaissent pas comme l’Être supérieur par excellence. Cette conception fausse aussi la réflexion en cas de catastrophe, naturelle ou humaine : « Comment Dieu peut-il permettre cela ? ». À nouveau, si Dieu existe, il ne permet rien du tout. Ce n’est pas lui qui décide de ce qui est ou n’est pas.

Mais alors, qui est Dieu et à quoi sert-il ? À vrai dire, je n’en sais rien et je ne cherche pas à le savoir, puisque de toute façon c’est impossible. Étant de culture chrétienne, je retiens que « Dieu est Amour ». S’il sert à quelque chose, ce ne peut donc être qu’à une seule chose : à aimer ! En disant cela, je suis loin de le réduire à une image anthropomorphique, car si l’homme peut lui aussi effectivement aimer – et ne cherche sans doute que ça – il faut bien reconnaître qu’il le fait de manière très imparfaite.

Au bout du compte, fallait-il construire à Barcelone cette cathédrale invraisemblable (que je n’ai jamais vue en vrai) ? Pourquoi pas ? C’est une manière comme une autre de se rapprocher – ou de croire se rapprocher – d’un amour divin. Et tout ce qui élève l’homme est, selon moi, bon à prendre, pour autant bien sûr que cela ne l’amène pas à se détourner de la vraie réalité humaine, avec toutes ses vicissitudes et ses limites.

jeudi 5 septembre 2013

Le goût de l'interdit

Tout à l’heure, marchant quelques mètres sur le trottoir, j’ai soudain vu un mégot de cigarette encore allumé, et – l’instant d’une seconde – j’ai eu la furieuse envie de le ramasser et de le terminer, ressentant soudainement un goût merveilleux de folie. Un goût que je connais depuis une cinquantaine d’années. Le goût de l’interdit.

Je n’ai pas ramassé le mégot. L’envie n’a duré qu’une seconde. Mais cette seconde fut remplie d’images, de parfums et de sensations. Il y a une cinquantaine d’années, alors que je n’étais qu’un enfant, je découvrais la cigarette. Et mes premiers émois étaient notamment liés à ces mégots que je ramassais pour les terminer. C’était la découverte du goût du tabac et de la nicotine, mais surtout sans doute le goût de l’interdit. C’était merveilleux.

Élevé dans un contexte catholique, je n’oubliais pas la réponse à une des questions du catéchisme : « Dieu voit tout, Dieu sait tout, même nos pensées les plus secrètes ». Et j’étais terrifié. Personne ne voyait que je ramassais ces mégots. Du moins, je m’en convainquais. Mais j’avais beau faire, je savais que Dieu, lui, voyait. À vrai dire, j’étais terrifié, mais cet acte de bravoure n’en avait que d’autant plus de sel. J’osais même braver le regard de Dieu, vous imaginez. Je savais que ce n’était pas bien, que je risquais de terminer en enfer, mais j’osais quand même. C’était envoûtant.

Je suis devenu fumeur. Puis, j’ai arrêté, il y a 35 ans. Je n’ai jamais eu envie de recommencer. Sauf ce matin. L’instant d’une seconde. Mais dans cette envie furtive, ce qui m’excitait, ce n’était pas la cigarette. C’était ce goût mystérieux de l’interdit. Rien que le fait de ressentir encore cette curieuse sensation, cet attrait irrésistible, je me suis senti léger et libre. Comme quoi…

dimanche 1 septembre 2013

Guide peu sûr

Allant découvrir l’excellent Festival des Granges, près de Bar-le-Duc, je devais donc me rendre en cette ville. Mon GPS – loin d’être un haut de gamme – refuse de prendre en compte à la fois la carte du Benelux et celle de France. Bref, lorsque je me rends dans ce merveilleux pays, je suis obligé de programmer un trajet jusqu’à la frontière et une fois celle-ci passée de reprogrammer un nouveau trajet. Pas très pratique, mais c’est comme ça.

Après avoir étudié les possibilités sur plusieurs sites de calcul d’itinéraire – étonnant de constater qu’ils donnent tous un parcours différent – je choisis de prendre comme première direction la frontière située tout près de Longwy. Ce choix résultait essentiellement du fait que j’ai dû me rendre plusieurs fois à Longwy cette année pour raison professionnelle… et que connaissant donc le lieu, cela me semblait un bon choix.

Arrivé à Longwy, je ne reprogrammai pas immédiatement mon GPS. Est-ce pour cela qu’il m’invita à continuer ma route sur l’E411, mais j’avoue que je fus étonné de me retrouver à un certain moment sur l’A31 du côté de Metz. Sans me poser trop de questions, je continuai ma route, ou plutôt mon autoroute ! J’arrivai à Bar-le-Duc après avoir parcouru 384 km de mon domicile et j’étais bien content !

Lorsqu’il me fallut repartir, je reprogrammai le dit GPS vers Longwy. Sauf erreur de ma part, il m’indiqua une distance de 197 km. Je partis, mais après 500 m, je ratai la route qu’il m’indiquait à un rond-point et partis dans une autre direction. Très rapidement, je me rendis compte que je m’embarquais dans une mauvais voie, mais quelle ne fut pas ma surprise de constater que la distance jusque Longwy était passée à 165 km. Par la grâce d’une erreur, je venais de gagner 32 km ! Je continuai donc ma route. Bien agréable au demeurant : de belles petites routes, pleines de découvertes !

