vendredi 15 février 2008

Casse-tête : ça m’énerve !


Voilà un vrai casse-tête, au propre comme au figuré. C’est énervant : ils sont 12 au départ, on casse leurs têtes, et ils se retrouvent 13 à l’arrivée. Tout se passe devant vous, il suffit de regarder pour comprendre… et je ne comprends rien !

Sachant quand même manier des images numériques, j’ai décomposé le processus, analysé chaque étape, observé dans le détail ce qui se passe, fait des hypothèses en cherchant à les vérifier, etc. J’ai bien vu que certaines têtes de départ ne sont plus les mêmes à l’arrivée. Mais ça, je le savais puisque c’est un casse-tête. Et même si on casse des têtes, ce n’est pas pour ça qu’on multiplie les pieds. Certains pieds sont bien cassés aussi, et cette histoire devient vraiment casse-pieds, mais ça n’explique toujours pas pourquoi on en a au bout du compte treize à la douzaine.

Cela fait trois bonnes semaines qu’on m’a fait découvrir cette image, et depuis je planche. Comment peut-on être si bête devant une bête planche de dessin ?

J’ai bien vu évidemment que c’est à gauche que ça se passe : le groupe de 5 gars en marcel se retrouve soudain à 6, alors que rien n’a changé à droite où ils sont toujours 7.

Bref, je n’y comprends vraiment rien, et ça m’énerve. Alors, si quelqu’un est à même de proposer ici une solution, qu’il n’hésite pas à faire un commentaire. J’en connais plus d’un qui serait heureux de se sentir moins bête !

mercredi 13 février 2008

Ils continuent à tuer Socrate…

Un beau jour de mai 399 avant Jésus-Christ, Socrate dut boire un verre de ciguë sachant qu’il allait y rester. Il avait été condamné par ses concitoyens athéniens pour avoir soi-disant introduit de nouvelles divinités et corrompu les jeunes. Il n’avait en fait que cherché à ce que les gens réfléchissent par eux-mêmes et sur eux-mêmes. De ce fait, il avait rénové la philosophie et la politique, en mettant l’individu, dans toute sa fragilité, au centre des préoccupations. Socrate fut le premier à dire que la seule chose qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien. Quand on y réfléchit, c’est effectivement – dans son ironie – révolutionnaire. Socrate fut donc tué et son disciple-témoin Platon eut raison d’écrire alors que « les maux ne cesseront pas pour les humains avant que les authentiques philosophes n'arrivent au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à philosopher véritablement ».

On est bien loin du compte ! Quand on regarde la manière dont nos politiciens gèrent les affaires de l’État, il y a de quoi se poser des questions. Un exemple, parmi d’autres : mon pays – la Belgique – est, pour ce que j’en perçois, confronté à une crise politique importante et profonde, dont on n’est pas prêt de sortir. La véritable crise n’est sans doute pas celle qu’on croit. Les révélations diverses et réactions multiples de ces derniers jours semblent montrer que nous sommes confrontés à une querelle permanente entre les hommes politiques. L’enjeu n’est plus de gouverner la cité. L’enjeu n’est même plus d’avoir le pouvoir. L’enjeu est simplement d’empêcher l’autre de l’avoir. Je ne crois malheureusement pas qu’il y en ait qui soient plus propres que les autres. Tous, chacun à sa manière, passent leur temps à lancer une petite phrase assassine, à empêcher qu’un dialogue avance, à critiquer et à dénigrer l’autre. Comment pourrait-on progresser avec comme seule volonté d’empêcher l’autre d’avancer ?

