lundi 8 janvier 2007

Liberté

© Jean-François Quaglia

Il est des moments où les mots sont difficiles à trouver. Non pas qu’ils ne veuillent rien dire. Bien au contraire. C’est peut-être lorsque les mots ont le plus de sens qu’ils sont difficiles à trouver.

Les mots de la liberté. Les mots de l’amour. Les mots de la musique.

Par la grâce d’une chanson – Prisonnier de guerre – écrite pour mon père, en mémoire de sa quête permanente de la liberté et de l’amour, et choisie par mon neveu d’Amérique pour danser avec sa mère, ma sœur, pour célébrer son mariage, j’ai pu vivre le bonheur suprême pour un artiste : voir son œuvre transcendée en moment de vérité au-delà des mots et des notes, touchant le vrai sens de la vie, de l’amour et de la liberté…

Vraiment, il est des moments où les mots sont difficiles à trouver, tellement ils sont libres !

T’avais 25 ans en l’an 40
T’avais rencontré la femme de ta vie
Tu t’apprêtais à la surprendre
À l’emmener en blanc à la mairie
T’avais pas prévu qu’il y aurait la guerre
Que tu partirais défendre ton pays
Pour te retrouver prisonnier de guerre
En captivité 5 ans de ta vie
Pendant tout ce temps il t’a fallu survivre
Continuer à croire aux vertus de l’amour
Veiller à ne pas partir à la dérive
Pour exister le jour du grand retour

Et t’es revenu pour épouser ta belle
Faire comme si rien ne s’était passé
T’as fait des enfants en restant fidèle
À celle dont l’amour avait pu te conserver
C’est en silence que tu as encaissé
De voir ton fils devenir immobile
Réduit à rester à jamais allongé
Par la simple faute d’une automobile
T’as connu l’horreur de le voir partir
Vers la mort indicible qui réduit au néant
T’as dû chercher d’autres raisons de vivre
L’homme n’est pas fait pour survivre à son enfant

Et quand tu as pu enfin te reposer
Tu fus victime d’un bête caillot de sang
Qui vint réduire ta motricité
Mais sans t’empêcher de marcher vers les gens
Toi qui m’as fait découvrir la musique
Celle qui enchante les oreilles
Il a fallu que les tiennes abdiquent
T’enfermant dans un monde qui n’est pas pareil
Et t’as maintenant plus de nonante ans
Tu vis dans ton rêve qu’enfin on te libère
En riant parfois avec tes petits enfants
Toi qui seras pour toujours mon père

On ne s’est pas souvent parlé
Ça n’se fait pas d’montrer ses sentiments
Mais sache que ta plus grande liberté
Est d’avoir pu y éduquer tes enfants
T’avais 25 ans en l’an 40
T’as rencontré la femme de ta vie
T’as réussi à la surprendre
À l’emmener en blanc à la mairie

FMG © 2006

2 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  2. Liberté et DON : qui a le plus donné, qui a le plus reçu, dans ce moment où tout cela s'est rejoint en un si beau cadeau pour tous ?...

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