lundi 9 avril 2018

Lou, the Belgian Red Devil

Personne, aujourd’hui, ne sait la suite de l’histoire. Elle n’a d’ailleurs sans doute aucune importance. Du moins sur l’épisode proprement dit. Un bête poisson d’avril. Mais qui prend dès maintenant une autre dimension. Au service de la différence.

Or donc, ce 1er avril 2018, Luc Boland – un ami poète d’enfance – lance sur Facebook un bête poisson d’avril : son fils Lou a été choisi par l’Union belge de football pour composer l’hymne officiel des Diables rouges pour le Mondial 2018 en Russie. À ce stade de l’histoire, deux explications sont nécessaires.

Lou. Il a aujourd’hui 19 ans. Quelques temps après sa naissance, ses parents apprennent qu’il est porteur du syndrome de Morsier, une malformation congénitale du cerveau qui touche un enfant sur dix millions dans les cas sévères. Déficience mentale et cécité. Mais dans ces ténèbres, une étoile : Lou est doté de capacités musicales hors normes. Son papa poète est aussi cinéaste. Très tôt, il réalise « Lettre à Lou », un documentaire qui parle avec tant d’amour de son fils et qui se termine sur la découverte par Lou de son premier synthé. Émouvant. À cet instant, Luc ne sait pas encore que Lou apprendra tout seul à jouer des claviers (et autres instruments), qu’il chantera sur divers plateaux TV, qu’il séduira sur YouTube près d’1 500 000 personnes avec « Lou, je m’appelle Lou »… Histoire humaine et musicale peu banale !

De l’autre côté, les Diables rouges. Une génération de footballeurs hors normes également. Ils participeront au Mondial 2018 en Russie avec comme seule ambition (enfin, on l'espère !) : la victoire finale ! Tout le monde s’accorde sur le fait que cela fait partie des choses possibles. Ils ne sont pas favoris. Mais tout pourrait arriver. Il faut bien un hymne national pour les encourager (et faire rentrer des sous dans la caisse). L’Union royale belge des sociétés de football association (URBSFA) croyait avoir trouvé le chanteur idéal pour ce faire : Damso, un rappeur à succès, issu de la diversité. Malheureusement pour lui, Damso est aussi – dans son personnage public – légèrement misogyne. Par les temps qui courent, ça passe difficilement. Il a donc été – avec raison – déchargé de sa mission. À ce jour, personne pour prendre la relève.

Le premier avril, Luc lance donc son poisson d’avril : Lou a été choisi pour faire l’hymne des Diables ! Il n’y croit pas, mais finalement, pourquoi pas ? Plus d’une personne y a cru ! Mais ce n’est qu’un poisson ! Quand Luc raconte cela à Lou, celui-ci lui répond : « Mais je vais le faire, moi, cet hymne » ! La machine se met en marche : Luc écrit des paroles (en anglais, seul moyen de réunir flamands et francophones) basées bien sûr sur le respect de la différence. Lou les met instantanément en musique. Ils enregistrent le tout, en une prise pour chaque instrument, mais en plusieurs prises pour les voix. Chanter en anglais, ce n’est pas évident pour Lou ! Luc réalise le clip et le met en ligne. En moins de 24 heures, plus de 25 000 vues sur Facebook ! Ce n’est plus un poisson d’avril !



Ce poisson d’avril deviendra-t-il l’hymne officiel des Diables rouges ? Nul ne le sait. C’est peu probable. Mais la question n’est sans doute pas là. Une nouvelle fois, Lou fait le buzz, non pas pour sa gloire dont il n’a que faire, mais au service de tous ceux qui sont différents ! Quelle que soit leur différence.

Les parents de Lou ont bien sûr longuement réfléchi à la pertinence ou non de mettre leur incroyable fils sous les feux des projecteurs. Ils ont choisi de lui permettre de vivre son étonnante passion. C’est un choix rationnel d’adultes responsables pour un jeune dénué de toute raison, mais nourri à tout instant de passion émotionnelle. Ils ne le font en réalité ni pour eux ni pour lui. Ils le font parce qu’ils ont compris que Lou et son don étaient un outil extraordinaire – c’est le mot ! – pour promouvoir l’éloge de la différence. Ce ne sont pas les projecteurs qui sont importants. Seul importe ce qu’ils éclairent : la richesse de la différence. Quelle qu’elle soit. C’est elle qui nous donne sens.

jeudi 29 mars 2018

La fin d'un recyclage ?

Depuis des années, de nombreuses associations récoltent les bouchons en plastique de bouteilles diverses. Elles les revendent, en Belgique, à la société Eryplast, devenue Cabka à la suite d’une revente à une entreprise allemande. Les bouchons sont ensuite recyclés et transformés en palettes. Mais, à partir du 1er avril, ce système avantageux pour tout le monde sera terminé !

Cabka a en effet informé les associations que la collecte et le recyclage des bouchons ne seront pas prolongés. Pas assez rentable !

Sans doute pas rentable pour Cabka, mais pourtant éminemment rentable pour les associations ainsi que pour la société en général qui voyait ainsi des déchets recyclés de manière intelligente. Pour les associations, c’était un revenu facile : des particuliers, des écoles, d’autres associations récoltaient les bouchons et les apportaient, par divers circuits, aux associations bénéficiaires qui pouvaient ainsi financer leurs activités, acheter du matériel, notamment pour handicapés, etc. Ce n’étaient pas de grosses rentrées financières, mais pour une association, bénéficier par exemple de 6000 EUR par an, sans gros effort, c’est vraiment une manne céleste. Au total, on estime un manque à gagner d’environ 700 000 EUR ! De plus, on perd là toute une dimension sociale et éducative : de nombreux enfants étaient mobilisés pour récolter ces bouchons, apprenant de manière positive et impliquée les bienfaits du recyclage.

