lundi 30 juillet 2007

Vent de liberté

Didier Kriebs © 2005

Angelica et sa maman ont été libérées cet après-midi. Elles étaient en train d’être expulsées de Belgique. Irrémédiablement. Un juge a pris une décision contraire. Faut dire qu’elles avaient été ce matin maltraitées par ceux qui étaient chargés de leur expulsion. Dégâts constatés par leur avocate et un médecin, ainsi que par quelques politiciens. Apparemment, le Ministre de l’Intérieur aurait fini par téléphoner au conducteur de la camionnette qui les conduisaient vers les Pays-Bas, avant envol vers l’Équateur, pour dire de faire demi-tour.

Un combat a été gagné. Tant mieux. Ce n’est que justice. Et cela fait comme un vent de liberté.

Mais cette « anecdote » ne résout pas tous les problèmes. Loin de là. Ce soir, il y a encore en Belgique une vingtaine d’enfants enfermés, en voie d’être expulsés. Ainsi qu’un peu moins de 500 adultes. Combien faudra-t-il d’Angelica pour comprendre qu’il y a d’autres voies pour gérer ces situations ? Combien d’expulsés faudra-t-il pour se dire qu’il y a un peu de place pour beaucoup de monde, à défaut de place pour tout le monde ? Combien de maltraités, punis d’avoir simplement voulu vivre un peu plus dignement, faudra-t-il pour créer un peu de fraternité entre tous ceux qui sont simplement des êtres humains ?

Écoute mon ami
Écoute dans le vent
Écoute, la réponse dans le vent.

Combien de routes un garçon doit-il faire
Avant qu'un homme il ne soit ?
Combien l'oiseau doit-il franchir de mers
Avant de s'éloigner du froid ?
Combien de morts un canon peut-il faire
Avant que l'on oublie sa voix ?

Écoute mon ami
Écoute dans le vent
Écoute, la réponse dans le vent.

Combien de fois doit-on lever les yeux
Avant que de voir le soleil ?
Combien d'oreilles faut-il aux malheureux
Avant d'écouter leurs pareils ?
Combien de pleurs faut-il à l'homme heureux
Avant que son cœur ne s'éveille ?

Écoute mon ami
Écoute dans le vent
Écoute, la réponse dans le vent.

Combien d'années faudra-t-il à l'esclave
Avant d'avoir sa liberté ?
Combien de temps un soldat est-il brave
Avant de mourir oublié ?
Combien de mers franchira la colombe
Avant que nous vivions en paix ?

Écoute mon ami
Écoute dans le vent
Écoute, la réponse dans le vent
Écoute, la réponse est dans le vent.

(Blowin' In The Wind, Bob Dylan)

Répulsion de l’expulsion

Massacio © 1426

Ce lundi matin, Angelica et sa maman Ana ont été conduites à l’aéroport de telle sorte qu’elles puissent prendre le vol Bruxelles-Quito via Amsterdam à 18h50. Elles refuseront vraisemblablement de monter dans l’avion et – si la loi est respectée – elles seront alors reconduites au Centre fermé 127bis de Steenokkerzeel. Jusqu’à la prochaine tentative d’expulsion qui sera refusée, et ainsi de suite.

Depuis la nuit des temps, l’expulsion fait partie du destin de l’humanité ! La paradis n’est pas permis, et il ne faut surtout pas laisser croire à quelqu’un qu’il pourrait bénéficier d’un coin de paradis sur cette Terre, ne serait-ce une enfant innocente de 11 ans. Voilà la véritable punition pour cette pomme soi-disant mangée par Eve, la mère de l’humanité : expulsés nous-mêmes, nous sommes – semble-t-il – condamnés à expulser ceux et celles qui viennent goûter un peu de notre bien-être, de notre bien-vivre. Expulsion organisée, légalisée. Question de protéger notre belle société de la vermine qui pourrait pourrir une pomme – toujours elle – qui finirait par pourrir toutes les autres.

