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jeudi 7 mai 2026

Wisconsin, un nouvel album !


2021©Ariane Jouniaux

En mars 2023, Yves Destrée – comédien, co-créateur du Théâtre du Phare à Namur, professeur d’art dramatique, metteur en scène (notamment du Jeu de Jean et Alice, à Wavre, en 2012) – est venu vers moi : « Je voudrais monter un spectacle sur la migration des dix premières familles gréziennes qui, en 1853, ont tout abandonné pour s’installer au Wisconsin et fonder la communauté belge qui y existe toujours. Accepterais-tu de m’accompagner dans ce projet ? »

Je n’ai pas hésité très longtemps. Yves avait déjà écrit un texte qui s’est enrichi petit à petit au fil de nos rencontres. Le concept était basé sur une rencontre improbable : celle d’Adolphe Poncelet, Consul de Belgique à Philadelphie dans les années 1850-60, et d’un certain François-Marie, citoyen d’aujourd’hui de Grez-Doiceau. Ce dernier se transforme parfois en chanteur, accompagné de sa guitare ou d’un clavier synthétique. C’est ainsi que j’ai composé six chansons, retraçant l’histoire de mes anciens concitoyens. 

Le spectacle a été créé le 17 décembre 2023, à l'École de clown de Grez-Doiceau, dans le cadre de la journée internationale de la migration, organisée par le Collectif Commune Hospitalière. Une captation quasi complète est visible en cliquant ici.  Pour différentes raisons, notamment le fait que j’étais devenu de manière inattendue échevin de la commune, le spectacle n’a pas perduré. Mais les chansons existaient encore et pouvaient trouver une deuxième vie.

Alors, en septembre 2025, j’ai commencé à les enregistrer. Patiemment et avec mes petits moyens. J’ai souvent été découragé, mais j’ai continué. Un peu (toute proportion gardée) comme ces Gréziens, il y a 150 ans. Les difficultés n’ont pas manqué durant tout leur périple – très semblables d’ailleurs à celles des migrants d’aujourd’hui – mais ils ont tenu le coup, avec l’aide de quelques étoiles en cours de route.

La chorale Auder’Wez, dans laquelle chante ma fille, a accepté de me prêter ses voix sous la direction de Stéphane Larçon sur la chanson finale Les flambeaux de Grez-Doiceau. Stephan Kraemer, collègue grézien au sein du Collectif Scripta Linea, a utilisé ses grandes compétences d’ingénieur du son pour mixer le tout. Pour le reste, j’ai tout fait : paroles, musique, arrangements, voix, guitares, contrebasse, flûte, mandoline, claviers et autres instruments, prise de son, mise en page, production…

Aujourd’hui, ce projet trouve son point d’orgue : sa publication. Quel bonheur !

Vous pouvez l’écouter ici : 


Et aussi sur les plateformes classiques au choix, en cliquant sur ce lien

Un CD physique, avec un livret de huit pages, est aussi disponible sur demande, au prix de 10 euros. Vous pouvez en savoir plus sur chaque chanson et notamment lire les paroles à partir de mon site.

N’hésitez pas à écouter, à me commander le CD, à commenter, à partager…

mercredi 14 janvier 2026

Baguenaude minérale

Dans deux semaines, une nouvelle « tournée minérale »  commencera. Un mois sans alcool. Le mois de février, le plus court. Je n’ai jamais participé à cette action, sans doute par manque d’intérêt ou de motivation, plus vraisemblablement encore parce que je ne m’en sentais pas capable. Et puis, ça me semble un peu absurde : si on peut se passer d’alcool pendant quatre semaines, pourquoi ne pas le faire plus longtemps ? Les personnes que je connais qui y ont participé n’avaient qu’une envie : l’arrivée du 1er mars…

En me levant il y a six mois exactement, le 14 juillet 2025, je me suis dit : « Je ne boirai pas aujourd’hui ». Le lendemain, c’était devenu, à mon plus grand étonnement : « Je ne bois plus ». Depuis, pas une goutte d’alcool. Environ 8 kg de perdus. La moyenne des scores de sommeil mesurés par ma montre connectée est passée de 50% à 80%, avec un changement radical dès la première nuit. Pas de réelle frustration lorsque je suis en société. Les autres boivent, moi pas. C’est tout. Je bois principalement de l’eau du robinet. Le montant de mes dépenses alimentaires, y compris donc les boissons, a diminué de 40%. Les indicateurs biologiques (GGT, ASAT…) ont diminué de moitié pour rentrer dans la norme saine. J’ai pu arrêter de prendre le médicament pour traiter mon reflux gastro-œsophagien ainsi que le somnifère de la classe des imidazopyridines. La peau de mon visage se porte mieux. Je me suis relancé dans des projets musicaux. Je suis plus serein. Cela ne veut pas dire que tout va bien, mais ça va ! Mieux.

Bien sûr, cela ne fait que six mois. Il faut tenir. En soi, cela ne me semble pas insurmontable. Je me souviens avoir arrêté de boire le 1er décembre 2000, après une soirée particulièrement arrosée. Lors du cocktail organisé pour l’obtention du diplôme d’architecte de ma fille aînée, en juillet… 2008, j’ai bu une demi-coupe de mousseux ! Je n’ai rien bu dans les semaines qui ont suivi, mais je me suis laissé tenter un jour, sachant que ce n’était qu’une occasion isolée. Les occasions se sont petit à petit multipliées, jusqu’au jour d’après qui n’était que le lendemain de la veille… Pour moi, c’est tout ou rien. C’est mieux rien.
 

En relisant ce que je viens d’écrire, je me rends compte que tout cela, je l’avais déjà formulé autrement, il y a vingt ans, dans une chanson. 

Le blues des vices


Ah cette cigarette, après la sieste
Quand le ventre est bien repu
Y a pas à dire c’est vraiment céleste
La fumée qui vous met à nu
Cette sensation au milieu des poumons
Qui vous pénètre au fond de votre être
C’est le plaisir de se sentir souffrir
Grâce à ce mégot, ah le saligaud !

Mais mon vieux tabac je t’ai plaqué
Délaissé abandonné
Je ne veux ni Dieu ni maître
Surtout pas me soumettre
J’ai pris la liberté de ne plus fumer
De ne plus me laisser détruire à petit feu
De ne plus polluer ces dames et messieurs
Je vis sans tabac et c’est très bien comme ça
Je suis libre de vivre sans combustible

Ah ce verre d’alcool qui fait qu’on rigole
Autour d’un repas avec tous ses amis
On se laisse aller sans aucun protocole
Sans le contrôle de notre esprit
Cette sensation d’être en évasion
De tous ces maux qui peuplent nos cerveaux
C’est le plaisir de se sentir vivre
Grâce à ce verre de vin, mais c’est tout à fait vain

Mais mon vieil alcool je t’ai plaqué
Délaissé abandonné
Je ne veux ni Dieu ni maître
Surtout pas me soumettre
J’ai pris la liberté de ne plus me saouler
De garder le contrôle de mes fantasmes
D’être le maître de mon enthousiasme
Je vis sans alcool sans que ça me désole
Je suis libre de vivre sans être ivre

Ah cette caresse enchanteresse
Le corps d’une femme est un paradis
Qu’on peut découvrir avec ou sans prouesse
Mais qui toujours nous épanouit
Cette sensation de communion
Qui nous dépasse quand elle nous embrasse
C’est le plaisir de se sentir partir
Vers la petite mort dans ce corps à corps

Et toi ma femme j’t’ai pas plaquée
Ni délaissée ni abandonnée
Je ne veux ni Dieu ni maître
Surtout pas me soumettre
Mais je prends la liberté de toujours t’aimer
De te rester fidèle envers et contre tout
De croire en toi en moi et en nous
Je vis avec toi et c’est mon choix
Je suis libre de vivre en étant libre
Libre de t’aimer libre de te libérer
Mais surtout libre de me laisser aimer

François-Marie GERARD - FMG © 2004


lundi 29 septembre 2025

Marche hospitalière


FMG©2025

Ce dimanche 28 septembre, j’ai participé à la « Marche hospitalière », organisée par le Collectif Commune hospitalière de Grez-Doiceau. Un peu plus de 5 km dans notre magnifique campagne, sous un soleil radieux.
 
En 2019, le Conseil communal de Grez-Doiceau a adhéré au réseau des communes hospitalières, initié par le Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11).  
 
Par cette adhésion, une commune s’engage

  • à sensibiliser la population sur les migrations et l’accueil de l’autre ;
  • à améliorer l’accueil et le séjour des migrants dans le respect des droits humains ;
  • à montrer sa solidarité envers les communes européennes et les pays confrontés à un accueil de nombreux migrants.