Cela dit, tout espoir n’est pas perdu ! Il semble qu’une entreprise de la région liégeoise, la société Eloy, soit intéressée de reprendre l’activité de collecte et de recyclage. Les bouchons seraient cette fois transformés en supports bactériens pour être implantés dans des micro-stations d'épuration destinées à traiter les eaux domestiques. « Les bactéries vont arriver à se former en film biologique sur ces supports et vont pouvoir capter, pour se nourrir, notre pollution.  On va, de cette manière-là, traiter 95% de la pollution de l'eau », explique ainsi Louis Eloy, administrateur délégué de la société Eloy.

Si cela pouvait se concrétiser, ce serait formidable : les associations pourraient continuer à bénéficier du produit de ces collectes et notre environnement profiterait d’un double recyclage : celui des bouchons en plastique et celui de l’eau ! Nous avons là tout à gagner !

dimanche 25 mars 2018

Hors dialogue, pas de démocratie

Qu’une chose soit claire : je n’ai aucune sympathie ni pour Carles Puigdemont – un nationaliste de droite – ni pour la cause indépendantiste catalogne qui me semble un non-sens à l’heure de l’Europe. Par contre, j’ai quelque sympathie pour la démocratie, et là, elle en prend méchamment pour son grade !

En aucune manière, je n’approuve la déclaration unilatérale de l’indépendance de la Catalogne, il y a quelques mois. Je suis convaincu qu’il existe d’autres moyens pour atteindre un tel objectif, pour autant qu’il soit justifié et argumenté. La seule issue acceptable dans un tel cas est le dialogue et le consensus. Nous ne vivons plus à cet égard à l’ère des guerres unilatérales. Du moins, je l’espère.

Le pouvoir central espagnol a choisi – depuis longtemps – la violence pour gérer ce problème. Y compris pour empêcher un vote démocratique. Y compris pour nier les résultats d’un vote démocratique. Pour Mariano Rajoy et ses sbires, il n’existe qu’une seule solution : celle du pouvoir central fort et dur. Sur le fond, il a peut-être raison. Sur la forme, il prend des positions totalement inacceptables.

Comment accepter qu’un pays européen soi-disant démocratique décide de mettre en prison et de poursuivre des hommes/femmes politiques qui défendent une autre position que celles du pouvoir central ? Une telle Europe, je n’en veux pas. Elle massacre en réalité tout l’idéal européen basé sur le dialogue, l’ouverture et la solidarité. Ce soir, cet idéal me semble bien lointain. Malheureusement !

vendredi 23 février 2018

Enseignant Rambo, tRompez !

« Ils sont entraînés, il n’a pas réagi convenablement sous la pression ou c’est un lâche », a dit le président Trump en parlant de ce policier qui n’est pas intervenu lors de la tuerie au Lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland, en Floride, le mercredi 14 février dernier. Deux jours plus tôt, le même Trump avait proposé comme solution miracle aux tueries dans les écoles américaines d’armer et de former des enseignants.

Que s’est-il passé dans la tête de ce policier, à quelques mois de la retraite et qui depuis a démissionné ? Peu importe. Je ne sais pas s’il est un « lâche ». Pour moi, c’est juste un « humain ». Plus que vraisemblablement, il a eu peur d’intervenir. Et cette peur a été plus forte que son devoir. En tant que policier placé devant une école pour en garantir la sécurité, il n’a pas fait ce qu’il fallait. De toute évidence. Même s’il était policier et s’il a été entraîné pour intervenir dans ce genre de circonstances, je ne le blâmerai pas. Qu’aurais-je fait à sa place ? Pas sûr que je serais intervenu. Pas sûr non plus que j’en sois pour autant un « lâche ».

À côté de cela, Trump veut transformer les enseignants en Rambo. Autant j’avoue ignorer complètement ce qu’est le métier de policier, autant je crois connaître ce qu’est le métier d’enseignant. C’est un des métiers les plus nobles, les plus exigeants, les plus incertains qui soient. La responsabilité d’un enseignant sur le devenir de ses élèves est immense. Un enseignant peut « casser », tout comme il peut contribuer à construire. Un vrai enseignant construit. Il existe pour instruire, pour ouvrir les voies de l’apprentissage et de la connaissance, pour apprendre à s’émerveiller et à vouloir en savoir plus.

S’il doit tout faire pour protéger ses élèves des turpitudes (des « trumpitudes » ?) du monde d’aujourd’hui, son métier n’est pas – et ne sera jamais – de manier la gâchette plus vite qu’un éventuel assaillant. Aux USA – là où se passent toutes ces tueries, pourquoi ? – plus d’un enseignant a tout fait pour protéger, au risque de sa vie, ses élèves. Les enseignants ne sont pas des « lâches ». Mais, même s’ils étaient formés, ils ne seront jamais des justiciers œuvrant par la violence contre une autre violence. Les enseignants sont des constructeurs, pas des destructeurs.

Imaginez le jour où un enseignant armé et formé n’aura pu empêcher un massacre des élèves aux alentours. Imaginez le jour où un enseignant armé et formé aura tiré trop tôt et tué un innocent juste parce qu’il présentait des signes de velléité.

Mettre cette pression infondée et absurde sur les enseignants n’est – personne n’est dupe, sauf les inconditionnels de Trump – qu’un moyen vain et aberrant de protéger le commerce des armes aux USA. Il y a de plus en plus de voix américaines qui se lèvent pour dénoncer cet aveuglement.