Tout cela repose sur l’idée qu’une parcelle de terre appartient à quelqu’un qui s’y trouve dès lors chez lui. Toute personne venant s’y installer devient de ce fait un intrus, une menace, qu’il faut s’empresser d’extirper. Ne sommes-nous pas tous cependant des immigrés ? D’où tiendrait-on un quelconque droit d’être possesseur d’un morceau de terre au point d’en exclure toute autre personne ?

Je ne suis pas naïf : tout le monde ne peut pas venir s’installer dans nos pays n’importe comment. C’est l’évidence même. Sans doute faut-il légiférer, organiser. Mais ne devrait-on pas consacrer plus d’énergie à organiser l’accueil qu’à imposer l’exclusion et l’expulsion ?

En attendant, notre belle Belgique qui a ratifié le 16 décembre 1991 la Convention de l’ONU sur les droits de l’enfant, continue à enfermer et à expulser des enfants, en violation flagrante de ses engagements. Sous prétexte qu’il faut respecter et appliquer la loi. Il est évidemment facile d’appliquer la loi qu’on souhaite appliquer. Nos ministres choisissent d’appliquer celle qui exclut et expulse plutôt que celle qui respecte et accueille. C’est un choix politique. Je ne peux y souscrire.

lundi 23 juillet 2007

Angelica, 11 ans, enfermée en Belgique

DR © 2007

Et pendant ce temps-là, Angelica, 11 ans, est toujours enfermée, détenue au centre fermé 127bis de Steenokkerzeel. Tout simplement parce que ses parents n’ont pas de papiers. Ils n’en ont pas demandé, parce qu’on les aurait déjà chassés depuis longtemps !

Voici ce qu’Angelica a écrit depuis sa cellule, dans une Carte blanche parue dans Le Soir du 18 juillet 2007.

Moi, Angelica Loja Cajamarca, de 11ans, je suis en 5eme année.
Le motif de faire cette carte c’est parce que je veux exprimer le mal que je suis en train de passer mes vacances enfermées.
Je comprends pas pourquoi on me laisse pas sortir dans la rue pour jouer avec mes amis.
Je suis très triste, déjà que le samedi 30 (juin) quand j’allais prendre le bus, le 116 pour Dilbeek, la police nous a demandé des papiers, après ils nous ont contrôlés.
J’avais très peur, j’étais nerveuse parce que la police nous a dit de rentrer dans la voiture, après ils nous avait déclare ( ?), après ils nous ont fait rentrer dans une chambre qui était toute noire et horrible, sans fenêtre, maman elle était très nerveuse. Elle pleurait beaucoup parce que elle voulait sortir, elle avait peur de que la police nous nous ramènent en Equateur et moi j’avais très peur.
Je me sentais mal, je veux voir ma famille parce que en équateur j’ai pas de famille,
Ma famille que j’ai ils sont à Bruxelles
et si je vais en Equateur je dois travailler pour aider maman,
et moi je veux être quelqu’un dans la vie.
Je sais que vous allez me sortir de là avec maman en liberté,
J’ai très peur que on me ramène en Equateur.
Aidez moi s’il vous plait, moi j’ai des amis à l’école,
et mon papa c’est le seul papa que j’ai dans la vie.
Ne me laissez pas sans papa.
Ce matin quand je me suis réveillée, je suis malade, j’ai la fièvre, j’ai mal à la tête, merci de votre compréhension.

Angelica

Angelica et sa mère vivent depuis 4 ans en Belgique, à St-Josse où Angelica va à l’école. Elle passe ses vacances enfermée. Quelle honte !

samedi 21 juillet 2007

Autre chose pour rêver

FMG © 2007

En deux jours, je viens de réaliser deux vieux rêves ! J’ai assisté – pour la première fois – aux concerts de deux des chanteurs que je préfère : Nicolas Peyrac et Yves Simon.

J’aurai mis un certain temps pour réaliser ces rêves ! Je suis passionné par le travail de ces chanteurs depuis un peu plus de 30 ans ! Mais les choses ne se sont jamais mises pour arriver jusqu’à eux. Faut dire qu’Yves Simon a arrêté de chanter sur scène en 1977… et j’ai pu le voir aux Francofolies de Spa lors du deuxième concert qu’il donnait depuis son retour sur scène !