 
À Grez-Doiceau, un collectif de citoyens s’est créé pour contribuer à concrétiser ces engagements. Il le fait essentiellement à travers trois actions récurrentes, avec d’autres activités plus ponctuelles :

  • une « auberge internationale » qui réunit autour d’un repas convivial des réfugiés en ILA (Initiative Locale d'Accueil) et des citoyens ;
  • une « marche hospitalière » à laquelle participent des réfugiés et des citoyens d’origine étrangère ou belge. À noter que cette balade a été initiée par ma chère défunte Brigitte, même si la maladie ne lui aura jamais permis d’y participer ;
  • une « Journée de la Migration », à proximité de la Journée internationale des migrants, célébrée chaque année le 18 décembre par les Nations Unies. À cette occasion, différents stands de sensibilisation sont proposés ainsi que des activités musicales, théâtrales, cinématographiques…. C’est lors de la journée du 17 décembre 2023 qu’eut lieu la création du spectacle Wisconsin ! consacré à la migration des Gréziens au milieu du 19e siècle, sur un texte d’Yves Destrée et avec des chansons que j’avais créées pour l’occasion. J’y reviendrai sans doute.

 
Par les temps qui courent, ces engagements et leur réalisation dans des activités concrètes, soutenues par les autorités communales, détonnent. Alors que la migration est plus que jamais présente et indispensable pour ceux et celles qui quittent tout dans l’espoir d’en gagner un autre, la tendance dans les pays d’accueil est plus au rejet et à l’expulsion. 

Il est plaisant de voir qu'au niveau local, des initiatives d'accueil et d'ouverture sont prises et rencontrent un beau succès. En écho à mon billet précédent, je suis cette fois fier : fier de vivre à Grez-Doiceau, commune hospitalière !

vendredi 11 avril 2025

Banquet vietnamien

 

Le Roi et la Reine des Belges ont dernièrement fait une visite d’État au Vietnam. Comme il se doit, ils ont eu droit à un ou plutôt des banquets royaux ! Comme je les plains !
 
Non pas que la nourriture vietnamienne soit mauvaise. Bien au contraire, elle est la plupart du temps délicieuse. Le problème d’un banquet n’est pas la qualité, mais la quantité. En 1995, j’ai effectué une première mission au Vietnam. L’objectif était d’identifier des projets à mener dans le monde de l’éducation, et en particulier au niveau de l’édition scolaire, financés par l’Union européenne. À l’époque, le Vietnam était encore assez isolé, n’ayant entamé son ouverture vers le monde que dans les années 1980. Toujours est-il que pour les Vietnamiens, notre mission n’était pas celle de deux consultants, Éric et moi, d’une société privée en recherche de nouveaux contrats, mais celle des émissaires de l’Union européenne ! Bref, quasiment le Roi et la Reine des Belges ! 

Nous avons donc, en début de mission, été conviés à un banquet, sans savoir ce qui nous attendait. Le premier plat était délicieux, et c’est avec délectation que j’ai accepté d’en reprendre comme les serveurs me le suggéraient. Le deuxième plat rivalisait avec le premier, et j’en repris volontiers ! C’est à partir du troisième plat – tout aussi exquis – que j’ai commencé à me poser des questions. Devais-je me laisser resservir ou non ? Par politesse, je n’en ai repris qu’un petit peu… Puis sont venus les 4e et 5e plats. Cela s’est arrêté là (avant le dessert), mais j’avoue que j’ai dû vraiment me forcer pour ingérer un peu de ces 4e et 5e plats. Je n’en pouvais plus, j’étais vraiment malade !
 
Ce n’est que bien après, lors du repas clôturant la fin du merveilleux projet mis en place, que j’appris qu’au Vietnam, le nombre de plats est lié à l’importance des convives. Mes nouveaux « amis » m’avaient alors dit que pour avoir 5 services, il fallait vraiment être important ! Presque Roi ou Reine finalement. Cela dit, ceux-ci sont certainement mieux informés que moi et n’ont sans doute pas eu à gérer difficilement leur festin.
 
Ce dernier repas était lui aussi un ravissement pour mes papilles, mais sans excès cette fois. C’était aussi un moment beaucoup moins solennel ! Une guitare était apparue, je ne sais trop comment, et je me souviens avoir chanté – l’esprit légèrement embrumé – une magnifique version personnelle de « J’suis Bruxellois, voilà pourquoi en ville je m’sens chez moi… ». Pas sûr que notre Roi Philippe ait pu lancer la même chansonnette !

mardi 4 février 2025

Pour un air de musique

Au début des années 1980, j’étais jeune instituteur, passionné par mon métier, et aussi célibataire pas si endurci qu’on ne pourrait le croire. Cette situation m’a amené à des rencontres insoupçonnées et sans soupçon. Les enfants ont – la plupart du temps – des parents, et en particulier des mamans. Les affinités, les hasards, les échanges m’ont permis trois rencontres extraordinaires qui ont joué un rôle fondamental dans ma vie de presque trentenaire.

Aujourd’hui, en quelques mois, ces trois mamans sont toutes les trois mortes et, même si je ne les voyais plus guère, cela m’affecte énormément. C’est une part de ma vie qui disparaît.

Marianne. Je n’ai jamais eu aucune de ses deux filles dans ma classe et c’est surtout avec Jean-Pierre, le papa, que j’avais sympathisé, notamment grâce à la préparation de L’ÉCHOlier, le journal de contact que nous avions créé à quelques-uns, parents et enseignants. Un magnifique projet. À force de se retrouver pour des moments de travail convivial, je me suis attardé parfois ou encore invité plus souvent qu’à mon tour. Leur maison m’était toujours ouverte, jusqu’au jour où ils ont décidé de déménager… et où nous avons convenu que j’aménagerais leur grenier. J’y ai vécu trois ans. Je me souviens d’un jour où j’y travaillais, toujours en musique. Ce jour-là, j’avais mis sur la platine « L’homme de la Mancha ». Pas trop fort, pour ne pas déranger. Jusqu’au moment où j’ai entendu, deux étages plus bas, la voix de Marianne me crier « Plus fort ! ». J’ai augmenté le volume et toute la maison a résonné des voix communes de Jacques Brel, de Marianne et de la mienne. C’était bouleversant. En novembre 1980, tout cela nous amenait sur la même scène, au Cabaret de Saint-Dominique, avec Marianne, Jean-Pierre, Marcel, Renée et Paul. Pour un air de musique…

Micheline. Elle non plus, je n’ai eu aucun de ses six enfants dans ma classe, du moins pas en tant que « titulaire ». Dans notre école, on ne se retrouvait pas toujours avec les enfants dont on était « responsable ». Je ne sais plus trop comment cela s’est passé, mais un jour Micheline m’a sans doute dit « Est-ce que tu viens manger ce soir ? Prends ta guitare… ». J’ai répondu à l’invitation… qui est devenue permanente. Quasi toutes les semaines, nous nous retrouvions… et j’amenais mon sac de linge sale que je reprenais propre et repassé la semaine suivante. Nous passions surtout de sublimes soirées « en famille ». Tous les enfants faisaient de la musique… et le piano ou les guitares nous rassemblaient. Pour un air de musique…

Anne. Sa fille Anne-Pascale était dans ma classe, pendant 2 ou 3 années scolaires. Elle venait d’une autre école qui avait déçu ses parents. Ceux-ci avaient de grandes attentes éducatives, pour une école ouverte sur la vie. Nous avons très rapidement sympathisé et notre relation devint une véritable amitié. J’ai accompagné toute la famille en vacances, en Normandie, où fut prise la photo ci-dessus. Il y avait la musique qui nous réunissait, mais aussi les enfants. Isabel, que l’on voit affairée sur ses doigts, et Jean-Christophe, né le même jour de l’année que moi. Et tou·tes les cousins et cousines de cette nombreuse famille. Je faisais un peu partie des meubles, notamment celui de l’installation stéréo pour laquelle je suis encore intervenu, il y a deux ans, à la demande d’Anne, sans vrai succès malheureusement. Quand ma rencontre avec Brigitte, qui deviendra ma femme, s’est épanouie, Anne fut la première à nous accompagner. Il faut dire qu’elles se retrouvaient dans la même chorale. Pour un air de musique…

Ces trois femmes ont contribué à embellir ma vie. Elles m’ont offert un présent inestimable : leur amitié, simple, pure et sincère. Les chemins de la vie nous ont amenés à moins nous rencontrer, et - en ces trois ou quatre derniers mois - à ne plus pouvoir nous rencontrer. Jamais. Elles sont cependant toujours à mes côtés.