J’ai bien peur cependant que, le jour où je quitterai ce monde – disons dans une bonne trentaine d’années – le fameux deuxième amendement « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé » existera encore, avec toutes ses implications. Y compris celle de transformer les enseignants en soi-disant justiciers armés. Tout le contraire du fondement même du métier d’enseignant.

samedi 17 février 2018

Vous, migrants, je vous admire

Je n’admire pas grand monde. Chacun mène sa vie, avec plus ou moins de talents, de chances, d’opportunités saisies ou non. Certains en ont plus que d’autres et savent comment les exploiter. Je ne les admire pas pour autant. Par contre, aujourd’hui, s’il y a bien des êtres humains que j’admire, ce sont les migrants ! Ils n’ont rien pour eux, sauf leur soif de liberté et de dignité. Ils n’ont aucune chance de l’étancher. Mais ils la prennent, feignant d’ignorer qu’elle n’est qu’un risque.

Ils n’ont rien. Sauf l’amour de ceux qui les entourent. Mais qui peut vraiment vivre d’amour et d’eau fraîche ? Ils n’ont rien et ne peuvent s’en contenter. Qui se contenterait de rien ? Qui accepterait de n’avoir aucun avenir ? Dans leur cas, la plupart d’entre nous se limiteraient à rouspéter, à s’exprimer sur les réseaux sociaux quant à l’injustice des gouvernements divers, à prétexter de l’égoïsme ambiant pour dissimuler leur propre égoïsme… Tout simplement parce que, pour nous occidentaux bien emmitouflés dans nos pantoufles, la question ne se pose pas vraiment. Quelle question ? Celle de vivre, d’exister, d’espérer…

Les migrants ne se posent sans doute même pas cette question. Ils n’en ont pas le temps ni la possibilité. La réponse s’impose d’elle-même : rester là où ils sont ne les conduira qu'à ce qui est pire que la mort : ne pas exister tout en étant vivant ! Beaucoup font le même constat, même chez nous. Certains choisissent la résignation, de faire avec ce qu’ils ont. D’autres optent pour une solution extrême : disparaître purement et simplement. Les migrants font le choix de l’espoir désespéré ou du futur improbable. Ils partent. Ils risquent leur vie. Ils supportent des conditions de vie que personne ne supporterait, s’il n’y avait cet espoir.

Je n’aurais pas le courage d’en faire autant. Alors, j’admire. Et je me révolte : qui peut-on être pour s’opposer à ce choix désespéré d’un hypothétique monde meilleur ? Quels arguments – à part un égocentrisme fondamental – peut-on avancer à un être humain en quête simplement d’un espace de vie pour lui dire que celui-ci lui est interdit sous prétexte qu’il n’est pas né au bon endroit ? Quand bien même il nous est impossible d’accueillir toute la misère du monde, qu’est-ce qui nous autoriserait à fermer notre porte à celui qui a tout risqué, y compris sa vie et son honneur, pour faire partie – comme vous et moi – de ce qu’on appelle l’humanité ?

Ils n’ont que leur vie. Ils la risquent. À chaque instant. Ils la perdent parfois. Plus rarement, ils la gagnent… Enfin ! Alors que ce devrait être un droit fondamental pour chacun d’entre nous, indiscutable et lumineux !

Oui, vraiment, vous, migrants, je vous admire !

lundi 5 février 2018

Le temps d'un retraité

Ma journée a été bien active : balade, écriture, recherches, information… Vers 16h30, ma chère et tendre rentre de sa journée de travail. Nous discutons et elle me rappelle qu’elle repart ce soir pour un accueil de nouveaux parents. Je la remercie de me le rappeler et nous envisageons les choix possibles : soit nous mangeons « avec les poules », soit je mange tout seul à notre heure habituelle (19 heures), soit je l’attends et on mange… quand on mangera ! Je choisis la solution « avec les poules » et je lui donne rendez-vous à 18h30.

Nous vaquons alors chacun à nos activités et vers 18h10, je me dis qu’il est temps d’aller cuisiner ! Je fais tout cela du mieux que je peux et arrivé à l’heure fatidique, je suis fier de constater que tout est prêt et j’appelle ma belle !

C’est alors qu’elle me dit « Mais il est 17h30 ! ». Oups, je me suis donc trompé d’une heure ! Après un léger flottement, nous avons décidé de manger vraiment « avec les poules » ! C’était bien bon, mais ni l’un·e ni l’autre n’a juré qu’il·elle ne grignoterait pas quelque chose en cours de soirée !

En réalité, l’heure d’un repas est une notion relative. Tout comme le besoin de manger. La plupart du temps, on ne mange pas parce qu’on a vraiment faim, mais parce qu’on a envie de rompre le rythme de travail, parce qu’on désire se retrouver ensemble, parce que le plaisir du partage nous appelle… Pour faciliter l’organisation, beaucoup – c’est notre cas – mangent chaque jour plus ou moins à la même heure, pour les mêmes raisons : rompre le rythme de travail, se retrouver ensemble, vivre le plaisir du partage… L’important n’est finalement ni dans le repas ni dans son heure !

Au bout du compte, manger « avec les poules », cela laisse plein de temps après. De toute façon, on n’a jamais que le temps qu’on se donne !

mercredi 31 janvier 2018

Tournée minérale : -15%

Demain, l’opération « Tournée minérale » commence. À cet instant, 86 681 personnes se sont inscrites pour y participer : durant ce mois de février, elles ne devraient pas boire d’alcool. Aujourd’hui, la Fédération des distributeurs en boissons s’inquiète : l’année dernière, cette opération avait entraîné une baisse de 15% des ventes de boissons alcoolisées ! « C’est un scandale », aurait dit Georges Marchais ! Quoique !