Arrivé près de Verdun, mon cher GPS me pria de prendre l’autoroute A4 pour me diriger vers Metz. N’ayant pas trop d’idée où j’étais, je m’apprêtais à obéir à la machine quand je constatai que cette autoroute était payante ! Comme cela ne me réjouissait guère et que j’aimais bien les petites routes, je me décidai à continuer vers Verdun. À ce moment-là, la « voix » ne fut pas très contente et me pria plus d’une fois de faire demi-tour dès que possible, en respectant les consignes de prudence. C’est avec un certain plaisir que je refusai obstinément toutes ces injonctions qui me semblaient débiles !

À un certain moment, mon GPS se rendit à la raison et me laissa continuer ma route, non sans me dire qu’il me fallait parcourir 65 km jusque Longwy. Je fus stupéfait. Une minute plus tôt, il me promettait encore dans les 120 km, voire plus. Par mon simple refus d’obéissance, je venais de gagner une soixantaine de kilomètres !

Ma route fut des plus plaisantes. Il n’y avait personne sur des routes agréables entourées de beaux paysages. Il fallait juste ralentir dans les quelques villages traversés, sans que cela ne ralentisse vraiment le chemin. Je rejoignis Longwy où, grâce à ma connaissance de la ville, je pus facilement retrouver les pompes à essence luxembourgeoises et continuer ma route dans les meilleures conditions.

Arrivé à la maison, j’avais cette fois parcouru 306 km depuis Bar-le-Duc, au lieu des 384 du trajet aller. Un gain de 78 km, soit un gain de 20% sur le trajet total, mais en réalité de 40% sur le trajet Longwy-Bar-le-Duc !

Cette histoire est banale et ne vaut sans doute pas la peine d’être racontée, mais quand même, ça fait une sacrée différence ! Je n’étais même pas plus en sécurité sur les autoroutes. J’y consommais certainement plus. Et le temps de voyage était plus rapide par les petites routes. Alors, pourquoi mon GPS m’a-t-il envoyé par un tel détour ? Je ne lui faisais déjà pas trop confiance avant, mais maintenant je sais vraiment qu’il est un « guide peu sûr » ! Et ça ne m’amuse pas trop !

vendredi 30 août 2013

Notre Terre poubelle

FMG © 2013

Notre Terre est-elle une poubelle ? C’est en tout cas le message de cette œuvre toute récente – Globe – créée  par Maarteen Vanden Eynde dans le cadre de l’Espace rural d’art contemporain Vent des forêts, en Meuse du Sud, à quelques kilomètres de Bar-le-Duc. Depuis 1997, des artistes du monde entier viennent y créer chaque année des œuvres réalisées en collaboration avec les habitants et les artisans locaux. Un véritable musée à ciel ouvert, dynamique, naturel et profondément humain. À voir !

L’œuvre de Vanden Eynde est installée sur le site de l’ancienne décharge de Rupt-devant-Saint-Mihiel, réhabilitée en juillet 2013. « Une petite pelote s’est mise à rouler. Elle a grossi en emportant avec elle une collection d’objets, détritus du quotidien ou évocation d’un temps passé, avant de se stopper sur le site de l’ancien dépotoir du village. À travers elle, l’histoire locale se dessine, teintée d’une multitude de vies et de métiers, tous entremêlés en un ensemble de souvenirs. »

Il y a là une réelle majestitude à transformer en grandiose une des réalités les plus sinistres de notre monde. Cela n’enlève rien au drame que nous sommes en train de vivre. Car même si la gestion des déchets s’est fortement améliorée ces dernières années, on ne peut que constater partout et toujours qu’il en reste ici et là et qu’ils font partie du paysage. On peut s’enfermer dans cette sinistrose universelle. On peut aussi la transcender, comme le fait cette œuvre.

Elle est perdue sur un bas-côté d’une petite route départementale. Elle ne sera sans doute jamais une des grandes œuvres d’art mondiales. Mais elle porte notre monde au-delà de sa triste réalité. Elle réussit à faire du beau là où il n’y a que le laid. N’est-ce pas là un des messages fondamentaux que peut nous apporter l’art ? Et quand il est un art rural, profondément ancré dans l’art contemporain, mais fondé sur la réalité, n’atteint-il pas la vérité ultime, celle de la vie ?

vendredi 23 août 2013

Hockey, OK

Avec effroi, je constate que je suis un père indigne ! Voilà 20 ans que mon fils joue au hockey, véritablement passionné par ce sport. Sauf erreur, je n’ai assisté durant tout ce temps qu’à un seul match, auquel je n’avais rien compris ! Et voilà que depuis le début de la semaine, je regarde un match par jour, devant la télévision, et que je prends plaisir à vibrer aux exploits des belges dans ce championnat d’Europe.

Si nos compatriotes n’étaient pas aussi brillants, il est vraisemblable que je ne suivrais pas cette compétition. Mais au-delà de cette fibre patriotique, je dois bien avouer que je découvre un sport plaisant, avec plusieurs qualités.

D’abord, la rapidité. Non seulement la balle roule à grande vitesse, fuse littéralement, mais il y a vraiment de superbes accélérations, avec des courses exceptionnelles des joueurs.

Allant de pair avec cette rapidité, il y a la correction, voire le fair-play, des joueurs. On ne discute pas beaucoup. Une faute est sifflée et elle est directement jouée par l’autre équipe. Pas de perte de temps, pas de palabres inutiles. On joue. Même quand un joueur reçoit une carte qui l’oblige à se retirer du jeu pendant 2 ou 5 minutes, il n’y a pas de réaction stérile. Le joueur se retire et revient quand il le peut. De plus, une mi-temps dure 35 minutes, ni plus, ni moins. Le temps se décompte petit à petit, (normalement) sans s’arrêter. On sait exactement quand la partie se termine, ce qui permet une belle gestion du temps, sans devoir passer par des « arrêts de jeu ».

