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mardi 14 juillet 2026

Plasticité synaptique

 

Un an. Un an sans aucune goutte d’alcool. Parce que je l’ai décidé. Parce que j’avais une « bonne raison » de le décider. Depuis, cette « bonne raison » a disparu, mais je tiens et je ne cherche pas à recommencer. Cela ne signifie pas que je n’ai pas envie. Je suis malade : addiction à l’alcool. Malade, mais abstinent.

Pier Vincenzo Piazza, médecin neurobiologiste, a écrit un livre que tout le monde devrait lire : Homo Biologicus (Albin Michel, 2019). Il y parle de choses essentielles pour comprendre ce qu’est l’homme (uniquement un être biologique), mais ce qui m’intéresse ici est ce qu’il dit de l’addiction. Il explique (page 345) que la toxicomanie (dont l’alcoolisme) n’est pas une conséquence inévitable de la prise de drogue, mais une réponse pathologique que l’on n’observerait que chez certains individus vulnérables. (…) Des travaux ont clairement montré que prise de drogue volontaire et véritable addiction ne sont pas propres à l’espèce humaine, mais qu’on les retrouve aussi chez plusieurs espèces animales. (…) Comme cela a été observé chez l’homme, seul un nombre limité d’animaux évolue d’abord vers une consommation excessive, puis vers une perte de contrôle. (…) La vulnérabilité de certains individus ne peut être expliquée que par des différences biologiques.

Pour faire simple, il y a deux explications différentes et indépendantes de la vulnérabilité individuelle :

  • un système dopaminergique hyperactif et un cortex préfrontal déficient contribuent à passer d’un usage récréatif à l’abus de drogue. Celle-ci provoque une libération plus importante de dopamine chez certains individus qui tendent dès lors à en consommer davantage ;
  • la plasticité synaptique – capacité qu’ont les neurones de renforcer ou d’affaiblir leurs connexions – diminue lorsqu’un individu (animal ou homme) est exposé à de la drogue. La plupart, ceux qui gardent le contrôle, peuvent récupérer une plasticité normale tout en continuant à prendre de la drogue. En revanche, les addicts n’ont pas cette capacité d’adaptation.

L’implication de la plasticité synaptique dans la perte de contrôle indique que la volonté (…) n’a rien à voir avec le développement d’une addiction. Le toxicomane n’est pas une personne incapable de se réfréner face à la drogue. Bien au contraire, on pourrait le voir comme un prisonnier qui n’arrive pas à fuir ce comportement dans lequel il est enfermé.

L’addiction est une maladie du comportement qui ne se développe que chez certains individus vulnérables. Cette maladie peut être soignée, d’autant plus qu’on commence à en connaître les mécanismes biologiques.

Le livre de Piazza est plus complet et plus complexe que cela. Il montre aussi que les politiques publiques ne cherchent pas vraiment à étudier ces mécanismes biologiques ni donc à dégager des thérapeutiques appropriées. Les objectifs sont plus de réprimer que de guérir…

Personnellement, j’étais sans doute plus au stade de la consommation excessive que de la perte de contrôle. Cela explique sans doute que si j’ai pu arrêter et maîtriser mon abstinence, c’est dans mon cas par un acte de volonté, assez improbable, mais réel, avec une motivation d’ordre extrinsèque au départ, mais transformée en décision intrinsèque. Pour les AA, environ deux millions de personnes dans le monde, c’est la force du groupe qui leur permet de s’arrêter et de tenir le coup. J’ai la chance d’avoir pu trouver cette force en moi, à un moment où je ne m’y attendais pas vraiment, mais qui correspondait à mon cheminement de vie. Je bénis cette chance… tout en étant en communion avec ces centaines de millions, voire ces milliards, de personnes qui sont prisonnières de leur drogue, que celle-ci soit le tabac, l’alcool, le cannabis, des psychostimulants (cocaïne, amphétamines…) ou des opioïdes (morphine, héroïne…), sans pouvoir imaginer la sortie.

lundi 27 avril 2026

Les clés du bonheur

Ce dimanche, c’étaient les fêtes de la Saint-Georges à Grez-Doiceau. Toujours de beaux moments, surtout quand le soleil s’y invite. L’accès aux voitures est évidemment et heureusement impossible. La meilleure solution pour moi est donc de m’y rendre à vélo, d’autant plus qu’il y a désormais un espace qui leur est spécifiquement destiné.
 
Un soleil splendide fin mai, c’est génial pour l’ambiance, moins pour mes allergies. Elles sont plus ou moins maîtrisées par un antihistaminique, mais celui-ci n’empêche pas mon nez de couler un peu, surtout après un petit effort à vélo. Bref, mon mouchoir en tissu dans la poche droite de mon jeans a servi, l'en retirant et l’y remettant plusieurs fois !
 
De retour à la maison, je veux prendre mes clés que j’avais mises… dans la poche droite de mon jeans. Consternation : plus de clés ! Décidément, ça me poursuit. Il faut dire que jeudi soir, j’étais allé – à vélo bien entendu – écouter le concert de l’Académie locale (très agréable d’ailleurs). Au moment où je voulais repartir, impossible de trouver les clés de mes cadenas ! Je vide toutes mes poches, rien. Je retourne là où j’étais assis, rien. Je retourne toutes les chaises, rien. Jusqu’au moment où le bourgmestre en personne remarque mon manège et vient me demander ce qu’il se passe. À l’écoute, il me dit « Reprenons tout à zéro » ! Nous retournons près de mon vélo. Muni de la lampe de son téléphone, il inspecte les lieux et déclare soudain « Je les ai » ! Elles étaient bêtement dans la serrure de mon cadenas, cachées par la barre horizontale du vélo. Je n’avais presque pas l’air bête… Merci Paul !
 
Bref, trois jours plus tard, je me retrouvais dans une situation quasi semblable, sauf qu’ici c’étaient les clés de la maison et qu’elles étaient certainement perdues dans un espace beaucoup plus large. Ce n’était pas dramatique : j’avais la possibilité de rentrer quand même et ce n’était que le trousseau que je prends quand je roule à vélo, plus léger que celui que j’utilise au quotidien. J’avais déjà eu la honte en racontant mon histoire de jeudi à mes enfants, mais là, ça devenait vraiment abject.
 
Le soir venu, je me suis rendu sur le groupe Facebook « Tu es un(e) vrai(e) Grézien(ne) si... » avec en tête un « On ne sait jamais ». Très rapidement, perdu parmi de nombreux partages de photos ou vidéos de la fête, j’ai vu le post de Sabrina. Pas de doute, c’étaient mes clés ! Quel bonheur ! Prise de contact rapide, échanges divers et, ce matin, j’ai trouvé les clés… dans ma boîte aux lettres ! Merci Sabrina.
 
C’est une histoire banale, j’en conviens, mais elle est néanmoins exceptionnelle par les temps qui courent.
 
Tout d’abord, c’est une histoire – voire même des histoires – qui fini(ssen)t bien ! Elle(s) témoigne(nt) bien sûr de ma stupidité ou de ma maladresse. Mais dans les deux cas, j’ai fini par retrouver mes clés, comme si rien ne s’était passé. Une histoire qui finit bien, ça n’arrive pas qu’au cinéma !
 
L’histoire montre ce que peut avoir de magique les réseaux sociaux, notamment grâce aux groupes locaux qui y pullulent. « Tu es un(e) vrai(e) Grézien(ne) si... » en fait partie. Constitué de plus de 23 000 personnes alors qu’il n’y a que 14 000 habitants dans la commune. De nombreux posts sont des publicités gratuites, mais locales la plupart du temps. Le groupe permet bien sûr de nombreuses expressions de plaintes ou de râleries diverses, mais il rend aussi de précieux services pour inviter à un événement, retrouver un animal domestique, identifier un corps de métier recommandable, etc. Et signaler un objet perdu… Chouette !
 
