samedi 31 octobre 2015

Petits plaisirs

FMG©2015

Il est de ces petits plaisirs qui n’ont l’air de rien. En réalité, ils n’ont parfois pas la moindre importance. Si ce n’est le plaisir qu’ils apportent. Pouvoir tondre un 31 octobre (record battu), simplement vêtu d’un pull léger, fait partie de ceux-là.

Il en est de plus merveilleux encore, bien sûr. J’avoue avoir pleuré d’émotion hier en découvrant une vidéo épurée : on y voit deux personnes parler de ce que serait pour eux leur plus grand plaisir. Seulement, l’une des personnes est atteinte d’un cancer ou proche d’une personne dans cette situation. On découvre là l’abîme qui existe entre les rêves « matériels » des personnes « normales » et ceux des personnes qui savent le prix de la vie et des petits plaisirs. Bouleversant.


Si je suis très sensible au vécu des personnes souffrant d’un cancer, je ne suis pas directement concerné parmi mes proches proches. J’ai beaucoup de chance. Celle qui fait qu’il m’arrive rarement de devoir tourner en rond pour trouver une place pour garer ma voiture : celle-ci s’offre à moi la plupart du temps assez rapidement. Celle aussi qui fait que j’habite là où j’habite. Il est clair qu’il y a beaucoup d’endroits plus sinistres pour vivre. Les circonstances de la vie ont fait que – depuis exactement 29 années – je me retrouve, avec ma famille, dans un endroit un peu idyllique. Tant mieux pour nous ! L’endroit est paradisiaque, mais cela ne veut pas dire que c’est le paradis. Nous sommes en quelque sorte dans une cuvette, entourée d’arbres. Tous les matins de l’année, l’herbe est humide. Que dire sur ce qu’il en est en cette fin d’octobre. C’est là que le plaisir de tondre trouve son sens, une fois de plus. Oui, ce plaisir est vain, dérisoire, insignifiant. Mais qu’est-ce qu’il est bon !

C’était ma minute de plaisir du mois. Elle est merveilleuse, étonnante, magique…

vendredi 23 octobre 2015

Première violence

Deux personnes sont mortes. Si une manifestation n’avait pas bloqué l’autoroute, il est possible que ces deux personnes soient toujours en vie. La presse en fait grand cas, condamnant de facto la dite manifestation. Et par là, tous les mouvements syndicaux. La mort de ces personnes est dramatique. Peut-être la responsabilité des grévistes manifestants est-elle engagée. Mais s’arrêter à celle-ci serait plus qu’un peu court.

Finalement, ce qui est regrettable, c’est l’attitude des syndicats qui – surtout dans un premier temps – ont cherché avant tout à minimiser l’impact possible du blocage de l’autoroute et surtout à reporter la « faute » sur l’hôpital qui n’aurait même pas été capable de prévoir une doublure au chirurgien. C’est dans ce déni de responsabilité que les syndicats perdent surtout leurs plumes. Manque d’empathie et de prise de recul. Dommage.

Pour le reste, il est évident qu’il faudrait avant tout se poser la question sur les raisons qui amènent des travailleurs à manifester de manière violente leur colère face à ce que les patrons et les politiques leur font subir. Que ce soit dans ce blocage d’autoroute, mais aussi dans la destruction d’une chemise d’un responsable des ressources humaines français ou encore dans le chemin inéluctable qui conduit un père de famille à tuer ses trois enfants, sa femme et lui-même… Tous ces événements ne sont pas anodins. Ce ne sont pas des faits divers. Ils témoignent, chacun à leur manière, de la détresse dans laquelle se trouvent des milliers de personnes qui se sentent ignorées, jetées, refoulées par le système et ses décideurs.

La violence est – pour moi – toujours inacceptable. Comme Isaac Asimov l’a écrit dans le Cycle de Fondation, « la violence est le dernier refuge de l’incompétence ». Réduire la violence aux actes de travailleurs exacerbés et méprisés serait cependant une erreur fondamentale et, à vrai dire, elle-même violente. La première violence est celle de ceux qui décident – en raison de leur seul profit - d’exiger toujours plus des travailleurs en offrant à ceux-ci de moins en moins de moyens pour s’épanouir. La première violence est celle de ceux qui décident – en raison d’impératifs théoriques et idéologiques – de priver des citoyens des maigres moyens de subsistance dont ils disposent en ne leur offrant comme seule perspective d’avenir que la rue. La première violence est celle de ce monde qui ne connaît que quelques mots : croissance, individualisme, repli sur soi, mépris, productivité, libéralisme…

La mort de ces deux personnes est dramatique, comme toute mort. La mort sociale et économique de millions de sous-citoyens, même si elle se fait à petit feu, l’est bien plus encore. On ne peut l’oublier, même si les médias n’en feront pas leur Une. Malheureusement.

mardi 13 octobre 2015

Premiers

Ainsi donc, voici la Belgique première au classement mondial de la FIFA (c’est en football, pour ceux qui ne le sauraient pas). Quoi qu’on en pense, c’est un exploit historique dont on a toutes les raisons de se réjouir.

