samedi 27 mai 2023

En finir avec une sentence de mort

 
C’est un tout petit livre : 10 cm de largeur, 14 cm de hauteur, 0,5 cm d’épaisseur. Le corps de la police n’est pas bien grand non plus : sans doute du 8, avec des notes de bas de page en 6 maximum. Mais quel grand livre !
 
Les auteurs s’en prennent à cette phrase malheureusement célèbre de Michel Rocard : « On ne peut accueillir toute la misère du monde ». Ils démontent petit à petit chacun des morceaux de cette sentence sinistre qui semble tellement évidente que personne n’ose vraiment s’y opposer. Le philosophe Pierre Tevenian et le juriste Jean-Charles Stevens le font.
 
« On », ce n’est personne et tout le monde à la fois. C’est surtout donc un moyen de ne pas dire « je ». Le « on » impersonnel permet de tout dire, y compris le racisme.
 
« Ne peut pas », possibilité ou autorisation ? Nul n’étant tenu à l’impossible, il apparaît dès lors illégitime de demander le moindre compte et la moindre remise en question (page 17).
 
« Accueillir », constater la simple présence d’immigrants, leur accorder statut et droits, leur souhaiter bienvenue et en prendre soin ? À nouveau, le terme peut tout dire et surtout son contraire.
 
« Toute ». La ficelle rhétorique est grosse, là encore : il s’agit une fois de plus d’intimider, d’impressionner, de terrifier, d’attiser les phobies en produisant un sentiment de « submersion », d’« invasion », de « grand remplacement », (…) alors qu’on sait par ailleurs que seul·es 6,3% des déplacé·es ont migré vers un pays riche (page 31).
 
« La misère du monde ». C’est la partie du livre la plus intéressante, la plus complète. Elle permet de redire que cette « misère » ne l’est pas vraiment, que ceux qui arrivent jusque chez nous ne sont pas n’importe qui, que les « accueillir » est synonyme de production de richesse… Que s’il est inacceptable moralement aux yeux de tous (…) de refuser des soins aux enfants, aux malades ou aux handicapé·es en invoquant leur manque de « productivité » et de « rentabilité », il doit être tout aussi inacceptable de le faire quand les dit·es enfants, vieillards, malades ou handicapé·es viennent d’ailleurs – sauf à sombrer dans la plus simple, brutale et abjecte xénophobie (page 58).
 
Une soixantaine de pages qui devraient être lues par tous et toutes, d’urgence, pour l’hospitalité.

 

mardi 11 avril 2023

Les enfants des autres

Il ne m’arrive désormais que très rarement d’aller au cinéma. Les dernières fois où cela s’est passé, c’est au cinéclub de mon village : CinéGrez. Vendredi dernier, je suis allé voir le film Les enfants des autres. Je l’avoue : c’était surtout pour y admirer Virginie Efira qui vient de recevoir le César de la meilleure actrice pour son rôle dans ce film. Que de chemin parcouru depuis que je l’ai vue en 2005 dans le petit théâtre d’Ittre jouer pour la première fois sur scène la pièce de René de Obaldia intitulée Pour ses beaux yeux.
 
Depuis lors, cette femme m’a toujours subjugué. C’est d’ailleurs elle que j’avais en tête lorsque j’ai créé le personnage d’Aline, dans Retour à l’authentique1, mon premier roman choral. Bien loin du stéréotype de ravissante blonde idiote, Virginie Efira crée dans Les enfants des autres un personnage plein de finesse, de sensibilité, d’interrogations.
 
Après la séance, j’ai eu la chance de parler sur le parking avec une voisine plus ou moins proche. En échangeant sur le film et tout ce qu’il signifie, je me suis souvenu qu’il y a plus de quarante ans, j’ai écrit une chanson intitulée « Les enfants des autres ». En ce début des années 80, j’étais instituteur célibataire. J’adorais mon métier dont le sens indispensable transpire d’évidence. Chaque matin, je n’allais pas au taf. J’allais rejoindre « mes enfants » pour cheminer avec eux vers la connaissance et la conscience.
 
Alors, les mots ont glissé d’eux-mêmes sur le papier.

Ce ne sont jamais
Que les enfants des autres
Peut-être les vôtres
Je leur dis « mes… »

C’est ma chanson la plus courte : 18 mots, 69 caractères ! Mais, à l’époque, c’était pour moi peut-être la plus dense, la plus complète, la plus significative. Toute ma vie y était, pleine de sens et d’intensité. Cette chanson toute simple reste pour moi un tournant. Derrière tout le sens qui la porte, il y avait ce sentiment de ne pas faire partie du « collectif de ceux et celles qui ont des enfants », comme le dit si bien Virginie Efira dans le film. Depuis lors, j’ai eu la chance d’avoir à mon tour trois merveilleux enfants et de connaître ce bonheur incroyable – même s’il n’est pas toujours facile – d’être parents, d’être père.
 
L’enregistrement de la chanson a un aspect particulier. Une de mes élèves avait accepté de me prêter sa clarinette pendant 24 heures. Je n’en avais jamais joué avant et je ne l’ai plus fait depuis. Ça vaut ce que ça vaut ! La guitare et la flûte à bec alto sont normalement mieux maîtrisées, mais les moyens d’enregistrement de l’époque ont leur limite : un seul enregistreur à bande avec copies successives pour rajouter les différentes pistes, le tout copié artisanalement sur cassette, avant, bien plus tard, d’être numérisé. Bref, ne tirez pas trop sur le pianiste…

Les enfants des autres

1 GERARD, F.-M., GRIFFON, S., HAUSMAN, J.-M., MAMMERICKX, S., SLINCKX, I. & TASSILE, P., sous la conduite de JOUNIAUX, A. (2018). Retour à l’authentique, Strépy-Bracquegnies : Le Livre en papier. ISBN 978-2-8083-0329-3

dimanche 9 avril 2023

Obsolescence déprogrammée

 Le 22 mars dernier, la Commission européenne a enfin adopté une « proposition relative à des règles communes visant à promouvoir la réparation des biens ». En bref, davantage de produits devraient être réparés dans le cadre de la garantie légale et les consommateurs disposeront d'options plus simples et moins coûteuses pour réparer des produits techniquement réparables (aspirateurs, tablettes, smartphones…) lorsque la garantie légale a expiré ou lorsque le bien ne fonctionne plus en raison de l'usure.


Responsabiliser les producteurs est certainement le meilleur moyen pour lutter contre l’obsolescence programmée. Il restera des cas où cette lutte sera sans effet, même face à une usure prématurée. Fin 2019, j’ai acheté un nouveau MacBook Pro dont la publicité vantait son autonomie : plus de 10 heures ! Trois ans plus tard, il me restait moins d’une heure avant de devoir me rebrancher.

