lundi 3 novembre 2014

Movember symbolique

Pendant ce mois de novembre, je participe à Movember. Cela signifie que durant ce mois, je me laisse pousser la moustache (cela ne fera jamais que quelques poils disparates) pour « changer le visage de la santé masculine », et plus spécifiquement contribuer à récolter des fonds pour lutter contre le cancer de la prostate et des testicules.

Un cousin m’a interpellé parce qu’il ne voyait aucun lien entre une moustache et la prostate ou les testicules. Il a raison évidemment, si ce n’est que - jusqu'à preuve du contraire - il s'agit d'attributs spécifiquement masculins. Mais qu’importe qu’il y ait ou non un lien biologique et objectif. En réalité, le lien est essentiellement « symbolique ». C’est-à-dire qu’il dépend du sens qu’on lui donne. Je sais pourquoi je me laisse pousser cette moustache pendant un mois. C’est pour manifester mon soutien à ceux qui souffrent de ces maladies typiquement masculines. En soi, ma (maigre) moustache n’y changera rien. Mais – et ce billet en est la meilleure preuve – elle permet de discuter, de prendre conscience et peut-être – je l’espère – de motiver certains (peut-être mon cousin) à donner quelques sous en faveur de la recherche autour de ces cancers.

Le lien n’est que symbolique, mais c’est ce qui fait sa force. L’être humain ne l’est vraiment que parce qu’il a accès au symbolique, à savoir qu’il est capable de donner un sens spécifique à quelque chose qui n’en a pas en soi. C’est parce que nous sommes à même de faire cela que nous sommes des êtres humains, et non pas seulement des êtres vivants.

J’ai eu dernièrement une discussion animée avec une amie psychomotricienne. Elle me parlait des « jeux symboliques », c’est-à-dire ces jeux qui – en faisant semblant - permettent à des enfants de donner du sens aux choses et aux relations, à vaincre des angoisses fondamentales, etc. Pour mon amie, c’est par ces jeux que les enfants accédaient au symbolique. Malgré mes efforts, je ne crois pas être parvenu à lui faire accepter qu’en réalité, ces enfants sont déjà dans le symbolique, simplement parce qu’ils ont des angoisses fondamentales. Si celles-ci existent, c’est bien que ces enfants donnent du sens à tous les éléments qui les entourent et/ou qu’ils vivent. Ils sont en plein symbolique, mais leur problème est qu’ils ne donnent pas le « bon sens ». Grâce aux jeux symboliques, ils vont progressivement rectifier leur appréhension du monde et accéder au sens socialement validé.

Ce n’est pas évident, alors même que – par définition – être un humain ne consiste qu’à donner du sens, qu’à vivre dans le symbolique. En soi, le dessin « 4 » n’a aucun sens. Lorsqu’il devient le chiffre « 4 », associé à une compréhension du nombre « 4 », il prend pleinement sens. Il en va de même des lettres qui ne sont jamais que des dessins abstraits. Pour celui qui ne sait pas lire, « maman » ne veut rien dire. Pour celui qui accède à la maîtrise du code graphophonologique, cet ensemble abstrait devient le plus merveilleux des mots.

Une merveille qui l’est d’autant plus pour des enfants adoptés. Leur « maman » n’est même pas biologique. Elle est uniquement symbolique ! Mais quelle force, quel amour, quelle densité dans cette symbolique. Même d’un point de vue juridique, l’adoption est le seul lien qui ne peut pas se contester. Ce lien symbolique est bien plus puissant que le lien biologique, ce qui ne veut pas dire qu’il ne pose jamais de problèmes. Quand on ne parvient plus à lui donner sens, cela peut se révéler catastrophique.

Au bout du compte, tout passe par le symbolique. C’est sans doute ce que Descartes a voulu dire par son célèbre « Je pense, donc je suis ». Je ne suis un être humain que parce que je pense. Penser n’est autre chose que de donner du sens à ce qui en soi n’en a pas. Quand commence-t-on à « symboliser » ? Cela dépend sans doute de chacun, mais c’est en tout cas très tôt. Sans doute dès la naissance, voire avant la naissance. Peu importe finalement. L’important, c’est d’être conscient que la vie n’est que construction de sens, à tout moment. Dans une vie, on ne construit pas que du « bon sens ». Mais on construit toujours du sens. C’est cela être homme… ou femme !

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