samedi 15 mars 2014

Vingt chômeurs sur deux ne trouvent pas d’emploi

Selon le dernier rapport de l’Onem consacré à l’activation de la recherche d’emploi, en 2013, seuls 53 % des chômeurs convoqués à des entretiens ont fait des efforts suffisants de recherche d’emploi. Conclusion pour les autres : évaluation négative pouvant déboucher sur l’exclusion des allocations de chômage.

Il faut un sacré courage pour être chômeur ! Non seulement cette situation ne donne aucun sens à la vie, mais de plus, il faut – dans l’immense majorité des cas – se voir opposer une fin de non-recevoir aux multiples demandes de travail. Ce n’est lié ni à une soi-disant démotivation du chômeur, ni à l’absence de ses compétences. Si les employeurs répondent – quand ils répondent ! – négativement, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’emploi à proposer. Ou alors, s’ils en ont un, qu’il y a au moins 20 candidatures pour cet emploi, alors que celui-ci est bel et bien unique. Il ne faut pas se leurrer : si des personnes restent aujourd’hui au chômage, c’est essentiellement et avant tout parce qu’il n’y a pas d’emploi pour eux.

Dans ce contexte, le rôle de l’Onem et de ses agents n’est pas des plus reluisants. Il est évident que l’Onem doit exercer un certain contrôle. On peut imaginer qu’il y ait des chômeurs fainéants, même s’il me semble difficile de croire que des personnes puissent volontairement se contenter de ne toucher qu’une maigre allocation de chômage leur permettant à peine de payer un loyer, les factures indispensables et de survivre pour le reste. On peut aussi imaginer qu’il y ait des abuseurs, touchant la maigre allocation tout en travaillant au noir. Il y en a certainement et il faut les débusquer. Mais le contrôle de l’Onem vise-t-il vraiment ces abuseurs ?

Ceux qu’il concerne sont plutôt les chômeurs lambda. Ceux qui aimeraient bien trouver un travail décent, correspondant à leurs compétences. Mais qui n’en trouvent pas simplement parce qu’il n’y en a pas.

Ceux-là se voient confrontés à un certain arbitraire de l’Onem. Par exemple, un jeune qui touche une allocation d’insertion est évalué pour les six mois qui précèdent l’entretien. S’il envoie cent candidatures groupées sur quinze jours, il aura une évaluation négative. S’il en envoie deux par semaine, elle sera positive. Uniquement parce qu’il a été décidé qu’il fallait au moins deux candidatures par semaine. Un autre exemple, mis en évidence par Pedro Rodriguez, responsable national des Travailleurs sans emploi (TSE) de la CSC, est que le Forem – chargé de l’accompagnement et de la formation des demandeurs d’emploi – les incite à chercher de l’emploi en dehors de leur profil précis, même s’ils n’ont pas toutes les caractéristiques requises pour l’emploi envisagé. Mais l’Onem, obsédé par son rôle de contrôleur, rejette ces offres d’emploi qui sortent du profil du chômeur, avec la possibilité de retomber en dessous du quota d’offres exigé et avoir une évaluation négative.

Qu’il y ait un processus d’évaluation, on peut l’admettre. Mais celui-ci doit tenir compte de toutes les dimensions de la situation et surtout de la complexité de celle-ci. On ne peut réduire une telle évaluation – avec l’impact qu’elle peut avoir sur la vie des personnes concernées – à une application stricte de règles bureaucratiques. Pour éviter l’inévitable arbitraire qui peut exister dans un tel processus, il faudrait au minimum que toute évaluation négative ne soit délivrée que par un « jury » composé de trois personnes, compétentes et indépendantes, non pas sur la seule base d’un dossier administratif, mais à la suite d’une véritable investigation permettant de bien cerner la position et l’histoire du demandeur d’emploi. L’air de rien, c’est quand même de sa vie sociale et économique – et donc, dans la plupart des cas, de sa vie tout court – dont il est question.

samedi 8 mars 2014

Femme

Cliquer sur la photo pour lire le texte - Illustration publiée en 2007 par le journal Le Soir

Il y a des jours comme ça où on a envie de dire des choses. Je les dis souvent mal. Pourtant, seul l’amour m’intéresse. Mais il n’est pas toujours bon conseiller. Ou plutôt, je n’écoute pas toujours très bien ses conseils. Au bout du compte, il reste une évidence : tu dessines mes rêves !

Bonne occasion de republier cette chanson, écrite maladroitement lorsque j’avais 20 ans, enregistrée avec des moyens techniques limités en 1981, sans doute plus que jamais d’actualité.

Femme


femme
enfant de l’univers
tu dessines mes rêves
femme
murmure du vent
depuis tant de temps
tu n’as rien que ta vie pour exister
que la couleur de tes yeux pour t’ensoleiller
et si le monde un jour venait à se mourir
il faudrait garder un peu de ton sourire

femme
on t’a tant fait subir
les hontes de l’infamie
femme
que je voudrais me taire
de peur d’être ton frère
mais je voudrais surtout dire ces soleils
qui sans toi ne seraient pas pareils
ces chansons qui n’arrêtent de libérer mon corps
lorsqu'au bruit de ton nom je me sens bien plus fort

il y a tant de choses à te dire
pour te faire comprendre combien tu respires
le souffle de la vie la lumière de l’amour
que je suis bien petit devant l’éclat de ce jour

femme
sans toi que serais-je
qu’un immense malaise
femme
tu inondes la terre
d’une étrange lumière
et nous avons ensemble un monde à bâtir
où chacun doit se sentir libre
et si l’homme et la femme unissent leurs bras
je te jure qu’on y parviendra

FMG © 1981

lundi 3 mars 2014

La force commune

Ce qui se passe en Ukraine m’interpelle, me réjouit tout en m’attristant, me fait peur aussi. L’Ukraine et la Russie sont deux grands pays qui s’intéressent à de bonnes thématiques. D’ailleurs, un de mes livres a été traduit dans chacune des deux langues : à gauche, la couverture ukrainienne, à droite, la russe ! S’il n’y a que peu de différences dans l’écriture de mon nom (la première ligne), on voit que ce sont néanmoins des langues différentes. Et donc des cultures différentes.