En hommage à ces amies, je voudrais publier un air de musique, qui réunit un peu tous nos rêves et réalités. Cette chanson a été créée dans une animation d’enfants, où tout était permis. Elle a été enregistrée pour ma cassette Voyages « avec les moyens du bord » en 1981, dans mon grenier de la maison de Marianne et Jean-Pierre. Elle est chantée par Cécile, fille de Micheline, et par Anne-Pascale, fille d’Anne. Ma grosse voix intervient dans le dernier couplet, que j’ai écrit comme un grand enfant. J’y joue tous les instruments : guitare basse, batterie électronique, flûte à bec, xylophone, orgue, violon (seule et unique fois) et piano, qui n’est autre que celui d’Anne ! Quel souvenir !

Merci Marianne, Micheline, Anne !

Histoire d'animaux

le petit paresseux s'ennuie :
il ne veut pas faire la vaisselle
il rouspète chaque fois qu'on lui demande
et s'en va faire un petit tour
quand il revient il dit bonjour
et tombe tellement qu'il a souri
dégustant un joli moustique
qui ne veut pas se faire manger

les moustiques piquent quand on les embête
seulement en nous chatouillant le nez
ça nous fait riri-gogo-léler
et ça nous fait aussi bégayer
deux jours après, ce s'ra oublié
ils s'en iront chercher autre part
ils iront casser tous les nuages
et tout le monde sera trempé
 
un poisson rouge tourne dans son bocal
passant son temps à bulbuler
le chat tout gris dansant sur la table
espère trouver un bon poisson
le poisson rouge devenu tout gris
espère retrouver sa couleur
le chat tout triste descend de la table
car il n'y a plus de poisson rouge

les lions qui sont dans la montagne
ont bien mangé une dizaine d'oiseaux
ils digèrent bien leur p'tit déjeuner
en nageant dans l'océan indien
maintenant ils sont dans une île déserte
mangeant souris et éléphants
ils dansent avec plein de petites mouches
en les avalant toutes en même temps

un ver de terre venant du ciel
a atterri dans mon potage
j'ai retrouvé son parachute
dans les légumes et vermicelles
il a crié d'une grosse voix :
« cette soupe est bien trop salée ! »
je lui ai dit : « tu n'es qu'un ver(re)
de terre ou d'eau et je te bois ! »

samedi 10 août 2024

Août en novembre

  

Ce billet n’a aucune importance et ne devrait même pas exister. Il ne doit d’être écrit que parce que lors de la publication de mon billet « Vide sidéral », j’ai constaté – horreur absolue – que je n’avais rien publié en août 2024, alors qu’une des règles absurdes que je me suis fixées dans la gestion de ce blog est d’avoir au moins un message mensuel. Je vais essayer de l’antidater, mais pas sûr que ça marchera.

Ça m’a permis quand même de constater qu’en le publiant, il sera le 975e. Un autre objectif que je me suis fixé en cours de route est de publier 1000 billets… et puis d’arrêter Réverbères. Il me reste donc, c’est mathématique, 25 textes à écrire. Nous sommes en novembre 2024. Avec un billet par mois, cela m’amène – c’est tout aussi mathématique – en décembre 2026 si je ne fais pas d’excès de zèle. Or, le blog a été créé le 23 décembre 2006. Vous me voyez venir : si je tiens le rythme, ce blog aura existé exactement 20 ans ! Ça me plaît bien comme idée.

Surtout, désormais, je sais quand cela se finira. Tout ça, grâce à ce billet décalé dans le temps. C’est pour cela qu’il est rangé dans l’intitulé « Lumières », car il m’en apporte.

Que se passera-t-il en janvier 2027 ? Je n’en sais rien. Je pourrais – c’est un vieux rêve – réaliser une sélection parmi ces mille dérives. En sélectionner une centaine par exemple. Éventuellement, les retravailler un petit peu… et pourquoi pas, en faire une publication papier ? Mais nous n’en sommes pas là et on verra bien !

Je suppose aussi que je continuerai à écrire. Peut-être créer un nouveau blog, même si la mode est passée depuis longtemps. Là aussi, on verra. En attendant, profitez de ce beau soleil du mois d’août !

mercredi 8 mai 2024

8 mai

 

Papa, je n’aurais jamais pensé vivre ce que j’ai vécu samedi dernier, 4 mai 2024. Je me suis retrouvé devant un monument aux morts, une écharpe d’échevin à mon épaule, entouré de trois drapeaux belges et de personnes qui – comme moi – ont vécu avec un père ancien prisonnier de guerre. Avec un peu d’avance, nous étions là pour commémorer la fin de la 2e guerre mondiale. Et je t’ai parlé, comme j’ai parlé à tous les autres, avec ces quelques mots.
 
 

T’avais 25 ans en l’an 40

T’avais rencontré la femme de ta vie

Tu t’apprêtais à la surprendre

À l’emmener en blanc à la mairie

T’avais pas prévu qu’il y aurait la guerre

Que tu partirais défendre ton pays

Pour te retrouver prisonnier de guerre

En captivité 5 ans de ta vie

Pendant tout ce temps il t’a fallu survivre

Continuer à croire aux vertus de l’amour

Veiller à ne pas partir à la dérive

Pour exister le jour du grand retour

 
Mesdames, Messieurs,
 
Ces mots, je les ai écrits et chantés en honneur de mon père. Il y a 84 ans, au début du mois de mai 1940, sergent volontaire de carrière, il est avec son unité à Massenhoven. La « campagne des 18 jours » va bientôt commencer. Le 28 mai, il apprend la capitulation de l’Armée belge. Il arrive en Allemagne le 5 juin après un long voyage en chalands et en trains, sans vivres et avec très peu d’eau. Il se retrouve au Stalag XIII A à Sulzbach, près de Nuremberg, où il reçoit cette plaque avec le numéro matricule 40.226. C’est le début de 5 longues années de captivité, passées à attendre, même si à la fin de la guerre, le travail à la ferme et au moulin occupait la plus grande partie de son temps.
 
Le 19 avril 1945, après avoir été libéré par les Américains et avoir passé près de 3 semaines dans des casernes de l'ex-armée allemande, mon père a finalement été ramené en train vers la Belgique et est arrivé le 8 mai 1945 à Neufchâteau.
 
C’est ce moment de libération et de renouveau que nous célébrons aujourd’hui, le 8 mai 1945, la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. C'est une date qui résonne profondément dans nos cœurs, car elle marque la victoire de la liberté sur l'oppression, de la paix sur la violence, et de l'espoir sur la désolation. Nous voulons honorer le courage et le sacrifice de millions d'hommes et de femmes qui ont lutté sans relâche pour défendre nos valeurs et notre liberté. Parmi eux se trouvaient nos pères, nos grands-pères, nos frères, nos voisins, qui ont enduré l'horreur des combats, la souffrance des blessures, et la cruauté de la captivité.
 
Je pense bien sûr tout particulièrement à mon propre père, prisonnier de guerre pendant cinq longues années, comme une centaine de milliers de jeunes belges. Son histoire personnelle est le reflet de tant d'autres, une histoire marquée par la résilience, la solidarité et l'espoir. Son courage et sa détermination, tout comme ceux de nombreux autres prisonniers de guerre, sont encore aujourd’hui des sources d'inspiration pour nous tous. Pourtant, Papa n’a jamais voulu nous parler de cette période. C’était un sujet tabou à la maison, comme s’il cherchait à croire que ce n’était pas arrivé.
 
Aujourd'hui, en tant qu'échevin de notre commune rurale et au nom de celle-ci, je ressens le devoir et l'honneur de perpétuer le souvenir de ces héros, de ces hommes et de ces femmes qui ont tout donné pour que nous puissions vivre dans un monde meilleur. Leur sacrifice ne doit jamais être oublié.
 
En ce jour de mémoire, alors que la guerre est aux portes de notre Europe, engageons-nous à préserver et à défendre les idéaux de paix, de liberté et de démocratie pour lesquels tant de personnes ont combattu et sont mortes. Œuvrons sans relâche pour un avenir où les guerres seront remplacées par le dialogue, où les différences seront célébrées plutôt que combattues, et où la solidarité et la compassion seront les fondements de notre société.
 
Ma chanson se termine par ces mots :
 

On ne s’est pas souvent parlé

Ça n’se fait pas d’montrer ses sentiments

Mais sache que ta plus grande liberté

Est d’avoir pu y éduquer tes enfants

T’avais 25 ans en l’an 40

T’as rencontré la femme de ta vie

T’as réussi à la surprendre

À l’emmener en blanc à la mairie

 
Je vous remercie.


lundi 25 décembre 2023

Surprises

 
FMG©2005

La vie est pleine de surprises. Le dire, l’écrire est d’une banalité éclatante. Tout le monde le sait, tout le monde le vit. Et tout le monde se laisse toujours surprendre.

