samedi 26 janvier 2013

Cassez Desjeux

Comme d’autres, je me suis réjoui de la libération de Florence Cassez. Sa condamnation à 60 ans de geôle mexicaine était bien dure et entachée de trop d’irrégularités pour être crédible. Pour autant, est-on sûr qu’elle est innocente des actes qui l’ont amenée à être condamnée ? Et surtout, dans le doute, fallait-il l’accueillir en grandes pompes comme si elle était une héroïne des temps modernes ?

Loin de moi l’idée de dire qu’elle est coupable ou qu’elle ne l’est pas. Je n’en sais rien. Je sais seulement qu’elle a été effectivement en couple avec M. Israël Vallarta Cisneros, chef d’un gang très violent, Los Zodiaco. Je sais qu’elle a été arrêtée en 2005 dans le ranch du dit Israël et qu’on y a retrouvé armes de gros calibre et otages séquestrés ! Je sais qu’une des otages, Mme Cristina Ríos Valladares, a reconnu Florence Cassez comme étant une de ses ravisseuses. Je sais aussi que cette arrestation aurait été mise en scène et filmée par la police mexicaine, ce qui est un des vices de forme ayant finalement conduit à sa libération.

Je sais encore que les parents de la française ont toujours déclaré qu’ils ignoraient tout des activités criminelles d’Israël Vallarta Cisneros au point de ne l’avoir jamais rencontré, alors que des photos démontrent clairement le contraire.

Je sais qu’elle a donc été condamnée, en deux temps, à soixante années de prison et qu’elle a été libérée pour vices de forme dans la procédure, sans que les juges se prononcent sur le fond de l’affaire et donc sur son éventuelle culpabilité.

Tout cela est très bien relaté, avec beaucoup de discernement, à charge et à décharge, sur la page Wikipédia consacrée à l’affaire. Cette présentation ne permet évidemment aucunement de se prononcer définitivement sur la culpabilité de cette jeune femme, sans doute de toute façon embarquée dans une affaire qui l’a dépassée. Comme malheureusement beaucoup trop de femmes, victimes de l’amour qu’elles vouent à un homme qui n’en vaut pas la peine. À cet égard, la jolie Florence Cassez est sans doute de toute façon une victime. Et je continue à me réjouir de sa libération.

Fallait-il pour autant l’accueillir avec tant de fastes, tant politiques que médiatiques ? On peut en douter d’autant plus qu’au même moment, le corps de Yann Desjeux, l’otage français tué sur le site gazier d’In Amenas en Algérie, a été lui aussi rapatrié en France, dans une indifférence quasi généralisée. Pourtant, il semble que cet homme, ancien membre des forces spéciales françaises, se soit comporté en héros, en rassurant les otages, en détournant d'eux l'agressivité des ravisseurs, et en parvenant même à désamorcer le détonateur de la charge explosive de la ceinture avec laquelle les terroristes l’avait attaché. Son corps a été accueilli dans l’intimité de sa famille, avec la seule présence de la ministre déléguée des Français de l’étranger.

Deux poids, deux mesures qui posent question. Quelles sont les réponses ?

dimanche 20 janvier 2013

Mouvement social positif

« Ce monde, avec toutes les imperfections qu’il a, va vers un progrès social. Nous sommes en progrès constant en ce qui concerne la santé, l’hygiène, le regard porté aux autres, aux enfants, aux personnes âgées. Nous allons aussi vers une participation globale des gens, nous sommes plus généreux et participons plus à un mouvement social positif. Il y a moins d’égoïsme dans ce siècle. C’est évident. »*

Ces mots, c’est Jean Dufaux – scénariste de Jessica Blandy, Djinn, et autres séries BD – qui les a prononcés. Un doux rêveur ? Non, je ne crois pas. Il est d’ailleurs bien conscient de « toutes les imperfections » de notre monde. Mais il constate aussi les progrès et participe à ce mouvement social positif ! Il n’est pas fréquent de lire de telles déclarations. La tendance est plutôt au pessimisme névrotique et à la conviction que tout va mal, que tout fout le camp, qu’on n’a jamais été aussi près du gouffre et qu’il suffirait d’un pas…

Pourtant, le progrès social est là ! Il est intéressant de constater que Dufaux ne parle pas de progrès économique ni politique. À ces niveaux, on peut sans doute se poser des questions. Mais il y a progrès social (même si on peut aussi à ce niveau se poser des questions).

Ce progrès passe par une participation globale des gens accrue. Les moyens et les occasions de participation sont bien plus répandus qu’ils ne l’ont jamais été. Ils sont bien sûr encore fragiles et se cherchent. Mais Internet a permis une communication globale intense, avec la possibilité d’agir sur le concret à partir du virtuel, dans une égalité jamais égalée.

Ça fait du bien de se le rappeler de temps en temps !

* Jean DUFAUX, interviewé par Joëlle SMETS, dans Le Soir Magazine, n°4204, 16 janvier 2013, p. 48

vendredi 18 janvier 2013

Un coup de langue est pire qu’un coup de Lance

Cette fois, il l’a dit : Lance s’est dopé. Et bien dopé. Depuis quasi toujours, avant même son cancer. On avait beau le savoir, ça fout quand même un coup. Plus la moindre place désormais pour le moindre doute. C’est désolant.