La fin heureuse de cette (double) histoire est directement liée à la gentillesse et à la prévenance humaines. Paul et Sabrina ont eu non seulement une empathie proactive – s’enquérir de mon désarroi ou partager la photo des clés trouvées – mais ils sont allés au bout de leur démarche d’aide : aller sur place pour inspecter et trouver ; échanger après une longue journée de travail et m’apporter à domicile le trousseau trouvé ! Chaque fois simplement pour faire plaisir… Génial !
 
Je l'affirme : ces clés ne se contentent pas d’ouvrir des cadenas ou des portes, elles ouvrent le bonheur ! C’est merveilleux.

mardi 16 décembre 2025

Cara OK

 
FD©2025
 

Quel bonheur d’être invité pour fêter l’anniversaire-surprise d’une amie qui habite en… Bretagne ! Ce n’est pas à côté de la porte, mais le jeu en valait la chandelle et je n’ai pas hésité une seconde pour accepter. L’explosion de joie sur son visage lorsque je lui ai ouvert sa propre porte était la plus belle des récompenses à ce petit voyage breton.

La fête fut belle et longue. Plus de 12 heures quand même, même si c’était au bout du compte trop court. Une bonne dizaine de fêtards ont ri, discuté, mangé, bu, partagé, célébré, écouté, ressenti, communiqué et… chanté !

Franck, l’ami fidèle et mari de la jubilaire, avait tout organisé de main de maître, dont un karaoké phénoménal. Il n’aurait pas pu faire plus plaisir à sa belle et à tous ses hôtes.

Étonnamment, je n’avais jamais participé à un karaoké. J’avais bien – si ma mémoire ne me fait pas défaut – accepté d’accompagner ma fille lors d’une soirée estivale dans un camping de vacances. C’était juste pour lancer les premières notes ; après, c’était elle qui avait assuré.

Cette fois, je n’allais pas rester dans mon coin… et je n’en avais pas envie. Même sans Carapils, j’avais aussi envie de chanter en ayant un « orchestre » pour m’accompagner et sans m’inquiéter des paroles ni des fausses notes. Fidèle à ma jeunesse, je fis appel à Hugues Aufray, lui à qui je dois (notamment) de me débrouiller un peu à la guitare. « Le petit âne gris » fut un beau moment, repris en chœur par tous les amis. Je naviguai par la suite à travers « Amsterdam » de Brel ou encore « Le temps de vivre » de Moustaki. Deux duos aussi avec « Dis, quand reviendras-tu ? » de Barbara et « Et mon père » de Nicolas Peyrac, à qui nous devons indirectement notre magnifique amitié. 

Sans compter toutes les autres chansons interprétées par les autres participant·es, reprises la plupart du temps par le chœur joyeux. Dans les rires, la tendresse, le partage de la beauté. Tout ça, sans fioriture, pour le simple plaisir de chanter, de communier, de vivre. Les fausses notes ne manquaient pas, mais – à ce moment-là – elles n’avaient aucune importance. Seul le bonheur partagé comptait.

dimanche 22 juin 2025

Pas si seul que ça


FMG©2025

Pour la première fois de ma vie, j’ai pris des vacances… en solo. C’était ce mois de juin. J’avais envie de tenter l’expérience : me retrouver seul, loin de tout, et surtout partir hors des périodes de vacances scolaires. Dès février, j’ai réservé un hôtel en Vendée, choisi un peu au hasard au fil d’une recherche internet d’un soir. Et voilà, c’était fait : j’étais prêt à vivre quelques jours dans un établissement sans doute déserté, à profiter du calme d’un port de plaisance sans foule ni agitation.

Les trois premiers repas ont confirmé mes attentes : le restaurant de l’hôtel m’offrait une table avec vue directe sur les bateaux, et je savourais ce calme inhabituel, presque suspendu.

Mais dès le quatrième repas, j’ai dû déchanter. La solitude n’allait pas durer.

J’avais complètement oublié que le mois de juin est la haute saison pour les voyages de groupe de toute sorte. D’abord sont arrivés des adolescents venus des environs de Clermont-Ferrand, en stage scolaire de surf. Puis, un autre groupe a débarqué : un car entier de « petits vieux ». Autrement dit, des gens de mon âge. Et tout aussi belges que moi.


FMG©2025

Croyez-le ou non, ce sont ces derniers qui ont le plus bouleversé ma tranquillité.

Ils parlaient tous en même temps, à voix haute, dans un brouhaha incessant. Une dame, probablement autoproclamée organisatrice du groupe, veillait à ce que chacun reste bien soudé à la troupe : pas question de s’installer seul à une table un peu à l’écart. Le service à table avait cédé la place à un buffet, et là, c’était la loi de la jungle. Certains se ruaient sur les desserts avant même d’avoir jeté un œil aux entrées. On me poussait gentiment (ou pas) pour accéder aux plats. J’étais devenu un intrus. Invisible, ou du moins encombrant.

Curieusement, je ne les voyais guère en journée : ils grimpaient dans leur car juste après le petit déjeuner et ne réapparaissaient qu’à l’heure de l’apéro. Enfin… je suppose, car je ne faisais pas partie du rituel.

Et les ados, me direz-vous ? Eh bien, ils étaient étonnamment… calmes. Relativement, bien sûr, mais souriants, polis, respectueux. Des « bonjour », des « passez avant moi », des réponses rapides aux demandes de leurs accompagnatrices — deux jeunes femmes aussi efficaces qu’agréables. Le groupe jouissait d’une belle liberté, manifestement bien encadrée.

En somme, tout l’inverse de ce à quoi je m’attendais : des ados impeccables et des aînés un brin insupportables.

Je ne généralise rien. Ce n’est qu’un instantané, une scène de vie captée durant un court séjour en solitaire. Mais j’avoue que ce constat — inattendu — m’a plu. Et peut-être même un peu rassuré.

mardi 21 janvier 2025

Et ton rire est un oiseau…

C’est d’abord un bel objet. Un carré de 21,5 cm, épaisseur 7 mm dont 2 couvertures de 2,5 mm. Ça ne laisse que 2 mm de contenu. Pour 30 pages de textes et de photos couleurs. Et quand même aussi, collé sur la couverture arrière, une pochette en plastique avec un DVD blanc intitulé sobrement et ton rire est un oiseau.
 
Je l’attendais. Je l’ai trouvé dans ma boîte aux lettres le 1er janvier, en rentrant d’un petit séjour à la mer hollandaise, avec mes amis fidèles. L’année 2025 a bien commencé.
 
L’objet est numéroté : 55/200. Il contient une dédicace : « Cher François-Marie, cinquante ans de chansons que tu suis depuis longtemps… ». Il ne croit pas si bien dire, l'ami Jofroi. J’ai rencontré une de ses chansons bien avant de le connaître. C’était en août 1973, il y a bientôt 52 ans. Je n’en avais pas même 20. J’avais déjà chanté sur scène et senti que j’aimais la chanson. Celle que Philippe B. chanta ce jour-là me subjugua. Tant par sa mélodie (et sa suite d’accords) que par ses paroles : « Faut bâtir une terre, faut s’inventer la vie, et de l’aube à l’hiver la patience… ». Il me parla d’un Jofroi, un chanteur pas vraiment connu qu’il accompagnait parfois à la contrebasse. J’étais devenu « fan » (ce n’est pas le bon mot, je n’ai jamais été « fan » de quiconque) et ce fut un bonheur de le rencontrer dès 1975 et même de partager la même affiche, en août 1978, à (déjà) Grez-Doiceau, avec aussi Philippe Anciaux, Jean-Claude Pierrot et bien sûr Robert.
 
Mais revenons à l’objet. L’essentiel est donc le DVD, qui reprend le concert pour les 50 ans de chansons, qui s’est tenu à Jodoigne le 17 juin 2022 sous le chapiteau des Baladins du Miroir. J’y étais. Avec Isabelle, l’amoureuse éternelle de Robert. Je ne pouvais assister à ce concert qu’avec elle. Par fidélité, soutien et amitié, dont me parle aussi Jofroi dans sa dédicace.
 