La question culturelle est sans doute au cœur de la problématique interne à l’Ukraine. Les russophones, notamment ceux de Crimée, ont peur de devenir une minorité brimée, interdite notamment de parler sa langue. Selon les informations disponibles, cette peur semble à la fois justifiée ou non justifiée. Mais on peut la comprendre, de toute façon. Moi qui suis francophone de Flandre, j’ai toujours quelque part en moi une peur que la situation belge s’envenime. Nul ne sait de quoi l’avenir sera fait, ni en Belgique, ni en Ukraine. Mais l’histoire nous montre que de nombreuses minorités linguistiques ont rencontré des difficultés dans leur quotidien.

Pourtant, ici comme en Ukraine et comme en de nombreux endroits, ces différences linguistiques et donc culturelles n’empêchent pas le sentiment d’appartenance à une même communauté, locale ou nationale, même si cette communauté est la résultante de compromis historiques artificiels. Finalement, le fait de « vivre ensemble » les mêmes réalités, les mêmes difficultés, les mêmes rêves crée plus de proximité que de divergence. Mais le risque est grand que, l’être humain étant ce qu’il est, la divergence écrase et réduise à néant la proximité.

La situation actuelle en Ukraine est bien sûr bien plus complexe. Les enjeux sont géopolitiques et économiques. Il est possible, pour ne pas dire certain, que les volontés populaires n’ont que peu d’influence, dans un sens ou dans un autre, même si on peut croire le contraire à certains moments.

Au-delà de ces enjeux qui rythment les fonctionnements sociétaux et les conduisent dans des directions qu’il est souvent difficile de comprendre, il se pose quand même toujours la même question : quelle est cette force qui fait que des gens, forcément différents, ont l’envie de vivre ensemble, de se reconnaître dans une communauté, de surmonter les différences pour être simplement solidaires ? Je n’ai pas la réponse à cette question. Mais, malgré tout ce qu’on peut dire ou penser, je suis convaincu que cette force est présente et renaît toujours, quand bien même il y a des guerres qui opposent, des religions qui séparent, des langues qui divisent, des intérêts qui déchirent…

lundi 10 février 2014

Petit plaisir personnel

Il y a quelques mois – pas tant que ça finalement – j’apprenais l’existence par un de mes frères d’un jeu dont je tairai le nom, mais que visiblement tout le monde connaissait. Tous mes frères et sœur y jouaient en tout cas déjà, cette dernière étant au niveau 400. Moi qui me trouvais au niveau zéro, cela me semblait inatteignable. J’y suis !

Ma sœur a bien sûr continué son petit bonhomme de chemin. Elle se trouve actuellement au niveau 492. Cela signifie grosso modo que j’ai avancé quatre fois plus vite qu’elle. À ce rythme-là, peut-être même un jour vais-je la rejoindre. C’est d’ailleurs ce qu’a fait mon fils qui est désormais exactement au niveau 500.

Rassurez-vous : je n’en tire aucune vanité. Ce jeu addictif m’amuse. Il faut à la fois de la réflexion et de la chance. Surtout beaucoup de chance. En attendant, cela m’amuse. Comme m’ont amusé d’autres jeux dont j’ai d’ailleurs fait état dans ce blog : Is cool, Bouncing Balls, Bubble Witch Saga et Bubble Island. Je les ai tous abandonnés, sauf Bubble Island qui m’amuse par sa simplicité répétitive. Je suppose qu’un jour j’abandonnerai le jeu du moment, celui auquel « tout le monde joue ». En attendant, je continue à être pris au jeu. En essayant que personne ne le sache, à part évidemment mes « amis » qui y jouent eux-mêmes, mais qui ne doivent normalement pas voir grand chose de mon activité que je ne « partage » jamais.

C’est un loisir comme un autre. Je comprends parfaitement que la grande majorité des personnes ne trouve aucun intérêt à ces petits jeux bouffeurs de temps. Mais en attendant, c’est bien gai !

Il n’y a pas de petit plaisir !

dimanche 9 février 2014

Chaîne musicale

Par principe, je ne participe normalement pas à toutes les « chaînes » qu’on voit sur Facebook, que ce soient les messages qu’on vous demande de partager, ou les « jeux artistiques » qui fleurissent ces derniers temps. Ces derniers partent pourtant d’une bonne idée : alimenter nos murs d’œuvres diverses de qualité. En soi, l’idée est généreuse, mais je n’aime pas beaucoup le côté « obligatoire » de ces chaînes dans lesquelles quelqu’un vous dit ce que vous devez partager !