Bizarrement, ces deux chanteurs ont beaucoup de choses en commun. Ils ont bien sûr plus ou moins le même âge, plutôt du côté de Mick Jagger que de Raphaël comme l’annonce avec humour Yves Simon. Mais leur point commun le plus important est que tous les deux sont loin de n’être que des chanteurs. Ils sont d’abord bien sûr auteurs-compositeurs, mais aussi romanciers. Les livres de Simon sont à cet égard plus nombreux et plus connus, mais l’écriture devient de plus en plus importante pour Peyrac. Ils sont aussi tous les deux passionnés de cinéma, en ayant écrit des musiques de films. Ils sont tous les deux journalistes, que ce soit en presse écrite ou pour la radio.Ils ont aussi un passé de randonneurs américains, ce qui nous a valu par exemple les chansons So far away from L.A. pour Peyrac, et J’ai rêvé New York pour Simon.

Ce sont deux chanteurs de « variétés ». Cela signifie que ce qui compte avant tout, c'est l'ambiance générale, l'émotion donnée par le triangle musique-paroles-voix. Mais ils sont tous les deux un peu plus que ça. Leurs textes sont aussi ciselés, avec un style propre. Et avec l’âge, leurs chansons sont de plus en plus engagées, dans la même direction d’ailleurs : la lutte contre le racisme, avec « Ne me parlez pas de couleurs » pour Peyrac (sur l’album Vice-Versa), et « Métisse » pour Yves Simon (sur l’album Rumeurs, à paraître en octobre 2007).

Bref, beaucoup de points communs. J’y ajoute le plaisir qu’ils m’ont apporté tous les deux. Dans des ambiances différentes bien sûr. Le concert de Peyrac s’est donné en plein air, au Festival de Wiltz, devant une belle assistance, mais qui ne remplissait pas toutes les chaises. Pas facile de créer la chaleur dans ces conditions. Le concert de Simon s’est déroulé, lui, dans le petit théâtre du Casino de Spa. La salle était comble et dès l’arrivée de Simon, le public lui faisait une « standing ovation » et n’a pas arrêté d’apprécier – à juste titre – ses chansons anciennes et nouvelles.

Dans tout cela, le plus important pour moi était sans doute de concrétiser enfin ces deux vieux rêves. La chanson, c’est décidément vraiment autre chose pour rêver !

vendredi 20 juillet 2007

Résister aux ténèbres

FMG © 2007

Il y a à Wiltz, au Grand duché de Luxembourg, des jardins. Les jardins de Wiltz. N’espérez pas y trouver Versailles ! Couchés sur la colline, plantations, terrasses, ruisseaux, murs et talus, sentiers et chemins, sculptures et blocs de pierre forment à l'unisson un chef-d'oeuvre vivant de 2,5 ha.

Le plus intéressant est sans doute le projet social que représentent ces jardins. Ils ont en effet été réalisés par une multitude d’acteurs : handicapés, sans emplois, bénévoles, artisans et artistes… Ce n’était pas gagné d’avance : la pente est sévère à cet endroit, le sol est rocailleux et il ne suffit pas de la bonne volonté – ni des fonds de l’Union européenne – pour réussir un projet de cette envergure.

Au cœur des jardins, une obélisque : résister aux ténèbres !
FMG © 2007

C’est bien de cela qu’il s’agit. Là où la nature n’offre que sa dureté, là où la société n’offre que ses exclusions, il s’est trouvé des hommes pour résister aux ténèbres et pour faire de ce champ de roches des jardins où il fait bon se promener, découvrir aux détours des sentiers des fleurs ensoleillées, se laisser noyer par la force d’un noyer ancestral, s’illuminer de tous ces recoins surprenants.

Résister aux ténèbres !

mardi 17 juillet 2007

Majeurs

FMG © 2007

Aujourd’hui, Jérôme, mon plus jeune fils, a 18 ans. Cela signifie que tous mes enfants sont majeurs. Et que moi, je prends un coup de vieux.