On me dira « c’est normal »… C’est ce que Apple m’a dit quand je suis allé les voir. Ils m’ont dit qu’il était possible de remplacer la batterie, mais que cela devrait me coûter aux alentours de 300€. Sournoisement, ils m’ont demandé « est-ce que l’ordinateur fonctionne sur secteur » ? En ajoutant donc que je n’avais aucune raison de me plaindre, c’était normal !

Ça ne m’arrangeait pas vraiment, parce qu’un portable qui ne peut pas fonctionner de manière autonome n’est pas vraiment un portable. Bref, vexé, j’ai cherché à en savoir plus. Et j’ai trouvé un tutoriel expliquant comment changer la batterie et me permettant d’avoir 10% de réduction. Ça m’a coûté 80€, matériel spécifique compris.

Bien sûr, encore fallait-il faire le changement en lui-même. La vidéo est très explicite et ça semble simple, mais je me doutais bien que ce ne l’était pas vraiment. J’ai donc préféré faire appel à mon gendre… et j’ai eu bien raison. Il a fait ça calmement, sans s’énerver quand c’était plus compliqué que prévu (surtout décoller la batterie d’origine). Après un peu moins d’une heure, l’ordinateur redémarrait en ayant récupéré une belle autonomie.

C’était sans compter un incident par la suite. Pour rejoindre une réunion, je dépose l’ordinateur sur le siège passager de ma voiture. Au premier carrefour, besoin de freiner brusquement pour éviter un accident. L’ordinateur vole et retombe sur le plancher de la voiture. C’est du bon matériel et tout fonctionne quand je le rallume… sauf que la batterie ne se recharge plus. Deuxième appel à mon gendre qui rebranche un minuscule connecteur.

Un nouveau choc, quelques semaines plus tard, débouche sur la même panne : la batterie se décharge volontiers, mais refuse obstinément de faire le chemin inverse. Cette fois, je me dis « tu es capable »… Bref, j’ouvre le capot de l’ordinateur, je déconnecte et reconnecte le connecteur… et hop, tout fonctionne correctement !

Fidèle à moi-même, je retire quelques leçons de cette histoire :
•    il vaut mieux ne pas trop croire ce que le constructeur officiel vous dit quand il y a une réparation à faire. Il a plutôt tendance à minimiser le problème et à vous proposer une solution coûteuse ;
•    il est possible, dans de nombreux cas, de trouver des solutions alternatives bien moins coûteuses et tout aussi efficaces ;
•    si on ne se sent pas capable de mettre soi-même la solution alternative en œuvre, on peut trouver assez facilement une personne à la fois gentille et compétente, qui ne demande qu’une chose : vous faire plaisir… et réparer le problème ;
•    en observant cette personne agir, on peut se rendre compte que finalement, ça n’a pas l’air si compliqué que ça… et oser par la suite assumer pleinement la situation.

Plus encore que les (indispensables) règles décidées par la Commission européenne, ce sera cela qui permettra de déprogrammer, en de nombreux autres domaines aussi, l’obsolescence qui nous est imposée !

PS : Je ne peux à cet égard que saluer le travail des nombreux Repair Café, dont celui de ma commune.

mardi 14 mars 2023

Toute erreur administrative est inacceptable…

  

Cela fait un certain nombre d’années que j’ai droit à un remboursement des impôts, plus ou moins important. C’est en réalité un privilège : la plupart des contribuables n’ont pas les moyens d’avoir payé trop lors des prélèvements normaux, précomptes divers et autres. Ce n’est pas non plus la meilleure solution : être remboursé, cela signifie qu’on a prêté, sans intérêt bien sûr, de l’argent à l’État qui ne le rembourse que fort tard.

Du moins, quand il le rembourse. Par la force des choses, cette année fiscale est particulière. Ma femme ayant succombé à un foutu cancer en 2021, il m’a fallu choisir – en 2022 – entre une déclaration d’impôt conjointe ou séparée. Pas évident de savoir quel choix réaliser. Les outils de simulation ne sont soit pas évidents à gérer, soit pas à jour. Et pour la plupart, ils sont dans les deux cas. Finalement, après un contact téléphonique très agréable et efficace avec une fonctionnaire de l’administration fiscale, il est apparu qu’il m’était préférable de faire une déclaration commune. Cela me permettrait de gagner 5 euros !

Chose analysée, chose faite. Je reçus début décembre 2022 mon « avertissement-extrait de rôle » m’informant que l’État devait me rembourser l’équivalent d’un mois de ma pension, au plus tard le 28 février 2023. En janvier 2023, un courrier m’interpella. Il me disait que « le SPF Finances dispose toujours d’un remboursement des Contributions Directes en votre faveur. Une précédente tentative de régler ce montant a échoué ». Cela n'avait pas beaucoup de sens et j’ai téléphoné pour en savoir plus. J’eus très rapidement une conversation avec un fonctionnaire qui s’étonnait comme moi, mais qui disait que c’était sans doute lié au décès. Il me dit faire quelques manipulations informatiques et que tout était en ordre.

Le 28 février, ainsi que les jours suivants, pas de remboursement. Je me décide à nouveau de les appeler, moi qui déteste le téléphone. Miracle, je rentre une nouvelle fois très rapidement en contact avec une personne à qui je peux expliquer mon problème. Elle est très compatissante, m’explique qu’elle vient de traiter un cas semblable mais plus grave, qu’elle-même a été confrontée à une situation difficile lors du décès de son frère, etc. Surtout, elle me dit que le problème vient sans doute du fait que dans leur système, je suis répertorié comme « séparé ». Non pas « veuf », mais « séparé ». Elle m’explique que dans ce cas, le système refuse le remboursement ! Elle me dit faire une note et changer le statut, ce qui devrait permettre le remboursement dans les deux semaines. Au cas où ce ne serait pas le cas, elle me donne une adresse électronique…

À ce jour, pas de remboursement, comme de bien entendu. Mais le plus grave n’est même pas là. Ce qui me révolte le plus est de voir que l’administration transforme mon nouveau et difficile statut de « veuf » en « séparé ». Sur le plan affectif, c’est scandaleux. Il n’y a pas que dans l’administration que cela arrive. En juillet 2022, une banque m’avait demandé d’actualiser mes informations personnelles. Là non plus, le statut « veuf·ve » n’existait pas. La banque me demanda de me déclarer « célibataire ». Je ne suis ni séparé, ni célibataire. Je suis veuf. C’est un mot lourd de sens. Constater que ce n’est pas vraiment un statut dans certains cas administratifs est une injure impardonnable qui s’ajoute à la douleur personnelle. C’est inacceptable, mais…

vendredi 10 février 2023

Quand les syndicats ferment la porte

 

Deux syndicats ont pris hier une décision lourde de conséquences pour la mise en œuvre du « Pacte d’excellence » pour l’enseignement de la Communauté française de Belgique (dite aujourd’hui « Fédération Wallonie-Bruxelles »…). Le Sel-Setca (tendance socialiste) et l’Appel-CGSLB (tendance libérale), actifs uniquement dans l’enseignement dit « libre », ont jeté l’éponge pour protester contre le projet de décret sur l’évaluation des enseignants.
 