L’organisation des distributeurs ne s’oppose pas à des « initiatives qui veulent améliorer la santé des citoyens » mais dénonce le fait que l’attention soit portée sur un seul élément concernant la santé en l’occurrence, l’alcool. Elle explique que les distributeurs « investissent dans leur entreprise et sont à nouveau confrontés à une action qui aura très vraisemblablement un impact négatif sur leur chiffre d’affaires ». « C’est un scandale », aurait dit Georges Marchais ! Quoique !

Le véritable scandale est que la Febed fasse passer le chiffre d’affaires de leurs entreprises avant la santé des citoyens ! Finalement, l’objectif des promoteurs de l’opération « Tournée minérale » est avant tout de favoriser la santé des citoyens. Qu’on le veuille ou non, l’alcool – malgré tous ses plaisirs – est un véritable fléau, source de nombreux cancers, mais aussi et surtout d’addictions et de dépendances physiques et psychiques pouvant conduire à de véritables désastres de vie. Sans compter l’impact que l’alcool peut avoir sur la sécurité routière. Combien de personnes sont, chaque année, tuées ou gravement blessées simplement parce qu’une autre personne – en toute innocence – a simplement un peu trop bu ?

Bien sûr, 15% en moins dans le chiffre d’affaires, ça risque de mener à des pertes d’emploi. Non pas parce qu’il n’y aurait plus d’argent pour payer les travailleurs, mais parce que les actionnaires n’aimeraient pas voir leur dividende diminuer !

Bien sûr, l’alcool fait partie des plaisirs de la vie. Je suis (très) bien placé pour le savoir.

N’empêche : le communiqué de la Febed est vraiment scandaleux. Ce ne sont pourtant malheureusement pas les scandales qui manquent pour le moment dans notre pays !

Ce 31 janvier pluvieux, je veux déclarer ma solidarité totale avec tous ceux et toutes celles qui pendant un mois tenteront – tant bien que mal – de faire passer leur santé avant celle des bénéfices des entreprises vendeuses d’alcool ! Belle tournée minérale !

lundi 1 janvier 2018

La force de l’eau

FMG©2018

Ce billet sera très court. Car au moment où je m’apprête à l’écrire, je me rends compte que j’ai déjà tout dit il y a trois ans, le 28 décembre 2014, dans un excellent billet « L’immuable changement ».

Le Zwin et son bras fluvial sont des lieux extraordinaires que je côtoie chaque année depuis plus de 20 ans. La nature – aidée par une décision unilatérale des Hollandais de fermer en 1950 le bras de mer alimentant le Zwin – avait fait ensuite son chemin dans un calme superbe et la beauté était sublime. Puis le sable s’est enlisé et le Zwin s’est ensablé. Alors, l’homme a décidé d’agir. De gigantesques travaux pour inverser le sens des choses.

Aujourd’hui, les travaux sont finis et l’eau circule à nouveau, avec l’espoir avoué de désensabler ces terres profondes. L’objectif sera-t-il atteint ? Je n’en sais rien. Je ne sais même pas s’il est possible de le savoir !

Le site a changé. La beauté n’est plus la même. Mais elle est toujours là. Lénifiante. Calmante. Majestueuse. Cette situation montre que même lorsqu’on change les choses, la beauté peut rester. Différente, mais semblable.

Il se fait qu’on change aussi d’année. Elle change, mais la beauté – la vôtre – restera !

mardi 26 décembre 2017

S.O.S. Bonheur… quel « bonheur » !

À la fin des années 1980, j’avais été subjugué par les trois tomes « S.O.S. Bonheur » de Griffo et Van Hamme. De petites fables dystopiques qui mettaient à nu les angoisses de nos sociétés. J’avais été particulièrement impressionné par l’épisode « Sécurité publique ». Joachim Robin-Dulieu est l'inventeur et le promoteur de la Carte universelle (CU), qui remplace tous les moyens de paiement et d'identification. Jusqu’au jour où sa propre carte n'est reconnue valable nulle part. Joachim Robin-Dulieu n'est tout simplement pas présent dans le Grand fichier central de la population, et il doit prouver son existence. Bref, il n’existe plus et finira là où ceux qui n’existent pas se doivent d’être : nulle part.

Trente ans plus tard, le concept et la série sont repris avec le même dessinateur, mais un nouveau scénariste tout aussi belge : Stephen Desberg. Le dessin de Griffo a fortement évolué, beaucoup plus réaliste, ce qui accentue justement le côté réaliste de la série. Ce n’est pas vraiment de la « politique-fiction ». C’est de la « politique-réalité » !

Et c’est atroce. Ou sublime. Comme on veut ! Comme on le sent. Les 10 petites histoires racontées sont d’un sinistre absolu. On est vraiment dans la merde. Et ça sent vraiment mauvais.

Desberg nous expose un monde régi par les penseurs d'extrême droite, un univers dominé par l'argent, par les valeurs morales réactionnaires, par la figure du mâle dominant ou encore par la préférence nationale. On est dans le quotidien le plus implacable. Mais ce n’est pas un futur qui risquerait un jour de devenir le nôtre : c’est clairement notre réalité, notre société, qui est mise en image et en abîme. Il suffit de suivre un peu les aventures politiques de Theo Francken pour s’en convaincre. Aujourd’hui, il suffit d’être totalement inhumain pour devenir intouchable.