Les rotations entre joueurs contribuent à ce mouvement rapide. C’est à peine si on se rend compte que des joueurs sortent et sont remplacés par d’autres. À nouveau, pas de perte de temps démonstrative, comme cela se passe au football.

Les règles semblent être assez contraignantes, mais elles font partie du jeu. La balle ne peut pas toucher un pied, surtout dans le cercle. On n’hésite donc pas à envoyer une balle vers un pied adverse pour obtenir un penalty-corner. Cela fait partie de la stratégie. Règle aussi dans le maniement du stick : notamment, seul le côté plat peut toucher la balle. Pour débouler tout au long du terrain, il faut donc une grande technicité permettant une maîtrise parfaite.

Enfin – et ce n’est pas la moindre des qualités – c’est un sport tant masculin que féminin. C’est vrai qu’aujourd’hui, c’est le cas de quasiment tous les sports. Mais ce n’est quand même pas fréquent d’avoir dans le même championnat, au même moment et au même endroit, un tournoi masculin et un tournoi féminin.

Bref, beaucoup de plaisir dans cette découverte ! Et dire qu’il y a près de 20 ans que ce sport est entré chez moi ! Bon, fiston, quand il y a un chouette match à voir, préviens-moi. Je te promets de venir voir ça !

samedi 17 août 2013

Nombre d'or

FMG © 2013

Du fait d’un livre, nous sommes actuellement assez branchés sur le nombre d’or et la suite de Fibonacci, en nous émerveillant sur leur réalité mathématique et leurs (supposés ou non) prolongements qu’on en trouve dans la nature, l’architecture, la vie quotidienne…

Pour faire court, le nombre d’or est une proportion qui définit le rapport entre deux segments : a et b, a étant le plus grand. Si (a+b)/a = a/b, alors a/b est le nombre d’or. Vous n’avez rien compris, cela n’est pas grave ! Ce nombre d’or est égal approximativement à 1,618 033 988 7 pour s’arrêter à dix décimales, mais ça continue en réalité indéfiniment. Ce nombre se retrouve dans la nature (dans les capitules du tournesol), dans l’architecture (Le Corbusier) ou dans la vie quotidienne (le rapport entre la longueur et la largeur de nos cartes de banque)… Certains y voient une clé explicative du monde, mais ça, c’est une autre histoire.

Le nombre d’or est fortement lié à la suite de Fibonacci dans laquelle chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, etc. Plus on avance dans la suite, plus le rapport entre deux nombres qui se suivent est proche du nombre d’or. La suite a elle-même des tas de propriétés intéressantes et permet notamment de dessiner des spirales d’or, comme le montre le monument photographié ci-dessus, situé à La Panne.

Dans les discussions que nous avons eues à partir de tout cela, une bête question a surgi, mais qui paraissait une bonne question au départ : y a-t-il dans la suite de Fibonacci plus de nombres pairs que de nombres impairs ? Sur la base du début de la suite repris ci-dessus, il y a 4 nombres pairs (0, 2, 8, 34) pour 5 nombres impairs (1, 3, 5, 13, 21). Si on prend le nombre suivant (55), on aura 4 nombres pairs pour 6 nombres impairs. Et ainsi de suite. Il y aurait donc toujours plus de nombres impairs. En apparence du moins.

En effet, il est évident que la suite de Fibonacci est infinie : on peut toujours additionner les deux derniers termes pour en obtenir un plus grand. Ce qui fait qu’au bout du compte, il y a aussi une infinité de nombres pairs dans la suite tout comme il y a une infinité de nombres impairs. En d’autres termes, il y a dans la suite autant de nombres pairs que de nombres impairs, à savoir l’infini. Plus intéressant encore, il y a autant de nombres pairs dans la suite que de nombres « tout court ». Une partie du tout est donc égale au tout ! Selon Richard Dedekind, ce paradoxe définit d’ailleurs l’infini : un ensemble infini se caractérise par l'équivalence entre le dit ensemble infini et une de ses parties propres de ce point de vue.

N’est-ce pas merveilleux ? Confucius a dit une sentence importante : « Le tout est plus grand que la somme des parties ». Cette affirmation est lourde de sens, notamment en pédagogie dans le cadre de ce qu’on appelle l’approche par compétences. La compétence est en effet plus grande que la somme de tous les savoirs et/ou savoir-faire qui sont nécessaires pour la concrétiser. Voici que je découvre (enfin, je ne fais que l’apprendre… d’autres l’ont découvert avant moi) qu’à l’infini, chacune des parties est égale au tout ! Il y a de quoi s’y perdre !

mercredi 7 août 2013

Noces de granit

Il y a des billets qu’on hésite à écrire. Certains ne sont jamais publiés, ni même écrits. Pour toutes sortes de raisons. Depuis ce matin, j’hésite. Parfois, j’ai pensé qu’il valait mieux me taire, garder cela pour moi. Et puis, voilà, en fin de journée, j’écris. Il y a 68 ans exactement, mes parents se mariaient, juste à la sortie de la guerre. Depuis lors, ils ont toujours fêté ensemble cet anniversaire. Sauf cette année. Parce qu’ils ne sont plus là.

