vendredi 24 mai 2013

Le prosélytisme athée

Je suis toujours étonné de voir l’énergie et le temps que certains athées consacrent à critiquer les religions et les événements qui y sont liés. C’est assez difficile à expliquer, mais on peut supposer qu’ils se sentent – dans leur athéisme déclaré – menacés par ceux qui professent leur Foi, alors que ceux-ci ne me semblent pas adopter la même attitude vis-à-vis des premiers.

Que les choses soient claires : je n’appartiens personnellement ni à l’une ni à l’autre des deux catégories. Je me qualifierais d’« agnostique positif ». En d’autres mots, sachant qu’il est impossible de prouver ni l’existence de Dieu ni son inexistence, je dis que je ne sais pas si Dieu existe ou non, mais qu’il est donc possible qu’il existe, ce qui apporterait des réponses à certaines questions fondamentales. Mais il est donc aussi possible qu’il n’existe pas, sans avoir alors les réponses à ces questions. Dans les deux cas, cela ne change finalement rien à ma vie. Je suis vivant et j’essaie de vivre ce court moment de la meilleure manière possible, dans le respect du monde et des personnes qui sont dans le même bateau que moi. Il m’arrive de participer à des événements religieux et cela ne me pose aucun problème. Au contraire, ça me va. Sans pour autant que cela ne constitue une nécessité impérieuse.

Lorsque je vois les réactions et commentaires qui ont été exprimés lors de l’élection du pape François – notamment sa condamnation sans appel pour ses supposés liens avec la dictature de Videla en Argentine, alors que cette soi-disant complaisance vis-à-vis de ce sinistre régime politique n’a pu être confirmée en aucune manière – je me demande en quoi l’élection d’un pape atteint à ce point ces athées déclarés.

Bien sûr, le pape est un personnage public jouissant d’un pouvoir d’influence important. Il est assez clair que l’Église catholique essaie partout où elle est présente d’influencer la sphère politique. Il suffit de voir encore ce qui s’est passé en France lors du processus d’adoption du mariage pour tous. Mes positions dans ces grandes questions morales sont la plupart du temps différentes de celles de l’Église, mais je peux comprendre que dans la continuité logique de son approche, celle-ci défende fermement ses idées. Ce faisant, elle ne me menace en rien. Elle essaie d’intervenir dans le débat démocratique et elle en a bien le droit. Au bout du compte, les décisions sociétales sont prises par ceux qui sont mandatés pour les prendre… et la Terre continue à tourner.

Au-delà des différences d’opinion eu égard à ces grands débats moraux et sociétaux, il ne me semble pas y avoir de menaces pour l’un ou l’autre. Sauf bien sûr quand certains intégristes – de quelque camp qu’ils soient – choisissent d’associer leur vision à une attitude violente et destructrice. Ceux-là sont pour moi non seulement de dangereux personnages dont il faut se prémunir, mais aussi des personnes qui s’inscrivent en faux avec leurs propres croyances (ou non-croyances). Une « conscience morale », quel que soit ce qui l’anime, ne devrait jamais être en soi destructrice.

La Foi est une affaire de conviction personnelle. Que quelqu’un croie en Dieu ou non ne change jamais rien à la vie d’un autre. Chacun me semble libre de penser ce qu’il veut à cet égard et d’animer sa vie en fonction des références qui lui semblent les plus correctes. Je peux comprendre que lorsqu’on croit profondément quelque chose, on ait envie que les autres adhèrent à la même conviction. Mais il me semble absurde de critiquer, voire de condamner, celui qui ne pense pas comme moi sur des éléments qui de toute façon ne dépendent que d’une vision personnelle des choses, que d’un vécu personnel. Euh… n’est-ce pas ce que je suis en train de faire moi-même ?

La seule chose nécessaire n’est-elle pas finalement de vivre dans un respect mutuel ? Pour le reste, taisons-nous ! Tais-moi !

lundi 20 mai 2013

L'eau

"Les nauvragés" © Claude Théberge

Y a l’eau de l’océan

Ou d’une petite rivière

Qui chante la lumière

D’un monde éblouissant

Il est paradoxal de louer l’eau alors que tout le monde n’attend qu’une seule espérance : se laisser chauffer par les rayons du soleil, à l’abri de toute pluie, soit-elle une ondée.

Pourtant, l’eau est la vie ! Sans elle, la Terre n’est rien, juste une planète perdue dans l’océan galactique. Par l’eau, la Terre adopte la couleur bleue, celle de la paix, du calme, de la volupté, de la fraîcheur et de la pureté. Et la vie naît de cette alliance moléculaire. Elle s’en nourrit et s’y épanouit. La vie n’est rien sans l’eau.

La force de l’eau est incommensurable, elle qui porte d’immenses bateaux et qui – lorsqu’elle est domestiquée – apporte énergie et nourriture. Elle peut aussi être dévastatrice. Lorsque l’eau décide d’exploser, elle ravage la Terre et balaie les gens dans leur stupidité fondamentale. Il ne faut jamais rire de l’eau.

Indispensable pour chacun d’entre nous, elle est cependant profondément inégalitaire et ne distille ses bienfaits que là où la richesse est évidente. C’est elle d’ailleurs qui crée cette richesse inéquitable.

L’eau est dès lors le défi le plus indéniable pour l’être humain du XXIe siècle. Alors qu’elle les purifie et les guérit, les hommes la transforment en guerre. Ils savent que sans elle, ils ne sont rien. Ils cherchent alors à se l’approprier, sans se rendre compte que l’eau qui coule dans leurs mains ne peut que s’échapper à travers leurs doigts pour s’offrir à tous ceux qui ont soif de vie, de paix et de lumière.