Ces surprises ne sont pas toujours heureuses. Trop souvent même, on préférerait qu’elles n’existent pas. Nous aspirons quasi tous à la paix, à la tranquillité, à la permanence et nous redoutons la déstabilisation, le vide, les bousculades.

Ces surprises dont personne ne veut, j’en ai eu ma dose. Comme beaucoup, ma vie a basculé soudainement par la faute d’un crabe qui prend un malin plaisir à brouiller les cartes. Il ne m’a pas attaqué moi-même. Il s’en est pris à quelqu’un de bien plus fort que moi. Une invincible, prête à toutes les surprises. Pas à celle-là. Elle a été vaincue. Pour son plus grand malheur et pour tous ceux qui l’aimaient. On ne s’en remet pas, pourtant, depuis, elle n’arrête pas de nous montrer, de me montrer, le chemin. Celui des surprises.

Moi qui suis désormais septuagénaire – un mot peu connu en réalité – je viens de vivre le mois le plus surprenant de ma vie. Qui aurait pu imaginer que j’accéderais à des fonctions publiques aussi intenses et passionnantes alors que je ne suis qu’un simple citoyen engagé ? Qui aurait prédit que j’allais me retrouver – avec un certain succès – sur une scène de théâtre à donner une réplique aussi naïve que ciblée lors d’un spectacle mêlé de chansons, d’humour et d’engagement ? Qui aurait pu croire que tant d’êtres aimés comploteraient pour m’imposer à l’insu de mon plein gré des retrouvailles magiques et bouleversantes ? Qui aurait cru que toutes ces surprises aussi étonnantes qu’inattendues allaient me donner une énergie insoupçonnée et un dynamisme dont moi-même ne me croyais plus capable ?

De tout cela, c’est ce que je retiens. Moi qui préfère tout prévoir et tout maîtriser, je me retrouve depuis quelques années dans des situations où je ne maîtrise pas grand-chose. Ce sont ces situations qui me font grandir. Elles me permettent d’aller au-delà de moi-même et de transfigurer ma vie. Moi qui rêve de donner quelques lumières là où l’obscurité s’impose, je découvre la lumière qui s’impose à moi, qui m’élance au-delà de toutes mes propres limites.

On n'est jamais que ce qu'on est, que ce qu'on naît. On est. Plus que jamais, il suffit d'une étincelle pour que la vie s'embrase !

jeudi 21 septembre 2023

Invisible lumière

 
2020©Philippe Degobert et Adrien Lucca

Pour la première fois depuis que ce blog existe, c’est-à-dire bientôt 17 ans, j’ai été amené à modifier un des 960 billets qui y ont été publiés. J’avais bien changé parfois quelques structures de phrase, quelques mots imprécis, quelques fautes d’orthographe, mais c’était de ma propre initiative et sans grandes conséquences. Ici, j’ai modifié parce que quelqu’un me l’a demandé.

Le billet concerné a été écrit en août 2022 autour d’une citation qui m’avait intéressé. Ayant recherché le texte complet, je m’étais étonné de le voir attribué à deux personnes différentes, dans des versions quasi semblables. Assez rapidement, sur la seule base de l’année de publication des ouvrages concernés, j’en avais conclu que la première version était celle du livre où je l’avais découverte et que la deuxième était donc « empruntée » sans le dire par la personne que je citais. C’est elle qui m’a contacté en me demandant de modifier mon billet.

Ses premières explications ne me satisfaisaient pas vraiment, tout en comprenant qu’elle souhaitait que son nom disparaisse du billet. J’ai donc cherché à en savoir plus, en lui demandant clairement si elle avait emprunté cette citation sans en nommer l’auteur.

Elle m’a répondu qu’effectivement, elle avait « emprunté » ces mots ou cette idée, mais qu’elle ne pouvait les attribuer à un auteur précis puisqu’ils sont issus d’une tradition religieuse millénaire, présente tant dans le Judaïsme que dans l’Islam ou le Christianisme…

S’il y avait quelqu’un qui avait commis une erreur dans cette histoire, c’était bien moi. J’ai trop hâtivement conclu à une forme de plagiat et j’en ai accusé nommément une personne (même si je n’avais pas utilisé le terme très dur de « plagiat »). Je n’oserais pas l’affirmer parce que je ne me souviens pas de tout, mais je crois que c’est le seul billet de mon blog où j’ai accusé une personne précise en la nommant ! Cette accusation étant de plus inexacte, c’est ce qu’on appelle de la diffamation ! Heureusement, la personne concernée est d’une grande bienveillance et il m’a suffi de modifier mon texte pour assainir la situation.

Au-delà de cette dimension factuelle, quelle leçon de vie ! L’objectif de ce blog Réverbères est clairement de contribuer à faire naître un peu de lumière, même et surtout quand la nuit est profonde. Au contraire de celle-ci, la lumière devrait toujours rester invisible pour justement rendre visible les éléments qu’elle éclaire. Je l’avais oublié et j’espère toujours m’en souvenir désormais.

vendredi 18 août 2023

Singes éducatifs

 
FMG©2023

Le plus difficile fut de trouver cette plaine de jeux, au Zoet Water. Théoriquement proche et facilement accessible, des indications de travaux troublèrent notre périple. Nous nous apprêtions à partir bredouilles lorsqu’Alexis attira mon attention : la plaine était bien là. Bel endroit, où seule une dizaine de personnes profitait des différents agrès, dont un grand « parcours du combattant ».

Mes petits-enfants l’explorèrent avec délice. Je les laissai se débrouiller, ce qu’ils faisaient très bien. Très rapidement, j’ai constaté qu’Alexis, 10 ans, veillait à ce que sa sœur Elise, 7 ans, franchisse bien les différents obstacles. « Veiller », cela signifiait simplement lui montrer comment il faisait et l’inviter à faire de même, à sa manière. Du style : « Regarde, je le fais, donc tu peux le faire… ». Et Elise l’a fait. Tout le parcours. À sa manière. En confiance.

Parmi les quelques autres personnes, il y avait un autre grand-père avec ses deux petits-enfants : une fille un peu plus âgée qu’Alexis et un garçon de l’âge d’Elise. Ce grand-père, contrairement à moi, était digne de confiance : il s’occupait directement de ses petits-enfants au lieu de se contenter de les observer de loin. Par exemple, pour ce petit pont de singe, il soutenait son petit-fils. Je veux dire qu’il l’entourait de ses mains pour qu’il ne tombe pas. Résultat : l’enfant n’a pas pu franchir le pont, son pied a raté la corde, il a lâché ses mains et leur parcours s’est arrêté là.

Racontant l’histoire à ma fille Anaïs, la maman, elle me dit : « En même temps, on a deux petits singes plutôt habiles... Ça aide à lâcher prise, par rapport à d'autres enfants peut-être plus gauches ». Je lui ai répondu : « La bonne question est : pourquoi sont-ils plus gauches ? »

Il n’y a pas de secret. Les enfants prennent les risques que leurs (grands-)parents leur laissent prendre en toute confiance. Si on leur dit, depuis leur plus jeune âge, « Attention, tu vas tomber », ils apprennent juste à tomber, la plupart du temps à mal tomber ! Si on les regarde, confiants tout en restant attentifs, ils… tombent… moins souvent. Surtout, ils apprennent la confiance : celle qu’on a en eux et donc celle qu’ils peuvent avoir en eux. Ça ne permet pas à tous de devenir des « petits singes plutôt habiles », mais au moins, on leur dit et leur fait sentir qu’ils peuvent le faire.

En anglais, ça se dit « Yes, you can ». Il n’y a pas de secret.

dimanche 25 juin 2023

La virgule

 

Page extraite du livre que je lis pour le moment : Les lisières, d’Olivier Adam. Sorti en 2012, ce roman était promis au Prix Goncourt. Mais voilà, il ne figurait même pas sur la première liste des livres sélectionnés ! C’est peut-être à cause de la virgule. Dans ces dix lignes, prises quasiment au hasard, il y a – selon moi – au moins six virgules qui manquent. Et ça m’énerve.
 
C’est le premier livre que je lis de cet auteur. Je suis donc incapable de dire si c’est une manie dans son style, un choix délibéré constant, une volonté d’allonger les phrases, etc. Pour moi, tant dans mes travaux d’écriture que de relecture, j’ai toujours fait très attention aux virgules. À leur présence. À leur place. Au sens qu’elles apportent au texte. Ce n’est pas juste un signe de ponctuation qu’on met parfois, quand on en a envie. C’est un élément constitutif du langage écrit français qui est « utile à la juxtaposition, à la coordination et à la subordination ainsi qu’à l’encadrement et au détachement de groupes et de phrases ». Ce n’est pas moi qui le dis, mais le site Alloprof qui y consacre une excellente page faisant le tour de cette petite virgule.
 