En moins d’un an, ils sont tous les deux partis pour le dernier voyage. Quoi de plus normal quand on a 96 ou 98 ans et une vie bien remplie ? Quoi de mieux pour le survivant des deux de ne pas s’être trop attardé dans sa solitude ? Quoi de plus symbolique d’être parti avant de célébrer seul un anniversaire de mariage qui ne l’aurait plus été tout à fait ?

Néanmoins, mine de rien, cette journée fut difficile. Pour la première fois depuis ma naissance – tout comme mes frères et sœur plus âgés que moi – nous n’avons pas pu célébrer ces noces de granit. Peut-être est-ce aujourd’hui que j’ai vraiment pris conscience que c’était fini. Qu’il n’y avait plus personne au-dessus de moi dans l’arbre généalogique. Plus personne de vivant. Seules des lignes, des dates, des photos, voire des peintures.

Heureusement, aujourd’hui, pour la première fois, j’ai pu tenir dans mes bras mon premier petit-fils. Il a déjà 15 jours, mais les choses de la vie se font petit à petit, sans se presser. La chaleur, la douceur et l’abandon de ce corps tout menu m’ont envahi dans ce geste simple et naturel. Lorsque j’ai senti cette vie se blottir contre moi, j’ai inévitablement pensé à l’amour de mes parents. Ni l’un ni l’autre n’auront connu cet enfant – leur cinquième arrière-petit-enfant – mais la boucle était définitivement bouclée aujourd’hui.

La vie et l’amour continuent !

lundi 5 août 2013

De la viande artificielle ?

Donc, aujourd’hui, deux volontaires ont goûté un hamburger dont la viande a été fabriquée à partir de cellules-souches de vache, à grand renfort de publicité. Une bonne idée ? En soi, oui. Nous consommons trop de viande et la production de celle-ci nécessite une débauche d’énergie. Comme la population humaine continuera à augmenter, il faut trouver d’autres sources d’alimentation, au risque de ne pas s’en sortir du tout !

Cette viande in vitro - dont le développement a été financé par Serguey Brin, co-fondateur de Google - est-elle la solution ultime ? Certainement pas. D’ailleurs, pour concurrencer cette dégustation animale, une autre dégustation devait avoir lieu immédiatement après, mais cette fois avec des hamburgers d’origine végétarienne, avec un goût de vraie viande, alors qu’il semble que le goût des premiers laissent encore à désirer.

Des solutions, il y en a donc plusieurs en développement, avec des pistes intéressantes, car elles permettent d’utiliser des éléments qui aujourd’hui filent la plupart du temps aux déchets. L’objectif est de développer de nouvelles applications industrielles aux cultures de blé, de maïs, de colza, de pois, de pommes de terres ou encore de lupins, en exploitant au mieux les protéines contenues dans celles-ci.

Les enjeux sont énormes. Non seulement sur un plan humain – parvenir à nourrir toute la population humaine – mais aussi bien sûr sur un plan économique. C’est là qu’il faut rester critique. On risque fort de voir des produits se développer assez rapidement et être commercialisés d’une manière ou d’une autre sans nécessairement avoir assez de recul sur les effets de ces nouveaux modes d’alimentation. Les réalités en matière de légumes transgéniques sont là pour éveiller notre vigilance, en sachant que les lobbies alimentaires n’ont pas pour préoccupation première la santé des consommateurs, mais la santé économique de leurs entreprises.

Alors, aujourd’hui, on peut se réjouir du fait que de nouveaux produits sont en développement, avec certaines promesses stimulantes. Mais il faut sans doute rester éveillé et prudent pour ne pas se laisser « bouffer » par les ogres financiers qui ne pensent qu’à leur porte-monnaie.

mercredi 31 juillet 2013

Juillet 2013

Parler du temps est une activité que, globalement, j’essaie d’éviter. Parler du temps qui passe me semblerait assez passionnant, mais pour aller au fond du temps, il en faudrait justement beaucoup. Parler du temps qu’il fait est un passe-temps bien plus répandu, mais d’une affligeante banalité, d’autant plus que la plupart du temps, les gens en parlent pour se plaindre ! À quoi sert-il de se plaindre de quelque chose contre lequel on ne peut rien faire, ou du moins pas à une échelle individuelle ? Bref, ce billet parle – notamment – du temps qu’il fait, mais pas pour se plaindre !

Ce mois de juillet 2013 a été exceptionnel ! Quelque 30% plus ensoleillé que la normale, selon David Dehenauw, météorologue attaché à l’IRM. Mes propres chiffres confirment cette déclaration : la production d’électricité solaire a été 25% supérieure à celle de juillet 2012 et 41% supérieure à celle de juillet 2011 ! Pas assez cependant pour combler le déficit des six premiers mois de l’année 2013, mais ne boudons pas notre plaisir : quel beau mois de juillet !

Il y a eu des tas d’autres événements positifs durant ce mois, tant à l’échelle mondiale que nationale ou familiale :
  • le 1er juillet, la Croatie est devenue membre de l’Union européenne ! Plus on est de fous, plus on s’amuse ;
  • le 13 juillet, au Bhoutan, le Parti démocratique populaire remporte les élections générales ;
  • le 15 juillet, le télescope Hubble découvre S/2004 N 1, le plus petit satellite de Neptune connu à ce jour ;
  • le 21 juillet, le Roi Albert II abdique après 20 ans de règne, en faveur de son fils Philippe lors d’une superbe fête nationale belge. Dans son discours d’intronisation, Philippe reconnaît de manière tout à fait claire la réalité fédérée de la Belgique ;
  • le 24 juillet, mon premier petit-fils – Alexis – voit le jour, adorable et merveilleux. Désolé s’il fait de l’ombre à un certain George, prénom de son arrière-grand-père, né deux jours plus tôt dans l’indifférence générale ;
  • à partir du 23 juillet, les Journées Mondiales de la Jeunesse ont lieu au Brésil, permettant au pape François de répéter son engagement pour une société plus juste et plus solidaire ;
Impossible évidemment d’ignorer que ce mois de juillet fut aussi celui de plusieurs catastrophes liées aux transports publics : Lac-Mégantic (Canada), Brétigny (France), Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne), Naples (Italie), Granges-près-Marnand (Suisse)… Cela fait beaucoup. Beaucoup trop.