En 1999, je me souviens d’une discussion avec mon ami Jean-Marc. Nous discutions du Tour de France qui arrivait. Comme je le rappelais en 2009, je lui ai dit : « Et si c’était l’année d’Armstrong ? ». À ce moment-là, cette hypothèse était bien peu crédible. Mais elle me plaisait bien. Ce fut l’année d’Armstrong. La première des sept !

Il était souverain. Le voir démarrer à la première grosse côte du Tour et planter sur place tous ses adversaires avait quelque chose de magique. Cette magie, je l’attribuais à sa force de caractère, à son entraînement rigoureux, à sa préparation calculée. Je me refusais de penser qu’au-delà de ceux-ci, il y avait aussi du pétrole artificiel.

Ou plutôt, je me refusais de penser qu’il était à cet égard différent des autres. J’ai bien l’impression qu’aujourd’hui, je me le refuse encore. Armstrong s’est dopé. Avec le même souci de perfection qu’il avait dans sa manière de courir. Il s’est dopé, comme tous les autres, plus que vraisemblablement. Comme je l’écrivais en août dernier déjà, la liste des coureurs qui figuraient sur les 7 podiums parle par elle-même : Alex Zulle, Fernando Escartin, Jan Ullrich, Joseba Beloki, Raimondas Rumsas, Alexandre Vinokourov, Andreas Klöden et Ivan Basso ! Huit coureurs qui ont tous été convaincus (ou impliqués dans des affaires) de dopage à un moment donné de leur carrière ! Sans doute, plus loin dans le classement, y avait-il des coureurs propres qui peuvent à juste titre se sentir lésés. Mais pour ceux qui jouaient la gagne, pas de doute : ils carburaient tous à autre chose que de l’eau claire.

Armstrong était-il dès lors le « mieux dopé » ? Peut-être. L’avenir nous en dira peut-être plus sur les techniques, sur les personnes impliquées… N’empêche : parmi les dopés, c’est quand même lui qui gagnait. Cela, il ne le devait pas uniquement à ses produits magiques, mais aussi à sa force de caractère, à son entraînement rigoureux, à sa préparation calculée. J’en suis convaincu, mais je sais que cela ne change rien. Tout cela est monstrueusement triste. D’autant plus que pendant tout ce temps, il a toujours nié avec arrogance et froideur, se prétendant blanc comme la neige. Je sais maintenant pourquoi je n’aime pas la neige : elle n’est jamais vraiment toute blanche.

lundi 14 janvier 2013

Où sont les vrais problèmes ?

© Yann Arthus-Bertrand

Dans notre société en crise, j’entends souvent dire qu’on cache les vrais problèmes en mettant en avant d’autres éléments qui ne seraient donc pas de vrais problèmes, mais qui n’auraient d’autres buts que de cacher ceux-ci en branchant le peuple sur ces questions passionnantes mais sans aucun intérêt. Pour parler de l’actualité, ces « faux » problèmes dont on n’arrête pas de parler seraient par exemple la dotation de la Reine Fabiola, le mariage pour tous en France, les poils sous les aisselles de Miss Belgique, le populisme supposé de Bart De Wever, les soubresauts nationaux de Gérard Depardieu, la libération conditionnelle de Michelle Martin, etc.

Ceux qui dénoncent ce processus ont bien raison : il est plus simple de discuter adossé aux comptoirs des bars de sujets qui ne changent strictement rien à la vie des gens, mais qui passionnent chacun parce qu’ils sont « ouverts » en ce sens que tout le monde peut avoir son avis qui n’engage que lui. On peut donc disserter longuement, sans que cela change quoi que ce soit, et surtout sans qu’on doive changer quoi que ce soit dans sa propre vie.

Parler des milliers d’enfants qui souffrent de malnutrition ou de ceux qui, encore aujourd’hui, sont obligés de travailler comme des esclaves, discuter sur les raisons qui entraînent des êtres humains à se retrouver dans la rue sans domicile fixe, voire simplement à frôler le seuil de pauvreté, ou sur celles qui font que des familles n’ont d’autre solution pour survivre que d’immigrer dans un pays réputé plus riche ou plus libre que le leur, réfléchir sur le rôle pas toujours très catholique des institutions financières dans l’existence de la crise sociale ou sur les logiques industrielles aveugles qui contribuent au réchauffement climatique… tout cela est certainement moins agréable et plus compromettant. On ne sort jamais indemne lorsqu’on aborde de telles discussions.

Pour autant, sont-ce ces problèmes-là les « vrais problèmes » ? Car finalement, qu’est-ce qu’un « vrai problème » ? Il y en a qui sont évidents, le plus souvent liés à une catastrophe que celle-ci soit douce ou brutale. Ce sont des problèmes « vitaux » qui trouvent leur véracité dans le fait que si on ne les résout pas, on finit par ne plus exister. Il faut cependant constater que des tas de personnes ignorent de nombreux problèmes vitaux que ce soit à une échelle individuelle ou collective.

