mercredi 14 juillet 2010

Être État

FMG © 2010

Il y a quelques centaines d’années, les Français se sont révoltés. Avec raison. Ils n’avaient pas grand chose à dire dans leur propre pays dominé par une noblesse, voire une bourgeoisie, qui ne voyai(en)t que son (leur) propre intérêt. Est-ce que depuis cet état de fait a changé, c’est une autre question que je n’aborderai pas ici.

Je me contenterai de parler d’un révolutionnaire normand, quelque peu oublié aujourd’hui, mais qui pourtant eut son heure de gloire. À l’époque, tout le monde l’appelait Yzokras. Il faut dire qu’il vivait en permanence dans un état de crasse identique quelles que soient les saisons. Mais cela n’a pas beaucoup d’importance pour la suite de l’histoire.

Toujours est-il qu’Yzokras avait une dent contre la noblesse qui gérait son pays normand. Dès qu’il eut vent de la révolution, il prit sa pioche en mains et révéla une énergie peu commune : il sculpta littéralement dans la falaise de son village cette dent qui symbolisait toute la haine qu’il avait vis-à-vis de cette noblesse arrogante.

Lorsque cette dent fut terminée, il contempla son œuvre, mais se dit qu’il manquait quelque chose pour que celle-ci soit complète. Il fallait que le nouvel État montre toute sa force et supprime d’un écrasement monumental cette dent qui n’avait plus de raison d’être.

Il se dit alors qu’il fallait faire tomber toute la falaise de telle sorte qu’elle écrase la dent sculptée par tant de rancœur. Il commença à creuser de telle sorte à déstabiliser la falaise. Petit à petit, une anse apparut ainsi. Il avait prévu de faire sauter à coups d’artifices le dernier morceau qui maintenait la falaise. Tout était prêt pour fêter le nouveau régime et être enfin un État digne de ce nom.

Il s’apprêtait à concrétiser son rêve fou lorsque le plus improbable arriva : il rencontra l’amour sous les traits de la fée Alrac. Celle-ci tomba éperdument amoureuse d’Yzocras. Il faut dire qu’à force de travailler près de la mer, il avait perdu une bonne part de la poussière qui l’habillait traditionnellement. C’est ainsi qu’il sentait désormais bon le sable chaud, même si la région n’était pourvue que de galets. Alrac tomba amoureuse d’Yzocras et celui-ci ne put résister à tant de passion. À tel point que son projet d’explosion tant étatique qu’ectasique disparut petit à petit, pendant qu'il découvrait qu’il y avait d’autres moyens de créer un État. L’amour avait vaincu.

Aujourd’hui, la plupart des gens ont oublié cette histoire abracadabrante. Je ne suis même pas sûr qu’on en trouve encore la trace quelque part. Si j’en crois celui qui me l’a racontée, autour d’un bon calva, il n’en reste qu’un véritable témoin : le nom de ce village – Étretat !

mardi 13 juillet 2010

Lumière normande

FMG © 2010

La lumière est parfois là. On ne sait pas trop si on doit vraiment y croire en réalité. Peut-être n’est-elle qu’un rêve éveillé, peut-être est-elle la réalité rêvée ? Allez savoir.

En attendant, quand elle est là, on s’en abreuve. On en goûte chaque petite parcelle, en se disant que quelques instants plus tard, elle ne sera peut-être plus là.

Il y a des lumières qui annoncent des orages, d’autres qui conduisent vers la paix. Elles ne disent pas leur chemin. Elles illuminent, tout simplement.

Il ne faut sans doute pas trop chercher. Juste regarder. Juste jouir. Juste rêver. Derrière chaque lumière, il y a un souffle.

samedi 10 juillet 2010

Terpsichore, ou la grâce du mouvement

FMG © 2010

Visiter Paris sans passer par Montmartre est inconcevable. Nous ne l’avons donc pas conçu. Belle visite, même si la chaleur rendait la montée vers le sommet de la butte un peu plus dure. Arrivés au sommet, on y voit des tas de choses qui remplissent les cartes postales : les escaliers, la vue sur Paris, la Basilique du Sacré-Cœur, la place du Tertre, etc. Puis, au détour d’une terrasse, l’Espace Dali.

