lundi 3 février 2014

Rodebos

Toute photo : FMG © 2014

Il y a bientôt 30 ans que j’habite là où j’habite et je m’y sens bien. Ce n’est pas très loin de Bruxelles, mais la maison est entourée de la nature. Celle-ci remplit tous mes rêves de calme et de dépaysement. Néanmoins, cet environnement proche ne permet pas vraiment de se balader. Désireux de faire un peu d’exercice – il paraît que c’est bon et nécessaire pour la santé – je me suis décidé à aller voir un peu plus loin.

« Un peu plus loin », cela signifie que j’ai dû parcourir 300 mètres avant d’entrer dans le « Rodebos », le Bois de Rode. Ce n’est bien sûr pas la première fois que je m’y rendais, mais j’avoue n’avoir jamais vraiment profité de cette réserve naturelle. À tort. Ce n’est peut-être pas la meilleure saison pour se promener, du moins pour profiter de la nature dans ses plus beaux apparats. Mais ce que j’ai vu en cette moitié d’hiver m’a comblé d’aise. Et dire que je ne me rendais pas compte de la beauté qui était là, à côté de moi, simplement à m’attendre !

La journée d’hier était ensoleillée et j’en ai profité pour prendre quelques photos. Je vous en livre quelques-unes, pour la beauté du geste ! « Rien que pour le plaisir des yeux », comme savent dire les vendeurs de rue qui attirent le client dans leur piège !

 






Avouez, il faudrait être bête de se priver de ça ! Allez, j’y retourne de ce pas !


samedi 25 janvier 2014

La machine à pain


Quand j’étais petit, il m’arrivait de prendre le tram 90 ou 91. C’était l’époque où, pour avancer, le conducteur tournait progressivement une manivelle. Pour freiner, il tournait non seulement cette manivelle dans l’autre sens, mais manipulait aussi un autre levier. J’étais émerveillé !

Le soir, à la maison, je me transformais en conducteur de tram ! Le pare-brise frontal était la porte de la cuisine donnant sur une petite cour. La clenche de la porte devenait la manette de frein et je me créais une extraordinaire manivelle d’accélération : la machine à couper le pain – qui était manuelle et non pas électrique – se transformait pour moi en l’instrument ultime de mon pouvoir de conducteur de tram ! J’étais merveilleux !

Les esprits chagrins me diront que mon tram n’avançait pas beaucoup, qu’il ne prenait au passage que bien peu de passagers, que tout cela n’était que le fruit de mon imagination. Ils auraient raison. Sauf à oublier que mon bonheur était alors la plus grande de mes réalités, dont je jouis encore une cinquantaine d’années plus tard.

Il est fort vraisemblable que plus aucun enfant ne joue aujourd’hui au conducteur de tram, du moins en utilisant une machine à pain comme accélérateur ! Je ne suis pas sûr d’ailleurs que beaucoup d’enfants ont créé le même jeu que moi. Mes parents ont toujours, me semble-t-il, fait tout ce qu’il fallait pour que nous disposions des jeux qui étaient présents dans toutes les familles de la petite bourgeoisie de l’époque : les voitures Matchbox ou Dinky-toys, les Meccanos, les Legos, les Strategos, etc. Mon tram était extraordinaire. Simplement, il ne se vendait pas dans le commerce. C’était le mien et rien que le mien. Aucun de mes frères n’y a jamais joué avec moi et je ne le souhaitais pas. C’était mon univers.

Je pourrais sans doute déplorer ici que les enfants d’aujourd’hui sont pris dans les écrans de tout genre et n’ont plus l’imagination de se transformer en conducteur de tram. Mais aurais-je seulement raison ? Allez savoir.

Je préfère simplement me réjouir, naïvement : une machine à couper le pain a pu faire – plus d’une fois – mon bonheur. Non seulement en permettant de découper de vraies « croutes » de pain, mais aussi de conduire – vers une direction incertaine – le plus étonnant des trams !

samedi 11 janvier 2014

C'était mieux avant

La théorie du « C’était mieux avant… » a encore de beaux jours devant elle. Derrière elle aussi d’ailleurs. Il y a tellement longtemps que les tenants de cette théorie proclament leurs convictions qu’il faut bien accepter que ce devait être mieux avant. Mais quand ?

Prenons par exemple le regard sur les jeunes. Tout le monde sait que les jeunes ne sont plus ce qu’ils étaient ! D’ailleurs, une inscription babylonienne – datant de plus de 3000 ans avant Jésus-Christ, soit il y a plus de 5000 ans – déclare : « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture ».

On aurait dû à l’époque vraiment s’alarmer, car quelques centaines d’années plus tard un prêtre égyptien énonçait encore : « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être très loin ».

C’est avec Socrate – mon maître – que j’arrêterai cette litanie de citations. Il aurait ainsi dit : « Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe ; ils sont mal élevés, méprisent l’autorité, n’ont aucun respect pour leurs aînés, et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent. Ils contredisent leurs parents, plastronnent en société, se hâtent à table d’engloutir les desserts, croisent les jambes et tyrannisent leurs maîtres ».

Depuis lors, il s’est toujours trouvé quelqu’un pour dire que les jeunes étaient mieux avant. Vous imaginez à quel niveau doivent se vautrer les jeunes d’aujourd’hui !