Il y a une raison simple à cela : un problème n’en est un qu’à travers les représentations qu’une personne se fait de la situation. En soi, il n’y a pas de problèmes. Aucun. Il n’y a que des situations et le sens qu’on leur donne. Et comme la diversité est une caractéristique fondamentale de l’homme, une même situation peut être un problème pour l’un et pas du tout pour l’autre. Sans que l’un des deux soit nécessairement stupide ! Simplement, nous avons tous – et c’est une richesse – une histoire différente, des valeurs différentes, des cultures différentes, des espoirs différents… C’est à travers tous ces filtres que se construisent les problèmes que nous voulons bien voir. Et un « vrai » problème n’est jamais donc « vrai » que pour celui qui l’estime tel.

Prenons la question du mariage pour tous qui enflamme la France et les réseaux sociaux. Personnellement, en tant que Belge, je vois ça avec beaucoup de distance. Comme le dit le slogan, « la Belgique a légalisé le mariage pour tous en 2003. Le pays existe encore et les moules se mangent encore avec des frites ». Bref, pour moi, ce n’est clairement pas un problème. Mais je peux comprendre que ce l’est pour certains qui ont une autre histoire, d’autres valeurs, une autre culture, d’autres visions sociales. Cela ne veut pas dire qu’ils sont des « crétins intégristes », comme je l’ai lu sur le mur Facebook de quelqu’un que j’apprécie par ailleurs. Simplement, ils voient les choses autrement. Chacun peut défendre son idée. Personnellement, quand j'essaie de défendre une idée, ma première attitude n'est pas de juger de la légitimité de ceux qui s'y opposent, mais plutôt de tenter de les comprendre, d’analyser leurs représentations et le chemin de celles-ci…

Mon propos n’est pas de faire comme s'il n’y avait pas de problèmes dans notre société. Mes valeurs fondamentales tournent autour de la solidarité et du respect de l’autre. Sur la base de ces valeurs, il y a évidemment des tas de situations dans notre monde du XXIe siècle qui me posent problème. J’ai toujours du mal à comprendre que tout le monde n’est pas préoccupé par les mêmes questions qui me semblent fondamentales. Il y a un long chemin de sensibilisation, d’information, de persuasion à réaliser. Ce n’est pas facile. Pour réussir ce chemin, la première idée forte à prendre en compte est que l’autre n’est pas un « con » parce qu’il pense différemment de moi. Peut-être même finalement a-t-il raison, en tout ou en partie ! Pour progresser ensemble, ne faut-il pas commencer par nous dire que nos problèmes ne sont pas « les vrais problèmes », mais simplement des problèmes, à résoudre, ensemble… ?

vendredi 11 janvier 2013

Tant de sensibilité

Oserais-je l’avouer ? Cette semaine, j’ai passé une soirée à pleurer seul devant ma télévision ! Je regardais la dernière session de qualification avant les émissions en direct de la Nouvelle Star. Et j’étais émerveillé devant tant de sensibilité, tant de personnalité, tant d’engagement, tant d’originalité… Décidément, cette émission est un vrai régal.

Elle permet de découvrir de véritables petits joyaux. Les 10 finalistes sélectionnés par le jury sont quasiment ceux que j’aurais moi-même choisis, du moins sur la base de ce qu’on nous a laissé voir évidemment. J’ai été spécialement ébloui par Charlotte, Florian, Julie, Thimothée… Je reste béat devant Sophie Tith. La benjamine des finalistes, à peine 16 ans, est d’une telle vérité dans l’émotion qu’on ne peut que chavirer. Bien sûr, ses prestations ne furent pas parfaites, mais sa voix grave est si pure que je me suis laissé transporter vers le petit paradis qu’elle nous propose, notamment dans sa reprise de Mad World, de Tears for Fears.

Mon émotion était telle que j’ai voulu la confronter à la Star Academy. Il n’y a pas photo. Je me suis ennuyé devant les prestations de ces piètres chanteurs, sans émotion, à qui on ne demande qu’à faire un show aseptisé, formaté, inutile.

Chacun sa tasse de thé évidemment, et je ne doute pas un seul instant que les artistes de la Nouvelle Star doivent laisser de marbre plus d’une personne. Néanmoins, il faut bien constater que cette émission est construite pour faire ressortir de véritables personnalités artistiques en suscitant avant tout l’émotion et la simplicité.

Ce fut déjà le cas lors des années précédentes où j’ai été emporté par des Christophe Willem, Julien Doré, Amandine Bourgeois, Luce, Camelia Jordana… Ce qui m’inquiète néanmoins, c’est de voir l’évolution de ces chanteurs une fois qu’ils entrent dans le monde professionnel et remporte un succès estimable. Le meilleur exemple est – selon moi – celui de Christophe Willem. Lors des compétitions, il était vraiment au-dessus du lot en offrant des interprétations magiques. Aujourd’hui, ce qu’il fait est – toujours selon moi – un produit totalement aseptisé, neutre, formaté, dénué de toute émotion. Comme s’il avait été récupéré par le système.

