samedi 15 mars 2014

Vingt chômeurs sur deux ne trouvent pas d’emploi

Selon le dernier rapport de l’Onem consacré à l’activation de la recherche d’emploi, en 2013, seuls 53 % des chômeurs convoqués à des entretiens ont fait des efforts suffisants de recherche d’emploi. Conclusion pour les autres : évaluation négative pouvant déboucher sur l’exclusion des allocations de chômage.

Il faut un sacré courage pour être chômeur ! Non seulement cette situation ne donne aucun sens à la vie, mais de plus, il faut – dans l’immense majorité des cas – se voir opposer une fin de non-recevoir aux multiples demandes de travail. Ce n’est lié ni à une soi-disant démotivation du chômeur, ni à l’absence de ses compétences. Si les employeurs répondent – quand ils répondent ! – négativement, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’emploi à proposer. Ou alors, s’ils en ont un, qu’il y a au moins 20 candidatures pour cet emploi, alors que celui-ci est bel et bien unique. Il ne faut pas se leurrer : si des personnes restent aujourd’hui au chômage, c’est essentiellement et avant tout parce qu’il n’y a pas d’emploi pour eux.

Dans ce contexte, le rôle de l’Onem et de ses agents n’est pas des plus reluisants. Il est évident que l’Onem doit exercer un certain contrôle. On peut imaginer qu’il y ait des chômeurs fainéants, même s’il me semble difficile de croire que des personnes puissent volontairement se contenter de ne toucher qu’une maigre allocation de chômage leur permettant à peine de payer un loyer, les factures indispensables et de survivre pour le reste. On peut aussi imaginer qu’il y ait des abuseurs, touchant la maigre allocation tout en travaillant au noir. Il y en a certainement et il faut les débusquer. Mais le contrôle de l’Onem vise-t-il vraiment ces abuseurs ?

Ceux qu’il concerne sont plutôt les chômeurs lambda. Ceux qui aimeraient bien trouver un travail décent, correspondant à leurs compétences. Mais qui n’en trouvent pas simplement parce qu’il n’y en a pas.

Ceux-là se voient confrontés à un certain arbitraire de l’Onem. Par exemple, un jeune qui touche une allocation d’insertion est évalué pour les six mois qui précèdent l’entretien. S’il envoie cent candidatures groupées sur quinze jours, il aura une évaluation négative. S’il en envoie deux par semaine, elle sera positive. Uniquement parce qu’il a été décidé qu’il fallait au moins deux candidatures par semaine. Un autre exemple, mis en évidence par Pedro Rodriguez, responsable national des Travailleurs sans emploi (TSE) de la CSC, est que le Forem – chargé de l’accompagnement et de la formation des demandeurs d’emploi – les incite à chercher de l’emploi en dehors de leur profil précis, même s’ils n’ont pas toutes les caractéristiques requises pour l’emploi envisagé. Mais l’Onem, obsédé par son rôle de contrôleur, rejette ces offres d’emploi qui sortent du profil du chômeur, avec la possibilité de retomber en dessous du quota d’offres exigé et avoir une évaluation négative.

Qu’il y ait un processus d’évaluation, on peut l’admettre. Mais celui-ci doit tenir compte de toutes les dimensions de la situation et surtout de la complexité de celle-ci. On ne peut réduire une telle évaluation – avec l’impact qu’elle peut avoir sur la vie des personnes concernées – à une application stricte de règles bureaucratiques. Pour éviter l’inévitable arbitraire qui peut exister dans un tel processus, il faudrait au minimum que toute évaluation négative ne soit délivrée que par un « jury » composé de trois personnes, compétentes et indépendantes, non pas sur la seule base d’un dossier administratif, mais à la suite d’une véritable investigation permettant de bien cerner la position et l’histoire du demandeur d’emploi. L’air de rien, c’est quand même de sa vie sociale et économique – et donc, dans la plupart des cas, de sa vie tout court – dont il est question.

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