samedi 20 février 2021

Porte ouverte

 


FMG©2021

Cette photo d’une porte ouverte de mon bureau vers le jardin est d’une banalité affligeante ! Et pourtant ! Quelle force, quelle vie !

Pour la première fois depuis très longtemps, cette porte est ouverte et reste ouverte. Elle refroidit sans doute un peu la chaleur de mon bureau, mais elle apporte la vie, le chant des oiseaux, la lumière de l’accueil, la beauté de l’Arbre de vie !

De tout temps, la fin du mois de février et le début du mois de mars ont toujours été pour moi les périodes les plus difficiles de l’année. Celles où l’on se demande si l’hiver va se terminer, avec toute sa froideur, sa rigueur, sa désolation.

Alors, quand un bout de printemps pointe le bout de son nez, quel bonheur ! Ce mouvement chaleureux survenant seulement quelques heures après la vague de froid n’a que plus de valeur. Nous sommes en plein dérèglement. Il n’est pas « normal » d’ouvrir grande une porte extérieure un 20 février. Mais parfois, rien que pour le plaisir du moment présent, on ouvre et on respire…

S’il suffisait d’ouvrir une porte pour sauver le monde et célébrer la vie, je vous jure que je l’ouvrirais et plus encore… Celle-ci n’a pas cette ambition, mais elle éclate de sa naïveté lumineuse.

Notamment pour vous, Luc et Guy. Vous êtes avec moi dans mon bureau de lumière.

lundi 15 février 2021

Art religieux ?

 

S’il est bien des artistes que j’admire, ce sont les prêtres. Je ne sais pas trop comment ils parviennent à susciter un enthousiasme et une fidélité absolues auprès de leurs fans. Ils parviennent à les réunir toutes les semaines, dans des endroits pas toujours bien chauffés, où les sièges sont loin d’être confortables et où la ferveur des fidèles n’a d’égale que la banalité avec laquelle le message artistique est diffusé. Pas vraiment de magie, mais un enthousiasme constant des spectateurs.

Il doit y avoir un secret que ces artistes se refilent d’année en année, plutôt même de siècle en siècle. Comment expliquer autrement que la même mise en scène sans aucune surprise attire depuis si longtemps des milliers de spectateurs, et cela dans le monde entier ? Il faut vraiment que ces artistes soient des génies.

Nos autorités publiques ont d’ailleurs bien identifié cet art extraordinaire qui attire des foules disparates. Alors qu’avec cette foutue pandémie du coronavirus, on ne peut nulle part se réunir à plus de trois ou quatre personnes, les prêtres (et autres pandores religieux) ont obtenu cet incroyable privilège de pouvoir réunir semaine après semaine une quinzaine de personnes dans leurs édifices magiques. À vrai dire, je ne comprends pas très bien cette limite à quinze personnes tant les dits édifices sont parfois grandioses et qu’on pourrait y accueillir sans problème, pour certains d’entre eux, plus d’une centaine d’aficionados sans les mettre en péril.

Mes mots ci-dessus « la même mise en scène sans aucune surprise » sont clairement à nuancer. Depuis longtemps, la musique accompagne cette mise en scène. Les plus grands compositeurs – Bach, Mozart, Beethoven, etc. – l’ont bien compris et ont créé des musiques éternelles pour accompagner les artistes-prêtres. Et dans les cérémonies actuelles limitées à 15 personnes, la musique est la plupart du temps bien présente. Le moins qu’on puisse dire est que cela aide les artistes à maintenir l’écoute et la participation des spectateurs. C’est le miracle musical, semaine après semaine.

Hier, 14 février 2020, à l’Église de Crupet, un artiste a voulu célébrer cet art universel en invitant une quinzaine de spectateurs à vibrer avec lui. La police s'est sentie obligée d'arrêter très rapidement la cérémonie, cela en flagrante contradiction avec les arrêtés qui autorisent ces cérémonies en ces lieux. Le célébrant était seul sur « scène » avec 15 personnes masquées, à distances, éparpillées dans l’église. Mais voilà, la seule différence par rapport à d’autres offices, c’est que celui-ci avait été rebaptisé « concert » et que le célébrant était Quentin Dujardin, guitariste de son état.

Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

samedi 6 février 2021

Où va-t-on ?



FMG©2021

Après quatre années de bons et loyaux services – c’est-à-dire n’avoir servi à strictement rien – les piles d’un détecteur de fumée ont manifesté dans un dernier acte de bravoure qu’elles étaient en fin de vie. Il suffisait donc de les remplacer. Modèle CR2450, pas standard, ce serait trop facile.

Mais enfin, ça se trouve, dans le magasin de bricolage le plus proche. Verdict : 9,99 EUR pour 2 piles. Il m’en faut trois ! Je m’apprête donc à payer 19,98 EUR et à me retrouver avec une pile dont je n’ai que faire. Éclair de génie : et si j’allais voir au rayon « détecteurs de fumée ».