Ce n’est bien sûr qu’un classement basé sur une moyenne de points attribués lors des matchs internationaux, officiels ou amicaux. Inévitablement, la méthodologie est discutable. Les Belges se retrouvent premiers sans avoir jamais battu les neuf suivants ! Bien plus, j’ai appris aujourd’hui que si le match amical gagné contre le Luxembourg n’avait pas été invalidé (étant donné le nombre trop élevé de changements de joueurs), le peu de points qui auraient été gagnés par cette victoire contre une « petite équipe » aurait en réalité fait « baisser la moyenne », ce qui ne nous aurait pas permis d’occuper aujourd’hui la première place ! À quoi donc peut tenir un tel classement !

N’empêche, on y est et il faut se réjouir qu’un « petit pays » puisse atteindre un tel niveau. Cela montre qu’il faut toujours y croire ! Je me souviens, lors de la médaille en or de Fred Deburghgraeve sur l'épreuve du 100 m brasse aux Jeux olympiques d'Atlanta en 1996, avoir entendu je ne sais plus quel autre « grand » sportif avoir déclaré qu’il n’était pas possible que Deburghgraeve soit le vainqueur, car il venait d’un trop petit pays ! Absurde, n’est-il pas ?

Bref, comme beaucoup d’autres Belges aujourd’hui, amateurs ou non de football (je ne le suis pas trop), je me sens un peu fier de ma belgitude. À quoi donc peut tenir un tel sentiment ! Et il n’y a vraiment pas de quoi bouder son plaisir !

vendredi 9 octobre 2015

Paix à la société civile tunisienne

L’attribution du Prix Nobel de la Paix au dialogue national en Tunisie me fait particulièrement plaisir. Non seulement parce que j’ai beaucoup travaillé dans ce pays – j’y ai effectué plus de 50 missions – et qu’inévitablement j’y ai rencontré des amis, mais aussi et surtout parce que ce Nobel est la reconnaissance d’un véritable mouvement démocratique et pacifique.

Comment ne pas oublier que la Tunisie est à l’origine du « Printemps arabe », à partir de décembre 2010 ? Par un slogan clair « Dégage », ils ont réussi – quasiment sans effusion de sang – à faire fuir le « président » Zine el-Abidine Ben Ali, toujours élu – depuis 1987 – avec au moins 98% des voix ! En quelques semaines, les Tunisiens ont réussi la « Révolution de la Dignité ». Un exemple quasiment unique dans l’histoire des révolutions !

Il ne suffisait évidemment pas de faire partir ce dictateur de salon pour résoudre tous les problèmes de la société tunisienne. Ceux-ci sont d’ailleurs loin d’être résolus : pas plus tard qu’hier, jeudi 8 octobre 2015, le député Ridha Charfeddine a été visé par une tentative d'assassinat par balles. Et on ne peut évidemment pas oublier les attentats meurtriers du Bardo et de Sousse.

Malgré ces violences innommables, la Tunisie poursuit son chemin vers une démocratie civilisée, basée sur le respect de toutes les parties de la société civile. Le quartette aujourd’hui primé – l'UGTT, syndicat historique en Tunisie et fer de lance pour son indépendance, le patronat (UTICA), la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) et l'Ordre des avocats – s’est constitué durant l'été 2013, « à un moment où le processus de démocratisation était en danger en raison d'assassinats politiques et de vastes troubles sociaux ». Il a organisé un long et difficile « dialogue national » entre les islamistes et leurs opposants, les obligeant à s'entendre pour sortir d'une paralysie institutionnelle.

Ce Prix Nobel de la Paix récompense bien entendu avant tout tous ces Tunisiens qui ont tout fait et qui continuent à tout faire pour que la transition soit vraiment démocratique et pacifique. Mais il encourage aussi tous les peuples partout dans le monde à s’inscrire dans la voie du dialogue avec la participation active de la société civile, de tous les citoyens qui ne désirent qu’une chose : « vivre en paix » !

samedi 3 octobre 2015

Sui caedere : se tuer soi-même


Voilà longtemps que je voulais écrire un billet sur le suicide. C’est difficile. Comment mettre des mots sur un geste qui – par définition – supprime volontairement tous les mots ? Se suicider, c’est clamer qu’il n’y a plus de place pour le dialogue, que discuter ne servira plus à rien, que seul le silence peut encore apporter une réponse. Parler du suicide, c’est quelque part en nier la réalité !

Et pourtant, il y en a tant. Non seulement autour de moi, mais dans le monde entier. Environ un million de suicides par an, pour dix à vingt fois plus de tentatives. Un suicide toutes les 30 secondes. Une tentative environ toutes les 2 secondes. Réalité difficile à nier.

Chaque histoire est différente, dans toute sa complexité, sa singularité, ses sentiers égarés et tordus. Vu de l’extérieur, on peut comprendre certaines choses. Mais on ne peut jamais se mettre réellement à la place de celui ou de celle qui n’en peut plus, qui ne voit plus d’issue, dont le tourment est tel qu’il est insupportable et n’offre plus comme seule piste que la disparition.