Pourtant, je me suis laissé prendre au jeu. Un ami, lui-même passionné par la chanson, a eu la bonne idée de lancer une « chaîne musicale » où ce qu’il faudrait partager ne serait pas des œuvres d’art plastique, mais des chansons. Le principe est aussi simple que celui qui me fait reculer devant ce type de demandes : si on aime l’idée, on clique sur « J’aime » - quoi de plus facile ! – puis l’auteur du statut vous donne le nom d’un autre artiste dont vous allez publier à votre tour – dans ce cas-ci – une chanson, et ainsi de suite.

L’idée est bonne, mais je me suis vite rendu compte que c’était surtout un truc foireux ! Dès le début, l’artiste que m’avait « donné » mon ami était à ce point un illustre inconnu qu’il n’existait sur le net aucune vidéo, du moins avec une durée inférieure à une demi-heure. J’ai bien sûr repris contact avec mon ami, qui m’a « donné » une autre artiste, que je connaissais, sans trop l’apprécier, tout en sachant que c’est une artiste majeure pour un certain style de chansons. Bref, j’ai publié.

Rapidement, ma publication a bénéficié de plusieurs « J’aime » ! Je me suis donc empressé de « donner » à mes amis le nom des artistes que je leur proposais. Là, j’ai sans doute été trop naïf à mon tour. J’ai donné des noms d’artistes que j’apprécie, mais qui – je le reconnais aisément – ne sont pas très connus. Dans mon esprit, c’était une bonne occasion de les faire connaître un peu plus.

J’ai adoré la première réaction que j’ai eue : « Ah, mais je croyais qu’il s’agissait de vrais chanteurs » ! Pour moi, ce l’étaient ! Mais je peux imaginer que devoir chercher une chanson d’un(e) artiste dont on n’a jamais entendu parler peut sembler un obstacle insurmontable, et en tout cas pas très joyeux. En tout cas, pour cette amie, c’était trop difficile… et je le comprends bien.

Un deuxième ami a trouvé l’idée tellement bonne qu’il a préféré choisir lui-même l’artiste qu’il voulait mettre en avant, ce qu’il s’est empressé de faire. Ce n’était pas tout à fait les règles du jeu, mais au moins cet ami a partagé une chanson, très bonne par ailleurs.

Quant aux autres amis qui « aimaient » ma publication, aucun d’entre eux n’a concrétisé la chaîne. J’avais pourtant pris (un peu) de temps pour rechercher un(e) artiste qui me semblait leur convenir, mais il est fort vraisemblable que mes goûts soient trop éclectiques… ou que de toute façon mes ami(e)s ne comptaient pas vraiment participer au jeu, tout en en trouvant l’idée excellente.

Je dois reconnaître quand même qu’une amie a fait ce qu’elle devait ! J’ai alors cliqué sur « J’aime » pour la remercier d’avoir joué le jeu, mais assez logiquement elle m’a à nouveau confié un artiste à partager… ce que je n’avais plus envie de faire.

Je m’en veux même un peu, parce que les derniers qui ont apprécié ma publication n’ont même pas eu droit à une proposition de ma part ! J’étais trop dégoûté, alors que peut-être la chaîne aurait fonctionné avec eux.

Je n’ai aucune rancune. J’ai voulu participer à un « partage » parce qu’il me semblait intéressant et correspondre à mes passions. J’ai cru naïvement que cela allait bien marcher. J’ai surtout oublié que tout cela se passait dans un monde virtuel où il ne suffit pas de cliquer sur un petit bouton pour s’engager à quoi que ce soit. Sans aucune rancune donc, mais avec une bonne leçon. On ne m’y reprendra pas de sitôt.

Je continuerai cependant à partager ces billets publiés sur mon blog. Non pas que je pense qu’ils intéressent vraiment qui que ce soit, mais simplement ils correspondent à un besoin personnel d’écriture. Alors, je partage. Certains me disent « aimer », alors même que je doute parfois qu’ils aient lu le texte complet. Mais cela n’a pas beaucoup d’importance. L’important, c’est de partager. Enfin, on disait…

mercredi 5 février 2014

Il fait beau, n’est-ce pas ?

Quelque part dans le NE des USA, ce jour © 2014

Par ma fenêtre ouverte – euh, non, elle est fermée – je vois un ciel magnifiquement bleu entouré des arbres dont les premiers bourgeons apparaissent. Tout à l’heure, j’étais charmé par le chant des oiseaux de ce début de mois de février. Tout comme par les chiffres du compteur des kilowatts/heure produits par mon installation photovoltaïque depuis ce début 2014 : tous les records sont battus.

Tous les records ? Oui. « Le 21e siècle compte déjà 13 des 14 années les plus chaudes jamais observées », c’est-à-dire depuis 1850. Cela n’empêche pas le monde d’être confrontés à des changements climatiques étonnants : alors que nous n’avons quasiment pas encore vu le moindre flocon de neige durant cet hiver – et qu’il est peu probable qu’on en voie – le Nord-Est américain est confronté à sa nième tempête de neige qui crée des tables appétissantes s’il n’était si difficile de trouver une place pour s’y asseoir ! Le ton volontairement sarcastique ou ironique de ce propos ne doit pas cacher la réalité, fondamentalement inquiétante : le climat n’est plus ce qu’il est et s’il peut peut-être à certains moments et à certains endroits offrir une douce chaleur, il faut bien constater que plus souvent, ce sont à de nombreuses aberrations climatiques que les hommes sont désormais confrontés.

Je ne suis pas climatologue et je me garderais bien de faire la leçon à qui que ce soit. Mais quand je lis cette déclaration du météorologue Michel Jarraud, secrétaire général de l’OMM : « Notre action ou inaction pour diminuer les émissions de gaz carbonique et des autres gaz à effet de serre vont modeler l’état de notre planète pour nos enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants  », je me dis qu’il est plus que temps de faire quelque chose.

