lundi 17 août 2015

Approche dynamique, et non linéaire, de l’information

Rassurez-vous : je n’ai nulle intention de rentrer dans la problématique des systèmes dynamiques non linéaires (SDNL) postulant que l'évolution de chacun des constituants dépend en général de celle de plusieurs autres constituants, et ce de façon non proportionnelle ou non additive (non linéaire), ce qui est incontestable. Mon propos est beaucoup plus simple : je ne suis pas un fan des vidéos présentant une information linéaire. Mais j’adore lire une information et user de ma liberté de vagabondage de mes yeux vers l’information qui m’intéresse !

Sur beaucoup de sites internet, la tendance est à proposer des vidéos sur l’activité réalisée, sur l’entreprise présentée, sur les concepts fondateurs de la pensée, etc. Autant vous le dire clairement : je ne regarde jamais ces vidéos, sauf si je sais qu’elles vont présenter un événement purement visuel et qu’elles ne prendront pas plus d’une minute de mon temps !

Je préfère de loin la même information présentée sous la forme d’un texte qui va me laisser la liberté de trouver les éléments qui m’intéressent et de laisser tomber ceux qui ne m’intéressent pas. C’est ce que j’appelle un accès dynamique à l’information, en opposition à un accès linéaire tel qu’il est présent dans une vidéo.

Qu’on me comprenne bien : je n’ai rien contre les vidéos, sauf qu’elles ne me conviennent pas. Il est fort vraisemblable qu’elles répondent au besoin de nombreuses personnes, mais moi, ce qu’il me faut, c’est me laisser gambader dans l’information et saisir au passage l’élément qui me ravira !

Même face à un livre, il m’arrive d’avoir un comportement de lecture pour le moins inhabituel (ce qui ne veut pas dire rare) : je lis souvent à l’envers ! Lorsque j’ai dans les mains un livre « scientifique » propre à mon domaine de prédilection – la pédagogie, voire la psychologie – ma première lecture commencera par les dernières pages et remontera, assez rapidement, vers les premières pages. J’ai souvent dit, et je le maintiens, qu’il me faut ainsi environ 5 minutes pour découvrir le contenu du livre et en maîtriser les principaux aspects. Cette lecture à l’envers me laisse la liberté dynamique de découvrir le propos de l’auteur, tout en sachant très rapidement où il veut en venir. J’avoue que ces 5 minutes de découverte me suffisent parfois pour savoir ce que contient le livre et pour pouvoir réutiliser cette information dans l’une ou l’autre de mes publications. Il m’arrive aussi – heureusement ! – de me dire après ces 5 minutes que cet ouvrage vaut vraiment la peine d’être lu à l’endroit (du début à la fin). Mais cette lecture n’est jamais linéaire : elle saute ici ou là.

Il en va bien sûr autrement d’un roman. Dans ce cas, la lecture linéaire s’impose. Quoiqu’il m’arrive – assez souvent – d’aller lire la dernière page, voire même les derniers paragraphes, pour savoir comment conduire ma lecture. Cela ne m’arrive évidemment jamais lors de la lecture d’un recueil de poésie que je lis de la première lettre à la dernière, la plupart du temps en oralisant le poème que je lis.

Tout ça pour dire qu’il me semble aujourd’hui indispensable pour n’importe quel site d’informations de présenter à la fois une information de manière linéaire (une vidéo, un podcast…) et de manière dynamique (du texte, un schéma…) en offrant à chacun la possibilité d’explorer l’information de la manière qui lui convient le mieux.

Au moins, au bout du compte, cette réflexion m’aura permis de publier une belle image !

samedi 15 août 2015

À ne partager que si vous le voulez

S’il y a bien quelque chose que je ne supporte pas sur Facebook ou autres réseaux sociaux, ce sont les panneaux qui se terminent par « Voyons combien de personnes vont partager ce message » ou encore « Clique sur ‘J’aime’ si tu es mon ami. Sinon, tu n’as rien à faire dans mes amis ! », etc.

Les idées présentées par ces panneaux puisés ici ou là sont la plupart du temps généreuses et à diffuser. Mais pourquoi les transformer en chantage affectif ? Pourquoi « obliger » l’autre à partager ou même simplement à « aimer » cette idée sous peine d’être considéré comme un paria ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : si on a le malheur de ne pas partager ou de ne pas cliquer sur le « J’aime » miraculeux, on ne peut être considéré par celui qui affiche le panneau que comme une personne qui se moque de ce qu’il pense, qui ne s’intéresse pas aux statuts des autres, etc.

Les réseaux sociaux ont ceci de merveilleux : ils permettent le partage d’idées à un large réseau d’« amis ». Je n’hésite jamais à partager un sentiment, une information, une réflexion. Par mes partages, je soutiens de manière assez claire des valeurs fortes telles que la solidarité, le respect de la différence, la découverte de l’autre, le souci de la vérité validée… Ces partages me semblent naturels. Souvent, des « amis » cliquent que « J’aime », parfois certains partagent à leur tour, et j’en suis bien content. Tout simplement parce que je me dis que cela signifie que ce partage a pu véhiculer une information nouvelle, conforter quelqu’un dans ses doutes ou encore apporter un peu de lumière dans le grand jeu de la vie. Il ne me viendrait jamais à l’idée que ceux qui ne réagissent pas se moquent pas mal des idées que je partage ainsi. Il est même fort possible que ceux qui apprécient le plus mes partages ne ressentent en aucun moment le besoin de le manifester d’une manière ou d’une autre.