Et c’est là que je m’émerveille. Cette BD est sinistre, ravageuse, destructrice. Mais peut-être, justement, pourrait-elle nous sauver ! En réalité, par sa noirceur totale, « S.O.S. Bonheur – Saison 2 » est une véritable lumière. Il suffit de la percevoir, de lui donner sens, de la saisir,  d'y croire. C’est possible, j’y crois ! Du moins, je veux y croire…

lundi 18 décembre 2017

Test-crachats !

Maintenant que mon différend avec Test-Achats est terminé, je peux en parler librement. J’avoue avoir eu peur d’en parler avant tant j’ai découvert que les pratiques de cet organisme de défense des consommateurs ne vont pas toujours dans le sens de ceux-ci une fois qu’il s’agit de leurs propres pratiques commerciales.

Ce n’est pas une histoire extraordinaire en soi, mais si elle me reste sur la gorge, c’est exclusivement parce qu’elle témoigne d’un manque de respect du client que Test-Achats serait par ailleurs le premier à dénoncer lorsque d’autres sont concernés.

Les faits :
  • Je suis abonné depuis très longtemps à Test-Achats et Budget & Droits. Globalement, je trouve leur démarche intéressante, même si j’ai toujours eu quelques doutes quant à certaines méthodes utilisées. Mais il faut sans doute ce qu’il faut.
  • Néanmoins, le 12 septembre, je les informe que je souhaite supprimer, sans délai, mes abonnements.
  • Le 25 septembre, soit après 13 jours de silence, je suis contacté par téléphone par le Service Abonnements. Plutôt que d’acter mon renoncement, mon interlocuteur me propose de bénéficier de nouvelles conditions. Je réponds que je ne suis pas intéressé. Je reçois cependant le même jour un courriel me disant « Faisant suite à notre entretien téléphonique de ce jour je réduis votre abonnement de 30% pendant une année… ». Je réponds immédiatement en confirmant ma demande de désabonnement de toutes les revues.
  • Le même jour, je reçois le message suivant « Je vous confirme la suppression de votre abonnement à la plus proche échéance, soit à partir du 1er Novembre 2017. Nos listes d'adressage étant prévues à l'avance, il est possible que nos revues vous parviennent encore durant deux mois après la suppression.  Nos envois supplémentaires restent bien sûr gratuitement à votre disposition ». Correct, même si on peut douter du professionnalisme d’un organisme qui ne parvient pas à supprimer des envois mensuels endéans deux mois.
  • Ayant quelques doutes quand même, je me dis qu’il vaut mieux suspendre ma domiciliation bancaire. Je dis bien « suspendre ». Je sais bien qu’en réalité, seul le bénéficiaire d’une domiciliation peut la supprimer. Je vais donc sur le site internet de mon compte bancaire… et je ne vois pas la dite domiciliation. Je m’en étonne, mais je me dis que Test-Achats l’a supprimée et je m’en réjouis. En réalité, elle était simplement reprise sur la deuxième page de la liste de mes domiciliations, mais comme je n’utilise pas celle-ci tous les jours, ni même tous les ans, je n’ai pas pensé au fait qu’il pouvait y avoir une deuxième page…
  • Vous me voyez venir avec mes gros sabots : le 6 novembre 2017, mon compte bancaire est débité du montant de l’abonnement, alors même celui-ci a été résilié depuis le 12 septembre.
  • J’écris immédiatement à mon interlocuteur du Service des abonnements, en demandant le remboursement immédiat. Celui-ci me téléphone assez rapidement, reconnaissant l’erreur, mais me dit qu’il ne peut rien faire, ou pas grand chose, pour le remboursement. C’est à moi de m’en occuper auprès de ma banque… qui me répond assez logiquement qu’elle ne sait rien faire !
  • S’en suit des temps de silence, surtout. J’utilise même la procédure de plainte mise en place par Test-Achats pour réclamer auprès de toutes les entreprises possibles et imaginables, sauf que cette fois, je me plains contre Test-Achats. Sans réaction.
  • Le 21 novembre, un employé de TA m’écrit faire « le nécessaire pour effectuer le remboursement dans les plus brefs délais, c'est-à-dire endéans les 15 jours ». Le 28 novembre, une autre employée de TA me « confirme la suppression de votre abonnement à partir du 01/12/2017 ». Le même jour, un troisième employé de TA m’ « informe que le remboursement a bien été versé sur votre compte bancaire le 24/11/2017 ». Ne voyant rien, TA me confirme le 6 décembre que le remboursement «  vous parviendra en début de semaine prochaine ».
  • Et puis, ce 18 décembre, plus de trois mois après ma résiliation et alors que je n’y croyais plus vraiment, le remboursement est enfin arrivé sur mon compte.
C’est une histoire sans importance qui ne concerne que quelques euros. N’empêche. Si je n’en avais pas assuré un suivi de proximité (ce que peu de personnes peuvent se permettre), je ne suis pas sûr que je les aurais jamais revus. Ce n’aurait pas été dramatique, mais bien inacceptable.  Test-Achats est soi-disant un organisme qui défend les consommateurs. Mais il s’empresse de rouler ceux-ci dans la farine dès qu’il s’agit de défendre ses propres intérêts plutôt que les leurs ! Inacceptable, je le répète !

dimanche 3 décembre 2017

D’une semaine de travail à deux nuits en prison

Ainsi donc, un professeur d’université marocain invité pour une semaine de travail par l’Université libre de Bruxelles s’est retrouvé emprisonné au Centre fermé 127bis de Steenokkerzeel. Je passe les détails que vous trouverez dans vos médias préférés. Simplement, cela aurait pu m’arriver des centaines de fois. Mais cela ne m’est jamais arrivé. Ça n’arrive en fait qu’en Belgique. Celle de MM. Francken et Michel.