L’exemple le plus classique est la phrase « On mange, les enfants » qui pourrait s’écrire « On mange les enfants » où l’on passe d’un repas convivial à celui d’une ribambelle d’ogres. Il est possible de trouver des exemples plus complexes : « L’extra-terrestre arrive dans le jardin un pistolet à la main la tête haute je l’attends debout derrière la porte mon mari se cache en tremblant de peur l’étranger phosphorescent pousse la porte sans crainte je m’avance un tir un cri et tout est fini ». Qui est dans le jardin ? Qui est armé ?. Qui est derrière la porte ? Qui a peur ? Qui n’a pas peur ? Qui tire et qui crie ? Pour répondre à ces questions il faut obligatoirement ponctuer convenablement le texte. Et savoir de plus, si on est en Belgique ou ailleurs…
 
Bref, une virgule, ça n’a l’air de rien, mais elle a son importance ! Alors, parfois, on peut discuter si on en met une ou pas. Par exemple, dans la phrase précédente, il faut une virgule devant « mais », comme il le faut toujours devant les coordonnants tels que mais, c'est-à-dire, donc, car, alors, puis, etc. Ça se discute cependant. Je n’en fais plus une religion. Tout en continuant à penser que placer une virgule rythme le texte et permet d’en faciliter la lecture.
 
Sans jamais oublier, comme a dit l’autre : « La vie est une série de virgules. Pas de points. »

mardi 11 avril 2023

Les enfants des autres

Il ne m’arrive désormais que très rarement d’aller au cinéma. Les dernières fois où cela s’est passé, c’est au cinéclub de mon village : CinéGrez. Vendredi dernier, je suis allé voir le film Les enfants des autres. Je l’avoue : c’était surtout pour y admirer Virginie Efira qui vient de recevoir le César de la meilleure actrice pour son rôle dans ce film. Que de chemin parcouru depuis que je l’ai vue en 2005 dans le petit théâtre d’Ittre jouer pour la première fois sur scène la pièce de René de Obaldia intitulée Pour ses beaux yeux.
 
Depuis lors, cette femme m’a toujours subjugué. C’est d’ailleurs elle que j’avais en tête lorsque j’ai créé le personnage d’Aline, dans Retour à l’authentique1, mon premier roman choral. Bien loin du stéréotype de ravissante blonde idiote, Virginie Efira crée dans Les enfants des autres un personnage plein de finesse, de sensibilité, d’interrogations.
 
Après la séance, j’ai eu la chance de parler sur le parking avec une voisine plus ou moins proche. En échangeant sur le film et tout ce qu’il signifie, je me suis souvenu qu’il y a plus de quarante ans, j’ai écrit une chanson intitulée « Les enfants des autres ». En ce début des années 80, j’étais instituteur célibataire. J’adorais mon métier dont le sens indispensable transpire d’évidence. Chaque matin, je n’allais pas au taf. J’allais rejoindre « mes enfants » pour cheminer avec eux vers la connaissance et la conscience.
 
Alors, les mots ont glissé d’eux-mêmes sur le papier.

Ce ne sont jamais
Que les enfants des autres
Peut-être les vôtres
Je leur dis « mes… »

C’est ma chanson la plus courte : 18 mots, 69 caractères ! Mais, à l’époque, c’était pour moi peut-être la plus dense, la plus complète, la plus significative. Toute ma vie y était, pleine de sens et d’intensité. Cette chanson toute simple reste pour moi un tournant. Derrière tout le sens qui la porte, il y avait ce sentiment de ne pas faire partie du « collectif de ceux et celles qui ont des enfants », comme le dit si bien Virginie Efira dans le film. Depuis lors, j’ai eu la chance d’avoir à mon tour trois merveilleux enfants et de connaître ce bonheur incroyable – même s’il n’est pas toujours facile – d’être parents, d’être père.
 
L’enregistrement de la chanson a un aspect particulier. Une de mes élèves avait accepté de me prêter sa clarinette pendant 24 heures. Je n’en avais jamais joué avant et je ne l’ai plus fait depuis. Ça vaut ce que ça vaut ! La guitare et la flûte à bec alto sont normalement mieux maîtrisées, mais les moyens d’enregistrement de l’époque ont leur limite : un seul enregistreur à bande avec copies successives pour rajouter les différentes pistes, le tout copié artisanalement sur cassette, avant, bien plus tard, d’être numérisé. Bref, ne tirez pas trop sur le pianiste…

Les enfants des autres

1 GERARD, F.-M., GRIFFON, S., HAUSMAN, J.-M., MAMMERICKX, S., SLINCKX, I. & TASSILE, P., sous la conduite de JOUNIAUX, A. (2018). Retour à l’authentique, Strépy-Bracquegnies : Le Livre en papier. ISBN 978-2-8083-0329-3

mardi 6 décembre 2022

Saint Football

 
Anne Derenne©2016

Les églises sont vides. Les stades de foot sont pleins. Pas besoin de faire un dessin : le foot, c’est la religion d’aujourd’hui. Il en a toutes les caractéristiques (selon Wikipédia) :

  • c’est un ensemble de croyances qui définissent le rapport de l'homme avec le sacré, une reconnaissance par l'être humain d'un principe ou être supérieur (que certains peuvent appeler Dieu, mais qui est appelé ici « ballon rond »). Celui-ci semble d'une nature supérieure à tel point qu’on lui rend un culte ;
  • le foot est un ensemble de pratiques propres à une croyance ou un groupe social, avec un véritable processus d’identité sociale ;
  • le foot se caractérise par l'adhésion à certaines croyances et convictions. En ce sens, il peut être vu comme ce qu’il y a de contraire à la raison et jugé synonyme de superstition.

Finalement, à part la question de l’au-delà, la religion foot est une évidence. Elle a ses grands-messes, ses règles que les fans doivent suivre, ses uniformes et règles vestimentaires, ses célébrations. Ses déconvenues aussi. Tout comme dans les religions « officielles », le supporter d’une équipe se définit par son appartenance au groupe auquel il s’intègre, avec tous les sentiments qui sont liés à cette démarche : de l’adoration de ses idoles jusqu’à la colère, parfois violente, lorsque celles-ci n’apparaissent plus que comme de tristes humains imparfaits dans la défaite.

Ce n’est pas moi qui le dis (mais je le pense et l’écris). Sur le site très sérieux du Soir, un article du 5 décembre m’a poussé à formaliser ce qui me semble une évidence depuis un certain temps. Dans un entretien, le journaliste Pascal Martin interroge Jessica Morton, doctorante en psychologie sociale et de la santé à l’UCLouvain sur les réactions des supporters belges après l’élimination des Diables rouges à la Coupe du Monde Qatar 2022. Il titre : « La colère des supporters, c’est l’histoire d’une identité sociale finalement déçue ». Jessica Morton confirme en insistant sur l’aspect émotionnel de l’attachement sportif. Ce qui est troublant, c’est que tout ce que dit la chercheuse pourrait très bien s’appliquer à la religion catholique. En 2022, plus de 5000 Belges ont demandé d’être débaptisés, quatre fois plus qu’en 2020 ! Un ami, impliqué dans une fabrique d’église, m’expliquait que l’assemblée dominicale se réduisait à une dizaine de personnes, en concluant qu’il était dès lors absurde de continuer à fonctionner sur le même mode d’antan. Ceux qui cherchent une communion sacrée ne vont plus à l’église, mais au stade. C’est plus animé, moins moralisateur, mais tout aussi mobilisateur, sans oublier les satisfactions qu’apporte la troisième mi-temps et autres joyeusetés.

Faut-il s’en inquiéter ? Je ne pense pas. L’être humain a le besoin de s’intégrer dans un groupe. Les religions ont souvent joué ce rôle, avec d’ailleurs toutes les dérives qui l’accompagnent. Aujourd’hui, c’est le foot, avec les mêmes dérives. L’important n’est pas, me semble-t-il, de savoir quelle est la « religion » du moment. On ne peut de toute façon rien y faire.

