jeudi 8 avril 2021

Hemmes et fommes, même combat

 

L’affront fait aux femmes par le protocole turc lors de la réception des autorités européennes par M. Erdogan, président turc, est affligeant. Le plus désolant est l’attitude, ou plutôt la non-attitude, de Charles Michel, Président adoubé du Conseil européen qui s’est contenté d’allonger les jambes pour prendre ses aises et faire comme si de rien n’était. Pendant ce temps, Mme Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, s’étonnait de ne pas trouver de siège et se résignait à s’asseoir sur un sofa lui conférant de toute évidence un statut inférieur.

Je ne vais pas ici ergoter sur cet épisode malheureux. Il faut en fait surtout se réjouir de voir une femme à la tête d’une institution aussi importante. Ce n’est pas partout pareil.

La place de la femme en politique, comme en beaucoup de domaines, est souvent minorée et cela pose un réel problème. Les élus politiques sont censés représenter la population. Celle-ci est constituée à parts quasi égales d’hommes et de femmes*. Il serait donc normal qu’il y ait autant de femmes que d’hommes dans les assemblées politiques ainsi que dans les exécutifs. C’est loin d’être le cas, malgré de très rares exceptions.

Pour lutter contre cette situation, plusieurs systèmes ont été mis en place. Singulièrement en Belgique où, pour les élections communales et provinciales, le principe de la « tirette » est de vigueur depuis 2018 : sur les listes, les deux genres doivent être intercalés, que ce soit une femme, un homme, une femme… ou un homme, une femme, un homme…

Pour assurer la parité, il y a aussi des systèmes de quota, avec plusieurs possibilités : dans les élus, ou dans les exécutifs, il faut un minimum d’un genre (par exemple, au moins un tiers de femmes ou au moins un tiers de chaque genre), voire la parité parfaite.

Cette dernière formule semblerait aller de soi et est défendue par de nombreuses personnes. Elle pose cependant des problèmes démocratiques, surtout si la parité n’est pas respectée au niveau des candidatures. Par exemple, j’ai vécu une élection interne à un parti politique dans lequel le principe de parité effective est la règle (même si elle n’est pas nécessairement écrite). L’élection concernait deux postes à pourvoir. Il y avait 4 candidats : 1 femme et 3 hommes. Il ne faut pas avoir fait de hautes études statistiques pour se rendre compte de la difficulté : la femme avait 100% de chances d’être élue, alors que les hommes n’en avaient que 33%. Dit autrement encore : la femme était retenue d’office, l’élection n’ayant lieu que pour les hommes. Dans le cas présent, cela ne représentait pas une réelle difficulté, mais on voit qu’un objectif louable d’assurer une représentation équitable de la population peut conduire à un processus dont la dimension démocratique est en partie niée.

Personnellement, je préfère donc de loin le système de la « tirette » qui assure à la fois la présence égalitaire des deux genres et la liberté de choix aux électeurs. Et cette liberté, ceux-ci la prennent. Dans ma commune, les élections communales de 2018 ont permis de déboucher sur un conseil communal constitué en majorité… de femmes ! Les électeurs ont choisi une majorité de femmes pour trois des cinq listes présentes aux élections (chacune en tirette parfaite). Les deux autres listes n’ont que deux élu(e)s, voire même un seul. On en est même aujourd’hui à une situation tout à fait inédite pour une des listes, ayant obtenu 8 sièges. Actuellement, ces 8 sièges sont tous attribués à des femmes ! Certes, il y a eu des démissions et malheureusement un décès, mais il est quand même extraordinaire – et merveilleux – d’avoir ainsi un groupe politique exclusivement composé de femmes, non pas parce que des règles ou des quotas l’auraient imposé, mais parce que les électeurs ont choisi de porter leurs votes avant tout sur des femmes. On est là bien loin d’une situation artificiellement imposée, mais face à une réelle orientation donnée par les électeurs dont on ne peut que se réjouir.

* En réalité, actuellement, il naît plus de garçons que de filles. Ce n’est que pour la tranche 50-54 ans, que l’égalité est plus ou moins parfaite. Au-delà de cette tranche, il y a plus de femmes.

lundi 29 mars 2021

Psychiatrie du néant

Axel est le fils d’une amie. Je le connais depuis sa naissance, ou presque. Un caractère fort, dès le départ. Une tête aussi, pas toujours simple à structurer. Pour des raisons qui me sont volontairement largement inconnues, il se retrouve depuis quelques mois en institution psychiatrique passant de l’une à l’autre. Pour être soigné ? Pas vraiment.

Confronté à une réalité soi-disant thérapeutique – ce qui n’est en soi déjà pas simple pour lui – Axel a inventé le concept de « psychiatrie du néant ». Et ce n’est pas triste. Ou plutôt, c’est triste ! Voici ce qu’il écrit dans un billet publié sur Facebook et Linkedin. (J’ai juste supprimé certains éléments d’identification qui, à mon niveau, ne présentent pas d’intérêt.)