Cet exemple de la jeunesse montre bien à quel point le discours des « c’était mieux avant » n’a pas beaucoup de sens. Pourtant, on n’arrête pas de le rencontrer. La télé était mieux avant, la musique était mieux avant, la politique était mieux avant, etc. En réalité, on pourrait mettre n’importe quel sujet dans cette phrase, et on trouverait toujours quelqu’un pour affirmer qu’il en est bien ainsi.

Pourtant, quand on y pense, les choses ne changent pas vraiment. Ni dans un sens, ni dans un autre. Ma conviction profonde est que l’humanité est vouée à une évolution positive (passant d’ailleurs peut-être par la disparition de l’espèce humaine telle qu’elle existe actuellement). Mais depuis que l’homo sapiens existe, il est clair que celui-ci est confronté non seulement à des réalités féériques – l’amour, l’amitié, l’art, l’humour… – mais aussi à des contingences sinistres – l’égoïsme, la jalousie, l’avarice, l’orgueil… Dans tout ce fatras, qu’est-ce qui domine ? C’est là que les visions diffèrent selon les histoires, les rencontres, les expériences. La réalité, elle, reste la même : complexe.

Non, ce n’était pas mieux avant. C’était. C’est. Ce sera. Simplement. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faille baisser les bras et ne pas œuvrer pour un futur – voire un présent – meilleur. Bien au contraire. Cela veut seulement dire qu’il ne sert à rien de se larmoyer sur un passé soi-disant meilleur. Il ne l’était pas. Quand bien même il l’aurait été, cela ne change rien. On n’a jamais que le bien que l’on se donne.

dimanche 29 décembre 2013

Il suffit…

FMG © 2013

Il suffit parfois d’un instant minime, sans raison d’être, sans même s’en apercevoir, pour basculer d’un bord à l’autre, pour se retrouver dans un univers où les mots n’ont plus tout à fait de sens et où les sens sont exacerbés vibrant d’une scansion insoupçonnée.

Il suffit alors de se laisser aller, d’aimer être emporté, de se mettre au diapason de ce qui transforme le monde, de goûter chaque geste, d’ouvrir ses rêves au plus profond des jardins secrets.

Il suffit de croire que tout est possible. Il suffit, la plupart du temps, de le croire pour que tout soit possible. Chaque larme de vie devient alors étincelle. Chaque peur laisse place à la confiance. Chaque spasme construit la plénitude.

Il suffit de la plénitude pour atteindre l’autre bord. On n’en repart jamais tout à fait le même. Une force parfois inconnue, plus souvent complice, anime alors chaque parcelle de l’existence jusqu’à la transformer en essence suprême.

Il suffit enfin d’accepter cet abandon de soi pour se trouver à tout jamais.

mercredi 25 décembre 2013

L'humour a bon dos

Dans les nombreuses expressions d’opinion qui pullulent sur internet, une évolution assez marquée est la position de l’humour pour défendre quelque idée que ce soit. Les protagonistes ne s’en cachent pas : ils auraient le droit de dire ce qu’ils veulent tant que ce n’est que de l’humour. Et si vous ne comprenez pas ça, une seule évidence : c’est que vous manquez visiblement d’humour !

Deux exemples parmi d’autres. En Belgique, après d’autres péripéties, le météorologue Luc Trullemans, future tête de liste aux élections européennes pour le Parti populaire, a publié dernièrement sur sa page Facebook une lettre d’un « bon ami suisse », adressée à « tous nos amis Tunisiens, Algériens, Marocains, Égyptiens, Libyens et tous les autres ». Une lettre dans laquelle l'auteur imagine que ses « amis » quittent la Belgique pour retourner dans leur pays, et que cela rend les Belges tristes. De l’humour bien sûr.

En France, un grand humoriste – Dieudonné pour ne pas le noter – s’est exprimé à propos du journaliste Patrick Cohen (qui a mis l’humoriste sur une liste noire) : « Moi, tu vois, quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage ! ». De l’humour bien sûr.

Le grand argument des défenseurs de ces "humoristes" est qu’on peut rire de tout… et de tous. Je suis assez d’accord avec cette idée. Pour autant que ce ne soit que de l’humour. L’humour, c’est – ce devrait toujours être – la contraction de deux mots : « amour humain ». On peut « se moquer » de quelqu’un qui est devant soi et qu’on aime. On ne peut pas « se moquer » de quelqu’un qui n’est pas là et qu’on n’aime pas. Ça, ça s’appelle de la diffamation ou de la stigmatisation. Pour ne pas utiliser d’autres mots dont je n’aurais moi-même pas le contrôle.

Non, on ne peut pas dire n’importe quoi sous prétexte que ce serait de l’humour. Non, l’humour – pour autant que c’en soit – n’excuse pas tout. D’autant plus que cet « humour » semble aller toujours dans le même sens : celui d’exclure, de nier ou de stigmatiser l’une ou l’autre partie de l’humanité sur la base de critères liés à la nationalité, à la religion, à la langue, au genre…

L’humour n’est souvent devenu aujourd’hui que le plaisir de glisser une peau de banane sous les pas de certaines communautés. Il est bien sûr toujours amusant de voir quelqu’un « se casser la figure » pour l’une ou l’autre raison dans un contexte naturel. Lorsque ce contexte est construit, lorsque la peau de banane n’est là que pour mettre la « victime » dans une situation difficile dont tout le monde devrait rire, ce n’est plus de l’humour.