Cet artiste m’a toujours impressionné, depuis ma tendre enfance où une petite reproduction de son œuvre Le Christ de Saint Jean de la Croix m’avait fait découvrir le monde et la religion d’une autre manière.

La visite de cet espace parisien ne m’a pas déçu, tant pour les « peintures » de Dali que pour ses sculptures. Celles-ci m’ont permis de continuer ma réflexion, d’autant plus que Dali ne s’est jamais considéré comme sculpteur. Ce n’est d’ailleurs pas lui qui modelait l’objet final. Son rôle était avant tout de créer l’idée. Il déclarait ainsi que sa « spécialité était en réalité la « transformation », c’est-à-dire l’idée surréaliste de la vision de choses nouvelles, en particulier dans des objets étranges. Pour Dali, la réalisation elle-même de l’œuvre n’est que le résultat d’une simple aptitude mécanique et ne fait pas partie du délicat processus de créativité ». Dès lors, l'artiste se contente d’avoir l’idée et de la concrétiser par une maquette originale, en deux ou trois dimensions. La réalisation finale – le moule, la fonte à la cire perdue et la patine - est confiée à des artisans.

Se dire qu’au bout du compte, l’œuvre d’art se cristallise dans l’idée transfigure celle-ci. C’est là qu’elle prend vie.

L’Hommage à Terpsichore, muse de la danse, s’inscrit bien dans cette vision. Conçue en 1977, mais réalisée quelques années plus tard, Dali oppose dans cette œuvre « deux images, confrontant la douce et charnelle muse, à l’autre sculpturale et métallique. L’absence d’information sur les deux visages souligne la signification purement symbolique de ces deux personnages. La danseuse avec sa forme classique, lisse, incarne la Grâce et l’inconscient, alors que l’autre statue, plus anguleuse, cubique, incarne la croissance et le rythme chaotique de la vie moderne. » (Commentaires affichés dans l’Espace Dali).

Quelle mystique ! Dali déclarait d’ailleurs « Ma mystique n’est pas uniquement mystique religieuse, elle est mystique nucléaire, mystique hallucinogène, mystique du cubisme gothique, mystique de l’or… ».

vendredi 9 juillet 2010

Sculptures de vie

FMG © 2010

Paris regorge de statues. Celle-ci, sise dans le Jardin des Tuileries, n’est pas plus belle que les autres, mais l’effet de lumière qu’elle me rendait possible me plaisait bien.

La sculpture est, globalement, un art qui me parle plus que la peinture. C’est sans doute lié aux contraintes. En peinture, on peut finalement tout faire : on peut jouer sur les couleurs, sur les formes, sur les profondeurs, etc. La seule contrainte, mais elle est de taille, est que la peinture ne connaît que deux dimensions. La sculpture travaille en trois dimensions, mais est soumise à beaucoup plus de contrainte : la plupart du temps, l’artiste ne travaille qu’avec une seule couleur, celle de la matière. Il y a aussi de nombreuses contraintes physiques : selon la matière utilisée, il y a des positions du sujet ou de l’objet qui ne sont pas possibles. Bref, il n’y a finalement que la troisième dimension qui apporte à la sculpture cette faculté de m’éblouir un peu plus que la peinture.

Derrière l’œuvre sculptée, je découvre souvent quelque chose qui me parle de la vie. Ce n’est pas uniquement la représentation d’une réalité humaine qui me conduit à cette découverte. J’ai ressenti les mêmes vibrations devant les œuvres modernes exposées à l’extraordinaire Storm King Art Center.

Finalement, qu’importe l’explication rationnelle de mes sentiments, car elle n’existe sans doute pas et si elle existe, elle n’est plus que vraisemblablement pas constante. N’empêche, une sculpture, n’est-ce pas souvent la vie ?

jeudi 8 juillet 2010

Lumière du Louvre

Toutes photos : FMG © 2010

Paris. La ville lumière. Elle l’est. S’y retrouver pour quelques jours alors que le soleil y brille de mille rayons, c’est une garantie absolue de bons moments. Alors, on en jouit.