Il me semblerait vain et méprisant de chercher à juger quiconque se suicide. On peut bien sûr se dire qu’il aurait pu agir autrement, que cela ne sert à rien, mais pour le suicidé, s’il est passé à l’acte, c’est qu’il n’y avait pas d’autre solution.

Il n’empêche, quelque part, le suicide est le sommet de l’orgueil, même quand il est le fait de personnes n’en ayant aucune once. Se suicider, c’est croire qu’on est à la fois le problème et la solution. C’est penser que tout ce qui ne va pas ne tient qu’à soi-même et qu’en se supprimant il n’y aura plus de problème. C’est évidemment illusoire. Les problèmes ne disparaissent pas par le suicide. Ils sont simplement déposés dans les bras de ceux qui restent. Cadeau empoisonné, parfois impossible à gérer ou à assimiler. Celui qui est parti ne s’est pas vraiment posé la question de ce qu’il laissait derrière lui. Le fardeau était si lourd pour lui qu’il a fini par s’imaginer qu’il était le fardeau lui-même et qu’il fallait donc disparaître. Si le problème était vraiment son existence, on pourrait penser que le problème disparaît par son départ. C’est sans doute ce que le suicidé pense. C’est rarement ce que ses proches vivront, même dans le respect de sa décision.

Je l’ai dit, aborder le suicide est difficile. Le faisant, je n’ai aucune prétention. Ce billet ne changera rien : si une personne suicidaire le lisait, je doute fort qu’il influence sa décision. Et pour ceux qui restent, après un suicide d’un proche, il n’apportera vraisemblablement aucun réconfort. Mais il est quand même étonnant de constater que ce sujet qui concerne tellement de personnes n’est que peu traité sur la toile, du moins en français.

Il se fait qu’il y a longtemps, en pleine jeunesse, je suis passé par là. Si je suis aujourd’hui en vie, c’est par un curieux concours de circonstances. J’ai finalement été sauvé par ceux qui m’avaient – à mes yeux – condamné. Sans savoir ni trop comment ni trop pourquoi, ils ont fait les actes qu’il fallait faire dans l’urgence. Après, au-delà de l’aspect purement physique, j’ai pu poser mon fardeau auprès d’amis qui m’ont aidé à retrouver le sens de la vie. Les deux personnes les plus impliquées dans cet événement de ma vie – le problème et la solution – sont malheureusement parties trop tôt, emportées chacune par la maladie. Mais je sais aujourd’hui pourquoi et comment je suis encore en vie. Heureux de l’être, grâce à ces autres personnes – mes proches – qui me construisent au quotidien.

La vie est la réalité la plus précieuse que nous avons. Elle n’est pas toujours facile. Loin de là. Mais elle est toujours un cadeau. Le suicide, lui, n’est jamais qu’une sortie de secours. La vie – aussi tortueuse soit-elle – est le chemin. Puisse chacun et chacune trouver le sien.

jeudi 1 octobre 2015

Mauvaise piste

Pas de chance : j’aime jouer ! Notamment à l’ordinateur, avec quelques jeux accessibles par Facebook. J’essaie de me limiter, mais la vérité est là : je joue ! Notamment, un jeu du style Trivial Pursuit. Je viens de devoir répondre à la question : « Combien y a-t-il de pistes dans un stade d’athlétisme ? ».

La réponse me paraissait évidente : 8 ! Dans toutes les grandes compétitions, il y a en finale 8 finalistes… et il faut donc au moins 8 pistes ! Mais le petit ingénu qui a proposé cette question n’est visiblement pas un connaisseur. Pour lui, la bonne réponse n’est autre que 6, oui j’écris bien six pistes ! C’était vrai il y a longtemps, c’est vrai dans un petit stade provincial ! Mais quand même, un vrai stade d’athlétisme a inévitablement au moins 8 pistes !

Si en athlétisme, on peut contester certaines victoires, que ce soit pour dopage ou non-respect des lignes ou je ne sais quoi encore, dans mon bête jeu, impossible de contester quoi que ce soit ! J’ai répondu 8 (= la bonne réponse). Mais il fallait répondre 6 (= la réponse attendue par un ignare). J’ai donc raté et j’ai perdu mon tour sur une question qui était pourtant tellement évidente !

Rassurez-vous : cela n’a aucune espèce d’importance ! J’attendrai simplement mon tour pour – sans doute – gagner la partie au bout du compte ! Et même si je la perdais – hypothèse peu probable – je continuerais à exister et à m’extasier de cette vie qui nous réserve toujours tellement de surprises !

N’empêche, je râle ! D’autant plus que jouant sur la version « ordinateur », il ne m’était même pas possible de signaler que cette question était vraiment mal foutue ! Quand je joue sur une tablette, c’est possible. Mais là, je n’avais qu’à constater l’étendue de l’ignorance humaine !

