Au jour d’aujourd’hui, les droits d’auteur semblent bien obsolètes pour pas mal de gens. Beaucoup perçoivent ceux-ci comme une entrave à leur liberté d’utilisation de tout ce qui se crée et se diffuse. Les auteurs ne seraient alors que des « ôteurs » de plaisir qui viendraient ennuyer leur monde avec leur souci d’être protégés et rémunérés pour leur travail !
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : les droits d’auteurs sont avant tout – outre l’attribution intellectuelle d’une production à son créateur – des droits financiers qui permettent à ceux qui créent une œuvre – que celle-ci soit musicale, littéraire, plastique, gestuelle, etc. – d’être rémunérés pour leur travail. Les créateurs sont des gens comme tout le monde : ils ont besoin d’argent pour vivre. Leur travail est de créer. On peut bien sûr penser que c’est en l’occurrence un travail bien agréable. Ce l’est sans doute dans la plupart des cas. Mais le plaisir lié à la création n’enlève rien à la nécessité pour l’auteur de se nourrir d’autre chose que d’amour et d’eau claire.
Le droit d’auteur, conçu dans sa forme actuelle par Beaumarchais, permet de satisfaire ce besoin. Certains droits sont directement liés à la vente du produit créé : l’auteur d’un livre touche un certain pourcentage des ventes qui en sont réalisées. Mais pour les droits liés à la diffusion, à l’utilisation et à la reproduction des œuvres, c’est plus complexe : l’auteur ne peut en effet pas être derrière chaque utilisateur. Des sociétés de gestion des droits d’auteurs ont donc vu le jour, comme la SABAM en Belgique, la SACEM en France et d’autres sociétés liées plus étroitement à certains types de création. Ces sociétés sont chargées de récolter l’argent auprès des diffuseurs, utilisateurs et/ou reproducteurs, puis de le redistribuer aux différents auteurs. Le principe est simple et sain, même s’il faut reconnaître que tout n’est pas toujours parfait dans le mode de fonctionnement de ces sociétés. Enfin, il y a aussi des droits qui sont retenus au niveau des sources de diffusion ou de reproduction. C’est ainsi que lorsqu’on achète un CD vierge ou une imprimante, on paie une certaine somme qui ira aux auteurs, car le CD vierge est susceptible d’être utilisé pour y graver des œuvres protégées tout comme l’imprimante est un moyen de reproduire des documents protégés.
Mais tout cela est largement remis en question. Aujourd’hui même, 5 décembre 2012, le collège des commissaires de la Commission européenne s'est réuni pour discuter du droit d’auteur avec un risque important de voir augmenter le nombre d’exceptions aux droits des auteurs. À l’ère du numérique, tant les utilisateurs que les producteurs de machines souhaitent en effet pouvoir se passer, non pas des auteurs, mais des droits qui leur reviennent. C’est clair du côté de l’utilisateur, par exemple de chansons. Même sans être « pirate », tout le monde trouve normal de visionner – voire de télécharger – gratuitement sur le net des tas de chansons d’artistes qui ne touchent pourtant en échange pas le moindre sou. C’est aussi clair pour les lobbies de producteurs (constructeurs d’imprimantes ou de photocopieuses, gestionnaires de câble TV, fournisseurs d’accès internet, moteurs de recherche, etc.) qui font tout pour ne pas devoir inclure dans leurs prix une juste rétribution des auteurs.
Si on n’y prend pas garde, on se retrouvera dans une situation où la plupart des auteurs n’auront plus aucune rémunération de leur travail de production. Cela n’empêchera évidemment pas la création, car celui qui sent qu’il doit créer crée. Mais peut-on souhaiter en revenir au seul mécénat pour arriver à faire vivre de leur art quelques rares créateurs, alors que le concept et les outils du droit d’auteur existent et ont montré tant leur efficacité que leur équité ?
