vendredi 3 février 2012

Chansons oubliées : Le gardien du port, par Roger Schep (1965)

Ce n’est pas que cette chanson soit oubliée par la plupart des humains. Simplement, ils ne la connaissent pas et n’en ont jamais entendu parler ! Si moi-même je la connais, c’est sans doute un peu par miracle ! À l’époque – on était en 1965 – mes parents étaient abonnés à une revue qui parlait de chansons : Chansons pour tous (Revue musicale familiale). Un jour, le numéro du mois - à 10 francs belges - était accompagné de ce 45 tours… que nous avons écouté en boucle sur notre Teppaz, avec « Le gardien du port » en face A et « Annabelle » en face B. Cette chanson « Le gardien du port » m’a vraiment impressionné et je crois que je l’ai encore plus chantée moi-même qu’écoutée. Quelque part, ce texte était un peu « politiquement incorrect » pour l’époque. C’est peut-être ça qui me plaisait bien.

Roger Schep était un artiste namurois né en 1937. Il a chanté, mais aussi peint. Dans les deux cas, ça ne nourrissait pas son homme, et il a donc œuvré à d’autres intérêts. N’empêche, il a connu son heure de gloire puisqu’il a quand même fait la première partie de Jacques Brel, à l’Ancienne Belgique ! Il a continué à chanter en amateur. En 2006, il était encore sur scène à Gelbressée. Mais il décédait l’année suivante, à Namur.

Il est accompagné sur ce disque par le groupe « Les Noctambules », un orchestre de jeunes actif pendant « les golden sixties », sous l’inspiration des Shadows. Ils savaient manier la guitare !

Le gardien du port

Avec ma figure de travers
Je suis le gardien du port
Et si tu savais
Combien j’en ai vu de loups de mer
Qui boivent et parlent fort
Ah tu me dirais
Que j’en connais un sacré bout
À force d’écouter
Les récits de ces diables fous
Doux comme des bergers
Qui ont pris la mer pour maîtresse
Et que les grands espaces
Remplissent de sourdes allégresses
Rendent calmes et sagaces

Combien j’en ai vu de matelots
Qui parlaient des filles blondes
Du port d’Hambourg
Des filles de Londres et de Tokyo
Et qui maintes fois du monde
Avaient fait le tour
Ces gaillards-là m’ont fait porter
Des noms d’un peu partout
Igor Yvon Johnny René
De quoi devenir fou
Et si j’ai pas le pied marin
Tu peux me demander
N’importe lequel de leurs vieux refrains
Je te le chanterai

Ils m’ont ramené des souvenirs
Il y a chez moi des tas
De petits bateaux
Des pipes, un châle de cachemire,
Du tabac de Sumatra
Des noix de coco
Et si tu veux bien t’amuser
Prends un flacon de fine
Et viens visiter mon musée
De la marine
Tu m’y verras grandeur nature
Sur le panneau central
Arborant avec fière allure
La tenue d’amiral

Si j’ai la figure de travers
Et bien c’est parce qu’un jour
Au petit matin
Avec les marins du Dragon vert
Pour une histoire d’amour
Éclata soudain
Une bagarre dont je sortis
Sanglant et courbattu
Si ma machoire est démolie
C’est un souvenir de plus
C’est depuis lors qu’à chaque escale
Les gars du Dragon vert
Viennent me tirer de mon local
Pour aller prendre un verre

Et quand je m’en retourne au pays
Faut voir comme les enfants
Attendent le jeudi
Car pendant toute une après-midi
Je raconte lentement
Quand ils sont assis
Des histoires à dormir debout
Pas souvent véridiques
J’suis pas menteur mais qu’voulez-vous
Il faut voir leurs mimiques
Le résultat de ces histoires
C’est qu’au bout de deux jours
Ils m’ont surnommé Barbe noire
Capitaine au long cours

Moi qui ne sais pas même nager
Je suis quelqu’un maintenant
Sans avoir dit ouf
Je les laisse entre eux se raconter
Que je suis un descendant
Du vaillant Surcouf
Tonnerre de Brest, sabre de bois
Crient-ils dans tous les coins
Quand je s’rai plus grand tu verras
Je serai aussi marin
Ah si les gars du Dragon vert
En arrivant au port
Apprenaient ça à mon p’tit verre
Ils en riraient encore
Ah sacré vieux menteur
Sacré vieux farceur
Sacré vieux loup de terre

vendredi 27 janvier 2012

Semal qui nous prend

Membre de la SABAM, ça ne me sert d'habitude pas à grand chose. Mais grâce à cette bonne vieille société, j’ai pu assister au spectacle « Ceci n’est pas un chanteur belge » de et avec Claude Semal ! Quel bonheur !

C’est loin d’être la première fois que je vois cet artiste en scène, mais ce nouveau spectacle – présenté en avant-première aux Riches-Claires jusque ce dimanche 29 janvier 2012 – est un petit bijou. Semal présente quatorze nouvelles chansons, plus une ancienne « Dormir au chaud », chantée en retrait, avec une violence maîtrisée mais néanmoins bien présente. Et il a tout à fait raison.

Pour le reste, beaucoup de chansons tournent autour de la belgitude – que cela aille d’une merveilleuse « Chez nous » en passant par la recette de la frite « La patate » sans oublier le tube interplanétaire « On a la frite », avec une tendresse aussi infinie que la critique acerbe qui les anime. C’est une des forces de Semal : allier tendresse, analyse critique, humour et poésie ! On est là dans la lignée – complètement assumée – du surréalisme, dans sa dimension la plus originelle.