Ça la fout mal, non ?

mercredi 23 septembre 2015

Le baiser des réfugiés syriens

István Zsíros © 2015

Cette photo a été prise par le photographe hongrois István Zsíros dans la gare Kelety de Budapest, le 30 août, alors que la Hongrie accueillait encore les réfugiés syriens fuyant la guerre. Photographe de mariages, il s’est rendu à la gare. « Une sorte de force supérieure m’a dit de regarder cette scène, et cette aide divine m’a donné la chance de prendre cette image. J’ai vu ce couple, et c’était vraiment touchant, surtout dans cet environnement. Alors, j’ai pris la photo. »

Je ne sais pas s’il y a une quelconque force supérieure qui aide à capturer une telle image, mais celle-ci est d’une force extraordinaire ! Elle vient en tout cas nous rappeler des éléments essentiels – trop souvent absents des discours politiques – face à cette grande transhumance actuelle : les réfugiés sont des êtres humains, comme vous et moi !

Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche le bonheur.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche à manger à sa faim.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche l’espoir d’être reconnu et d’avoir sa place dans la société.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche à parler avec ses semblables, à échanger ses peurs et ses rêves, à reconstruire le monde.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche les moyens et les conditions nécessaires pour éduquer ses enfants et pour leur proposer une histoire à bâtir.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche à travailler, à nourrir sa famille, à participer à la grande aventure humaine.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche la paix, celle des âmes, mais aussi celle qui lui permettra peut-être un jour d’oublier le bruit des fusils, des canons, des proches qui meurent à cause de politiciens ou de chefs inconscients du mal qu’ils génèrent.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche à vivre, tout simplement.
Comme tout être humain, un réfugié ou un migrant cherche l’amour, celui qui s’échange et se construit dans des baisers et des caresses qui permettent de croire – ne fut-ce qu’un instant – qu’on est seuls au monde, unis par cette communion corporelle.

Comme tout être humain – ou presque –, un réfugié ou un migrant cherche à être humain.

lundi 14 septembre 2015

La chasse

Chercher à chasser toute discussion polémique n’est pas une mince affaire ! J’aimerais souvent me taire, mais c’est vraiment difficile de résister à la tentation de venir mettre mon grain de sel. C’est ainsi que je me suis retrouvé dernièrement dans une discussion à propos de la chasse. Avec une position claire : je suis contre.

Tout en étant nuancé évidemment. Il est absolument nécessaire de réguler la faune sauvage qui peuple nos bois et nos champs. Pas sûr cependant que cela passe par une opération de chasse basée malheureusement plus souvent sur le « plaisir de tuer » que sur celui de participer à l’équilibre de la nature.

Mon intention n’est pas ici de relancer ce débat, car je crois en fait que souvent les interlocuteurs se contentent de rester sur leur position et de la défendre sans trop écouter ce que l’autre a à lui dire. Ce n’est pas toujours le cas.

Je me souviens m’être retrouvé un jour chez un ami chasseur, convaincu de son fait. J’avais beau lui dire que pour moi, c’était avant tout le plaisir de tuer qui animait ces chasseurs du dimanche, il ne voulait rien entendre. Jusqu’au moment où nous avons entendu une détonation suivie de quelques mouvements ! Ensuite, le fils aîné de mon ami est arrivé arborant le corps meurtri d’un oiseau quelconque (j’avoue mon ignorance totale). Ce brave enfant venait de s’amuser avec son fusil à plombs à tirer l’oiseau et revenait tout altier vers son père, fier d’avoir pu faire comme lui ! Je vis le père blêmir, horrifié par le geste de son fils. Je sus par la suite que mon ami chasseur ne chassa plus. La détonation s’était faite également dans son cerveau, plutôt bien construit d’ailleurs ! C’est une amitié qui s’est délitée avec le temps et je ne sais pas trop où cet ex-chasseur en est aujourd’hui. Mais l’important n’est pas là.

L’important est que – malheureusement – la chasse continue. Elle s’étend même. Aujourd’hui, les cibles des chasseurs deviennent de plus en plus souvent des êtres humains. Vous savez, tous ces réfugiés et tous ces migrants qui arrivent chez nous avec l’espoir de pouvoir simplement y vivre. Pour certains, il faudrait les chasser. « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », et donc il faut réguler cet afflux de nouveaux arrivants. La meilleure solution n’est-elle donc pas la chasse ? Celle-ci est évidemment un peu plus sophistiquée que le fusil à plombs. Mais ça revient au même : on fait tout pour faire comprendre que ces gens-là n’ont rien à faire chez nous.

Faudrait-il qu’un des enfants de ces chasseurs de migrants prenne son fusil et tire un bon coup, croyant faire plaisir à son père, pour que les chasseurs à la conscience tranquille se rendent compte de ce qu’ils sont en train de faire ? Je ne suis même pas sûr que cela changerait quelque chose.

Quand la vie d’un être vivant – humain ou animal – ne devient qu’un objet de plaisir égoïste, on peut tout craindre. En sommes-nous là ?

samedi 29 août 2015

Quand on n'est que Milanov

Ce 29 août 2015, le brugeois Philip Milanov a gagné la médaille d’argent au lancer du disque, aux Championnats du monde d’athlétisme à Pékin. Jamais un belge n’a réalisé une telle performance. Nous avons déjà eu plusieurs médailles, mais elles n’étaient que de bronze. L’argent, c’est un exploit extraordinaire.