J’ai parcouru le monde entier pour aller « travailler » avec simplement un « visa touristique ». Mes missions duraient en moyenne une semaine et il n’y avait donc aucune raison de déposer une demande pour un visa professionnel. Ça se passe comme ça dans tous les pays du monde, des centaines de fois par jour (voire, des milliers…).

Pour tout dire, j’avais quand même compris qu’il valait mieux respecter certaines « règles » pour se faciliter la vie. Par exemple, vivant en Flandres tout au long de ma carrière professionnelle, j’étais né à « Ukkel » alors que l’évidence était pour moi d’être né à « Uccle ». J’ai vite compris que la concordance entre mon passeport et le bout de papier que je remplissais avant d’entrer dans un pays était préférable au respect de mon évidence linguistique ! J’avais aussi compris qu’il ne servait à rien de m’escrimer à dire quel était mon vrai métier « Consultant en éducation et en formation », ce qui semblait du chinois même au Vietnam… Bien plus simple d’écrire que j’étais « Enseignant » alors que je ne l’étais plus. Ça m’évitait d’être confronté à la bêtise d’un contrôleur quelconque.

Le professeur Hakkou en a rencontré un ! Pas de chance pour lui. Il s’est retrouvé deux nuits en « prison ». Le contrôleur en question n’a rien compris à la situation, tout simplement parce que personne ne lui a jamais demandé de comprendre. Juste d’appliquer des règles, aussi stupides soient-elles.

Ce qui est à nouveau grave dans cette affaire, c’est la réaction de notre secrétaire d’État, M. Theo Francken. Dans un premier temps, il a juré que la Police des Frontières n’avait fait que ce qu’elle devait, qu’il n’y avait « aucune erreur ». Par la suite, je l’ai vu moins sûr de lui. Son discours devenait « Mais où est l’erreur ? », voulant ainsi déporter le poids de l’erreur qu’il commençait à reconnaître.

Une fois de plus, cet incident ne changera strictement rien. M. Francken continuera à mener sa politique d’exclusion et d’enfermement, avec la bénédiction du Premier ministre, M. Charles Michel, pourtant diplômé de l’Université libre de Bruxelles. Il est pour lui plus important d’obéir aux sbires de la N-VA que de respecter ses propres pensées libérales.

N’empêche, n’est-on pas tombé bien bas ? Tout en sachant que M. Hakkou, professeur d’université, vice-président de l’Université Mohamed Premier, située à Oujda, avait quand même un avantage de poids par rapport au commun des mortels…

mercredi 29 novembre 2017

Plateforme citoyenne

Depuis quelques semaines, des citoyens et citoyennes s’organisent pour héberger le temps d’une ou de plusieurs nuit(s) des exilés réunis au Parc Maximilien, à Bruxelles. Là où les responsables politiques sont incapables d’apporter une réponse concrète et humaine à ces jeunes en recherche d’un monde meilleur, la Plateforme citoyenne permet de leur apporter un peu de chaleur, un peu de douceur et surtout beaucoup d’humanité.

Disons-le tout de suite : pour diverses raisons personnelles, je ne participe pas pour le moment à cet accueil. Je ne m’en sens pas culpabilisé. Néanmoins, je soutiens pleinement ce mouvement citoyen et je fais partie des 21 297 membres de la Plateforme sur Facebook, principal outil de gestion et de partage.

Le principe est simple : chacun peut signaler qu’il peut inviter un ou plusieurs hébergés. Soit l’hôte va le(s) chercher au Parc Maximilien, soit d’autres personnes agissent comme chauffeurs. Ensuite, c’est de l’ordre de la rencontre individuelle sans d’autres exigences que le respect de l’autre et la richesse de l’accueil. Le lendemain, l’hébergé retourne vivre sa vie d’exilé. Parfois, des accueils se font à plus long terme, sans jamais aucune obligation.

À lire les témoignages, il se passe dans ces accueils des moments extraordinaires, tant pour les hébergés que pour les hébergeurs, et – au-delà – dans les contacts entre les citoyens qui se découvrent solidaires dans le partage et la découverte.

Depuis que cette plateforme citoyenne agit, il n’y a pas plus d’exilés qui arrivent au Parc Maximilien. Pas d’appel d’air, comme le prétendrait M. Francken, Secrétaire d'État belge à l'Asile et à la Migration chargé de la Simplification administrative, dont le seul objectif est de limiter de manière drastique l’asile et la migration (et de préparer sa réélection comme député). C’est en réalité lui, et les autres responsables politiques, qui devraient mettre en place un processus d’accueil, certes strict mais humain. On peut le regretter, mais j’ai plus envie de me réjouir de l’action, tant individuelle que collective, de ces citoyens qui simplement mettent en pratique la seule valeur universelle : la fraternité !

Dans les nombreux témoignages publiés, tout n’est pas toujours rose. Bien sûr, il y a parfois des difficultés. Mais l’expression qui revient le plus souvent – telle un constat – est « un autre monde, meilleur, est donc possible » !

lundi 20 novembre 2017

Défi noir et blanc


C’est par cette photo que j’ai été invité par ma sœur préférée à participer au « Défi noir et blanc ». Seven days. Seven B&W photos of your life. No people. No pets. No explanation. Challenge someone every day. Today I challenge FMG. Elle avait bien choisi la photo : depuis 1958, j’ai toujours prétendu être le concepteur génial de l’Atomium.  Je me suis donc laissé inviter et j’ai relevé le défi.