Au bout du compte, ces « chantages au partage » révèlent – parfois – une triste réalité : celle de n’exister que par le regard des autres. Partager une idée ne devient alors plus le plaisir de donner, mais un besoin de reconnaissance pour exister. Cette interprétation est dure, mais elle ne concerne en réalité que l’acte lui-même. Je me garderais bien d’émettre le moindre jugement sur les personnes qui pratiquent ce genre de partages. La plupart du temps, elles trouvent simplement un panneau qui avance une idée ou défend une cause qui leur tient à cœur et elles le partagent – il suffit de cliquer sur un bouton – sans réfléchir trop à ce que ce geste banal signifie !

En conclusion, je ne peux vous inviter qu’à partager ce billet. Mais surtout, ne faites-le que si vous le désirez ! Et si vous ne le faites pas, croyez-moi : il ne vous arrivera rien de spécial, pas plus qu’à moi !

samedi 8 août 2015

La mer, le ciel et la mort

Reuter©2015

Ce matin, j’ai publié sur ma page Facebook, une photo bleue. Bleu clair pour le ciel, bleu foncé pour la mer. La photo a rencontré un petit succès de « J’aime ». Quelques commentaires, dont celui d’un ami cher : « La Terre, si belle, en équilibre précaire ne tient qu'à un fil : celui qui réunit et sépare ciels et mers… ». Il ne croyait pas si bien dire : dans la photo ci-dessus, qui date du 5 août, le fil précaire est rompu. Ces points noirs dans la mer, ce ne sont que des migrants dont l’embarcation vient de sombrer. Ils cherchaient la vie. Beaucoup ne trouvent que la mort.

Ils le savent au départ. Ils en ont peur. Comment en serait-il autrement ? Mais ils ont encore l’espoir. Celui qui fait vivre. Qui fait prendre les risques les plus fous. De toute façon, l’alternative est limpide : soit ils meurent inexorablement dans les conditions où ils se trouvent dans leur pays, soit ils saisissent cette lueur d’espoir d’une autre vie, en Occident, même s’il y a un risque de mort soudaine. Finalement, qu’est-ce que celle-ci changerait pour eux, si ce n’est son côté brutal et asphyxiant ?

La seule réponse que semblent pouvoir leur offrir nos pays consiste en un maigre accueil, en une multitude de tracasseries de toutes sortes et surtout en un regard de pestiférés, comme s’ils ne songeaient qu’à une chose : nous voler, nous obliger à vivre comme eux, nous prendre notre travail, etc. Alors qu’ils n’espèrent qu’une chose : vivre, de manière plus ou moins décente. En être humain, tout simplement.

La Terre et les humains sont confrontés à de réels défis aujourd’hui : faire de celle-ci un lieu où chacun trouve sa place et peut y vivre décemment et librement. Je ne crois pas que l’Europe soit le paradis que ces migrants imaginent. Je ne crois pas que tous – et tous ceux qui les suivront – pourraient trouver ici cette place décente et libre. Mais ce n’est pas en tenant la porte fermée qu’on peut nourrir ses hôtes. Ce n’est pas en ayant des discours destructeurs ou protectionnistes qu’on apportera des solutions fondées sur le respect.

La question est éminemment complexe. Je n’ai pas la solution miracle. Mais je sais que toute solution fondée sur le rejet n’est pas une solution. Je sais que toute réponse ne témoignant que d’un repli sur soi n’est pas une réponse.

Or, nous nous devons de trouver solutions et réponses. Si nous n’y arrivons pas, nous aurons irrémédiablement rompu ce fil précaire qui nous relie à l’« humanité ».

dimanche 2 août 2015

Incognito

FMG©2015

Pendant cinq jours, mon (premier) petit-fils est à la maison. C’est la première fois qu’il reste ici aussi longtemps et c’est un bonheur permanent ! Vous me direz qu’on ne le reconnaît pas très bien en train de faire l’avion aquatique ! C’est voulu : mon petit-fils vit incognito et c’est très bien comme ça !

À l’heure où l’on voit fleurir des milliers de visages d’enfants ou de petits-enfants sur les réseaux sociaux, les parents de mon petit-fils ont choisi de lui laisser sa vie d’enfant et de ne pas l’exposer. Je suis entièrement d’accord avec eux, même si évidemment j’ai aussi envie de partager sa bonne humeur, son sourire et son espièglerie. En 2015, alors qu’on peut savoir tout sur n’importe qui, cet enfant vit incognito, dans l’insouciance de sa découverte du monde.