Je n’oublie pas non plus, bien sûr, qu’au début du mois, mon papa s’est fait la malle, après 98 années de bons et de loyaux services.

La vie est ainsi faite : des moments chauds, pleins de vie, à côté d’instants où l’on se sent frigorifié.

Ce mois de juillet 2013 restera pour moi marqué par la luminosité. Celle du temps qu’il fait, bien sûr, mais aussi et surtout celle du temps qui passe, qui apporte à chaque instant cette chaleur humaine qui fait la vie. 

mardi 30 juillet 2013

Chansons oubliées : La p’tite tête, par Aimé Duval (1959)

Aimé Duval, plus connu sous l’appellation « Le père Duval ». En 1959, j’avais 5 ans. Pas vraiment l’âge d’écouter et d’apprécier le « Brassens en soutane ». C’était plutôt mon frère aîné qui accrochait, sans doute avec l’assentiment de mes parents bons catholiques. Mais quelque part, ce prêtre chantant était en train de me faire découvrir la chanson française, la chanson de paroles.

C’était quand même un personnage. En d’autres temps. Il ne serait sans doute plus possible aujourd’hui d’avoir un chanteur – seul sur scène, avec sa guitare – qui se permet de délirer musicalement pendant que la salle entière, bourrée, chante en c(h)œur la chanson dans sa version originale. Il serait encore moins possible qu’un chanteur « religieux » ait un tel succès (même si le succès du groupe « Les Prêtres », avec beaucoup moins de charisme, n’est pas à dédaigner).

Cela reste pour moi essentiellement une émotion musicale : à l’âge que j’avais, la dimension religieuse m’importait peu, mais l’énergie et la mélodie m’emportaient.

La vie du bonhomme, au-delà du conte de fée de la chanson, ne fut pas un fleuve tranquille. Inexorablement, le père Duval est devenu alcoolique. Dans la souffrance et la solitude. Il en a témoigné dans un livre – « L'Enfant qui jouait avec la lune: Chanteur, Jésuite, Alcoolique » - et dans une interview encore accessible.

Au passage, il était donc jésuite. Comme le pape François. Mine de rien, le message que celui-ci vient encore de transmettre lors des JMJ au Brésil me semble assez bien dans la ligne de celle chantée par Duval. « Que fais-tu là à m'attendre mon ami ? Ton ciel se fera sur terre avec tes bras ! ».

Peu importe. Ce qui compte, c’est l’émotion. Celle de la chanson. Et plus de 50 ans plus tard, je la ressens encore !


Qu'est-ce que j'ai dans ma p'tite tête
À rêver comme ça, le soir,
D'un éternel jour de fête
D'un grand ciel que j'voudrais voir !

J'ai roulé, j'ai vécu, j'ai aimé,
Et j'ai passé aujourd'hui des moments roses,
Mais j'ose espérer, Seigneur, bien autre chose !

Et j'attends, cœur ouvert, rêvant,
Battant la semelle à la porte de ton ciel,
Je crois qu'un beau jour ton amour l'ouvrira.

Et voici que Jésus m'a surpris :
« Que fais-tu là à m'attendre mon ami ?
Ton ciel se fera sur terre avec tes bras ! »

lundi 29 juillet 2013

Citoyen du monde

Garry Davis est mort ce 24 juillet, à 91 ans. Cette nouvelle est passée quasiment inaperçue, quoi de plus normal pour un homme de cet âge. Mais ce n’était pas n’importe qui : en mai 1948, il rompt symboliquement avec sa patrie en rendant, à Paris, son passeport à l'Ambassade américaine. Il se déclare « citoyen du monde » et revendique, en collaboration avec Albert Camus, la création d’un gouvernement mondial.

Depuis lors, il n’a jamais quitté cette ligne de conduite et créa le « Mouvement des citoyens du monde ». L’idée est simple : nous sommes tous citoyens du monde et nous sommes donc tous solidaires, sans besoin de gouvernements nationaux. Cette idée est cependant bien éloignée de la mondialisation telle que nous la vivons aujourd’hui, à savoir surtout une mondialisation des capitaux, et non pas – malheureusement – des êtres humains. Bref, une machine à broyer plutôt qu’un ferment de paix et de concorde.

L’idée de Davis (et d’autres) est sans doute trop simple. Elle méconnaît la réalité des nationalismes et autres sectarismes qui plus que jamais nourrissent notre monde. Mais n’est-elle pas, sur un plan politique, la seule issue ?

La question n’est pas culturelle : nous naissons tous dans une certaine culture dans laquelle nous allons construire notre identité propre. Celle-ci sera unique, en s’inscrivant intimement dans une certaine culture. Ayant voyagé un peu partout dans le monde, j’ai pu constater que ce qui fait la spécificité d’un lieu, c’est sa culture et son rapport à la religion (ou – autrement dit – aux questions ontologiques fondamentales). Il serait vain de viser une culture universelle. Non seulement ce serait impossible, mais de plus une telle tentative serait fondamentalement un appauvrissement de l’humanité, par formatage de la diversité.