Alors, naïvement, je regarderai les finales 2013 en vibrant et en pleurant devant mon poste de télévision, avec le subtil espoir que toute cette sensibilité continuera à exister au-delà de ces émissions d’un soir.

mercredi 2 janvier 2013

Le prix de la blancheur

FMG © 2013

Deux machines à café l’une à côté de l’autre. Parfaitement identiques. Sauf la couleur : l’une est bleue, l’autre est blanche. Et le prix : la bleue coûte 149 EUR, la blanche 199,98 EUR ! Soit 50,98 EUR rien que pour la blancheur ! C’est dingue, non ?

Est-ce un hasard si c’est la blanche qui coûte plus cher ? Pas sûr ! Certains me diront peut-être que je cherche la petite bête, mais enfin, dans le monde multicolore d’aujourd’hui, donner plus de poids à une machine blanche, n’est-ce pas légèrement raciste ? D’autant plus que la bleue est assurément plus jolie !

Encore heureux que – de toute façon et jusqu’à preuve du contraire – le café fourni est aussi noir que le noir de café ! Il faut rester prudent cependant : si on n’y prend garde, ils vont bientôt nous faire du café blanc ! Vous imaginez : on ne saurait même plus si on a déjà mis du lait dans son café ou non. Et ça, c’est dramatique, parce que du café au lait, ce n’est plus vraiment du café !

En attendant, je me demande quand même si certaines personnes achèteront la machine blanche rien que pour sa blancheur. Le pire, c’est qu’il y en a sans doute ! Mais où allons-nous ?

mardi 1 janvier 2013

La force de l'avenir

FMG © 2012

L’avantage du 1er janvier, c’est qu’il revient chaque année, toujours au même moment et que tout le monde est content ! Qu’on le veuille ou non, on sent un nouveau départ, aussi minime soit-il. Tout recommence. Il est permis de penser que tout est possible.

Ce n’est bien sûr qu’un jour de plus, dans la continuité du précédent. Finalement, ce n’est que le début de l’année calendaire, qui est elle-même une convention arbitraire (même si elle s’inspire de l’année tropique). Il y a des tas d’autres choses qui résultent de conventions arbitraires et il n’y a pas de quoi s’en offusquer !

Bref, nous voici le 1er janvier et il y a tout lieu de croire et d’espérer que c’est le premier jour d’une ère nouvelle pleine de promesses et d’avenir ! En réalité, c’est même une certitude : aujourd’hui, 1er janvier 2013, est le premier jour de l’avenir ! Et celui-ci sera ce qu’on en fera !

C’est toute la force et la sérénité de l’avenir, et – en ce jour – autant en jouir !

samedi 29 décembre 2012

Créez le mouvement

Décidez du sens dans lequel tournent les choses de la vie.
Avancez ou reculez… foncez ou déambulez…
Créez le mouvement, même là où il n’y a qu’immobilité fragile.

samedi 15 décembre 2012

Morts pour rien


Comment ne pas être horrifié devant ces 20 enfants morts pour rien, pour la seule folie d’un jeune de 20 ans ? Il n’est pas de mot face à une telle atrocité, qui ne s’arrête pas à ces vies d’anges. Comment pourront désormais vivre leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs enseignants ? Un tel drame ruine la vie à tout jamais.

Le Président Obama, visiblement ému, a demandé des « mesures significatives ». Vu de ce côté de l’Atlantique, on ne peut bien sûr que s’interroger une fois de plus sur ce « Second Amendement » qui permet si facilement aux Américains d’avoir des armes. C’est clair qu’il faut réglementer plus, beaucoup plus, la possession de celles-ci. Mais une telle réglementation ne sera jamais le remède miracle. Chez nous aussi, il y a eu un Nordine Amrani. Ou en France, un Mohammed Merah. Et en Chine, un homme a poignardé 22 enfants devant leur école, heureusement sans décès. Et chez nous encore, cette mère a sans doute empoisonné ses trois enfants…

Ce n’est évidemment pas la réglementation favorable aux armes qui crée la folie meurtrière. Mais elle ne freine pas son éclosion. Plus fondamentalement, si une réglementation devait exister, c’est celle qui interdirait toute production d’armes. Tant qu’elles existent, elles seront utilisées !

Même sans arme, il y aurait malheureusement toujours et encore des fous dangereux qui ne trouveraient que la mort des autres comme réponse à leurs problèmes. Ça, on ne sait rien y faire. Certains diront que c’est la société elle-même qui crée la violence de certains. C’est vrai que toutes les injustices, les mépris, les ignorances… ne contribuent certainement ni à la justice, ni au respect, ni à la solidarité. Il faut donc œuvrer pour une société plus humaine, mais sans faire le procès du grand complot. Nous sommes tous dans le même bateau !