Au journal télévisé de la RTBF, on en a parlé, en fin de journal, pendant une quinzaine de secondes. Pourtant, si cette médaille d’argent avait été obtenue par un des frères Borlée, je suis sûr que cela aurait fait la Une du journal et qu’on en aurait parlé pendant au moins cinq bonnes minutes.

Alors, bien sûr, le lancer du disque est moins populaire et moins spectaculaire que le 400 mètres. Mais est-ce vraiment cela la différence de traitement entre deux informations ? Ce n’est pas lié aux athlètes : ils donnent chacun le meilleur qu’ils peuvent dans ces Championnats du monde. Les frères Borlée sont les plus médiatisés de tous ces athlètes belges, et ils le méritent bien. D’ailleurs, ce sont des cousins !

Ce qui fait la différence de traitement est malheureusement vraisemblablement à chercher ailleurs. Milanov a un nom qui finit par « ov » ! S’il est né, en 1991, à Bruges et s’il est donc « entièrement » belge, son père bulgare n’est arrivé en Belgique qu’en 1989. C’est donc un de ces immigrés dont la populace belge dit actuellement tant de mal, parce qu’ils viendraient voler notre pain et notre travail, sans oublier de violer nos filles et nos femmes.

Qu’on me comprenne bien : je ne tiens pas du tout à attiser moi-même ce racisme primaire qui fait tant de ravages actuellement. Bien au contraire : Milanov a – pour moi – réalisé un véritable exploit ce WE et il devrait logiquement recevoir tous les hommages médiatiques qu’une telle prestation mérite. Il en va d’ailleurs de même de Toma Nikiforov qui, alors même qu’il s’est blessé en début de combat, a décroché la médaille de bronze en catégorie des moins de 100 kg aux Championnats du monde de judo. Le JT en a parlé, rapidement. Lui aussi a un nom qui finit pas « ov ».

En publiant ce billet, je ne veux en rien faire le procès des journalistes, même si je suis convaincu qu’ils auraient pu traiter ces deux informations d’une toute autre manière. Ce ne sont que des informations sportives. Elles ne sont rien par rapport à celle qui parle de la mort de 70 migrants dans un camion, entre la Hongrie et l’Autriche. Mais la place qu’on veut bien donner à ces informations sportives ne reflète-t-elle pas la même logique que ces commentaires déchaînés de ceux qui osent dire « Bien fait pour eux ! » ?

Mais où allons-nous ?

vendredi 28 août 2015

Une oreille attentive

 
FMG©2015

Depuis un peu plus d’un an, je porte des prothèses auditives. Je le dis sans honte ni gène. Cela fait environ 50 ans que je porte des prothèses visuelles – des lunettes, en d’autres mots – et cela n’a jamais dérangé personne, pas même moi. Avec l’âge, j’entendais de moins en moins et – ayant vu quel handicap cela pouvait représenter pour mes parents – je n’ai pas trop hésité à me lancer dans cette nouvelle aventure.

Les prothèses d’aujourd’hui, ou appareils auditifs, ont bien changé : leurs performances sont certainement meilleures que celles que mes parents utilisaient et – surtout – leur discrétion est devenue une réalité. Il est fort vraisemblable que des personnes qui me voient tous les jours n’ont jamais réalisé que j’étais désormais appareillé, tout simplement parce que je ne leur en ai pas parlé.

C’est si petit et si discret que moi-même, parfois, je n’y pense plus. Motard, je sais que je dois veiller – lorsque j’enlève mon casque – à ce qu’elles ne s’enlèvent pas en même temps.

Avant-hier, lorsque je suis rentré à la maison, j’ai constaté avec effroi que mon « oreille » droite avait disparu ! Retraçant mon chemin, je me suis dit que lorsqu’en visitant rapidement un terrain à bâtir, alors qu’il faisait chaud, j’ai décidé à un moment d’enlever mon casque pour entendre le bruit des voitures passant sur la route. À ce moment, il faisait chaud, je n’étais pas à côté de ma moto, je pensais à autre chose… bref, il était plus que vraisemblable que mon appareil soit tombé à ce moment sans que je ne m’en aperçoive. Retrouver cet appareil sur ce terrain en friche que je ne connaissais pas vraiment revenait à chercher une aiguille dans une botte de foin.

À vrai dire, je dispose d’une assurance « perte et vol ». Mais celle-ci ne couvre évidemment pas toute perte ni tout vol. Notamment, la part assumée par la compagnie dépend de l’âge de l’appareil. Je vous passe les détails, mais – après avoir téléphoné à mon fournisseur – je m’apprêtais à payer une jolie somme…

Encore fallait-il que je fasse une déclaration à la police. Je me préparais à m’y rendre quand je me suis rappelé que si j’avais visité ce terrain, c’était parce que préalablement je m’étais rendu chez une amie pour avancer dans un travail commun. Et si j’avais perdu, toujours sans m’en rendre compte, ce foutu appareil en arrivant chez cette amie ? Un peu comme on jette une bouteille à la mer, je lui ai envoyé un courriel, certain qu’elle ne trouverait rien ! Quelques minutes plus tard, elle me répondait en me disant que je pouvais à nouveau dormir sur mes deux oreilles… !