Au-delà de la Belgique, Semal aborde des thèmes du quotidien : les éclopés de la clope, les maladies nosocomiales, la chirurgie esthétique, les implants érotiques… et même Facebook ! Chaque fois, ce sont de petits régals. Il se montre plus féroce lorsqu’il rend un « vrai » hommage à Guy Môquet, bien plus sincère que celui qu’a voulu donner un certain Président de droite à ce résistant communiste.

Là où Semal m’a le plus ému, c’est cependant dans la relation avec son fils. Si sur scène, celui-ci n’est qu’un œuf ou un ballon, on sent tout au long du spectacle cette incroyable relation d’amour entre le père et son vrai fils. Quel merveille ! Devant tant d’interrogations d’enfant, Semal nous dira deux grandes vérités fondamentales. Face aux inquiétudes de son fils et aux grands enjeux de la résistance, il lui dira simplement d’être lui-même, de croire à ce qu’il croit et de se moquer du reste ! Puis, pour finir, il nous sort une extraordinaire chanson sur « Être utile » où l’on sent bien que si on ne l’est pas, alors tout cela ne sert vraiment à rien, même si c’est futile, aussi petit fut-il…

Un Semal dégagé des artifices qui l’ont parfois accompagné. Mais cette fois subtilement accompagné d’une bande sonore très bien mise en musique par Frank Wuyts. Avec une indispensable mise en voix de Martine Kivits et une belle mise en scène de la compagne Laurence Warin (à côté de qui nous avions l’honneur d’être assis).

Un très beau spectacle à voir encore jusque dimanche… et puis plus tard pour tous ceux qui auront manqué ça. Parce que vraiment, c’est à ne pas manquer !

vendredi 20 janvier 2012

Megaupload dans les cordes

Hier soir, je l’ai vécu en direct. Je souhaitais transmettre à un ami le lien d’un fichier que j’avais transféré dernièrement sur Megaupload… et plus possible de me connecter sur mes fichiers. Megaupload, cette extraordinaire plateforme de partage de fichiers, est dans les cordes par décision de justice américaine.

La question est complexe. Étant moi-même actif dans une société de gestion des droits d’auteurs, je ne vais pas cracher dans la soupe. Le travail d’un auteur, dans quelque domaine que ce soit, est un vrai travail qui mérite salaire. L’explosion de la production numérique ne facilite pas le respect de cette règle essentielle et il faut trouver les moyens de régulation nécessaires pour permettre le respect de ce droit de base.

Maintenant, fallait-il pour autant fermer Megaupload ? Que ce site ait été utilisé pour transférer de manière illégale des tas de fichiers, c’est l’évidence même. Mais est-ce parce que de nombreux automobilistes ne respectent pas les limitations de vitesse sur les autoroutes belges qu’il faut pour autant fermer celles-ci ?

Il faut d’abord constater que la fermeture de Megaupload ne changera sans doute rien aux téléchargements illégaux. D’autres sites existent, qui font la même chose. Et d’autres sites naîtront tout aussi vite. Il y a même fort à parier que plus on fermera des sites de ce style, plus ils écloront. C’est une réalité qu’il me semble indispensable de prendre en compte. À ce niveau, une politique répressive risque fort de ne jamais atteindre ses objectifs, bien au contraire.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour que les droits des auteurs soient respectés. Mais il est sans doute plus important et intéressant de trouver des formules qui respectent les auteurs tout en reconnaissant la réalité des échanges numériques. Cela passe sans doute par des contributions au niveau des fournisseurs d’accès à Internet et par des « licences globales » permettant à tout un chacun de télécharger ce qu’il souhaite tout en assurant une rémunération des auteurs.

En plus de ne pas atteindre l’objectif recherché, la fermeture brutale de Megaupload est injuste. Si effectivement la plateforme était le lieu de transferts illégaux, elle était aussi la possibilité de sauvegarder et de partager des fichiers de manière tout à fait légale. Chacun – j’en suis – pouvait y placer des fichiers, personnels ou professionnels, pour en garder une copie et y donner accès à d’autres personnes bien déterminées. La fermeture du site coupe ainsi des milliers d’utilisateurs de leurs fichiers. En réalité, ce sont surtout ces utilisateurs « légaux » qui sont touchés par la fermeture du site. Les « illégaux » sont eux déjà sur d’autres plateformes.

Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’on partage des fichiers musicaux ou visuels qu’on est inévitablement dans l’illégalité. Par exemple, le blog Des raretés… pour le plaisir partageait, en passant par Megaupload, des chansons publiées en leur temps sur 33 ou 45 tours et qui n’ont jamais été rééditées en CD. Ces albums rares étaient ainsi partagés avec tous ceux que cela intéressait, sans atteindre d’une quelconque manière les droits de leurs auteurs. Pour certains de ces disques, il est possible de les acheter sur des sites de seconde main. Cela coûte une fortune. Que vaut-il mieux ? Revendre un 45 tours à un prix 100 fois supérieur à ce qu’on l’a acheté il y a 40 ans, ou partager gratuitement ces chansons oubliées pour que chacun puisse en profiter ? Il en est ainsi par exemple du 45 tours du « Double cinq » que j’ai partagé sur ce blog il n’y a pas longtemps et qui est maintenant inaccessible. Loin de léser les auteurs de ces chansons, je crois que je leur donnais une seconde vie !