Ce fut un moment extraordinaire, et le DVD rend fidèlement compte de ce moment de grâce. Il le magnifie même : la prise de son est impeccable révélant toute la richesse et la profondeur de cette voix unique et sublimant tout en finesse les instruments de Line Adam, Monique Gelders, Aurélie Goudaer, Gauthier Lisein, Alain Rinallo et Guy Werner. La prise de vue est tout aussi lumineuse : assister au concert est bien sûr d’une évidente communion, mais limitée à un angle de vue. Les caméras multiples et le montage permettent de mieux encore s’imprégner de l’instant, des lumières filiales, de la mise en scène de Pierre Jaccaud. Ce DVD est plus qu’un enregistrement d’un concert exceptionnel. Il permet de revivre au plus près ce moment d’exception, de s’en imprégner, d’y communier de tous ses pores et de tous ses sens.
 
J’ai longtemps hésité à en partager un moment. Je ne suis pas membre actif de deux sociétés de droits d’auteur pour rien. Et puis, je me suis décidé. Avec cette chanson Champs la rivière, devenue Faut bâtir une terre. J’en ai déjà partagé une version où Jofroi est en solo, et je me suis dit que la version de ce concert se justifiait pleinement. Ne la cherchez pas sur le net : elle n’est accessible que par cette page. Merci, Jofroi.

jeudi 14 novembre 2024

« Au service de la population »

 

Il y a juste un an, je devenais conseiller communal et, dans le prolongement, échevin des Finances et du Budget, de la Mobilité, de la Transition énergétique et du Logement. Comme je l’avais écrit à l’époque, c’était un peu par hasard, certainement pas écrit dans mon plan de carrière. J’acceptais simplement de relever un défi : remplacer pour un an un ami échevin qui pour des raisons professionnelles ne pouvait prolonger son mandat.
 
Même si la cheffe de file de l’opposition s’était inquiétée de voir arriver un « novice » à cette fonction, « j’ai fait le job » avec enthousiasme, engagement et compétence. Ce sont les échos qui me sont parvenus de manière explicite tant de la part de citoyen·nes que de membres de l’administration et de collègues politiques. L’essentiel annoncé était de « terminer la législature en continuité du travail déjà accompli, de collaborer avec les partenaires et les groupes citoyens dans un souci d’efficacité pour la réalisation des projets déjà engagés ou projetés, en veillant bien sûr à promouvoir les valeurs écologiques et démocratiques qui me sont chères ». Objectif atteint.
 
La photo ci-dessus a été prise lors de mon dernier conseil communal, ce 12 novembre 2024. En cherchant bien, ceux qui me connaissent me reconnaîtront dans cette assemblée qui – il faut bien le dire – a l’air de fondamentalement s’ennuyer. En réalité, en ce moment précis, ce n’était pas qu’un air ! En cette fin de dernier conseil, il y avait des discours d’(auto)congratulation, sans doute justifiés pour ceux et celles qui finissaient une plus ou moins longue carrière au service de la population, mais passablement ennuyeux.
 
« Au service de la population » ! Cela peut paraître des mots galvaudés, convenus, hypocrites même parfois. Je ne serai pas captieux : s’engager dans une carrière politique, surtout quand on accède à des responsabilités, n’est pas que du « dévouement ». C’est également un besoin d’être reconnu, d’être valorisé, de se démarquer. C’est vrai, mais c’est aussi effectivement vouloir le bien public, chercher à améliorer des situations concrètes, veiller à être à l’écoute de ce que chacun·e pense et essayer de se mettre dans la peau du citoyen lambda pour proposer les solutions les plus pertinentes et les plus efficaces. Ce n’est pas facile, parce que la perception et la vision sont toujours plurielles. Il n’y a jamais une solution miracle bonne pour tout le monde. Il n’y a jamais que des solutions « les moins mauvaises » et – parmi celles-ci – il faut faire un choix qui n’est ni scientifique ni universel. Mais qu’on estime le meilleur, au service de la population.
 
C’est ce qui m’a animé durant cette année. Cela m’a pris du temps et de l’énergie. Les difficultés n’ont pas manqué. J’ai été confronté à beaucoup d’imperfection, à commencer par la mienne. Au bout du compte, j’ai vécu une année passionnante. Chaque jour, j’ai appris quelque chose. Chaque jour, j’ai eu ce sentiment de contribuer à améliorer ce « bien public ». Chaque jour, je me suis émerveillé de participer de manière concrète à des décisions parfois mineures mais toujours importantes pour les personnes concernées. Chaque jour, je me suis senti et j’ai essayé d’être « au service de la population ».
 
Ni les résultats des élections ni les suites politiques sans fair-play de celles-ci n’ont été un renvoi d’ascenseur. C’est frustrant, mais c’est ainsi. Inutile de se morfondre à cet égard. Pourquoi le ferais-je d’ailleurs ? Il me reste quelques jours pour terminer mon mandat. Oserais-je écrire que ce fut une des plus belles années de ma vie ? Tout simplement parce qu’elle était, chaque matin et chaque soir, au service de la population…

samedi 20 avril 2024

Ode aux Odes

 

Quand ce livre est arrivé entre mes mains, par l’entremise d’un ami fidèle, je l’ai regardé avec un certain scepticisme. Constitué de cinquante-quatre textes sans lien entre eux, si ce n’est bien sûr qu’ils sont tous des « Odes » à quelque chose, j’avais peur de ne pas m’y retrouver en les lisant. J’ai bien fait de les lire.

C’est d’abord très bien écrit, même si c’est une traduction du néerlandais. David Van Reybrouck, archéologue philosophe, dispose d’une très large érudition. S’il a à son actif une carrière scientifique impressionnante, il est aussi un auteur reconnu, notamment à travers ses ouvrages Le fléau et Congo, une histoire. Ce qu’il nous partage ici, ce sont des ressentis ou des émotions diverses, mais toujours heureuses.

L’auteur regarde sa vie de tous les jours à travers un prisme positif. Il ne fait pas vraiment de la philosophie et ne tente aucune généralisation. Il parle de lui, de moments furtifs qui l’inspirent, de jubilations contenues mais libérées.

En lisant ces odes, je ne pouvais que penser à ce blog Réverbères. Finalement, je ne fais pas vraiment autre chose que ce partage émotionnel. Ce billet est le 969e du blog, dont la moitié est constituée de Lumières ou de Coups de cœur. Qui sait, peut-être un jour choisirais-je une cinquantaine, voire un peu plus, de mes billets écrits depuis tout ce temps pour les partager à mon tour sous une forme papier. A priori, je me demande bien qui serait intéressé par un tel recueil de textes… mais ayant apprécié ces odes de Van Reybrouck, je me dis que certains seraient peut-être contents de lire ma prose, même s’il est évident que je n’ai ni le talent ni l’érudition de l’auteur.

D’ailleurs, celui-ci termine son ouvrage par ces mots : « Écrire des odes, je le conseille à tout le monde : on en devient plus attentif, plus enthousiaste, plus avide et plus reconnaissant. Bref, ode à l’ode ».

Ode.

dimanche 11 février 2024

Un joint ne vaut pas toujours mieux que deux tu l’auras

  

L’histoire sur laquelle se base ce billet n’a aucun intérêt intrinsèque. Elle est d’une banalité totale et je m’en excuse.
 