Que les choses soient claires : ce billet n’est aucunement une critique des parents et grands-parents qui affichent leurs progénitures sur Facebook ou autres sites sociaux. C’est leur choix, leur fierté et c’est très bien ainsi ! Simplement, j’adhère aussi au choix de ma fille et de mon beau-fils de préserver l’intimité de leur enfant. Un des plus grands dangers de nos sociétés est justement la disparition des « bulles personnelles ». Tout cela se vit à des niveaux très divers, mais même si on n’est pas l’enfant d’une célébrité quelconque, il est difficile de rester simplement anonyme, de ne pas exister pour la grande toile.

En écrivant ce billet, j’ai bien conscience d’aller un peu dans le sens de ce que je souhaite dénoncer ! C’est bien toute l’ambiguïté de la situation ! Les parents, les grands-parents, les oncles et tantes… ont légitimement le désir et le plaisir de partager ce qui eux-mêmes les remplissent de bonheur. Mais d’un autre côté, il est légitime aussi de vouloir préserver l’intimité – présente et future – de ces enfants qui n’ont finalement qu’un seul besoin : s’épanouir auprès de leurs proches. Et fondamentalement, j’admire ma fille et mon beau-fils : leur envie de partager est évidemment aussi grande que celle de tous les parents. Mais ils tiennent bon et ont bien raison !

Mon petit-fils restera donc incognito, malgré tout le bonheur qu’il m’apporte !

samedi 1 août 2015

Avant après

FMG@2015

Inutile – je suppose – de vous dire quel est l’avant et quel est l’après ! En tout cas, un beau court-circuit, en bonne et due forme. Avec un début d’incendie… de la haie dans laquelle se trouvait cette allonge. Je suppose qu’à ce moment-là, c’était la drache, comme on dit chez nous. L’incendie s’est éteint et ça s’arrête là. Même pas un fusible ou un disjoncteur qui aurait manifesté sa mauvaise humeur face à ce traitement humiliant. Non, juste un petit incendie de haie aussi rapidement éteint par la pluie qui l’avait – vraisemblablement – provoqué.

On est peu de choses, il faut le reconnaître. La même chose serait arrivée dans la maison et on ne sait pas vraiment où cela nous aurait mené. Mais dans la maison, il ne pleuvait pas ! De toute façon, quand on voit ça, on l’a échappé belle.

Ça s’est bien terminé, mais il est clair que cela aurait pu nous mener ailleurs, là où les mots n’ont plus de sens tant la réalité cruelle s’impose et ravage les choses et les êtres. En un instant, tout peut basculer. Tout bascule pour certains. On se croit toujours à l’abri, et pourtant à tout moment, tout peut basculer.

On passe notre temps à dire à nos progénitures « Fais pas ci, fais pas ça ». Il faut le faire. Mais en réalité, le danger est toujours quelque part ailleurs, là où on ne l’attend pas. Ce n’est parfois qu’un feu de haie qui ne mène nulle part. Je dirais même, ce n’est la plupart du temps qu’un feu de haie qui ne mène nulle part. Heureusement.

La vie ne tient qu’à un fil. Et à quelques prises qui raccordent les fils. On ne fait sans doute jamais assez attention à ces fils et surtout aux prises qui les relient. Ce sont elles pourtant qui font la vie. Mâles et femelles, elles permettent de conduire l’énergie là où elle doit aller. Préservons-les !

vendredi 31 juillet 2015

La lune bleue

FMG©2015

La lune bleue ! Elle n’a rien de bleu. Ce n’est qu’un phénomène lié au décalage entre le calendrier civil, composé de 12 mois de plus ou moins 30 jours, et du rythme des mois lunaires, de plus ou moins 28 jours. Une année normale contient inévitablement 12 pleines lunes, mais tout aussi inévitablement, certaines années comportent 13 pleines lunes. Quand deux pleines lunes ont lieu durant le même mois – comme c’est le cas durant ce mois de juillet 2015 – on parle d’une lune « bleue ».

Elle n’est pas plus bleue qu’une autre lune. L’expression tient à la rareté (relative) du phénomène et elle tient son nom de l'expression anglaise "once in a blue moon", littéralement "une fois toutes les lunes bleues" que l'on pourrait traduire par "tous les trente-six du mois", c’est-à-dire quasiment jamais alors que cela arrive – inévitablement – environ tous les trois ans.

Mais la question n’est pas là. La question, c’est de croire qu’il y a une lune bleue ! Elle n'a en fait de réalité que dans nos cœurs ! L'important, c'est d'y croire et de croire que cet instant - strictement naturel - est fantastique !

On peut même faire croire n’importe quoi. La « lune bleue » que vous voyez sur cette photo n’est en fait qu’une boule lumineuse à énergie solaire qui égaye mon jardin. La seule vérité est qu’elle a été photographiée ce soir, alors que la « lune bleue » existe quelque part. Quelle est la plus vraie ? Ma photo n’est (quasiment) pas trafiquée. Elle est là, cette lune. Il suffit d’y croire. Il suffit de se dire qu’elle est exceptionnelle. Qu’elle transcende le monde. Vous n’y croyez pas ? Vous avez tort.