Paris est loin de m’être inconnue. J’y ai fait plusieurs incursions, relativement courtes chacune, mais qui m’ont déjà permis de voir l’essentiel. Je restais néanmoins avec une frustration : je n’étais jamais entré dans le Musée du Louvre. J’avais plus d’une fois été ébloui par l’audace de cette pyramide de verre dans un site classique. La pyramide est bien sûr éminemment moderne par ses panneaux de verre, mais elle témoigne aussi de l’Antiquité la plus profonde. Une belle réussite architecturale que je n’avais jamais eu l’occasion de voir de près.

Nous en sommes à 5 minutes à pied et – lorsque nous avons terminé notre maigre installation – c’est tout naturellement que nous avons rejoint ce temple de l’art. Au départ, simplement pour voir et se promener. Mais c’était mercredi, et il y avait une nocturne. Nous n’avons pas résisté longtemps et nous avons eu bien raison.

Le Louvre, c’est immense. Tout comme les tableaux qu’on peut y voir. Tout comme le nombre de tableaux et d’œuvres qui le parsèment. Nous n’y avons passé que deux ou trois heures. Autant dire que nous n’avons rien vu, même si nous avons vu les « essentiels »… relativement décevants pour certains. La Joconde a un sourire splendide, mais cachée derrière sa vitre de verre inabordable, elle ne se laisse pas autant découvrir que sur une carte postale. Mais il faut la voir. Dans la même salle, j’ai été beaucoup plus subjugué par la beauté érotique de Flore, de Paris Bordon (1500-1571), voire par la grandeur des Noces de Cana, de Véronèse (1528-1588).


Plus loin, j’ai eu une belle émotion à voir en vrai la Vénus de Milo. Elle est si gracieuse, alors même qu’elle n’a plus que ce qu’elle a !


Mais, oserais-je l’avouer, il y en avait trop. Trop de beauté. Trop d’œuvres. Trop d’art. Alors, quand au détour d’un escalier, j’ai vu cette vitre sale laisser découvrir la beauté du soleil, de l’eau, des loisirs et de l’art, j’ai ressenti ma véritable émotion. Ce coin délaissé était d’une merveille infinie. Je l’ai saisi tel qu’il était. Simple et irréel. Je n’oublierai jamais cette lumière.

mercredi 30 juin 2010

Ma non-coupe du monde

Moi aussi, je joue au football. Enfin, j’ai joué. La dernière fois que j’ai participé à un match, c’était exactement il y a 20 ans, le 30 juin 1990 ! Je m’en souviens très bien.

J’appartenais à l’équipe des « profs ». Nous étions opposés à l’équipe des « élèves ». Comme toujours, j’occupais le poste de gardien de but. En deuxième mi-temps, une balle haute est arrivée. J’ai sauté pour la repousser et j’y suis arrivé ! En même temps, j’ai senti une douleur vive dans le mollet et je suis retombé sur le dos. En me relevant, j’ai dû me rendre à l’évidence : mon pied gauche balançait lamentablement au bas de ma jambe sans que je n’en ai plus le moindre contrôle. Rupture totale du tendon d’Achille.

Les semaines qui suivirent furent encore moins glorieuses. Il y eut une hernie discale, avec immobilisation sous traction pendant une semaine et finalement une opération. Je fis une « pneumonie » qui n’était rien d’autre qu’une petite embolie pulmonaire annonciatrice d’une thrombophlébite. Six mois d’interruption de travail avant d’hériter d’une invalidité professionnelle.

Tout cela aurait pu me couper du monde ! Eh bien non, que du contraire. Cet accident dont je garde bien sûr des séquelles a accéléré ma reconversion professionnelle. Il n’en est pas seul responsable, loin de là, mais il y a certainement contribué. Alors que j’aurais pu passer le reste de ma carrière à être un (bon) prof devant sa classe, jouant par ci par là un match de foot, je me suis retrouvé dans un job beaucoup plus ouvert qui m’a fait courir le monde à défaut de courir les terrains : Canada, France, Hongrie, Luxembourg, Moldavie, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Suède, Algérie, Burkina Faso, Burundi, Comores, Congo (RDC), Djibouti, Gabon, Madagascar, Maroc, Île Maurice (Rodrigues), Mauritanie, Sénégal, Tunisie, Hong-Kong, Liban, Thaïlande, Vietnam ! Voilà les pays où m’a amené ce match de football raté ! J’ai du mal à comprendre qu’en France, on en fasse une affaire d’État !