Dans cette lutte publique morbide, un acteur important n’est pas en reste : la presse. On a l’impression que chaque journal cherche avant tout à publier l’information qui mettra le feu aux poudres. En osant prétendre que c’est ça, faire du vrai journalisme ! Sans doute, toute information est-elle bonne à dire. Mais le tout est dans la manière de le dire. Lorsqu’en plus de l’information, on cherche la provocation, fait-on encore du journalisme ? Tout comme pour les politiques, l’enjeu de ce type d’informations n’est même plus – pour ce que j’en comprends – de vendre le maximum d’exemplaires. Il est simplement d’être celui qui lâchera l’information qui tue…

On en revient à Socrate. On continue à le tuer. Si les objectifs ne sont plus ni de gérer le bien collectif ni d’informer et de faire réfléchir, alors toute cette clique ne vaut pas mieux que ceux qui ont condamné Socrate. Mine de rien, l’impact de celui-ci sur notre civilisation et notre culture est immense. Socrate représente le réel début de la culture dite judéo-chrétienne. Lors de sa mort, certains décidèrent de lui ériger une statue, disparue depuis longtemps. Mais sa pensée est encore là, bien vivante. Toujours dangereuse pour ceux qui ne voient que leur propre personne. Ceux qui n’ont pas compris que le « Connais-toi toi-même » n’a de sens que pour mieux comprendre les autres.

Pendant combien de siècles encore allons-nous lui faire boire la ciguë ?

lundi 11 février 2008

Sir Paul, voulez-vous m’épouser ?

Puisque de toute évidence, l’Euromillions n’est pas le bon moyen pour s’enrichir, il faut innover. Je crois que j’ai trouvé un bon filon : suivre l’exemple de Mme Heather Mills !

La démarche n’est pas trop compliquée : il suffit d’épouser Paul McCartney, de vivre quelques années avec lui, éventuellement – mais ce n’est peut-être pas obligatoire – de lui faire un enfant au passage, et puis, quand le moment est venu, de demander le divorce pour incompatibilité d’humeur. Après, il faut s’armer un peu de patience, recruter quelques bons avocats, menacer de tout divulguer (?), attendre encore un peu, et au bout du compte, vous obtenez 55 millions de livres – 74 millions d'euros – pour simplement disparaître de sa vie définitivement.

D’accord, 74 millions, ce n’est quasiment que la moitié des 130 millions promis par Euromillions. Mais il faut bien faire avec ce qu’on a, et – à tout prendre – autant se contenter de ça. Finalement, ce n’est quand même pas si mal.

Bref, le plan m’a l’air particulièrement bon. D’autant plus que durant le mariage, il est permis d’utiliser l’argent disponible pour de bonnes causes, y compris humanitaires. De quoi s’acheter une bonne conscience tranquille.

Évidemment, il me faudrait encore rencontrer ce brave Paul qui, pour le moment, ne sait pas encore que j’existe. Si quelqu’un peut m’aider, j’en serais bien content. Après, j’en fais mon affaire : je suis sûr que je parviendrai sans problème à le séduire, en lui montrant combien je ne suis pas du tout intéressé par son argent. Il me faudra sans doute être un peu patient, quoique quand on voit avec quelle rapidité M. Sarkozy a pu épouser Mme Bruni, je me dis que j’ai toutes mes chances.

Et je vois déjà devant moi le sourire ébloui de M. McCartney lorsque, l’instant béni enfin arrivé, je lui susurrerai « Sir Paul, voulez-vous m’épouser ? ».

dimanche 10 février 2008

Ils ne m’auront plus !

Vraiment, j’ai participé à l’arnaque du siècle. Ils ne m’auront plus. Soi-disant, j’allais devenir scandaleusement riche. Même mon dentiste s’y était mis en me faisant croire que pour une mise de 6 euros, j’allais en empocher 130 millions.

Bernique, j’ai eu beau jouer à ce foutu Euromillions – comme tant d’autres européens -, rien. Je n’ai rien gagné. À vrai dire, c’est encore même plus grave que ça. Avec mes 6 euros conseillés par mon dentiste, ce foutu arracheur de dents, j’avais droit à 15 nombres. Et bien, pas un seul de ces 15 nombres n’a été tiré par leur foutue machine. Du moins si je dois en croire les résultats donnés sur Internet… parce qu’enfin, s’il fallait croire tout ce qu’on trouve sur Internet, on deviendrait rapidement con !

En attendant, j’ai bêtement perdu 6 euros. Vous allez me dire qu’il n’y a pas de quoi en faire un drame. D’accord, ce n’est pas ça qui va me ruiner. Quoique. Si je m’écoutais, je rejouerais. C’est détestable de rester sur un échec. Mais ils ne m’auront pas : je ne participerai plus à leur arnaque.