Ils acceptent le volet formatif de cette future évaluation, mais rejettent totalement l’aspect « sanction » qui – après un long processus réglementé – pourrait déboucher sur une éviction de l’enseignant qui ne ferait rien pour améliorer ses (in)compétences. Le discours de ces syndicats – et de pas mal d’enseignants, il faut bien le reconnaître – peut se caricaturer ainsi : « nous refusons d’être évalués parce que nous risquons d’être sanctionnés, y compris par un renvoi de l’enseignement » !
 
Certains expliquent cette position par l’absence d’une culture de l’évaluation dans le monde de l’enseignement ! Or, s’il y a un univers professionnel où on n’arrête pas d’évaluer, c’est bien l’enseignement. Imaginez une seule seconde qu’un élève dise à son professeur : « je refuse d’être évalué parce que je risque d’être sanctionné, y compris par un redoublement ou un renvoi de l’école » ! Inutile de vous faire un dessin : il y a de fortes (mal)chances que cet élève se fasse remettre à sa place illico presto.
 
Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas : bien sûr, cette évaluation – pouvant dans des cas extrêmes déboucher sur une sanction fatale – doit être cadrée, avec un processus clairement défini, des critères bien établis, des possibilités de recours, etc. Étant paraît-il un spécialiste de l’évaluation, cela me semble évident. Mais il me semble tout aussi évident qu’un professionnel de son domaine, faisant convenablement son boulot même dans des conditions difficiles, ne doit jamais craindre la moindre évaluation. Pas plus que l’élève qui est plus ou moins attentif aux cours et qui se prépare vaille que vaille à passer ses examens.
 
Dans quasi tous les métiers, il y a aujourd’hui des procédures d’évaluation, que ce soit dans le privé ou dans la fonction publique. Pourquoi le monde de l’enseignement devrait-il se différencier à ce niveau ? Pourquoi ceux qui évaluent à tour de bras – malheureusement parfois sans grande rigueur – devraient-ils être dispensés d’être de bons professionnels ? C’est bien de cela qu’il s’agit : mettre en place un processus qui permet d’améliorer les compétences des enseignants (c’est le volet formatif), mais pouvant déboucher sur un constat qu’un enseignant refuse ou est incapable de s’améliorer, avec une décision sévère au bout du compte. C’est dur, oui. Mais c’est le cas partout. Pourquoi faudrait-il traiter de manière différente les enseignants à cet égard ?
 
J’ai bien conscience que je ne vais pas me faire des ami·es avec ce billet. Surtout ne venez pas me dire, comme je le lis souvent, « on voit bien que vous n’êtes pas enseignant » ! Je ne le suis plus, mais je l’ai été – à tous les niveaux d’enseignement – et j’ai consacré et consacre encore une très grande partie de ma vie à la qualité de l’enseignement, que ce soit en Belgique ou dans le reste du monde.
 
C’est bien de cela qu’il s’agit : la qualité de l’enseignement. Celle-ci est liée à de nombreux éléments, mais – en tant que citoyen – je ne pourrais accepter qu’un système éducatif ne veille pas à être de qualité. Or, quoi qu’on puisse en penser, ce n’est pas le cas du système belge. La mise en œuvre du « Pacte d’excellence » (même si cette appellation est malheureuse) est à ce niveau indispensable. Mettre en danger celle-ci pour des réflexes de caste est inacceptable. J’ose espérer que les syndicats le comprendront.

mardi 24 janvier 2023

La multiplication des pains

Ainsi donc, j’ai gagné un colis saveur offert par ma boulangerie. J’ai déjà parlé de celle-ci en admirant la jeune entrepreneuse qui s’est lancé ce défi au moment où des tas d’autres boulangeries sont contraintes de fermer boutique. Trois mois plus tard, c’est une success story comme on dit en anglais : la boulangerie ne désemplit pas grâce à la qualité de ses pains, de ses viennoiseries, de ses pâtisseries et surtout de l’accueil de toute l’équipe.
 
Pour remercier ses clients, Jade (absente lorsque je suis allé chercher mon gain) a lancé un concours sur l’inévitable Facebook : il fallait publier et commenter une photo du pain mangé au petit-déjeuner. Il suffisait ensuite d’attendre les likes du commentaire et espérer en avoir le plus une semaine plus tard.
 
J’avoue que je ne me suis pas trop foulé pour la photo ni pour le commentaire, mais c’était sincère, la stricte vérité et ça m’amusait (oui, on s’amuse comme on peut, je sais…).

Pour ceux qui ne parlent que français, les « pistolets », c’est ce qu’on appelle des « petits pains », mais qui n’ont leur saveur exceptionnelle qu’en Belgique.

Enfin bref, ma photo était publiée, mais encore fallait-il avoir des likes. N’étant pas trop sûr d’en avoir, j’ai lancé un appel sur ma page Facebook. C’est surtout ma famille qui y a répondu. Ma fille qui me soutient toujours dans mes petits délires a même partagé l’appel sur sa propre page, ce qui m’a valu quelques pouces levés inespérés. Sans trop forcer, j’ai rapidement pris une belle avance sur une autre cliente qui avait publié une photo finalement proche de la mienne, mais sans les fameux pistolets.
 

La semaine s’écoulait paisiblement, et lorsque je passais voir où en était le concours, je ne m’inquiétais pas trop. Sauf que trois jours avant le comptage final, le score de ma « concurrente » augmentait petit à petit. Plus que vraisemblablement, elle (ou un de ses proches) activait également son réseau, ce qui est de bonne guerre surtout quand on n’est pas vraiment en guerre.

La clôture du concours était fixée à 19 heures, dimanche dernier. De mon côté, j’avais une répétition à partir de 16h30 pour un spectacle local à présenter dans 2 semaines. Bref, impossible de suivre les derniers rounds alors que je voyais bien que j’allais inexorablement être dépassé. Juste avant de partir, j’ai envoyé un message à quelques ami·es, dont mon dernier fils qui n’avait pas encore manifesté son enthousiasme devant mes pistolets. Et je suis allé répéter, en me disant que le deuxième lot ferait déjà une très belle récompense.

Lors d’une courte pause, je regarde mon terminal de poche et je trouve ce message de mon fils : « C'est fait. J'ai envoyé le lien à un groupe d'amis aussi ». Et là, c’est l’explosion, d’autant plus que sa compagne en fait tout autant. Lors d’une autre pause, je leur écris même : « Oui, arrêtez c'est trop » !

J’ai donc gagné. Mes deux – malheureux, mais délicieux – pistolets se sont transformés en un magnifique panier rempli de merveilleuses gourmandises liquides et solides. Un régal multiple à déguster.