Après près de six mois passés dans ce que je nomme la #psychiatriedunéant, je vais tenter d’énumérer les caractéristiques qui en font une honte du système de soins de santé à mes yeux. Je précise que je ne vise que le versant « toxicologie » de la psychiatrie et les deux lieux où j’ai résidé (DSM et la CFS). (…) Je tiens aussi à dire que je ne vise en aucun cas les professionnel·e·s souvent charmant·e·s, dévoué·e·s et compétent·e·s croisé·e·s. Ma réflexion est d’ordre systémique et vise l’institution, non les personnes. Dernière précision : entre le désert thérapeutique de DSM et la CFS, il y a un saut qualitatif indéniable, en particulier au niveau des activités proposées. Mais certains éléments sont communs aux deux structures et relèvent des champs médical, psychologique et social. Les voici :
1. Le diagnostic est incertain, variable et très peu expliqué au patient qui ne peut en conséquence être un acteur éclairé de son parcours de soins.
2. Le traitement médicamenteux est également variable et jamais expliqué.
3. Le travail psychothérapeutique est inexistant (DSM) ou sans périodicité définie (CFS).
4. Le travail social (enquête) est inexistant (DSM) ou peu visible et expliqué (CFS). Pour quelqu’un comme moi qui suis néo-SDF, c’est très insécurisant et donc contre-productif en termes de santé mentale.
5. Le psychiatre agit davantage comme censeur des critiques et préfet de discipline que comme médecin. (…)
6. Les « éducateurs » (ah, ce terme infantilisant !) sont exagérément intrusifs concernant l’ordre, l’hygiène et l’emploi du temps mais peu attentifs au bien-être de manière plus générale.
7. Les « référents » prévus par la loi brillent par l’absence de proactivité.
8. Les « médiateurs » également prévus par la loi marchent sur des œufs en raison de leur proximité au sein de l’institution.
9. Quand un événement extérieur survient (…), vous ne bénéficiez d’aucun soutien psychologique ou logistique. On vous laisse désespérément seul alors que la chose a été communiquée à l’équipe.
Mon avis est que l’institution psychiatrique telle que je la vis est particulièrement maltraitante et ne souffre pas la moindre critique légitime et démocratique. Elle préférera toujours la persistance dans l’erreur à l’aveu de la moindre faute dans la pratique ou le jugement. De toute façon, nous ne sommes que des « fous », peut être dangereux, n’est-ce pas ?
Ceci est un texte de nature politique et doit être considéré comme tel. (…)


Je ne suis pas à la place d’Axel et je ne peux donc certifier que ses constats sont corrects et/ou pertinents. Mais il s’exprime en connaissance de cause. C’est du vécu. Pour le suivre dans son expression depuis ces six mois, je peux témoigner que chaque fois qu’une perche lui a été tendue pour sortir de cette psychiatrie du néant, il l’a saisie, s’y est accrochée, y a cru… pour retomber encore un peu plus bas. C’est du vécu, mais ce n’est que son vécu. Certes. Ce n’est qu’un témoignage, forcément subjectif, partial et partiel. Il me semble néanmoins suffisamment structuré et lucide pour interroger les institutions psychiatriques. 

Que font-elles vraiment pour aider leurs « clients » à sortir de leur situation difficile ? Trop souvent, ne sont-elles pas seulement des « gardiennes » (pour utiliser ce terme encore malheureusement parfois utilisé pour désigner les institutrices maternelles), juste bonnes à « garder » ? Comme un « gardien de prison » protège surtout la société de ses délinquants…

Une personne qui se retrouve en institution psychiatrique, peu importe la raison, est une personne en souffrance complexe. On peut certes alors tenter de l’endormir et de l’occuper, mais si on ne la considère pas pleinement comme une personne inscrite dans une démarche de vie, même si celle-ci est complexe et peu lisible, et capable de retrouver une autonomie constructive, ne passe-t-on pas complétement à côté des objectifs ? À moins bien sûr qu’on en reste au concept d’« asile ». J’ose espérer – mais seulement espérer – que ce n’est plus le cas.

samedi 20 février 2021

Porte ouverte

 


FMG©2021

Cette photo d’une porte ouverte de mon bureau vers le jardin est d’une banalité affligeante ! Et pourtant ! Quelle force, quelle vie !

Pour la première fois depuis très longtemps, cette porte est ouverte et reste ouverte. Elle refroidit sans doute un peu la chaleur de mon bureau, mais elle apporte la vie, le chant des oiseaux, la lumière de l’accueil, la beauté de l’Arbre de vie !

De tout temps, la fin du mois de février et le début du mois de mars ont toujours été pour moi les périodes les plus difficiles de l’année. Celles où l’on se demande si l’hiver va se terminer, avec toute sa froideur, sa rigueur, sa désolation.

Alors, quand un bout de printemps pointe le bout de son nez, quel bonheur ! Ce mouvement chaleureux survenant seulement quelques heures après la vague de froid n’a que plus de valeur. Nous sommes en plein dérèglement. Il n’est pas « normal » d’ouvrir grande une porte extérieure un 20 février. Mais parfois, rien que pour le plaisir du moment présent, on ouvre et on respire…

S’il suffisait d’ouvrir une porte pour sauver le monde et célébrer la vie, je vous jure que je l’ouvrirais et plus encore… Celle-ci n’a pas cette ambition, mais elle éclate de sa naïveté lumineuse.

Notamment pour vous, Luc et Guy. Vous êtes avec moi dans mon bureau de lumière.

lundi 15 février 2021

Art religieux ?

 

S’il est bien des artistes que j’admire, ce sont les prêtres. Je ne sais pas trop comment ils parviennent à susciter un enthousiasme et une fidélité absolues auprès de leurs fans. Ils parviennent à les réunir toutes les semaines, dans des endroits pas toujours bien chauffés, où les sièges sont loin d’être confortables et où la ferveur des fidèles n’a d’égale que la banalité avec laquelle le message artistique est diffusé. Pas vraiment de magie, mais un enthousiasme constant des spectateurs.

Il doit y avoir un secret que ces artistes se refilent d’année en année, plutôt même de siècle en siècle. Comment expliquer autrement que la même mise en scène sans aucune surprise attire depuis si longtemps des milliers de spectateurs, et cela dans le monde entier ? Il faut vraiment que ces artistes soient des génies.

Nos autorités publiques ont d’ailleurs bien identifié cet art extraordinaire qui attire des foules disparates. Alors qu’avec cette foutue pandémie du coronavirus, on ne peut nulle part se réunir à plus de trois ou quatre personnes, les prêtres (et autres pandores religieux) ont obtenu cet incroyable privilège de pouvoir réunir semaine après semaine une quinzaine de personnes dans leurs édifices magiques. À vrai dire, je ne comprends pas très bien cette limite à quinze personnes tant les dits édifices sont parfois grandioses et qu’on pourrait y accueillir sans problème, pour certains d’entre eux, plus d’une centaine d’aficionados sans les mettre en péril.