C’en est vraiment une : j’allais donc gagner 130 millions… et il n’y a même personne qui a touché le jackpot ! Ces 130 foutus millions sont répartis en je ne sais combien de joueurs. En fait, je le sais : il y en a 16, s’il faut en croire Internet. Et ils gagnent chacun 8 662 872 euros. À côté de 130 millions, c’est vraiment la honte ! D’autant plus que je n’en suis pas : je vous l’ai dit, je n’ai même pas eu un numéro de bon !

Y a vraiment de quoi déprimer. D’ailleurs, je déprime. Na !

samedi 9 février 2008

Il suffit d’un peu de bleu…

FMG © 2008

Il suffit d’un peu de bleu et tout revit. Chacun remise ses souffrances. Chacun profite de cette lumière nouvelle qui vient chasser les gris des jours brouillardeux et les noirs des nuits glaciales.

Cela ne m’a pas empêché de prendre un coup de froid et de me retrouver avec une laryngite à syndrome rhinique ! Il me fallait passer par la pharmacie. Pas de chance : le samedi est le jour préféré de la plupart des malades pour faire leurs courses en pilules, gelules et sirops divers. Bref, le samedi, il faut s’armer de patience pour aller faire la file dans l’officine. Quand j’y entrai, quelle surprise : personne, si ce n’est la pharmacienne avec son sourire enjôleur. Toute contente de me voir : depuis ce matin, c’est le calme plat. Comme si les malades n’étaient plus malades. D’ailleurs, elle me raconte que son mari – ah, il y a un mari ! – a été ce matin chez le dentiste et que le client précédent – oui, je sais, normalement, on parle de « patient », mais je préfère la réalité du terme « client » -, bref le client précédent a tout simplement oublié de venir ! Sa rage de dents n’était plus qu’un lointain souvenir auquel il était devenu inutile de consacrer un peu de temps et d’argent.

Il suffit d’un peu de bleu et tout s’illumine. Chacun va se promener ou jardiner quelque peu. Chacun profite de la chaleur des rayons lumineux pour oublier que les arbres sont encore noirs et nus.

Suis-je donc condamné à ne parler que de la pluie ou du beau temps, comme tout un chacun ? Sans doute est-ce là la banalité de l’existence ? Mais un des charmes de nos pays n’est-il pas de bénéficier de quatre saisons bien marquées, bien distinctes, même si elles ont tendance ces derniers temps à bouleverser leurs bonnes vieilles habitudes ? Et voir renaître la lumière alors que nous ne sommes jamais qu’au début du mois de février, c’est toujours un miracle. C’est d’ailleurs bien le sens des carnavals de chez nous : faire un pied de nez au bonhomme hiver. Et si le mystère de l’organisation temporelle des années religieuses a fait tomber le mardi gras fort tôt cette année, ce n’est peut-être pas un hasard. Pas un signe non plus. Juste une réalité.

Il suffit d’un peu de bleu et tout reprend sens. Chacun se love dans la lumière. Chacun retrouve un peu du sel de sa vie pour s’ouvrir aux autres, à la nature, à l’universalité de nos rêves humains.

dimanche 3 février 2008

Le temps, quête inutile ?

FMG © 2005

Il y a quelques années, un nouvel accès à l’autoroute a été construit à partir de Louvain-la-Neuve. J’avais estimé que ce raccourci me permettrait de gagner entre 20 à 30 secondes par trajet.

Dérisoire ! Mais nous étions en 1998-1999. L’année de ma mise à la retraite étant théoriquement 2019, j’allais donc pouvoir gagner ces 20 à 30 secondes pendant une vingtaine d’années. À raison d’environ 230 jours de travail par an – nombre bien théorique, surtout dans mon cas, mais il faut bien une base – j’allais donc pouvoir gagner environ 115 000 secondes, soit un peu moins de 2000 minutes, ou environ 33 heures. Presque une semaine de travail ! Ou plutôt, une semaine de congé supplémentaire !