Cela ne veut pas dire que le droit d’auteur doit être considéré comme une institution figée et immuable. Au contraire, il doit démontrer sa capacité à s’adapter aux nouvelles réalités numériques de la création et de la diffusion. À cet égard, les licences d’exploitation donnant aux auteurs une plus grande liberté de décider eux-mêmes des conditions d’accès et d’utilisation de leurs œuvres sont des voies prometteuses pour dynamiser le concept même de droit d’auteur en congruence avec les réalités du 21e siècle. Les possibilités de « copyleft », par opposition au « copyright », sont nombreuses et doivent être développées.
Néanmoins, si le résultat final débouchait sur l’absence de toute rémunération, on courrait non seulement le risque de perdre de nombreuses créations, mais de plus cela réduirait les auteurs à de simples « machines à créer » des biens de consommation sans qu’ils en perçoivent les fruits, si ce n’est bien sûr le « plaisir intellectuel ». Ah, ça leur ferait assurément une belle jambe ! Si vous trouvez aussi que ce serait bien dommage d’en arriver là, pourquoi ne pas signer une pétition visant à faire entendre les droits des « ôteurs » !
Allumeur de réverbères
Qu'y a-t-il de plus beau sur terre
Que de faire naître la lumière
Là où c'est nécessaire ?
mercredi 5 décembre 2012
lundi 26 novembre 2012
Oser la paix plutôt que s’opposer
Dimanche 25 novembre, deux manifestations ont eu lieu à Bruxelles, réunissant chacune environ 1300 personnes. Place Poelaert, les manifestants voulaient soutenir les villes du centre et du sud d'Israël ciblées par les roquettes du Hamas. Dans le centre de Bruxelles, d’autres manifestants clamaient leur soutien aux Palestiniens de la bande de Gaza et demandaient la levée du blocus de Gaza.
Deux manifestations séparées pour une même guerre. Malheureusement, pas deux manifestions unies pour une même paix.
Dans les deux manifestions, on désignait surtout les coupables. Selon le bord dans lequel on se trouve, les coupables sont la source de tous les maux, sans excuse. Coupables, un point c’est tout.
Sans doute y a-t-il des coupables quelque part. Sont-ils tous du même côté ? C’est peu vraisemblable. Il y a aussi des victimes, plus dans un camp que dans un autre. Mais toute victime est une victime, quel que soit son camp.
On peut disserter longtemps sur les responsabilités des uns et des autres. Mais cela ne fait en rien avancer l’essentiel et l’indispensable : la paix.
Si ces 2600 personnes qui ont manifesté en deux mouvements s’étaient unies pour réclamer la paix avec force et conviction, dans le respect de la spécificité de chacun, cette manifestation n’aurait-elle pas eu beaucoup plus d’impact ? On me dira sans doute que je suis naïf, que ma conscience politique est embryonnaire et que je ferais mieux d’ouvrir les yeux.
Je voudrais les ouvrir sur des peuples qui convergeraient ensemble vers une paix constructive dans laquelle chacun trouverait sa place. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse qui se passe, sans que cela ne fasse avancer les choses du moindre millimètre. Au contraire, on ne cesse de reculer, désespérément.
Les hommes, de toutes les couleurs, de toutes les religions, de toutes les histoires, de toutes les souffrances… les hommes oseront-ils un jour la paix ?
Deux manifestations séparées pour une même guerre. Malheureusement, pas deux manifestions unies pour une même paix.
Dans les deux manifestions, on désignait surtout les coupables. Selon le bord dans lequel on se trouve, les coupables sont la source de tous les maux, sans excuse. Coupables, un point c’est tout.
Sans doute y a-t-il des coupables quelque part. Sont-ils tous du même côté ? C’est peu vraisemblable. Il y a aussi des victimes, plus dans un camp que dans un autre. Mais toute victime est une victime, quel que soit son camp.
On peut disserter longtemps sur les responsabilités des uns et des autres. Mais cela ne fait en rien avancer l’essentiel et l’indispensable : la paix.