Mes mots ci-dessus « la même mise en scène sans aucune surprise » sont clairement à nuancer. Depuis longtemps, la musique accompagne cette mise en scène. Les plus grands compositeurs – Bach, Mozart, Beethoven, etc. – l’ont bien compris et ont créé des musiques éternelles pour accompagner les artistes-prêtres. Et dans les cérémonies actuelles limitées à 15 personnes, la musique est la plupart du temps bien présente. Le moins qu’on puisse dire est que cela aide les artistes à maintenir l’écoute et la participation des spectateurs. C’est le miracle musical, semaine après semaine.

Hier, 14 février 2020, à l’Église de Crupet, un artiste a voulu célébrer cet art universel en invitant une quinzaine de spectateurs à vibrer avec lui. La police s'est sentie obligée d'arrêter très rapidement la cérémonie, cela en flagrante contradiction avec les arrêtés qui autorisent ces cérémonies en ces lieux. Le célébrant était seul sur « scène » avec 15 personnes masquées, à distances, éparpillées dans l’église. Mais voilà, la seule différence par rapport à d’autres offices, c’est que celui-ci avait été rebaptisé « concert » et que le célébrant était Quentin Dujardin, guitariste de son état.

Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

samedi 6 février 2021

Où va-t-on ?



FMG©2021

Après quatre années de bons et loyaux services – c’est-à-dire n’avoir servi à strictement rien – les piles d’un détecteur de fumée ont manifesté dans un dernier acte de bravoure qu’elles étaient en fin de vie. Il suffisait donc de les remplacer. Modèle CR2450, pas standard, ce serait trop facile.

Mais enfin, ça se trouve, dans le magasin de bricolage le plus proche. Verdict : 9,99 EUR pour 2 piles. Il m’en faut trois ! Je m’apprête donc à payer 19,98 EUR et à me retrouver avec une pile dont je n’ai que faire. Éclair de génie : et si j’allais voir au rayon « détecteurs de fumée ».

Effectivement, j’en trouve un à 9,99 EUR qui me promet cinq années de fonctionnement ! Après quelques instants d’hésitation – c’est ridicule d’acheter un nouvel appareil pour en remplacer un autre qui fonctionne très bien – je me décide quand même. À la caisse, je constate qu’en plus j’ai droit à 25% de réduction pour promouvoir les appareils de détection (information inscrite en néerlandais, on se demande pourquoi, mais qu’importe…). De retour à la maison, je constate qu’en réalité il s’agit d’un appareil en tout point identique au précédent (ce qui m’évite en plus de devoir dévisser et revisser le support) !

Bref, j’ai payé 7,49 EUR pour un nouvel appareil avec de nouvelles piles garanties 5 ans plutôt que les 19,98 EUR pour des piles de remplacement, soit 62,5% en moins ! Certes, je ne me retrouve pas avec une pile neuve inutile, mais c’est un véritable scandale ! Il est inacceptable que l’achat d’un nouvel appareil soit économiquement parlant préférable au remplacement des piles. C’est inacceptable pour la plupart des personnes dans le même cas qui ne penseront pas à aller voir ce qui se passe au rayon des détecteurs. C’est inacceptable d’un point de vue écologique puisque, même en apportant l’ancien appareil en excellent état à la déchetterie, il n’y aura pas grand-chose qui sera recyclé, pour autant qu’ils prennent le temps de le faire, ce qui serait en réalité absurde dans une analyse bénéfice/coût.

Certes, j’ai « gagné » 12,49 EUR, mais je n’ai jamais autant râlé ! Mais où va-t-on ?
 

mardi 26 janvier 2021

Les charmes du virtuel


Un chanteur que j’apprécie beaucoup, non seulement pour ses talents d’auteur-compositeur-interprète, mais aussi pour ses qualités d’être humain, s’apprête à sortir l’enregistrement, en version voix-guitare, d’environ 80 chansons. Nicolas Peyrac (pour ne pas le nommer) a profité du confinement pour ressortir des placards des chansons déjà enregistrées, parfois il y a longtemps, et les a gravées dans la mémoire de son iPhone, en les partageant sur les réseaux sociaux, pour le plus grand plaisir de nombreux passionnés. La matière et la demande étaient là. Il suffisait de mastériser les morceaux et de les mettre sur… un clé USB style carte de banque. C’est là que ma réflexion commence.

Suivant l’annonce de la nouvelle sur sa page, un commentaire est apparu : « Ça me désole que l'on arrive à ces supports qui ne ressemblent à rien, mais il faut vivre avec son temps, adieu Cd, vinyles… ». Je respecte complètement cet avis, mais j’avoue qu’il ne me concerne plus du tout. Il y a longtemps que je n’écoute plus de la musique qu’à travers les fichiers contenus dans mon iPod. Celui-ci contient aujourd’hui plus de 30 000 morceaux, écoutés systématiquement selon une méthode aléatoire qui m’est propre et qui a évolué depuis 2007. La musique – celle que j’écoute du moins, à l’inverse de celle que je joue – n’a pour moi plus rien de matériel. Seule elle m’importe, dans sa musicalité.

Cette dématérialisation ne concerne pas que la musique. J’avoue ne plus être fort intéressé par tout ce qui est matériel : les cadeaux, les voitures, les appareils de toute sorte… tout en appréciant bien sûr l’intention derrière les cadeaux, les déplacements derrière les voitures, les services rendus par les appareils de toute sorte… Il y a aussi un certain temps que je n’utilise plus d’argent liquide, ayant toute confiance dans l’argent électronique, y compris « sans contact ». Ces périodes de confinement m’auront aussi permis d’apprécier les relations virtuelles. Elles ne remplacent bien sûr pas un bon contact direct et physique, mais elles offrent des possibilités parfois magiques d’être en contact lorsque les circonstances matérielles ne le permettraient pas en temps normal, avec aussi de nombreux gains en termes de temps et de déplacement.