Lors de son dernier séjour chez moi, ma petite-fille Elise m’a signalé qu’il y avait une fuite au « WC d’en haut ». Je suis allé voir et j’ai constaté que lorsqu’on tirait la chasse d’eau, une bonne partie de cette dernière s’écoulait sur la cuvette et même par terre. N’allant personnellement dans ces toilettes que durant la nuit, sans allumer, je ne l’avais pas vu, mais ça ne m’étonnait pas. Bref, je me suis lancé dans le démontage, non sans difficulté. J’ai pu constater que le joint était sale et calcairisé. Nettoyage de celui-ci, remontage, essai, fuite encore plus grosse. Achat pour 3,49 € d’un nouveau joint, non identique au premier, redémontage, remontage, essai, fuite. J’ai fait ça plusieurs fois, toujours avec difficultés (espace de travail limité) et sans succès. Mon fils m’a dit de faire appel à quelqu’un, ce que j’ai fait, mais qui accepterait de se déplacer pour un aussi petit travail ? Je n’ai trouvé personne en tout cas.
 
J’étais totalement découragé. J’avais même envisagé de carrément remplacer cuvette et réservoir, mais ce n’était pas si simple et je déteste remplacer quelque chose qui peut encore fonctionner. Bref, je me suis lancé dans un dernier essai, en utilisant cette fois les deux joints superposés. Miracle : l’essai fut positif, pas une goutte d’eau ne fuyait. Depuis lors, c’est toujours le cas, même si je me dis qu’un jour ou l’autre la fuite réapparaîtra, inéluctablement. Mais profitons du présent, même s’il est éphémère.
 
Ça fait d’ailleurs une première leçon de cette histoire : profitons du présent, même s’il est éphémère. En réalité, il n’est même pas vraiment éphémère. Il est toujours déjà passé. Le présent est sans doute la seule chose qui existe alors même qu’elle n’existe déjà plus. Raison de plus d’en profiter.
 
Mon histoire quelconque est un beau contre-exemple de l’adage bien connu, issu de la fable de La Fontaine Le petit poisson et le pêcheur : « Un joint vaut mieux que deux tu l’auras ». Ici, tant que les joints étaient seuls, je n’arrivais à rien. Il a suffi que je les associe pour que ça fonctionne. C’est assez logique, un joint sert à réunir, s’il y en a deux, la réunion ne sera que plus forte. Unissons nos joints !
 
La conclusion principale est cependant ailleurs. Même au moment où tu crois que tu n’y arriveras pas, tu peux le faire. En anglais, « Yes, you can » comme je l’ai déjà développé en son temps à partir d’une autre histoire. Ici, je n’y croyais vraiment plus et je ne trouvais personne pour m’aider. Alors, par désespoir en réalité, je me suis dit « Essaie encore, d’une manière que tu n’as pas utilisée ». Et ça a marché. Je ne dis pas qu’on peut tout faire. Je veux dire qu’on peut faire ce dont on se sent capable, même si sur le moment il y a des tas de raisons de se dire que cela n’aboutira pas. Essayer une dernière fois est la seule manière d’y arriver. Ou autrement dit : « Si tu n’essaies pas, tu n’y arrives pas » !
 
J’en resterai là.

vendredi 13 octobre 2023

La plus belle histoire du monde

 

Aujourd’hui, sinistre vendredi 13, Hubert Reeves a rejoint les étoiles qu’il avait tant côtoyées. Un tout grand scientifique, un immense pédagogue. Ce billet lui rend hommage.

En 1995, il avait publié avec Joël De Rosnay, Yves Coppens et l’appui de Dominique Simonnet un petit livre extraordinaire : La plus belle histoire du monde.

Je n’ai découvert ce petit bijou qu’en 2003, cadeau d’un ami pour mes 50 ans. La lecture de cet ouvrage m’a profondément marqué : comment des choses si compliquées pouvaient-elles être expliquées si simplement ? Alors, j’ai décidé d’en faire une chanson, pour laquelle je n’ai pas fait grand-chose.

Je me suis contenté de reprendre quasi textuellement les introductions de chaque chapitre, avec quelques adaptations pour que cela colle à la musique.

Quels poètes ! Ces grands scientifiques racontent à mots simples l'histoire de l'Univers, de la Terre et de l'Homme, avec un optimisme incroyable de savants qui connaissent tous les maux de notre monde, mais qui gardent confiance.

Deux guitares d'accompagnement : l'Univers et la Terre, une en solo : l'Homme !

La plus belle histoire du monde

 
De particule en particule
De molécule en molécule
Tout s’entrechoque tout se bouscule
L’univers dans la vie bascule


La scène est blanche infinie
Une clarté de frénésie
Un univers en incandescence
Dans un chaos sans nom ni sens
Des particules entrent en scène
Dans un désordre indescriptible
Résultats de leurs accouplements
Des atomes au cœur d’astres brûlants
Tentent des liaisons explosives
Et dans le désert spatial
Des molécules en ronde sidérale
Créent dans une banlieue galaxiale
Une planète singulière

Ni trop près ni beaucoup trop loin
D’un astre ô combien opportun
La Terre s’isole derrière son voile
Et prend le relais des étoiles
Pour faire évoluer la matière
Il pleut sur toute la planète
De subtiles molécules
Qui s’agencent dans les lagunes
Et inventent des gouttes de vie
Les cellules longtemps solitaires
Se retrouvent soudain solidaires
Les espèces naissent, meurent, varient
La vie croît et se multiplie

Des petits singes malins naissent
Dans un monde composé de fleurs
Pour résister à la sécheresse
Leurs descendants se redressent
Et découvrent un nouvel univers
Pas encore hommes, plus vraiment singes
Mais debout sur leurs deux pattes arrière
Ils mangent des escargots
Le vieux monde meurt, un autre naît
Dominé par un curieux bipède
Qui conquiert la planète
Il invente l’amour, l’art, la guerre
Et s’interroge sur ses origines

François-Marie GERARD - FMG © 2004


dimanche 13 août 2023

Mentir à un menteur, ce n’est pas mentir

Au hasard d’un périple, nous avons atterri dans un établissement bien sympathique. Il faisait chaud, nous avions faim et soif. Notre commande de boissons fut vite effectuée, comprenant notamment des sodas. Le serveur arriva rapidement avec les bouteilles fermées sur son plateau. Il y avait aussi un curieux cylindre d’une dizaine de centimètres de hauteur. Le garçon le plaça sur la bouteille et poussa dessus. L’engin s’enfonça et ressortit avec la capsule. Nous n’avions jamais vu ça et nous exprimâmes notre admiration. Très fier, le gars nous dit que c’était lui qui avait inventé et construit ce petit appareil, en quelques exemplaires, pour lui et ses copains… Nous lui avons évidemment dit qu’il fallait industrialiser l’objet et le diffuser largement. Nous avons même parlé d’investir pour lancer l’affaire !
 
Nous étions admiratifs, mais pas niais quand même. On demandait à voir. À la fin du repas, lorsque j’ai été réglé l’addition, je lui ai reparlé de son appareil en le questionnant un peu. Flatté, il m’a proposé d’essayer ce décapsuleur miracle. Cela m’a permis de l’avoir en main, de le tester (super efficace) et de l’observer. J’ai tout de suite vu qu’il s’agissait bien d’un engin issu d’un processus industriel dont l’inventeur n’était certainement pas devant moi. Mais je lui ai redit la nécessité de faire connaître son dispositif, de le breveter, etc.
 
Comme je m’y attendais, il m’a fallu une dizaine de secondes pour trouver la dite invention, en vente pour quelques sous par les grands revendeurs internetois. Le moins cher que j’ai trouvé était proposé à 57 centimes. C’est dire !
 
Que retenir de tout cela ? D’abord que nous sommes loin de tout connaître. Nous n’avions jamais vu cet appareil génial (même si banal) et nous avons bien fait de manifester notre admiration béate de béotiens. Même si Flaubert a écrit qu’il est dans les mœurs d'un sot de s'extasier à toute parole, je ne suis pas sûr que nous étions si sots que cela. Je dirais même que tant qu’on peut s’extasier de la moindre chose qu’on ne connaît pas, c’est que nos mœurs sont sensées.
 