Effectivement, j’en trouve un à 9,99 EUR qui me promet cinq années de fonctionnement ! Après quelques instants d’hésitation – c’est ridicule d’acheter un nouvel appareil pour en remplacer un autre qui fonctionne très bien – je me décide quand même. À la caisse, je constate qu’en plus j’ai droit à 25% de réduction pour promouvoir les appareils de détection (information inscrite en néerlandais, on se demande pourquoi, mais qu’importe…). De retour à la maison, je constate qu’en réalité il s’agit d’un appareil en tout point identique au précédent (ce qui m’évite en plus de devoir dévisser et revisser le support) !

Bref, j’ai payé 7,49 EUR pour un nouvel appareil avec de nouvelles piles garanties 5 ans plutôt que les 19,98 EUR pour des piles de remplacement, soit 62,5% en moins ! Certes, je ne me retrouve pas avec une pile neuve inutile, mais c’est un véritable scandale ! Il est inacceptable que l’achat d’un nouvel appareil soit économiquement parlant préférable au remplacement des piles. C’est inacceptable pour la plupart des personnes dans le même cas qui ne penseront pas à aller voir ce qui se passe au rayon des détecteurs. C’est inacceptable d’un point de vue écologique puisque, même en apportant l’ancien appareil en excellent état à la déchetterie, il n’y aura pas grand-chose qui sera recyclé, pour autant qu’ils prennent le temps de le faire, ce qui serait en réalité absurde dans une analyse bénéfice/coût.

Certes, j’ai « gagné » 12,49 EUR, mais je n’ai jamais autant râlé ! Mais où va-t-on ?
 

mardi 26 janvier 2021

Les charmes du virtuel


Un chanteur que j’apprécie beaucoup, non seulement pour ses talents d’auteur-compositeur-interprète, mais aussi pour ses qualités d’être humain, s’apprête à sortir l’enregistrement, en version voix-guitare, d’environ 80 chansons. Nicolas Peyrac (pour ne pas le nommer) a profité du confinement pour ressortir des placards des chansons déjà enregistrées, parfois il y a longtemps, et les a gravées dans la mémoire de son iPhone, en les partageant sur les réseaux sociaux, pour le plus grand plaisir de nombreux passionnés. La matière et la demande étaient là. Il suffisait de mastériser les morceaux et de les mettre sur… un clé USB style carte de banque. C’est là que ma réflexion commence.

Suivant l’annonce de la nouvelle sur sa page, un commentaire est apparu : « Ça me désole que l'on arrive à ces supports qui ne ressemblent à rien, mais il faut vivre avec son temps, adieu Cd, vinyles… ». Je respecte complètement cet avis, mais j’avoue qu’il ne me concerne plus du tout. Il y a longtemps que je n’écoute plus de la musique qu’à travers les fichiers contenus dans mon iPod. Celui-ci contient aujourd’hui plus de 30 000 morceaux, écoutés systématiquement selon une méthode aléatoire qui m’est propre et qui a évolué depuis 2007. La musique – celle que j’écoute du moins, à l’inverse de celle que je joue – n’a pour moi plus rien de matériel. Seule elle m’importe, dans sa musicalité.

Cette dématérialisation ne concerne pas que la musique. J’avoue ne plus être fort intéressé par tout ce qui est matériel : les cadeaux, les voitures, les appareils de toute sorte… tout en appréciant bien sûr l’intention derrière les cadeaux, les déplacements derrière les voitures, les services rendus par les appareils de toute sorte… Il y a aussi un certain temps que je n’utilise plus d’argent liquide, ayant toute confiance dans l’argent électronique, y compris « sans contact ». Ces périodes de confinement m’auront aussi permis d’apprécier les relations virtuelles. Elles ne remplacent bien sûr pas un bon contact direct et physique, mais elles offrent des possibilités parfois magiques d’être en contact lorsque les circonstances matérielles ne le permettraient pas en temps normal, avec aussi de nombreux gains en termes de temps et de déplacement.

Finalement, il y a deux grands domaines où la matérialité des choses m’intéresse encore au plus haut point : avant tout, bien sûr, la nourriture et la boisson. J’imagine bien que celles-ci auront également des développements immatériels, mais en attendant j’en jouis à juste titre. Le deuxième domaine concerne les livres, en particulier les bandes dessinées. Les moyens de lecture virtuels existent, mais ils ne m’intéressent pas du tout. Je lis bien sûr énormément d’informations virtuelles, mais je n’imagine pas un seul instant lire une BD sur un écran quelconque. Non, là, il me faut l’objet bien en mains, le sentir, le toucher, le caresser, en tourner les pages en m’imprégnant de leur grammage ou de leur finition…

Tout cela pour dire – comme Philibert-Joseph Le Roux – qu’au bout du compte, tous les goûts – virtuels ou non – sont dans la nature. Il n’est pas toujours facile de comprendre pourquoi l’autre ne ressent pas la même chose, s’attache à des éléments différents, vit autrement le même événement. N’est-ce pas en fait juste le résultat de différences purement… virtuelles ?