Il est inutile dans ce débat d’accabler les USA. C’est vrai que la justice américaine a pris une décision qui affecte le monde entier. Elle ne l’a pas prise seule : d’autres pays sont impliqués aussi, dont la Nouvelle-Zélande. Le problème du piratage est effectivement international et on ne peut pas reprocher à une nation de prendre des mesures radicales pour organiser la lutte contre ce fléau. Mais ce n’est pas en prenant des mesures répressives et aveugles qu’on parviendra à faire quoi que ce soit.

En attendant, un outil extraordinaire de partage est fermé – et il y aura sans doute des fermetures d’autres sites. Cela ne change pas grand chose pour les pirates. Mais pour les utilisateurs légaux, cela change énormément, avec parfois même des conséquences dramatiques. De plus, on peut quand même se poser de nombreuses questions au niveau de la liberté. Fermer Megaupload, c’est – qu’on le veuille ou non – museler une partie de notre liberté d’échange. C’est attenter à notre droit fondamental de partager ce qu’on souhaite partager. C’est interdire aux gens de gérer leurs affaires comme ils le veulent. C’est organiser une censure au niveau mondial. Et cela, c’est quand même vachement interpellant !

mardi 10 janvier 2012

Plus ou moins

« Maintenant, je suis ‘plus ou moins pour’ le mariage homosexuel ». Cette phrase fait donc actuellement le buzz. Elle a été prononcée par Laura Beyne qui deviendra quelques instants plus tard Miss Belgique. Pour la tester tant sur ses jugements que sur sa manière de les exprimer, on lui avait demandé son opinion sur les mariages homosexuels. Sa réponse a sans doute globalement été exprimée maladroitement. Que je sache pourtant, on n’attend pas d’une Miss Belgique d’être une championne de la défense des idées. Cette réponse est néanmoins pleine de pertinence.

Elle l’est d’autant plus au moment où des « faiseurs d’opinion » comme Benoît XIV et Mgr Léonard ont répété leur condamnation sans équivoque du mariage entre homosexuels, en accompagnant celle-ci de grandes déclarations nauséabondes. Selon ces messieurs, ce mariage menacerait l’humanité tout entière et les majorités parlementaires qui l’ont adopté usurperaient leur pouvoir ! Ces prises de position sont cohérentes avec le cadre moral dans lequel évolue l’Église. C’est certainement en cohérence interne par rapport à la morale catholique, mais sans doute en incohérence externe par rapport au monde dans lequel nous vivons.

Revenons à Miss Belgique ! Certains bien pensants lui reprochent de ne pas s’être prononcée résolument pour le mariage homosexuel. Constatons d’abord que ce n’est pas le cas de tout le monde. Par exemple, Jean-Pierre Frisee, de l’asbl « Alliage » qui lutte contre l’homophobie à Liège, pense que cette déclaration est seulement anecdotique. De toute évidence, c’est ce qu’elle est. La belle Laura n’a pas cherché à entamer un grand débat moral. Heureusement !

Elle a simplement dit qu’elle était « plus ou moins pour » ! Comme elle a raison. Je ne dis pas cela par rapport au mariage homosexuel. Pour moi, la question n’est pas là, car celui-ci est avant tout aujourd’hui une réalité qui permet à de nombreuses personnes de trouver leur place dans la société, comme ils le désirent.

Mais je crois qu’on gagne souvent à être « plus ou moins pour » plutôt que de se prononcer unilatéralement dans un sens ou dans un autre. La réalité est toujours complexe. Elle est toujours en couleurs. Le noir et le blanc n’y ont pas beaucoup de place. Pour toutes les questions fondamentales, on peut bien sûr avoir une vision très claire, mais on peut aussi avoir des doutes, exprimer des nuances, se poser des questions. Le doute n’est-il pas la marque la plus profonde de l’humanité ? Exprimer des nuances n’est-il pas la meilleure preuve d’une belle intelligence ? Se poser des questions n’est-il pas un passage obligé vers la vie ?

vendredi 6 janvier 2012

Juste deux ans trop tôt

Il y a un peu plus de trois ans, je célébrais ici le départ de mon ami Stephen vers la préretraite (ou plutôt DPPR – Disponibilité pour convenance personnelle Précédant la Pension de Retraite [faut le savoir quand même]). Depuis, il se porte bien, merci pour lui. Si j’avais fait la même carrière que lui – c’est-à-dire si j’étais resté instituteur – j’aurais pu faire la même chose. J’ai choisi une autre voie et je suis loin de le regretter. Mais désormais, la date de ma pension s’est éloignée d’un coup !

Enfin, oui et non. En réalité, la date officielle est toujours la même : 65 ans (soit fin 2018 ou début 2019). Mais avec l’arrivée de notre nouveau gouvernement belge, les règles ont un petit peu changé. À l’époque, je pouvais prendre – comme tous les salariés belges – une pension anticipée à partir de 60 ans. Ce seuil va passer à 62 ans. Bon, deux ans de carrière en plus, ce n’est pas dramatique (d’autant plus que je n’avais pas encore pris de décision formelle). Mais ça, c’est sans compter une autre modification : désormais, il ne suffira plus de 35 ans de carrière (que j’aurai en 2013), mais de 40 années (et cela, je ne les aurai qu’en 2018).