Si ces 2600 personnes qui ont manifesté en deux mouvements s’étaient unies pour réclamer la paix avec force et conviction, dans le respect de la spécificité de chacun, cette manifestation n’aurait-elle pas eu beaucoup plus d’impact ? On me dira sans doute que je suis naïf, que ma conscience politique est embryonnaire et que je ferais mieux d’ouvrir les yeux.
Je voudrais les ouvrir sur des peuples qui convergeraient ensemble vers une paix constructive dans laquelle chacun trouverait sa place. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse qui se passe, sans que cela ne fasse avancer les choses du moindre millimètre. Au contraire, on ne cesse de reculer, désespérément.
Les hommes, de toutes les couleurs, de toutes les religions, de toutes les histoires, de toutes les souffrances… les hommes oseront-ils un jour la paix ?
dimanche 18 novembre 2012
Et voilà, je me bats
Musicalement, l’album est dans la veine Bühler avec une guitare acoustique omniprésente, comme je l’aime. D’autres instruments créent un accompagnement tout en douceur et de finesse. Jamais une note de trop, toujours celle qui émeut. C’est d’autant plus admirable que Michel est le seul et unique instrumentiste et preneur de son de cet orchestre subtil fondé sur l’univers midi !
Les textes sont tous admirables, remplis de vérités, qu’ils soient tendres (Petite berceuse, Les Ardéchois), engagés (À la manif, Actualités 2012, Tunis 2011, Le Polonais), humoristiques (Et voilà !, Zoologie), amoureux (Avignon), nostalgico-philisophico-spirituels (Est-ce écrit…).
Parmi toutes ces petites merveilles, une chanson qui me touche particulièrement tant elle éveille en moi de frissons essentiels, d’échos d’une vie, de rêves à construire, de besoins vitaux : Je me bats. Et j’ai bien envie de me battre avec lui, « encore et toujours et sans cesse pour saluer la vie qui palpite et qui bat ». Alors, je ne résiste pas à l’envie de vous partager cette chanson (en espérant que Michel Bühler me le pardonnera) parce que la vie, notre vie, elle est là ! Et voilà !
Je me bats
Même si l’heure est parfois à la désespérance
Attendu que la frime gouverne et fait sa loi
Même si les années dans lesquelles on s’avance
Ont la couleur du triste et du chacun pour soi
Même si le bonheur n’est plus une évidence
Mais semble s’éloigner à chacun de nos pas
Même si l’on me dit que c’est perdu d’avance
Que le monde est ainsi et qu’on n’a pas le choix
Je me bats
Même si maintenant c’est être en résistance
C’est risquer d’être seul que d’élever la voix
Pour dire sans relâche l’incroyable arrogance
Des plus riches que tous, des maîtres d’ici-bas
Même si le normal, c’est l’infinie souffrance
Des enfants décharnés aux yeux vidés sans joie
Même si le correct se nomme indifférence
Même s’ils parlent fort ceux qui baissent les bras
Je me bats
Je suis d’un temps d’espoir d’un temps de délivrance
Où l’on osait rêver, et les peuples là-bas
Faisaient tomber leurs chaînes et brisaient le silence
Ô les jolis printemps au parfum de lilas
Devant nous se levaient des matins d’innocence
Plus jamais il n’y aurait d’humiliés, de parias
Plus jamais l’esclavage et plus de violence
N’était-ce pas simplement raison, dites-moi ?