Les intérêts et enjeux économiques sont énormes. Comment dire à un patron sidérurgiste obnubilé par l’ampleur de son profit à court terme qu’il est peut-être – à moyen ou à long terme – en train de détruire son propre instrument de production ? Comment lui faire comprendre que nous sommes dans une phase intermédiaire cruciale où toutes les décisions qui seront prises aujourd’hui influenceront directement l’avenir de notre planète ? Comment lui faire accepter que si nous ne faisons rien, si nous n’acceptons pas de changer nos habitudes, demain, nos enfants ou nos petits-enfants vivront dans un monde invivable ?

En attendant, il fait beau, n’est-ce pas ? Pourquoi s’inquiéter ?

lundi 3 février 2014

Rodebos

Toute photo : FMG © 2014

Il y a bientôt 30 ans que j’habite là où j’habite et je m’y sens bien. Ce n’est pas très loin de Bruxelles, mais la maison est entourée de la nature. Celle-ci remplit tous mes rêves de calme et de dépaysement. Néanmoins, cet environnement proche ne permet pas vraiment de se balader. Désireux de faire un peu d’exercice – il paraît que c’est bon et nécessaire pour la santé – je me suis décidé à aller voir un peu plus loin.

« Un peu plus loin », cela signifie que j’ai dû parcourir 300 mètres avant d’entrer dans le « Rodebos », le Bois de Rode. Ce n’est bien sûr pas la première fois que je m’y rendais, mais j’avoue n’avoir jamais vraiment profité de cette réserve naturelle. À tort. Ce n’est peut-être pas la meilleure saison pour se promener, du moins pour profiter de la nature dans ses plus beaux apparats. Mais ce que j’ai vu en cette moitié d’hiver m’a comblé d’aise. Et dire que je ne me rendais pas compte de la beauté qui était là, à côté de moi, simplement à m’attendre !

La journée d’hier était ensoleillée et j’en ai profité pour prendre quelques photos. Je vous en livre quelques-unes, pour la beauté du geste ! « Rien que pour le plaisir des yeux », comme savent dire les vendeurs de rue qui attirent le client dans leur piège !

 






Avouez, il faudrait être bête de se priver de ça ! Allez, j’y retourne de ce pas !


samedi 25 janvier 2014

La machine à pain


Quand j’étais petit, il m’arrivait de prendre le tram 90 ou 91. C’était l’époque où, pour avancer, le conducteur tournait progressivement une manivelle. Pour freiner, il tournait non seulement cette manivelle dans l’autre sens, mais manipulait aussi un autre levier. J’étais émerveillé !

Le soir, à la maison, je me transformais en conducteur de tram ! Le pare-brise frontal était la porte de la cuisine donnant sur une petite cour. La clenche de la porte devenait la manette de frein et je me créais une extraordinaire manivelle d’accélération : la machine à couper le pain – qui était manuelle et non pas électrique – se transformait pour moi en l’instrument ultime de mon pouvoir de conducteur de tram ! J’étais merveilleux !

Les esprits chagrins me diront que mon tram n’avançait pas beaucoup, qu’il ne prenait au passage que bien peu de passagers, que tout cela n’était que le fruit de mon imagination. Ils auraient raison. Sauf à oublier que mon bonheur était alors la plus grande de mes réalités, dont je jouis encore une cinquantaine d’années plus tard.

Il est fort vraisemblable que plus aucun enfant ne joue aujourd’hui au conducteur de tram, du moins en utilisant une machine à pain comme accélérateur ! Je ne suis pas sûr d’ailleurs que beaucoup d’enfants ont créé le même jeu que moi. Mes parents ont toujours, me semble-t-il, fait tout ce qu’il fallait pour que nous disposions des jeux qui étaient présents dans toutes les familles de la petite bourgeoisie de l’époque : les voitures Matchbox ou Dinky-toys, les Meccanos, les Legos, les Strategos, etc. Mon tram était extraordinaire. Simplement, il ne se vendait pas dans le commerce. C’était le mien et rien que le mien. Aucun de mes frères n’y a jamais joué avec moi et je ne le souhaitais pas. C’était mon univers.

Je pourrais sans doute déplorer ici que les enfants d’aujourd’hui sont pris dans les écrans de tout genre et n’ont plus l’imagination de se transformer en conducteur de tram. Mais aurais-je seulement raison ? Allez savoir.

Je préfère simplement me réjouir, naïvement : une machine à couper le pain a pu faire – plus d’une fois – mon bonheur. Non seulement en permettant de découper de vraies « croutes » de pain, mais aussi de conduire – vers une direction incertaine – le plus étonnant des trams !

samedi 11 janvier 2014

C'était mieux avant

La théorie du « C’était mieux avant… » a encore de beaux jours devant elle. Derrière elle aussi d’ailleurs. Il y a tellement longtemps que les tenants de cette théorie proclament leurs convictions qu’il faut bien accepter que ce devait être mieux avant. Mais quand ?

Prenons par exemple le regard sur les jeunes. Tout le monde sait que les jeunes ne sont plus ce qu’ils étaient ! D’ailleurs, une inscription babylonienne – datant de plus de 3000 ans avant Jésus-Christ, soit il y a plus de 5000 ans – déclare : « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture ».