Chaque goutte d’eau est le trésor du monde.

Qu’est-ce qui fait vivre la vie

Qui nous porte au-delà de nous

Qu’est-ce qui nous rend fou

Qui nous donne autant d’envie

Y a l’eau de l’océan

Ou d’une petite rivière

Qui chante la lumière

D’un monde éblouissant

vendredi 17 mai 2013

Bubble Island, une évolution réussie

Ceux qui me suivent le savent : je m’intéresse aux jeux internet, et en particulier aux « jeux de bulles ». Il faut bien garder une part d’enfance quand on est un homme sérieux ! Il existe une kyrielle de jeux de bulles différents, mais – au bout du compte – je suis toujours resté fidèle à celui qui est sans doute le plus basique : Bubble Island.

Il y a une partie « Aventure » avec des niveaux progressifs que j’ai terminés depuis longtemps. Il y a aussi une partie « Tournoi » qui est celle qui m’intéresse aujourd’hui le plus. C’est vraiment le niveau zéro du jeu : il faut faire éclater des bulles en en associant au moins trois de la même couleur et obtenir ainsi le plus de points en un temps limité. Il existe quelques « boosters » qui permettent d’obtenir soit plus de points soit plus de temps.

C’est un tournoi : on voit les points obtenus par les (quelques) amis qui jouent aussi. Et chaque semaine, le lundi à 10 heures précises, tous les scores sont remis à zéro pour un nouveau tournoi. J’avoue y avoir joué même quand il n’y avait pas d’amis qui y participaient. Mais c’est vrai que c’est plus stimulant quand il y a compétition. Jadis, une de mes amies, Dorothée pour ne pas la nommer, y participait fidèlement et était souvent devant moi. Puis les scores se sont équilibrés, je me suis souvent retrouvé en tête… et Dorothée a finalement quitté le jeu ! Heureusement, j’ai d’autres concurrents, dont notamment mon frère Bernard. La semaine dernière, il a sorti un score pas possible et a gagné le tournoi. Bravo ! Mais cela me semblait quand même bizarre qu’il puisse faire soudain un score pareil. Alors, j’ai cherché à comprendre et je crois que j’ai compris.

Depuis quelques semaines, quasi imperceptiblement, le jeu a évolué. Il y a eu l’introduction de « vies », puis d’un booster supplémentaire et enfin de « niveaux » qu’on peut monter au fur et à mesure des parties jouées. Au début, ceux-ci ne semblaient servir à rien, d’autant plus qu’après avoir pu voir pendant une ou deux semaines le niveau atteint par les autres concurrents, cette inscription a disparu depuis lors.

Pourtant, ces niveaux sont devenus essentiels ! Ils correspondent à un « parcours » de petites îles. Chaque fois qu’on atteint l’une d’entre elles, on reçoit soit des « boosters » directement utilisables, soit une amélioration des boosters disponibles ! Et ça, ça change tout. Imaginez une bulle « étoile » qui vous permet d’obtenir 7500 points lorsqu’elle éclate. Au fur et à mesure de l’avancement dans les niveaux, ces 7500 points peuvent augmenter. Par exemple, j’ai actuellement droit à un bonus de 30% par étoile explosée, soit 9750 points ! À ce rythme-là, croyez-moi, le score global explose lui aussi !

En soi, le jeu est toujours le même et aussi stupide : il faut faire exploser le plus de bulles possible ! Mais ces petites évolutions changent quand même pas mal la donne et apportent quelques piments. Plus on avance dans les niveaux, plus on a des chances d’avoir beaucoup de points. Et pour avancer dans les niveaux, il faut jouer beaucoup de parties. Cela permet de fidéliser les joueurs. Il deviendra en effet de plus en plus difficile d’être bien classé sans jouer fréquemment. Et par exemple, si Dorothée revenait jouer, il est fort probable qu’elle ne parvienne pas à dépasser le million de points, comme cela devient (presque) courant pour le petit peloton de tête de notre tournoi entre amis.

Allez, je vais aller me faire une petite partie…

samedi 11 mai 2013

Les Serres, ça sert !

Photos © FMG 2013

Il y a de ces endroits proches dont on connaît l'existence, mais qu'on n'a jamais pris la peine de visiter, sans trop savoir pourquoi. Puis, un jour, on se décide et on ne regrette rien, malgré les merveilles que l'on découvre, là, juste à côté.

Il a fallu que les visites des Serres royales de Laeken soient presque terminées pour cette année 2013 que nous nous décidions - pour la première fois de notre vie - à aller les visiter. C'est bien beau et ça vaut vraiment la peine. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'un Roi ne sert qu'à ça ! Mais au moins, les Serres, ça sert !

Ces Serres royales sont d'abord un superbe ensemble architectural !
 

Ces Serres sont de plus installées dans un parc magnifique dont chacun ferait bien son jardin. Et finalement, c'est un peu le jardin de tous les Belges…
  

Et puis, bien sûr, des Serres, ça sert à cultiver des plantes ! Celles-ci ne manquent pas. Elles permettent de découvrir un monde féérique. Les fleurs d'ici et là offrent leurs ramages et leurs senteurs, presque jusqu'à indigestion ! Quelles merveilles !
   
 

Au détour du labyrinthe, on découvre même d'autres surprises phénoménales !

Jusqu'au moment où la visite se termine, comme un moment retiré du monde réel. Est-ce que tout cela existe vraiment ?

mercredi 1 mai 2013

Nauséabond

Il a suffi qu’un Monsieur Météo, Luc Trullemans, déverse – quelques instants – ses propos aux relents racistes sur Facebook pour enflammer la planète internet belge et permettre à « chacun de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». C’est-à-dire de la haine, du racisme primaire, de la généralisation nauséabonde.