Tout ça n’a évidemment pas beaucoup d’importance. Mais j’en retiens plusieurs leçons. Vous savez, de ces « leçons » passionnantes et qui vous ouvrent d’autres horizons…

D’abord, même quand on croit que ça ne peut pas réussir, que tout est foutu, il reste toujours un espoir qui peut conduire au succès, même si on n’y croit pas vraiment. Il suffit parfois d’une petite chose, la bonne, pour que tout se transforme.

Cette « bonne petite chose », elle vient souvent des autres. Tout seul, on n’est pas grand-chose. Avec les autres, avec nos proches, on peut créer des étincelles. Surtout quand on ne s’y attend pas.

C’est ça la « multiplication des pains ». On part de deux pistolets banals, on arrive à un panier gourmand. On n’y croit plus trop, on atteint un sommet, aussi anodin soit-il. On se sent seul, on se retrouve ensemble.

mardi 6 décembre 2022

Saint Football

 
Anne Derenne©2016

Les églises sont vides. Les stades de foot sont pleins. Pas besoin de faire un dessin : le foot, c’est la religion d’aujourd’hui. Il en a toutes les caractéristiques (selon Wikipédia) :

  • c’est un ensemble de croyances qui définissent le rapport de l'homme avec le sacré, une reconnaissance par l'être humain d'un principe ou être supérieur (que certains peuvent appeler Dieu, mais qui est appelé ici « ballon rond »). Celui-ci semble d'une nature supérieure à tel point qu’on lui rend un culte ;
  • le foot est un ensemble de pratiques propres à une croyance ou un groupe social, avec un véritable processus d’identité sociale ;
  • le foot se caractérise par l'adhésion à certaines croyances et convictions. En ce sens, il peut être vu comme ce qu’il y a de contraire à la raison et jugé synonyme de superstition.

Finalement, à part la question de l’au-delà, la religion foot est une évidence. Elle a ses grands-messes, ses règles que les fans doivent suivre, ses uniformes et règles vestimentaires, ses célébrations. Ses déconvenues aussi. Tout comme dans les religions « officielles », le supporter d’une équipe se définit par son appartenance au groupe auquel il s’intègre, avec tous les sentiments qui sont liés à cette démarche : de l’adoration de ses idoles jusqu’à la colère, parfois violente, lorsque celles-ci n’apparaissent plus que comme de tristes humains imparfaits dans la défaite.

Ce n’est pas moi qui le dis (mais je le pense et l’écris). Sur le site très sérieux du Soir, un article du 5 décembre m’a poussé à formaliser ce qui me semble une évidence depuis un certain temps. Dans un entretien, le journaliste Pascal Martin interroge Jessica Morton, doctorante en psychologie sociale et de la santé à l’UCLouvain sur les réactions des supporters belges après l’élimination des Diables rouges à la Coupe du Monde Qatar 2022. Il titre : « La colère des supporters, c’est l’histoire d’une identité sociale finalement déçue ». Jessica Morton confirme en insistant sur l’aspect émotionnel de l’attachement sportif. Ce qui est troublant, c’est que tout ce que dit la chercheuse pourrait très bien s’appliquer à la religion catholique. En 2022, plus de 5000 Belges ont demandé d’être débaptisés, quatre fois plus qu’en 2020 ! Un ami, impliqué dans une fabrique d’église, m’expliquait que l’assemblée dominicale se réduisait à une dizaine de personnes, en concluant qu’il était dès lors absurde de continuer à fonctionner sur le même mode d’antan. Ceux qui cherchent une communion sacrée ne vont plus à l’église, mais au stade. C’est plus animé, moins moralisateur, mais tout aussi mobilisateur, sans oublier les satisfactions qu’apporte la troisième mi-temps et autres joyeusetés.

Faut-il s’en inquiéter ? Je ne pense pas. L’être humain a le besoin de s’intégrer dans un groupe. Les religions ont souvent joué ce rôle, avec d’ailleurs toutes les dérives qui l’accompagnent. Aujourd’hui, c’est le foot, avec les mêmes dérives. L’important n’est pas, me semble-t-il, de savoir quelle est la « religion » du moment. On ne peut de toute façon rien y faire.

L’important me semble d’éviter les dérives, et ce n’est pas évident. Je respecte fondamentalement une personne qui croit sincèrement en un Dieu, quel qu’il soit, et qui se nourrit de cette foi pour être plus humain. Je respecte aussi un passionné de sport qui prend du plaisir à suivre les exploits de son équipe favorite, et qui en profite pour rencontrer dans la joie d’autres supporters, y compris s’ils supportent d’autres équipes. Le problème, dans un cas comme dans l’autre, c’est quand on en vient à s’opposer, à se croire meilleur, à vouloir imposer sa façon de voir ou de vivre… L’être humain a besoin de passions et de rencontres. Seules celles-ci comptent vraiment !

dimanche 20 novembre 2022

C'est mignon, mais…

  

Aujourd’hui, commence au Qatar cette fameuse Coupe du Monde, non sans poser beaucoup de questions. L’Union royale belge des Sociétés de Football-Association (URBSFA) a eu la bonne idée de proposer au Roi de participer à un clip de soutien à nos Diables rouges. Philippe (et son service communication) a accepté. Ça nous a valu un truc déjanté à la belge dans lequel le Roi se montre non seulement supporteur, mais prend carrément la place de l’entraîneur, prodigue ses conseils, donne le tempo, etc. Je l’avoue, j’ai souri devant ce truc bien belge.

J’ai été un des premiers à le découvrir sur la page Facebook « Monarchie belge ». Je n’ai pas pu m’empêcher de commenter : « C'est mignon. Mais il y aurait pu quand même avoir une allusion à tous les problèmes humains et écologiques que pose cette coupe du monde au Qatar » ! En écrivant cela, je disais ma perception positive et amusée tout autant que mon étonnement devant l’occultation totale des questions de fond. Je ne disais pas que Philippe aurait dû consacrer un long discours à celles-ci – faut pas rêver quand même – mais qu’il aurait pu juste faire une « allusion ». Dans ma tête, cette allusion aurait dû exister avec le même humour que le reste. Par exemple, j’aurais bien imaginé entendre Kevin De Bruyne, lorsqu’il arrive près du Roi, dire quelque chose comme « Et les droits humains ? ». Philippe aurait répondu, comme dans la vidéo : « Selon mes notes, tu dois être là-bas ». Ça n’aurait bien sûr été qu’une allusion, bien en ligne avec l’hypocrisie officielle, mais enfin, elle aurait été là. Je ne suis pas scénariste et je ne suis pas sûr que ma proposition soit vraiment humoristique, mais ça m’aurait bien plu.

Mon commentaire a entraîné bien sûr quelques réactions : une cinquantaine de réponses, la plupart négatives, et 212 réactions par émoticônes. Il est intéressant de constater les 121 « pouces levés », soit 57% des réactions : ceux qui ont apprécié mon commentaire lèvent leur pouce, ceux qui n’ont pas apprécié sont plus enclins à l’écrire ! Les autres réactions se répartissent ainsi : 45 « haha », 41 « grrr », 3 « solidaire » et même 2 « j’adore ».