Enfin, je ne résiste pas à citer Sacha Guitry : l'un des mensonges les plus fructueux, les plus intéressants qui soient, et l'un des plus faciles en outre, est celui qui consiste à faire croire à quelqu'un qui vous ment qu'on le croit. C’était juste jouissif.

dimanche 23 juillet 2023

L’art des filleul·les


©Adeline Halot

La vie m’a doté de quatre filleul·les. En 2007 déjà, j’exprimais ici la joie que cela représente ainsi que la difficulté de créer et d’entretenir une relation qui tombe un peu du ciel. Alors qu’il ou elles ont respectivement 42, 36, 31 et 29 ans, j’y reviens parce que ce n’est que récemment que j’ai pris conscience que tou·tes les quatre sont impliqué·es dans des professions qui tournent autour de l’art et de la culture, ce que je trouve extraordinaire, même si les portes d’entrée sont variées.

Ma première filleule, Isabelle, est « Coordinatrice d'activités biculturelles » dans une commune de Bruxelles. Derrière ce mot « biculturel » se cache simplement le fait que Bruxelles est bilingue français-néerlandais avec donc deux cultures. C’est en réalité un peu hypocrite parce qu’il y a Bruxelles pas moins de 184 nationalités, ce qui en fait la deuxième ville la plus cosmopolite du monde après Dubaï. Pour le dire autrement, plus de la moitié des résidents bruxellois sont nés dans un pays étranger. C’est peut-être ça finalement ce côté « biculturel » : Isabelle coordonne des activités pour les Belges de souche, quelle que soit leur langue, mais aussi pour « le reste du monde ». Belle étape pour elle qui commença à travailler dans l’univers muséal, notamment celui de Magritte.

La deuxième, Céline, a toujours été attirée par les arts de la scène et en particulier par le 7e art : le cinéma. Elle aurait aimé bien sûr être une actrice reconnue, mais elle s’épanouit aujourd’hui pleinement dans son rôle de productrice ou – pour utiliser son titre officiel – de « Development Coordinator ». Elle m’a permis de découvrir l’importance de cette fonction dans la genèse et la création de projets audacieux, même s’il s’agit pour le moment avant tout de courts métrages, comme « Orage » dont on peut voir ici le teaser avec toute la sensibilité et la profondeur qu’on pressent.

Ma troisième filleule, Adeline, est celle qui met le plus « la main à la pâte ». Son outil est un métier à tisser où elle associe fibres naturelles et fils de métal. Elle structure ensuite ces « tissus » pour créer des formes inédites et lumineuses, comme le montre très bien la photo reprise ci-dessus. Ce travail – de plus en plus reconnu – est à l’intersection de l’artisanat, du design et de l’art. Elle en parle avec cette simplicité qui la caractérise dans l’interview qui suit.



Enfin, mon quatrième filleul, Simon, est actif dans l’art qui m’est sans doute le plus proche : la musique. Comme Céline, il intervient plutôt du côté de la production, en tant qu’« Assistant booker & promoter ». Il accompagne et promeut des groupes de la scène rock belge et internationale. Il lui arrive aussi d’avoir une guitare en mains et d’en faire de jolies choses.


Voilà. Ce billet n’a d’autre ambition que de mettre en avant quatre « jeunes » avec lesquel·les j’entretiens – de loin en loin – une relation particulière. À ce titre, ils ont chacun·e une place privilégiée dans mon propre univers. Et les savoir tou·tes les quatre engagé·es dans une démarche en relation avec l’art et la culture ne fait que contribuer à les rendre uniques à mes yeux.

dimanche 9 avril 2023

Obsolescence déprogrammée

 Le 22 mars dernier, la Commission européenne a enfin adopté une « proposition relative à des règles communes visant à promouvoir la réparation des biens ». En bref, davantage de produits devraient être réparés dans le cadre de la garantie légale et les consommateurs disposeront d'options plus simples et moins coûteuses pour réparer des produits techniquement réparables (aspirateurs, tablettes, smartphones…) lorsque la garantie légale a expiré ou lorsque le bien ne fonctionne plus en raison de l'usure.


Responsabiliser les producteurs est certainement le meilleur moyen pour lutter contre l’obsolescence programmée. Il restera des cas où cette lutte sera sans effet, même face à une usure prématurée. Fin 2019, j’ai acheté un nouveau MacBook Pro dont la publicité vantait son autonomie : plus de 10 heures ! Trois ans plus tard, il me restait moins d’une heure avant de devoir me rebrancher.

On me dira « c’est normal »… C’est ce que Apple m’a dit quand je suis allé les voir. Ils m’ont dit qu’il était possible de remplacer la batterie, mais que cela devrait me coûter aux alentours de 300€. Sournoisement, ils m’ont demandé « est-ce que l’ordinateur fonctionne sur secteur » ? En ajoutant donc que je n’avais aucune raison de me plaindre, c’était normal !

Ça ne m’arrangeait pas vraiment, parce qu’un portable qui ne peut pas fonctionner de manière autonome n’est pas vraiment un portable. Bref, vexé, j’ai cherché à en savoir plus. Et j’ai trouvé un tutoriel expliquant comment changer la batterie et me permettant d’avoir 10% de réduction. Ça m’a coûté 80€, matériel spécifique compris.

Bien sûr, encore fallait-il faire le changement en lui-même. La vidéo est très explicite et ça semble simple, mais je me doutais bien que ce ne l’était pas vraiment. J’ai donc préféré faire appel à mon gendre… et j’ai eu bien raison. Il a fait ça calmement, sans s’énerver quand c’était plus compliqué que prévu (surtout décoller la batterie d’origine). Après un peu moins d’une heure, l’ordinateur redémarrait en ayant récupéré une belle autonomie.

C’était sans compter un incident par la suite. Pour rejoindre une réunion, je dépose l’ordinateur sur le siège passager de ma voiture. Au premier carrefour, besoin de freiner brusquement pour éviter un accident. L’ordinateur vole et retombe sur le plancher de la voiture. C’est du bon matériel et tout fonctionne quand je le rallume… sauf que la batterie ne se recharge plus. Deuxième appel à mon gendre qui rebranche un minuscule connecteur.

Un nouveau choc, quelques semaines plus tard, débouche sur la même panne : la batterie se décharge volontiers, mais refuse obstinément de faire le chemin inverse. Cette fois, je me dis « tu es capable »… Bref, j’ouvre le capot de l’ordinateur, je déconnecte et reconnecte le connecteur… et hop, tout fonctionne correctement !

Fidèle à moi-même, je retire quelques leçons de cette histoire :
•    il vaut mieux ne pas trop croire ce que le constructeur officiel vous dit quand il y a une réparation à faire. Il a plutôt tendance à minimiser le problème et à vous proposer une solution coûteuse ;
•    il est possible, dans de nombreux cas, de trouver des solutions alternatives bien moins coûteuses et tout aussi efficaces ;
•    si on ne se sent pas capable de mettre soi-même la solution alternative en œuvre, on peut trouver assez facilement une personne à la fois gentille et compétente, qui ne demande qu’une chose : vous faire plaisir… et réparer le problème ;
•    en observant cette personne agir, on peut se rendre compte que finalement, ça n’a pas l’air si compliqué que ça… et oser par la suite assumer pleinement la situation.

Plus encore que les (indispensables) règles décidées par la Commission européenne, ce sera cela qui permettra de déprogrammer, en de nombreux autres domaines aussi, l’obsolescence qui nous est imposée !

PS : Je ne peux à cet égard que saluer le travail des nombreux Repair Café, dont celui de ma commune.

mardi 24 janvier 2023

La multiplication des pains

Ainsi donc, j’ai gagné un colis saveur offert par ma boulangerie. J’ai déjà parlé de celle-ci en admirant la jeune entrepreneuse qui s’est lancé ce défi au moment où des tas d’autres boulangeries sont contraintes de fermer boutique. Trois mois plus tard, c’est une success story comme on dit en anglais : la boulangerie ne désemplit pas grâce à la qualité de ses pains, de ses viennoiseries, de ses pâtisseries et surtout de l’accueil de toute l’équipe.
 