Au bout du compte, on n’a jamais que l’humour qu’on mérite. À méditer !

lundi 23 décembre 2013

Oorlog is oorlog

Laurence Vray © 2013

Dans la lutte qui oppose actuellement environ 400 Afghans et l’État belge, l’argument massue avancé par la Ministre en charge du dossier, Maggie De Block, est « De wet is de wet » (La loi, c’est la loi). Quelle loi ? On ne sait pas trop. Pourtant, qu’elle le veuille ou non, la situation concerne des citoyens d’un pays où « Oorlog is oorlog » (La guerre, c’est la guerre).

Qui sont ces Afghans ? Ils font partie des millions de réfugiés qui ont quitté ce pays en guerre. La plupart ont trouvé refuge en Iran ou au Pakistan. Ils ne sont que quelques milliers à être arrivés en Europe. Et quelques centaines en Belgique. Ils y sont depuis plusieurs années et la majorité d’entre eux sont « intégrés » : ils ont du travail, parlent flamand ou français, ont des enfants qui vont à l’école… Leur seul problème est qu’ils n’ont pas obtenu les papiers pour être en situation légale et que, depuis 2011, les expulsions ont recommencé.

L’Afghanistan est-il en guerre ? Cette question peut sembler absconde. Pourtant, elle est au cœur du problème. Si ces Afghans n’ont pas obtenu le statut de réfugiés, si certains sont renvoyés dans leur pays d’origine, c’est parce que la Ministre et le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) ont une réponse partiellement négative à la question. Pourtant, l’État belge est bien placé pour savoir ce qu’il en est puisque la Belgique intervient militairement en Afghanistan depuis plus de dix ans ! Cependant, les autorités ne tiennent pas compte du risque pour les minorités religieuses en Afghanistan. La Belgique a d’ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour cette raison.

Que demandent les Afghans ? Simplement, un peu d’humanité. Ils estiment ne pas devoir être considérés comme « un problème migratoire », mais comme des civils venus d’une zone en conflit armé. Ils demandent naturellement une protection au gouvernement. Concrètement, un moratoire sur les expulsions des Afghans serait une première mesure qui permettrait un début de réponse à cette situation dramatique.

Serait-ce la porte ouverte à un nouvel afflux d’immigrés et de réfugiés ? C’est aussi un des arguments qui portent. Si on accordait la moindre ouverture aux revendications des Afghans, ce serait – soi-disant – donner un signal à tous les citoyens du monde qu’en Belgique on peut tout obtenir ! Ce raisonnement est évidemment absurde, mais il marque les esprits. Pourtant, ce n’est pas parce qu’on apporte une réponse ponctuelle à quelques centaines de personnes intégrées et issues d’un pays manifestement en guerre que cela signifierait que les frontières belges sont désormais des passoires !

Les Afghans ont-ils des chances d’obtenir gain de cause ? Malheureusement, vraisemblablement non. Le problème est que la Belgique politique est désormais en campagne électorale. Dans ce paysage, la position de Maggie De Block est une position de force. Elle apparaît pour beaucoup comme le dernier rempart à la montée des nationalistes de la NV-A. Chaque voix que Maggie De Block gagne – et il faut reconnaître qu’elle en gagnera sans doute beaucoup – est une voix de moins pour les nationalistes. Dans un gouvernement de coalition comme on en a inévitablement en Belgique, il est difficile de s’opposer – même pour un premier ministre socialiste – à cette évidence électorale. Or, c’est justement parce que Maggie De Block déclare « De wet is de wet » qu’elle est aussi bien perçue en Flandre (et sans doute ailleurs aussi). Le combat est donc sans doute perdu d’avance, comme le montre assez clairement le refus d’Elio di Rupo de rencontrer les marcheurs afghans qui l’attendent à Mons.

Aux dernières nouvelles, juste au moment du publier ce billet, j’apprends qu’une rencontre sera finalement organisée ce mardi à 11h à Bruxelles au cabinet de Maggie De Block avec Elio Di Rupo. Espérons que ce ne sera pas un dialogue de sourds, mais que le fond du problème sera discuté sereinement, avec un minimum d’humanité plutôt qu’un retranchement superficiel derrière cette loi qui a bon dos.

lundi 16 décembre 2013

Perfection

 FMG © 2013

Pas trop amateur de télévision, je ne regarde en réalité quasiment que le Journal télévisé de la RTBF – du moins quand je ne m’endors pas devant le poste ! Le journal étant terminé, je me permets une petite détente : sur TV5, il y a « Tout le monde veut prendre sa place », diffusée avec au moins trois mois de retard ! Peu importe.

Le challenger du jour – qui s’est incliné devant celui qui est devenu depuis lors le plus grand champion de toute l’émission – était interrogé sur les mathématiques. Avec notamment la question suivante « Comment appelle-t-on un nombre égal à la somme de ses diviseurs ? ». Le challenger a répondu un « nombre premier », mais c’était évidemment faux ! J’attendais la bonne réponse, parce que pour moi aucun nombre n’est égal à la somme de ses diviseurs, sauf éventuellement 1 qui n’a qu’un seul diviseur, lui-même, et donc la somme de 1 égale 1 !

La réponse attendue était les nombres « parfaits ». L’exemple le plus facile est 6, car 1 + 2 + 3 = 6 (et je comprends mieux pourquoi j’ai toujours été attiré par ce nombre) ! En réalité cependant, la question posée était donc inexacte. Il fallait dire « Comment appelle-t-on un nombre égal à la somme de ses diviseurs propres ? », les diviseurs propres étant les diviseurs autres que le nombre lui-même. En réalité, un nombre est parfait si la somme des diviseurs est égale au double du nombre. Donc 1 + 2 + 3 + 6 = 12 = 2 x 6.