Mais on a tellement souvent tort devant les évidences qui n’en sont pas, mais qui ont le mérite d’exister et de nous faire espérer !

lundi 20 juillet 2015

La chaleur

FMG@2015

Comme un peu partout en ce mois de juillet, il fait chaud. Mais vraiment chaud ! Trop chaud pour moi ! Je ne vais cependant pas me plaindre. Les mois d'hiver ont été longs et ils ne sont pas si lointains que ça. Alors, dans une approche globale, ce soleil et cette chaleur sont bien agréables. Du moins, quand on trouve un peu d'ombre. Quand on est - comme ce caillou - en plein soleil toute la journée, c'est dur !

En soi, ce n'est pas la chaleur qui me pose problème. C'est surtout le fait que je ne la supporte plus. Ou moins bien. Je me souviens d'étés tout aussi ensoleillés, en Ardèche, quand j'étais jeune. Je pouvais passer quasiment toute la journée au soleil, sans endurer le moindre coup de soleil ni de coup de chaleur. Enfin oui, un jour, j'ai eu une insolation après avoir roulé longuement dans une voiture au toit largement ouvert. Mais globalement, le soleil était mon ami et j'en profitais largement.

Mais voilà, le temps passe et le corps n'est plus tout à fait ce qu'il était. À nouveau, je ne vais pas trop m'en plaindre. Globalement, je me sens mieux dans ma peau aujourd'hui qu'il y a une quarantaine d'années. C'est une question d'équilibre entre le corps, le cœur et l'esprit, pour utiliser de grands mots ! Il n'empêche que si je suis mieux dans ma peau, celle-ci n'est plus tout à fait la même. Elle a moins de résistance. Elle est - notamment - plus fragile aux attaques insidieuses du soleil. Et ça, ça m'énerve !

Pas de raison d'en faire un drame pourtant. C'est comme ça, c'est comme ça. À la réflexion, ce qui m'inquiète plus fondamentalement, ce sont ces vagues de chaleur successives. Là où je suis en ce moment, c'est normal ; ce qui serait inquiétant serait la pluie et le froid. Mais qu'il fasse (très) chaud un peu partout, c'est moins normal. Et les signes ne manquent pas pour penser que ce mouvement climatique ne va pas s'arrêter dans les années qui viennent. Nous devrons nous y adapter. C'est l'évidence, mais ce ne sera pas évident... En attendant, il fait chaud et je me sens un peu comme ce caillou.

vendredi 17 juillet 2015

La planète bleue

FMG©2015

Mine de rien, il y a de jolis coins sur la Terre. Rien de bien nouveau dans ce constat. Mais pouvoir le vivre de près est toujours un émerveillement renouvelé.

Il suffit alors d'un peu (beaucoup) de soleil, d'un peu (beaucoup) d'une étendue d'eau salée, d'un peu (beaucoup) de terres, de roches et de verdure sauvage, et on n'a plus alors qu'à profiter de ces tonalités majoritairement bleues, pleines de lumière et de douceur.

Pas envie d'en dire beaucoup plus aujourd'hui. Juste le bonheur de profiter de tant de beauté lumineuse. 

jeudi 16 juillet 2015

La carte de crédit


FMG@2015

Aujourd'hui, quoi de plus banal qu'une carte de crédit ? Alors que la mondialisation s'est imposée à  de multiples niveaux, la carte de crédit sert à effectuer de nombreux paiements. Bien maîtrisée, elle est un outil précieux et indispensable. En dehors du système international qui permet de la gérer, la carte en elle-même évolue. Ainsi, celle que j'ai reçue il y a un mois, en renouvellement de la précédente périmée, a la particularité de ne plus avoir d'inscriptions en relief, utilisables avec l'antique "sabot". Très bien, sauf que...

Sauf que tout le monde n'évolue pas à la même vitesse technologique que nos banques belges. En réalité, la plupart des paiements se font de manière électronique et c'est la puce contenue dans la carte qui est seule utile. Pourtant, arrivant en vacances sur une île européenne et après une longue attente dans la file, lorsque j'ai voulu prendre possession de la voiture de location que j'avais réservée et payée depuis mon ordinateur, j'ai présenté les trois cartes nécessaires, toutes les trois au même format : ma carte d'identité, mon permis de conduire européen et ma carte de crédit. 

Directement, mon interlocutrice m'a dit, dans une langue universelle aussi étrangère pour elle que pour moi : "Ceci n'est pas une carte de crédit" ! J'ai eu beau lui expliquer, dans cette langue universelle que je manie fort mal, que c'en était bien une, que ma banque m'avait bien dit qu'il fallait insister, que je n'avais jamais vu un pays aussi retardataire, que j'allais dénoncer l'agence de location devant la Cour européenne de Justice, etc., rien n'y fit, cette (jolie) préposée me répétait toujours la même chanson : "Ceci n'est pas une carte de crédit" ! J'avais évidemment bien compris que ce qui lui manquait, c'étaient les inscriptions en relief, seules susceptibles d'être imprimées grâce au sabot en guise de garantie de paiement en cas d'accident.