J’ai commencé par le traduire : Sept jours. Sept photos noir et blanc de votre vie. Pas de personnes. Pas d'animaux. Aucune explication. Défier quelqu'un tous les jours, avec toute liberté. Aujourd'hui, j'invite ##. Les plus subtils auront constaté que le « défi (challenge) » s’est transformé en « invitation avec toute liberté ». Comme beaucoup, je déteste ces chaînes où l’on vous défie de publier un message sous peine de ne plus être amis ou encore de menacer la Terre entière des pires maux pour des mots non partagés. J’étais séduit par l’idée de partager des photos en noir et blanc, témoins de ma vie, sans personnes ni explication. Mais je ne me sentais aucune envie de défier qui que ce soit à en faire de même. J’ai donc « invité avec toute liberté » quelques amis. Merci à ceux qui ont accepté l’invitation, mais aussi aux autres qui m’ont remercié tout en m’expliquant leurs difficultés d’y répondre.

J’ai donc publié sept photos. Sans explication. Je voudrais les reprendre ici, avec un peu d’explication cette fois. Je précise d’abord que je suis l’auteur de toutes ces photos (©FMG). Ce n’était pas demandé. Mais, pour moi qui aime photographier la lumière, cela me semblait aller de soi.

Jour 1
Gratte, 1974. Il y a des personnages, mais ce sont les pierres qui m’importent. Ce village d’Ardèche m’a permis de me construire. J’y ai fait des séjours chaque année de 1969 à 1983. Pour rénover les pierres, mais aussi partager avec les gens, dont des handicapés mentaux adultes. J’ai tout découvert à Gratte. Aussi, j’ai invité celle qui, ces dix dernières années, a énormément contribué à ma construction de senior épanoui.

Jour 2
Du carabouya ! Un peu ma madeleine de Proust. Souvenirs d’une enfance heureuse, avec un attachement indéfectible à la ville de Namur, annonciateurs de mes nombreux séjours professionnels en Afrique. J’ai invité un ami qui court derrière ses rêves tout en les réalisant.

Jour 3
La Tour du Millénaire, à Louette-St-Pierre, près de Bouillon. Une véritable prouesse architecturale. Souvenir d’une prouesse personnelle de celle que j’aime, lors d’un de ces moments familiaux qui permettent de toujours se construire et se projeter. Invitation naturelle pour mon architecte préférée.

Jour 4

Randonnée en Brabant flamand alors que nous étions enfin en Brabant wallon. J’y ai appris les plaisirs de la balade tout en continuant à lui préférer ceux des ballades. Tout naturellement, j’ai invité une amie canadienne – jamais rencontrée ! – qui sait ce que photographier la nature veut dire ! In piena libertà.

Jour 5
Un instant figé mais ô combien libérateur, à Durbuy, où les nuages sont en bas et où la platitude crée le relief. Évidence d’inviter un ami de rhétorique – quoique ! – seul à même de décider s’il faut écrire nénuphar ou nénufar

Jour 6
Elle est là, dans notre jardin. Désuète. Obsolète. Sublime. La fleur est venue toute seule pour l’embrasser et m’embraser. Belle occasion d’inviter un ami qui va et vient dans ma vie, sans trop savoir s’il doit se poser ou se pauser. Qu’importe d’ailleurs. Seule la fleur importe.

Jour 7
Symbole de notre nouvelle vie. Dans la lumière et l’ombre. Tournée vers l’essentiel, en pleine nudité et simplicité. Les mains ouvertes pour créer. Invitation à toute personne qui veut aussi profiter de la vie !

Comme il serait vain de se priver des plaisirs de la vie, j’ai publié – juste pour le plaisir des yeux, et aussi pour ne pas faire comme tout le monde – un huitième jour.
Je me baladais. Le soleil était lumineux. Soudain, cette vue me fut offerte. Elle était encore bien plus belle en vrai que sur la photo. Elle s’imposait. Elle représentait tout ce qu’est ma vie aujourd’hui. Un jour, peut-être, je vous expliquerai pourquoi et comment. Aujourd’hui, seul le plaisir compte… Et je me dis que ce périple noir et blanc m’a vraiment permis de revoir toutes les merveilleuses couleurs de ma vie.


jeudi 19 octobre 2017

Moi aussi… j'ai peur d'être homme

Moi aussi. Me too. Un soir, je suis allé au lit avec mon amie. Je l’aimais bien, mais pour plusieurs raisons complexes, depuis le début de notre relation, je n’avais pas envie de faire l’amour avec elle. Elle le voulait. C’est normal. Ce soir-là, elle ne m’a pas laissé le choix. Elle s’est littéralement empalée. Je n’ai rien pu faire. Je me suis senti violé. Je ne dis pas que j’ai été violé. Je l’ai vécu comme tel et je suis marqué à vie, mais je sais que ce n’est rien par rapport à ce que peut endurer une femme.

Les femmes doivent en plus assumer la banalisation du harcèlement viril. La plupart des harceleurs, des condescendants et même des violeurs ne se rendent pas vraiment compte de ce qu’ils font. Pour eux, c’est « normal » et « naturel » de mettre la main aux fesses, de lancer une boutade salace, de prendre possession de ce corps désirable et perçu ouvert. La question du consentement ne se pose même pas : la femme n’est – pour eux – qu’un objet qui ne peut qu’être soumis à leur force, leur pouvoir, leur désir. La société, globalement, ne les contredit pas. Elle se comporte aussi trop souvent comme si c’était normal, comme si cela allait de soi.