Les exemples de ce delirium tremens ne manquent pas, mais j’agrippe au passage ce montage photographique. Le propos est simpliste : pendant que l’homme occidental (même russe) s’élève dans tous les sens du terme, l’homme « musulman », lui, continue encore et toujours à braire ses insanités ! La force des images, même si au passage on prend quelques raccourcis avec la vérité historique. Celle-ci n’a aucune importance, ce qui seul compte est d’enfoncer le « méchant étranger qui vient imposer sa culture barbare » !

La critique historique de cette image est évidemment sans appel : la même photographie ne pourrait avoir été prise quatre fois dans l’intervalle de plus d’un siècle ! En réalité, elle fut prise à Istanbul, en septembre 2012, quelques jours après l’assassinat de l’ambassadeur américain à Benghazi à la suite d’un film de série B américain stupidement anti-islam. Cette photo n’est donc prise ni en 1896 ni en 2013, le musulman qu’elle illustre n’est pas un « arabe » et il n’est pas un de ces « envahisseurs » qui nous (soi-disant) menacent, puisqu’il est simplement un turc vivant à Istanbul.

Parlons-en d’ailleurs des envahisseurs : en 1896, l’Algérie vient d’être décrétée département français ! Les Musulmans peuvent être assimilés aux Français par abandon du statut musulman. Cette politique d’assimilation échouera cependant, car le Musulman considère – avec raison – comme une véritable abjuration le fait de perdre volontairement son statut pour se placer sous le régime du code civil français. Pendant ce temps, l’envahisseur français continue à vouloir imposer son mode de vie occidental aux populations colonisées (et cela est valable de tout temps pour tous les pays colonisateurs et colonisés).

Les Musulmans qui vivent en Belgique et dans les autres pays occidentaux sont-ils des « envahisseurs » qui cherchent à imposer leur religion, leur culture, leurs us et coutumes… ? Clairement, non ! Ma position tranchée ne m’empêche pas de me poser des questions, d’être attentif et critique face à certains débordements. Je ne suis pas un aveugle naïf ! Ayant travaillé de nombreuses années à Schaerbeek, mais aussi par la suite en Tunisie, au Maroc, en Algérie, en Mauritanie, au Liban, à Djibouti, au Sénégal… j’ai côtoyé plus d’un Musulman et je peux affirmer que la plupart d’entre eux ne songent qu’à vivre en paix avec tout le monde. Dans le respect de leur culture et de leur manière de vivre, c’est vrai. Mais c’est tout aussi vrai pour les occidentaux d’origine judéo-chrétienne que nous sommes tous. Simplement, ces cultures et ces manières de vivre sont différentes. Sans qu’il y en ait une qui soit meilleure que l’autre.

Ce qui est grave aujourd’hui, c’est que le discours raciste est banalisé. On dit que c’est ce que « tout le monde pense »… en sous-entendant dès lors que c’est bien et que c’est bon. Mais le discours raciste n’est jamais qu’un repli sur soi-même qui, lorsqu’il s’étend, conduit – comme l’Histoire, pas si lointaine, en témoigne – inexorablement à la violence et à la guerre. Est-ce cela que « tout le monde veut » ? Je ne le crois pas.

En attendant, ça pue. Et c’est dramatique pour un 1er mai !

dimanche 28 avril 2013

Dès que le printemps revient

Photos © FMG 2013

Il m’étonnerait fort que je trouve quelqu’un qui dise de moi : « Ça au moins, c’est un gars qui aime la nature… ! ». J’avoue, je suis plus intéressé par la technique que par la nature, par ce que l’homme construit que par ce que la Terre lui offre comme ressources… Mais enfin, je ne suis pas aveugle non plus. Et quand je vois que la Nature se réveille parce que quelques rayons de soleil daignent enfin nous éclairer, à défaut d’encore nous réchauffer, je ne reste pas vraiment indifférent. Et je jouis de l’instant présent !

Ça fait du bien, non ?

Un peu de vert pour illuminer la terre…

Un peu de bleu pour oublier le gris…

Un peu de blanc pour rafraîchir…

Un peu d’arc-en-ciel synthétique pour accueillir la lumière…

Et derrière les grilles, un peu de liberté pour construire la vie !

mercredi 24 avril 2013

Vanité Femen peut-être, mais ne fait pas femme

Ainsi donc, hier soir, André-Mutien Léonard, archevêque de Belgique, a fait l’objet d’une manifestation musclée du groupe Femen belge. Le moins qu’on puisse dire est que cette intervention intempestive pose beaucoup de questions et que les réactions qu’on voit fuser sont souvent peu raisonnées et très affectives.

Ce Léonard, personnellement, je ne l’encaisse pas, comme je l’ai déjà écrit ici-même. Je ne l’encaisse pas, mais je lui reconnais une certaine cohérence. Par exemple, quand il apprend que le Pape François a été élu, il montre clairement que cela ne l’enchante pas ! Il a aussi un discours sur l’homosexualité fidèle à ce qu’il pense être la doctrine de l’Église. Il a récemment conseillé aux homosexuels l’abstinence et le célibat, en précisant que c’est ce qu’il dit quand il s’adresse à des chrétiens. On peut ne pas être d’accord avec lui, mais son discours est cohérent et – qu’on le veuille ou non – n’est nullement méprisant vis-à-vis des homosexuels, chrétiens ou non.

