vendredi 12 avril 2013

Sois belle et tais-toi

Depuis longtemps, on sait que globalement les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. On sait aussi intuitivement que cette différence est liée aux stéréotypes véhiculés sur le rôle respectif des filles et des garçons. En caricaturant, on dit à la fille « Sois belle et tais-toi » et au garçon « Sois un homme, mon fils » ! La fille va donc s’adapter à ce qu’on attend d’elle – et donc être une bonne élève – alors que le garçon va s’affirmer dans sa fierté conquérante – et donc ne pas trop répondre aux attentes scolaires.

Certains cherchent quand même à vérifier ces explications intuitives. C’est le cas de Bonny L. Hartley et Robbie M. Sutton, chercheurs au département de psychologie de l’Université du Kent. Dans un article paru dans la revue Child Development, ils relatent trois études :
  • la première, portant sur 238 enfants, a montré que les filles de plus de 4 ans et les garçons à partir de 7 ans pensent que les adultes croient que les garçons sont moins bons à l'école que les filles ;
  • dans la deuxième, les chercheurs ont dit à un groupe de 162 enfants âgés de 7 à 8 ans que les garçons étaient plus mauvais à l'école que les filles. Résultats : les garçons ont diminué leurs notes en écriture, en lecture et en maths, mais rien de changé du côté des filles ;
  • dans la troisième étude, les chercheurs ont dit à 184 enfants âgés de 6 à 9 ans que les garçons et les filles obtiennent les mêmes résultats à l'école. Résultat: les performances scolaires des garçons s'en sont trouvées améliorées... même si leurs résultats étaient toujours moins bons que ceux des filles. Quant aux performances des filles, elles sont restées inchangées.

Pas sûr que ces études apportent des éléments vraiment nouveaux. On pourrait croire que les filles se laissent moins influencer par les stéréotypes qu’on leur transmet, mais en réalité elles sont sans doute influencées par le message qui leur est transmis – inconsciemment – depuis leur naissance : « Sois belle et tais-toi ». Après, on peut leur dire ce qu’on veut, elles savent bien ce qu’elles ont à faire : s’adapter aux règles de la société et donc aux attentes scolaires.

Les garçons sont apparemment plus influençables, ce qui peut se comprendre : en fonction de l’image que leur entourage donne au concept « être un homme », ils s’y adapteront.

Ce qui est étonnant dans les trois expériences des chercheurs anglais, c’est qu’ils n’ont – sur la base des informations en ma possession – jamais essayé de transmettre les stéréotypes totalement opposés, c’est-à-dire de voir ce qui se passe si on dit aux enfants que les garçons sont les meilleurs à l'école et donc que les filles sont plus mauvaises. J’ignore totalement ce que donnerait comme résultats une telle expérience, mais il est symptomatique qu’elle n’ait même pas été réalisée (apparemment) par les chercheurs. Comme s’il était scientifiquement inconvenant d’aller à l’encontre des stéréotypes fondamentaux.

Interpellant, non ?

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