Pour remercier ses clients, Jade (absente lorsque je suis allé chercher mon gain) a lancé un concours sur l’inévitable Facebook : il fallait publier et commenter une photo du pain mangé au petit-déjeuner. Il suffisait ensuite d’attendre les likes du commentaire et espérer en avoir le plus une semaine plus tard.
 
J’avoue que je ne me suis pas trop foulé pour la photo ni pour le commentaire, mais c’était sincère, la stricte vérité et ça m’amusait (oui, on s’amuse comme on peut, je sais…).

Pour ceux qui ne parlent que français, les « pistolets », c’est ce qu’on appelle des « petits pains », mais qui n’ont leur saveur exceptionnelle qu’en Belgique.

Enfin bref, ma photo était publiée, mais encore fallait-il avoir des likes. N’étant pas trop sûr d’en avoir, j’ai lancé un appel sur ma page Facebook. C’est surtout ma famille qui y a répondu. Ma fille qui me soutient toujours dans mes petits délires a même partagé l’appel sur sa propre page, ce qui m’a valu quelques pouces levés inespérés. Sans trop forcer, j’ai rapidement pris une belle avance sur une autre cliente qui avait publié une photo finalement proche de la mienne, mais sans les fameux pistolets.
 

La semaine s’écoulait paisiblement, et lorsque je passais voir où en était le concours, je ne m’inquiétais pas trop. Sauf que trois jours avant le comptage final, le score de ma « concurrente » augmentait petit à petit. Plus que vraisemblablement, elle (ou un de ses proches) activait également son réseau, ce qui est de bonne guerre surtout quand on n’est pas vraiment en guerre.

La clôture du concours était fixée à 19 heures, dimanche dernier. De mon côté, j’avais une répétition à partir de 16h30 pour un spectacle local à présenter dans 2 semaines. Bref, impossible de suivre les derniers rounds alors que je voyais bien que j’allais inexorablement être dépassé. Juste avant de partir, j’ai envoyé un message à quelques ami·es, dont mon dernier fils qui n’avait pas encore manifesté son enthousiasme devant mes pistolets. Et je suis allé répéter, en me disant que le deuxième lot ferait déjà une très belle récompense.

Lors d’une courte pause, je regarde mon terminal de poche et je trouve ce message de mon fils : « C'est fait. J'ai envoyé le lien à un groupe d'amis aussi ». Et là, c’est l’explosion, d’autant plus que sa compagne en fait tout autant. Lors d’une autre pause, je leur écris même : « Oui, arrêtez c'est trop » !

J’ai donc gagné. Mes deux – malheureux, mais délicieux – pistolets se sont transformés en un magnifique panier rempli de merveilleuses gourmandises liquides et solides. Un régal multiple à déguster.

Tout ça n’a évidemment pas beaucoup d’importance. Mais j’en retiens plusieurs leçons. Vous savez, de ces « leçons » passionnantes et qui vous ouvrent d’autres horizons…

D’abord, même quand on croit que ça ne peut pas réussir, que tout est foutu, il reste toujours un espoir qui peut conduire au succès, même si on n’y croit pas vraiment. Il suffit parfois d’une petite chose, la bonne, pour que tout se transforme.

Cette « bonne petite chose », elle vient souvent des autres. Tout seul, on n’est pas grand-chose. Avec les autres, avec nos proches, on peut créer des étincelles. Surtout quand on ne s’y attend pas.

C’est ça la « multiplication des pains ». On part de deux pistolets banals, on arrive à un panier gourmand. On n’y croit plus trop, on atteint un sommet, aussi anodin soit-il. On se sent seul, on se retrouve ensemble.

dimanche 9 octobre 2022

Réaliser son projet

 
L’Héritage-La Magie du pain © 2022

À l’heure où les gérants de centaines de boulangerie (et autres petits indépendants) se demandent s’ils vont pouvoir continuer à vivre de leur commerce étant donné la hausse astronomique des coûts de l’énergie indispensable, une jeune fille de 23 ans vient d’ouvrir une nouvelle boulangerie à 2 km de chez moi. J’ai testé : c’est délicieux !

Jade – puisque c’est comme cela qu’elle s’appelle et se présente – a un sourire désarmant. Ce n’est pas le plus important, mais c’est peut-être ce sourire qui explique l’audace de se lancer à son âge dans une telle aventure. Certes, elle ne se lance pas dans un inconnu solitaire. Son papa Alain est lui-même boulanger depuis toujours et a déjà accompagné son fils Diego dans l’ouverture d’une autre boulangerie, sans compter qu’il fournit deux autres commerces. Jade n’est donc pas seule dans son entreprise. Il n’empêche, le papa a lui-même exprimé ses doutes, ses questions, ses craintes. Il veut tenir le coup et fournir ses pains, ses viennoiseries, ses pâtisseries… avec toujours la même qualité à ses nombreux clients, fidèles ou nouveaux.

En écrivant ce billet, je ne cherche pas à faire de publicité pour cette nouvelle boulangerie. Quoique, si vous passez par là (151, chaussée de Wavre à Grez-Doiceau), n’hésitez pas : ça en vaut la peine à tout point de vue. Je veux surtout rendre hommage à tous ces jeunes, et en particulier à toutes ces jeunes, qui n’hésitent pas à entreprendre, à saisir leur destin en main et à le faire avec enthousiasme et détermination. Notre société ne leur propose pas beaucoup de voies jubilatoires pour construire une vie. Malgré cela, ces jeunes se lancent. La plupart du temps, leur objectif est avant tout de réaliser leurs rêves, plus encore que de « gagner leur vie ». Les risques sont immenses, mais – sans les ignorer – ils·elles n’en ont cure et foncent. Parfois, leur projet débouche sur un échec, souvent perçu alors plus comme un apprentissage que comme une issue fatidique. Parfois aussi, c’est une réussite ou une promesse vers d’autres succès.

Si je parle aujourd’hui d’une boulangerie, j’aurais pu dire la même chose d’autres projets qui ne sont jamais que la mise en œuvre de rêves de celles qui vont au bout de leur démarche, par exemple Anaïs avec ArchiKids et la découverte par les enfants de l’architecture, ou Silvia avec Pigi et ses merveilleux livres autoédités pour enfants, ou encore toutes les autres rêveuses…

La boulangerie de Jade n’est ouverte que depuis deux jours, mais en voyant la file de clients qu’il y avait ce matin ainsi que le nombre de paquets commandés et prépayés, je me dis qu’en plus de son sourire, cette jeune femme doit avoir plein d’étoiles dans les yeux et qu’elle les mérite bien !

mardi 16 août 2022

L’obsolescence lumineuse déprogrammée


FMG©2020-2022

Incontestablement, j’aime la lumière. Ce n’est pas pour rien qu’en 2006, j’ai choisi d’appeler ce blog fourre-tout « Réverbères », en écho à ma chanson Allumeur de réverbères. Allez savoir pourquoi, dans cette quête de lumières, j’ai toujours été subjugué par ces boules qui s’éclairent la nuit grâce à l’énergie qu’elles ont reçues du soleil pendant la journée. Cette transmission technico-naturelle est magique.
 
Tant que ça fonctionne. À certains moments, comme toute chose, ça rend l’âme sans qu’on sache exactement pourquoi. Ce ne sont bien sûr que quelques leds assortis de cellules photovoltaïques et d’un mini-circuit qui permet de gérer tout ça. Pas de la haute technologie. Ces lampes ne se vendent d’ailleurs la plupart du temps que dans des supermarchés à prix réduits. Pas de raison d’espérer l’éternité !
 
Celle qui apparaît dans le montage photographique ci-dessus est relativement récente, environ 5 années durant lesquelles elle a bien fait le job pour mon plus grand plaisir. Puis, du jour au lendemain, elle a refusé de se rallumer. J’avoue que ça m’a donné un coup de cafard. Une lumière de plus qui se faisait la malle, fût-elle électronique, c’était dur. Je n’ai d’ailleurs pas tardé à remplacer la boule défaillante par deux demi-boules en pleine jeunesse. Mais j’étais vexé. Pourquoi refusait-elle de s’allumer ? Et surtout pourquoi le faire du jour au lendemain ?
 