Je me souviens avoir à l’époque partagé mon enthousiasme avec un collègue tunisien. Il m’avait regardé avec un air très étonné – conformément à la sentence africaine bien connue « Vous avez vos montres, mais nous avons le temps ! » – mais néanmoins très intéressé. À côté de ses tâches pédagogiques, il écrivait quelques articles pour la presse locale et était ravi d’avoir un exemple concret pour montrer à ses lecteurs les différentes manières d’appréhender le temps !

Nous ne sommes pas encore en 2019, et – après 10 années – je ne suis pas sûr d’avoir vraiment gagné une demi-semaine de congé. Quand bien même serait-ce le cas, aurais-je vraiment gagné quelque chose ?

J’ai plutôt l’impression d’être compressé en permanence par le temps. Inexorablement. J’adore ce mot : inexorablement… Je le sens résonner de tout son sens. S’il y a bien quelque chose auquel il peut s’appliquer, c’est le temps. Le temps qui défile, sans jamais s’arrêter, sans jamais reculer, sans jamais se reposer. Inexorablement. Vouloir le retarder ou vouloir le gagner ne peuvent être que des illusions désespérantes.

Je n’ai pas l’impression d’avoir assez de temps pour faire tout ce que j’ai à faire, ou plutôt tout ce que je voudrais faire. Et pourtant, je n’ai pas l’impression non plus de prendre mon temps. Plutôt celle d’être pris par le temps. Est-ce que cela a du sens ?

« Le Temps n'a d'autre fonction que de se consumer : il brûle sans laisser de cendres. » (Elsa Triolet). Ne devrions-nous pas le laisser brûler à son rythme ? Peut-on espérer un jour avoir le temps d’avoir le temps ? Plutôt que de vouloir le vaincre, ne faut-il pas s’en libérer ? Ne plus y penser ? De toute façon, il s’écoulera bien sans nous.

lundi 28 janvier 2008

Ce Liban qui n'en finit pas…

FMG © 2006

Un attentat par ci, un attentat par là… Quelques morts au passage. Dans l'indifférence ? Ce serait une erreur de le croire. La mort ne laisse jamais personne indifférent. Les Libanais le savent bien, eux qui la côtoient depuis si longtemps. Alors qu'il y a tant à faire. Mais le monde, lui, s'en fout. Sans doute. Finalement, cela arrangerait bien la Syrie, l'Iran, Israël, les États-Unis et l'Arabie saoudite que le Liban disparaisse, une bonne fois pour toutes rayé de la carte. Les Libanais ? Ils n'ont qu'à aller ailleurs, n'est-ce pas ? Quasiment un an après un autre message, cela donne toujours la nausée !

Liban

D’une guerre à une autre guerre
D’un Liban à un autre Liban
Pourquoi faut-il ces cimetières
Ce retour incessant au néant

Pourquoi ces bombes tombent-elles sans cesse
Sur ces gens qui pourtant ne cherchent qu’à s’amuser
Sur ces femmes qui connaissent les vraies caresses
De la vie, de l’amour et de la liberté
J’ai vu dans ce pays des hommes se reconstruire
En continuant à croire qu’il devait être possible
De partager ensemble une terre et un avenir
Au-delà de ces religions qui ne sèment que la zizanie

Quel est ce droit que se donne un pays
D’inexorablement en détruire un autre
Sous prétexte qu’il y est d’autres partis
Ce pays à détruire pourrait alors être le nôtre
Ces messieurs qui savent où se trouve leur bon droit
Savent-ils où se trouve celui de ces enfants
Dont la vie ne tient qu’à un poker de rois
Sur la table de ceux-là qui se croient si puissants

François-Marie GERARD - FMG © 2006

samedi 26 janvier 2008

La fusée de Tintin : être en projet

Hergé © 1954

Ceux qui me connaissent, surtout professionnellement, savent que la fusée de Tintin a une certaine importance pour moi. Non seulement, mon bureau en affiche deux posters, mais surtout, lorsque je suis en costume – ce n’est pas fréquent, mais cela m’arrive – j’ai en boutonnière ladite fusée.

On m’en parle souvent, évidemment : dans le sérieux des « costards », cela fait tache ! Selon les cas, on me dit « Ah, vous montrez que vous êtes belge » ou bien « Vous aimez la BD ? ». Ces deux raisons sont correctes, mais elles ne sont pas les plus importantes.