Pas de panique : l'histoire finit bien. Ayant été un grand voyageur, lorsque ma banque était passée de la carte Visa à MasterCard, sachant que certains pays ne connaissaient pas encore cette dernière (mais oui, mais oui), je m'étais mis en recherche d'une carte Visa gratuite (tout comme ma MasterCard), avec succès. Bref, j'ai sorti de mon chapeau magique ma carte Visa avec tous les reliefs nécessaires et je fus émerveillé par le sourire instantané de la (belle) hôtesse. Quelques minutes plus tard, nous roulions au volant de la voiture tant espérée.

Dans cette affaire, vous avez bien compris que je ne parviens pas à en vouloir à cette charmante femme qui ne faisait que son boulot, avec les outils en sa possession. J'en veux surtout à ma banque (dont je suis pourtant un fervent utilisateur). C'est très bien d'être à la pointe du progrès, mais ils n'ont pas à supprimer les inscriptions en relief si un commerçant quelconque dans le monde - il en suffit d'un seul ! - utilise encore le sabot. Ma carte de crédit est censée m'être utile partout. Je disposais d'une solution alternative, mais que se serait-il passé si ce n'avait été le cas ? Je n'ose y penser !

J'en veux aussi à l'agence de location. Celle-ci disposait bien d'un terminal électronique, mais les procédures ne permettent apparemment pas d'utiliser celui-ci et de se passer du sabot pour "bloquer" cette garantie. Et si elles le permettent, l'agence aurait dû en informer son personnel.

Puis, j'en veux de manière plus large à notre société mondialisée qui fait qu'on n'existe plus qu'à travers nos multiples cartes. Sauf erreur, c'est dans la BD géniale "SOS bonheur" que Hermann dénonce cet état de fait à travers le cas d'un personnage qui a perdu sa carte d'identité et qui donc - pour le système - n'existe plus, n'a plus d'identité, celle-ci n'étant liée qu'à la carte ! C'est horrible.

mardi 7 juillet 2015

OXI, c’est aussi…

N’étant ni économiste, ni politologue, pas même sociologue, je me garderai bien ici de tirer la moindre analyse ou conclusion qui dépasserait mes compétences. Les Grecs ont dit « Non ». C’est la seule chose certaine. Mais « non » à quoi ? Certains y voient un mouvement de fond annonçant un large refus populaire des politiques néolibérales antisociales. D’autres affirment que les Grecs sont décidément des paresseux patentés qui refusent de faire le moindre effort…

Ni les uns ni les autres n’ont sans doute raison. Les Grecs ont simplement dit « Non » à des mesures qui ne tiennent aucun compte de leur situation, de ce qui fait qu’ils se trouvent dans cette situation. C’est exactement ce que dit, en France, un Henri Guaino, membre du mouvement « Les Républicains » ! Si les Grecs ont de telles dettes, c’est que les grandes banques multinationales ont tout fait pour qu’il en soit ainsi. Sous couvert d’aide, elles ne faisaient qu’accroître la dette publique qui inévitablement devrait leur être remboursée, agrémentée de taux d’intérêt qui feraient aujourd’hui rêver n’importe qui. Qu’on ne s’y trompe pas : ceux qui tiennent aujourd’hui les cordons des marionnettes ne sont que les financiers privés qui ne travaillent pas plus que vous ou moi, mais qui n’ont qu’une seule visée : celle de leur profit, peu importe que celui-ci soit au détriment d’un peuple. En disant cela, je ne cherche pas à excuser les erreurs de gestion grecques. Elles sont évidentes. Pouvait-il en être autrement ? En attendant, les responsables politiques s’illusionnent avoir le moindre pouvoir, alors qu’ils ne sont que des marionnettes des financiers et des banquiers qui furent eux-mêmes largement aidés par les États lorsqu’ils rencontrèrent quelques difficultés, en 2008 par exemple ! Le « non » du peuple grec ne changera évidemment – malheureusement – rien à ce jeu de dupes, puisque les véritables coupables restent les maîtres du jeu. Impossible de savoir aujourd’hui sur quoi cela débouchera. Une certitude cependant (avec toutes les nuances émises dans le premier paragraphe de ce billet) : la solution finale ne sera pas au détriment des vrais créanciers, ces financiers privés qui ignorent ce que les mots « État démocratique et social » signifient.

Il ne faut donc pas trop s’extasier devant cette victoire du « Non ». OK, le peuple a dit non. Mais pouvait-il dire autre chose ? Il est – selon moi – illusoire de penser que ce « non » en annonce d’autres, futurs rejets de tout ce qui pourrait se décider au niveau européen. J’ajoute que – toujours selon moi – il n’y a pas de solutions possibles aujourd’hui pour les millions de citoyens européens en dehors d’une Europe forte. Cela n’exclut pas le respect de spécificités locales, régionales, nationales… Mais on ne peut trouver sa place dans le monde actuel qu’au sein d’une Union forte et solidaire. Et sociale.

En réalité, le véritable enjeu de tout ce qui se passe aujourd’hui est là : construire une Europe sociale. Et même, plus largement, construire un monde social, où chaque être humain s’y retrouve en trouvant sa place et en y étant respecté. Je ne suis pas trop optimiste à ce niveau. Il reste toujours les « joueurs de marionnettes » qui maîtrisent réellement le jeu et qui n’ont rien à faire de celui ou celle qui voudrait simplement exister et vivre de manière décente.