Finalement, il y a deux grands domaines où la matérialité des choses m’intéresse encore au plus haut point : avant tout, bien sûr, la nourriture et la boisson. J’imagine bien que celles-ci auront également des développements immatériels, mais en attendant j’en jouis à juste titre. Le deuxième domaine concerne les livres, en particulier les bandes dessinées. Les moyens de lecture virtuels existent, mais ils ne m’intéressent pas du tout. Je lis bien sûr énormément d’informations virtuelles, mais je n’imagine pas un seul instant lire une BD sur un écran quelconque. Non, là, il me faut l’objet bien en mains, le sentir, le toucher, le caresser, en tourner les pages en m’imprégnant de leur grammage ou de leur finition…

Tout cela pour dire – comme Philibert-Joseph Le Roux – qu’au bout du compte, tous les goûts – virtuels ou non – sont dans la nature. Il n’est pas toujours facile de comprendre pourquoi l’autre ne ressent pas la même chose, s’attache à des éléments différents, vit autrement le même événement. N’est-ce pas en fait juste le résultat de différences purement… virtuelles ?

mardi 29 décembre 2020

2020, l’année vélo

 

FMG©2020

Année spéciale que cet an 2020. Elle m’aura permis de parcourir au moins 2020 kilomètres à vélo. J’aurai mis 79 jours pour dérouler les 1000 premiers, soit une moyenne de 12,5 km/jour. Il m’a fallu attendre 202 jours pour refranchir un nouveau cap, soit presque 5 km/jour en moyenne. Ça baisse ! Mais en réalité, les 2000 premiers kilomètres du vélo auront nécessité 1016 jours : juste un peu moins de 2 km par jour. Belle augmentation pour 2020, grâce au coronavirus !


Les 1000 premiers kilomètres de l'année correspondent clairement au premier confinement. Il faisait beau. Le vélo était permis. On n’avait rien d’autre à faire. Alors, nous ne nous sommes pas privés de ces sorties quasi quotidiennes. Bien sûr, nous ne sommes pas des cyclistes professionnels, ni même des cyclotouristes. Et oui, un moteur électrique m’a assisté lors de toutes ces sorties. N’empêche, il fallait quand même les faire.

Cela dit, l’année 2020 est aussi l’année du vélo professionnel. Ça avait bien commencé avec les quatre victoires de Remco Evenepoel sur les quatre courses par étapes auxquelles il avait participé. Le 15 août, il s’apprêtait à gagner le Tour de Lombardie lorsqu’il rata son virage pour réaliser le vol-plané que l’on sait. « Le 15 août » ? Mais normalement, le Tour de Lombardie, c’est en octobre, non ?

Oui. Mais la saison cycliste 2020 a vu son programme chambouler. Avec le Tour des Flandres, course du printemps par excellence, qui s’est déroulé le 18 octobre, en plein automne ! Avec le Tour de France lui-même parti le 29 août au lieu de début juillet. Mais les courses ont eu lieu, sauf malheureusement Paris-Roubaix et l’Amstel Gold Race.

Certes, le public n’a pas vraiment pu assister à ces courses, alors que le cyclisme reste le sport par excellence que le public peut suivre librement et gratuitement. Il est néanmoins admirable que ce sport qui nécessite le travail de centaines de personnes dans un espace relativement limité ait pu trouver et respecter les modalités nécessaires pour exister malgré la pandémie.

C’est cette sorte de résilience que je veux garder en tête lorsque je me souviendrai de l’année 2020. Une année où, malgré les obstacles, ça roule !

Et dire qu’en 2021, on aura le retour de Remco !

jeudi 10 décembre 2020

Les signaux détournés (12)

Par les temps qui courent, pas folichons il faut bien l’avouer, je m’étais dit qu’une balade dans nos forêts ardennaises serait une bonne idée. Tant qu’on peut encore s’éloigner librement de son domicile, autant en profiter. Bref, je m’étais chaussé en randonneur et j’étais parti vers la verte forêt. En y arrivant, je fus surpris de voir ce signal routier ! Sans trop y faire attention, je souris tout seul dans ma voiture. Il me rappelait des signaux que j’avais vus, il y a quelques années, sur le blog Réverbères. Si mes souvenirs sont bons, ça s’appelait « Les signaux détournés ».

Je ne me suis pas trop inquiété et lorsque j’ai trouvé un endroit calme pour garer mon véhicule, je n’ai pas hésité. En deux-trois mouvements, j’ai commencé ma promenade dans ces belles forêts. Le bonheur intégral. Seul le bruit de mes pas écrasant les épines desséchées d’épicéas non encore scolytés se faisait entendre. Aucune pollution. Aucun individu perturbateur. La plénitude totale.

Je ne le remarquai pas tout de suite, mais il me sembla entendre ci et là d’étranges chuintements. Ceux-ci se précisaient au fur et à mesure que je m’avançais dans la forêt. En réalité, ils devenaient de plus en plus insupportables. Cela devenait assourdissant. Au détour d’un chemin, je les ai vus : des millions, que dis-je, des milliards de trolls étaient en train de faire la fête. Je me cachai pour mieux les observer. Après un petit temps d’adaptation, l’évidence me sauta aux yeux : ces trolls dansants n’étaient rien d’autre que des coronavirus. Je fus le premier surpris de pouvoir comprendre leurs chants : Fêtons ça les amis, on a bientôt gagné, ils seront bien surpris, quand ils s’ront tous crevés. Ce n’est pas leurs vaccins qui vont nous menacer, on est les plus malins, on a bien comploté !

J’étais abasourdi. Réalisant que je n’étais pas masqué, j’eus soudain peur d’être démasqué. Moi qui ai déjà subi la covid-19, je n’avais vraiment pas envie de remettre ça. Je m’apprêtais à partir discrètement lorsque j’entendis des bruits de galop qui se rapprochaient à une vitesse phénoménale, précédé par le cri harmonieux d’un cor de chasse. Sans avoir le temps de prendre conscience de ce qu’il se passait, je vis une horde de chevreuils, de cerfs et d’élans foncer vers le troupeau de coronavirus. Ils firent exploser celui-ci, écrasant les petites bêtes qui avaient perdu de leur superbe. C’est alors qu’un cerf majestueux s’avança, tirant un traineau d’or et de lumière. À son bord, le Père Noël ! J’étais stupéfait, car je n’ai jamais cru au Père Noël. Et là, il était là, devant moi ! Émerveillé, je le vis descendre de son char, prendre le petit sapin qu’il transbahutait, le planter là où trente secondes plus tôt brûlait le feu des trolls, prendre le fil de la guirlande et en brancher la fiche dans une prise électrique miraculeusement apparue. Le petit sapin s’illumina et se mit à grandir à vue d’œil. Ses lumières commençaient à se transmettre de sapin à sapin. La forêt devint rapidement une féérie magique. Tapi dans mon coin, je n’osais pas bouger. Je ne le pouvais d’ailleurs pas : j’étais paralysé.