La première raison est la beauté de l’objet. Hergé était un génie, mais il l’a été encore plus en dessinant cette fusée. Quelle ligne ! Quelle puissance ! Quelle audace dans les couleurs ! Ceux qui ont dessiné de vraies fusées n’ont pas eu autant d’imagination !

La deuxième raison, certainement la plus importante, est plus symbolique que formelle. Cette fusée représente pour moi le fait d’être en projet. N’est-ce pas là le plus incroyable projet que l’homme ait pu avoir et réaliser ? Le 21 juillet 1969, alors qu’Eddy Merckx gagnait son premier Tour de France, que l’Europe entière chantait « Daydream » de nos petits belges Wallace Collection, un être humain foulait pour la première fois officiellement le sol de la Lune (du moins, si on en croit la version officielle, ce qui est mon cas, mais pas celui de tout le monde). En réalité, 15 ans plus tôt, c’est un autre petit belge qui avait mis les pieds sur notre satellite naturel (Ardan, l’héros de Jules Verne, n’a fait – en 1865 – que voler en orbite autour de la Lune… et si Lucien de Samosate, auteur grec du IIe siècle, relate dans son Histoire véritable le périple de son héros sur la Lune, il semble que c'est plus un conte facétieux sans aucune référence scientifique).

Mais là n’est pas la question. Ce qui est extraordinaire, c’est de concevoir le projet d’aller sur la Lune et de le réaliser. Ce qui a priori est impossible devient réalisable. Nous sommes tous périodiquement confrontés à des rêves qui nous paraissent impossibles, dans quelque domaine que ce soit. Souvent, ils le restent, parce qu’on les laisse à l’état de rêve. Et ce n’est d’ailleurs parfois pas plus mal : le rêve est aussi une merveille à ne pas perdre.

Mais de nombreux rêves, ou plus simplement de nombreuses marches à franchir, peuvent devenir réalité, simplement parce qu’on les transforme en projet. Et qu’on se donne alors les moyens d’atteindre ses objectifs. Ça ne réussit pas toujours, il ne faut pas s’illusionner ! Mais en tout cas, le meilleur moyen de ne pas atteindre un but est de croire que ce n’est pas possible, alors que le meilleur moyen de l’atteindre est de se mettre en projet de l’atteindre.

Alors, la fusée de Tintin est toujours là pour me rappeler cette évidence ! Pouvoir se dire « Et pourquoi pas ? ».

dimanche 20 janvier 2008

Mon illusoire belgitude

Hier soir, nous étions au restaurant. Sans grande originalité, j’avais choisi un pavé de bœuf. Belle pièce, exquise ! Pendant que je la dégustais, j’appréciais aussi à sa juste valeur le chicon braisé qui servait d’accompagnement (en plus des frites, bien entendu). Je pensai soudain que décidément, il n’y avait sans doute qu’en Belgique qu’on puisse servir un steak accompagné d’un chicon (c’est-à-dire, pour mes lecteurs français, une endive). Et sans doute avais-je raison ?

Élargissant ma pensée, en ces temps troublés pour ma Belgique dont on ne sait plus trop quel est son avenir, je me dis qu’on ferait peut-être mieux de rechercher ce qui est commun à tous les Belges plutôt que ce qui différencie flamands et francophones (notez que je n’écris pas « wallons » : pour moi, francophone né à Bruxelles et vivant en Flandre, travaillant en Wallonie ou au bout du monde, j’avoue que le concept « Wallon » n’a pas beaucoup de sens).

D’autres l’ont fait avant moi et ont créé le concept de belgitude, voulant désigner par là ce qui ferait l’identité belge. Personnellement, je suis convaincu que la belgitude existe. Je crois profondément qu’un francophone de Belgique a plus de points communs avec un flamand qu’avec un Français, tout comme un flamand est plus proche d’un francophone de Belgique que d’un Hollandais. Disant cela, il est clair que je définis – comme d’autres – la belgitude par ce qu’elle n’est pas : le Belge ne serait ni un Français, ni un Hollandais, ni un Allemand, ni un Luxembourgeois… C’est bien vrai, mais si on est défini par ce qu’on n’est pas, est-on vraiment ?