Alors, bien sûr, les Grecs ont dit « Non ». Je m’en réjouis. Mais cela ne me donne aucune illusion. Qu’en pense mon banquier, pourtant honnête, j’en suis certain ?

vendredi 3 juillet 2015

Ils l'ont fait

Aujourd’hui, à 17h56 (heure belge), Solar Impulse 2 s’est posé à Hawaï après un périple de plus de 8000 km et 120 heures, au départ du Japon. Uniquement grâce à l’énergie solaire captée par les panneaux répartis sur ses ailes monumentales. Grâce aussi à la volonté de son pilote, André Borschberg, qui pendant tout ce temps n’a fait que des siestes d’une vingtaine de minutes. Grâce enfin à toute l’équipe qui est derrière cet exploit technologique qui devrait figurer en bonne place dans les annales de l’histoire aéronautique.

Mais pas que. Ce projet a – ou devrait avoir – des répercussions dans notre vie de tous les jours. Amélioration de l’efficacité des panneaux solaires. Stockage de l’énergie dans des piles « propres ». Il est aussi une visée de fond : on peut réaliser des merveilles rien qu’en se fondant sur les énergies naturelles. Pousser cette logique au bout de son raisonnement – par exemple en remplaçant toutes les ampoules à incandescence par des ampoules leds, ou tous les chauffages à résistance par des pompes à chaleur – permettrait, rien que pour la Belgique, de se passer d’une ou deux centrales nucléaires. Et ça, ce n’est pas du rêve. C’est la réalité d’aujourd’hui.

Ce projet, dont j’ai déjà parlé, est – selon moi – un des projets les plus importants et les plus enthousiasmants pour notre présent et notre futur. Il montre que l’impossible devient possible quand on y croit et qu’on développe les moyens techniques nécessaires pour y arriver. Il y a encore beaucoup à faire pour éliminer toutes les sources de pollution et de dégradation de la Terre. Le projet Solar Impulse n’est peut-être qu’une goutte d’eau dans cette démarche. Mais quelle goutte d’eau !

samedi 27 juin 2015

Les petits riens

L’espoir © Claude Théberge

Y a la trace d’une larme

Dans les yeux de l’ami

Qui se fait du souci

Lors d’un départ aux armes

Y a le regard aigri

De ce père qui s’inquiète

Quand son fils le rejette

Se sentant incompris 

Y a ce brin de tristesse

Quand la terre se révolte

De manière désinvolte

En montrant nos faiblesses

Y a cet abattement

De se sentir vidé

Avant de retrouver

L’insouciance de l’enfant

La vie est loin d’être une partie de plaisir. La joie des uns fait parfois naître la tristesse des autres. Il suffit d’une fille d'un autre qui réussit brillamment une étape de son parcours scolaire pour qu’on sente toute la difficulté d’assumer les échecs répétés d’un fils qui demeure fils chéri, malgré les désillusions. Il suffit d’une violence aveugle et stupide pour qu’on craigne la détente tant attendue. Il suffit d’un moment passager de solitude triste pour imaginer qu’il n’y a que le vide, partout.

Ce sont les petits riens de la vie. Ils ne sont rien. Mais ils font tout. Ils sont petits. Mais c’est à travers eux qu’on grandit. Ils ne font que passer, souvent ils sont déjà passés. Ils rôdent sans qu’on les identifie vraiment. Ils nous submergent parfois. Pourtant…

Pourtant, c’est à travers eux – souvent – qu’on communie avec le sens profond de notre vie. La désillusion devient l’occasion de se rapprocher. La violence externe et extrême permet de se resserrer autour d’un projet commun. Le vide débouche – sans qu’on sache trop comment – vers le plein délié qui crée le tout.

On se retrouve alors sans l’avoir voulu comme un enfant qui s’extasie devant le vol d’un papillon, devant la douce harmonie d’une bulle qui plane avant de s’éclater, devant la beauté éphémère de cette fleur insignifiante qui devient trésor parce qu’on l’offre à l’être qu’on aime. Et la vie reprend son cours.

Qu’est-ce qui fait vivre la vie


Qui nous porte au-delà de nous

Qu’est-ce qui nous rend fou

Qui nous donne autant d’envie


samedi 20 juin 2015

Aquarelle

Une nuit, celle du 8 décembre 1973, mon frère Étienne eut la mauvaise idée de vouloir tourner à gauche sur une voie fortement fréquentée. Il n’y avait pourtant pas grand monde sur la route. Il s’est néanmoins arrêté avant d’entamer son tournant. Deuxième mauvaise idée. Le conducteur de la voiture qui le suivait n’a pas très bien compris et n’a rien trouvé de mieux que de défoncer la Coccinelle bleu ciel de mon frangin. Résultat : un frère tétraplégique. Ça vous change la vie !

Un autre jour – ou peut-être une nuit –,, je ne sais pas exactement quand, Étienne a décidé de se mettre à la peinture, à l’aquarelle plus précisément. Jusque là, il ne s’était pas vraiment montré intéressé par l’art pictural. Mais il eut quand même l’idée de s’y mettre et, alors même qu’il n’avait plus la maîtrise de ses doigts, juste un peu celle de ses bras, il explora avec passion ce nouvel univers.