On aurait dû à l’époque vraiment s’alarmer, car quelques centaines d’années plus tard un prêtre égyptien énonçait encore : « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être très loin ».

C’est avec Socrate – mon maître – que j’arrêterai cette litanie de citations. Il aurait ainsi dit : « Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe ; ils sont mal élevés, méprisent l’autorité, n’ont aucun respect pour leurs aînés, et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent. Ils contredisent leurs parents, plastronnent en société, se hâtent à table d’engloutir les desserts, croisent les jambes et tyrannisent leurs maîtres ».

Depuis lors, il s’est toujours trouvé quelqu’un pour dire que les jeunes étaient mieux avant. Vous imaginez à quel niveau doivent se vautrer les jeunes d’aujourd’hui !

Cet exemple de la jeunesse montre bien à quel point le discours des « c’était mieux avant » n’a pas beaucoup de sens. Pourtant, on n’arrête pas de le rencontrer. La télé était mieux avant, la musique était mieux avant, la politique était mieux avant, etc. En réalité, on pourrait mettre n’importe quel sujet dans cette phrase, et on trouverait toujours quelqu’un pour affirmer qu’il en est bien ainsi.

Pourtant, quand on y pense, les choses ne changent pas vraiment. Ni dans un sens, ni dans un autre. Ma conviction profonde est que l’humanité est vouée à une évolution positive (passant d’ailleurs peut-être par la disparition de l’espèce humaine telle qu’elle existe actuellement). Mais depuis que l’homo sapiens existe, il est clair que celui-ci est confronté non seulement à des réalités féériques – l’amour, l’amitié, l’art, l’humour… – mais aussi à des contingences sinistres – l’égoïsme, la jalousie, l’avarice, l’orgueil… Dans tout ce fatras, qu’est-ce qui domine ? C’est là que les visions diffèrent selon les histoires, les rencontres, les expériences. La réalité, elle, reste la même : complexe.

Non, ce n’était pas mieux avant. C’était. C’est. Ce sera. Simplement. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faille baisser les bras et ne pas œuvrer pour un futur – voire un présent – meilleur. Bien au contraire. Cela veut seulement dire qu’il ne sert à rien de se larmoyer sur un passé soi-disant meilleur. Il ne l’était pas. Quand bien même il l’aurait été, cela ne change rien. On n’a jamais que le bien que l’on se donne.

dimanche 29 décembre 2013

Il suffit…

FMG © 2013

Il suffit parfois d’un instant minime, sans raison d’être, sans même s’en apercevoir, pour basculer d’un bord à l’autre, pour se retrouver dans un univers où les mots n’ont plus tout à fait de sens et où les sens sont exacerbés vibrant d’une scansion insoupçonnée.

Il suffit alors de se laisser aller, d’aimer être emporté, de se mettre au diapason de ce qui transforme le monde, de goûter chaque geste, d’ouvrir ses rêves au plus profond des jardins secrets.

Il suffit de croire que tout est possible. Il suffit, la plupart du temps, de le croire pour que tout soit possible. Chaque larme de vie devient alors étincelle. Chaque peur laisse place à la confiance. Chaque spasme construit la plénitude.

Il suffit de la plénitude pour atteindre l’autre bord. On n’en repart jamais tout à fait le même. Une force parfois inconnue, plus souvent complice, anime alors chaque parcelle de l’existence jusqu’à la transformer en essence suprême.

Il suffit enfin d’accepter cet abandon de soi pour se trouver à tout jamais.

mercredi 25 décembre 2013

L'humour a bon dos

Dans les nombreuses expressions d’opinion qui pullulent sur internet, une évolution assez marquée est la position de l’humour pour défendre quelque idée que ce soit. Les protagonistes ne s’en cachent pas : ils auraient le droit de dire ce qu’ils veulent tant que ce n’est que de l’humour. Et si vous ne comprenez pas ça, une seule évidence : c’est que vous manquez visiblement d’humour !

Deux exemples parmi d’autres. En Belgique, après d’autres péripéties, le météorologue Luc Trullemans, future tête de liste aux élections européennes pour le Parti populaire, a publié dernièrement sur sa page Facebook une lettre d’un « bon ami suisse », adressée à « tous nos amis Tunisiens, Algériens, Marocains, Égyptiens, Libyens et tous les autres ». Une lettre dans laquelle l'auteur imagine que ses « amis » quittent la Belgique pour retourner dans leur pays, et que cela rend les Belges tristes. De l’humour bien sûr.

En France, un grand humoriste – Dieudonné pour ne pas le noter – s’est exprimé à propos du journaliste Patrick Cohen (qui a mis l’humoriste sur une liste noire) : « Moi, tu vois, quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage ! ». De l’humour bien sûr.

Le grand argument des défenseurs de ces "humoristes" est qu’on peut rire de tout… et de tous. Je suis assez d’accord avec cette idée. Pour autant que ce ne soit que de l’humour. L’humour, c’est – ce devrait toujours être – la contraction de deux mots : « amour humain ». On peut « se moquer » de quelqu’un qui est devant soi et qu’on aime. On ne peut pas « se moquer » de quelqu’un qui n’est pas là et qu’on n’aime pas. Ça, ça s’appelle de la diffamation ou de la stigmatisation. Pour ne pas utiliser d’autres mots dont je n’aurais moi-même pas le contrôle.