Je n’avais jamais entendu parler de ces nombres parfaits et j’ai voulu donc en savoir un peu plus. Ils ne sont pas très nombreux, c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis l’Antiquité, on connaît les quatre premiers : 6 – 28 – 496 et 8128. Avec l’arrivée des ordinateurs, on a pu aller plus loin et – à ce jour – les mathématiciens ont identifié exactement 48 nombres parfaits, le dernier connu étant composé de 115 770 321 chiffres !

Dans cette perfection, il reste un mystère quand même : à ce jour, personne ne sait s’il existe un nombre parfait impair ! C’est fort peu vraisemblable, mais pas impossible en ce sens que personne n’a pu démontrer que c’était impossible.

Je ne vais pas plus m’étendre sur ces nombres, car j’imagine que vous n’y comprenez pas grand chose, pas plus que moi. Mais je retiens quand même quelques constats :
  • la perfection existe : elle est mathématique bien sûr, mais elle existe, même si elle ne sert strictement à rien ;
  • la perfection est rare : dans une infinité de nombres, on n’en a jamais rencontré que 48 à ce jour ;
  • la perfection est mystérieuse : malgré toute la science qu’on a pu développer, malgré les ordinateurs, on n’est même pas capable de dire s’il existe quelque part un nombre parfait impair, ou plutôt on n’est pas capable de prouver qu’il n’en existe aucun, et que donc la perfection pourrait être impaire.
Ce dernier point me semble particulièrement important. Si une vérité aussi simple ne peut même pas être démontrée dans un sens ou dans un autre, vous imaginez le nombre de vérités qu’il est impossible de démontrer, dans un sens ou dans un autre. La vie nous réserve encore beaucoup de surprises !

jeudi 12 décembre 2013

Soixantaine

Ce billet de Réverbères est le soixantième de l’année 2013. Ça me place dans la moyenne de ces trois dernières années, après quatre ans où j’étais deux fois plus productif ! Soixante billets annuels, ça me convient bien. Un peu plus d’un par semaine. Après près de six cent cinquante billets, avoir encore quelque chose à dire, ce n’est finalement pas si mal !

Soixante ! Quel beau nombre ! Ne fut-ce que par sa prononciation. Un des rares mots où le « x » se prononce « s ». Les autres sont d’ailleurs aussi des nombres : six et dix. Sans oublier Bruxelles bien entendu, malgré les nombreux Français qui s’esquintent à le transformer en « ks » !

Soixante ! Quel beau nombre, disais-je donc. Le genre de nombre avec lequel – lorsqu’on apprend à compter – on fait des « tapis » ou des « pyramides ». Tout simplement parce qu’il a de nombreux diviseurs : un, deux, trois, quatre, cinq, six, dix, douze, quinze, vingt, trente… et soixante bien entendu !

UN est diviseur de 60. Ou plutôt UNE. On n’en a qu’une : une seule et unique vie ! La plus belle des merveilles. Celle sans laquelle il n’y aurait rien. Elle n’est pas toujours facile, mais elle est à l’origine de tout. Par elle, on atteint l’infini !

DEUX est diviseur de 60. Si j’étais le seul vivant, cela ne me servirait pas à grand chose. On est fait pour être au moins deux. C’est par ce deuxième, cette deuxième, que la vie se multiplie, s’enrichit, se diversifie. Le pluriel est toujours indispensable.

TROIS est diviseur de 60. Le nombre de base, le plus solide ! Lorsqu’un triangle est formé, il est impossible de le déformer. Pour travailler en groupe, l’idéal est d’être trois. C’est vrai pour tous les groupes, sauf peut-être pour vivre en couple ! Par contre, avoir trois enfants, c’est une belle aventure ! Lumière joyeuse, feu chaleureux, soleil paisible… que de sources de bonheur fécond !

QUATRE est diviseur de 60. Le nombre des principes. Quand on y accorde trop d’importance, on devient carré. Quand on leur donne un peu de souplesse, la vie peut se faire rectangle, losange, parallélogramme, trapèze, rhomboïde, quadrilatère quelconque ou orthodiagonal, voire même quadrilatère concave !

CINQ est diviseur de 60. Famille de cinq enfants. Le cinquième. Ça veut dire que beaucoup de portes sont ouvertes quand on arrive au moment où il faut les ouvrir. Pas toutes : mes frères et sœur m’ont laissé du boulot. Cinq enfants, cela fait cinq personnalités différentes, cinq caractères différents… mais aucun saint !

SIX est diviseur de 60. Le nombre magique. Du moins pour moi. J’ai toujours eu un faible pour le six. Sans doute pour son érotisme. Sans oublier le Numéro 6 qui restera mon héros de feuilleton favori ! (Dans Le prisonnier, pour ceux qui y perdraient leur latin.)

DIX est diviseur de 60. Les doigts de la main, bien sûr. Et la musique. Ce sont les doigts qui la créent. Ils ne sont pas tout seuls dans cette sublimation. Mais ils sont la dernière étape avant la magie. J’ai les doigts fins. Ce n’est pas un hasard.