Les réponses formulées sont globalement négatives. Voici une tentative très imparfaite de classement (j’ai corrigé les fautes linguistiques).

  • Celles qui me reprochent de ne pas percevoir le royal humour joyeux : « rabat-joie », « oui… mais à un moment on peut un peu se réjouir d'une initiative », « un peu de légèreté, c’est trop demander ? », « justement non, c'est tellement bien de ne pas verser dans la sinistrose . Bravo à notre Roi ».
  • Celles qui utilisent le sempiternel et inexact argument qu’il aurait fallu contester plus tôt : « déja fait antérieurement ! Et là n’est pas la question », « c’est avant qu’il fallait boycotter », « C'est trop tard, il fallait y penser avant ».
  • Celles qui narguent gratuitement : « vous n'êtes pas obligé de suivre la publication », « C’est bon, t’as gagné ton pin's d’Ecolo-humanitaire friendly, tu peux terminer tes céréales maintenant », « faudrait peut-être arrêter avec ces sempiternelles jérémiades d'écologie répétées 20 fois par jour ! ».
  • Celles qui s’aventurent un peu plus réfléchies : « on ne parle pas de la coupe du monde mais des Diables rouges ! De la Belgique, de notre monarchie… Donc votre commentaire est hors contexte ! », « Ben oui pourquoi pas, et il aurait dû boycotter la coupe, parler de la Cop 27 en Égypte, de la misère en Afrique, de l'augmentation de l'énergie, des sdf, etc. Faut pas exagérer, cher François ! », « Notre roi ne peut pas, droit de réserve de sa fonction. Cette prérogative appartient à notre gouvernement ».

Je peux me tromper dans mon analyse, mais il me semble que ces réponses ne répondent pas vraiment à mon commentaire initial. Je m’y suis sans doute mal exprimé, sans m’expliquer suffisamment. On aurait pu espérer néanmoins une meilleure lecture de ce que j’avais écrit. Cela témoigne sans doute des limites des discussions sur les réseaux sociaux : souvent, ceux qui réagissent ne lisent pas vraiment le post ou le commentaire de départ. Ils n’essaient pas vraiment d’argumenter, mais plutôt d’attaquer ou de narguer. Ils disent parfois n’importe quoi, l’objectif n’étant nullement la recherche de vérité ou d’objectivité.

Il est vraisemblable que mon propre commentaire, comme d’ailleurs ce billet sur mon blog, ne valent pas beaucoup mieux ! Si vous pensez que je cherche la petite bête, vous avez sans doute raison. Je fais comme le Roi Philippe avec ses super-jumelles ! Et bonne coupe du monde à tous, quoi que vous en fassiez !

vendredi 11 novembre 2022

Vandalisme… ou éveil des consciences ?

 

Ces derniers temps, plusieurs jeunes – un peu partout dans le monde – s’en sont pris à des œuvres d’art en dispersant potages ou autres tomates et en se collant aux murs ou aux cadres dans l’objectif de dénoncer l’apathie des pouvoirs publics face à l’aggravation des changements climatiques.
 
Il faut bien reconnaître que ces actes ont été mal perçus par la plupart des gens, non seulement par les « bien-pensants », mais aussi par des personnes dont l’engagement dans la lutte pour le climat est évident. Certains, beaucoup – dont notre premier ministre belge – n’ont pas hésité à parler de vandalisme ! Étonnant !
 
Plusieurs constats.

  • Les activistes ont toujours choisi des œuvres d’art célèbres et donc protégées. Aucune peinture n’a – à ce jour – été réellement endommagée. D’habitude, on parle de vandalisme quand il y a vraiment des dégâts. Ici, il n’y en a pas.
  • Les activistes ont cherché chaque fois à se coller soit au tableau lui-même, soit au mur voisin. Se coller, c’est par définition ne pas chercher à fuir. C’est assumer pleinement l’action qu’on fait. D’habitude, les vandales essaient plutôt de fuir, de se cacher le visage, etc. Ici, ils se collent.
  • On a beaucoup parlé de ces actes, surtout pour les dénoncer : ah, ces sales vandales qui s’en prennent à des œuvres d’art, joyaux de l’humanité ! Les médias ont moins mis en avant la question que les activistes posent. Celle-ci a pourtant clairement été posée par les deux premières jeunes-filles. Elles demandent : « pourquoi est-il plus important de protéger des œuvres d’art que de protéger l’humanité ? » Si on accepte de réfléchir sereinement à cette question, on ne peut arriver qu’à une évidence : ces jeunes activistes ont raison.

Le vandalisme, ce n’est pas de s’en prendre à la vitre qui protège une œuvre d’art, même si celle-ci est effectivement un joyau de l’humanité. Le vandalisme, c’est de considérer que ces joyaux de l’humanité sont plus à protéger que l’humanité elle-même. Or, quand il n’y aura plus d’humains, à quoi serviront encore ces œuvres d’art ?
 
La question aujourd’hui n’est pas de savoir si la Terre survivra ou non aux changements climatiques. La réponse est connue : la Terre survivra, y compris la vie qui l’habite.
 
La question aujourd’hui est de savoir si l’humanité survivra ou non à ces changements climatiques qui rendront la vie humaine de plus en plus difficile, voire impossible. Peut-on accepter cela sans rien faire alors qu’il y a encore moyen de faire quelque chose ? Les actions possibles deviennent de plus en plus limitées. Et on peut penser ce qu’on veut, mais elles nécessiteront de réels bouleversements dans notre manière de vivre, d’agir, d’être. Ces réels bouleversements seront cependant moindres que si on ne fait rien, à part continuer à se foutre du climat. Et donc, qu’est-ce qui est le plus important : protéger notre petit confort, dont ces sublimes œuvres d’art, ou protéger l’humanité ?
 
Une dernière réflexion : en soi, je n’approuve pas ces actions provocatoires. Mais je me dis qu’elles secouent peut-être plus les pensées, y compris des dirigeants, que les grands-messes du style de la COP27 qui se déroule actuellement en Égypte. Qui sait vraiment ce qu’il s’y raconte et ce qu’il s’y décide (ou non) ? Certainement moins de gens que ceux qui ont entendu parler du « vandalisme écologique » de ces activistes éveilleurs de conscience. Bien plus que ces actes d’éveil, le plus important devrait être les décisions de la COP27 et leur mise en œuvre réelle pour sauver l’humanité, quel qu’en soit le prix. Vous y croyez, vous ?

mercredi 19 octobre 2022

Le hérisson

 
FMG©2022

 
Tout à coup, il était là, en plein milieu de la terrasse. Il n’y était pas dix minutes plus tôt, mais il était là, c’était incontestable. Et plutôt mal en point. De loin, il semblait même ne plus bouger du tout. M’en rapprochant, j’ai non seulement vu les mouches qui l’entouraient, mais aussi qu’il bougeait encore !
 