Bref, ce mardi soir, il avait accepté une invitation de l’Université libre de Bruxelles, pour participer à une conférence-débat intitulée : « Blasphème : offense ou liberté de s'exprimer », organisée par la Ligue pour l'abolition des lois réprimant le blasphème et le droit de s'exprimer librement (LABEL). On ne peut pas dire qu’il allait là en terrain conquis, bien au contraire. À nouveau, il était assez cohérent avec lui-même : c’est un intellectuel qui connaît les vertus du débat et acceptant donc celui-ci. Imaginait-il convaincre qui que ce soit dans cette assemblée où le libre-examen règne en maître ? J’en doute fort. Mais il était là pour partager et discuter.

Puis, les FEMEN sont arrivées. On voit sur la photo toute leur haine et leur violence. Léonard, tout aspergé d’eau, s’est réfugié dans ce qui semble être une prière. Quand on le voit comme ça, il me semble méchamment mettre en œuvre ce qu’a proposé ce doux révolutionnaire que fut Jésus : « Si on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche ! ». Une cohérence de plus ?

Du côté des Femen, rien que de la violence, de l’intolérance, du mépris. En quoi ont-elles fait avancer de quelques millimètres que ce soit la cause du féminisme, celle de la liberté de parole et de pensée, celle de la non-violence, celle du respect de la différence ? Elles ont voulu montrer qu’« en Belgique aussi, nous avons du panache », mais elles n’ont en réalité que démontrer le contraire : de l’esbroufe !

Je n’ai toujours pas plus de sympathie pour ce Léonard qui me semble déconnecté du monde d’aujourd’hui. Mais dans cet événement, il me semble quand même le plus cohérent… et aussi le plus efficace. La vanité de nos Femen belges les a fourvoyées dans une voie sans issue qui les laisse sans voix.

samedi 20 avril 2013

Chansons oubliées : Prends ton courage et continue, par Angélique et Photis Ionatos (1975)

Les amateurs de musique « world » connaissent Angélique Ionatos et sa voix grave envoûtante. Depuis 1977, elle parcourt les scènes du monde distillant des chansons qui puisent leur inspiration au cœur de la culture traditionnelle grecque, tout en faisant des incursions en langues française, anglaise, espagnole… C’est du bon travail, même si ce n’est pas tout à fait ma tasse de thé.

Par contre, le 33 tours qu’elle a sorti en 1975 avec son frère Photis reste un de ces disques que je prends toujours plaisir à réécouter, tant il y a là de fraîcheur, de force, de musicalité, de spontanéité !

Photis mène lui aussi une carrière musicale, surtout en Belgique et de manière très confidentielle, ce qui n’enlève rien à la qualité de son travail.

Toutes les chansons de ce 33 tours mériteraient d’être mises en avant, mais j’ai choisi « Prends ton courage et continue ». Composée par le duo, chantée par les deux, en français mais avec un peu de grec, c’est une chanson qui m’a permis – à moi comme à d’autres – de garder la tête haute, de poursuivre le chemin en sachant que la lumière est au bout du tunnel, de vivre.

Prends ton courage et continue


Pour celui qui ne verra plus le grand miracle de la vie,
Pour celui qui n'entendra plus parler d'amour, parler d'oubli,
Pour celui qui ne pourra plus sentir la chaleur de l'enfant,
Pour celui qui ne pourra plus goûter la saveur du printemps,
 
Fais un vœu, en attendant que le cœur du monde fleurisse d'amour !
 
Pour celui dont le cœur est triste et qui sanglote dans le silence,
Et pour celui dont la souffrance est devenue pain quotidien,
Pour celui qui s'invente un monde pour protéger son ignorance,
Et pour celui qui prend conscience de l'importance d'une vie,
 
Fais un vœu, en attendant que le cœur du monde s'incline devant la douleur et la solitude !
 
Mais pour le soleil qui se lève, pour ce bourgeon qui vient d'éclore,
Et pour la haine qui s'endort, dans le cœur même de la nuit,
Pour ce sourire qui vient se mettre au plus profond coin de ton être,
Et pour l'enfant qui vient de naître,
 
Prends ton courage et continue !

vendredi 12 avril 2013

Sois belle et tais-toi

Depuis longtemps, on sait que globalement les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. On sait aussi intuitivement que cette différence est liée aux stéréotypes véhiculés sur le rôle respectif des filles et des garçons. En caricaturant, on dit à la fille « Sois belle et tais-toi » et au garçon « Sois un homme, mon fils » ! La fille va donc s’adapter à ce qu’on attend d’elle – et donc être une bonne élève – alors que le garçon va s’affirmer dans sa fierté conquérante – et donc ne pas trop répondre aux attentes scolaires.

Certains cherchent quand même à vérifier ces explications intuitives. C’est le cas de Bonny L. Hartley et Robbie M. Sutton, chercheurs au département de psychologie de l’Université du Kent. Dans un article paru dans la revue Child Development, ils relatent trois études :
  • la première, portant sur 238 enfants, a montré que les filles de plus de 4 ans et les garçons à partir de 7 ans pensent que les adultes croient que les garçons sont moins bons à l'école que les filles ;
  • dans la deuxième, les chercheurs ont dit à un groupe de 162 enfants âgés de 7 à 8 ans que les garçons étaient plus mauvais à l'école que les filles. Résultats : les garçons ont diminué leurs notes en écriture, en lecture et en maths, mais rien de changé du côté des filles ;
  • dans la troisième étude, les chercheurs ont dit à 184 enfants âgés de 6 à 9 ans que les garçons et les filles obtiennent les mêmes résultats à l'école. Résultat: les performances scolaires des garçons s'en sont trouvées améliorées... même si leurs résultats étaient toujours moins bons que ceux des filles. Quant aux performances des filles, elles sont restées inchangées.