En attendant, 20 enfants qui ne demandaient qu’à vivre sont morts brutalement. Sans doute – comme toutes les morts violentes – 20 morts pour rien !

mercredi 12 décembre 2012

12.12.12, 12:12

Nous sommes le 12 décembre 2012. Il est midi et douze minutes ! 12.12.12, 12:12. Nous vivons là un moment extraordinaire, quasi unique. En tout cas, il ne se reproduira pas avant longtemps. Bien sûr, un événement semblable a eu lieu ces 11 dernières années. Mais il faudra désormais attendre l’an 2101, soit 89 années, pour pouvoir avoir un tel alignement de chiffres. Autant dire que tous les lecteurs de ce billet ne revivront plus une telle situation !

C’est vrai que cela ne change pas grand chose à la vie ! À vrai dire, ça ne change même rien du tout. J’aurais pourtant bien compris si les Mayas avaient choisi ce moment pour décréter la fin du monde. Mais non, ils ont banalement choisi le 21 décembre 2012 : « 21.12.12 » ! Avouez, cette date ne ressemble à rien, même s’il y a une certaine symétrie numérique. Cette erreur de casting sera à mon avis assez lourde de conséquence : il y a peu de raison dès lors de penser que ce sera ce jour-là la fin du monde. D’autant plus qu’ils ont oublié de préciser l’heure. Et l’endroit. Car enfin, la fin du monde est-elle annoncée à Anchorage (Alaska, USA) ou à Anadyr (Russie) ? Entre ces deux villes, qu’à peine 1680 km séparent, il y a quand même 21 heures de différence ! Ah, voilà peut-être l’explication du « 21 » !

Rien de tout cela pour aujourd’hui, heureusement. Nous avons le temps de vivre béatement ce moment unique. Une minute en réalité ! Encore heureux que je ne me sois pas arrêté à la seconde près : 12.12.12, 12:12:12 ! Celle-ci n’a duré qu’une seconde (déjà passée de toute façon au moment où vous lisez ce texte).

C’est quand même curieux le temps ! Les moments uniques ne durent jamais qu’un tout petit instant, déjà passé. Quand on y réfléchit d’ailleurs, même le moment présent n’existe pas, puisqu’il est déjà passé. Ce qui fait que finalement tout moment est unique, à la seconde près, puisqu’avant ce moment n’existait pas encore et qu’après il n’existe plus. Est-on vraiment sûr que ce moment présent existe seulement un instant ? Qui pourrait le prouver ? Avec une telle incertitude, il faut bien reconnaître que tout cela est extraordinaire. Intemporel même !

En attendant, moi, ma dure ou belle réalité, c’est qu’en ce jour unique, j’ai un an de plus à mon compteur ! Et j’en suis bien content, même si à chaque année le poids des ans se fait un peu plus sentir. Tant qu’il y a de la vie, il y de l’espoir !

dimanche 9 décembre 2012

Militer avec discernement ?

Face à toutes les absurdités du monde – et elles sont nombreuses – on peut adopter une attitude combative et militante : dénoncer chacune d’entre elles et le crier bien fort. Ce militantisme est sans doute une nécessité, non seulement pour ne pas se laisser bouffer par ceux qui n’attendent que ça, mais aussi pour faire avancer toute la machine vers un lendemain meilleur. Bravo aux militants et vive le militantisme.

Néanmoins, il arrive que celui-ci devienne quelque peu aveugle et empêche les militants d’analyser avec le recul nécessaire une situation pour y voir non seulement ce qu’il y a à dénoncer, mais aussi pour y promouvoir ce qui mérite de l’être. Il est finalement assez rare d’avoir des situations où tout est à jeter, sans discernement.

Par exemple, je suis assez frappé de voir la hargne qu’ont certains à dénoncer, voire à dénigrer, toutes les décisions prises par le gouvernement fédéral belge actuel. Cette colère est même souvent personnifiée dans le chef de son premier ministre, Elio Di Rupo. Avec une certaine absurdité : alors que les Flamands critiquent souvent le « gauchisme » d’Elio Di Rupo, les francophones que j’observe lui reprochent de renier son idéal de gauche et de ne développer qu’une politique de droite au bénéfice des plus riches !

Di Rupo est à la tête d’un gouvernement de coalition, avec six partis bien différents à de maints égards. Ce gouvernement prend des décisions qui une fois ne plaisent pas à certains mais bien à d’autres et en décide d’autres qui plaisent aux premiers mais pas aux derniers. Cela me semble assez logique. Dans ces décisions, il y en un sacré paquet que je n’apprécie pas, mais il y en a aussi qui me semblent inévitables et nécessaires, sans pour autant que j’y adhère pleinement. Enfin, certaines d’entre elles me semblent de bonnes décisions, mais j’avoue qu’elles sont plutôt rares. Cela dit, je sais que c’est un gouvernement qui gère avant tout une situation difficile et qui ne risque malheureusement pas de s’améliorer à court terme.

Quand j’observe certains militants dénoncer tout, a priori et sans aucun discernement, uniquement parce que ça vient de Di Rupo qui est condamné une fois pour toutes, j’avoue ne plus leur accorder trop de crédits. Leur combat me semblerait bien plus légitime si leurs critiques étaient ciblées, en reconnaissant aussi les éléments positifs des orientations prises.