Je me bats
Aujourd’hui les passants sous les néons sinistres
Vont chacun dans leur bulle et pressent un peu le pas
Les voyous brassent l’or, les bornés sont ministres
Et l’on met chapeau bas devant les renégats
L’époque est au commerce, l’époque est aux combines
L’homme n’est plus qu’un objet que la finance broie
Le futile et l’idiot remplissent des vitrines
Cependant qu’au lointain ricane l’argent roi
Je me bats
Avec mes pauvres mots qui sont mes seules armes
Avec les sacrifiés les vaincus d’autrefois
Tous ceux qui n’avaient rien que leur sang et leurs larmes
Les mineurs les canules les pioupious les sans-droit
Avec les femmes usées, petites sœurs de misère
Des bas quartiers de boue où se terrent les rats
Avec tous ceux d’ici qu’habite la colère
Avec les méprisés et ceux qui n’oublient pas
Je me bats
Si longtemps que j’aurai la force, qu’on le sache
De me tenir debout, de chanter, d’être là
Tant qu’il me restera une once de panache
Tant que dans mes veines un sang rouge coulera
Je me battrai encore et toujours et sans cesse
Pour saluer la vie qui palpite et qui bat
Et quand je m’en irai, ce sera sans tristesse
Puisque d’autres viendront qui diront après moi
Je me bats, je me bats
Michel Bühler © 2012
Attendu que la frime gouverne et fait sa loi
Même si les années dans lesquelles on s’avance
Ont la couleur du triste et du chacun pour soi
Même si le bonheur n’est plus une évidence
Mais semble s’éloigner à chacun de nos pas
Même si l’on me dit que c’est perdu d’avance
Que le monde est ainsi et qu’on n’a pas le choix
Je me bats
Même si maintenant c’est être en résistance
C’est risquer d’être seul que d’élever la voix
Pour dire sans relâche l’incroyable arrogance
Des plus riches que tous, des maîtres d’ici-bas
Même si le normal, c’est l’infinie souffrance
Des enfants décharnés aux yeux vidés sans joie
Même si le correct se nomme indifférence
Même s’ils parlent fort ceux qui baissent les bras
Je me bats
Je suis d’un temps d’espoir d’un temps de délivrance
Où l’on osait rêver, et les peuples là-bas
Faisaient tomber leurs chaînes et brisaient le silence
Ô les jolis printemps au parfum de lilas
Devant nous se levaient des matins d’innocence
Plus jamais il n’y aurait d’humiliés, de parias
Plus jamais l’esclavage et plus de violence
N’était-ce pas simplement raison, dites-moi ?
Je me bats
Aujourd’hui les passants sous les néons sinistres
Vont chacun dans leur bulle et pressent un peu le pas
Les voyous brassent l’or, les bornés sont ministres
Et l’on met chapeau bas devant les renégats
L’époque est au commerce, l’époque est aux combines
L’homme n’est plus qu’un objet que la finance broie
Le futile et l’idiot remplissent des vitrines
Cependant qu’au lointain ricane l’argent roi
Je me bats
Avec mes pauvres mots qui sont mes seules armes
Avec les sacrifiés les vaincus d’autrefois
Tous ceux qui n’avaient rien que leur sang et leurs larmes
Les mineurs les canules les pioupious les sans-droit
Avec les femmes usées, petites sœurs de misère
Des bas quartiers de boue où se terrent les rats
Avec tous ceux d’ici qu’habite la colère
Avec les méprisés et ceux qui n’oublient pas
Je me bats
Si longtemps que j’aurai la force, qu’on le sache
De me tenir debout, de chanter, d’être là
Tant qu’il me restera une once de panache
Tant que dans mes veines un sang rouge coulera
Je me battrai encore et toujours et sans cesse
Pour saluer la vie qui palpite et qui bat
Et quand je m’en irai, ce sera sans tristesse
Puisque d’autres viendront qui diront après moi
Je me bats, je me bats
Michel Bühler © 2012
samedi 17 novembre 2012
Au-delà de la barbarie
Nous vivons dans un monde barbare. Rien de neuf sous le soleil : depuis la nuit des temps, les hommes s’entredéchirent et s’exterminent pour des enjeux nourris par la seule soif du pouvoir. Tout se passe comme si certains n’existaient que s’ils tuent leurs semblables.