DOUZE est diviseur de 60. Le nombre de la naissance. Douze du douze. Aussi facile à dire qu’à retenir. Ça fait de moi un sagittaire, ascendant sagittaire qui plus est. Le sagittaire « veut vivre une expérience hors du commun et surtout ne pas ressembler aux autres ! ». C’est mon horoscope qui le dit…

QUINZE est diviseur de 60. L’âge de tous les rêves et de toutes les frustrations. On voudrait ne pas ressembler aux autres, mais on n’est qu’un nabot parmi les nains. Pierre Selos chantait « Il faudra que je m’en souvienne lorsque mon fils aura quinze ans… ». J’ai essayé de m’en souvenir, avec cette cruelle impression de me retrouver à nouveau nabot parmi les nains. Heureusement, il y a les rêves et… la musique !

VINGT est diviseur de 60. On n’a pas tous les jours 20 ans… et j’aurais voulu ne jamais les avoir. Quatre jours plus tôt, il y a juste quarante ans, la voiture de mon frère se faisait écraser par l’arrière. Cela a tout changé. Pour lui. Pour mes parents. Pour moi. À 20 ans, tout est possible. En une seconde, tout était devenu impossible.

TRENTE est diviseur de 60. L’âge où une deuxième vie commence. La première n’était qu’une entrée en matière, pleine de découvertes et de moments incroyables, qui m’ont permis de me construire ou plutôt de concrétiser ce que j’étais. Mais désormais, j’étais DEUX !

SOIXANTE est diviseur de 60. Comme tous les nombres, 60 est diviseur de lui-même. Cela signifie que chaque individu – quel que soit son âge – n’est que la parcelle de sa propre unité. Elle n’est ni une ni indivisible, mais elle est le tout. Soixante ans est un âge comme un autre et je suis aujourd’hui toujours le même que j’étais hier et que je serai demain. Avec toujours les mêmes rêves et les mêmes peurs. En sachant qu’aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie et que c’est très bien ainsi. Bien sûr, 60 est le premier « nombre rond » dont j’ai la quasi-certitude que je n’arriverai pas au double ! Mais d’ici la fin de l’histoire, il reste de beaux nombres et de bons moments à vivre.

Au bout du compte, je retiens surtout l’injonction initiale : « Sois ! ». Elle est à la fois paradoxale – comment ordonner à quelqu’un d’être s’il n’est pas ? – et fondamentale – en dehors d’elle, il n’y a rien. C’est la nécessité et la vérité premières. Sois ! Fidèle à ce que je suis, j’ajouterais bien « Sois sans haine » ! Mais là, ça devient un peu trop moralisateur… Alors, simplement, sois !

mardi 3 décembre 2013

Grâces mâtinées

Quelle affaire, cette histoire de grâces royales ! Non pas le fait qu’elles existent. Mais le foin que cela fait au moment où on apprend qu’elles continuent à exister, malgré le nouveau roi ! Tout le monde s’esbaudit en feignant l’indignation alors qu’en réalité le roi n’a strictement rien à voir avec ça, si ce n’est qu’on lui demande de daigner in fine imposer sa signature.

Sur le fond, ces grâces sont sans doute quelque peu désuètes. Il n’y a pas de raison qu’un chef d’État – qu’il soit roi, président ou ministre d’ailleurs – se substitue au pouvoir judiciaire. Que diable, la séparation des pouvoirs ne remonte-t-elle pas à la Rome antique ? N’est-il pas temps d’appliquer réellement ce principe de base ? L’idée qu’il faut permettre de résoudre certaines situations qui ont évolué est cependant assez pertinente. Faut-il pour autant que la « grâce » soit accordée par le pouvoir politique ? Il y a certainement d’autres pistes à mettre en place, ou simplement à exploiter.

Une des difficultés mises en avant dans le cas présent est que les grâces sont liées pour l’essentiel à des infractions au code de la route et que celles-ci seraient donc banalisées. Les grâces seraient même - s’il faut en croire ce qu’on en dit – une atteinte aux victimes ! D’abord, il convient de constater que les grâces accordées concernent des faits n’ayant entraîné ni blessé ni tué. Ensuite, sans connaître les détails des dossiers, il est évident que toutes les infractions au code de la route ne sont pas absoutes par le simple effet de quelques grâces. Enfin, il serait vain de croire qu’on est moins victime parce que le coupable est puni. Cette évidence quand on y pense est cependant loin de faire l’unanimité… mais c’est une autre histoire !

Au bout du compte, tout cela ne serait rien si la Belgique n’était pas entrée en période pré-électorale. Où – par définition ? – tous les coups sont permis. Il est surprenant quand même de voir comment tous les partis – et bien d’autres – montent au sommet de leur petite échelle pour essayer de poursuivre dans son ascension nauséabonde un parti qui ne cherche qu’à faire parler de lui-même, le reste – le fond du discours – n’étant qu’accessoire.

Voilà des grâces bien mâtinées de stratégie politico-politicienne !

lundi 4 novembre 2013

Sans ces hauts

S’il n’y avait les hauts (surtout) et les bas (parfois), la vie ne serait pas la même. Cela tient souvent à peu de choses. On rêve, puis la réalité n’est pas tout à fait semblable au rêve. Alors, on se morfond. Sans rien voir dans le marc de café, on finit par en avoir marre. Sans ces hauts, on sombre en bas. Pourtant, il n’y a pas de quoi.