Moi, les animaux, ce n’est pas vraiment mon affaire, pour ne pas dire que ça fait deux. Bref, j’ai contacté mes enfants pour avoir leurs conseils. Surtout, mon fils venait passer la soirée et m’a dit qu’il s’en occuperait. Ce qu’il fit effectivement. Il semblait à nouveau totalement immobile et nous nous préparions à lui donner une sépulture décente. Mais l’évidence était là, il vivait encore, le bougre, malgré des taches jaunes ou vertes qui ne présageaient rien de bon !
 
Il était tard, mon fils lui a préparé un endroit douillet, protégé des mouches, pour qu’il puisse – pensions-nous – partir en paix. Le lendemain, il était encore recroquevillé sur lui-même, mais respirant clairement.
 
Ma fille se dit alors qu’il était peut-être simplement en train de commencer son hibernation. Remarque pertinente, mais pourquoi viendrait-il se placer en plein milieu de la terrasse ? Et il avait l’air quand même sérieusement mal en point. Les lecteurs qui connaissent les animaux, les hérissons en particulier, sont peut-être en train de se dire : « Mais enfin, qu’est-ce que c’est ces gens qui semblent tout découvrir ? ». Ils auraient raison : notre famille était en train de tout découvrir. Y compris la nécessité d’agir.
 
Ma fille prit contact avec un centre d’accueil des animaux blessés. Ils étaient prêts à l’accueillir. Pour différentes raisons, ce n’était pas possible pour moi de faire le déplacement. Alors, ma fille mit un post sur le groupe FB local. Et miracle, quelqu’un s’est proposé de servir d’ambulancière. Merci à elle. L’opération de sauvetage était vraiment lancée. Arrivé au centre, le hérisson a tout de suite été pris en charge, mais la bénévole a un peu fait la grimace en voyant les œufs de mouche dont il était couvert. Il bougeait quand même encore un petit peu dans la boîte et les professionnels étaient prêts à tout faire pour le remettre sur pattes.
 
L’histoire n’est donc pas totalement terminée et toutes les personnes qu’elle concerne espèrent qu’elle finira bien. Personnellement, ce qui me subjugue le plus, c’est que ce hérisson est venu s’installer en plein milieu de la terrasse. Ce n’est pas vraiment un endroit pour un hérisson. C’est même un espace plutôt redouté où il se retrouve exposé à tous les prédateurs possibles. S’il est venu s’installer là, c’est qu’il venait chercher de l’aide qui ne pouvait venir que de ces géants bizarres qui se déplacent sur deux jambes. Il a trouvé cette aide, même si elle a mis sans doute trop de temps pour s’organiser. Le pauvre hérisson, il ne savait pas chez qui il venait se blottir. Il aurait été chez ma voisine, l’opération de survie aurait été beaucoup plus rapide et sans doute plus efficace. Mais voilà, c’était ma terrasse qu’il a choisie. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’interpelle et m’émeut vachement ! (Euh, « hérissonnement » plutôt !)

PS : Deux jours plus tard, nous avons appris que le petit animal n'a malheureusement pas survécu. Il était trop faible. Au moins, il n'est pas mort seul. Aurait-on pu le sauver si nous avions agi plus rapidement ? On ne le saura jamais. Mais il laissera quand même une trace dans nos cœurs.

dimanche 9 octobre 2022

Réaliser son projet

 
L’Héritage-La Magie du pain © 2022

À l’heure où les gérants de centaines de boulangerie (et autres petits indépendants) se demandent s’ils vont pouvoir continuer à vivre de leur commerce étant donné la hausse astronomique des coûts de l’énergie indispensable, une jeune fille de 23 ans vient d’ouvrir une nouvelle boulangerie à 2 km de chez moi. J’ai testé : c’est délicieux !

Jade – puisque c’est comme cela qu’elle s’appelle et se présente – a un sourire désarmant. Ce n’est pas le plus important, mais c’est peut-être ce sourire qui explique l’audace de se lancer à son âge dans une telle aventure. Certes, elle ne se lance pas dans un inconnu solitaire. Son papa Alain est lui-même boulanger depuis toujours et a déjà accompagné son fils Diego dans l’ouverture d’une autre boulangerie, sans compter qu’il fournit deux autres commerces. Jade n’est donc pas seule dans son entreprise. Il n’empêche, le papa a lui-même exprimé ses doutes, ses questions, ses craintes. Il veut tenir le coup et fournir ses pains, ses viennoiseries, ses pâtisseries… avec toujours la même qualité à ses nombreux clients, fidèles ou nouveaux.

En écrivant ce billet, je ne cherche pas à faire de publicité pour cette nouvelle boulangerie. Quoique, si vous passez par là (151, chaussée de Wavre à Grez-Doiceau), n’hésitez pas : ça en vaut la peine à tout point de vue. Je veux surtout rendre hommage à tous ces jeunes, et en particulier à toutes ces jeunes, qui n’hésitent pas à entreprendre, à saisir leur destin en main et à le faire avec enthousiasme et détermination. Notre société ne leur propose pas beaucoup de voies jubilatoires pour construire une vie. Malgré cela, ces jeunes se lancent. La plupart du temps, leur objectif est avant tout de réaliser leurs rêves, plus encore que de « gagner leur vie ». Les risques sont immenses, mais – sans les ignorer – ils·elles n’en ont cure et foncent. Parfois, leur projet débouche sur un échec, souvent perçu alors plus comme un apprentissage que comme une issue fatidique. Parfois aussi, c’est une réussite ou une promesse vers d’autres succès.

Si je parle aujourd’hui d’une boulangerie, j’aurais pu dire la même chose d’autres projets qui ne sont jamais que la mise en œuvre de rêves de celles qui vont au bout de leur démarche, par exemple Anaïs avec ArchiKids et la découverte par les enfants de l’architecture, ou Silvia avec Pigi et ses merveilleux livres autoédités pour enfants, ou encore toutes les autres rêveuses…

La boulangerie de Jade n’est ouverte que depuis deux jours, mais en voyant la file de clients qu’il y avait ce matin ainsi que le nombre de paquets commandés et prépayés, je me dis qu’en plus de son sourire, cette jeune femme doit avoir plein d’étoiles dans les yeux et qu’elle les mérite bien !

jeudi 15 septembre 2022

Foutu coronavirus

 

Il y a deux ans, Brigitte – réputée pour ne jamais être malade – ne se sentait pas en super forme. Elle se fit tester pour la Covid-19. Le résultat tomba le jeudi 17 septembre 2020 : positif. Ce fut pour nous le début de la mouise. Je fus testé le vendredi avec résultat le samedi : positif. À ce moment-là, ce fut plus dur pour moi : deux bonnes semaines de souffrance, difficile, mais sans gravité heureusement. En une semaine, Brigitte était quant à elle rétablie. C’est ce que nous croyions du moins.
 