Je reconnais qu’une attitude critique est sans doute plus difficile, car elle oblige à une pensée non linéaire éliminant tous les raccourcis qui forgent les certitudes. Même si de toute évidence certaines grandes évolutions sociales ont été le résultat de mouvements qui ne s’encombraient pas trop de doutes, je suis aussi convaincu que le discernement permet de combattre et de faire avancer le débat tout en ne s’enfermant pas dans une approche monolithique des problèmes.

Quoique. Militer avec discernement, est-ce encore militer ? Difficile à dire, mais j’ose le croire.

jeudi 6 décembre 2012

Le Grand Saint Nicolas

C’est la Saint-Nicolas ! Le grand Saint passe dans les chaumières pour récompenser les enfants sages, pour leur plus grand bonheur. Bien sûr, il ne le fait qu’en Belgique et dans quelques régions du Nord-Est de la France (et dans quelques autres pays), mais il le fait ! N’est-ce pas merveilleux ?

Depuis ma plus tendre enfance, je suis confronté à l’éternelle question : y croire ou non. Depuis toujours, ma réponse est toujours la même : j’y crois ! Malgré la pression sociale. D’ailleurs, comment ne pas y croire puisque Saint Nicolas passe pour récompenser tous les enfants sages, y compris moi-même ?

Bien sûr, je ne suis pas naïf. Je sais bien que les personnages qu’on peut voir un peu partout durant les semaines qui précèdent le 6 décembre ne sont que des ersatz. C’est bien normal : comment le Grand Saint pourrait-il être en même temps en autant d’endroits ? Il a donc trouvé divers assistants d’hiver qui font ce qu’ils peuvent pour rendre présent le Grand Saint auprès des enfants, spécialement – il faut bien le dire – dans les centres commerciaux !

Pendant ce temps-là, Saint Nicolas ne se tourne pas les pouces : il prépare sa hotte et organise ses déplacements, car il faut bien avouer que ce ne doit pas être évident pour lui de visiter autant de maisons en quelques soirées (cela fait longtemps qu’il ne se limite plus à la seule nuit de 5 au 6 décembre). Il a beau être génial, il ne peut quand même pas faire de miracles (et c’est sans doute pour ça qu’il se limite à la Belgique et à quelques régions du Nord-Est de la France, et à quelques autres pays).

Dans les autres régions de France, ils ont le Père Noël. Mais c’est un peu absurde. Car il n’existe évidemment pas. Noël, c’est la fête de la naissance du petit Jésus. On sait que celui-ci a deux pères : un divin qui est inconnu (ou du moins que personne n’a jamais vu, pas même Marie, se contentant d’envoyer l’ange Gabriel pour lui annoncer la future naissance) et un autre humain, Joseph, qui n’est pas le père biologique et qui se demande toujours ce qui a pu arriver. Bref, avec deux demi-pères, inutile d’en rajouter un troisième qui de plus n’a absolument rien à voir avec l’événement du jour. Le Père Noël, oubliez-le : ce n’est qu’un outil de marketing !

Par contre, Saint Nicolas, lui, c’est vraiment le saint patron des enfants qui leur apporte bonbons et cadeaux pour les rendre heureux, leur faire oublier tous leurs petits soucis et les récompenser pour leur grande sagesse démontrée pendant toute l’année. D’ailleurs, il ne vient pas que pour les enfants : à mon âge avancé, je bénéficie encore de ses largesses ! C’est tout vous dire ! Et la tradition continue à se transmettre de génération en génération. Hier, mon fils de 25 ans qui vit sa vie a envoyé un SMS à ma femme lui demandant de placer une de ses paires de souliers au pied de la cheminée en espérant que Saint Nicolas n’allait pas l’oublier. Et ce matin, j’ai bien vu, tout en n’ayant rien entendu, que Saint Nicolas était passé par là… Merci, Saint Nicolas !

mercredi 5 décembre 2012

Droits d’auteur, droits d’ôteur ?

Au jour d’aujourd’hui, les droits d’auteur semblent bien obsolètes pour pas mal de gens. Beaucoup perçoivent ceux-ci comme une entrave à leur liberté d’utilisation de tout ce qui se crée et se diffuse. Les auteurs ne seraient alors que des « ôteurs » de plaisir qui viendraient ennuyer leur monde avec leur souci d’être protégés et rémunérés pour leur travail !

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : les droits d’auteurs sont avant tout – outre l’attribution intellectuelle d’une production à son créateur – des droits financiers qui permettent à ceux qui créent une œuvre – que celle-ci soit musicale, littéraire, plastique, gestuelle, etc. – d’être rémunérés pour leur travail. Les créateurs sont des gens comme tout le monde : ils ont besoin d’argent pour vivre. Leur travail est de créer. On peut bien sûr penser que c’est en l’occurrence un travail bien agréable. Ce l’est sans doute dans la plupart des cas. Mais le plaisir lié à la création n’enlève rien à la nécessité pour l’auteur de se nourrir d’autre chose que d’amour et d’eau claire.