Ce qui se passe mondialement pour le moment est important. Je ne suis pas sûr que cela changera fondamentalement les choses. Mais au moins, une parole se sera libérée. Les hommes ne peuvent plus ignorer l’ampleur du phénomène, tant en ce qui concerne l’étendue des femmes blessées qu’au niveau de la douleur que l’arrogance masculine engendre chez elles.

J’ai peur d’être homme. Fondamentalement, je ne me crois pas capable de la moindre parole ni du moindre geste offensants. N’empêche, comme mon ami Robert l’a très bien chanté en 1978, j’ai peur d’être homme.

J'ai peur d'être homme

femme pillée,
violée, souillée
femme je pleure
ma mère ma sœur
ma fille - son âme
son corps - ma femme
perdus en toi
quand aux abois
tu fus ouverte
et recouverte
contre ton gré
contraint, forcée
j’ai peur d’être homme
en sachant comme
un autre moi
usa de toi

car nul n’est île
en soi-même, il
est frère tu sais
si frère de laid
s’il rit encore
la honte mord
mes cœur esprit
ô je t’en prie
toi fracturée
toi déchirée
si tu le peux
pardonne un peu
c’est pour chacun
qu’il fit soudain
- jouant de toi -
sonner le glas

le glas des gens
si bien pensants
qu’ils ne voient que
ce qui est eux
ceux qui « prison »
« ségrégation »
« chambre à louer
sauf étranger »
je ne voudrais
pas juger mais
si fait horreur
le violeur
au nom des femmes
que l’on condamne
à ses côtés
la société

bonnes consciences
avez-vous chance
après chanté
d’aller en paix
vous n’êtes pas
de ces gens-là
mais le voisin
peut-être bien
quant à moi-même
femmes que j’aime
violées ou non
je garde mon
sexe coupable
d’être capable
par un baiser
d’assassiner

lundi 16 octobre 2017

Violence à deux vitesses

« La violence n’est jamais une réponse. Nous condamnons toute forme de violence et réaffirmons notre appel au dialogue politique ». C’est en ces termes que Charles Michel, 1er ministre belge, s’est exprimé le 1er octobre pour condamner les violences policières en Catalogne. En Belgique, ce 15 octobre, les policiers ont appréhendé – non sans une certaine violence – une quarantaine de migrants au Parc Maximilien. Charles Michel n’a pas (encore ?) condamné cette violence !

Il en est même responsable. Bien sûr, le responsable politique de cette rafle est Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles. Encore un de ces socialistes qui ont oublié que l’essence même du socialisme est la solidarité ! Charles Michel, au moins, n’est pas socialiste. Il est libéral. Au nom de la liberté, le libéralisme défend le chacun pour soi, surtout chacun pour les riches. Associé aux nationalistes flamands de la N-VA, Charles Michel se fait l’apôtre de la défense de nos privilèges belges et lutte donc contre cette migration soi-disant invasive.

Je ne pense pas qu’il faille ouvrir nos frontières et accueillir toutes les personnes qui fuient leur pays pour toutes sortes de raisons qui se résument toutes à celle-ci : leur vie est devenue insupportable. Alors, elles cherchent ailleurs, la plupart du temps au péril de leur vie. Elles savent bien que ce ne sera pas une sinécure. Mais c’est leur seul espoir. Même avec la meilleure volonté du monde, ni la Belgique ni même l’Europe ne pourraient toutes les accueillir. Il y a cependant place pour pas mal de ces migrants. Mais la question n’est pas là aujourd’hui.

Qu’on le veuille ou non, des migrants arrivent chaque jour en Belgique. De manière « illégale » pour la plupart d’entre eux. Beaucoup espèrent atteindre l’eldorado britannique et ne cherchent donc pas à légaliser leur présence sur le sol belge. Ils se retrouvent alors au Parc Maximilien, juste de passage. Soutenu par le gouvernement fédéral, Théo Franken, secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations, a décidé que ce n’était pas possible. Le système des rafles policières a donc été mis en place.

Pour éviter celles-ci et surtout pour être solidaires avec ces êtres humains que sont les migrants, des bénévoles belges ont mis en place un accueil de nuit. Ils pallient ainsi l’incurie des responsables politiques qui refusent de mettre en place un hébergement. Alors, des gens comme vous et moi accueillent chaque soir des migrants, pour une ou plusieurs nuits. Ces derniers se retrouvent ensuite au Parc Maximilien et sont ensuite à nouveau accueillis, pour une ou plusieurs nuits. Ce système d’accueil, basé sur l’initiative privée, fonctionne : il n’y a plus de migrants qui traînent la nuit au Parc Maximilien.

Hier, les bénévoles étaient en train d’arriver pour prendre en charge « leurs » migrants. Mais, c’est une autre (prise en) charge qui a eu lieu : les policiers ont débarqué et embarqué une quarantaine de migrants. Non sans violence. Ni sans menaces vis-à-vis des citoyens belges.

C’est inacceptable. En tant que citoyen belge, je clame clairement « Pas en mon nom » ! Ces agissements témoignent d’une absence totale de politique migratoire. Il n’y a aucune gestion de la migration. Juste une répression gratuite et aveugle. Tout ça avec la bénédiction de tous les partis traditionnels. Avec même le relatif silence complice d’Écolo. Bien sûr, il y a là un calcul électoral : lutter contre les migrants se révèle malheureusement gagnant. C’est justement là qu’on est en droit d’attendre de nos responsables politiques un sursaut de conscience. Il ne viendra pas. Seule la violence viendra, prenant – ici comme ailleurs – la place du dialogue politique et de la responsabilité collective.