Je n’ai pas la naïveté de croire que devenus majeurs, mes enfants ont acquis toute l’autonomie nécessaire pour se prendre entièrement en mains. La majorité légale est une question de responsabilité. Il faut bien qu’on décide d’un moment où un jeune est censé assumer pleinement la responsabilité de ses actes. De mon temps, c’était à 21 ans. Aujourd’hui, c’est 18. Je ne sais si c’est de la nostalgie ou non, mais je pense que la majorité à 21 ans est plus proche de la réalité. Mais, de toute façon, ce n’est qu’un seuil arbitraire, certainement pas valable pour tout le monde.

Cela dit, le principe de la majorité repose sur le postulat qu’un enfant n'est pas responsable... Mais pas responsable de quoi ? Moi, quand je faisais une connerie (et j'en ai fait quelques-unes), il me semble que c'est toujours moi qui en ai assumé les conséquences.

Au bout du compte, ma connerie se retournait contre moi, c'était moi qui étais puni, qui n'avais pas ce que je voulais. Sauf si cela tournait à mon avantage : alors, c'était moi qui en bénéficiais. À ce niveau, enfant ou adulte, rien n'a changé !

Certains diront qu'un enfant n'est pas indépendant, qu'il ne prend pas de décision. Je n'ai pas eu cette impression. Je crois que j'ai toujours été indépendant et que j'ai toujours fait ce que je voulais. Bien sûr, je n'avais pas les moyens matériels d'être indépendant. Mais l'indépendance spirituelle, psychique, celle-là m'a toujours appartenu.

En fait, dès qu'on a quelqu'un en face de soi, qu'il soit enfant, adolescent, jeune ou adulte, on est en face de quelqu'un d'unique, qui fait ses propres choix, même s’il n’en a pas toujours une vue très claire.

N’empêche, avoir tous ses enfants majeurs, c’est une étape. Désormais, ils ne dérangent plus nos nuits en pleurant, mais en créant un peu d’angoisse chez leurs parents qui se demandent où ils sont, ce qu’ils font, vers quoi ils vont.

Bref, les grandes questions de la vie. En tant que parents, ces questions nous turlupinent. En réalité, nos enfants majeurs sont les seuls à pouvoir y répondre… qui sont-ils ? où vont-ils ? que font-ils pour y arriver ?

Que votre route soit bonne et belle, mes enfants.

lundi 16 juillet 2007

Soleil vert

FMG © 2007

Il suffit d’un peu de soleil couchant qui entre dans la forêt pour que la végétation s’illumine de couleurs qu’elle ne connaît pas en temps normal. La verdure devient resplendissante, lumineuse. On croirait y voir un peu du sens de la vie, tourné vers l’indicible.

Ce ne sont sans doute que quelques feuilles sauvages, dont en d’autres temps on rêverait qu’elles soient moins prolixes, mais elles prennent alors un éclat qui fait croire que tout est possible, malgré leur prolifération débridée.

Ce ne sont que quelques rayons d’un soleil, qui finalement est là depuis tellement longtemps qu’on en oublie la plupart du temps qu’il disparaîtra un jour, irrémédiablement et définitivement, dans 5 milliards d’années et quelques.

Ce n’est finalement qu’une lutte entre ces rayons qui veulent pénétrer partout et ces feuilles qui veulent garder fermé leur univers, car elles savent que plus de lumière encore ne ferait qu’accroître leur multiplication effrénée.

Ce n’est que peu de choses, juste un instant. De ces instants qui font la beauté du monde, le sel de la vie et le sens d’une balade.

samedi 14 juillet 2007

Bricolage

Guillaume Pelletier © 2006

Avec le temps des vacances, je trouve un peu de temps pour faire des tas de choses que je laisse traîner le reste du temps. Notamment, de petits bricolages ci et là dans la maison.

C’est assez extraordinaire de pouvoir par quelques gestes, avec un minimum de matériaux et un nombre limité d'outils, résoudre des problèmes pratiques de rangement, d’écoulement, de grincement, etc. Rien de bien particulier, et en tout cas rien qui ne soit au-delà de mes compétences.