On trouvera bien sûr toujours une série de points communs : depuis Jules César (il n’était pas belge, mais a dit des choses très gentilles à leur propos, tout en les envahissant) jusque Jean-Claude Van Damme (lui, il est bien belge, et a dit des choses d’anthologie, dont on n’a peut-être pas à être trop fiers…), en passant bien sûr par Hergé, Brel, Simenon, Merckx, Magritte… Par celui-ci, la Belgique a fini par reconnaître qu’elle était le royaume du surréalisme, ce qui est démontré au quotidien par nos politiciens. Corollaire de ce surréalisme quotidien, nous sommes sans doute les champions de l’autodérision. Enfin, il faut bien dire qu’existe une véritable culture culinaire belge : frites, moules, chicons, bières, chocolats, genièvres… sont là pour en témoigner.

Et après ? Tout cela est-il bien sérieux ? Quand bien même ce le serait, cela changerait-il quelque chose ? La Belgique en serait-elle autre ? Aurait-elle plus d’avenir qu’elle n’en a déjà ? Finalement, le plus important n’est-il pas le plaisir que j’ai eu à manger mon morceau de « bleu blanc belge » accompagné de ce chicon braisé bien belge ?

Pour ceux qui voudraient tester leur belgitude, une seule adresse !

samedi 19 janvier 2008

Christiane Stefanski, ou le bonheur de chanter


FMG © 2008

Voilà plus de 30 ans que Christiane Stefanski est une incontournable de la chanson de paroles belge. Et pourtant, des paroles, elle n’en a écrite aucune (enfin, presque) ! Stefanski est une interprète, au sens le plus noble du terme. Avant de chanter ces chansons des autres, il faut d’abord les choisir… et elle le fait parmi les plus grands : Bernard, Brel, Bialek, Ferré, Gilbert, Kaufer, Lafaille, Nougaro, Perret, Semal, Sylvestre, Vian et bien d’autres encore.

Le seul défaut de Christiane, c’est qu’elle ne sort un disque que tous les 6 ans, en moyenne. Et il faut parfois attendre 10 ans ! Son dernier album – Belle saison pour les volcans – est sorti en 2007, ce qui nous vaut quelques concerts.

À Evere, ce 18 janvier 2008, une bonne centaine de spectateurs ont pris le temps de l’attendre. Mais ça valait la peine. Un peu à l’inverse, quoique, du sens profond de sa sublime première chanson – Je chante, excuse-moi, d’Anne Sylvestre – on sent, dès les premiers élans de la voix, un incroyable bonheur de chanter. Celui-ci anime tout le corps de cette grande dame. Les chansons, parfois connues, prennent une autre dimension, souvent dans les profondeurs du cœur, une fois que Christiane se les est appropriées : Les cœurs tendres de Jacques Brel, Rimes de Claude Nougaro, Les petites filles et Le pays petit de Claude Semal, ou Graine d'ananar de Léo Ferré, reprise ici en vidéo…

L’orchestre n’est pas en reste, et Christiane lui donne une place de choix : Frank Wuyts, un peu effacé, mais au piano pleinement présent, John Valcke, à la contrebasse chaude et droite, Christophe Stefanski, avec sa batterie pleine de finesse, Stéphane Martini, virtuose de la guitare, et enfin cet indispensable Denis Van Hecke, le roi du violoncelle.

Un peu plus d’une heure de concert, ce n’est pas très long. Mais quel bon moment ! À consommer de manière immodérée !

jeudi 17 janvier 2008

Le livre et la torture

FMG © 2007

On peut ne plus vouloir écrire. Même quand on aime ça. Ce n’est pas nécessairement un manque d’inspiration. Comme disait Jack London « On ne peut pas attendre que l’inspiration vienne. Il faut courir après avec une massue. ». Mais on peut se trouver dans un état d’esprit qui fait qu’écrire devient un poids. Dans ces moments-là, ne pas écrire est la seule manière de se protéger de cet autre coup de massue.