Toutes ces guerres, tous ces meurtres organisés, toutes ces prises de pouvoir ultime sur l’autre sont souvent liés aux religions. Quel paradoxe fondamental. La plupart de ces religions, voire de ces philosophies, sont clairement orientées vers le respect de l’autre, vers la solidarité, vers l’amour. Malheureusement, elles s’accompagnent aussi d’une illusion de vérité qui devient meurtrière quand elle se transforme en infaillibilité.
Que ceux qui s’engagent dans une religion croient en sa vérité, quoi de plus normal. De là à la transformer en l’unique et absolue Vérité, il y a un pas, trop souvent franchi. Ce n’est même pas le propre des « religions ». Parmi ceux qui se réclament de l’athéisme, combien ne franchissent-ils pas ce même écueil, transformant leurs convictions en seule vérité et balayant du même coup tout ce qui ne s’y rattache pas ?
Pourtant, fondamentalement, l’humanité se caractérise par la diversité. Que celle-ci soit religieuse, mais aussi raciale, linguistique, culturelle, physique, nationale, etc. Chercher à supprimer cette diversité en imposant notre propre pseudo-unicité, c’est nier la réalité même de l’homme, qu’on rattache ou non celle-ci à un quelconque Dieu créateur. Une seule voie s’ouvre vraiment à nous de manière durable et harmonieuse : la coexistence. Tu es toi, je suis moi. Nous sommes riches de nos différences et ce n’est qu’en les laissant interagir que nous connaîtrons une véritable croissance.
En attendant, combien de personnes ont-elles été tuées aujourd’hui de par ces guerres humaines aussi stupides que vaines, de par la violence aussi gratuite qu’inutile ? Quand l’homme se décidera-t-il – pour devenir enfin lui-même – à aller au-delà de la barbarie ?
mercredi 31 octobre 2012
Maman
Tu es partie cette nuit, Maman, pour ton dernier voyage. Qu’il soit comme tu l’as rêvé.
Ton chemin avec nous fut long : tu venais de fêter tes 96 ans. Pendant toutes ces années, tu as passé ton temps à faire tout ce que tu pouvais pour faciliter la vie des autres, particulièrement de ceux qui t’étaient proches.
Je n’étais pas là pour en témoigner, mais je suis convaincu que ta jeunesse fut consacrée à aider tes parents, ton frère et ta sœur. Ce qui ne t’a pas empêché de prendre du bon temps avec tes cousines et tes amies.
Lorsque tu devins une femme adulte, tu rencontras Papa, mais vous fûtes vite séparés : la guerre emmena Papa en captivité durant 5 longues années. Ce ne furent certainement pas des années faciles. Je suis sûr qu’à nouveau tu fis tout ce qui était possible pour surmonter les difficultés quotidiennes et continuer à croire, à faire croire, que tout s’arrangerait.
Ce fut le cas et dès que ce fut possible, vous vous êtes mariés. De cet amour naquirent 5 enfants, dont je fus le dernier. Au début de votre mariage, tu étais professeur et cela te plaisait bien. Mais quand nous arrivâmes, tu fis un choix. Je me souviens que, jeune adolescent, je t’ai demandé pourquoi tu ne travaillais pas. Tu m’avais répondu avec un grand sourire : « Mais parce que j’ai décidé de m’occuper de vous, mes enfants ! Et cela remplit une vie ! ». Ta réponse m’avait fortement impressionné.
D’autant plus qu’éduquer cinq enfants – quatre garçons et une fille – n’était pas une sinécure. Il y eut plusieurs moments difficiles qu’il te fallut surmonter avec courage, nourri par ta Foi. Il y eut évidemment l’accident d’Étienne qui nous a tous tellement touchés au plus profond de nous-mêmes. C’est peut-être pour toi que c’était le plus dur. Pourtant, jamais je ne t’ai vu flancher. C’est toi qui nous soutenais et qui continuais à faire vivre la vie.
Ton énergie n’était jamais prise en défaut. Lorsqu’Étienne disparut, ce fut un nouveau moment difficile que tu vécus toujours avec la même dignité. Lorsque nous vidions son appartement, je me souviens d’un moment où Philippe, Bernard et moi étions tous les trois vidés, fatigués tant nerveusement que physiquement. C’est toi qui nous as relancés, comme si de ton côté tu n’éprouvais aucune lassitude.