Finalement, dans tous les cas, l’important, c’est de se relever !

dimanche 27 juin 2010

Surprenant et… déplorable !

Ainsi donc, ce brave Pape Benoît XVI s’est fendu aujourd’hui d’un télégramme de soutien à son copain Mgr André Joseph Léonard. Il y exprime « sa proximité et sa solidarité en ce moment de tristesse, dans lequel, avec certaines modalités surprenantes et déplorables, des perquisitions ont été menées » par la Police belge pour instruire les affaires de pédophilie qui – malheureusement – touchent l’Église belge.

C’est vrai que ces perquisitions sont surprenantes. L’Église belge, comme d’autres, se sait confrontée à une difficulté qui, si elle n’est pas l’apanage du clergé, montre toute sa faiblesse. Elle a désormais décidé de voir la réalité en face et avait instauré en son sein une commission chargée de traiter les plaintes de victimes d'abus sexuels.

Je ne suis pas dans le secret des dieux () et ne suis donc pas à même de juger si cette commission faisait son travail avec tout le sérieux et la célérité nécessaires. Par contre, si la Justice belge a décidé à un moment de faire des perquisitions de la manière dont elle l’a fait, je suis enclin à penser que ce n’est pas pour persécuter l’Église, mais parce qu’elle avait de bonnes raisons de le faire.

En tant que citoyen belge, je ne peux accepter que le Pape du haut de sa très grande sainteté exprime un tel jugement sur la manière dont la Justice belge mène son enquête. Il n’a absolument rien à dire à ce propos.

En tant que « chrétien », je m’offusque encore plus. Que les choses soient claires : aujourd’hui encore, je me déclare « chrétien », car Jésus-Christ et son message restent pour moi des références exemplaires fondées sur l’Amour, la Vérité, la Charité et le Respect. Mais il y a longtemps que je ne me sens plus « catholique ». L’Église qui porte ce qualificatif me semble totalement à côté de la plaque – car elle s’éloigne sans cesse du message chrétien – et je n’ai plus de liens avec elle. Une fois de plus, je vois que le « chef » de cette confrérie s’immisce dans un domaine qui n’est pas le sien en émettant de plus des jugements péremptoires. J’allais ajouter « sans balayer devant sa propre maison », mais ce serait injuste. Je crois que l’Église a – enfin ! – pris conscience de l’immensité du désastre et qu’elle essaie de s’en sortir. Ce n’est malheureusement pas en diffusant de tels communiqués qu’elle y arrivera.

La vertu première de l’Amour, de la Vérité, de la Charité et du Respect est l’humilité. Cela, l’Église ne me semble pas encore l’avoir compris ! Et tant qu’elle ne le comprend pas, elle crucifie un peu plus le Christ ! C’est surprenant, tout autant que déplorable.

samedi 19 juin 2010

Lost, définitivement disparus

Voilà donc Lost définitivement disparue des écrans de télévision belge. La sixième saison s’est terminée hier, avec un final qui divise les foules, spécialement ceux qui ont suivi de manière très fidèle les épisodes depuis leur début.

Ce n’est pas mon cas. Je ne suis pas trop TV et encore moins « séries ». J’ai pris Lost en marche, durant la deuxième saison si ma mémoire est bonne. Puis je l’ai laissée continuer son chemin épisodique, en visionnant parfois ci et là un épisode parmi d’autres. Puis, la sixième saison m’a ramené à la série et ça m’a bien plu.

J’ai donc peu d’investissement émotionnel sur cette série. Pour moi, ce n’était qu’un divertissement comme un autre, plutôt bien fait. À vrai dire, Lost m’a rappelé une autre série mythique : Le prisonnier. Il y a beaucoup de points communs entre les deux séries. D’abord, toutes les deux ont innové dans les concepts audiovisuels. Le langage narratif a pris avec les deux séries des dimensions nouvelles, en mêlant réalité, imaginaire, surnaturel, passé, présent et avenir. Ensuite, le concept est un peu le même : il y a un prisonnier (on ne sait pas trop de quoi) ou des perdus (on ne sait pas plus de quoi ni où). Ils essaient tous de quitter le lieu béni où ils se retrouvent, sans y parvenir. Et quand ils en sortent, ils y reviennent ! Enfin, le dernier épisode des deux séries – censé amener les réponses aux nombreuses questions – n’apportent en réalité que des réponses très imparfaites et incomplètes. Au bout du compte, dans les deux séries, le message est que tout est en nous et que les mystères n’ont pas beaucoup d’importance si on peut leur apporter une réponse personnelle.