Par contre, sur un plan politique – c’est-à-dire la gestion collective des biens communs – comment peut-on imaginer à terme autre chose qu’une gestion véritablement collective des biens communs et donc un gouvernement mondial ?

Davis s’en est allé poursuivre son chemin. Ses idées restent, peu diffusées il faut bien l’avouer. Mais il restera, à tout jamais, le « premier citoyen du monde » !

dimanche 28 juillet 2013

Une lèvre à la taille de guêpe


Pour fêter la fin du weekend, j’avais décidé d’ouvrir une bonne bouteille de Pinot noir, de Bourgogne. Je m’en étais servi un verre en guise d’apéritif, avant de commencer à cuisiner. Lorsque j’en pris une petite gorgée, j’ai tout de suite senti l’attaque et j’ai recraché le précieux liquide… ainsi que la méchante guêpe qui venait de me piquer dans l’intérieur de la lèvre inférieure. Je sentis bien qu’elle avait laissé un petit cadeau. Heureusement, ma belle était près de moi et a pu retirer rapidement le dard.

C’est là que les choses s’enveniment, c’est le cas de le dire. J’ai toujours eu des réactions allergiques à toute piqûre de plante ou d’insecte. Il n’y a évidemment pas eu d’exception aujourd’hui, et j’ai senti ma lèvre gonfler progressivement ainsi que le bas de mes joues ! Moi qui suis réputé pour la minceur de mes lèvres, j’ai rapidement acquis un nouveau charme bien insolite !

Quant à l’animal coupable, il a été rapidement condamné. Le voici dans ses derniers instants de vie !


Pour le moment, après avoir pris un antihistaminique, je sens que cela se dégonfle petit à petit et j’espère ne pas être trop gêné pour la nuit.

Ce billet est placé dans le libellé « Coups de cœur » ! Il y a deux raisons :
  • d’abord, j’ai pu cuisiner et même manger. Ce n’était pas évident, mais j’ai rempli ces deux missions ! 
  • par ailleurs, j’ai eu de la chance : il aurait suffi que j’avale un peu plus goulûment cette gorgée de vin pour que la guêpe accomplisse son forfait dans le fond de la gorge, voire même plus loin. Je n’ose pas imaginer un seul instant ce qui aurait pu se passer alors. Finalement, je m’en sors très bien ! 
Enfin, tout cela m’a permis de faire rire ma belle. Lorsqu’elle m’a pris en photo, elle n’a pas pu s’empêcher d’éclater de rire ! C’est toujours bon signe quand on fait rire les femmes !

samedi 27 juillet 2013

Moultes moules

Est-ce parce que je suis belge ? Pas sûr de la pertinence de cette explication, mais j’aime les moules ! Aussi alors que nous étions une fois de plus dans un resto crétois spécialisé en fruits de mer, alors que nous avions apprécié les prix réduits de nos précédentes tentatives, je n’ai pas hésité longtemps à choisir des moules, annoncées à 7 EUR.

Je me réjouissais de les déguster et j’avoue ne pas avoir été déçu : elles étaient délicieuses, comme le serveur me l’avait promis (ben tiens !). Donc, point de vue qualité, c’était super.

Par contre d’un point de vue quantitatif, je suis resté sur ma faim. D’abord, les moules étaient servies sans aucun accompagnement. En tant que belge, je suis évidemment habitué à recevoir des frites avec les moules. Sans compter les quelques légumes baignant dans le jus. Mais ici, rien, juste des moules ! Elles ne me semblaient pas nombreuses et je me suis amusé – façon de parler – à les compter. Il y en avait exactement quatorze ! Et 14 moules pour se sustenter, ce n’est pas beaucoup.

Le calcul n’était pas très difficile à faire : la moule me coûtait 0,50 EUR ! Ça fait cher la moule, non ?

De retour en Belgique, nous avons décidé de fêter la vie en allant au restaurant. Il y avait un grand drapeau vantant les moules enfin mûres de Zélande, et je n’ai pas résisté. Elles étaient délicieuses et servies avec d’excellentes frites. Et cette fois, la quantité était au rendez-vous. Je dirais 800 grammes de moules plutôt qu’un kilo, mais je n’ai pas pesé. Soudain, j’ai eu un doute : et si elles étaient aussi chères qu’en Crète ? Il faut dire qu’elles n’étaient pas gratuites : 23 EUR ! On ne vit qu’une fois finalement ! Je ne les ai pas comptées, mais il semble que 800 grammes de moules (= un litre, pour les français) correspondent à environ 60 moules. Ce qui fait 0,38 EUR la moule ! C’était mieux qu’en Crète, mais cher quand même !

On est en plein lancement de la saison des moules. Une grande surface belge fait une promotion : « 2+1 gratis » à 9,98 EUR les 3 kilos, soit 3,33 EUR le kilo (calibre Super), soit environ 0,05 EUR la moule ! Oups ! La conclusion est claire : il vaut mieux cuire ses moules soi-même. Bien sûr, ça n’a pas le charme du resto, mais…

Je cherche désespérément une conclusion pertinente à ce billet, mais je n’en trouve point. Dans ces cas-là, il vaut mieux faire appel à plus grand que soi et je ne résiste pas à emprunter à Pierre Desproges : « Il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au cœur ».

vendredi 19 juillet 2013

Là, j'ai tiqué


En début de semaine, le site du journal Le Soir a publié un article intéressant et important sur les tiques : Gare aux tiques assoiffées de sang !  Ces petites bêtes sont en effet sournoises et – dans certains cas – provoquent la maladie de Lyme qui est une sale affaire dont on connaît encore assez peu toutes les complications.