Je n’aimais pas ça et je voulais donc en savoir plus : il me fallait ouvrir la boule pour vérifier le dispositif. Sauf que c’est là que l’obsolescence programmée devient vicieuse : visiblement, cette lampe n’était pas destinée à être démontée ! Quand on veut, on peut. Une fois ouverte, je découvris l’ampleur du désastre : le fond de la boule était inondé. Tout le monde sait qu’électricité et eau ne font jamais bon ménage. Il était plus que vraisemblable que la pile rechargeable avait grillé lors d’un court-circuit fatidique. Il me suffisait de remplacer cette batterie, d’un format peu répandu évidemment. Quand on cherche, on trouve. Même s’il m’a fallu deux essais. Là, je relance tout et… rien !
 
Vexé, je l’étais. J’ai testé la batterie, elle était chargée ! Bref, je m’apprêtais à abandonner. Quand j’ai eu une réminiscence de mes cours d’électricité lors de mes latin-sciences, il y a plus de 50 ans ! Quand le fer est confronté à un milieu humide, il se transforme, en trois étapes, en oxyde de fer(III) hydraté, plus communément appelé de la rouille. Et celle-ci, comme tous les oxydes métalliques, est un très mauvais conducteur. Bref, j’ai gratté la rouille avec un bête couteau de cuisine, j’ai remis la pile et – miracle ! – le courant passait. Test dans l’obscurité : tout fonctionne. Il me reste à voir si la pile se recharge bien en vrai… et aussi à vérifier si la première pile a vraiment grillé.
 
Peu importe, ça semble fonctionner. Comme quoi, avec un peu de volonté et de patience, on y arrive. Ces appareils peuvent avoir une vie plus longue que ce qu’on imagine. C’est aussi le cas de mon amplificateur, qui – après avoir montré quelques signes de faiblesse – a retrouvé une deuxième jeunesse à la suite d’un simple nettoyage avec du « WD-40 Specialist » et qui s’apprête à fêter ses 50 ans de bons et loyaux services.
 
Ne jamais croire que tout est foutu, même quand tout l’indique. Il est (quasiment) toujours possible de déprogrammer l’obsolescence. Quand on veut, on peut. Quand on cherche, on trouve.

lundi 4 juillet 2022

Voler…

 

FMG©2022
 
Voler. Au fil du vent. Dans le silence. Sans rien d’autre que l’amour de ceux et de celles qui vous entourent. Dans la plénitude de l’instant, avec en permanence le souffle de celle qui nous accompagne depuis ce clocher autour duquel nous tournons, sans jamais trop s’en rapprocher mais toujours présent. Être avec elle quelques instants au paradis.
 
Mais d’abord, arriver à l’endroit du rendez-vous. Le stress et l’attente du moment décident du retard, du mauvais choix de stationnement, de la mauvaise direction prise… dans ces lieux pourtant connus sur le bout des doigts. Ouf, on se retrouve.
 
Puis, se déplacer tous ensemble dans une jeep de l’ancien temps, avec conduite à droite pour indiquer clairement que désormais tout change : on entre dans un autre monde, perdu entre le passé, le présent et le futur. Se rapprocher de cette commune désormais mienne, pour le restant du futur ?
 
S’arrêter. Au milieu d’une prairie. Ou plutôt dans un coin reculé de celle-ci. Là où l’on peut déposer la toile, l’étendre et la déployer. Pas une mince affaire. L’énorme ventilateur se met en branle et injecte ses 6000 m3 d’air encore froid. La toile se déploie, dans toute sa splendeur jaune assortie à mon polo. Tout le monde se demande si ça va vraiment nous permettre de décoller. Mais les brûleurs dégagent leur feu. La toile se redresse. Juste le temps de monter dans la nacelle. Ma famille. Mes amis. Serrés tous et toutes près des autres. Ça y est, on décolle. En douceur. Sans même s’en rendre compte. Instantanément, entrer dans un autre univers. Dans son univers.
Voler. Au fil du vent. Dans le silence. Sans rien d’autre que l’amour de ceux et de celles qui m’entourent. Dans la plénitude de l’instant, avec en permanence son souffle qui nous accompagne. À travers tous ces chemins et toutes ces rues que nous avons parcourus à deux, en vélo, jouissant de la vie quand elle était encore là. Mais surtout, dans le cœur de ceux qui sont là, à vivre la même aventure, ses enfants et mes amis qu’elle appréciait. Le paradis existe, il suffit de voler. Au fil du vent. Dans le silence. Sans rien d’autre que l’amour de ceux et de celles qui nous entourent.
 
Atterrir. Il le faut. Tout moment a une fin, aussi merveilleux soit-il. Il ne suffit pas de décider d’atterrir… Il faut trouver le bon endroit. Notre pilote fait des merveilles, même si certains trouveront stupidement à y redire. Replier. Tout le monde s’y met. Tout est replié et rangé. Mission accomplie. Un verre de mousseux pour fêter ça, quelques dernières photos. Sans elle. Mais elle est dans la tête de chacun·e.
 
Repartir des étoiles plein les yeux et la tête définitivement dans les nuages. Nous n’avons pas volé bien haut finalement. Mais c’était un sommet dans ma vie. Je ne l’oublierai jamais. Ceux et celles qui me l’ont offert l’ont fait pour transcender ce jour d’anniversaire qui n’en fut pas vraiment un. Ce fut réussi, au-delà des mots.
 
Voler. Au fil du vent. Dans le silence. Sans rien d’autre que l’amour de ceux et de celles qui m’entourent. Surtout de celle.

jeudi 16 juin 2022

Dites oui à la sensibilité

 

Depuis quelques mois, une publicité passe en boucle à la télévision. Elle vante les mérites d’un dentifrice avec un slogan imparable : « Dites NON à la sensibilité » ! Alors bien sûr, cette publicité parle de la sensibilité des gencives. Elle n’en demeure pas moins inacceptable !
 
Je dis OUI à la sensibilité. C’est elle qui me fait vivre. C’est elle qui me fait goûter la beauté d’un paysage, qui me fait pleurer devant la profondeur d’une voix qui chante, qui me fait sentir des éléments inattendus lors de moments improbables, qui me met en union avec tous ceux et toutes celles qui aiment, qui souffrent, qui vibrent, qui croient, qui avancent…
 
Je dis OUI à la sensibilité, car les larmes qu’elle fait naître – plus souvent qu’à son tour – dans mes yeux, avec toute leur acidité douloureuse, sont toujours des larmes de vérité, de solidarité, de communion.
 
Je dis OUI à la sensibilité, car – au-delà de l’accès au langage et au symbolisme – c’est elle qui fait de moi un être humain, capable de sentiments, y compris ceux qui font mal ou qui salissent.
 
Je dis OUI à la sensibilité, parce que sans elle, je n’existerais pas !
 
PS : Une amie des réseaux sociaux (que je n’ai jamais rencontrée) a exprimé tout cela de manière beaucoup plus profonde et nuancée que moi. N’hésitez pas à aller lire son texte.

vendredi 31 décembre 2021

Instant de lumière

Le ciel n’est pas toujours bleu.
Parfois même, les nuages cachent la pureté de l’air.

    Derrière le brouillard, les sourires continuent à se dessiner.
    Au-delà des obstacles, l’amour persiste et nourrit.
    Au travers des nœuds inextricables, la vie émerveille et se laisse saisir.

        Chaque instant de lumière illumine le chemin.