L’ennui, c’est qu’entre-temps, la pluie n’avait pas arrêté de tomber. Ces appareils délicats n’aiment pas trop l’humidité ! Je les « sèche » d’ailleurs tous les soirs. Après m’être à nouveau rendu chez mon amie pour récupérer la précieuse « oreille », je l’ai essayée : silence complet ! Mais après tout, pourquoi ne pas croire à l’impossible : j’ai soumis cet appareil récalcitrant à plusieurs cycles de séchage. Puis, je l’ai nettoyé, et hop, en le réenclenchant ce matin, j’ai entendu la délicate musique annonçant sa mise en fonctionnement. Et ça fonctionne !

Il y a, de toute évidence, plusieurs leçons à retenir de cette histoire. D’abord, la plus importante est que, même quand on n’y croit plus, il faut continuer à y croire. Vous mettrez ce que vous voulez derrière le « y » ! Mais il faut y croire. Y croire ne suffit cependant pas. Encore faut-il faire ce qu’il faut faire pour transformer cette croyance en réalité concrète. Même si la réalité est là, si on ne fait rien pour qu’elle se concrétise, elle n’existera pas vraiment. Il est toujours temps pour le faire. Et même si les premiers résultats obtenus ne répondent pas à toutes les attentes, il ne faut pas désespérer. Il faut surtout garder confiance et faire ce qu’il faut faire. Au bout du compte, on obtient – parfois, pas toujours – ce qu’on voulait. Même si c’est une toute petite chose, le fait d’y avoir cru et d’être aller au bout de son rêve apporte alors une joie indicible !

Tout ça n’a l’air de rien, mais on gagne toujours à prêter, que ce soit aux autres ou à soi-même, une oreille attentive !

samedi 22 août 2015

Au-delà de la séparation

Les enterrements sont souvent l’occasion de retrouvailles. Un être part. Ses proches se retrouvent pour célébrer ce dernier chemin, pour essayer d’y donner du sens. Ils oublient, l’espace d’un instant, tout ce qui peut les séparer, les diviser. Parfois même, ils réexistent – toujours l’espace d’un instant – comme une véritable entité, comme s’il n’y avait jamais eu de distance.

J’ai vécu aujourd’hui, en observateur bienveillant, un tel phénomène. Il a suffi d’une mort stupide, brusque, inacceptable pour que des familles écartelées se retrouvent, avec tendresse, comme les doigts de deux mains, faites pour se caresser et se réunir. En particulier, une famille nombreuse qui m’est chère s’est retrouvée, pour la première fois depuis longtemps, au grand complet, unie dans la même détresse, mais aussi sans doute dans le même amour.

Cela n’a sans doute l’air de rien, pour ceux qui ne sont pas concernés. L’essentiel, en ce jour, était sans doute ailleurs, autour de ce cercueil qui n’aurait jamais dû exister, ou du moins pas maintenant.

Pour moi, cependant, en ce jour de tristesse, l’essentiel était ici. Simplement dans le fait de voir cette famille réunie, compressée dans cette voiture trop petite pour accueillir tout le monde. J’ignore totalement ce qui s’est passé une fois que la voiture est partie vers la dernière demeure de cet être parti trop tôt, trop mal. Mais je garde, au plus profond de mon cœur, ces mains qui me témoignaient leur tendresse, mais qui surtout – sans même peut-être en avoir conscience - ne faisaient soudain plus qu’une. Au-delà de la séparation.

lundi 17 août 2015

Approche dynamique, et non linéaire, de l’information

Rassurez-vous : je n’ai nulle intention de rentrer dans la problématique des systèmes dynamiques non linéaires (SDNL) postulant que l'évolution de chacun des constituants dépend en général de celle de plusieurs autres constituants, et ce de façon non proportionnelle ou non additive (non linéaire), ce qui est incontestable. Mon propos est beaucoup plus simple : je ne suis pas un fan des vidéos présentant une information linéaire. Mais j’adore lire une information et user de ma liberté de vagabondage de mes yeux vers l’information qui m’intéresse !

Sur beaucoup de sites internet, la tendance est à proposer des vidéos sur l’activité réalisée, sur l’entreprise présentée, sur les concepts fondateurs de la pensée, etc. Autant vous le dire clairement : je ne regarde jamais ces vidéos, sauf si je sais qu’elles vont présenter un événement purement visuel et qu’elles ne prendront pas plus d’une minute de mon temps !

Je préfère de loin la même information présentée sous la forme d’un texte qui va me laisser la liberté de trouver les éléments qui m’intéressent et de laisser tomber ceux qui ne m’intéressent pas. C’est ce que j’appelle un accès dynamique à l’information, en opposition à un accès linéaire tel qu’il est présent dans une vidéo.