Enfin bref, la seule chose que je sais, c’est que la série est finie et que de nombreuses questions n’ont pas trouvé de réponse. J’ai le même sentiment qu’il y a plus de 40 ans lorsque la série Le prisonnier s’est terminée : le mystère plane toujours, et il faudra que je revoie ça. Ce fut le cas avec Le prisonnier : c’est la seule série dont j’ai acquis la version complète en DVD. Je l’ai regardée avec autant de passion que la première fois et avec autant de questions sans réponse à la fin… me faisant penser que je regarderai encore tout cela une prochaine fois quand j’aurai le temps, tant ces mystères sont prenants.

Lost est finie, mais il faudrait bien que j’ai les 6 saisons en DVD et qu’un jour, quand j’aurai le temps, je puisse me replonger dans ses mystères en sachant déjà qu’au bout du compte, ils resteront nombreux. Et c’est très bien ainsi : n’est-ce pas cela le véritable divertissement ?

jeudi 10 juin 2010

Vers la Wallonie française ?

Voir aussi "Non à la Wallonie française".

Au point où on en est, tout est évidemment possible. Aussi, je me garderai de dire « jamais » alors que c’est bien un des mots qu’il faut éviter en toute circonstance.

Mais enfin, quelle idée ! Parce que la Belgique vit quelques soubresauts qui ne seront sans doute qu’accentués par les résultats des élections de ce dimanche, certains s’imaginent ou rêvent de voir la Wallonie se rattacher à la France et devenir une de ses régions. Du Sud de la Belgique, la Wallonie passerait ainsi au Nord de la France. Il paraît même qu’une majorité de Français sont prêts à accueillir ces braves Wallons.

Soit. Mais qu’y gagnerait la Wallonie ? Elle deviendrait une région atypique, sans doute jamais vraiment acceptée. Les Wallons se retrouveraient dans un paysage politique où ils n’auraient pas grand chose à dire. Férus du « je fais comme j’ai envie de faire », comment pourraient-ils s’y retrouver dans un État fondé sur une centralisation à l’outrance des institutions ? Ne prenons qu’un seul exemple : imagine-t-on un seul instant les écoles wallonnes s’inscrire dans le système éducatif français ? Je sais que le surréalisme est typiquement belge, mais là on fait fort !

Je n’ai rien contre les Français, bien au contraire. Je reste cependant convaincu qu’un Wallon est plus proche d’un Flamand que d’un Français. Tout comme un Flamand est plus proche d’un Wallon que d’un Hollandais. C’est ce qu’on appelle la belgitude. On pourrait sans doute disserter sur le sujet… mais c’est ma conviction.

Les Wallons qui luttent pour le rattachement à la France – et il y en a de plus en plus apparemment – commettent selon moi une grande erreur stratégique. En réalité, le problème belge n’est pas « Wallonie contre Flandre ». Le problème, c’est Bruxelles. Si un rattachement de la Wallonie est concevable sur papier, il me semble évident qu’il se ferait sans Bruxelles, car Bruxelles est une ville (ou une région) bilingue. La minorité flamande de Bruxelles doit aussi pouvoir se retrouver dans les nouvelles structures. Comment le pourrait-elle si elle était annexée à la France ? Défendre le rattachement de la Wallonie à la France, c’est lâcher Bruxelles. Les Flamands n’attendent que ça. Or, c’est là le véritable enjeu, tout en étant d’ailleurs la véritable difficulté de la situation belge.

Ce billet n’énonce qu’un sentiment diffus. Il faudrait plus de temps pour développer les arguments. Il faudra peut-être le faire à plus ou moins court terme !