Non, on ne peut pas dire n’importe quoi sous prétexte que ce serait de l’humour. Non, l’humour – pour autant que c’en soit – n’excuse pas tout. D’autant plus que cet « humour » semble aller toujours dans le même sens : celui d’exclure, de nier ou de stigmatiser l’une ou l’autre partie de l’humanité sur la base de critères liés à la nationalité, à la religion, à la langue, au genre…

L’humour n’est souvent devenu aujourd’hui que le plaisir de glisser une peau de banane sous les pas de certaines communautés. Il est bien sûr toujours amusant de voir quelqu’un « se casser la figure » pour l’une ou l’autre raison dans un contexte naturel. Lorsque ce contexte est construit, lorsque la peau de banane n’est là que pour mettre la « victime » dans une situation difficile dont tout le monde devrait rire, ce n’est plus de l’humour.

Au bout du compte, on n’a jamais que l’humour qu’on mérite. À méditer !

lundi 23 décembre 2013

Oorlog is oorlog

Laurence Vray © 2013

Dans la lutte qui oppose actuellement environ 400 Afghans et l’État belge, l’argument massue avancé par la Ministre en charge du dossier, Maggie De Block, est « De wet is de wet » (La loi, c’est la loi). Quelle loi ? On ne sait pas trop. Pourtant, qu’elle le veuille ou non, la situation concerne des citoyens d’un pays où « Oorlog is oorlog » (La guerre, c’est la guerre).

Qui sont ces Afghans ? Ils font partie des millions de réfugiés qui ont quitté ce pays en guerre. La plupart ont trouvé refuge en Iran ou au Pakistan. Ils ne sont que quelques milliers à être arrivés en Europe. Et quelques centaines en Belgique. Ils y sont depuis plusieurs années et la majorité d’entre eux sont « intégrés » : ils ont du travail, parlent flamand ou français, ont des enfants qui vont à l’école… Leur seul problème est qu’ils n’ont pas obtenu les papiers pour être en situation légale et que, depuis 2011, les expulsions ont recommencé.

L’Afghanistan est-il en guerre ? Cette question peut sembler absconde. Pourtant, elle est au cœur du problème. Si ces Afghans n’ont pas obtenu le statut de réfugiés, si certains sont renvoyés dans leur pays d’origine, c’est parce que la Ministre et le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) ont une réponse partiellement négative à la question. Pourtant, l’État belge est bien placé pour savoir ce qu’il en est puisque la Belgique intervient militairement en Afghanistan depuis plus de dix ans ! Cependant, les autorités ne tiennent pas compte du risque pour les minorités religieuses en Afghanistan. La Belgique a d’ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour cette raison.

Que demandent les Afghans ? Simplement, un peu d’humanité. Ils estiment ne pas devoir être considérés comme « un problème migratoire », mais comme des civils venus d’une zone en conflit armé. Ils demandent naturellement une protection au gouvernement. Concrètement, un moratoire sur les expulsions des Afghans serait une première mesure qui permettrait un début de réponse à cette situation dramatique.

Serait-ce la porte ouverte à un nouvel afflux d’immigrés et de réfugiés ? C’est aussi un des arguments qui portent. Si on accordait la moindre ouverture aux revendications des Afghans, ce serait – soi-disant – donner un signal à tous les citoyens du monde qu’en Belgique on peut tout obtenir ! Ce raisonnement est évidemment absurde, mais il marque les esprits. Pourtant, ce n’est pas parce qu’on apporte une réponse ponctuelle à quelques centaines de personnes intégrées et issues d’un pays manifestement en guerre que cela signifierait que les frontières belges sont désormais des passoires !

Les Afghans ont-ils des chances d’obtenir gain de cause ? Malheureusement, vraisemblablement non. Le problème est que la Belgique politique est désormais en campagne électorale. Dans ce paysage, la position de Maggie De Block est une position de force. Elle apparaît pour beaucoup comme le dernier rempart à la montée des nationalistes de la NV-A. Chaque voix que Maggie De Block gagne – et il faut reconnaître qu’elle en gagnera sans doute beaucoup – est une voix de moins pour les nationalistes. Dans un gouvernement de coalition comme on en a inévitablement en Belgique, il est difficile de s’opposer – même pour un premier ministre socialiste – à cette évidence électorale. Or, c’est justement parce que Maggie De Block déclare « De wet is de wet » qu’elle est aussi bien perçue en Flandre (et sans doute ailleurs aussi). Le combat est donc sans doute perdu d’avance, comme le montre assez clairement le refus d’Elio di Rupo de rencontrer les marcheurs afghans qui l’attendent à Mons.

Aux dernières nouvelles, juste au moment du publier ce billet, j’apprends qu’une rencontre sera finalement organisée ce mardi à 11h à Bruxelles au cabinet de Maggie De Block avec Elio Di Rupo. Espérons que ce ne sera pas un dialogue de sourds, mais que le fond du problème sera discuté sereinement, avec un minimum d’humanité plutôt qu’un retranchement superficiel derrière cette loi qui a bon dos.

lundi 16 décembre 2013

Perfection

 FMG © 2013

Pas trop amateur de télévision, je ne regarde en réalité quasiment que le Journal télévisé de la RTBF – du moins quand je ne m’endors pas devant le poste ! Le journal étant terminé, je me permets une petite détente : sur TV5, il y a « Tout le monde veut prendre sa place », diffusée avec au moins trois mois de retard ! Peu importe.