Le Père Noël contempla quelques instants cette forêt enluminée. Il éclata de rire, se croisa les bras et les ouvrit d’un mouvement ample. Sans aucun bruit, toute la forêt explosa. Ce n’est qu’après un certain temps que je me réveillai, sans savoir d’ailleurs combien de temps s’était écoulé. Je rejoignis ma voiture. En mettant le contact, la radio s’alluma et j’entendis : « La tendance est confirmée : dans le monde entier, il n’y a plus aucun cas confirmé depuis le 25 décembre. Les malades se remettent tous et toutes, sans qu’on sache expliquer quoi que ce soit. La pandémie semble bel et bien terminée. »

Et si c’était vrai ?

samedi 21 novembre 2020

Ne pas se battre

 

 
Il m’est arrivé – une ou deux fois - d’espérer qu’un de mes statuts Facebook soit repris à son compte par l’un ou l’autre de mes amis entamant ainsi une chaîne exponentielle avec un partage sur des milliers de murs. Ce n’est jamais arrivé et je ne m’en porte pas plus mal. Aussi, j’ai souri quand c’est arrivé – pas en milliers d’exemplaires, hein, faut pas rêver – avec un statut où je ne l’attendais pas du tout !

J’avais moi-même « copié » Rajae Maouane qui avait publié ce statut, accompagné d’une photo : « Un style indéniable et des oreilles décollées : en cette journée internationale des droits de l'enfant, je réponds à l'appel de l'UNICEF : #MonPortraitDenfant. L'occasion aussi de rappeler que… ».

L’appel de l’UNICEF me parlait. Il m’est arrivé plus d’une fois de travailler pour cet organisme qui me semble une des agences internationales absolument indispensable. Alors, je me suis mis à la recherche d’une photo de mon enfance que je pourrais partager. Celle reprise en illustration ci-dessus m’a semblé bien sympathique.

Liant un des objectifs de l’UNICEF avec cette photo prise il y a bien longtemps (dans les 65 ans) sur un manège de la Foire de Namur, j’ai écrit le statut suivant : « En cette journée internationale des droits de l'enfant, je réponds à l'appel de l'UNICEF : #MonPortraitDenfant. N'apprenons pas à nos enfants à nous battre. Simplement à être heureux et grandir ! ».

Ce n’est qu’après l’avoir posté que je me suis rendu compte qu’il n’était pas très correct d’un point de vue linguistique. Il me semble qu’il eût été plus correct d’écrire « N’apprenons pas à nos enfants à se battre », le « nous » prêtant clairement à confusion. Et puis, je suis toujours attentif à répéter la préposition : « Simplement à être heureux et à grandir ! ». Deux petites erreurs peu importantes, et j’ai donc laissé le statut tel qu’il m’était venu.

Quelle ne fut pas ma surprise de retrouver exactement le même statut (avec une autre photo) sur le mur de certains amis, sans aucune référence au mien. De toute évidence, ces amis avaient pensé que c’était la proposition originale de l’UNICEF. Notamment, je suis convaincu qu’un de ces amis n’aurait jamais partagé le statut tel quel s’il avait su que c’était moi qui l’avais écrit.

Tout cela n’a bien sûr aucune importance. Sauf le sens du statut lui-même : « N'apprenons pas à nos enfants à se battre. Simplement à être heureux et à grandir ! »

Les adultes ne se rendent pas suffisamment compte des messages qui sont transmis dans des gestes considérés comme anodins. Mais est-il vraiment éducatif de mettre dans des manèges des tanks munis de fusils-mitrailleurs ? Est-il vraiment éducatif d’offrir aux enfants de faux fusils ou de fausses épées avec lesquels ils vont effectivement jouer à se battre ? Est-il vraiment éducatif de banaliser la violence dans des programmes de télévision, y compris des journaux télévisés, diffusés à une heure où de nombreux enfants sont en présence de la fenêtre magique ? Est-il éducatif de souvent mettre les enfants en compétition pour « être le meilleur », que ce soit en classe, dans le sport, dans la vie de tous les jours… ?

J’ai eu la chance et l’honneur de traduire, en 1996, l’ouvrage en anglais Education for Development: A Teacher's Resource for Global Learning de Susan Fountain, devenu en français Éducation pour le développement humain : Un outil pour un apprentissage global. Le succès de cet ouvrage, financé par l’UNICEF, ne fut pas à la hauteur de la richesse qu’il contient : des dizaines d’activités à réaliser en classe, tout au long de la scolarité obligatoire, pour une éducation globale autour de thèmes comme l’interdépendance, les images et les perceptions, la justice sociale, les conflits et leur résolution, le changement et le futur. Des activités constructives et dynamiques, bien loin de ces armes factices qui induisent inévitablement l’idée qu’il faut se battre.

Il ne faut pas se battre. Il faut être heureux… et toujours grandir, même devenu grand !

mardi 29 septembre 2020

La lumière au bout du chemin

 

FMG@2007
 
En temps normal, le soleil nous éclaire. Ses rayons nous réchauffent et nous guident. On aime se retrouver pour profiter de sa chaleur et se préparer à le retrouver le lendemain matin, en toute certitude. Ça, c’est en temps normal. Il suffit qu’une toute petite bête s’immisce quelque part pour que tout parte à vau-l’eau et qu’au soleil, on n’ose plus trop y croire. On se doute bien qu’il est toujours là, mais la pente est si dure, les cloisons si épaisses, qu’on peine à entrevoir la moindre lueur.

Cette expérience, beaucoup la vivent actuellement. Collectivement ou individuellement. Dans les deux cas, l’expérience est insupportable.