Au bout du compte, tout cela ne me regarde peut-être pas, moi qui suis un francophone vivant en Flandre. Tous les jours, je passe la « frontière linguistique » qui deviendrait de la sorte « frontière d’États ». Jusqu’à présent, je n’ai jamais très bien vu où était cette frontière (sauf à regarder le revêtement de la route). Finalement, je ne tiens pas à le voir plus !

dimanche 6 juin 2010

Ma nouvelle arme terroriste

Attention, mes amis, méfiez-vous de moi : je suis un dangereux terroriste ! D’ailleurs, il suffit de me regarder ! Ou plutôt de regarder ma petite valise de consultant qui vadrouille le monde.

Les contrôleurs burkinabés du vol Air France AF 547 Ouagadougou-Paris de ce vendredi 4 juin ne s’y sont pas trompés. Ils m’ont tout de suite reconnu ! J’étais celui qui avait déjà, à Paris, essayé de passer, en 2008, les contrôles de sécurité avec l’arme absolue : un rouleau de papier collant pour peintres ! Sans oublier bien entendu la fois où j’avais essayé de transférer dans l’avion Amsterdam-Bruxelles un précieux et dangereux élixir contenu dans une petite maison miniature qu’on m’avait offert dans l’avion New York-Amsterdam !

Les passagers du vol AF 547 (on se croirait presque dans le vol Oceanic 815 de la série Lost que je regarde actuellement) peuvent remercier ce brave contrôleur : grâce à lui, ils ne se sont pas fait crapuleusement agresser ! Avec un courage exemplaire, il a tout de suite repéré ma dernière invention terroriste : l’allonge multiprises que je trimballe avec moi un peu partout dans le monde depuis plus de vingt ans !

Ils m’ont donc enfin débusqué : de toute évidence, j’avais là une arme électrique très dangereuse. Il faut avouer que l’allonge en question était spéciale (et différente de la photo) : pour répondre aux nombreuses situations que j’ai rencontrées, elle était constituée d’un long fil brun – environ 5 mètres – à deux conducteurs. (J’en profite pour dire qu’il s’agit bien d’une allonge et non d’une rallonge : une rallonge, cela allonge quelque chose qui a déjà été allongé. La plupart du temps, j’allonge donc et je ne rallonge pas !)

Bref, mon allonge a été confisquée définitivement et les passagers du vol ont été sauvés. Enfin, ils l’ont été parce que cette confiscation m’a profondément bouleversé : il me restait dans mon sac les fils de mon chargeur d’ordinateur et dans ma valise ceux de mes hauts-parleurs portables, des chargeurs de mon téléphone portable et de mon appareil photographique. Bref, un véritable arsenal qui n’a pas eu l’air d’inquiéter le pandore en question. Il a même laissé passer une bouteille d’eau à moitié remplie !

Un drame a ainsi été épargné. De mon côté, ce n’est pas très grave : je remplacerai cette allonge indispensable pour un maximum de 5 euros. En réalité, la douleur est plutôt symbolique. J’ai fait toute ma carrière avec cette allonge. Je l’avais déjà quand j’étais instituteur, du temps d’ailleurs où un collègue avait écrit sur la multiprises le nom de ma tendre et chère. Chaque fois que je la branchais dans les hôtels qui m’hébergeaient un petit peu partout dans le monde, je pensais à elle et à ce temps où je travaillais avec des enfants !

Je suis peut-être un dangereux terroriste, mais, mine de rien, ce brave homme – qui n’a fait sans doute que son devoir – m’a volé une part de ma vie.

jeudi 3 juin 2010

S comme servage ?

FMG © 2010

Voilà quatre jours qu’en ouvrant les rideaux de ma chambre, je contemple cette piscine Splendide. Chaque matin, elle est là à me tendre la main. À midi, elle se dore toujours au soleil m’invitant à la rejoindre. Mais jusqu’à présent, j’avais résisté à ses appels. J’ai fini par craquer et j’ai bien fait. C’est très agréable !

Pourquoi ne pas l’avoir approchée plus tôt ? C’est une bonne question et la réponse est simple : parce que je travaillais. C’est d’ailleurs ce que je devrais être en train de faire maintenant, mais voilà il faut parfois un peu souffler.

Je ne l’ai pas vraiment fait depuis que je suis arrivé à Ouagadougou. À part quelques moments en fin de journée, quand la piscine était fermée.