Assez bizarrement, étant donné l’importance d’une information à ce propos, l’article était – et est encore au moment où je rédige ce billet – uniquement accessible aux abonnés du Soir ou sur paiement, alors que c’est le genre d’article qui devrait être diffusé à large échelle.

Tout aussi bizarrement, si l’article donnait de nombreuses informations sur les tiques, leur prévalence et les inconvénients qu’elles provoquent, il n’y avait – dans la version Internet – aucune information sur la manière d’éliminer une tique, alors que cela paraît une information essentielle !

Il faut dire que mon habitation, où je réside depuis plus de 25 ans, est entourée de bois où des chevreuils trouvent leur bonheur. Chaque année, ma famille doit ainsi gérer entre dix et vingt tiques qui s’installent avec délectation sur notre peau pour se gaver de sang. Étant donné cette longue expérience, je me suis permis de publier le commentaire suivant : « Pour enlever une tique, utiliser de la crème Nivea (c'est l'idéal) ou autre crème grasse. En mettre un peu sur la tique, puis tourner avec le doigt dans le sens des aiguilles d'une montre. Après un certain temps, la tique se détachera de la peau, sans y laisser quoi que ce soit. Désinfecter ensuite, et rester attentif sur l'évolution ».

J’insiste sur le fait que ce commentaire se base sur une très longue expérience concrète et qu’en pratiquant de la sorte, jamais nous n’avons eu à déplorer la moindre suite négative, que du contraire. Personnellement, une seule fois j’ai suivi une cure d’antibiotiques à la suite d’une piqûre de tique, justement parce que je ne l’avais pas enlevée assez rapidement. Heureusement, tout se termina bien.

Jusque là, rien d’anormal. Mais j’avoue avoir été étonné par les réactions des internautes. Ils ont la possibilité d’estimer si le message est constructif ou non. Mon commentaire a – à ce jour – recueilli 6 oui et 8 non !

J’avoue ne pas très bien comprendre en quoi ma réaction n’est pas constructive. Je propose une solution facile et efficace, tout en attirant l’attention sur la nécessité de désinfecter et de surveiller la suite. Bien sûr, je n’ai pas recommandé d’utiliser les pinces officielles vendues en pharmacie – sur lesquelles je ne peux donner un quelconque avis étant donné que je ne les ai jamais utilisées ni même jamais vues – mais la méthode proposée est non seulement facile et gratuite, mais de plus totalement efficace. Si quelqu’un peut m’expliquer en quoi ma proposition n’est pas constructive, je suis preneur !

Pour la petite histoire, je termine par une autre méthode, mais que je ne conseille pas ! En 1996, j’étais en vacances chez ma sœur, aux USA, avec toute ma famille. Alors que nous faisions la file pour visiter la Statue de la Liberté, nous avons remarqué que mon fils cadet âgé de 7 ans avait attrapé une tique. Mon beau-frère, médecin urgentiste de son état, n’hésita pas : il prit sa carte de crédit et d’un mouvement brusque et décidé éjecta la tique ! Celle-ci n’avait rien laissé dans la peau. Ce fut l’opération la moins coûteuse – et sans doute la plus efficace – de cette carte de crédit ! Mais je le répète, cette méthode-là, je ne la conseille pas. Par contre, la crème grasse, n’hésitez pas !

mardi 16 juillet 2013

Toujours tout droit


Sauf erreur de ma part, c’est Jacques Higelin qui déclare – dans son excellent live Higelin à Mogador (1981) – quelque chose du genre : « Quand tu tournes toujours vers la gauche, tu reviens inévitablement par la droite ! ».

Il a raison. Nous en avons fait l’expérience. Le premier jour de notre petit séjour dans cette île sublime, nous avons voulu rejoindre une plage tranquille. Nous nous sommes dirigés vers celle jouxtant le village le plus proche, mais celui-ci ne nous semblant pas trop sympathique, nous avons décidé d’aller voir plus loin. Cinq ou six kilomètres de route serpentée pour arriver à un village qui était ce qu’il est, mais dont la plage nous semblait acceptable. Elle était étalée au fond d’une crique bien plaisante. Mais il y avait pas mal de monde et nous avons parcouru toute la plage pour déboucher sur des rochers pas trop peuplés et qui nous ont permis une belle baignade, bien calme. Un bon moment de détente (qui m’a valu mon coup de soleil frontal).

Quelques jours plus tard, nous avons décidé de retourner nous baigner dans cette eau aussi limpide qu’agréable. Cette fois, nous nous sommes arrêtés au premier village. Lorsque nous sommes arrivés à la plage, quels ne furent pas notre surprise et notre fou-rire : c’était exactement la même plage. Sauf que nous étions bien plus proches de notre rocher fétiche qui nous accueillit à nouveau pour une baignade tout aussi rafraîchissante et relaxante.

Bref, la première fois, nous avions fait bien des détours pour nous retrouver au même endroit, arrivant de plus par la droite alors que nous n’avions pas arrêté de tourner (majoritairement) à gauche ! En plus d’être d’une étonnante stupidité, c’est un comble politique !