Ce message d’amour, de solidarité, de positivité a une saveur particulière cette année. Depuis 1988 (je crois), nous envoyons, Brigitte et moi, une « carte de vœux » durant le mois de décembre. Une carte qui la plupart du temps n’est pas datée. Nos vœux ne se limitent pas à une année, mais à l’éternité. Le mot « vœux » n’y est jamais écrit et le texte n’en souhaite pas vraiment en tant que tels. Ce texte s’inspire de l’illustration que nous choisissons. Un an sur deux, une photo « familiale ». Et l’autre, un dessin, un bricolage, une photo « non familiale »… Et puis un texte. C’est moi qui l’écris, mais c’est Brigitte qui le corrige et l’améliore. Chaque mot est pesé, décidé ensemble.

Plus d’une personne, plus d’une famille nous ont dit « attendre notre carte » pour y découvrir nos mots de l’année, s’en imprégner et s’en nourrir.

L’année dernière, notre carte est partie alors que la maladie de Brigitte manifestait ses premiers signes. Nous sentions bien qu’il se passait quelque chose d’important. Pour la première fois, nous avons choisi une photo prise par Brigitte : celle d’un chemin… Et notre message terminait par « Cheminons doucement ensemble ». Il faisait écho aux faire-part de naissance de nos trois enfants. Chaque fois, ceux-ci contenaient les mots « Nous cheminerons gaiement ensemble ». Dès décembre dernier, nous savions que c’était désormais « doucement » que nous cheminerions. La photo est devenue celle du « Chemin de Brigitte ».

Et nous avons cheminé doucement ensemble pendant toute cette année 2021. Je ne mentirai pas : ce ne fut pas facile tous les jours. Pendant toute cette année, jusqu’au bout, Brigitte a voulu se promener, découvrir la nature, partager son chemin, allant parfois – il faut bien l’avouer – au-delà de ses forces. Mais marcher, c’était son truc. Aller plus loin…

La fin de l’année 2021 se rapprochait. Nous voulions tous les deux finaliser notre « carte de vœux ». Le choix de la photo était évident : c’était l’année de notre « photo familiale »… et nous avions vécu ces beaux moments, tous ensemble, à Berismenil, avec une organisation sans faille de Brigitte. Et cette photo nous montrait tous en hauteur, un peu plus près du ciel, tous réunis – unis – autour de Brigitte.

Il restait à écrire le texte. Nous n’allions pas nous voiler la face devant la réalité. J’ai écrit une première version que Brigitte a corrigé en adoucissant mon propos. Nous étions d’accord, une fois de plus. Le processus était lancé, chacun faisant ce qu’il avait à faire. La dernière étape était de plier les cartes, de les mettre dans une enveloppe, de coller sur celle-ci étiquette et timbre… Tout cela, c’est Brigitte qui l’a fait, sur son lit d’hôpital. Il fallait que ça parte ! Sans nous le dire, nous savions tous les deux que c’était notre dernière carte commune. Et qu’il y avait urgence à l’envoyer.

Chaque instant de lumière illumine le chemin…

dimanche 5 décembre 2021

Petit pipi deviendra grand

 

L’autre jour, nous recevions mon beau-frère Michel. Ayant un petit besoin anodin et sans trop me poser de questions, je me suis levé et j’ai fait comme d’habitude : dans le jardin vite fait bien fait. Quelques minutes plus tard, Michel m’a demandé : « Puis-je utiliser tes toilettes extérieures ? » Nous avons bien ri et il a reçu le précieux sésame !

Revenu à l’intérieur, il m’a dit quelque chose comme « Et voilà un acte écologique bien fait ! », tout en m’expliquant que c'était sa pratique habituelle.

Nous nous sommes lancés dans des calculs très savants. Nos besoins naturels respectifs tournent autour de quatre ou cinq occasions quotidiennes. Ce qui signifie environ 1800 fois par an pour chacun d’entre nous. Si – comme la plupart des gens – nous utilisions les lieux d’aisance intérieurs en tirant la chasse comme il se doit, cela ferait à chaque coup entre 3 ou 10 litres d’eau utilisée pour nettoyer la cuvette. Partons du principe que la chasse est bien réglée pour permettre ces petits nettoyages, on peut se fonder sur 3 litres à chaque occasion. La multiplication par le nombre d’occasions aboutit à 5400 litres annuels, soit 5,4 m3 d’eau économisés par le simple fait d’envahir le jardin pour éliminer notre liquide naturel.

Soyons de bon compte : tout le monde ne peut pas, pour d’évidentes raisons, en faire autant. Et globalement, il faut bien reconnaître que c’est plus difficile pour la plus grande moitié de l’humanité. Mais – sans aucune preuve scientifique – on peut penser qu’un quart des mecs pourrait en faire autant sans que cela ne pose de réels problèmes. Pour la Belgique, un quart des mecs, cela signifie environ 1,3 millions de personnes. Contentons-nous d’un million. Si tous ceux-là utilisaient les toilettes extérieures, on arriverait à 5,4 millions de m3 économisés par an, rien que pour la Belgique, c’est-à-dire un cinquième de la capacité du Barrage d’Eupen dont on parle beaucoup pour le moment ! Ce barrage fournit actuellement 55 000 m3 quotidiennement en eau potable. Cela veut dire qu’il me faudrait 10 ans de « besoin en extérieur » pour économiser l’eau journalière fournie par le barrage d’Eupen ! Ça peut paraître dérisoire. Mais je ne crois pas que ce le soit !

Là-dessus, je vais…

PS : il y a évidemment une erreur fondamentale et grave dans mes calculs ! Si je permets d'économiser 5,4 m3 d'eau potable par an, il me faudra non pas 10 ans, mais 10 000 ans pour atteindre la quantité quotidienne délivrée par le barrage d'Eupen ! C'est de plus en plus dérisoire, et cela reste cependant important !

samedi 11 septembre 2021

Une ritournelle magique

 

J’écoute beaucoup de musique. Surtout de la chanson française, mais pas que. Découvrir un nouvel album est toujours un plaisir, surtout – je l’avoue – quand il s’agit d’une chanteuse. J’ai rarement une véritable émotion. La dernière dont je me souviens est quand j’avais écouté dans ma voiture le premier CD d’une chanteuse encore inconnue : une certaine Carla Bruni ! Et puis, voilà, cette fois, c’est avec Ritournelle de Stéphanie Blanchoud (qui n'a rien à voir avec la Bruni en question).

En Belgique, la plupart des gens la connaissent par la télévision : c’est elle qui joue le rôle de l’inspectrice Chloé Muller dans les deux saisons de la série Ennemi public. Stéphanie Blanchoud excelle dans ce rôle d’agente de police tourmentée, en charge d’un assassin tout aussi tourmenté.

Mais elle est aussi chanteuse. Depuis longtemps : son premier album, À cœur ouvert, date de 2005. Il y eut ensuite Insomnies en 2009, Blanche en 2012, Les beaux jours en 2015. Ils font tous partie de mes petits bonheurs discographiques. J’ai vue Stéphanie sur scène, à la Ferme du Biéreau (Louvain-la-Neuve), je ne sais plus quand, mais elle se faisait appeler Blanche à l’époque. J’avais été subjugué par cette voix.

Mon émotion (ou non) musicale est toujours liée avant tout à la voix et à l’ambiance. Les premières secondes d’écoute d’un·e chanteur·euse sont essentielles : ça passe ou ça casse, sans même encore savoir ce qu’il ou elle va raconter, alors même que le texte est un élément de base dans cette chanson de paroles que j’aime tant.

Stéphanie Blanchoud, qui écrit ses textes, nous parle d’elle. Rien de très joyeux en général. La vie, tout simplement. Sa vie. À ce stade, je n’oserais même pas disserter sur ce qu’elle nous dit. D’autres – elle-même – heureusement le font à ma place. 

Mais cette voix ! Suave, fragile, en perpétuelle recherche d’équilibre. En parfaite harmonie cependant avec l’instrumentation aussi discrète que pertinente. Un joyau… qui m’émeut. C’est tout. Tout ce qu’il faut pour me plaire… C’est déjà pas mal, non ?