Qui, aujourd’hui, ne rêve pas que cette mauvaise histoire de coronavirus ne soit plus qu’un souvenir dont on se passerait bien de toute façon ? Qui ne voudrait enlacer ceux qu’on aime sans aucune arrière-pensée, juste pour le plaisir de se sentir de près ? Qui n’aimerait ne voir des masques chirurgicaux que dans les séries télé à fleur de rose qui trouvent dans les milieux hospitaliers ce monde clos si propice aux romances et autres belles aventures ? Qui ne souhaiterait se retrouver entre amis, au resto, en discothèque, en réunion, au spectacle… question de vivre tout simplement ? Les mesures qui continuent à être prises sont insupportables bien sûr. Elles sont aussi sans doute indispensables. Ne fut-ce que pour pouvoir continuer à croire qu’on pourra encore se dorer au soleil sans devoir se masquer. Les contraintes auxquelles nous nous soumettons aujourd’hui – et c’est difficile pour tout le monde – sont cette porte qu’on entrouvre plus ou moins, selon les lieux et les circonstances, pour continuer à bénéficier de notre liberté, aujourd’hui comme demain.

La petite bête, elle, elle se fout bien de toutes ces contraintes. On a beau respecter les distances, on a beau se masquer, on a beau tout faire, ça ne l’empêche pas – parfois – de s’inviter à la fête. Quand on est atteint, avec un peu de chance, on ne le remarque même pas. Certains – ce peut-être n’importe qui – se retrouvent hospitalisés, voire aux soins intensifs. Avec très peu de chance, il arrive qu’on y reste. Plus d’un million de morts dans le monde à ce jour ! Puis, avec plus ou moins de (mal)chance, la covid s’installe et marque sa présence de ses effets divers. Quand ça vous tombe dessus, je peux vous dire qu’on n’en mène pas large. Après une dizaine de journées passées à chercher ma respiration, à ne plus trop savoir où se trouve ma tête, à sentir la fatigue au moindre geste, à tousser sans cesse et sans expectoration, à ne plus croire que la lumière puisse encore exister quelque part, je vis aujourd’hui une petite accalmie. Bien frêle encore, mais au moins elle me permet d’écrire ces quelques mots. Je suis encore dans la pente, sans savoir si je suis plus proche du sommet que du point de départ, mais j’avance, avec enfin un peu de calme, en domestiquant mon souffle. Et il me semble entrevoir au loin une faible lueur. J’essaie d’y croire.

Je partage cette maladie avec des millions d’autres personnes. Ça ne console pas. Ça relativise seulement un peu. Comme chacune d’entre elles sans doute, je souhaite vraiment que cela n’arrive à personne d’autre. Parce que, vraiment, c’est une m… ! J’ai tout fait pour ne pas gagner à sa loterie, mais voilà… C’est la vie.

Il n’y a malheureusement pas de solution-miracle. Bien sûr, on pourrait s’isoler complètement et attendre que ce soit fini. Ce n’est pas réaliste. Nous devons continuer à vivre, en continuant à croire à la lumière au bout du chemin. Mais en acceptant ce qu’il faut pour pouvoir y arriver, tous ensemble et chacun sur sa route.
 

lundi 31 août 2020

Plagiat ?

 


Calmement occupé à (re)lire une BD, mes oreilles furent attirées par le morceau tiré au sort par mon iPod. Katie Melua, On the road again. Sublime. Assez normalement, je me suis dit « je connais cette chanson ». Sauf que les paroles qui résonnaient dans ma tête étaient en français. Et ça, ce n’était pas normal !

Je fis plus attention et petit à petit j’entendis dans ma tête la voix d’Alain Souchon. Il parlait de jours… J’ai quitté ma BD et ne mis pas très longtemps pour identifier l’intrus : Les jours sans moi !

Si je me trompe, dites-le-moi, mais c’est quand même méchamment ressemblant. J’ai alors fait quelques recherches, mais sans succès : nulle part sur Internet, il n’est dit que ces deux chansons seraient liées d’une manière ou d’une autre. Finalement, la seule découverte fut que ce n’est certainement pas la seule musique pour laquelle Laurent Voulzy serait soupçonné de plagiat. Il connaît bien sûr On the road again, puisqu’il l’a reprise dans une de ses versions de Rockollection (Live, 2004). Mais nulle trace d’un quelconque détournement. C’est assez surprenant, parce que cela me paraît quand même évident !

Le plagiat est sans doute moins flagrant si on écoute l’extraordinaire version originale (1968) de Canned Head (elle-même étant l’adaptation d'une chanson de blues écrite par Floyd Jones, en 1953). La forte présence de l’harmonica masque un peu les lancinants accords de la guitare.


Bref, je ne ferai pas plus que m’étonner. À la fois du plagiat qui me semble patent et de l’absence de tout signalement de celui-ci. Les voies des muses sont impénétrables !


vendredi 28 août 2020

Bon appétit

 

Lors de la semaine de canicule, nous avons passé quelques jours en Ardennes. Ce foutu coronavirus nous aura permis – à d’autres aussi sans doute – de redécouvrir ces merveilleux paysages que recèle notre pays. Un soir, nous avons décidé d’aller manger dans une brasserie près d’un des trois ponts, au bord de la rivière. Conformément aux règles, nous avons réservé une place en terrasse.

Lorsque nous sommes arrivés masqués, nous avons été étonnés que le serveur était étonné de notre arrivée. Mais nous avons trouvé place. La carte était accessible par QR code, ce qui a permis à ma belle d’installer l’application nécessaire. Le choix n’était pas bien grand, mais nous avons trouvé de quoi nous satisfaire. Sauf que…

Assez rapidement, une jeune fille est venue prendre notre commande. Personnellement, j’avais opté pour de la langue de bœuf sauce madère. J’adore ça, et comme on ne rencontre pas ce plat tous les jours, je n’avais pas hésité. Outre de l’eau, nous avons aussi demandé un pichet de vin blanc. C’est là que les amusements commencent vraiment : la jeune serveuse nous a affirmé que ça, il n’y avait pas ! On se contentera d’eau !