Prenez une machine à café, par exemple. Vous l’achetez toute neuve et elle vous fait du café de rêve. Vous pensez avoir décroché le nirvana, puis petit à petit vous déchantez : votre café devient de plus en plus court, alors que vous l’adorez long ! Tous les matins, vous espérez que le miracle arrivera, que votre tasse à nouveau se remplira d’une bonne dose de café. Mais si l’espoir fait vivre, ce n’est pas lui qui vous enivre. Inexorablement, le niveau de café diminue. Drastiquement.

Vous finissez par vous dire soit que vous vous êtes fait avoir, soit que ces machines ne sont plus ce qu’elles étaient, soit que les changements climatiques ont décidément de bien curieuses conséquences… Bref, vous finissez par désespérer ! Peut-être alors pensez-vous qu’un petit détartrage de la machine vous satisferait d’aise. Vous agissez, mais agir sait ne rien changer ! Le volume de café continue à s’abaisser, je sais !

Un jour, étincelle d’intelligence ! Vous vous dites que le problème réside peut-être du côté du support qui contient la dosette ! L’idée n’est pas bête, mais qu’y faire ?

Deux choses, sans savoir laquelle des deux s’impose ! Il vous faut décalcariser le dit support. Par exemple – soyons fous ! – en le faisant bouillir dans un bain de vinaigre blanc. Une bouilloire électrique peut faire l’affaire (ce qui permet en passant d’enlever tout le calcaire enrobant la résistance), mais finalement on peut aussi envisager un simple récipient mis à chauffer. D’accord, cela ne sent pas particulièrement bon, mais c’est naturel… Pas sûr pourtant que ce soit réellement efficace.

Alors, il faut faire appel à une épingle ! Vous retournez le support à dosette et – au centre – vous enfoncez la pointe de votre épingle jusqu’à ce qu’elle pénètre insidieusement, mais amoureusement, un petit trou protégé. Vous remuez doucement. Vous essayez d’autres voies d’accès. Comme souvent, il y en a trois. Autant les utiliser toutes !

À ce moment, selon vos convictions, vous faites ou non l’une ou l’autre prière. Mais – surtout – vous remettez le support en place, vous placez la ou les dosette(s), vous remplissez le réservoir d’eau, vous allumez l’appareil, vous poussez sur le bouton ad hoc – avec beaucoup d’amour – et vous attendez ! Miracle, une tasse de café bien remplie, délicieuse, onctueuse…

Comme quoi, il faut peu de choses pour faire un homme heureux. Sans ces hauts…

jeudi 31 octobre 2013

Châtaignes grillées

Je viens de terminer la dégustation d’une bonne vingtaine de châtaignes grillées. Je les ai ramassées le week-end dernier. J’ai beaucoup de chance : il y a plusieurs châtaigniers dans le jardin et il suffit de se pencher pour les recueillir. Le mieux alors est de les laisser sécher quelques jours. Après les avoir entaillées, je les grille ensuite à la poêle recouverte d’un couvercle. Dix à quinze minutes… et c’est le plaisir suprême. Délicieux !

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé ça. Grâce à ma Maman. Je ne sais plus trop si elle aimait aussi ce plaisir simple. Elle aimait les « marrons glacés », ce qui revient un peu au même, mais en plus sophistiqué. Mais ce qui est sûr, c’est que Maman m’a appris à griller les châtaignes et à en raffoler.

Il y a bien sûr les châtaignes que l’on peut acheter, crues ou déjà grillées. Elles sont alors plus grosses que celles qui sont ramassées dans nos bois brabançons. Leur goût est peut-être plus subtil. Je ne sais pas. Ce qui me plaît, c’est de ramasser ces fruits secs fournis en abondance par nos arbres et de les déguster ensuite, sans frais, juste pour le plaisir du goût.

Un goût – et une odeur – particuliers, j’en conviens. La femme de ma vie n’aime pas trop cela, ni le goût, ni surtout l’odeur. Elle connaît cependant mon ravissement saisonnier. Elle l’accepte. C’est aussi cela l’amour !

Finalement, ce billet n’a peut-être d’autre ambition que celui de célébrer les deux femmes qui comptent le plus pour moi : ma Maman, disparue il y a juste un an, et ma Femme, encore et toujours présente à mes côtés. Elles me réchauffent, les doigts comme le cœur, tout comme ces exquises châtaignes.

samedi 26 octobre 2013

Aide sociale à petit prix

On fait grand cas en Belgique des problèmes de gestion du Samusocial bruxellois. Cette ASBL, financée essentiellement par les fonds publics, a pour vocation de venir en aide aux personnes en grande précarité sociale, mais il semblerait qu’elle fasse aussi autre chose avec l’argent dont elle dispose. Notamment, elle rémunère sa directrice.

Il y a d’autres éléments peu clairs dans la gestion financière du Samusocial, comme l’indique le rapport de l’Inspection des Finances, mandatée par la Commission communautaire commune (Cocom). N’ayant pas connaissance des éléments de fond, je me garderai de porter le moindre jugement sur l’affaire. Ce sera fait en temps utile par les instances habilitées.

Mais la question de la rémunération de la directrice interpelle chacun d’entre nous. Plus de 200 000 euros par an, c’est beaucoup. Beaucoup plus en tout cas que ce que gagnent la plupart des citoyens belges. Je suis interpellé, mais pas scandalisé.