Très concrètement, je pouvais donc arrêter de travailler à partir de 60 ans alors qu’avec les nouvelles règles – dont les arrêtés d’application doivent encore être concrétisés – je devrai me maintenir jusque 65 ans. Je suis passé d’un seul coup d’une possibilité de retraite dans 2 ans à une obligation de prester encore 7 ans. Cela fait une augmentation soudaine et brutale de 350% !

Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas en train de me lamenter sur mon triste sort ni même à contester le bien-fondé des décisions gouvernementales. C’est vrai qu’elles ne me plaisent pas trop dans ce qu’elles impliquent pour moi, mais d’un autre côté il fallait bien faire quelque chose pour réformer le système des pensions, car c’était invivable à moyen terme. Je ne sais pas si les décisions prises sont les meilleures à prendre ni même si elles permettront d’atteindre leurs objectifs. Je ne suis ni économiste ni politicien. Mais il fallait faire quelque chose et ce quelque chose correspond sans doute globalement à ce qui a été décidé.

Tout changement de règles à ce niveau a des répercussions pour tout le monde. Mes enfants qui rentrent petit à petit dans la vie professionnelle ne peuvent même pas savoir à quel âge ils pourront prendre leur pension ni même s’ils auront une pension. Je sais aussi que dans la majorité des pays de notre Terre, les gens ne savent même pas ce qu’est une pension, ou si peu ! Bref, je ne vais pas me larmoyer sur mon sort, mais ça fait quand même un choc.

Je fais un métier passionnant qui ne sera jamais reconnu comme ayant une certaine « pénibilité » (d’ailleurs, il faudrait pour ça que mon métier soit tout simplement « reconnu »). Il ne faut cependant pas croire qu’il ne fatigue pas, tant moralement que physiquement. Et donc, 7 années à prester encore, cela me paraît beaucoup… et je me serais volontiers passé d’une partie de celles-ci !

Qu’à cela ne tienne, lundi, je recommence à travailler pour une année 2012 qui sera bien intensive ! Sachant combien de gens aimeraient simplement pouvoir travailler, j’en ai bien de la chance !

lundi 2 janvier 2012

Les signaux détournés (11)

Par ces temps de fêtes, il faut savoir encaisser tous ces ingrédients succulents qu’on ingère en parfaite décontraction, sauf le lendemain quand on se regarde dans ce foutu miroir qui n’hésite jamais à accentuer tous les défauts de notre corps. Comme si ce n’était pas déjà assez affreux comme ça !

Toujours est-il que c’est assez déconfit que j’avais accepté une énième invitation à un repas de fête pour célébrer dignement cette année qui allait finir ou commencer, je ne sais plus trop bien. Mon esprit était vaseux et mon ventre gargouillait doucement à la suite des quelques festivités que je lui avais déjà infligées. C’était assez affligeant !

Je ne connaissais pas trop l’endroit et mon appareil de guidage satellitaire l’ignorait tout simplement. C’était bien parti. Après de nombreux détours, je finis par arriver devant des grandes grilles grises, largement ouvertes. Dès que je les dépassai pour emprunter une longue allée, je fus surpris de découvrir de curieux signaux routiers. D’habitude, ceux-ci sont plutôt rares dans une propriété privée. Si le signe du Yin et du Yang avait de quoi me rassurer – quoique, on ne sait jamais trop bien ce qu’il signifie –, je n’en dirais pas autant des hiéroglyphes qui ornaient le bas du signal d’interdiction. Que pouvaient-ils signifier ? Dans quelle secte allais-je me retrouver ?

Arrivé devant une belle bâtisse, je garai ma voiture et pénétrai dans cette demeure largement éclairée. Dès mon entrée, je découvris un buffet somptueux où de nombreux mets s’offraient au plaisir des yeux. J’eus cependant un haut-le-cœur m’effrayant déjà de devoir remettre ça !

La charmante personne qui m’avait invité se dirigea alors vers moi et me prit par le bras en me demandant si je connaissais leur mouvement : le MLM ! Je dus bien avouer mon ignorance totale. Elle souria et me demanda si je connaissais alors le seul régime alimentaire qui fonctionne vraiment ! Ayant été horrifié de me voir dans le miroir matinal, je lui montrai à la fois mon ignorance et mon intérêt. Elle souria encore et déclara « MLM » ! De plus en plus intrigué, je lui demandai de s’expliquer. M’emmenant faire le tour de l’incroyable buffet composé de deux mille douze douceurs plus affriolantes les unes que les autres, elle me dit que c’était bien simple : je pouvais manger de tout (enfin, façon de parler en l’occurrence), à la seule condition « MLM » ! Elle me susurra alors à l’oreille le secret de leur secte : « Mange La Moitié » ! Pour maigrir durablement et ostensiblement, il suffit de manger la moitié. J’ai envie d’un steak de 200 grammes. Pas de problème, pour autant que je n’en mange que 100 grammes. Je rêve de boire un bon whisky. Pas de problème, mais un verre servi à demi suffira. Une dame blanche est mon dessert préféré. Pas de problème, mais une boule de glace au lieu de deux fera très bien l’affaire. Et ainsi tout à l’avenant !

J’étais émerveillé. Voilà la solution et la voie, que je recherchais depuis si longtemps. Je décidai d’entrer immédiatement en religion et je mangeai le meilleur des festins que j’avais jamais dégustés. Mais la moitié seulement.