Pas sûr que ces études apportent des éléments vraiment nouveaux. On pourrait croire que les filles se laissent moins influencer par les stéréotypes qu’on leur transmet, mais en réalité elles sont sans doute influencées par le message qui leur est transmis – inconsciemment – depuis leur naissance : « Sois belle et tais-toi ». Après, on peut leur dire ce qu’on veut, elles savent bien ce qu’elles ont à faire : s’adapter aux règles de la société et donc aux attentes scolaires.

Les garçons sont apparemment plus influençables, ce qui peut se comprendre : en fonction de l’image que leur entourage donne au concept « être un homme », ils s’y adapteront.

Ce qui est étonnant dans les trois expériences des chercheurs anglais, c’est qu’ils n’ont – sur la base des informations en ma possession – jamais essayé de transmettre les stéréotypes totalement opposés, c’est-à-dire de voir ce qui se passe si on dit aux enfants que les garçons sont les meilleurs à l'école et donc que les filles sont plus mauvaises. J’ignore totalement ce que donnerait comme résultats une telle expérience, mais il est symptomatique qu’elle n’ait même pas été réalisée (apparemment) par les chercheurs. Comme s’il était scientifiquement inconvenant d’aller à l’encontre des stéréotypes fondamentaux.

Interpellant, non ?

vendredi 5 avril 2013

Les voleurs de vélo

Il y a longtemps, je travaillais comme instituteur et je me rendais à vélo à l’école. C’était non seulement un plaisir, mais en plus j’avais l’impression de participer d’une manière ou d’une autre au bien public. Et ça me plaisait bien. Puis, un jour, j’ai voulu rentrer chez moi, mais il n’y avait plus de vélo. Juste un morceau de cadenas cisaillé. Je me souviens qu’après le premier moment de stupéfaction, je me suis dit : « J’espère au moins qu’il en avait plus besoin que moi ».

Cette pensée positive m’avait aidé à faire passer la pilule. J’avais toujours cette idée (naïve) en tête : si quelqu’un m’avait volé mon vélo, c’est qu’il n’avait pas les moyens de s’en offrir un ! En quelque sorte, en étant volé, j’avais continué à faire œuvre utile.

Aujourd’hui, j’ai un peu vieilli et je suis moins naïf (quoique). Mais je suis outré, fâché, offensé. Il y a donc sur Terre des milliers de voleurs qui font tout pour avoir le maximum d’argent… alors qu’ils en ont déjà un fameux paquet.

Je parle de tous ces « gens normaux » identifiés dans les fichiers de l’OffshoreLeaks. Je parle de ce monsieur Cahuzac qui a pêché là où il dénonçait. Je parle de tous ces riches – style Gérard Depardieu – qui fuient leur pays simplement pour payer moins d’impôt. Je parle de ces patrons qui n’hésitent pas à fermer une entreprise et à envoyer des centaines de travailleurs au chômage pour simplement augmenter leurs dividendes déjà bien plantureux. Je parle…

N’ayant jamais été adepte des théories du grand complot, je ne vais pas commencer à me lancer dans des grands discours sur la perversité des systèmes politiques, qui seraient minés de A à Z par la soif de pouvoir et l’incompétence notoire des responsables dès qu’ils deviennent ministres. Ces discours généralistes ne me semblent jamais crédibles et nuisent plus qu’autre chose au message qui les soutient.

Mais comment ne pas être écœuré par ce qui se passe ? Comment accepter qu’un riche fasse tout ce qu’il lui est possible pour être plus riche encore, même et surtout si ce possible est aussi interdit ? Comment tolérer cet égoïsme fondamental qui conduit à ignorer le bien public ?

Car c’est cela qui est le plus inacceptable. Il est possible que de nombreuses personnes impliquées dans l’OffshoreLeaks n’aient rien fait d’illégal. Mais ils ont utilisé toutes les failles du système pour gagner plus d’argent, et donc pour en donner moins à la collectivité.

Cet argent détourné est pourtant celui dont nos sociétés ont besoin pour payer de manière convenable ceux qui n’ont pas la chance d’avoir du travail, pour financer un enseignement exsangue, pour appuyer des projets artistiques non rentables par définition, pour mettre en place des politiques environnementales dignes de ce nom…

Qui vole un vélo, vole crescendo ! Pas sûr que celui qui a volé le mien il y a plus de 30 ans fasse partie de ces voleurs de haut vol et de biens publics. N’empêche, je prends conscience aujourd’hui de la folie humaine, celle qui pousse certains à devenir de plus en plus riches, à n’importe quel prix, en ignorant superbement les besoins sociaux et sociétaux. Le plus dur, c’est que notre société n’a sans doute que les « voleurs de vélo » qu’elle mérite. J’ai envie de vomir.

samedi 30 mars 2013

Où est le problème ?

Nous voici donc au changement d’heure. Comme à chaque changement – soit deux fois par an – on va lire çà et là les sempiternelles rouspétances. Pourtant, en ce domaine comme en d’autres, le meilleur moyen de ne pas avoir de problèmes est de ne pas en voir là où il n’y en a pas !

Sans doute, ce petit changement perturbe-t-il certains. Quand on creuse un peu la question, il apparaît que celles qui subissent le plus un effet négatif seraient les vaches laitières qui auraient quelques difficultés à se remettre du changement de rythme, avec non seulement une baisse quantitative de la production, mais aussi de sa qualité ! Elles auraient bien besoin d’une semaine pour s’adapter à la nouvelle donne. Il faut compatir, non seulement avec les vaches en question, mais sans doute surtout avec les fermiers qui sont les premiers à en subir les conséquences.

