vendredi 5 juin 2026

Mépris des règles, démocratie sous tension

  

Au-delà de l’adoption cette nuit par la majorité MR-Engagés du décret-programme catastrophique pour l’école, je suis surtout interpellé par la méthode employée.

Le président du Parlement Wallonie-Bruxelles a décidé de passer outre au délai de 84 heures censé garantir un minimum de temps entre le vote en commission et le vote en séance plénière. Une règle pourtant prévue pour permettre un véritable travail démocratique.

Le problème, c’est que ce type de passage en force n’est plus un accident isolé. En Belgique, les exemples se multiplient où des autorités publiques — fédérales, régionales ou locales — contournent des règles de procédure, tardent à appliquer des décisions de justice ou ignorent des obligations pourtant claires.

Depuis 2022, l’État belge et Fedasil ont ainsi été condamnés des milliers de fois pour ne pas avoir respecté le droit à l’accueil des demandeurs d’asile. La Belgique est aussi régulièrement condamnée pour les conditions de détention dans ses prisons. D’autres gouvernements ont retardé ou contourné des décisions de justice sur les nuisances aériennes autour de Bruxelles-National. Quant aux lois-programmes et procédures d’urgence, elles réduisent de plus en plus le débat parlementaire à une formalité.

Le problème central est simple : l’État détient lui-même une grande partie des leviers censés le contraindre. Les sanctions sont souvent indirectes, les délais judiciaires jouent en faveur du pouvoir et les responsabilités individuelles sont rarement engagées.

 Alors une question finit par se poser : si l’État ne respecte pas lui-même les règles, pourquoi les citoyens devraient-ils encore les respecter ? 

Cette banalisation du passage en force fragilise profondément la confiance démocratique. Elle nourrit le cynisme, l’abstention, la radicalisation et la perte de confiance dans les institutions.

Le déploiement de militaires masqués autour des manifestations d’élèves et d’enseignants participe aussi de ce malaise. Des dispositifs prévus pour la lutte antiterroriste ou la sécurisation de sites sensibles deviennent peu à peu des outils de gestion de mouvements sociaux. Ce glissement sécuritaire pose une vraie question démocratique. 

Une démocratie ne consiste pas seulement à gouverner après avoir gagné une élection. Elle se mesure à la manière dont le pouvoir respecte les règles, les institutions, l’opposition et les citoyens. Quand la contestation devient un obstacle à neutraliser plutôt qu’une voix à entendre, le pouvoir cesse progressivement de servir la démocratie pour ne plus servir que lui-même.