Alors que je profitais pleinement - c'est un euphémisme bien sûr - de ces adorables pitances, je fus intrigué par un couple qui en faisait tout autant, à la seule différence qu’à première vue ils ne semblaient pas réellement se priver de la moitié ! À côté d’eux, j’avais d’ailleurs une taille mannequin ! Je m’approchai d’eux et comme ils m’invitaient à les rejoindre, je leur demandai s’il y a longtemps qu’ils faisaient partie du mouvement MLM. Ils éclatèrent de rire et me confièrent qu’ils en étaient en réalité les fondateurs. Ils n’y avaient cependant plus aucune responsabilité, car les gourous actuels n’appréciaient pas vraiment leur évolution. Voyant mon regard étonné, ils m’avouèrent enfin qu’ils avaient un peu détourné le slogan fondateur « MLM » ! Je les invitais à m’en dire plus, mais visiblement ils hésitaient. Ils durent sans doute reconnaître en moi un futur adepte, et ils m’avouèrent : « MLM… Mange Le Maximum » !

Je fus pris d’une nausée sordide… et je m’en allai rejoindre ma voiture pour m’enfuir aussitôt. Je ne fus qu’à moitié étonné de constater que la moitié de mon réservoir avait été siphonnée. Il y en a qui ne perdent pas facilement le sens de leur vie.

jeudi 29 décembre 2011

Le ciel, la mer et la plage

FMG © 2011

Le ciel, la mer et la plage sont faits pour s’entendre. Ils peuvent s’étendre à l’infini et créer une harmonie sans cesse renouvelée. C’est beau !

Parfois cependant, les éléments se déchaînent sans plus aucun contrôle. Quels sont les événements déclencheurs ? Bien malin qui pourrait le dire. Il est d’ailleurs sans doute impossible de recréer la genèse des fils tortueux de la souffrance, de la perte d’identité, du dérèglement des sens.

Lorsque la tempête est là, une seule évidence : il faut la gérer pour qu’elle ne cause pas trop de dégâts. La nécessité est évidente. Pas la gestion. Chacun fait alors comme il le peut en essayant de garder le fragile esquif au milieu des vagues dans l’attente d’une éclaircie. On a alors beau savoir qu’elle viendra, on n’y croit plus trop. Et chaque bourrasque de pluie creuse des sillons de doute et de révolte.

Pourtant, le ciel, la mer et la plage sont faits pour s’entendre. Ils peuvent s’étendre à l’infini et créer une harmonie sans cesse renouvelée. C’est beau !

samedi 24 décembre 2011

La lumière revit

FMG © 2009

Comme chaque année, à pareille époque, la lumière revit. Inéluctablement. Le monde a beau se porter vaille que vaille, les astres s’arrangent entre eux pour respecter l’ordre des choses et faire revivre la lumière. Qu’il leur soit rendu hommage.

À cette date, on n’en sent pas encore vraiment les effets. Les hommes sont encore trop tournés sur eux-mêmes et sur leurs biens matériels : à 11h42, aujourd’hui, pour la petite Belgique, 11 072 paiements électroniques ont été effectués en une minute ! Admettons une moyenne de 50 euros par transaction, cela fait 553 600 euros en une minute. 33 216 000 euros à l’heure ! Comment voulez-vous voir la lumière dans ces conditions ?

Faut dire que les changements ne sont pas encore très visibles. Entre hier et aujourd’hui, c’est à peine si on a gagné une minute d’ensoleillement. Et ce n’était même pas cette minute à 553 600 euros. Celle qu’on a gagné se situait plutôt vers 16h58 ! Pas vraiment visible d’ailleurs : pour la plupart d’entre nous, il faisait déjà noir. Mais il faut y croire : les éphémérides ne se trompent jamais !

Le solstice d’hiver est donc là pour nous ramener vers la chaleur. Quoique ! On sait d’ores et déjà que cette année belge 2011, avec ses 11,6 °C de moyenne, sera la plus chaude depuis qu’on fait des relevés de température. Peut-on faire mieux encore ? Sans doute, mais cela ne ferait qu’amplifier encore la crise !

La crise ? Quelle crise ? Pas celle de la lumière en tout cas. Celle-ci renaît inexorablement chaque année à la même période. Là, rien de changé. Pas de crise. Juste de la beauté, de la vie, de l’émerveillement, de l’espoir, du rêve ! Puissions-nous en jouir pleinement !

dimanche 18 décembre 2011

Chansons oubliées : Nine, par Jean-Claude Rémy (1977)

Jean-Claude Rémy fait partie de ces chanteurs géniaux, mais intégres ! Dans les années 1970, il se mit à écrire des chansons, sans pour autant délaisser son boulot de professeur de sciences naturelles. Il était lui-même un de ces produits de la science : un soldat français perdu au Vietnam avait rencontré une belle – on le suppose – vietnamienne et lui avait fait un enfant qu’il ramena avec lui lorsque la guerre fut finie. Bref, Rémy était en train d’enseigner à Tanger les sciences naturelles tout en jouissant des choses de la vie et en écrivant quelques chansons.

Il se décida un jour à se rendre à Paris pour présenter celles-ci et – contre toute attente – elles reçurent un accueil plutôt enthousiaste. Ce fut finalement Pierre Perret qui rafla la mise : un contrat signé sous son label « Adèle ». Il sort deux 33 tours consécutifs « À la pariade » puis « Les corniauds », dont est extraite l’adorable chanson « Nine » que je reprends ici. Le succès est immédiat, sans pour autant devenir une star médiatique.