Pour le reste… On dit que les enfants et les personnes âgées ont du mal à s’en remettre également. Il serait plus correct de dire que certains enfants et certaines personnes âgées éprouvent certaines difficultés à s’habituer à cette modification temporelle. En tout cas, toutes les difficultés – pour autant qu’il y en ait – disparaissent après une semaine.

Les bénéfices du changement d’heure continuent quant à eux durant les 7 mois que dure l’heure d’été. Je ne parle pas des gains énergétiques. On sait que ceux-ci existent, mais qu’ils sont relativement faibles. Je parle simplement des gains en termes de bien-être. Pouvoir disposer de soirées plus longtemps lumineuses, c’est un réel profit ! Ce l’est d’autant plus quand on n’en finit pas de ne pas sortir d’un hiver sombre et froid. Changer d’heure, c’est un peu entrer vraiment dans le printemps et l’été. Et ça, c’est appréciable.

Bref, on ne peut nier que pour certains, ce changement positif est légèrement perturbant. Faut-il pour autant à chaque fois nous bassiner les oreilles avec cette histoire. Bien sûr, il faut rappeler que changement d’heure il y a et réexpliquer à chacun ce qu’il doit faire concrètement. Mais de là à remettre chaque fois en question cette mutation, il y a une marge. D’autant plus qu’en procédant ainsi, les médias ne font sans doute que créer le problème. Or, vraiment, le meilleur moyen de ne pas avoir de problèmes est de ne pas en voir là où il n’y en a pas !

Finalement, dans cette histoire, le plus gros problème est qu’il faut passer en revue toutes les horloges qui n’ont pas encore intégré le changement de manière automatique. Et ça en fait un sacré paquet !

samedi 16 mars 2013

L'inexorable disparition de l'écriture manuscrite

Ces mots, je les écris sur un clavier relié à un écran. Si quelqu’un les lit un jour, ce sera sur un autre écran. Plus que vraisemblablement, il n’y aura jamais personne qui les imprimera sur un papier. Quand bien même ce serait le cas, seule une imprimante interviendra. Ces mots existent, mais ils ne seront jamais écrits à la main « à l’ancienne ». L’écriture manuscrite est en train de disparaître.

Elle ne serait pas la première forme d’écriture à s’éteindre. Il y a longtemps que plus personne ne grave sur une pierre les « coins » de l’écriture cunéiforme des Sumériens. Plus personne ne trace sur des tablettes de cire ni ne dessine sur des papyrus les hiéroglyphes égyptiens ou des alphabets phéniciens. L’arrivée du parchemin, puis du papier, a révolutionné l’écriture qui a cessé d’être l’apanage de quelques privilégiés pour devenir pendant des siècles un moyen de communication largement répandu.

Mais aujourd’hui, alors que l’écrit n’a sans doute jamais été aussi présent, rares sont les occasions où l’on écrit à la main pour communiquer. L’émergence des supports électroniques est d’une telle ampleur que l’écriture manuelle devient obsolète. Il nous arrive évidemment encore d’écrire à la main, mais la plupart du temps, ce sont des écrits courts et utilitaires : une liste de courses, un rendez-vous dans son agenda, un chèque (en Belgique, ceux-ci n’existent même plus)… Bien peu de gens prennent encore le temps d’écrire leur courrier à la main. La plupart des écrivains, poètes, scientifiques… écrivent à l’aide de l’ordinateur. Même dans les auditoires, on voit de plus en plus d’étudiants encoder directement leurs notes de cours.

Il faut dire que l’ordinateur offre de nombreux avantages dont celui de la propreté. Moi qui ne suis jamais arrivé à écrire de manière lisible, je bénis le ciel (et les hommes) d’avoir inventé l’ordinateur. Non seulement je peux écrire lisiblement et proprement, mais aussi je peux penser de manière dynamique et propre. Je peux revenir en arrière. Je peux effacer un mot, le déplacer, le remplacer. L’écriture peut même devenir un processus collectif où plusieurs personnes interviennent directement sur le texte en devenir. Sans oublier bien sûr les correcteurs orthographiques et autres dictionnaires de synonymes qui sont bien utiles quand on sait bien les utiliser. Bref, moi qui ai toujours beaucoup écrit, j’ai l’impression que ma force d’écriture s’est décuplée avec l’arrivée de l’ordinateur.

Inévitablement donc, on peut se poser la question de la disparition de l’écriture manuscrite. Celle-ci aura de moins en moins d’importance. On écrira de plus en plus notre liste de courses, notre agenda et autres babioles sur notre smartphone. Un jour, on se rendra compte qu’on n’écrit plus à la main. Que plus personne n’écrit à la main. Il y aura bien sûr des irréductibles et ils n’auront sans doute pas tort. Mais inexorablement, l’écriture manuscrite disparaîtra. Ce n’est pas pour demain, ni même pour après-demain. Mais peut-être dans 20 ans, dans 50 ans, voire même dans 100 ans. À l’échelle de l’histoire de l’écriture, c’est comme si c’était tout à l’heure.

On y perdra quelque chose, bien sûr. Mais l’humanité s’en remettra. Quand j’étais petit, j’ai appris à extraire des racines carrées à la main. Aujourd’hui, je prends ma calculette et c’est beaucoup plus simple ! Personne n’y a quelque chose à redire. J’ai aussi appris la calligraphie. Cela ne m’a pas aidé à avoir une écriture lisible, mais j’ai passé des heures à remplir des pages avec de belles lettres, en pure perte. La calligraphie a disparu aujourd’hui des classes d’école. Y a-t-il quelqu’un qui y a vraiment quelque chose à redire, en dehors d’une nostalgie vaporeuse ?