L'aide sociale, organisée par la loi du 8 juillet 1976 organique des CPAS, vise à permettre à toute personne vivant sur le territoire belge de mener une vie conforme à la dignité humaine. Le Samusocial est un des outils de cette aide sociale. En soi, il n’est pas dit pour autant que les personnes qui s’occupent de cette aide sociale doivent vivre dans les mêmes conditions que celles qu’elles aident. En soi, il n’y a aucune raison que – parce qu’on travaille dans le social – on ne puisse pas jouir d’une rémunération adaptée au niveau de responsabilité et à l’investissement requis.

Qu’on me comprenne bien. Pour moi, une rémunération supérieure à 100 000 euros est de toute façon surfaite. S’il n’y avait personne qui gagnait plus de cette somme pour son travail, il y aurait beaucoup plus d’argent disponible pour rémunérer tout le monde, de manière équitable. La question n’est pas là.

La question est de savoir si, parce qu’on travaille dans le social, on doit automatiquement gagner moins qu’ailleurs. Ma réponse est clairement « Non » !

Au contraire, ceux qui travaillent dans le social occupent des fonctions qui me semblent bien plus importantes que beaucoup d’autres. Il me semble normal que cette importance soit valorisée. Non seulement pour les cadres, mais aussi pour tous les travailleurs sociaux. Il devrait en être de même dans les secteurs éducatifs ou de la santé.

S’offusquer de ce que gagne – ou de ce que devrait gagner – un travailleur social en comparaison des revenus – parfois inexistants – des personnes qu’il accompagne me semble faire de ces travailleurs sociaux des « sous-travailleurs ». Et ça, c’est un scandale !

Il faut évidemment garder un certain équilibre. La directrice du Samusocial gagne – à mes yeux – clairement trop d’argent. Même si assumer des responsabilités importantes exige un investissement complet – que je ne voudrais personnellement pas vivre – et/ou des compétences qui ne sont pas nécessairement le lot du commun des mortels, il n’y a pas de raison de gagner autant, alors que la majorité des personnes se battent pour boucler le budget familial mensuel au prix de sacrifices et de choix épineux. Salaire trop élevé donc, oui. Mais pas parce qu’elle est directrice du Samusocial.

vendredi 25 octobre 2013

Retour au peuple légitime

FMG © 2005

Aujourd’hui, les Malgaches votent pour le premier tour de l’élection présidentielle. Une élection dont on ne parlera sans doute pas beaucoup, mais qui revêt une grande importance pour Madagascar. Elle survient plus de quatre ans après le remplacement d’un Président par un autre, poussé par des mouvements populaires et par l’armée.

Il est trop tôt pour dire si ces élections, tant attendues, tant promises, auront un quelconque impact positif sur la vie quotidienne des Malgaches. En réalité, c’est malheureusement fort peu vraisemblable. Si le Président sortant a trouvé – notamment – sa place grâce à des mouvements de foule, cette forme de « légitimité » populaire ne l’a pas amené à bouleverser dans un sens positif la vie de ses concitoyens. L’arrêt de l’aide internationale y est évidemment pour beaucoup (elle a depuis lors repris et on peut espérer qu’elle augmentera encore désormais). Mais il n’est pas sûr que ce Président auto-proclamé ait réellement cherché à améliorer la réalité du peuple qui l’avait – en quelque sorte, pas certaine – porté au pouvoir. Il semble qu’il a surtout cherché à garder celui-ci et à empêcher son prédécesseur de revenir.

Aujourd’hui, ces élections redonnent enfin le pouvoir – enfin, du moins, un certain pouvoir ! – au peuple légitime. Il n’y aura pas de miracle. Même si les anciens présidents se sont vu interdire leur candidature, le petit jeu politique reste ce qu’il est et certains candidats, y compris parmi les deux qui iront au second tour, ne sont sans doute que des marionnettes. De plus, il est évident que ce n’est pas parce qu’un nouveau président serait élu, avec toute la légitimité démocratique qui fait défaut depuis 2009, qu’il pourrait d’un coup de baguette magique changé la réalité quotidienne, si difficile, des Malgaches. Il suffit de savoir que, selon la Banque mondiale, 92% des Malgaches vivent avec moins de 2 dollars par jour pour se rendre compte des difficultés permanentes de ce peuple si extraordinaire.

Il faudra donc attendre pour voir si ces élections annoncent de réels changements (et j’avoue être relativement sceptique). Il n’empêche, le retour à la légitimité populaire est en soi une excellente nouvelle. La démocratie est ce qu’elle est, pleine de défauts et de limites. Mais l’absence de démocratie est pire encore. Et la démocratie passe par une formalisation des règles d’accès au pouvoir. Il est sans doute certaines révolutions, dans l’histoire de l’humanité, qui ont permis de jeter aux oubliettes des pouvoirs qu’il valait mieux voir disparaître. Mais ces révolutions ne peuvent trouver une réelle légitimité que lorsqu’elles débouchent sur un véritable système démocratique où le peuple dispose, de manière organisée et structurée, le droit de choisir ceux qui géreront leur cheminement et leur développement socio-économico-politique.

Espérons que cette journée ne soit pas pour Madagascar et surtout les Malgaches comme un fétu de paille…


lundi 14 octobre 2013

Travailleur forcé bénévole ?