L’important me semble d’éviter les dérives, et ce n’est pas évident. Je respecte fondamentalement une personne qui croit sincèrement en un Dieu, quel qu’il soit, et qui se nourrit de cette foi pour être plus humain. Je respecte aussi un passionné de sport qui prend du plaisir à suivre les exploits de son équipe favorite, et qui en profite pour rencontrer dans la joie d’autres supporters, y compris s’ils supportent d’autres équipes. Le problème, dans un cas comme dans l’autre, c’est quand on en vient à s’opposer, à se croire meilleur, à vouloir imposer sa façon de voir ou de vivre… L’être humain a besoin de passions et de rencontres. Seules celles-ci comptent vraiment !

mercredi 19 octobre 2022

Le hérisson

 
FMG©2022

 
Tout à coup, il était là, en plein milieu de la terrasse. Il n’y était pas dix minutes plus tôt, mais il était là, c’était incontestable. Et plutôt mal en point. De loin, il semblait même ne plus bouger du tout. M’en rapprochant, j’ai non seulement vu les mouches qui l’entouraient, mais aussi qu’il bougeait encore !
 
Moi, les animaux, ce n’est pas vraiment mon affaire, pour ne pas dire que ça fait deux. Bref, j’ai contacté mes enfants pour avoir leurs conseils. Surtout, mon fils venait passer la soirée et m’a dit qu’il s’en occuperait. Ce qu’il fit effectivement. Il semblait à nouveau totalement immobile et nous nous préparions à lui donner une sépulture décente. Mais l’évidence était là, il vivait encore, le bougre, malgré des taches jaunes ou vertes qui ne présageaient rien de bon !
 
Il était tard, mon fils lui a préparé un endroit douillet, protégé des mouches, pour qu’il puisse – pensions-nous – partir en paix. Le lendemain, il était encore recroquevillé sur lui-même, mais respirant clairement.
 
Ma fille se dit alors qu’il était peut-être simplement en train de commencer son hibernation. Remarque pertinente, mais pourquoi viendrait-il se placer en plein milieu de la terrasse ? Et il avait l’air quand même sérieusement mal en point. Les lecteurs qui connaissent les animaux, les hérissons en particulier, sont peut-être en train de se dire : « Mais enfin, qu’est-ce que c’est ces gens qui semblent tout découvrir ? ». Ils auraient raison : notre famille était en train de tout découvrir. Y compris la nécessité d’agir.
 
Ma fille prit contact avec un centre d’accueil des animaux blessés. Ils étaient prêts à l’accueillir. Pour différentes raisons, ce n’était pas possible pour moi de faire le déplacement. Alors, ma fille mit un post sur le groupe FB local. Et miracle, quelqu’un s’est proposé de servir d’ambulancière. Merci à elle. L’opération de sauvetage était vraiment lancée. Arrivé au centre, le hérisson a tout de suite été pris en charge, mais la bénévole a un peu fait la grimace en voyant les œufs de mouche dont il était couvert. Il bougeait quand même encore un petit peu dans la boîte et les professionnels étaient prêts à tout faire pour le remettre sur pattes.
 
L’histoire n’est donc pas totalement terminée et toutes les personnes qu’elle concerne espèrent qu’elle finira bien. Personnellement, ce qui me subjugue le plus, c’est que ce hérisson est venu s’installer en plein milieu de la terrasse. Ce n’est pas vraiment un endroit pour un hérisson. C’est même un espace plutôt redouté où il se retrouve exposé à tous les prédateurs possibles. S’il est venu s’installer là, c’est qu’il venait chercher de l’aide qui ne pouvait venir que de ces géants bizarres qui se déplacent sur deux jambes. Il a trouvé cette aide, même si elle a mis sans doute trop de temps pour s’organiser. Le pauvre hérisson, il ne savait pas chez qui il venait se blottir. Il aurait été chez ma voisine, l’opération de survie aurait été beaucoup plus rapide et sans doute plus efficace. Mais voilà, c’était ma terrasse qu’il a choisie. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’interpelle et m’émeut vachement ! (Euh, « hérissonnement » plutôt !)

PS : Deux jours plus tard, nous avons appris que le petit animal n'a malheureusement pas survécu. Il était trop faible. Au moins, il n'est pas mort seul. Aurait-on pu le sauver si nous avions agi plus rapidement ? On ne le saura jamais. Mais il laissera quand même une trace dans nos cœurs.

mercredi 10 août 2022

Petit éloge de la chanson française

 

Didier Tronchet est décidément un auteur étonnant, prolifique et éclectique. Au départ, c’est un auteur de bandes dessinées, dans les années 1980. Raymond Calbuth et Jean-Claude Tergal. Vous ne connaissez pas ? C’est normal, mais c’est un tort. Et le tort tue. Ces BD, c’est de l’humour noir, mais surtout social. Tronchet met en scène (il le fera au cinéma aussi) des personnages dont la banalité de leur quotidien n’a d’égale que l’absurdité de la société qui la permet.

Bon, je ne vais pas raconter ici toute la vie et l’œuvre de Tronchet. La page Wikipédia qui lui est consacrée fait ça bien mieux que moi (quoique). Et d’ailleurs, j’en ai déjà parlé ici, pour présenter son merveilleux roman graphique relatant sa quête du chanteur perdu, Rémy Bé (alias Jean-Claude Rémy).

Si j’en reparle aujourd’hui, c’est justement grâce à la chanson française. Didier Tronchet est l’excellent auteur d’un ouvrage qui m’a profondément marqué : Petit éloge de la chanson française. Il m’a marqué parce que… j’aurais pu l’écrire moi-même (avec bien moins de talent). Toutes les émotions que l’auteur nous partage dans sa découverte de la chanson française sont quasiment les mêmes que j’ai vécues. Et d’abord, si pas avant tout, ce sentiment permanent d’être un peu en dehors du monde normal. Pensez donc, aimer à en devenir dingue des gens comme Jacques Brel, Maxime Le Forestier, Georges Moustaki, Hugues Aufray, Jean-Michel Caradec, Graeme Allwright, Georges Brassens, Julos Beaucarne, Philippe Chatel, Christophe, Léo Ferré… et bien sûr Jean-Claude Rémy ou bien d’autres encore, ce n’est pas le sort de tout le monde. Mais c’est celui de Tronchet… et le mien. Nous sommes au moins deux !

Vous aurez peut-être remarqué qu’il n’y a pas de femme dans cette liste. Ce n’est pas que Tronchet les ignore. Il parle de certaines d’elles (Jeanne Cherhal, Barbara, Anne Sylvestre…). Mais il lui fallait faire des choix et il les a faits. Si j’étais son éditeur, je me dépêcherais de lui demander un deuxième tome : Petit éloge de la chanson française féminine. Je suis convaincu qu’il ferait cela très bien.

Bref, ce petit livre est un régal. Si vous allez sur le site de l’auteur, vous pourrez découvrir des "playlists" qui permettent de (re)découvrir toutes ces chansons (y compris avec des voix de femmes). Personnellement, j’aurais parlé de listes de lecture, ou listes de jeu ou encore listes de plaisir… mais le monde de la chanson n’est plus tout à fait francophone. Ça ne change rien à la qualité de toutes ces chansons et encore moins à celle de cet ouvrage que je vous conseille vivement, surtout si vous êtes né·e dans les années 1950-60. Ou avant ou après d’ailleurs. La chanson française qui émeut n’a pas d’âge.

lundi 27 juin 2022

Un lutrin artiste

 

Il était une fois un bête lutrin. Il n’avait jamais servi à rien, si ce n’est à « faire le job » : porter des partitions, sans se poser de questions, et puis se laisser replier, ce qui n’est pas une mince affaire, tous ceux qui s’y sont essayés vous le confirmeront. Bref, un lutrin banal, servile, ignorant même la beauté de la musique qu’il avait permis de célébrer.

C’était sans compter un spectacle que quelques passionnés avaient décidé de consacrer à Baudelaire, pour l’amour de la poésie et le plaisir de quelques spectateurs. L’histoire est incongrue et on ne peut certifier que ceux et celles qui la raconteront soient entièrement d'accord ni dignes de confiance. Mais ça se passait en juin 2022, cela n’est pas contestable.

Quelques heures avant la représentation majestueuse dans un cadre exceptionnel, il y eut – banalement – une soi-disant répétition. Un des intervenants n’étant pas sûr d’avoir mémorisé tous les textes somptueux qu’il avait à réciter ou à chanter proposa que ceux-ci soient déposés – banalement – sur ce vieux lutrin qui n’avait d’ailleurs jamais connu que ça durant sa longue vie : porter des partitions ou des textes, sans que personne ne se pose de question !

C’était sans compter la réaction d’une jeune intervenante. Ça ressemblait à quelque chose du genre :
« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un lutrin,
Il faudrait sur-le-champ que je l’envolasse sans fin ! »
Amical : « Mais il doit dégager de mon espace
Dans ma présentation, c'est une vraie menace ! »
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! »
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »

Nous crûmes comprendre que la position de ce lutrin ne seyait guère à la gente demoiselle, qui – il faut bien l’avouer – trouvait son charmant minois caché par le malheureux lutrin qui s’en trouvait désolé !