Une telle nostalgie n’a pas lieu d’être. À l’université, j’ai appris – avec beaucoup de plaisir – les statistiques. Nous utilisions déjà des calculatrices scientifiques, mais lors de l’examen, nous passions l’essentiel de notre temps à encoder des données pour calculer des moyennes et des écarts-types, afin de faire – quasiment à la main – les calculs de l’un ou l’autre test statistique relativement simple. Aujourd’hui, fini les calculatrices. Les données sont encodées dans un logiciel quelconque et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, on réalise tous les tests statistiques qu’on veut. Le travail n’est plus alors de calculer la valeur d’un t ou d’un F, mais d’interpréter les résultats des analyses réalisées et de leur donner du sens. Grâce à l’ordinateur, le statisticien peut se débarrasser du boulot de singe et se concentrer sur l’essentiel, à savoir l'utilisation des résultats. C’est bien plus intelligent, plus utile, plus complexe, plus significatif.

Il en va de même pour l’écriture. Ne plus devoir consacrer son énergie à l’acte physique d’écrire, être aidé dans la gestion difficile de l’orthographe… tout cela contribuera à aller à l’essentiel : le sens du message qu’on écrit, voire le style qu’on veut lui donner.

Cela dit, l’acte manuel d’écrire a son importance aussi ! Certains affirment qu’écrire à la main est bon pour le cerveau, car l'utilisation du stylo implique davantage d'activité cérébrale que l'utilisation du clavier. Certains médecins conseilleraient d’ailleurs aux personnes âgées de se remettre à l’écriture manuscrite pour garder un esprit vif. Cet acte physique permettrait aussi de structurer la pensée. Les plus fervents de l’écriture manuelle prétendent que le développement des écrans dans notre quotidien conduirait à une mauvaise ou une moindre utilisation de la partie du cerveau consacrée aux mouvements.

D’autre part, il est vrai que notre écriture est un élément fondamental de notre être  et révèle bien des choses sur notre caractère et notre personnalité, du moins pour ceux qui savent décoder et interpréter – sans trop travestir – les différents types d'écritures. Pour écrire, notre cerveau envoie des signaux à nos mains et à nos doigts, via le système nerveux : comme chaque cerveau est différent, chaque écriture est différente. Elle est une autre empreinte digitale ! L’abandon de cette empreinte serait dès lors quelque part une perte d’identité, ainsi d’ailleurs qu’une distanciation de l’histoire de l’humanité…

Tous ces éléments sont importants à prendre en compte et, maintenant que la question de la disparition de l’écriture se pose de manière concrète, il est indispensable de multiplier les recherches pour essayer de comprendre quel peut être le rôle exact de l’écriture manuelle dans la construction de l’identité et de l’intelligence. Ces recherches devront aborder une question essentielle et lourde de sens : faut-il encore apprendre aux enfants de 6 ans à écrire à la main ?

Il est trop tôt pour répondre à cette question. L’école sera sans doute le dernier bastion de l’écriture manuscrite. Quand celle-ci  aura quasiment entièrement disparu des pratiques humaines, on continuera vraisemblablement encore à l’enseigner. Par habitude d’abord, mais aussi parce que de nombreux pédagogues, psychologues, neurologues… argueront du fait que l'apprentissage de l'écriture manuscrite permet de développer la psychomotricité chez les enfants et contribue à la stimulation et au développement de certaines zones du cerveau.

Néanmoins, qu’on le veuille ou non, on est sans doute dans une évolution inéluctable. Un instituteur ayant réfléchi à celle-ci écrit : « S’il fallait en effet vraiment mettre l’accent sur les compétences des citoyens de demain, je supprimerais de mon emploi du temps l’apprentissage des boucles et des ponts, non sans une certaine nostalgie du temps passé, tout comme mes anciens collègues ont dû pleurer amèrement la disparition de l’encrier et de la plume, et de l’apprentissage associé des pleins et des déliés. Les temps changent, les techniques aussi, l’école se doit de les accompagner. »

N’est-ce pas là le véritable défi ? Comment s’inscrire dans le mouvement de l’histoire, en accompagnant – voire en précédant – les évolutions inéluctables, sans s’enfermer dans une inutile et improductive nostalgie ?

lundi 11 mars 2013

Pérégrinations

Hier, j’étais – pour le plaisir – à la pointe nord-ouest de la Belgique, plus précisément d’ailleurs à la pointe sud-ouest des Pays-Bas. Aujourd’hui, j’ai travaillé à la pointe sud-est de la Belgique, plus précisément en France d’ailleurs. Et me voilà de retour chez moi, aux alentours de Wavre. Entre A et B, 323 km.

Dans l’absolu, ce n’est pas grand chose. À l’échelle de la Belgique, c’est énorme. C’est vraiment la traverser de long en large, selon la distance la plus grande possible.

En réalité, ce n’étaient que quelques centaines de kilomètres supplémentaires dans ma vie professionnelle. S’il m’est arrivé de voyager un peu partout dans le monde pour aller travailler, pour le moment, je parcours les quatre coins de la Belgique, ou plus précisément de la Wallonie. C’est un peu long parfois, mais c’est supportable.

Les déplacements en soi ne sont pas désagréables. On peut rêver, écouter de la musique, apprécier les paysages, réfléchir à l’un ou l’autre point en n’ayant pas peur de parler seul tout haut… Quand les conditions climatiques ne sont pas excellentes, comme ce soir au retour, c’est plus stressant, mais à nouveau, c’est supportable.