Mais alors que le succès lui semble promis, il abandonne tout ! Sans doute surtout par amour… et puis par l’appel des Comores et de Madagascar ! C’est quelque chose que je peux parfaitement comprendre !

Bref, son passage dans la chanson française ne fut qu’un souffle de vent ! Mais quel souffle ! Chaque fois que j’entends Jean-Claude Rémy, je frémis. Il y a là de l’humour, de l’impertinence, de la chaleur, de l’authenticité… qu’on ne retrouve nulle part ailleurs ! Sa voix est unique, chaleureuse, vraie, érotique !

Je croyais qu’il était définitivement perdu pour la chanson – ne sachant pas trop pourquoi -, mais l’envie de parler de ses chansons me fit redécouvrir sa trace. Il passe apparemment du bon temps à Madagascar, à pêcher et cuire du bon poisson à l’Île aux Nattes. Faudra que j’aille lui rendre visite un jour.

Il a même un site internet sur lequel on peu non seulement télécharger ses deux 33 tours de la belle époque, mais aussi télécharger un CD inédit « Où vont les baleines ? » qui est loin d’être inintéressant même si la prise de son artisanale mériterait un travail de professionnel.

Décidément, ce gars mérite le détour, et sa chanson « Nine » ose caresser des zones de morale qui, dans ces années-là, étaient encore bien audacieuses (et le restent sans doute) ! Quelle merveille, dont l’orchestration révèle toute l’onctuosité réaliste !

Nine

Nine Nine Nine
La mal aimée
La mal mariée
Nine Nine Nine
Bien élevée

Regarde s’assoupir le corps
De son beau gros mari qui dort
D’un pesant sommeil viscéral
Sans problème ni Gardénal
Dans le tiède lit conjugal

Ouvre le col de sa chemise
Que l’air du soir les rafraîchisse
Les gentils nénés triomphants
Les jolis doudounes assoiffants
Les petits doudounes encombrants

Trop timide pour découcher
Autrement qu’en rêves éveillés
Ce jour de discrète luxure
Les doigts volant sur la couture
De sa secrète commissure

S’emballe au bord du camélia
Se dore au soleil de ses doigts
Soleil torride et délicat
Elle frissonne là en bas
Et ses orteils griffent le drap

Pousse un soupir insatisfait
Remonte le drap sur son nez
Et s’enroulant dans son mystère
De voyageuse en solitaire
S’endort en bonne ménagère

vendredi 2 décembre 2011

Le long chemin de la démocratie

Ainsi donc, lundi prochain, près de 540 jours après les élections, la Belgique devrait disposer d’un nouveau gouvernement, issu de ces élections qui semblent bien loin.

La dernière fois que j’en avais parlé, il y a bien longtemps, c’était effectivement pour déplorer la lenteur des négociations tout en reconnaissant la complexité de la situation. S’il a fallu tant de temps, c’est que ce n’était pas simple. La question communautaire – sans doute bien futile – a encore été compliquée par la situation socio-économique.

Les accords qui doivent encore être validés par les partis et par le parlement ne sont pas les meilleurs qui soient. Il y avait certainement moyen de faire mieux encore, mais ce « mieux » dépend des options politiques que l’on défend. Personnellement, mon cœur penche plutôt du côté des soixante à quatre-vingt mille personnes qui ont défilé en ce jour, mais il faut bien se dire que les accords sont des accords… et qu’ils sont donc le fruit de compromis. Difficile d’avoir le beurre, l’argent du beurre et – pour se laisser aller à un peu de trivialité – le cul de la fermière en même temps !

Le délai qui fut nécessaire pour arriver à ces accords n’est certainement pas « normal ». Mais en soi, il est néanmoins exemplaire ! Le régime représentatif belge, fondé sur le système proportionnel, nécessite inévitablement de déboucher sur des accords où chacun lâche un peu de lest et accepte de ne pas imposer son unique solution. C’est le fameux « compromis à la belge ». Il a fallu cette fois beaucoup de temps pour y parvenir. Mais la société belge a globalement accepté de jouer le jeu. Le gouvernement en affaires courantes a géré celles-ci, parfois même un peu plus. C’est que les embûches ne manquaient pas. Il fallait les surmonter et ce gouvernement qui n’avait plus de légitimité démocratique en a trouvé cependant une de facto. La Belgique s’en est bien sortie.

Pendant tout ce temps, les négociations ont continué… avec – il faut bien l’avouer – plusieurs périodes de sur-place, quand ce n’était pas des périodes de recul. Mais tout cela s’est fait dans le respect des règles démocratiques. Personne n’a imposé par la force sa volonté aux autres. Bien sûr, les déclarations dans un sens ou dans un autre n’ont pas manqué. Bien sûr, le plus grand parti de Flandres a fini par s’isoler lui-même, incapable de se mouiller dans le jeu démocratique, mais acceptant de ne plus en être quand l’évidence fut enfin acceptée par les autres partis flamands. Les négociations ont ensuite encore duré, piétiné, patiné… Rien n’était simple et il y eut quelques moments de théâtralisation sans doute inutiles (quoique).

Mais au bout du compte, des accords et seulement des négociations qui ont duré. Pas de violence. L’année 2011 fut riche en combats pour la démocratie un peu partout dans le monde. Souvent, malheureusement, avec des victimes. Pas de ça en Belgique, ce qui ne veut pas dire pour autant que la démocratie belge soit un exemple. Il y a aussi eu des dérapages policiers lorsque certains ont voulu s’exprimer de manière alternative. Et c’est déplorable. Il n’empêche, le chemin fut long pour y arriver, mais il fut démocratique.