Qu’on me comprenne bien : je n’ai rien contre les vidéos, sauf qu’elles ne me conviennent pas. Il est fort vraisemblable qu’elles répondent au besoin de nombreuses personnes, mais moi, ce qu’il me faut, c’est me laisser gambader dans l’information et saisir au passage l’élément qui me ravira !

Même face à un livre, il m’arrive d’avoir un comportement de lecture pour le moins inhabituel (ce qui ne veut pas dire rare) : je lis souvent à l’envers ! Lorsque j’ai dans les mains un livre « scientifique » propre à mon domaine de prédilection – la pédagogie, voire la psychologie – ma première lecture commencera par les dernières pages et remontera, assez rapidement, vers les premières pages. J’ai souvent dit, et je le maintiens, qu’il me faut ainsi environ 5 minutes pour découvrir le contenu du livre et en maîtriser les principaux aspects. Cette lecture à l’envers me laisse la liberté dynamique de découvrir le propos de l’auteur, tout en sachant très rapidement où il veut en venir. J’avoue que ces 5 minutes de découverte me suffisent parfois pour savoir ce que contient le livre et pour pouvoir réutiliser cette information dans l’une ou l’autre de mes publications. Il m’arrive aussi – heureusement ! – de me dire après ces 5 minutes que cet ouvrage vaut vraiment la peine d’être lu à l’endroit (du début à la fin). Mais cette lecture n’est jamais linéaire : elle saute ici ou là.

Il en va bien sûr autrement d’un roman. Dans ce cas, la lecture linéaire s’impose. Quoiqu’il m’arrive – assez souvent – d’aller lire la dernière page, voire même les derniers paragraphes, pour savoir comment conduire ma lecture. Cela ne m’arrive évidemment jamais lors de la lecture d’un recueil de poésie que je lis de la première lettre à la dernière, la plupart du temps en oralisant le poème que je lis.

Tout ça pour dire qu’il me semble aujourd’hui indispensable pour n’importe quel site d’informations de présenter à la fois une information de manière linéaire (une vidéo, un podcast…) et de manière dynamique (du texte, un schéma…) en offrant à chacun la possibilité d’explorer l’information de la manière qui lui convient le mieux.

Au moins, au bout du compte, cette réflexion m’aura permis de publier une belle image !

samedi 15 août 2015

À ne partager que si vous le voulez

S’il y a bien quelque chose que je ne supporte pas sur Facebook ou autres réseaux sociaux, ce sont les panneaux qui se terminent par « Voyons combien de personnes vont partager ce message » ou encore « Clique sur ‘J’aime’ si tu es mon ami. Sinon, tu n’as rien à faire dans mes amis ! », etc.

Les idées présentées par ces panneaux puisés ici ou là sont la plupart du temps généreuses et à diffuser. Mais pourquoi les transformer en chantage affectif ? Pourquoi « obliger » l’autre à partager ou même simplement à « aimer » cette idée sous peine d’être considéré comme un paria ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : si on a le malheur de ne pas partager ou de ne pas cliquer sur le « J’aime » miraculeux, on ne peut être considéré par celui qui affiche le panneau que comme une personne qui se moque de ce qu’il pense, qui ne s’intéresse pas aux statuts des autres, etc.

Les réseaux sociaux ont ceci de merveilleux : ils permettent le partage d’idées à un large réseau d’« amis ». Je n’hésite jamais à partager un sentiment, une information, une réflexion. Par mes partages, je soutiens de manière assez claire des valeurs fortes telles que la solidarité, le respect de la différence, la découverte de l’autre, le souci de la vérité validée… Ces partages me semblent naturels. Souvent, des « amis » cliquent que « J’aime », parfois certains partagent à leur tour, et j’en suis bien content. Tout simplement parce que je me dis que cela signifie que ce partage a pu véhiculer une information nouvelle, conforter quelqu’un dans ses doutes ou encore apporter un peu de lumière dans le grand jeu de la vie. Il ne me viendrait jamais à l’idée que ceux qui ne réagissent pas se moquent pas mal des idées que je partage ainsi. Il est même fort possible que ceux qui apprécient le plus mes partages ne ressentent en aucun moment le besoin de le manifester d’une manière ou d’une autre.

Au bout du compte, ces « chantages au partage » révèlent – parfois – une triste réalité : celle de n’exister que par le regard des autres. Partager une idée ne devient alors plus le plaisir de donner, mais un besoin de reconnaissance pour exister. Cette interprétation est dure, mais elle ne concerne en réalité que l’acte lui-même. Je me garderais bien d’émettre le moindre jugement sur les personnes qui pratiquent ce genre de partages. La plupart du temps, elles trouvent simplement un panneau qui avance une idée ou défend une cause qui leur tient à cœur et elles le partagent – il suffit de cliquer sur un bouton – sans réfléchir trop à ce que ce geste banal signifie !