Rien ne se passe alors. Après une bonne dizaine de minutes, un serveur vient nous annoncer que, désolés, mais il n’y a plus de langue de bœuf. Qu’à cela ne tienne, je me contenterai d’un spaghetti bolognaise. Et tant qu’on y est, est-ce que vous avez des pichets de vin ? Ah mais oui, bien sûr, du rouge, du blanc, du rosé ? Un pichet de blanc nous ira très bien. Je vous apporte ça tout de suite !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Puis, nous attendons. Juste avant notre arrivée, une bonne pluie avait rafraîchi l’atmosphère. Tout va bien, nous devisons de choses et d’autres. Le temps passe et, sentant une petite faim, quand un des serveurs passe près de nous, nous lui demandons quelques cacahouètes ou autres. Oui, je vous apporte cela.

Ne voyant rien venir, nous demandons – après un certain temps – s’il est possible d’avoir un peu de pain ou autres expédients. Oui, d’accord !

Devant le temps qui passe, j’appelle celui qui semble le chef : « Est-ce normal qu’il faille attendre une heure et demie pour avoir un spaghetti ? ». Ah, non, je vais voir. Après quelques minutes, il nous revient : « Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais votre commande s’est perdue quelque part ! La cuisine est fermée, mais si vous le voulez, je peux demander à la cuisinière de préparer vos plats. Vous pouvez aussi décider de partir, mais si vous voulez vos plats… je vous les offre ! »

Il était tard, nous avions faim, impossible de trouver à manger ailleurs, bref, d’accord pour une nouvelle attente, en espérant qu’elle ne dure pas trop longtemps. Après une petite dizaine de minutes, le gars nous apporte triomphant deux assiettes. Comme il s’apprête à repartir, j’ose lui demander : « Serait-il possible d’avoir une cuiller ? Et aussi du fromage ? » « Ah oui, je vous apporte ça tout de suite. »

J’ai la prétention de savoir faire une sauce bolognaise, avec ma propre recette non homologuée. Je peux vous dire qu’elle est meilleure que celle que j’ai mangée ce soir-là. Mais enfin, ça nourrissait !

Au moment d’aller payer, je me préparais à devoir me battre, mais non, tout s’est bien passé : j’ai juste payé l’eau et le fameux pichet de vin qui n’existait pas.

Que demander de plus finalement ? Une soirée paisible passée (presque) au bord de la rivière, de quoi se sustenter en ne payant que de l’eau et un peu de vin, et un service quasiment irréprochable ! Manquaient juste ces cacahouètes que nous n’avons jamais vues. On sait ce que contiennent les cacahouètes de bistrot et on peut donc s’estimer heureux d’avoir pu éviter cela !

Nous avons très bien dormi.

jeudi 30 juillet 2020

Merci Facteur !



Abonné à un magazine hebdomadaire, il arrive périodiquement – rarement – que celui-ci ne soit pas au rendez-vous dans ma boîte aux lettres. Lorsque ça arrive, le plus souvent parce qu’il y a un événement exceptionnel (jour férié en pleine semaine, grève quelconque…), je le signale par courriel à l’éditeur qui prolonge mon abonnement d’une semaine. Jusqu’à cette fois…

La réponse reçue tout en étant standard était pourtant claire : « Nous avons pris bonne note de votre message et introduisons une réclamation auprès des services de distribution de Bpost. » Je n’y avais pas accordé beaucoup d’importance, jusqu’au moment où la sonnette retentit un ou deux jours plus tard. C’était le facteur ! J’avais déjà eu l’un ou l’autre contact avec lui, toujours sympathiques, mais sans plus. Il m’expliqua qu’il venait pour ce magazine non arrivé. Ce jour-là, la Poste avait bien reçu les magazines, mais non adressés comme d’habitude. Au facteur donc de se débrouiller pour les distribuer dans les bonnes boîtes aux lettres. Sa mémoire lui disait que les numéros 3 et 28 étaient concernés, mais il n’avait qu’un seul exemplaire pour notre rue. Il a choisi le numéro 3 ! Erreur fatale : l’habitant n’était plus abonnée. Quand le facteur s’en est rendu compte, il s’est rendu au numéro 3. La personne était prête à lui rendre le magazine, mais elle avait déjà fait tous les mots croisés…

J’ai dit au facteur que pour moi, ça allait ; que j’étais surtout intéressé par le contenu, même si je fais aussi les mots croisés ; que si la dame rendait le magazine, tout allait bien ; que j’étais désolé pour le désagrément…

Mais le facteur ne l’entendait pas de la sorte. Il m’a demandé où il y avait une librairie susceptible d’avoir le dit magazine. Je lui ai renseigné la librairie la plus proche et je lui ai dit que c’était bon comme ça…

Un quart d’heure plus tard, il sonnait à nouveau et me tendait avec un grand sourire de quoi m’apporter quelques temps de lecture et de résolution cruciverbiste. Je l’ai remercié, à vrai dire un peu confus.

Il était évidemment en partie un peu responsable du problème. Mais je ne lui en demandais pas tant. J’ignore totalement comment cela se règle à la Poste. A-t-il dû remplir un formulaire quelconque disant que le problème était arrangé ? J’en doute. S’il a résolu le problème – plus que vraisemblablement à ses frais – ce n’est que par fierté pour son métier. En ces temps troubles, mon facteur est aussi un de ces héros de première ligne. Merci Facteur !


Ce billet est le neuf-centième de ce blog Réverbères, commencé en 2006. À une moyenne actuelle d’une vingtaine de billets par an, je peux arriver à 1000 publications en 2025. Bel objectif pour un blog qui n’a pas besoin d’autre facteur que des ondes invisibles et les clics de ses lecteurs. On verra bien si je l’atteins un jour !

vendredi 17 juillet 2020

Comme aux plus beaux jours

Il s’appelait Aufray
C’était un chanteur folk
Il était mon idole
Et le sera à jamais

J’ai souvent pensé que lorsque Hugues Aufray disparaîtrait, je me devrais de lui rendre hommage pour tout ce qu’il m’a apporté. La sortie de son album Autoportrait me donne l’occasion de ne pas attendre d’en faire un hommage posthume. Aufray est bel et bien vivant, plus que jamais. Dans un mois, il aura 91 ans… Il semble en avoir 19 ! Quel bonheur !