Quelles sont les véritables compétences d’un bricoleur ? Bien sûr, il faut savoir faire quelque chose avec ses mains, savoir manier un outil, savoir affiner un geste pour épurer le résultat final… Mais, sans doute parce que ce n’est pas là que je maîtrise le mieux, il me semble que la réelle démarche du bricoleur se trouve dans la réflexion ! Comment, à partir d’une situation problématique, faire pour que le problème n’existe plus ? Cela demande d’analyser la situation et ses différents éléments, d’identifier ses ressources et ses contraintes, d’imaginer une solution encore hypothétique et de planifier les différentes actions qui seront nécessaires pour y arriver en mobilisant tous les moyens nécessaires, que ce soient des ressources – matérielles, financières, humaines et/ou temporelles – ou des stratégies combinant ces ressources. Finalement, le moindre petit bricolage nécessite une véritable gestion de projet.

Celle-ci n’est bien sûr pas toujours structurée. Elle n’est la plupart du temps pas articulée autour d’outils conceptuels sophistiqués. Mais elle est indispensable et donne son véritable sens au bricolage… même s’il arrive évidemment que ce ne soit en réalité que « du bricolage ».

Mais qui a dit que bricoler était une tâche manuelle ?

dimanche 8 juillet 2007

Planifier ou se planter ?

Une des activités importantes dans mon travail – comme dans beaucoup d’autres – est de répondre à des appels d’offre. C’est ainsi qu’on obtient des marchés et qu’on peut réaliser des projets intéressants qui nous permettent de vivre. En soi, je n’aime pas trop ce travail de réalisation d’offres. Je n’ai pas trop l’âme d’un commercial et je ne ressens que peu d’intérêt pour me vendre ou vendre mon travail et/ou celui de mes collègues. Mais qu’on aime ou qu’on n’aime pas, il faut faire ce genre de choses.

Cela se complique pourtant souvent parce que ceux qui lancent l’appel d’offres ne sont pas nécessairement des professionnels de ce genre d’activités ni de la gestion de projets. Or, un appel d’offres, c’est un projet difficile à gérer, notamment dans les aspects de planification. Il faut que l’appel d’offres paraisse au bon moment de telle sorte que la réalisation du projet puisse commencer au moment où elle est nécessaire. La bonne réflexion à avoir est donc de se demander quels objectifs on veut atteindre et à quel moment ils doivent être atteints. Sur cette base, on peut « remonter le temps » en fonction de toutes les opérations à mener afin de voir à quel moment on peut lancer l’appel d’offres pour être le plus efficace. Ça, c’est la théorie, mais dans la pratique, cela ne se passe pas toujours comme ça.

Le plus souvent, du moins dans le domaine où je travaille, les appels d’offre sortent… quand ils sont prêts. C’est même plus sournois que cela. La plupart des projets auxquels nous participons s’inscrivent dans les systèmes éducatifs des pays. Or, s’il y a bien des systèmes régis par le temps, ce sont les systèmes éducatifs, avec un début d’année scolaire et une fin d’année scolaire suivie des vacances scolaires.

Alors, de nombreux appels d’offre sortent des tiroirs de leurs concepteurs afin que les projets puissent commencer plus ou moins avec la rentrée scolaire. La conséquence en est que ces appels d’offre arrivent tous quasiment en même temps sur les bureaux de ceux qui doivent y répondre, à savoir vers la fin du mois de juin. Ça arrange bien les clients : ils lancent leur appel à la fin de leur année scolaire et s’apprêtent à dépouiller les offres un peu avant le début de l’année scolaire suivante. Ça leur laisse le temps de prendre un peu de vacances pendant que les consultants rédigent leur offre. Le problème est alors double : les consultants sont confrontés à une avalanche d’appels d’offre au moment où ils souhaiteraient eux-mêmes avoir un peu de vacances… à moins qu’ils ne soient occupés à travailler sur des projets qui ne peuvent se dérouler que durant les vacances scolaires, sans perturber le travail dans les classes.