Le droit d’auteur, conçu dans sa forme actuelle par Beaumarchais, permet de satisfaire ce besoin. Certains droits sont directement liés à la vente du produit créé : l’auteur d’un livre touche un certain pourcentage des ventes qui en sont réalisées. Mais pour les droits liés à la diffusion, à l’utilisation et à la reproduction des œuvres, c’est plus complexe : l’auteur ne peut en effet pas être derrière chaque utilisateur. Des sociétés de gestion des droits d’auteurs ont donc vu le jour, comme la SABAM en Belgique, la SACEM en France et d’autres sociétés liées plus étroitement à certains types de création. Ces sociétés sont chargées de récolter l’argent auprès des diffuseurs, utilisateurs et/ou reproducteurs, puis de le redistribuer aux différents auteurs. Le principe est simple et sain, même s’il faut reconnaître que tout n’est pas toujours parfait dans le mode de fonctionnement de ces sociétés. Enfin, il y a aussi des droits qui sont retenus au niveau des sources de diffusion ou de reproduction. C’est ainsi que lorsqu’on achète un CD vierge ou une imprimante, on paie une certaine somme qui ira aux auteurs, car le CD vierge est susceptible d’être utilisé pour y graver des œuvres protégées tout comme l’imprimante est un moyen de reproduire des documents protégés.

Mais tout cela est largement remis en question. Aujourd’hui même, 5 décembre 2012, le collège des commissaires de la Commission européenne s'est réuni pour discuter du droit d’auteur avec un risque important de voir augmenter le nombre d’exceptions aux droits des auteurs. À l’ère du numérique, tant les utilisateurs que les producteurs de machines souhaitent en effet pouvoir se passer, non pas des auteurs, mais des droits qui leur reviennent. C’est clair du côté de l’utilisateur, par exemple de chansons. Même sans être « pirate », tout le monde trouve normal de visionner – voire de télécharger – gratuitement sur le net des tas de chansons d’artistes qui ne touchent pourtant en échange pas le moindre sou. C’est aussi clair pour les lobbies de producteurs (constructeurs d’imprimantes ou de photocopieuses, gestionnaires de câble TV, fournisseurs d’accès internet, moteurs de recherche, etc.) qui font tout pour ne pas devoir inclure dans leurs prix une juste rétribution des auteurs.

Si on n’y prend pas garde, on se retrouvera dans une situation où la plupart des auteurs n’auront plus aucune rémunération de leur travail de production. Cela n’empêchera évidemment pas la création, car celui qui sent qu’il doit créer crée. Mais peut-on souhaiter en revenir au seul mécénat pour arriver à faire vivre de leur art quelques rares créateurs, alors que le concept et les outils du droit d’auteur existent et ont montré tant leur efficacité que leur équité ?

Cela ne veut pas dire que le droit d’auteur doit être considéré comme une institution figée et immuable. Au contraire, il doit démontrer sa capacité à s’adapter aux nouvelles réalités numériques de la création et de la diffusion. À cet égard, les licences d’exploitation donnant aux auteurs une plus grande liberté de décider eux-mêmes des conditions d’accès et d’utilisation de leurs œuvres sont des voies prometteuses pour dynamiser le concept même de droit d’auteur en congruence avec les réalités du 21e siècle. Les possibilités de « copyleft », par opposition au « copyright », sont nombreuses et doivent être développées.

Néanmoins, si le résultat final débouchait sur l’absence de toute rémunération, on courrait non seulement le risque de perdre de nombreuses créations, mais de plus cela réduirait les auteurs à de simples « machines à créer » des biens de consommation sans qu’ils en perçoivent les fruits, si ce n’est bien sûr le « plaisir intellectuel ». Ah, ça leur ferait assurément une belle jambe ! Si vous trouvez aussi que ce serait bien dommage d’en arriver là, pourquoi ne pas signer une pétition visant à faire entendre les droits des « ôteurs » !

lundi 26 novembre 2012

Oser la paix plutôt que s’opposer

Dimanche 25 novembre, deux manifestations ont eu lieu à Bruxelles, réunissant chacune environ 1300 personnes. Place Poelaert, les manifestants voulaient soutenir les villes du centre et du sud d'Israël ciblées par les roquettes du Hamas. Dans le centre de Bruxelles, d’autres manifestants clamaient leur soutien aux Palestiniens de la bande de Gaza et demandaient la levée du blocus de Gaza.

Deux manifestations séparées pour une même guerre. Malheureusement, pas deux manifestions unies pour une même paix.

Dans les deux manifestions, on désignait surtout les coupables. Selon le bord dans lequel on se trouve, les coupables sont la source de tous les maux, sans excuse. Coupables, un point c’est tout.

Sans doute y a-t-il des coupables quelque part. Sont-ils tous du même côté ? C’est peu vraisemblable. Il y a aussi des victimes, plus dans un camp que dans un autre. Mais toute victime est une victime, quel que soit son camp.

On peut disserter longtemps sur les responsabilités des uns et des autres. Mais cela ne fait en rien avancer l’essentiel et l’indispensable : la paix.