Le travail n’est-il pas parfois un seigneur auquel on se lie dans une position de serf ? On pourrait bien sûr s’en distancer. Mais ce n’est pas toujours évident quand l’activité est intéressante, quand elle permet de découvrir des mondes insoupçonnés, quand elle offre la possibilité de se dépasser et de relever des défis. Tout cela est vrai, mais n’empêche pas de se poser des questions.

Ce n’est pas de l’esclavage, mais sans doute du servage. Ce qui lie le serf à son seigneur, c’est qu’il lui doit fidélité. Cette fidélité, comme tout lien féodal, a une contrepartie : le seigneur lui doit protection. La relation qu’on peut avoir avec son travail est de cet ordre. On y est fidèle, avec toutes les exigences que cela entraîne, mais c’est lui qui nous fournit de quoi subsister, et même de réaliser d’autres projets.

Tout à l’heure, en plongeant enfin dans la piscine, je me suis dit que j’étais bien stupide d’avoir attendu autant de temps pour le faire. Je me suis demandé pourquoi consacrer toute cette énergie au travail. En réalité, n’est-ce pas un donnant-donnant ? J’ai bien fait d’écouter enfin les voix des sirènes, mais j’ai aussi bien fait de donner un peu plus que ce que je devrais au projet sur lequel je travaille ici.

vendredi 28 mai 2010

Éloge de l'anonymat

FMG © 2010

Un sénateur français, Jean-Louis Masson, a déposé une proposition de loi « tendant à faciliter l’identification des éditeurs de sites de communication en ligne et en particulier des « blogueurs » professionnels et non professionnels ». Par « faciliter l’identification », il faut comprendre mettre fin à l’anonymat des blogueurs, professionnels ou pas. Il propose, ni plus ni moins, que tous les blogueurs, quel que soit leur statut, mettent « à disposition du public […] leurs noms, prénoms, domicile, numéro de téléphone […] et adresse électronique ».

La problématique est délicate. Les médias actuels permettent à n’importe qui d’écrire n’importe quoi à tout moment avec une diffusion potentielle inouïe. On ne peut tolérer, bien entendu, les mensonges et autres diffamations. Il y a plus que vraisemblablement des limites à établir et à faire respecter.

N’est-ce pas cependant un droit fondamental de pouvoir s’exprimer librement sans devoir nécessairement dévoiler son identité ? Si ce blog ne pouvait pas s’appeler « Réverbères », mais devait être clairement relié à l’individu que je suis, il est vraisemblable que je n’aurais pas toujours publié ce que j’ai publié. Non pas que j’érige l’anonymat en règle sacrée. Il est d’ailleurs assez facile pour celui ou celle qui le voudrait de retrouver mon chemin. Mais de là à donner quelque part mes nom, prénom, numéro de téléphone et adresse électronique, il y a une marge que je ne tiens pas à franchir.

Ce n’est pas une question de se cacher. C’est pouvoir écrire des mots en prenant un angle particulier, en créant une atmosphère spécifique. À ce moment, ce n’est plus l’identité de celui qui écrit qui importe. Ce sont les mots. Ce sont eux qui donnent du sens tant à l’écriture qu’à la lecture. Ils sont bien sûr témoins d’une personnalité. Mais ils prennent une dimension supérieure à l’individu. Du moins, je l’espère. Et quand je vais sur un blog, ce n’est pas tant la personne qui partage ses mots qui m’intéressent, mais les idées, les émotions, les rêves, les angoisses… qu’elle communique ainsi.

Au bout du compte, ce qui m’effraie le plus dans cette proposition de loi française, c’est cette volonté de tout légiférer. Si on continue dans cette logique, on risque un jour de devoir prouver son identité avant de pouvoir découvrir toute page sur Internet ! Vous aimeriez ça, vous ?

mardi 25 mai 2010

La magie des ans

Bernard Gerard © 2010

Il est des moments magiques où il suffit d’être pour se sentir bien. Cela peut vous tomber dessus à n’importe quel moment, mais ce sont aussi parfois des moments que l’on fait naître.

Naître. Il y a 50 ans (quasiment), la femme que j’aime naissait. Vingt-cinq ans plus tard, elle faisait naître à son tour notre fille. Ne comptez pas trop loin : cela faisait deux beaux anniversaires à fêter.