Cette réflexion n’a l’air de rien et on pourrait croire qu’elle ne vise qu’à plaider la cause d’un consultant en mal de vacances. En réalité, elle est plus profonde que cela. Car ce qui se passe souvent est que les consultants répondent aux appels d’offre (ils y sont bien obligés), mais ils le font mal parce qu’ils n’ont pas le temps ni la disponibilité de le faire au moment où tous les appels arrivent en même temps. Au bout du compte, ce sont les clients qui sont confrontés à de mauvaises offres. Ou du moins à des offres qui auraient pu être meilleures si elles avaient pu être élaborées à un autre moment (par exemple au début de l’année civile, période traditionnellement plus calme dans mon domaine) et en accordant un peu plus de temps. Cela s’accorderait évidemment moins bien avec les calendriers des clients… mais je suis sûr qu’ils en tireraient profit. Grâce à une planification qui tiendrait compte des nécessités des projets et non pas de leur propre intérêt.

Je prêche ici dans le vide, j’en ai bien conscience. Et l’interrogation principale qui me reste est tout simplement celle-ci : est-ce que quelqu’un n’a pas envie de rédiger une offre à ma place ?

mardi 26 juin 2007

Quand la vie s’enracine

Deux annonces successives d’une future naissance, l’une attendue et espérée, l’autre plus inattendue mais sans doute tout autant espérée. La vie s’enracine.

Cette petite graine a choisi de germer sans que les semeurs s’y attendent vraiment au moment où celle qui aurait été son arrière-arrière-grand-mère décidait de s’en aller. Comme si le relais avait été donné, comme si la vie choisissait de continuer envers et contre tout, comme si les racines de l’amour s’enfonçaient toujours un peu plus dans le sol de la vie.

Ces naissances ne sont pas pour demain… mais la vie est déjà là, présente, envahissante. Cette vie qui change tout. Qui rend tous les rêves possibles, même ceux auxquels on n’a parfois plus trop envie de croire.

Vive la vie. Vivent ses racines. Éternellement et magnifiquement.

dimanche 24 juin 2007

Mal mâle

On peut être fort, bien sûr. Mâle jusqu’au bout des ongles. Mal au plus profond de soi. Et se sentir toujours un peu se noyer.

Il ne faut pas grand chose. Quelques paroles. Quelques insinuations sournoises. Quelques décisions qui vous déresponsabilisent. Et le doute s’installe pour commencer son petit bonhomme de chemin. D’aucuns parleraient de harcèlement moral. Mobbing en anglais. Mais ces mots sont sans doute trop forts.

Cela fait partie de ce sinistre jeu. Ce qui n’est finalement peut-être qu’un peu de stress professionnel, bien nécessaire en réalité pour être performant, peut parfois être interprété de manière plus apocryphe. Alors, l’esprit commence à gamberger, à ne plus tout maîtriser. Et des paroles banales peuvent semer le trouble sans même qu’on s’en rende compte. Lorsque les graines du trouble germent, on se demande d’où viennent ces fleurs maudites, sans qu’on puisse vraiment en reconstituer le parcours. C’est bien là la difficulté : rien n’est sûr en ces moments. Nul ne peut affirmer qu’il y a volonté délibérée ou non de nuire, de creuser un lit de souffrance. Et comme on n’est sûr de rien, on laisse couler… Il y a tant de choses plus importantes ! Quoique !

Ces mots eux-mêmes ne sont qu’un coup de blues - il en fallait un. Existent-ils vraiment ? Sur quoi se fondent-ils de réellement palpable ? Allez savoir ! Ce n’est sans doute qu’une représentation des choses. Faut-il vraiment en tenir compte ?

Le vent soufflera demain.

jeudi 21 juin 2007

Bonjour l’été

Bonhomme

Or donc, nous sommes désormais en été, comme chaque année à la même date. Mais comme il n’y a plus de saisons – ce que chacun sait désormais – on ne peut pas trop savoir ce que nous réservera cet été. La journée d’aujourd’hui a d’ailleurs été hybride : temps couvert mais chaud ce matin, plein soleil avec un peu de vent frais cette après-midi, pluie ce soir avec une chaleur montante…

J’aime bien l’été. C’est la saison du soleil et des nuits étoilées où il fait bon rêver qu’on est dans un autre monde, emporté par une de ces étoiles filantes dont le mois d’août a le secret. En été, les rêves semblent avoir plus de sens, plus d’existence, comme si tout était devenu possible, le temps d’un souffle.