Que nous réserve l’avenir ? Sans doute encore des moments difficiles. La vigilance reste de mise. Mais alors que l’hiver climatique ne vient encore que commencer, on sent quand même quelques bourgeons de printemps se profiler…

samedi 26 novembre 2011

Juste à Luxembourg

FMG © 2011

Les aléas de la vie professionnelle m’ont ramené dans ce restaurant « Pinocchio », à Luxembourg, qui m’avait émerveillé en 2009 ! J’y ai mangé deux soirs avec, à peu de choses près, les mêmes menus qu’il y a deux ans. C’était bon, mais sans plus. La magie avait disparu. Je n’étais plus à Beyrouth, mais seulement à Luxembourg.

La vie est ainsi faite. On s’émerveille devant un paysage, face à un événement, en compagnie d’un ami. Puis, on y revient, on le revit ou on le retrouve. Et on déchante. On se rend compte que la réalité n’est pas tout à fait la même que celle qu’on s’était construite.

Ce n’est jamais un moment facile. Sans doute, fait-on alors tout pour garder l’image du fantasme. Mine de rien, ce n’est jamais évident d’accepter que l’on s’est trompé, qu’on a pu voir la beauté là où il n’y avait que la banalité.

Pourtant, la véritable beauté n’est-elle pas dans la banalité ? La magie de Pinocchio n’était plus là. Mais il restait l’artisanat de Geppetto, ce pauvre menuisier italien créateur d’une vie artificielle qui parle tellement de la vraie vie.

Dans l’inconscient collectif d’aujourd’hui, Pinocchio est définitivement associé au mensonge et aux nez qui s’allongent. Ils sont plus fréquents qu’on ne veut bien le croire, ou l’espérer. Les menteurs font partie de la banalité de la vie. Quand ils prennent la forme de ce qu’on a cru un ami, leur nez s’allonge d’autant plus, et cela fait mal.

J’étais ainsi perdu dans mes rêves. Mais j’étais simplement en train de manger une friture de fruits de mer, juste à Luxembourg.

vendredi 18 novembre 2011

Intouchables, mais touché

Comme tous ceux qui l’ont vu – et ils sont de plus en plus nombreux – j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder le film « Intouchables ». C’est plein d’humour et de justesse.

L’histoire est belle et les acteurs l’interprètent avec une grande qualité. Derrière l’apparente simplicité, il y a même de vraies questions qui sont posées et développées dans le respect de leur complexité. Quelle relation avoir avec l’handicap, qu’il soit physique ou social ? Quelle place pour les handicapés dans notre société ? Comment rebondir lorsqu’on se retrouve en situation d’handicap ? Peut-on s’aliéner à un autre pour l’aider à rebondir ? Des univers différents, liés à des référents culturels fondamentalement opposés, peuvent-ils se rencontrer pour sortir de l’impasse ? Peut-on sortir de l’assistanat pour se prendre pleinement en charge ? …

J’avoue que je n’ai pas été obsédé par ces questions importantes lors de la découverte du film. J’ai surtout ri, pris par le plaisir de voir ces deux handicapés à leur manière devenir intouchables par la construction d’un univers propre fondé sur la bonne humeur et le détachement de soi. Le film est vraiment bien construit. C’est du très bon cinéma… et c’est à ce niveau que je le situais.

Seulement voilà, pour moi, quelque part, ce n’était pas tout à fait du cinéma. Mon frère a passé plus de la moitié de sa vie dans sa chaise roulante de tétraplégique. Alors, quand à la fin du film, sont apparus à l’écran les vrais personnages, ceux dont l’histoire a inspiré cette comédie, l’émotion m’a submergé. Ce n’était plus du cinéma, mais la vraie réalité du handicap, du frein brutal de la vie « normale ».

Les larmes m’ont alors envahi. Et j’ai revécu ces moments où nous avons ensemble essayé de faire comme si la vie n’était pas changée. Partir en vacances en montagne, dans un chalet dont le seul accès par un escalier étroit et raide ne permettait pas d’utiliser la chaise roulante… et sur lequel j’ai trébuché un jour en portant mon frère. Partir aussi en vacances aux USA voir notre sœur en évacuant tous les petits problèmes que cela allait nous poser pour ne vivre que le plaisir du défi que cela représentait. Puis, tous ces autres petits moments quotidiens, moins spectaculaires, où nous essayions ensemble, toute la famille et tous les amis, de faire comme si… comme si – bien que fondamentalement touchés – on était effectivement intouchables !

vendredi 11 novembre 2011

Se remettre en question

Il m’arrive de former des demandeurs d’emploi. Une bonne partie de ceux-ci – souvent des ingénieurs – ont une carrière professionnelle plus ou moins longue derrière eux, parfois à des postes de responsabilité ou comme chefs de projet. Ils ont néanmoins perdu leur travail et viennent suivre des formations pour se recycler et espérer trouver un nouvel emploi dans un secteur émergent et technique.

N’intervenant dans leur processus de formation qu’à raison de 4 journées, autour de la gestion de projets, il ne m’est pas possible de connaître dans les détails la vie de chacun et les raisons qui l’ont amené à se retrouver demandeur d’emploi. La conjoncture socioéconomique explique sans doute certains licenciements, si pas la plupart d’entre eux. Néanmoins, certains ingénieurs travaillaient dans une entreprise qui n’était pas en situation critique et il est permis de penser que s’ils ont été licenciés, c’est parce qu’ils ne correspondaient pas parfaitement à ce que leur société attendait d’eux.