En réalité, Hugues Aufray n’a jamais été mon idole. Mais c’est lui qui m’a permis de découvrir la chanson et la guitare. À la fin des années 60, en pleine vague yéyé, il apportait un peu de contenu dans l’explosion de chansons de l’époque. J’étais chez les scouts et nos voix ont vibré avec nos guitares lors de feux de camp mémorables : À bientôt nous deux, Le bon Dieu s’énervait, Cauchemar psychomoteur, Ce n’était pas moi, Céline, Le cœur gros, Les crayons de couleur, Debout les gars, Dieu est à nos côtés, Guidez mes pas, Je reviens, Des jonquilles aux derniers lilas, Le joueur de pipeau, Le jour où le bateau viendra, L’épervier, N’y pense plus tout est bien, On est les rois, Le petit âne gris, Prière pour un spectacle, Quatre vents, Le rossignol anglais, Santiano, La soupe à ma grand-mère, Les temps changent, Y avait Fanny qui chantait… Toutes ces extraordinaires chansons que je connais encore par cœur et que je prends toujours plaisir à interpréter.

Il y en a deux, moins connues, mais qui m’ont toujours ému plus que d’autres : Ma guitare au saloir et Parle-moi de chez toi. Des chansons qui parlent d’émotion, de solidarité, de fraternité. C’est un peu tout ça aussi qui m’a construit.

Il a fait parfois un peu n’importe quoi et toute son œuvre est loin d’être immortelle. L’est-il lui-même ? Son album sorti ce jour est d’une énergie incroyable, la voix assurée, les guitares modernes, les chansons dans la veine de ce qu’on a toujours aimé chez lui… Quand on entend ça, on ne peut qu’attendre le prochain.

Décidément, Hugues restera encore longtemps au frais !

mardi 30 juin 2020

Cette foutue culture du redoublement


Lorsque nous étions au début du confinement, il m’était venu l’idée d’écrire une carte blanche. Ma tendance procrastinatoire m’a amené à retarder le projet jusqu’au jour où les idées que je voulais avancer l’ont été par d’autres ! Tant pis pour moi, tant mieux pour le système. Je voulais mettre en avant que les circonstances confinatoires étaient idéales pour prendre une mesure éducative salutaire : supprimer tous les examens et autres évaluations et décréter la réussite pour tous les élèves, sans autre forme de procès ! Tout au plus aurait-il été opportun de gérer – pour l’enseignement obligatoire – les années certifiantes, à savoir simplement la 6e et dernière année du secondaire.

C’est plus ou moins ce qui a été décidé et recommandé par la Ministre, sans aller jusqu’au bout de la logique cependant. Tout au plus, la circulaire de la Communauté française de Belgique du 19 mai précise que « le redoublement doit être exceptionnel », en appelant les écoles à faire preuve de bienveillance et à prendre les décisions « en dialogue avec les parents et les élèves ». Dans la pratique, on constate que les conseils de classe souverains ont pris de nombreuses décisions d’échec, souvent sans concertation ni justifications. Au-delà des nombreux recours engendrés par cette situation de fait, on ne peut qu’être interpellé par cette pratique éducative qui consiste à considérer l’échec d’un élève comme une bonne mesure qui va l’aider et permettre de maintenir le bon niveau général. Toutes les études réalisées dans ce domaine ont beau montrer depuis des années que le redoublement ne sert à rien et coûte une fortune, cela ne change rien à cette vague culturelle insubmersible auprès des enseignants convaincus qu’il est bon de faire échouer un élève alors même que c’est exactement l’inverse de leur raison d’être ! En réalité, la majorité de ces échecs sont abusifs et ont pour principal effet de dégoûter un peu plus les élèves qui en sont victimes. Si on veut vraiment aider un élève en difficultés d’apprentissage, la meilleure manière est d’abord de lui faire confiance et de l’encourager en lui fournissant éventuellement une aide appropriée qui peut prendre de multiples formes. Il a été prouvé que laisser l’élève avancer avec son groupe-classe est le meilleur moyen de faire progresser ses apprentissages tout en lui permettant de (re)valoriser son image de soi. L’échec ne sert, la plupart du temps, qu’à enfoncer.

Le confinement était l’occasion rêvée de mettre en pratique cette réalité. La volonté des responsables du système était présente, mais ce sont les enseignants et les directions d’école qui décident au bout du compte. On voit ce que cela donne. C’est désastreux. Dans ce brouillard, il faut saluer la décision prise par le pouvoir organisateur Wallonie-Bruxelles Enseignement, responsable de l’enseignement « officiel de la Communauté » qui concerne 127 000 élèves : pas d’examen en 2020, ni en septembre, ni même et surtout en décembre. Il s’agit d’une mesure salutaire qui influencera, on peut l’espérer, les autres pouvoirs organisateurs. Pas d’examen, cela veut dire qu’on prend le temps de faire autre chose. Faire quoi ? Enseigner et apprendre, tout simplement. C’est la seule raison d’être de l’école.

Pour accompagner ces apprentissages, il est sans doute nécessaire de mettre en place des moments d’évaluation. Ceux-ci ne devraient jamais être que « formatifs », c’est-à-dire au service des apprentissages des élèves. Deux objectifs : établir un diagnostic des apprentissages pour voir et comprendre ce qui va et ce qui ne va pas ; mettre en place une « thérapie » pour soigner ce qui ne va pas. Tout le reste est inutile d’un point de vue pédagogique. Or, ce « tout le reste » est beaucoup plus envahissant dans la vie scolaire habituelle. Toutes ces évaluations soi-disant certificatives prennent un temps inestimable, volé au temps d’apprentissage, et ne débouchent que sur des décisions négatives qui ruinent le parcours des élèves, sans aucune raison sensée.

Tout cela, on le sait depuis longtemps. Tous ceux qui se sont penchés sur la question sont d’accord. Il n’y a pas de discussion. Seule notre « culture éducative » résiste. Et si cette foutue pandémie permettait de réellement mettre en œuvre une pédagogie positive, basée sur la réussite…