Une autre nuit encore, celle du 27 mars 2000, sans qu’il l’ait vraiment voulu je crois, même s’il l’avait sans doute espéré plus d’une fois, son corps le lâcha complètement et il partit on ne sait où, mais plus ici. Il est toujours vivant – quotidiennement – dans le cœur de ses frères et sœur, et sans doute aussi dans celui de certain(e)s de ses ami(e)s. Même s’il n’est plus là pour le savoir.

Ses aquarelles sont restées parmi nous. Troublantes. Fortes. Lumineuses. Avec une constante : la femme. Ben tiens, ce n’est pas parce qu’un imbécile a fait en sorte qu’un corps ne puisse plus se livrer au plaisir de la chair que les fantasmes, les désirs, les rêves disparaissent comme par enchantement sordide ! Étienne ne pouvait plus. Alors, il a sublimé, de la plus belle des manières.

Cette aquarelle toute simple se trouve dans le hall d’entrée de notre maison. Chaque fois que j’y rentre, je la vois. Dans sa simplicité. Dans son évidence. Dans sa tendresse. Et souvent, je me laisse emporter vers ce soleil et cette terre au bout de l’horizon. Accompagné de mon frère, Étienne. Vers la vie !

mardi 16 juin 2015

Examens iconoclastes

© Sébastien Jacqmin

Après une fuite ayant conduit à l’annulation de l’épreuve d’histoire du CESS (Certificat d’enseignement secondaire supérieur), voici ce soir qu’une autre fuite apparaît pour l’examen de néerlandais du CE2D, examen de fin de 4e année du secondaire, pour le moment non obligatoire. Ça fait désordre. Mais finalement, personne ne semble se poser la question iconoclaste et pourtant fondamentale : à quoi bon toutes ces « épreuves externes » ?

La Communauté française de Belgique est à cet égard un phénomène totalement unique dans le monde. La Belgique l’était déjà en son temps : depuis des lustres, il n’existait dans le système éducatif belge aucune épreuve de certification externe. Les élèves étaient bien certifiés en fin de leurs études primaires ou secondaires. Mais la décision de certification appartenait aux équipes éducatives locales qui organisaient le processus d’évaluation en fonction de leur réalité et de celles des élèves. Il existait bien sûr une procédure officielle d’homologation, mais celle-ci était plus formelle qu’autre chose.

Puis, vinrent les épreuves PISA, avec des résultats catastrophiques. La caractéristique essentielle du système éducatif francophone belge était une « distribution bimodale » des résultats. Cela signifie qu’il y avait pas mal de bons, voire de très « bons » élèves. Mais à côté de cela, il y avait aussi beaucoup, voire très beaucoup de « mauvais » élèves. Ceux-ci faisaient vachement descendre la moyenne et la Communauté française de Belgique se montrait ainsi un des cancres des pays de l’OCDE. Il fallait réagir. On est bien d’accord là-dessus.

La solution qui a été trouvée et qui est mise en œuvre aujourd’hui – non sans difficulté ! – est de multiplier les thermomètres. On a donc instauré toute une série d’épreuves externes permettant d’évaluer les mêmes compétences chez tous les élèves et censées donc harmoniser les niveaux de maîtrise. L’introduction fut progressive, en passant d’une passation facultative et volontaire à une passation obligatoire seule à même de délivrer les certificats : CEB pour la fin du primaire, CE1D pour la 2e année du secondaire, CESS pour la fin du secondaire et CE2D pour la 4e année du secondaire.

Cette obsession de l’évaluation externe – partagée apparemment par tous les partis du paysage politique belge – est à contre-courant de ce qui se passe un peu partout dans le monde. Même la France, où le Bac est une véritable institution républicaine, a supprimé l’évaluation externe à la fin de l’école primaire et a introduit un contrôle continu jouant un rôle actif dans la décision de certification. Quant à la Flandre, la situation est simple : ce sont toujours les équipes éducatives locales qui sont responsables du processus d’évaluation certificative, ce qui n’empêche pas le système éducatif flamand d’être parmi les plus performants de l’OCDE. Sans compter que les pays nordiques, dont la Finlande, sont reconnus comme les meilleurs européens en matière d’enseignement, en absence totale de système systématique d’évaluation !

Ce qui est iconoclaste, ce n’est pas la question sur la pertinence de ces examens externes. C’est leur existence ! Ils ne servent à rien et certainement pas à réduire les disparités entre les différentes écoles ou réalités éducatives. En fait, ils ne servent qu’à dépenser de l’argent, qu’à stresser les élèves, les parents et les enseignants, qu’à susciter des imbroglios tels ceux qui se révèlent aujourd’hui. Il est cependant illusoire de croire que, grâce à eux, on pourrait d’une quelconque manière harmoniser vers le haut le niveau de compétences des élèves francophones belges. Ce ne sont que des thermomètres qui ne règlent en rien les maladies dont souffre le système éducatif de la « Fédération Wallonie-Bruxelles ». Ces maladies sont profondes. Elles sont sans doute d’ailleurs plus des maladies de notre société que celles de notre système éducatif. Relevons quand même que ces maladies sont, entre autres, liées à la réalité sociale très disparate et très sélective, au manque de clarté des attendus éducatifs, à l’incohérence des orientations et des moyens mis en œuvre par les autorités et – mais c’est sans doute tout à fait iconoclaste de le penser, de le dire et de l’écrire – aux incompétences et à la démotivation d’une bonne partie du corps enseignant.