Un bon chef de projet est quelqu’un qui a des compétences techniques dans le domaine concerné par le projet, mais aussi des compétences en matière de gestion et de planification ainsi que des compétences relationnelles. Paradoxalement, ce sont sans doute les compétences techniques qui sont les moins importantes pour être un bon chef de projet. À l’opposé, les compétences relationnelles sont fondamentales : le chef de projet doit être leader, négociateur, psychologue, vendeur… Il faut bien l’avouer : les ingénieurs ne sont pas vraiment formés à ces compétences. Et certains ne les ont que très peu développées !

Ce qui me frappe, c’est la difficulté de certains à accepter qu’on peut faire autrement que ce qu’ils ont toujours fait ! Leur discours est clair : « ce que vous proposez ne correspond pas à la réalité où ça se passe comme ça… ». Ils ont sans doute raison : c’est « comme ça » qu’ils ont toujours agi… et c’est peut-être pour ça qu’ils ont été remerciés !

Qu’on me comprenne bien : j’admire fondamentalement ces personnes qui, dans une phase difficile de leur vie professionnelle, viennent se recycler alors qu’elles ont près de 50 ans, voire même 60 ans pour certains. Elles sont vraiment en projet, bien loin de l’idée qu’on se fait parfois des « chômeurs ». Mais je suis quand même toujours étonné par la difficulté qu’ont certaines d’entre elles à se remettre en question, à se dire qu’on peut agir autrement que de la manière dont elles ont toujours agi, à modifier des démarches qui ne se situent pas sur le plan strictement technique…

samedi 5 novembre 2011

Paul et Mick

Dans une série d’échanges électroniques, Monsieur A. – que quasiment personne ne connaît, et c’est très bien comme ça – m’avait traité de « polémiste », me signifiant ainsi que je n’étais que quelqu’un qui cherchait la polémique et donc la petite bête qu’on peut titiller pour le simple plaisir de le faire !

J’avoue que je n’accordais pas beaucoup de crédit aux impressions bellicistes de Monsieur A. (et je ne l’accorde toujours pas), mais j’avais quand même été interpellé. C’est assez normal : quand on vous traite de quelque chose d’inattendu, vous pouvez bien sûr laisser cela glisser sur la carapace de votre indifférence, mais vous pouvez aussi vous demander s’il n’y a pas quelque chose de vrai dans ces assertions gratuites. Je relève plutôt de cette seconde option.

J’y reviens parce que – plus d’une fois – je suis amené à réagir à certains statuts ou partages dans le cadre de cet extraordinaire outil social qu’est Facebook. Il y a à boire et à manger dans cet outil, des choses à défendre et d’autres à critiquer. En attendant, il y a des gens – des « amis » - proches ou non qui publient des informations. Celles-ci m’intéressent toujours, me plaisent souvent, m’interpellent parfois et ne me laissent jamais indifférent (sinon, ce ne seraient pas des « amis »). Lorsqu’elles m’interpellent – pour de multiples raisons – j’ai du mal à résister et je réagis plus souvent qu’à mon tour. Je polémique. Ça me plaît bien, je dois l’avouer. Mais j’ai toujours des doutes néanmoins : ai-je raison de polémiquer ? Ai-je seulement raison dans les arguments que j’avance ? Comment mon « ami(e) » va-t-il (elle) ressentir cet avis critique ou contraire ? Cela vaut-il vraiment la peine ?

En réalité, je ne cherche pas à avoir raison. J’exprime simplement mon avis face à une idée qui a été exprimée. Je reconnais avoir un certain plaisir à débattre ainsi, non pas pour l’ivresse de la bataille, mais pour la plénitude de la recherche d’une vérité à construire. J’aime donc polémiquer, c’est un fait. Mais cela ne signifie nullement que je pinaille sur des détails. En réalité, cela ne me semble qu’une quête d’une vérité commune, sans concession ni compromission. Pas sûr, pourtant, que cela apparaisse comme tel à mes interlocuteurs.

Faut-il se taire ou dire ce que l’on a à dire ?

mercredi 2 novembre 2011

Pas de quoi en faire un plat

FMG © 2011

Voyez la Mer du Nord. Elle s'est enfuie de Bruges. Il y en a d’autres qui s’y rendent. À vélo qui plus est. Faut dire qu’entre Sluis et Bruges, c’est tout plat et quasiment tout droit. Mais il y a quand même du vent, contraire à l’aller… et quasiment contraire au retour. Pas de chance.

La route était belle, le soleil généreux, les amis gentils et agréables, le temps sans aucune obligation. Que demander de plus ? Rien. Le bonheur presque parfait. Sauf que moi, il y avait longtemps que je n’avais plus vraiment roulé à vélo. La dernière fois, c’était pour faire le tour du Lac de Vransko Jezero, en Croatie, en juillet 2010. Et ça avait été bien dur. Tout en étant un très beau souvenir.

Ce sera la même chose pour cette fois-ci. Une belle balade ensoleillée dans un air pur et avec des paysages magnifiques. Un peu de dépassement de soi. Un peu seulement : 3 heures de vélo pour faire 50 kilomètres aussi plats que le plat pays qui est le mien. Bref, pas de quoi en faire un plat !

Alors, juste la satisfaction de l’avoir fait et… c’est très bien ainsi !