Cette situation m’a évidemment amené à me poser de nombreuses questions. Moi qui clame toujours « C’est tout droit ! », ne m’encombré-je pas dans de nombreux détours ? La vie elle-même n’est-elle pas un immense détour pour retourner au point de départ ? Se rend-on compte des volutes que l’on emprunte pour construire une vie qui n’est rien d’autre qu’une spirale étroite et conditionnée ?

Ne sachant pas trop que répondre à ces questions ontologiques, j’avoue que je me suis contenté de plonger et de jouir de cette eau qui m’offrait sa sérénité fondamentale.

lundi 15 juillet 2013

Soleil de front


Le soleil, c’est bien gentil. Mais quand on le prend de front et que celui-ci – large et haut – n’est plus trop protégé par des éléments naturels défaillants, les conséquences sont désastreuses. Ce qui normalement est d’un joli rose discret se transforme en une marque rouge infamante.

J’en conviens : il y a plus grave que ça. À vrai dire, cela m’est relativement égal. Si le rouge est bien présent, il ne s’est jamais révélé douloureux, et il devrait – avec un peu de temps – se transformer en un bronzage que m’envieront ceux et celles pour qui la peau hâlée est un signe de beauté.

N’empêche, je vois bien qu’autour de moi, cela crée quelques railleries ignominieuses : « Regardez celui-là qui n’a même pas su se protéger, ce n’est pourtant pas difficile de porter un chapeau ! » ou encore « Oh, la belle tomate ! ». Voilà qu’il faut encore faire front…

Bref, j’en resterai là, non sans dire qu’il me fallait – selon les règles que je me suis données pour ce blog Réverbères – publier un « Coup de blues ». Cela fait plus de 625 messages que je respecte cette règle stupide de rotation entre quatre libellés et ce n’est pas parce que tout baigne que je vais en changer. Je ne suis pas assez effronté pour ça ! Mais rassurez-vous : comme l’écrivait Louis-Antoine-Alexandre Soumet, « Le bandeau des martyrs n'est pas pour tous les fronts ».


dimanche 14 juillet 2013

Un moment d’éternité


Photos : FMG © 2013

Les monuments sacrés m’ont toujours un peu quelque part envoûté. C’est sans doute d’ailleurs surtout une question de voûte. L’architecture religieuse n’a pas son pareil pour créer la beauté sur la base de ces demi-cercles ou autres courbes. Bref, quand je pénètre dans un lieu « divin » (quels que soient le(s) dieu(x) concernés), je me sens toujours rempli d’une mystique envoûtante.

Je ne suis pas trop amateur des grandes constructions. Je préfère les petits lieux qui n’ont que leur fraîcheur et leur simplicité à revendiquer. C’est le cas de l’église orthodoxe de Panayia, à Fodele, en Crète.  Toute petite, datant du 11e ou 12e siècle, elle offre son architecture et quelques fresques peintes, partiellement élimées pour laisser apparaître la majestuosité de la pierre originale.
Jusque-là, rien d’extraordinaire. La visite est éclair tant la pièce est petite. Lorsqu’un groupe de 7 ou 8 personnes entra à son tour, nous nous sommes gentiment esquivés pour leur laisser la place.

Nous fîmes le tour du bâtiment. Arrivé à l’arrière de celui-ci, nous entendîmes soudain un chant. Composé de plusieurs voix. Harmonieux. Mystérieux. Envoûtant. Ce n’était pas de la musique byzantine. Ce n’était peut-être même pas de la musique religieuse. C’était de la musique, celle qui ne sert à rien, mais dont on ne peut se passer.
   
Le groupe de visiteurs, des jeunes pour la plupart, s’était lancé dans ce chant mélodieux. Juste pour le plaisir et pour la magie. J’ai rejoint la porte d’entrée et j’ai joui de ce moment de grâce. Celle-ci n’avait rien de divin. C’était juste la grâce du moment.

Il n’a duré qu’un instant. Mais les frissons qui parcouraient mon corps lui offraient l’éternité. Il ne faut pas lier celle-ci à des rêves imaginaires. L’éternité est parmi nous. C’est nous qui la construisons dans ces petites choses de la vie.

samedi 13 juillet 2013

Quand la crainte s’éclipse


FMG © 2013

Il est des moments qu’on craint. Pour toutes sortes de raisons, des bonnes et des moins bonnes. La crainte est que tout aille mal, que rien ne se passe comme cela devrait. La crainte est une réalité incontrôlable, qu’elle soit fondée ou non. Lorsqu’elle s’infiltre dans notre esprit, elle s’immisce tel un poison atteignant chaque méandre de notre pensée, y créant des ravages sur les rivages de notre existence fragile.

Puis, vint le moment. L’expérience que j’en ai est que – la plupart du temps – la crainte n’avait pas de raison d’être. Tout se passe bien, pas nécessairement comme c’était prévu, mais bien. On reste, jusqu’au dernier moment, avec une pointe d’angoisse. On se dit que tout peut encore basculer, donner raison à la crainte. Rien n’est jamais évident.

J’ai pu vivre plusieurs de ces moments ces derniers temps. Mes craintes se sont révélées infondées. Elles se sont éclipsées. J’en suis bien heureux.

Ce ne furent jamais des moments faciles. Mais ils furent sereins, libérateurs, ouverts et féconds. Ce sont sans doute ces moments-là qui donnent sens à la vie, qui nous font croire que finalement tout est possible, qui éclairent le pénombre d’une lumière ardente faite d’espoir et de lucidité.

Au bout du compte, au-delà de la crainte, il y a la vie !