Elle ne retrouva jamais sa forme et son énergie légendaires. Au contraire, elle se plaignit vers la fin du mois d’octobre de douleurs dans le dos. Je choisis mes mots : si les plaintes n’arrivèrent que vers la fin du mois, c’est sans doute qu’elles étaient présentes plus tôt. Avant que Brigitte ne se plaignît de quelque chose, il fallait vraiment qu’un certain temps ne se passât et que la souffrance fût difficile à supporter. Personne ne savait encore grand-chose sur la Covid-19, pour autant qu’on en sache plus aujourd’hui alors que l’OMS annonce pour la première fois une possible victoire sur ce coronavirus. Toujours est-il que notre réaction fut de mettre ces maux sur le compte de cette maladie devenue le quotidien de nombreuses personnes. Nous entendions partout que les effets négatifs pouvaient durer, apparaître plus tard, se manifester de différentes manières. Bref, nous prîmes – surtout Brigitte – notre mal en patience.
 
Quand les douleurs devinrent de plus en plus lancinantes et insupportables, nous appelâmes à l’aide la médecine, y compris les urgences. La Covid-19 continuait à faire des ravages et les seules réponses que nous obtînmes étaient que c’était vraisemblablement les suites de la maladie…
 
Noël 2020 : comme beaucoup, nous avons bravé les interdits et fêté ce réveillon en famille, quasi en cachette. Nous ne savions pas que c’était pour la dernière fois. Le 26 décembre, alors que Brigitte et moi, nous prolongions la fête en accueillant nos deux petits-enfants, la douleur devint intenable. Il fallut aller aux urgences. Sans avancement : la Covid-19 continuait à avoir bon dos, c’est le cas de le dire. Brigitte revint à la maison, avec juste quelques petits antidouleurs.
 
La perspicacité, la ténacité et la compétence de notre médecin traitant l’amenèrent, début janvier, à demander – enfin – la bonne analyse de sang, celle qui aurait dû être faite depuis longtemps. Le vendredi 8 janvier 2021, le médecin appela Brigitte : « Vous devez aller aux urgences directement, je les préviens… ». Le 12 janvier, le verdict tomba, sans grande surprise : cancer du poumon gauche. Impensable. Illogique. Inexplicable. Le 12 décembre, Brigitte nous quittait après onze mois de combat inégal.
 
Nous ne savons pas et nous ne saurons jamais quel rôle a joué le coronavirus dans cette histoire. Normalement, le cancer n’est pas la conséquence de la Covid-19. Normalement. Cette maladie a-t-elle réveillé, activé, provoqué… le cancer ? Normalement, non. Par contre, ce qui est certain, c’est que le fait que Brigitte ait fait cette maladie et celui que la pandémie faisait alors rage ont contribué à retarder le diagnostic. Deux ou trois mois de perdus. S’ils ne l’avaient pas été, cela aurait-il changé quelque chose au résultat final ? Sans doute non. Peut-être aurions-nous eu la chance de vivre quelques semaines, quelques mois, voire – pourquoi pas, on peut rêver – quelques années supplémentaires avec Brigitte. On peut spéculer, mais cela ne change rien. Brigitte n’est plus là. En écrivant cela, je pense avant tout aux 6,5 millions de personnes qui de par le monde sont définitivement parties à cause de la Covid-19.
 
Brigitte n’est pas de celles-là. Mais, aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser que sans ce foutu coronavirus, tout cela aurait peut-être pu être différent. Et que…


vendredi 2 septembre 2022

NewB, l’éthique vide

 

La plupart des banques ne sont que des pompes à fric, c’est bien connu. Aussi, comme beaucoup d’autres, j’ai été enthousiasmé quand est née en Belgique l’idée d’une banque « citoyenne et éthique » : NewB. J’ai été un des premiers à acheter une part de coopérateur. Plus tard, j’en ai acheté d’autres, tout comme ma femme très enthousiaste. J’ai même participé à des AG et tout ça. Bien mal nous en a pris !

En écrivant ce billet, mon objectif n’est pas de traiter le fond de ce dossier. D’autres, plus compétents, l’ont fait mieux que moi, notamment sur le Blog du Radis.  Je ne suis pas sûr que tout ce qui est écrit dans cette analyse soit totalement correct. Mais il n’y a pas de fumée sans feu, et même si la fumée était limitée, cela ferait quand même beaucoup de feu ! À lire et à méditer !

Je ne parlerai ici que de deux événements qui me concernent directement. Ils sont isolés sans doute, mais ils m’amènent néanmoins à douter de l’aspect « éthique » de cette banque.

Le premier événement ne concerne que moi. En novembre 2020, notamment à la suite de la lecture du Blog du Radis, j’ai demandé à NewB de « retirer et récupérer tout mon investissement pour des raisons personnelles ». La réponse ne se fit pas attendre longtemps : « Nous accusons bonne réception de votre mail. Toutefois, nous ne pouvons malheureusement pas répondre favorablement à votre demande de retrait (démission partielle ou démission totale) actuellement.
En effet, depuis l’Assemblée Générale de septembre 2019, l’article 10bis des statuts de NewB prévoit qu’aucun·e coopérateur·rice ne peut démissionner ou demander la réduction du nombre de ses parts entre la date d’obtention de l’agrément en tant qu’établissement de crédit, et le troisième anniversaire de l’obtention de cet agrément. C’est-à-dire qu’aucune demande de retrait ne peut être faite entre le 31 janvier 2020 et le 31 janvier 2023 ».
Je ne pouvais que constater et admettre, tout en me disant que c’était quand même spécial. Mais je me suis contenté de noter la date du 31 janvier 2023, qui se rapproche !

Le deuxième événement est lié au décès prématuré de ma femme, en décembre 2021. Il a donc fallu gérer la déclaration de succession. Dans l’actif de son patrimoine, il y avait ses parts NewB. Pas grand-chose, mais des parts quand même. Les délais pour payer les droits de succession ne sont pas discutables avec l’administration et ont été payés dès juin 2022. Les démarches pour obtenir la restitution des parts, au montant de leur valeur au moment du décès, ont été très rapidement entreprises, dès janvier. NewB nous avait d’ailleurs fourni – en vue de la déclaration de succession – le montant concerné (12,67 € par part achetée à 20 €).

C’est alors que la galère commence. NewB semble totalement dépassée par les événements : « Nous n’avons jamais fait ça ! ». Je n’en crois rien, mais c’est l’argument. On apprend ensuite qu’il faut attendre leur Assemblée générale de juin. Sans réelle raison, car cela ne devrait être qu’un acte administratif. L’AG passée, ils déclarent un jour qu’il faut que cela passe par le Comité directeur ! C’est délirant pour quelques dizaines d’euros. Tout le monde y perd son temps… Ce vendredi 2 septembre 2022, après près de 8 mois d’attente et de démarches, le remboursement est enfin effectué. Montant de la part achetée à 20 € : 9,05 €.