En conclusion, je ne peux vous inviter qu’à partager ce billet. Mais surtout, ne faites-le que si vous le désirez ! Et si vous ne le faites pas, croyez-moi : il ne vous arrivera rien de spécial, pas plus qu’à moi !

samedi 8 août 2015

La mer, le ciel et la mort

Reuter©2015

Ce matin, j’ai publié sur ma page Facebook, une photo bleue. Bleu clair pour le ciel, bleu foncé pour la mer. La photo a rencontré un petit succès de « J’aime ». Quelques commentaires, dont celui d’un ami cher : « La Terre, si belle, en équilibre précaire ne tient qu'à un fil : celui qui réunit et sépare ciels et mers… ». Il ne croyait pas si bien dire : dans la photo ci-dessus, qui date du 5 août, le fil précaire est rompu. Ces points noirs dans la mer, ce ne sont que des migrants dont l’embarcation vient de sombrer. Ils cherchaient la vie. Beaucoup ne trouvent que la mort.

Ils le savent au départ. Ils en ont peur. Comment en serait-il autrement ? Mais ils ont encore l’espoir. Celui qui fait vivre. Qui fait prendre les risques les plus fous. De toute façon, l’alternative est limpide : soit ils meurent inexorablement dans les conditions où ils se trouvent dans leur pays, soit ils saisissent cette lueur d’espoir d’une autre vie, en Occident, même s’il y a un risque de mort soudaine. Finalement, qu’est-ce que celle-ci changerait pour eux, si ce n’est son côté brutal et asphyxiant ?

La seule réponse que semblent pouvoir leur offrir nos pays consiste en un maigre accueil, en une multitude de tracasseries de toutes sortes et surtout en un regard de pestiférés, comme s’ils ne songeaient qu’à une chose : nous voler, nous obliger à vivre comme eux, nous prendre notre travail, etc. Alors qu’ils n’espèrent qu’une chose : vivre, de manière plus ou moins décente. En être humain, tout simplement.

La Terre et les humains sont confrontés à de réels défis aujourd’hui : faire de celle-ci un lieu où chacun trouve sa place et peut y vivre décemment et librement. Je ne crois pas que l’Europe soit le paradis que ces migrants imaginent. Je ne crois pas que tous – et tous ceux qui les suivront – pourraient trouver ici cette place décente et libre. Mais ce n’est pas en tenant la porte fermée qu’on peut nourrir ses hôtes. Ce n’est pas en ayant des discours destructeurs ou protectionnistes qu’on apportera des solutions fondées sur le respect.

La question est éminemment complexe. Je n’ai pas la solution miracle. Mais je sais que toute solution fondée sur le rejet n’est pas une solution. Je sais que toute réponse ne témoignant que d’un repli sur soi n’est pas une réponse.

Or, nous nous devons de trouver solutions et réponses. Si nous n’y arrivons pas, nous aurons irrémédiablement rompu ce fil précaire qui nous relie à l’« humanité ».

dimanche 2 août 2015

Incognito

FMG©2015

Pendant cinq jours, mon (premier) petit-fils est à la maison. C’est la première fois qu’il reste ici aussi longtemps et c’est un bonheur permanent ! Vous me direz qu’on ne le reconnaît pas très bien en train de faire l’avion aquatique ! C’est voulu : mon petit-fils vit incognito et c’est très bien comme ça !

À l’heure où l’on voit fleurir des milliers de visages d’enfants ou de petits-enfants sur les réseaux sociaux, les parents de mon petit-fils ont choisi de lui laisser sa vie d’enfant et de ne pas l’exposer. Je suis entièrement d’accord avec eux, même si évidemment j’ai aussi envie de partager sa bonne humeur, son sourire et son espièglerie. En 2015, alors qu’on peut savoir tout sur n’importe qui, cet enfant vit incognito, dans l’insouciance de sa découverte du monde.

Que les choses soient claires : ce billet n’est aucunement une critique des parents et grands-parents qui affichent leurs progénitures sur Facebook ou autres sites sociaux. C’est leur choix, leur fierté et c’est très bien ainsi ! Simplement, j’adhère aussi au choix de ma fille et de mon beau-fils de préserver l’intimité de leur enfant. Un des plus grands dangers de nos sociétés est justement la disparition des « bulles personnelles ». Tout cela se vit à des niveaux très divers, mais même si on n’est pas l’enfant d’une célébrité quelconque, il est difficile de rester simplement anonyme, de ne pas exister pour la grande toile.

En écrivant ce billet, j’ai bien conscience d’aller un peu dans le sens de ce que je souhaite dénoncer ! C’est bien toute l’ambiguïté de la situation ! Les parents, les grands-parents, les oncles et tantes… ont légitimement le désir et le plaisir de partager ce qui eux-mêmes les remplissent de bonheur. Mais d’un autre côté, il est légitime aussi de vouloir préserver l’intimité – présente et future – de ces enfants qui n’ont finalement qu’un seul besoin : s’épanouir auprès de leurs proches. Et fondamentalement, j’admire ma fille et mon beau-fils : leur envie de partager est évidemment aussi grande que celle de tous les parents. Mais ils tiennent bon et ont bien raison !

Mon petit-fils restera donc incognito, malgré tout le bonheur qu’il m’apporte !