Ce n’était point le cas de l’intervenant incapable de mémoriser quelques mots baudelairiens et dont le vœu le plus intense à défaut d’être pieux était qu’on ignore ce lutrin obscur qui mettait en valeur – en voleur ? – son incapacité fondamentale…

La discussion fut vive, chacun des six autres intervenants apportant sa propre tirade pour défendre l’innommable. Las, la décision fut prise : ce malheureux lutrin serait transporté de droite à gauche, en fonction des besoins bien malicieux d’une mémoire défaillante.

Nous reprîmes donc le fil de la répétition, apaisé par ce consensus typiquement belge. Au premier voyage du lutrin, transporté avec la meilleure volonté de bien faire de l'intervenant désigné, il y eut un soubresaut ! « Ah, mais non, ce n’est pas là qu’il faut le mettre ! » Une autre intervint « Sa direction n’est pas bonne ! » Sans rien dire, une troisième se leva et vint déplacer le pauvre lutrin pour le déposer on ne sait où ni comment.

Tout le monde éclata de rire. Il fut instantanément décidé que ce lutrin deviendrait acteur de la représentation et que chacun des autres intervenants pourrait y apporter sa version. Des règles d’intervention furent cependant décidées. Question de professionnalisme quand même.

Lors du spectacle, les règles ne furent pas respectées. Mais une seule évidence restera, tant pour les intervenants que pour les spectateurs, ce lutrin minable, sans importance, devint un acteur principal qui fit naître quelques rires sincères. Pour un spectacle basé uniquement sur des textes de Charles Baudelaire, c’était en soi une gageure !

Que retenir de tout cela, pour autant qu’il faille en retenir quelque chose ? Sans aucune arrogance ou afféterie, on peut se dire qu’il suffit parfois de transformer une adversité en jouissance. Cultiver la joie, c’est parfois simplement pouvoir rire de soi-même !

jeudi 21 avril 2022

Ces petits riens qui sont tout

À vrai dire, je ne sais pas de quand date ce carton. La version la plus vraisemblable est que ma chère et tendre l’ait glissé dans ma valise lors d’une des innombrables missions que j’ai faites durant ma carrière professionnelle. Mais, je ne m’en souviens pas. Une autre possibilité, à laquelle j’aime croire, est que Brigitte ait écrit ce petit mot juste avant son départ pour un nième séjour à l’hôpital. Sans doute pas le dernier, il fut tellement inattendu. Et nous ne savions pas – quoiqu’elle le savait peut-être – que c’était le dernier.

Mais peu importe le moment. Aujourd’hui, ce carton est là, sur ma table de nuit, et je le vois chaque soir au moment où je me couche. Ce n’est pas le moment le plus facile de la journée. Se retrouver seul dans ce grand lit, avec cette place vide à côté de moi, a chaque soir un poids émotionnel lourd. Mais il y a ce carton. Qui me donne la force. Brigitte n’a pas écrit « Douce nuit », au singulier. Mais « Douces nuits », au pluriel. Elle savait qu’il y en aurait plusieurs, de nombreuses. Et elle les voulait « douces ». 

Je ne suis pas encore – mais le serais-je jamais ? – à ce stade où on sait bien sûr que l’être aimé est parti pour le grand voyage, au bout du chemin, mais où on l’accepte, où on vit pleinement cette vie qui demeure en se disant qu’elle est unique… même si l’unique n’est plus là. Mais j’ai la chance que, même sans sa présence physique, Brigitte m’accompagne. Elle est partie par la faute d’un cancer du poumon. Elle est partie parce qu’elle a arrêté de respirer, parce qu’elle ne pouvait plus respirer. Aujourd’hui, j’aime à dire que je respire de Brigitte… Et que son souffle est puissant, universel et éternel.

Lorsque je dis que je respire de Brigitte, il y a bien sûr tout le sens spirituel, philosophique et social de la formule. Mais il y a aussi ces petits riens qui sont tout. Je me suis rendu compte que, sans le vouloir, j’agis par mimétisme pour continuer à faire vivre concrètement mon aimée. Elle adorait manger de la soupe. Je n’étais pas enthousiaste. Aujourd’hui, je bois mon bol de soupe quasiment tous les jours. C’est chaque fois un moment important.

Même dans les moments difficiles, nous avons toujours aimé aller dormir au même moment. Mais nous avions des rites d’endormissement différents. Brigitte lisait dans son lit pendant que moi je m’isolais par mon casque musical pour un dernier quart d’heure de plénitude. Un vrai quart d’heure, décidé par le réglage de mon iPod. J’ai souvent constaté que le temps de lecture de Brigitte s’arrêtait quasi en même temps que celui de mon écoute. Et aujourd’hui, lorsque je me mets au lit, je lis. Inconcevable de faire autrement. Et quand j’ai fini, je passe à mon quart d’heure musical.

Ce ne sont que des petits riens, mais ils sont tout, ils font tout. J’ai eu la chance, il y a quelques années, de pouvoir mettre en musique un texte écrit par mon amie Cath. Il ne m’était pas destiné, mais je me suis permis de me l’approprier, car je savais déjà qu’il disait tout. Je l’ai déjà publié il y a longtemps, mais le voici à nouveau, dans toute sa vérité.

Petits riens

 
Tu sais, on n'est que c'qu'on est
La vie passe la vie nous fait
Des quidams au quotidien
Inquiets, agacés d'un rien,
Colère et papier de verre
Pour un p'tit grain de travers
Du sable entre les rouages
Qui nous mine et nous enrage
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.

Tu sais, on n'est que c'qu'on est
La vie glisse et nous défait
Nous démet nos certitudes
Lors des grandes solitudes
Cataclysme, raz-de-marée
La douleur dans la durée
Trie le bon grain de l'ivraie
Une main, une parole vraie
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.

Tu sais, on est ce qu'on est
La vie va et nous remet
Debout, sereins et lucides
Nus et humbles mais solides
Prêts à s'étonner d'un rien,
À saisir la joie qui vient
D'un matin clair, d'une lumière
D'un plaisir qui nous est cher
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.

Tu vois, on est ce qu'on est
La vie rit, la vie nous met
Un éclat dans le regard
Pour une rencontre, un hasard
Un autre humain qui t'émeut
Qui te touche te rend heureux
Des grains d'ambre et de lumière
Rires complices et joie claire
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.


Paroles : Catherine Poret
Musique et interprétation : François-Marie Gerard
09 2008

mercredi 15 décembre 2021

Des signes…

Je suis sans doute en train de vivre les moments les plus intenses de ma vie. Ma femme Brigitte nous a quittés ce dimanche pour le grand voyage, après un an de souffrance face à cette merde de cancer du poumon. Elle n’a jamais fumé la moindre cigarette (ni le moindre joint), avait une hygiène de vie irréprochable, notamment sur le plan alimentaire. Mais voilà, ça lui est tombé dessus. Elle est restée égale à elle-même (et plus encore) : battante, positive, révoltée, confiante, sans jamais se plaindre de quoi que ce soit (sauf de cette injustice flagrante).

Les faits sont là, et ils ne sont évidemment pas faciles à vivre. En plus, il y a les « signes ». En soi, je n’y crois pas trop, mais force m’est de constater qu’ils sont là.

Tout d’abord, et ce n’est pas le moindre, Brigitte est partie le jour de mon anniversaire. Ça ne facilite pas les choses évidemment. Mais pour moi, c’est son ultime cadeau ! Désormais, elle ne souffre plus. Je ne sais pas si elle respire pleinement quelque part, mais elle ne souffre plus. Et ça, c’est un soulagement immense. Merci pour ce cadeau.

Samedi, nous avons passé avec elle une journée intense. Dure, mais remplie d’amour. Brigitte était tout à fait lucide. C’est elle qui nous donnait les instructions pour la suite. Je crois qu’elle se remplissait aussi de notre amour qui lui permettait de continuer à respirer même si ça devenait de plus en plus difficile. Elle a fini par s’endormir, sereine. Je l’ai veillée longtemps, je lui ai encore dit tout ce que j’avais à dire, et puis je suis rentré.