Mais ce que j’apprécie le plus, c’est que le simple fait de venir de loin, d’avoir parcouru de nombreux kilomètres pour aller travailler avec des gens rend ceux-ci plus disponibles, plus ouverts, plus cordiaux. C’est un phénomène difficile à expliquer et je ne m’autoriserais pas à le généraliser à toute circonstance. Cependant, la plupart du temps, ça marche et j’ai l’impression au bout du compte que ces journées aux longs déplacements sont aussi plus efficaces, plus souriantes, plus épanouies…

Finalement, ce n’est peut-être qu’une impression. Comme si les kilomètres me saoulaient et m’introduisaient dans un univers second. Allez savoir. En attendant, au bout du compte, c’est bien agréable.

dimanche 3 mars 2013

Rendez-lui ses Tours

Lance Armstrong est déchu. Il a triché, il a avoué, il est puni. Et pourtant, j’ose écrire : « Rendez-lui ses Tours, ses victoires, ses exploits ». Il a triché, c’est certain. Mais il a tout simplement triché comme les autres. Chaque jour apporte sa part de nouvelles informations sur les pratiques dopantes dans le cyclisme tout comme dans d’autres sports. Alors, arrêtons l’hypocrisie et acceptons que tous ceux – ou quasi tous ceux – qui gagnent sont d’une manière ou d’une autre préparés à le faire avec toutes les méthodes qui peuvent y contribuer.

Il semble maintenant évident que toutes les victoires au Tour de France, depuis 1991, ont été acquises avec l’aide de cette charmante Erythropoïétine, mieux connue sous le vocable EPO. 1991, c’est la première victoire de Miguel Indurain, avec l’aide du Docteur Conconi, celui qui – en 1984 déjà – avait construit de toute pièce l’incroyable record de l’heure de Francesco Moser.

De 1991 à 2012, cela fait 21 Tours. Dont 7 à l’actif de Lance Armstrong. Un tiers seulement. Mais tous les autres sentent tout autant ce souffre nauséabond. Indurain, Riis, Ullrich, Pantani, Pereiro, Contador, Sastre, Schleck, Evans, Wiggins… plus tous les autres qui ont fini dans les 10 premières places… et tous les autres qui, malgré l’aide médicale, n’ont pas pu atteindre le nirvana cycliste !

Les coureurs étaient-ils plus propres avant 1991 ? Difficile à dire, mais peu crédible. On peut évidemment l’espérer avec, par exemple, quelqu’un comme Lemond. Mais il est sans doute le seul à le savoir avec exactitude. Et encore, combien de coureurs n’ont-ils pas été aidés « à l’insu de leur plein gré » ? On peut remonter ainsi bien loin : le dopage n’est quand même pas une invention des années 80 ! Avant l’EPO, d’autres produits ou procédés ont sévi (et sévissent encore) : ACTH (synacthène), anti-inflammatoires, broncho-dilatateurs, corticoïdes, cannabis (THC), clenbuterol, compléments alimentaires, créatine, hémoglobine synthéthique ou animale, nandrolone, testostérone, transfusions sanguines… sans oublier le « pot belge » !

On sait aussi aujourd’hui qu’il ne suffit pas qu’un coureur – quel qu’il soit – nie fermement s’être dopé pour qu’il dise la vérité. Alors, il est plus simple de croire que, d’une manière ou d’une autre, ils y sont tous passés.

C’est là que je dis : « Rendez à Armstrong ses maillots jaunes ». Bien sûr, il a triché et menti. Sans doute plus et mieux que tous les autres ! Mais être le premier d’une bande de dopés, c’est toujours être le premier. Ses Tours, il ne les a pas obtenus dans un fauteuil. Il a pédalé, sué, souffert… Pourquoi serait-il plus coupable que tous les autres ?

En écrivant cela, je ne cherche pas à l’excuser, en aucune manière. Je constate simplement qu’il est pourri au pays des pourris. Si on voulait vraiment nettoyer l’histoire du Tour – et plus globalement du cyclisme, pour ne pas dire du sport professionnel en général – il faudrait effacer tous les palmarès… depuis que le Tour (ou le sport professionnel) existe ! Cela n’aurait évidemment aucun sens. Alors, gardons les palmarès, en sachant ce qu’ils signifient.

Et puis luttons encore et toujours contre le dopage. Ou alors légalisons-le, puisque de toute façon il continuera à exister. Ne soyons pas stupidement bisounours. Le dopage est un fait et un fléau. Pour l’éradiquer – pour autant que ce soit possible – il faut le voir tel quel : un fait et un fléau. C’est d’ailleurs sans doute dans le cyclisme qu’il est le plus considéré à ce niveau. Que la lutte continue.

dimanche 24 février 2013

Nième offensive hivernale

  
FMG © 2013

Et voilà, c’est reparti ! Comme si on n’avait pas encore vu assez de neige cette année, elle s’est réinvitée sans demander gare. À croire qu’elle a vraiment envie de s’imposer comme l’événement-clé de l’hiver 2013.

Ce n’est évidemment pas avec ce léger tapis blanc qu’on va bouleverser le monde ni même la petite Belgique. Pas de quoi s’inquiéter, même si ça commence à bien faire et qu’on aimerait bien avoir un peu de soleil, un peu de chaleur, un peu de verdure…

Et puis, la neige a son charme évidemment. D’autant plus que depuis que ma voiture est équipée de pneus hiver, je dois bien me rendre à l’évidence que cela glisse nettement moins.

Bref, on ne va pas en faire un drame. La neige est là, c’est comme ça. Simplement, on va allumer un bon feu dans la maison et se laisser réchauffer par la danse des flammes. Finalement, tout n’est pas perdu !