Assez logiquement, il y eut des beaux-enfants qui apprécièrent à sa juste valeur l’accueil que vous leur avez donné. Tu as eu ainsi huit petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants. Ils ont tous les douze pu apprécier ta bonne humeur et ton souci permanent de t’intéresser à leur découverte de la vie.
À la suite de ta chute, vous vous êtes retrouvés, Papa et toi, dans une vie un peu retirée du monde. Tu consacras alors toute ton énergie et ton attention à Papa. Nous avions beau te dire qu’il fallait que tu penses un peu à toi, tu continuais à te donner entièrement à celui dont tu partageas la vie durant 67 années, avec toujours la même complicité et la même émotion lorsque vous vous retrouviez après une courte hospitalisation de l’un ou de l’autre !
Pour toute cette énergie, ce dévouement, ce courage, je te dis merci, Maman. Je t’aime.
Ton chemin avec nous fut long : tu venais de fêter tes 96 ans. Pendant toutes ces années, tu as passé ton temps à faire tout ce que tu pouvais pour faciliter la vie des autres, particulièrement de ceux qui t’étaient proches.
Je n’étais pas là pour en témoigner, mais je suis convaincu que ta jeunesse fut consacrée à aider tes parents, ton frère et ta sœur. Ce qui ne t’a pas empêché de prendre du bon temps avec tes cousines et tes amies.
Lorsque tu devins une femme adulte, tu rencontras Papa, mais vous fûtes vite séparés : la guerre emmena Papa en captivité durant 5 longues années. Ce ne furent certainement pas des années faciles. Je suis sûr qu’à nouveau tu fis tout ce qui était possible pour surmonter les difficultés quotidiennes et continuer à croire, à faire croire, que tout s’arrangerait.
Ce fut le cas et dès que ce fut possible, vous vous êtes mariés. De cet amour naquirent 5 enfants, dont je fus le dernier. Au début de votre mariage, tu étais professeur et cela te plaisait bien. Mais quand nous arrivâmes, tu fis un choix. Je me souviens que, jeune adolescent, je t’ai demandé pourquoi tu ne travaillais pas. Tu m’avais répondu avec un grand sourire : « Mais parce que j’ai décidé de m’occuper de vous, mes enfants ! Et cela remplit une vie ! ». Ta réponse m’avait fortement impressionné.
D’autant plus qu’éduquer cinq enfants – quatre garçons et une fille – n’était pas une sinécure. Il y eut plusieurs moments difficiles qu’il te fallut surmonter avec courage, nourri par ta Foi. Il y eut évidemment l’accident d’Étienne qui nous a tous tellement touchés au plus profond de nous-mêmes. C’est peut-être pour toi que c’était le plus dur. Pourtant, jamais je ne t’ai vu flancher. C’est toi qui nous soutenais et qui continuais à faire vivre la vie.
Ton énergie n’était jamais prise en défaut. Lorsqu’Étienne disparut, ce fut un nouveau moment difficile que tu vécus toujours avec la même dignité. Lorsque nous vidions son appartement, je me souviens d’un moment où Philippe, Bernard et moi étions tous les trois vidés, fatigués tant nerveusement que physiquement. C’est toi qui nous as relancés, comme si de ton côté tu n’éprouvais aucune lassitude.
Assez logiquement, il y eut des beaux-enfants qui apprécièrent à sa juste valeur l’accueil que vous leur avez donné. Tu as eu ainsi huit petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants. Ils ont tous les douze pu apprécier ta bonne humeur et ton souci permanent de t’intéresser à leur découverte de la vie.