Que les choses soient claires : je me fous totalement du montant des parts remboursées. La seule chose que je souhaite, c’est d’être « délivré » de NewB ! Il est néanmoins interpellant de constater que ces parts investies par des milliers de citoyens ne valent plus grand-chose et que leur valeur ne fait que baisser !

Je n’ai pas tous les éléments pour analyser ces deux histoires. Mais, pour moi, il n’y a que deux explications possibles : soit NewB, la banque « citoyenne et éthique » se fout complètement des citoyens et de l’éthique, n’étant comme les autres qu’une pompe à fric ; soit elle est totalement incompétente, ce qui est sans doute plus vraisemblable mais encore plus grave.

mardi 16 août 2022

L’obsolescence lumineuse déprogrammée


FMG©2020-2022

Incontestablement, j’aime la lumière. Ce n’est pas pour rien qu’en 2006, j’ai choisi d’appeler ce blog fourre-tout « Réverbères », en écho à ma chanson Allumeur de réverbères. Allez savoir pourquoi, dans cette quête de lumières, j’ai toujours été subjugué par ces boules qui s’éclairent la nuit grâce à l’énergie qu’elles ont reçues du soleil pendant la journée. Cette transmission technico-naturelle est magique.
 
Tant que ça fonctionne. À certains moments, comme toute chose, ça rend l’âme sans qu’on sache exactement pourquoi. Ce ne sont bien sûr que quelques leds assortis de cellules photovoltaïques et d’un mini-circuit qui permet de gérer tout ça. Pas de la haute technologie. Ces lampes ne se vendent d’ailleurs la plupart du temps que dans des supermarchés à prix réduits. Pas de raison d’espérer l’éternité !
 
Celle qui apparaît dans le montage photographique ci-dessus est relativement récente, environ 5 années durant lesquelles elle a bien fait le job pour mon plus grand plaisir. Puis, du jour au lendemain, elle a refusé de se rallumer. J’avoue que ça m’a donné un coup de cafard. Une lumière de plus qui se faisait la malle, fût-elle électronique, c’était dur. Je n’ai d’ailleurs pas tardé à remplacer la boule défaillante par deux demi-boules en pleine jeunesse. Mais j’étais vexé. Pourquoi refusait-elle de s’allumer ? Et surtout pourquoi le faire du jour au lendemain ?
 
Je n’aimais pas ça et je voulais donc en savoir plus : il me fallait ouvrir la boule pour vérifier le dispositif. Sauf que c’est là que l’obsolescence programmée devient vicieuse : visiblement, cette lampe n’était pas destinée à être démontée ! Quand on veut, on peut. Une fois ouverte, je découvris l’ampleur du désastre : le fond de la boule était inondé. Tout le monde sait qu’électricité et eau ne font jamais bon ménage. Il était plus que vraisemblable que la pile rechargeable avait grillé lors d’un court-circuit fatidique. Il me suffisait de remplacer cette batterie, d’un format peu répandu évidemment. Quand on cherche, on trouve. Même s’il m’a fallu deux essais. Là, je relance tout et… rien !
 
Vexé, je l’étais. J’ai testé la batterie, elle était chargée ! Bref, je m’apprêtais à abandonner. Quand j’ai eu une réminiscence de mes cours d’électricité lors de mes latin-sciences, il y a plus de 50 ans ! Quand le fer est confronté à un milieu humide, il se transforme, en trois étapes, en oxyde de fer(III) hydraté, plus communément appelé de la rouille. Et celle-ci, comme tous les oxydes métalliques, est un très mauvais conducteur. Bref, j’ai gratté la rouille avec un bête couteau de cuisine, j’ai remis la pile et – miracle ! – le courant passait. Test dans l’obscurité : tout fonctionne. Il me reste à voir si la pile se recharge bien en vrai… et aussi à vérifier si la première pile a vraiment grillé.
 
Peu importe, ça semble fonctionner. Comme quoi, avec un peu de volonté et de patience, on y arrive. Ces appareils peuvent avoir une vie plus longue que ce qu’on imagine. C’est aussi le cas de mon amplificateur, qui – après avoir montré quelques signes de faiblesse – a retrouvé une deuxième jeunesse à la suite d’un simple nettoyage avec du « WD-40 Specialist » et qui s’apprête à fêter ses 50 ans de bons et loyaux services.
 
Ne jamais croire que tout est foutu, même quand tout l’indique. Il est (quasiment) toujours possible de déprogrammer l’obsolescence. Quand on veut, on peut. Quand on cherche, on trouve.

jeudi 11 août 2022

(In)visible

  

Lorsque je lis, il ne m’arrive pas souvent de me dire « Ah, voilà un passage à retenir ». Au contraire de mon meilleur ami, je n’ai d’ailleurs la plupart du temps aucun crayon, stylo à bille ou surligneur à côté de moi tant il est inconcevable pour moi de laisser des marques dans un livre qui aura – je l’espère toujours – une autre vie après celle que je lui accorde. Pourtant, hier, en lisant Sept jours pour une éternité de Marc Lévy, j’ai été interpellé par cette phrase « Au contraire du mal, le bien est invisible » !

Cela m’a fait directement penser aux réseaux sociaux (surtout dans les groupes locaux) où les gens passent plus de temps à se plaindre qu’à parler de bonnes nouvelles. Aussi aux informations qui semblent n’intéresser les lecteurs ou auditeurs que si elles annoncent de mauvaises nouvelles. Bref, je trouvais cette notion d’invisibilité du bien assez intéressante, tout en ne retenant pas les mots qui suivaient le dit extrait.

Ce matin, voulant retrouver ces mots sans avoir le courage de monter dans ma chambre pour me plonger dans le livre, j’ai googlelisé « le bien est invisible ». J’ai directement trouvé une citation : « Contrairement au mal, le bien est invisible. Le bien ne peut s'exprimer sans être galvaudé, perdre de son élégance ou de son sens ». Ça m’allait, sauf que la citation n’était pas attribuée à l’auteur bien connu. J’ai continué mes recherches et ai vite retrouvé le texte de Lévy : « Au contraire du mal, le bien est invisible. Il ne se calcule ni ne se raconte sans perdre de son élégance et de son sens ».

J’étais étonné et me suis demandé qui avait repris l’idée de l’autre. Sept jours pour une éternité date de 2003 alors que l’autre ouvrage a été publié, par auto-édition, en 2019. J’en ai conclu un peu rapidement qu’il y avait là un emprunt un peu léger.

Je me trompais. En réalité, cette notion du bien invisible au contraire du mal est issue d’une longue tradition religieuse, que celle-ci soit d’origine juive pour Lévy, musulmane pour l’autre auteur ou encore chrétienne où il est inutile de se vanter du bien qu’on fait (même si beaucoup ne l'ont pas vraiment compris).

Ma première réaction subodorant une forme de plagiat était totalement infondée. Pourtant, je me suis un peu enflammé. En réalité, j’ai vu le mal partout et trop rapidement.

C’est ça le problème : le bien est invisible !