Ce peut être tout simplement parce qu’on a trop écrit, voire qu’on a été obligé de trop écrire. Mine de rien, même quand on aime ça, même quand les mots s’enchaînent assez facilement l’un après l’autre, écrire demande toujours une dose d’énergie relativement importante. Avec en plus, chaque fois, cette angoisse d’écrire n’importe quoi.

S’il y a bien un acte qui doit être libre, c’est celui d’écrire. Un droit fondamental de tout individu est d’écrire ou de ne pas écrire. Bien sûr, il y a des professionnels de l’écriture, romanciers, journalistes, essayistes, et autres blogueurs impénitents. Ils devraient aussi avoir le droit – parfois – de ne pas écrire, de se taire. Le droit de se taire est sans doute tout aussi important que celui de s’exprimer. Mais quand on a pris l’habitude de lire quelqu’un, il est quelquefois difficile de comprendre et d’accepter que le plus simplement du monde, il n’écrive plus. Et si l’acte d’écrire était devenu – ne fut-ce que provisoirement – un acte de torture ?

On peut ne plus vouloir écrire. C’est un droit. J’en suis convaincu. A-t-on le droit de ne plus communiquer ? En réalité, j’en doute. La communication n’est-elle pas l’acte fondamental qui nous fait homme ? Peut-on être humain sans communiquer ? Je ne crois pas. Qu’importe qu’on veuille écrire ou non, tant qu’on communique. Je suis sans doute naïf en écrivant cela… encore cette angoisse d’écrire n’importe quoi !

Je n’avais pas envie d’écrire. J’ai écrit. Sans doute n’importe quoi. Y ai-je gagné quelque chose ? Ai-je seulement communiqué de cette manière ? Il est des jours où non seulement on a le droit de se taire, mais où aussi et peut-être surtout on aurait le devoir de se taire.

mardi 15 janvier 2008

Chez Leprest


Lorsque j’ai appris l’existence de ce CD, c’était au début décembre 2007. Une époque où par-ci par-là on me demande des idées de cadeaux susceptibles de couvrir anniversaire, Noël, Nouvel An, et autres joyeusetés de cette période.

En tête de liste, j’ai mis « Chez Leprest ». J’ai mis aussi d’autres babioles, mais ce qui m’importait, c’était ce disque. Les fêtes sont passées, avec un secret espoir… jamais satisfait. Décidément, on avait décidé de m’offrir d’autres choses, dont je suis ravi d’ailleurs ! Mais quand même, l’objet convoité ne venait pas.

Les fêtes terminées, je me suis rendu chez un de mes disquaires préférés, là où je me disais que je pourrais enfin acquérir ce bien précieux. Bernique ! Rien du tout ! Le préposé connaissait bien l’album, mais m’annonçait qu’il n’était pas encore sorti en Belgique et qu’en réalité, il y avait peu de chance que ce soit le cas.

J’avais bien acquis par téléchargement légal « Tout c’qu’est dégueulasse porte un joli nom », chanté sublimement par Olivia Ruiz. N’empêche, ce qui était dégueulasse, c’était l’impossibilité d’avoir ce disque que je voulais avoir.

Mon désespoir n’était pas sans fin… y a plus grave que ça, quand même. Et je m’étais presque fait une raison. Jusqu’au jour où une amie passionnée de chansons – souvent les mêmes chansons que moi – m’annonça fièrement qu’elle avait acheté « Chez Leprest », qu’elle était ravie de son achat, que décidément Leprest, c’était quelqu’un, et qu’il y avait des gens qui le chantaient vachement bien… Elle m’exprimait même son étonnement de découvrir un Hervé Vilard vrai chanteur, émouvant. Bref, le fer tournait et tournait dans la plaie. Pas pu m’empêcher de lui dire !

Et ce matin, merveilleuse surprise, dans la boîte aux lettres… une lettre de France, avec en son sein, ce CD tant convoité !

C’est un petit joyau. Chaque chanson est un miracle de la vérité. Chaque texte est un sommet des mots bien écrits. Chaque interprétation est un moment de plénitude, un vertige de luminosité. Quinze interprètes, quinze artistes !