Ces difficultés ne trouveront pas de solution durable en un tour de mains. Il y a un travail de fond à réaliser, si possible sans états d’âme. On n’est pas près d’y arriver. En attendant, selon moi, la première chose à faire serait de supprimer purement et simplement toutes ces évaluations externes, surtout les « obligatoires ». Cela permettrait de dégager beaucoup de temps, d’énergie et d’argent qui pourraient avantageusement bénéficier au véritable défi de tout système éducatif : que les élèves apprennent et s’engagent dans une véritable démarche d’apprentissage !

lundi 1 juin 2015

L’intuition magique

La session 2015, consacrée au violon du Concours Reine Elisabeth, vient de se terminer avec la victoire de Lim Ji Young. Je passerai sur l’incroyable imbroglio, lors de la proclamation des résultats, qui a amené Lee Ji Yoon à croire un instant qu’elle était la grande gagnante ! Je m’attarderai par contre sur mon intuition qui fait que – depuis quatre ou cinq ans – je ne regarde jamais – pendant quelques intants furtifs – qu’un(e) seul(e) candidat(e) qui inévitablement est nommé(e) premier(ère) lauréat(e) !

À vrai dire, j’aimerais bien pouvoir regarder plus de concurrents et pendant plus longtemps. Les musiciens qui se présentent à ce concours prestigieux sont tous des virtuoses qui dévoilent une puissance musicale souvent en train d’éclore encore, mais qui correspond à une personnalité profonde et à une véritable musicalité. Mais voilà, le temps et la vie sont ce qu’ils sont. S’asseoir devant la télévision est pour moi un acte de plus en plus rare – excepté pour regarder le journal télévisé en somnolant la plupart du temps.

Alors, à chaque concours, quand ça s’y prête, j’essaie de voir au moins une prestation. D’une part, pour entendre en quoi consiste l’œuvre imposée de l’année, avec beaucoup de questions vis-à-vis de ces morceaux de musique contemporaine. Mais ça fait partie du concours. Puis, je regarde le début du concerto du musicien sur lequel je suis tombé, un peu par hasard, il faut bien le dire.

Et chaque année, le dimanche matin, quand je prends connaissance du résultat, je suis stupéfait d’apprendre que l’unique musicien(ne) que j’ai suivi(e) se retrouve grand(e) gagnant(e) du concours. J’en parlais à mon fils tout à l’heure qui tout de suite imaginait un système de paris dont il sortirait à son tour grand gagnant. Je l’ai un peu refroidi. Si je dois constater que « ça marche à tous les coups » depuis 4 ou 5 ans, je n’oserais personnellement par parier le moindre kopeck sur la validité de mon intuition, tant elle me semble due au hasard des circonstances et du moment.

En attendant les faits sont là. Étonnants. Ils me rappellent cette capacité que j’avais à l’époque où je faisais périodiquement des missions en Tunisie à faire tomber la pluie dès que j’arrivais dans ce pays où il pleut rarement et certainement pas en plein mois d’août. C’était systématique et intriguant. Rassurez-vous : je ne me crois investi d’aucun pouvoir paranormal et je considère cela comme pure coïncidence.

Quoique. Je viens de terminer un article scientifique - « Objectiver la subjectivité » - écrit à la demande d’universitaires canadiens dans le cadre d’un ouvrage collectif à propos de l’évaluation des apprentissages dans le cadre des formations artistiques. Je parle, notamment, dans cet article de la « démarche herméneutique » de l’évaluation, ou encore de la « démarche intuitive ». Elle consiste pour un évaluateur à se construire un jugement sur la personne ou l’objet évalué sur la base de différents indices recueillis de manière plus ou moins consciente. Cette démarche est en réalité utilisée très fréquemment dans toutes sortes de circonstances et sa validité est globalement assez importante. Tout se passe comme si, intuitivement, les gens sentaient les choses et les sentaient bien. Dans le domaine de l’évaluation des apprentissages, il faut évidemment se méfier de cette démarche, car le risque est grand d’accorder trop de validité à ce qui n’est finalement qu’une intuition. On voit mal un système de formation qui déciderait de « certifier », d’accorder les diplômes, sur la seule base d’une évaluation de ce type.

Il n’empêche. Je crois fondamentalement que « les gens sentent bien les choses ». Ce n’est sans doute pas une raison pour ne fonder des décisions importantes que sur la seule base de cette intuition. Et je me refuserais évidemment – on ne me le proposerait d’ailleurs jamais – de devenir le seul juge du Concours Reine Elisabeth en me contentant de venir écouter pendant un petit quart d’heure un(e) seul(e) candidat(e) qui deviendrait dès lors inévitablement vainqueur !

N’empêche, c’est troublant, non ?