Qu’est-ce qui nous a pris de décider il y a longtemps de fêter cela ce dimanche 23 mai 2010, la journée qui fut la plus chaude et la plus ensoleillée de cette année 2010 ? Le choix était bon… et tout le monde en a profité !

L’important n’était, évidemment, pas dans le temps (celui qu'il fait… mais peut-être celui qui passe) ! Il aurait plu, c’eût été le même plaisir de revoir tout le monde, de fêter cela ensemble. Bien sûr, cela n’aurait pas été comparable. C’est vrai que le soleil, quand il est là, revigore tout ce qui doit l’être. En fait, il ne fait que dorer ce qui dort !

Le bonheur d’être ensemble, de se retrouver, ou simplement de se trouver. J’en ai vu plus d’un qui parlait avec un de nos amis jamais rencontré auparavant. J’en ai vu plusieurs qui jouissaient de cette occasion de se retrouver. J’en ai même vu qui se reparlaient après un long silence.

J’en ai vu deux, évidemment, ma femme et ma fille, qui sentaient le bonheur de par tous les pores. Ce sont des moments magiques, c’est sûr.

HuGo lui-même était de la partie, reGardant Goulûment ce ballon sur sa boule tout en feiGnant d’iGnorer le contenu du contenant. Il avait raison. Ce jour-là, il n’y avait ni contenu ni contenant puisqu’il n’y avait aucun con ! Seulement le GonG !

Vous n'y comprenez rien ? Aucune importance. Comme dit l’autre, « la vie est belle » !

mercredi 19 mai 2010

Angers et contre toux

FMG © 2010

Je suis à Angers. Pour la première fois. Pour une nuit. Et une demi-journée professionnelle. Ce serait un épisode parmi d’autres, si ce n’était…

Si ce n’était d’abord, que je suis à Angers. Pas n’importe quoi cette ville. Elle a durant de longues années été la ville de référence de mon amie qui se bat contre le cancer et qui est bien en train de gagner son combat. Elle n’est plus ici. Mais elle y a vécu tant de choses que je me sens habité d’elle, ce soir. Comme un ange !

Si ce n’était que j’ai décidément bien mangé… ou m-Angers s’il faut le dire autrement. Je m’apprêtais à manger une bête pizza. Mais voilà, je me suis laissé conseiller par le réceptionniste de l’accueil. Et j’ai bien fait. Si vous passez par ici, n’hésitez pas : allez au restaurant Le Crémet d’Anjou ! Je ne « mens : j’ai » vraiment bien mangé !

Si ce n’était que je suis ici pour faire une « conférence », demain matin. J’aurai besoin de toute ma voix. Mais il n’y a qu’une toux. Allergique. Je peine à respirer. À aligner deux mots l’un derrière l’autre. Je ne sais pas où j’irai chercher la force de me faire comprendre demain. J’ai toujours des doutes sur le fond. Cette fois, j’ai simplement des doutes sur la forme. Je ne sais même pas si je saurai parler.

Mais ça ne fait rien, ce sera - je l'espère ! - Angers et contre toux !

lundi 17 mai 2010

Le feu

FMG © 2010

Le feu vit. Il purifie et détruit. Il ravage et réchauffe. Il illumine et réduit à néant. Le feu est l’alpha et l’oméga.

Le feu évide. Il élimine toutes ces branches inutiles, mortes, pourries. Il est l’outil idéal du nettoyage botanique. Il ne fait pas de différences entre les espèces. De toute façon, il les vide de toute substance.

Le feu unit. Il rassemble autour de lui les perdus des horizons humains. Il leur fournit la chaleur qu’ils ont définitivement égarée en cours de route, dans ces méandres ingrats de la vie réelle. Le feu les nourrit alors de toute substance.

Le feu démantèle. En quelques secondes, il peut retirer tout le sens de la vie. Peu lui importe de frapper les pauvres, les riches, les incongrus ou les rêveurs. Après son passage, ils n’ont plus que leurs souvenirs pour croire encore qu’ils ont existé. Mais ils n’ont plus alors aucune substance.

Le feu est la force pure. Celle qui peut tout. Spleen et idéal. Métaphysique ontologique ou déchéance tangible.

Le feu brûle.