Pendant la nuit, j’ai téléphoné pour avoir des nouvelles. Ça allait, enfin, si on peut dire… Le matin, après une tasse de café, je me suis mis en chemin pour la rejoindre. Il suffit de pousser sur le bouton Start pour faire démarrer ma voiture, achetée récemment. Quand je l’ai fait, la voiture m’a répondu « Télécommande non détectée. Approchez la clé du bouton Start ». Elle ne m’avait jamais fait ça (et ne l’a plus fait depuis). J’ai dû m’y reprendre à deux fois. Cela veut dire que par deux fois, ma « clé télécommandée » a donné un baiser à ce foutu bouton Start pour m’autoriser à démarrer. Un peu plus d’un quart d’heure plus tard, j’arrivais dans la chambre de Brigitte. Elle était partie. Je l’ai embrassée une dernière fois, suis resté seul quelques instants avec elle, puis suis allé prévenir l’infirmière que c’était fini. Elle a été stupéfaite, m’a dit qu’elle l’avait vue un quart d’heure auparavant. Croyez ce que vous voulez, mais pour moi, il est clair que Brigitte a commencé son ultime voyage au moment où j’ai cherché à démarrer. Ce baiser entre télécommande et bouton Start, c’était le dernier acte d’amour qu’elle me donnait. Merci pour ce cadeau.

Ce n’était pas le dernier « signe ». Nous avons déménagé il y a cinq ans, en arrivant dans une commune extraordinaire. Tous les deux, nous nous y sommes engagés pour y être des citoyens actifs et responsables. Chacun à sa manière et selon nos spécificités, mais en parfaite harmonie et communion. Nous partagions souvent à propos de nos engagements respectifs, parfaitement complices dans ces actions pas toujours faciles. C’était devenu une dimension fondamentale de notre amour : agir concrètement ensemble pour une société meilleure, plus solidaire et plus démocratique. Dimanche soir, événement improbable : l’éclairage public de toute la commune tombe en panne. Pas de problèmes pour les maisons. Mais le noir total dans les rues. L’évidence m’est apparue clairement : une lumière s’était éteinte le matin, et toutes les lumières de notre commune s’associaient en hommage à cette nouvelle étoile qui brille désormais au firmament. Merci pour ce cadeau.

Même si ma tête est souvent remplie d’étoiles, je me sens plutôt quelqu’un de rationnel. J’analyse, je m’informe, je critique, je doute… Mais j’ai aussi appris que les « signes » peuvent s’imposer et qu’il faut pouvoir les lire. Je n’oserais jamais affirmer que les associations que j’ai décrites ici sont la stricte vérité. Les événements sont tous réels. Les liens que j’établis sont dictés par le sens que je veux bien y mettre. Mais quand les « signes » se répètent et se multiplient – il y en a d’autres dont je ne parle pas ici – on ne peut, je ne peux que me dire qu’ils sont là, avec tout le sens qu’ils portent en eux. Et qu’ils sont porteurs eux-mêmes. Et qu’il est bon de se sentir porté.

jeudi 11 novembre 2021

Transmettre la mémoire… pour vivre


FMG © 2021

Il faut bien l’avouer : je n’aurais jamais pensé, il y a quelques années encore, assister à une cérémonie de commémoration du 11 novembre 1918. Je n’ai pas beaucoup d’attirance pour le passé et encore moins pour les guerres passées qui n’auraient jamais dû avoir lieu.

Ce matin, j’ai assisté avec émotion à l’hommage qui a été rendu dans mon village, Archennes. Je ne suis toujours pas attiré par le passé et ses guerres, mais deux éléments m’ont amené à me dire que ma place était là.

D’une part, mon père – même s’il n’est plus là physiquement – m’accompagne dans ma vie quotidienne. Il était né durant cette grande guerre et n’en a sans doute pas vraiment ressenti toute la barbarie. Mais lors de la suivante, dès les premiers jours d'invasion de la Belgique, il devint prisonnier de guerre, en captivité pour cinq ans de sa vie. Il n’en parla jamais beaucoup, mais depuis sa mort, à 98 ans, j’ai pris encore plus conscience du poids de ces stupidités guerrières. Ceux et celles qui les ont vécues, de près ou de loin, avec une jeunesse bousillée, voire définitivement disparue, ont bien droit à tout notre respect et notre souvenir. Pour la plupart, ils ou elles n’ont rien demandé. Mais ils se sont retrouvés dans un engrenage monstrueux qui, parfois, leur a pris leur vie, bêtement, sans seconde chance…

D’autre part, l’engagement citoyen que permet mon changement, il y a cinq ans, de région linguistique m’aide à mieux comprendre ce que signifie la mémoire citoyenne. Il ne s’agit pas de glorifier qui que ce soit dans le fatras des bêtises humaines. Il s’agit seulement de ne pas oublier. Et peut-être de revivre un peu, juste par le souvenir, les derniers moments de ces personnes qui fondamentalement ne demandaient qu’une chose : vivre libre.

Lors de la cérémonie de ce matin, après le (court) discours de circonstance de Thierry, porteur du drapeau du souvenir, il y avait deux gerbes de fleurs à déposer devant le monument. La première le fut, logiquement, par le bourgmestre. Pour la seconde, Thierry, maître de cérémonie, invita un enfant qui y assistait avec sa maman, à venir faire ce geste simple. Par cette invitation spontanée, Thierry a donné tout son sens à ce moment. Il s’agit bien de transmettre la mémoire, de garder vivants ces citoyens – nos parents, nos grands-parents, ceux de nos voisin·es… – qui se sont retrouvés dans une situation que personne ne souhaite vivre, mais qu’ils ont assumée. Sans doute avec plus de peur que de courage.

Il n’y a pas de plus grand courage que d’avoir peur de mourir pour ceux et celles qui restent. Il est important que les enfants et les jeunes le sachent et ne l’oublient pas. L’ennemi qui les attaquera n’aura peut-être pas un fusil en mains. Dans cette guerre climatique mondiale, il sera invisible. Certains de nos enfants et de nos jeunes y laisseront sans doute aussi leur vie, sans l’avoir demandé, sans même savoir si cela permettra aux autres humains de continuer à vivre libres. Au moment où la COP26 se termine, avec des effluves nauséabonds d’échec, voir un enfant fleurir ce monument aux morts m’a permis de respirer un parfum – tout aussi éphémère que fondamental – de liberté, d’espoir, de vie.

dimanche 7 novembre 2021

Derrière la saleté


FMG © 2021

La vie est loin d’être un long fleuve tranquille. En réalité, la plupart du temps, on est dans la saleté, de près ou de loin. Il est parfois possible d’utiliser un aspirateur. Ce sont des appareils qui n’arrêtent pas de se perfectionner et qui sont de plus en plus autonomes. Il suffirait donc de leur laisser faire leur job, mais il faut encore leur dire de le faire et surtout les vider de cette saleté simplement déplacée. Et cette souillure prend elle-même tant de formes différentes…

Elle s’immisce là où elle peut, sans trop se poser de questions. Quand elle n’est que poussière externe, ce n’est pas trop grave. Mais lorsque c’est notre corps qui en devient l’hôte, c’est une autre question. Et les aspirateurs, aussi performants qu’ils soient, ne peuvent pas toujours être d’une grande aide.

Prenons mes pieds. Comme écrivait Prévert, dans son poème « Dans ma maison » :

C'est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là, ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique, ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Faut être bête comme l'homme l'est si souvent pour dire des choses aussi bêtes
Que "bête comme ses pieds", "gai comme un pinson"…

On ne peut pas marcher sans eux non plus. Depuis plus de dix ans, à chaque pas que je fais, j’ai mal. Mal à la plante des pieds. J’ai mal quand je marche, mais aussi quand je ne marche pas. Je suis bien sûr allé voir l’un ou l’autre podologue. Je porte des semelles dont je ne peux plus me passer, mais qui pourtant ne sont jamais parvenues à régler mon problème. J’ai fait de la kiné, mais sans plus de succès. Depuis le temps, je me suis fait une raison. Ça ne m’empêche pas de marcher et de faire des balades à défaut de ballades. Ça fait mal, mais – derrière la saleté – il y a les lumières qui éclairent toujours le chemin de manière sans cesse renouvelée.

Mon problème de pieds me pourrit la vie, mais il n’est de toute évidence qu’un détail, qu’un simple désagrément. Je suis bien placé pour le dire : il y a des saletés bien plus sournoises que ces pépins qui picotent ma base corporelle.

Ces saletés-là ne se posent pas plus de questions que la crasse usuelle. Elles s’installent sans qu’on leur demande ni qu’on les y autorise et pénètrent dans toute ouverture qui s’offre à elles. Sans qu’on puisse y faire grand-chose. Aspirer, inspirer, transpirer, respirer…

Et pourtant, derrière toute cette saleté, il y a des lumières auxquelles on ne s’attend pas, il y a des découvertes qui rapprochent, il y a des forces qui alimentent la vie, il y a des étincelles qui permettent de croire qu’un demain reste possible. Il faut juste regarder…

Il nous faut regarder
Ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle
Le bateau qui revient.

(Jacques Brel)