Visiblement, la campagne électorale belge a commencé. Chacun y va de sa petite idée pour attirer les foules. La dernière en date, du côté des libéraux mais pas que… (et ils ne font que reprendre une idée émise depuis longtemps par ailleurs) : faire travailler bénévolement les chômeurs ! Entre le « c’est une excellente idée et il faut les obliger » et le « c’est stupide, scandaleux et inutile », il y a place pour plusieurs positions nuancées. Celles-ci n’apparaissent malheureusement pas trop dans le débat : ce n’est pas vendeur !

Il est troublant de constater le nombre de personnes – y compris (surtout ?) parmi les politiques – qui pensent que les chômeurs sont des profiteurs qui abusent de « l’assistanat » et qu’il est donc important de mettre au pas en les obligeant à travailler. Bénévolement qui plus est puisqu’ils reçoivent déjà assez d’argent comme ça ! Quelle lamentable perception des choses ! S’il y a certainement des abus, comme partout, la plupart des personnes qui sont au chômage ne demanderaient pas mieux que d’avoir un emploi correct et rémunéré convenablement. Ce ne sont pas eux qui ont demandé d’être au chômage. C’est « la société » qui est incapable de leur fournir un travail, pour de nombreuses raisons, dont les principales sont sans doute à chercher du côté de la quête effrénée du profit à tout prix, en se souciant peu de l’humain.

Obliger les chômeurs à travailler bénévolement est à la fois irrespectueux des chômeurs et des travailleurs. Les chômeurs parce qu’on les transforme en travailleurs forcés, sans même leur accorder le salaire approprié. Les travailleurs parce qu’on leur fait comprendre qu’eux aussi, finalement, pourraient travailler bénévolement.

Prétendre d’autre part qu’il n’y a place pour aucune discussion et qu’on ne peut envisager aucune activité professionnelle pour les chômeurs en dehors d’un contrat de travail classique et rémunérateur, c’est sans doute aussi être trop extrême dans l’approche de cette dure réalité.

N’y a-t-il pas place pour des solutions intermédiaires, respectueuses de tous et de tout, dans un modèle « win-win » ? Permettre à des chômeurs de réaliser des travaux de service social utiles à la communauté. J’écris bien « permettre » : la notion d’obligation ne me semble avoir aucun sens dans ce débat. Sur une base volontaire, les chômeurs devraient pouvoir exercer des tâches non pas subalternes, mais socialement reconnues et valorisées. Pour la beauté du geste ? Non, il n’y a aucune raison de faire cela « bénévolement ». Un système d’avantages devrait pouvoir être mis en place, de telle sorte que ce travail ne soit pas équivalent à une mise au travail. Justement pour ne pas dévaloriser celle-ci, pour que le demandeur d’emploi soit effectivement incité à trouver un emploi, un vrai, dans le cadre d’un contrat de travail officiel et rémunérateur.

L’objectif de telles mesures ne serait pas du tout que les chômeurs impliqués « méritent » leur allocation de chômage. Ils la méritent parce qu’ils n’ont pas de travail, par solidarité sociale. Point barre. L’objectif serait plutôt de leur offrir une voie concrète de réinsertion socio-professionnelle, tout en étant utile à la communauté. Certains n’ont d’ailleurs pas attendu un quelconque encadrement de cette perspective pour s’y inscrire résolument. Ils sont cependant une minorité. Est-il si naïf de croire que notre société pourrait s’organiser pour développer des pistes actives et concrètes dont tout le monde sortirait vainqueur ?

samedi 12 octobre 2013

Pas mort pour rien

Thomas. 20 ans. Mort ce vendredi, à Louvain-la-Neuve. Après une guindaille bien arrosée. Bêtement. Aurait pu n’être qu’un banal fait-divers. Stupide, mais banal. Le père de Thomas, avec beaucoup de dignité, ne l’entend pas ainsi. Son fils est mort pour avoir trop bu, trop fait la fête. Alors, il veut qu’au moins, il ne soit pas mort pour rien.

Dans une lettre ouverte à tous les étudiants qui font la guindaille, le père de Thomas dit aux jeunes : « Mobilisez-vous contre l’excès d’alcool dans les soirées » !

Il est impossible de dire comment ce message sera reçu. Beaucoup le liront, se diront qu’il a raison, et partiront faire la fête sans se priver de boire. En étant convaincu que c’est la seule solution pour s’amuser. Les jeunes d’aujourd’hui imaginent difficilement qu’il est possible de se marrer sans être bourré. L’alcool est banalisé : il est abondamment consommé par des jeunes de plus en plus jeunes. Sans contrôle d’eux-mêmes. Seule la guindaille compte.

Pourtant, je cite ma fille, ancienne étudiante : « Baptisée, j'ai pu profiter des guindailles en n'abusant que très rarement de l'alcool. OUI, on peut s'amuser sans boire ! ».

Tout le monde est concerné. Tout le monde se sentira concerné en lisant la lettre ouverte de ce père qui, blessé au plus profond de lui-même, ose montrer du doigt – sans jugement – ce véritable fléau qu’est l’alcool auprès des jeunes. Auprès d’ailleurs de tous ceux – jeunes ou moins jeunes – qui n’envisagent de faire la fête qu’en consommant une bonne quantité.

Si cette lettre ouverte faisait réfléchir quelques jeunes, quelques personnes… si un peu moins d’alcool était consommé dans les guindailles, dans les fêtes… si certains essayaient, ne fut-ce qu’une fois, à s’amuser sans boire, alors – peut-être – Thomas ne serait-il pas mort pour rien. Puisse cette lettre être lue, intimement, par le plus grand nombre.