Le challenger du jour – qui s’est incliné devant celui qui est devenu depuis lors le plus grand champion de toute l’émission – était interrogé sur les mathématiques. Avec notamment la question suivante « Comment appelle-t-on un nombre égal à la somme de ses diviseurs ? ». Le challenger a répondu un « nombre premier », mais c’était évidemment faux ! J’attendais la bonne réponse, parce que pour moi aucun nombre n’est égal à la somme de ses diviseurs, sauf éventuellement 1 qui n’a qu’un seul diviseur, lui-même, et donc la somme de 1 égale 1 !

La réponse attendue était les nombres « parfaits ». L’exemple le plus facile est 6, car 1 + 2 + 3 = 6 (et je comprends mieux pourquoi j’ai toujours été attiré par ce nombre) ! En réalité cependant, la question posée était donc inexacte. Il fallait dire « Comment appelle-t-on un nombre égal à la somme de ses diviseurs propres ? », les diviseurs propres étant les diviseurs autres que le nombre lui-même. En réalité, un nombre est parfait si la somme des diviseurs est égale au double du nombre. Donc 1 + 2 + 3 + 6 = 12 = 2 x 6.

Je n’avais jamais entendu parler de ces nombres parfaits et j’ai voulu donc en savoir un peu plus. Ils ne sont pas très nombreux, c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis l’Antiquité, on connaît les quatre premiers : 6 – 28 – 496 et 8128. Avec l’arrivée des ordinateurs, on a pu aller plus loin et – à ce jour – les mathématiciens ont identifié exactement 48 nombres parfaits, le dernier connu étant composé de 115 770 321 chiffres !

Dans cette perfection, il reste un mystère quand même : à ce jour, personne ne sait s’il existe un nombre parfait impair ! C’est fort peu vraisemblable, mais pas impossible en ce sens que personne n’a pu démontrer que c’était impossible.

Je ne vais pas plus m’étendre sur ces nombres, car j’imagine que vous n’y comprenez pas grand chose, pas plus que moi. Mais je retiens quand même quelques constats :
  • la perfection existe : elle est mathématique bien sûr, mais elle existe, même si elle ne sert strictement à rien ;
  • la perfection est rare : dans une infinité de nombres, on n’en a jamais rencontré que 48 à ce jour ;
  • la perfection est mystérieuse : malgré toute la science qu’on a pu développer, malgré les ordinateurs, on n’est même pas capable de dire s’il existe quelque part un nombre parfait impair, ou plutôt on n’est pas capable de prouver qu’il n’en existe aucun, et que donc la perfection pourrait être impaire.
Ce dernier point me semble particulièrement important. Si une vérité aussi simple ne peut même pas être démontrée dans un sens ou dans un autre, vous imaginez le nombre de vérités qu’il est impossible de démontrer, dans un sens ou dans un autre. La vie nous réserve encore beaucoup de surprises !

jeudi 12 décembre 2013

Soixantaine

Ce billet de Réverbères est le soixantième de l’année 2013. Ça me place dans la moyenne de ces trois dernières années, après quatre ans où j’étais deux fois plus productif ! Soixante billets annuels, ça me convient bien. Un peu plus d’un par semaine. Après près de six cent cinquante billets, avoir encore quelque chose à dire, ce n’est finalement pas si mal !

Soixante ! Quel beau nombre ! Ne fut-ce que par sa prononciation. Un des rares mots où le « x » se prononce « s ». Les autres sont d’ailleurs aussi des nombres : six et dix. Sans oublier Bruxelles bien entendu, malgré les nombreux Français qui s’esquintent à le transformer en « ks » !

Soixante ! Quel beau nombre, disais-je donc. Le genre de nombre avec lequel – lorsqu’on apprend à compter – on fait des « tapis » ou des « pyramides ». Tout simplement parce qu’il a de nombreux diviseurs : un, deux, trois, quatre, cinq, six, dix, douze, quinze, vingt, trente… et soixante bien entendu !

UN est diviseur de 60. Ou plutôt UNE. On n’en a qu’une : une seule et unique vie ! La plus belle des merveilles. Celle sans laquelle il n’y aurait rien. Elle n’est pas toujours facile, mais elle est à l’origine de tout. Par elle, on atteint l’infini !

DEUX est diviseur de 60. Si j’étais le seul vivant, cela ne me servirait pas à grand chose. On est fait pour être au moins deux. C’est par ce deuxième, cette deuxième, que la vie se multiplie, s’enrichit, se diversifie. Le pluriel est toujours indispensable.

TROIS est diviseur de 60. Le nombre de base, le plus solide ! Lorsqu’un triangle est formé, il est impossible de le déformer. Pour travailler en groupe, l’idéal est d’être trois. C’est vrai pour tous les groupes, sauf peut-être pour vivre en couple ! Par contre, avoir trois enfants, c’est une belle aventure ! Lumière joyeuse, feu chaleureux, soleil paisible… que de sources de bonheur fécond !

QUATRE est diviseur de 60. Le nombre des principes. Quand on y accorde trop d’importance, on devient carré. Quand on leur donne un peu de souplesse, la vie peut se faire rectangle, losange, parallélogramme, trapèze, rhomboïde, quadrilatère quelconque ou orthodiagonal, voire même quadrilatère concave !

CINQ est diviseur de 60. Famille de cinq enfants. Le cinquième. Ça veut dire que beaucoup de portes sont ouvertes quand on arrive au moment où il faut les ouvrir. Pas toutes : mes frères et sœur m’ont laissé du boulot. Cinq enfants, cela fait cinq personnalités différentes, cinq caractères différents… mais aucun saint !