Vous qui lirez ces lignes, n’hésitez pas à acquérir ce disque… en espérant pour vous que vous ne soyez pas en Belgique (quoique, aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un obstacle). Vous aurez droit aussi à ce trésor… les chansons sont faites pour être partagées. Mais ce que vous n’aurez peut-être jamais, c’est le doux ébahissement de recevoir une lettre et d’y découvrir ce qu’on n’attend plus. Ça, c’est le plus grand des bonheurs ! (Enfin, j’exagère… mais c’est quand même un très beau bonheur.)

dimanche 6 janvier 2008

Épiphanie, la fête des petits

L’Épiphanie a toujours été pour moi une fête particulière. D’abord, parce que c’était une fête en mouvement. Dans la maison de mon enfance, il y avait une crèche qu’on plaçait dans le courant du mois de décembre. Le jour de Noël, on y plaçait naturellement le petit Jésus. Et le voyage des rois mages commençait : ils allaient faire tout le tour de la pièce. Chaque jour, ils avançaient un peu. On les plaçait là où on pouvait. Mais inexorablement, leur avancée leur permettait d’arriver à la crèche le 6 janvier. J’aimais ce mouvement.

J’aimais aussi – et sans doute, j’aime encore – le symbole de cette marche. Trois rois, parmi les plus puissants de la terre, se mettaient en route guidés par une improbable étoile. Rien que cela est déjà extraordinaire : accepter de tout laisser et de se mettre en mouvement pour suivre une étoile ! Tenter, sans force et sans armure, d'atteindre l'inaccessible étoile !

Tout ça pour quoi ? Aller se prosterner devant un bébé né dans une vulgaire crèche, déjà rejeté de tous les bourgeois et autres enfarinés. C’est assez incroyable (et je ne sais pas si j’y crois vraiment). Des « grands de ce monde » viennent rendre hommage à un petit bébé, inconnu et ignoré de tous. Belle humilité. Reconnaissance de la vie, des plus petits d’entre nous.

Et pour terminer la belle histoire, un dernier pied de nez aux puissants : alors qu’Hérode attend le retour des rois mages pour aller liquider ce bébé qui menace son trône, ceux-ci ont l’idée malicieuse de s’en aller par un autre chemin, à la sauvette ! Dommage cependant que cela ait fini dans le massacre d’innocents bébés nés à la même époque…

Il nous est surtout resté de cette fête nomade le partage de la galette des rois, à la recherche de la précieuse fève. Avec distribution aléatoire des morceaux grâce au plus petit – c’était souvent moi – placé sous la table et décidant de tout ! Et voilà qu’on devient « roi » ou « reine » d’un jour par pur hasard, sans que personne ne songe à remettre en question cette royauté ! Avec en plus le droit de choisir sa reine (ou son roi) !

Décidément, notre monde n’a-t-il pas beaucoup à apprendre de cette fête ?

vendredi 4 janvier 2008

Main dans la main



À vrai dire, je ne suis pas très fan de toutes ces vidéos qui fleurissent sur Internet. Sans trop de raisons d’ailleurs. Simplement, je n’aime pas trop ça.

Mais celle-ci m’a ému. Quand la vie vous joue des tours et que vous êtes capables d’en faire un tour, ça vaut le détour ! S’il n’y avait que cela, ce ne serait sans doute que sensiblerie. Au-delà de la performance physique et du pied de nez à l’adversité, il y a là un peu d’art… que dis-je, un peu beaucoup !

La beauté du geste, l’harmonie des mouvements, la profondeur du dialogue, tout cela fait de cette rencontre main dans la main un instant de vérité, de vision de l’indicible éternel.

L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. (Robert Filliou)

mardi 1 janvier 2008

Des sourires

Un sourire est un trésor inestimable.
Il peut s’immiscer dans nos vies à n’importe quel moment,
l’illuminer le temps d’une étincelle ou d’un lever de soleil,
nous transporter instantanément dans le monde du bonheur.

Que chaque journée soit l‘occasion d’un sourire.
Partagé ou à partager, reçu ou donné,
Que ce sourire te fasse rire à la vie
Et ensoleille celle de ceux qui t’entourent.