Si ces 2600 personnes qui ont manifesté en deux mouvements s’étaient unies pour réclamer la paix avec force et conviction, dans le respect de la spécificité de chacun, cette manifestation n’aurait-elle pas eu beaucoup plus d’impact ? On me dira sans doute que je suis naïf, que ma conscience politique est embryonnaire et que je ferais mieux d’ouvrir les yeux.

Je voudrais les ouvrir sur des peuples qui convergeraient ensemble vers une paix constructive dans laquelle chacun trouverait sa place. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse qui se passe, sans que cela ne fasse avancer les choses du moindre millimètre. Au contraire, on ne cesse de reculer, désespérément.

Les hommes, de toutes les couleurs, de toutes les religions, de toutes les histoires, de toutes les souffrances… les hommes oseront-ils un jour la paix ?

dimanche 18 novembre 2012

Et voilà, je me bats

Un nouveau CD de Michel Bühler est toujours un événement en soi, malheureusement trop peu médiatisé ! Son nouvel opus est un petit joyau et je ne résiste pas au plaisir d’en parler. Et surtout de mettre en évidence ce gars qui vieillit – il a 67 ans quand même ! – mais qui le fait avec humour et qui – plus fondamentalement – continue à se battre contre toutes les injustices et les imbécillités.

Musicalement, l’album est dans la veine Bühler avec une guitare acoustique omniprésente, comme je l’aime. D’autres instruments créent un accompagnement tout en douceur et de finesse. Jamais une note de trop, toujours celle qui émeut. C’est d’autant plus admirable que Michel est le seul et unique instrumentiste et preneur de son de cet orchestre subtil fondé sur l’univers midi !

Les textes sont tous admirables, remplis de vérités, qu’ils soient tendres (Petite berceuse, Les Ardéchois), engagés (À la manif, Actualités 2012, Tunis 2011, Le Polonais), humoristiques (Et voilà !, Zoologie), amoureux (Avignon), nostalgico-philisophico-spirituels (Est-ce écrit…).

Parmi toutes ces petites merveilles, une chanson qui me touche particulièrement tant elle éveille en moi de frissons essentiels, d’échos d’une vie, de rêves à construire, de besoins vitaux : Je me bats. Et j’ai bien envie de me battre avec lui, « encore et toujours et sans cesse pour saluer la vie qui palpite et qui bat ». Alors, je ne résiste pas à l’envie de vous partager cette chanson (en espérant que Michel Bühler me le pardonnera) parce que la vie, notre vie, elle est là ! Et voilà !

Je me bats


Même si l’heure est parfois à la désespérance
Attendu que la frime gouverne et fait sa loi
Même si les années dans lesquelles on s’avance
Ont la couleur du triste et du chacun pour soi
Même si le bonheur n’est plus une évidence
Mais semble s’éloigner à chacun de nos pas
Même si l’on me dit que c’est perdu d’avance
Que le monde est ainsi et qu’on n’a pas le choix
Je me bats

Même si maintenant c’est être en résistance
C’est risquer d’être seul que d’élever la voix
Pour dire sans relâche l’incroyable arrogance
Des plus riches que tous, des maîtres d’ici-bas
Même si le normal, c’est l’infinie souffrance
Des enfants décharnés aux yeux vidés sans joie
Même si le correct se nomme indifférence
Même s’ils parlent fort ceux qui baissent les bras
Je me bats

Je suis d’un temps d’espoir d’un temps de délivrance
Où l’on osait rêver, et les peuples là-bas
Faisaient tomber leurs chaînes et brisaient le silence
Ô les jolis printemps au parfum de lilas
Devant nous se levaient des matins d’innocence
Plus jamais il n’y aurait d’humiliés, de parias
Plus jamais l’esclavage et plus de violence
N’était-ce pas simplement raison, dites-moi ?
Je me bats

Aujourd’hui les passants sous les néons sinistres
Vont chacun dans leur bulle et pressent un peu le pas
Les voyous brassent l’or, les bornés sont ministres
Et l’on met chapeau bas devant les renégats
L’époque est au commerce, l’époque est aux combines
L’homme n’est plus qu’un objet que la finance broie
Le futile et l’idiot remplissent des vitrines
Cependant qu’au lointain ricane l’argent roi
Je me bats

Avec mes pauvres mots qui sont mes seules armes
Avec les sacrifiés les vaincus d’autrefois
Tous ceux qui n’avaient rien que leur sang et leurs larmes
Les mineurs les canules les pioupious les sans-droit
Avec les femmes usées, petites sœurs de misère
Des bas quartiers de boue où se terrent les rats
Avec tous ceux d’ici qu’habite la colère
Avec les méprisés et ceux qui n’oublient pas
Je me bats

Si longtemps que j’aurai la force, qu’on le sache
De me tenir debout, de chanter, d’être là
Tant qu’il me restera une once de panache
Tant que dans mes veines un sang rouge coulera
Je me battrai encore et toujours et sans cesse
Pour saluer la vie qui palpite et qui bat
Et quand je m’en irai, ce sera sans tristesse
Puisque d’autres viendront qui diront après moi
Je me bats, je me bats

Michel Bühler © 2012