Pourtant, à partir d’aujourd’hui, la longueur des journées va se réduire, inexorablement. Ce sera progressif, bien sûr. Et on ne verra pas tout de suite le changement. Mais le changement est là. Tout comme le changement climatique. Les journées vont raccourcir, et avec elles, la lumière ! Et la lumière qui s’en va, c’est un peu de notre vie qui s’en va, un peu de nos rêves qui s’éteignent.

Voilà bien le paradoxe de l’été : c’est sans doute la saison la plus lumineuse… alors que la lumière commence à s’éteindre ! Mais peut-être est-ce justement là le secret de l’été : le secret du réverbère ! Merci, l’été !

vendredi 15 juin 2007

La rumeur de mauvaise humeur

La rumeur a rarement l’odeur du parfum. Plus souvent, elle pue. Et met de mauvaise humeur celui qui en est la victime.

Comme beaucoup d’autres sans doute, j’avais tendance à croire que la rumeur, ce n’était pas pour moi… ou alors que je ne pouvais qu’en être la victime. Il y a ci et là quelques rumeurs qui ont couru sur moi. Rien de dramatique. Mais c’est toujours frustrant de voir que certaines choses sont interprétées de manière abusive et nauséabonde, et sont ensuite jetées sur la place publique qui n’en fait que ce qu’elle sait faire, à savoir la faire gonfler et s’en pourlécher les babines d’une jouissance malsaine.

Bref, je croyais être au-dessus de tout cela. Un incident m’a ramené à la réalité : un disparu revenant d’on ne sait où alors que – de bonne foi, bien sûr – j’avais contribué à le faire disparaître sur la seule base de la rumeur ! J’avais bien pris toutes mes précautions, mais enfin, si vous diffusez l’information : « il paraît que Paris Hilton n’a pas supporté son séjour en prison et qu’elle a commis l’irréparable », il y en aura plus d’un qui en conclura quelque chose dont il se convaincra lui-même, alors même que cette brave Paris n’a peut-être que laisser tomber l’assiette contenant sa maigre pitance, que l’assiette s’est brisée et que la belle a poussé un cri d’effroi ! (Et surtout ne croyez rien de tout cela : ce n’est que de l’invention, je ne suis même pas sûr que Paris Hilton soit vraiment en prison !).

Quoi qu’il en soit, il suffit aujourd’hui d’écrire une information quelconque quelque part sur Internet, d’y faire – même sans le vouloir – un peu de publicité, et vous pouvez détruire la vie d’un homme (ou d’une femme, dans le cas de cette brave blonde) sans même vous en rendre compte. Internet est un media extraordinaire, mais en mesure-t-on vraiment tous les dangers ? En contrôle-t-on toutes les conséquences ? Qu’y a-t-il de plus sordide que les rumeurs diffusées sur la toile ?

dimanche 10 juin 2007

Papa

Être père. Créer la vie. Pour la libérer, la conduire vers la liberté.

Un père adopte toujours ses enfants. Sa participation physique à leur création est très limitée : une seconde de plaisir face aux 9 mois de portée de la mère et ses quelques heures de souffrance pour la délivrance. Quel gouffre de différence !

