samedi 8 novembre 2008

Apprendre où à l'essai ?

La manière de concevoir l’erreur dans un processus d’apprentissage a fortement évolué. Il n’est pas loin le temps où se tromper constituait pour tout élève une faute pour laquelle il devait être puni. Cette idée assez immorale a conduit certains pédagogues à envisager un enseignement sans erreur : le courant néobéhavioriste a montré qu’en proposant des tâches limitées et progressives, on pouvait amener l’élève à progresser sans erreur d’autant plus que chaque réussite était récompensée par un renforcement positif. Cette conception a cependant été largement critiquée d’une part parce qu’elle consistait à modeler l’individu sans lui laisser beaucoup de liberté et d’autre part parce qu’elle permettait difficilement à apprendre à gérer la complexité. À la suite des travaux de Piaget qui a montré qu’apprendre consistait à franchir une série d’obstacles, l’erreur a acquis un nouveau statut : inutile d’essayer de la contourner, mais au contraire considérons-la comme une ressource au service de l’apprentissage. C’est en se plantant qu’on fait ses racines ! La plupart des pédagogues d’aujourd’hui s’inspirent du constructivisme et confèrent à l’erreur un rôle actif et positif dans l’apprentissage.

Même si je suis plutôt réticent aux thèses constructivistes quand celles-ci se transforment en vérité infaillible rejetant aux oubliettes toute autre démarche, j’ai toujours considéré que l’erreur était sans doute le meilleur moyen d’apprendre à ne plus en faire. Prenant connaissance – grâce un article d’Elise Dubuisson paru dans Le Soir du 8 novembre 2008 - d’une étude menée par une certaine Eveline Crone, psychologue de l’Université de Leiden, je me laisse cependant interpeller.

« Eveline Crone a observé au moyen de la technique de résonance magnétique fonctionnelle l’activation des zones cérébrales lors d’exercices d’apprentissage. D’après ces images, les mêmes aires cérébrales s’activent quel que soit l’âge. En revanche, l’intensité de cette activation varie fortement en fonction du type de commentaire reçu après l’exercice. Ainsi, chez les enfants de 8 à 9 ans, les aires responsables du contrôle cognitif réagissent fortement à des commentaires positifs, mais peinent à s’activer si les remarques sont négatives. À l’inverse, des enfants de 12 à 13 ans réagiront plus à un commentaire négatif. »

En d’autres termes, ces résultats indiquent qu’il est difficile pour de jeunes enfants d’apprendre de leurs erreurs. Cette observation est évidemment très importante pour les pratiques pédagogiques : mettre un élève de 8 ans dans une situation d’apprentissage où l’on sait bien qu’il se trompera n’est vraisemblablement pas aussi productif qu’on le pensait, ou du moins que certains voulaient bien le penser. Je ne crois pas que cela signifie qu’il ne faille pas confronter les jeunes élèves à des situations complexes ou à des défis. Mais ceux-ci doivent venir à un moment où l’élève a suffisamment appris pour réussir le défi ou résoudre la situation complexe.

Somme toute, c’est mettre en œuvre une pédagogie de la réussite en abordant la complexité uniquement au moment où celle-ci peut être abordée avec une probabilité de réussite suffisamment élevée. Cela n’a l’air de rien, mais en réalité, cela va à l’encontre de beaucoup de discours pédagogiques actuels. Et comme ces discours sont souvent prononcés par des personnes qui n’arrêtent pas de parler, il y a possiblement et malheureusement peu de chances qu’elles entendent les implications des travaux d’Eveline Crone !

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