SIX est diviseur de 60. Le nombre magique. Du moins pour moi. J’ai toujours eu un faible pour le six. Sans doute pour son érotisme. Sans oublier le Numéro 6 qui restera mon héros de feuilleton favori ! (Dans Le prisonnier, pour ceux qui y perdraient leur latin.)

DIX est diviseur de 60. Les doigts de la main, bien sûr. Et la musique. Ce sont les doigts qui la créent. Ils ne sont pas tout seuls dans cette sublimation. Mais ils sont la dernière étape avant la magie. J’ai les doigts fins. Ce n’est pas un hasard.

DOUZE est diviseur de 60. Le nombre de la naissance. Douze du douze. Aussi facile à dire qu’à retenir. Ça fait de moi un sagittaire, ascendant sagittaire qui plus est. Le sagittaire « veut vivre une expérience hors du commun et surtout ne pas ressembler aux autres ! ». C’est mon horoscope qui le dit…

QUINZE est diviseur de 60. L’âge de tous les rêves et de toutes les frustrations. On voudrait ne pas ressembler aux autres, mais on n’est qu’un nabot parmi les nains. Pierre Selos chantait « Il faudra que je m’en souvienne lorsque mon fils aura quinze ans… ». J’ai essayé de m’en souvenir, avec cette cruelle impression de me retrouver à nouveau nabot parmi les nains. Heureusement, il y a les rêves et… la musique !

VINGT est diviseur de 60. On n’a pas tous les jours 20 ans… et j’aurais voulu ne jamais les avoir. Quatre jours plus tôt, il y a juste quarante ans, la voiture de mon frère se faisait écraser par l’arrière. Cela a tout changé. Pour lui. Pour mes parents. Pour moi. À 20 ans, tout est possible. En une seconde, tout était devenu impossible.

TRENTE est diviseur de 60. L’âge où une deuxième vie commence. La première n’était qu’une entrée en matière, pleine de découvertes et de moments incroyables, qui m’ont permis de me construire ou plutôt de concrétiser ce que j’étais. Mais désormais, j’étais DEUX !

SOIXANTE est diviseur de 60. Comme tous les nombres, 60 est diviseur de lui-même. Cela signifie que chaque individu – quel que soit son âge – n’est que la parcelle de sa propre unité. Elle n’est ni une ni indivisible, mais elle est le tout. Soixante ans est un âge comme un autre et je suis aujourd’hui toujours le même que j’étais hier et que je serai demain. Avec toujours les mêmes rêves et les mêmes peurs. En sachant qu’aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie et que c’est très bien ainsi. Bien sûr, 60 est le premier « nombre rond » dont j’ai la quasi-certitude que je n’arriverai pas au double ! Mais d’ici la fin de l’histoire, il reste de beaux nombres et de bons moments à vivre.

Au bout du compte, je retiens surtout l’injonction initiale : « Sois ! ». Elle est à la fois paradoxale – comment ordonner à quelqu’un d’être s’il n’est pas ? – et fondamentale – en dehors d’elle, il n’y a rien. C’est la nécessité et la vérité premières. Sois ! Fidèle à ce que je suis, j’ajouterais bien « Sois sans haine » ! Mais là, ça devient un peu trop moralisateur… Alors, simplement, sois !

mardi 3 décembre 2013

Grâces mâtinées

Quelle affaire, cette histoire de grâces royales ! Non pas le fait qu’elles existent. Mais le foin que cela fait au moment où on apprend qu’elles continuent à exister, malgré le nouveau roi ! Tout le monde s’esbaudit en feignant l’indignation alors qu’en réalité le roi n’a strictement rien à voir avec ça, si ce n’est qu’on lui demande de daigner in fine imposer sa signature.

Sur le fond, ces grâces sont sans doute quelque peu désuètes. Il n’y a pas de raison qu’un chef d’État – qu’il soit roi, président ou ministre d’ailleurs – se substitue au pouvoir judiciaire. Que diable, la séparation des pouvoirs ne remonte-t-elle pas à la Rome antique ? N’est-il pas temps d’appliquer réellement ce principe de base ? L’idée qu’il faut permettre de résoudre certaines situations qui ont évolué est cependant assez pertinente. Faut-il pour autant que la « grâce » soit accordée par le pouvoir politique ? Il y a certainement d’autres pistes à mettre en place, ou simplement à exploiter.

Une des difficultés mises en avant dans le cas présent est que les grâces sont liées pour l’essentiel à des infractions au code de la route et que celles-ci seraient donc banalisées. Les grâces seraient même - s’il faut en croire ce qu’on en dit – une atteinte aux victimes ! D’abord, il convient de constater que les grâces accordées concernent des faits n’ayant entraîné ni blessé ni tué. Ensuite, sans connaître les détails des dossiers, il est évident que toutes les infractions au code de la route ne sont pas absoutes par le simple effet de quelques grâces. Enfin, il serait vain de croire qu’on est moins victime parce que le coupable est puni. Cette évidence quand on y pense est cependant loin de faire l’unanimité… mais c’est une autre histoire !

Au bout du compte, tout cela ne serait rien si la Belgique n’était pas entrée en période pré-électorale. Où – par définition ? – tous les coups sont permis. Il est surprenant quand même de voir comment tous les partis – et bien d’autres – montent au sommet de leur petite échelle pour essayer de poursuivre dans son ascension nauséabonde un parti qui ne cherche qu’à faire parler de lui-même, le reste – le fond du discours – n’étant qu’accessoire.

Voilà des grâces bien mâtinées de stratégie politico-politicienne !