Alors, quand l’enfant est là, le père le regarde pour la première fois, il le voit, le sent, le caresse et, un jour peut-être, l’adopte : tu es mon enfant, je suis ton père, nous avons un bout de chemin à faire ensemble vers le bonheur, vers la maîtrise de soi, vers la liberté, vers les autres…

Pour mon père, mais aussi pour tous les pères du monde…

T’avais 25 ans en l’an 40
T’avais rencontré la femme de ta vie
Tu t’apprêtais à la surprendre
À l’emmener en blanc à la mairie
T’avais pas prévu qu’il y aurait la guerre
Que tu partirais défendre ton pays
Pour te retrouver prisonnier de guerre
En captivité 5 ans de ta vie
Pendant tout ce temps il t’a fallu survivre
Continuer à croire aux vertus de l’amour
Veiller à ne pas partir à la dérive
Pour exister le jour du grand retour

Et t’es revenu pour épouser ta belle
Faire comme si rien ne s’était passé
T’as fait des enfants en restant fidèle
À celle dont l’amour avait pu te conserver
C’est en silence que tu as encaissé
De voir ton fils devenir immobile
Réduit à rester à jamais allongé
Par la simple faute d’une automobile
T’as connu l’horreur de le voir partir
Vers la mort indicible qui réduit au néant
T’as dû chercher d’autres raisons de vivre
L’homme n’est pas fait pour survivre à son enfant

Et quand tu as pu enfin te reposer
Tu fus victime d’un bête caillot de sang
Qui vint réduire ta motricité
Mais sans t’empêcher de marcher vers les gens
Toi qui m’as fait découvrir la musique
Celle qui enchante les oreilles
Il a fallu que les tiennes abdiquent
T’enfermant dans un monde qui n’est pas pareil
Et t’as maintenant plus de nonante ans
Tu vis dans ton rêve qu’enfin on te libère
En riant parfois avec tes petits enfants
Toi qui seras pour toujours mon père

On ne s’est pas souvent parlé
Ça n’se fait pas d’montrer ses sentiments
Mais sache que ta plus grande liberté
Est d’avoir pu y éduquer tes enfants
T’avais 25 ans en l’an 40
T’as rencontré la femme de ta vie
T’as réussi à la surprendre
À l’emmener en blanc à la mairie

FMG © 2006

jeudi 7 juin 2007

Le plaisir de la contradiction provocante

FMG © 2007

Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours eu un malin plaisir à contredire ! C’est sans doute un trait de famille : chez nous, on passait notre temps à nous contredire mutuellement. Maman n’était pas faite tout à fait du même sang et ne comprenait pas toujours nos joutes oratoires. Y avait-il seulement quelque chose à comprendre ? Quand on contredit pour le plaisir de contredire, on ne prend pas toujours nécessairement des positions des plus sensées !

Le plaisir de contredire est celui de provoquer. Cela ne fait pas (trop) de mal et c’est amusant. Ce n’est qu’un jeu. Qui n’est sans doute pas toujours facile à interpréter. Mais sans gravité. C’est ainsi que lorsque j’étais jeune louveteau, j’ai été totemisé par un nom de fruit « Groseille » affublé du qualificatif « narquoise ». Je n’ai jamais trop bien compris le « groseille », mais « narquoise », je sais pourquoi.

Plusieurs messages de ce blog s’inscrivent dans ce plaisir, dont sans doute les deux derniers, chacun dans un style différent, et aussi celui sur MySpace. Ce qui est gai, c’est que cela marche ! Même mes amis se laissent un peu provoquer, et cela me fait bien plaisir ! À quoi servirait-il d’être toujours d’accord entre amis ?

Qu’on me comprenne bien : j’aime contredire la pensée ambiante, celle qui est politiquement correcte (même si ce politiquement correct est lui-même contestataire). Par exemple, il est aujourd’hui de bon ton parmi les citoyens démocrates de contester le vote électronique au nom des sacro-saints principes des droits de l’homme. Je trouve que cela vaut la peine de bousculer un peu ces idées reçues. Pour le plaisir. Comme j’ai bousculé aussi ceux qui pensent que tout va mal, que l’homme est l’unique responsable des changements climatiques qui détruiront inéluctablement notre planète, etc. Je contredis pour le plaisir. Mais je ne me contredis pas moi-même, en ce sens que je pense vraiment ce que je dis, même si je le pense par esprit de contradiction. Pour le plaisir.

N’est-ce pas comme cela qu’on fait avancer (un peu) le monde ? Contester les évidences ? Nourrir les contradictions éclairantes ? Provoquer pour mieux faire réagir ? Merci à chacun de m’accompagner dans mes délires !