À la suite de ta chute, vous vous êtes retrouvés, Papa et toi, dans une vie un peu retirée du monde. Tu consacras alors toute ton énergie et ton attention à Papa. Nous avions beau te dire qu’il fallait que tu penses un peu à toi, tu continuais à te donner entièrement à celui dont tu partageas la vie durant 67 années, avec toujours la même complicité et la même émotion lorsque vous vous retrouviez après une courte hospitalisation de l’un ou de l’autre !
Pour toute cette énergie, ce dévouement, ce courage, je te dis merci, Maman. Je t’aime.
dimanche 14 octobre 2012
Le saut
C’est évidemment l’exploit du jour : Felix Baumgartner a sauté de 39 km d’altitude pour s’offrir une chute libre folle, franchissant au passage le mur du son. Tout ça vécu en direct par des milliers (des millions ?) de personnes, qui ont sans doute senti leurs tripes s’égarer lorsqu’on l’a vu partir en vrille… pour ensuite se stabiliser.
L’exploit est bien plus grand que la victoire attendue de Bart De Wever à Anvers (Antwerpen), mais je ne sais pas lequel des deux événements aura l’impact le plus important. Fort possible que ce soit cette victoire politique. Pour autant que le fameux Bart sache faire quelque chose de sa victoire, ce qui n’est pas certain. Parviendra-t-il seulement à négocier une majorité ? Finalement, il ne vaut peut-être pas mieux que son homonyme Bart Simpson !
De toute évidence, je suis bien plus impressionné par le saut de Felix. Même s’il est vraisemblable qu’il s’agit d’un exploit quelque peu inutile. Mais l’inutile n’est-il pas la caractéristique première de la beauté ?
On pourrait croire qu’il faut être fou pour sauter ainsi. Il faut certainement l’être un peu. À nouveau, la folie n’est-elle pas un signe indispensable de l’intelligence ? Pour oser se lancer, il s’est préparé durant des mois et des mois. Finalement, la seule inconnue était que personne n’avait jamais fait cela. Certaines questions n’étaient donc pas résolues à l’avance. L’inconnu n’est-il pas la source fragile de l’exploit ?
J’imagine que les nombreux paramètres qui ont été relevés durant cette chute de quelques minutes permettront à la science d’en savoir un peu plus. Certaines de ces nouvelles informations seront peut-être réutilisées dans des contextes plus ou moins semblables. Ceux-ci sont cependant a priori assez rares. On peut donc se poser des questions sur cette activité publicitaire pour une boisson énergisante qui s’est déjà révélée à la pointe de l’actualité lors de la course F1 du jour. On peut se poser des questions, oui. Mais on peut aussi rêver. J’avoue que regarder cet exploit en direct m’a replongé dans les premières années de la découverte spatiale, avec ces reportages où il ne se passe pas vraiment grand chose, mais où ce qui se passe est absolument unique et merveilleux. Par la magie de la télévision, on se donne l’illusion d’y participer un peu. Quel plaisir !
L’exploit est bien plus grand que la victoire attendue de Bart De Wever à Anvers (Antwerpen), mais je ne sais pas lequel des deux événements aura l’impact le plus important. Fort possible que ce soit cette victoire politique. Pour autant que le fameux Bart sache faire quelque chose de sa victoire, ce qui n’est pas certain. Parviendra-t-il seulement à négocier une majorité ? Finalement, il ne vaut peut-être pas mieux que son homonyme Bart Simpson !
De toute évidence, je suis bien plus impressionné par le saut de Felix. Même s’il est vraisemblable qu’il s’agit d’un exploit quelque peu inutile. Mais l’inutile n’est-il pas la caractéristique première de la beauté ?
On pourrait croire qu’il faut être fou pour sauter ainsi. Il faut certainement l’être un peu. À nouveau, la folie n’est-elle pas un signe indispensable de l’intelligence ? Pour oser se lancer, il s’est préparé durant des mois et des mois. Finalement, la seule inconnue était que personne n’avait jamais fait cela. Certaines questions n’étaient donc pas résolues à l’avance. L’inconnu n’est-il pas la source fragile de l’exploit ?
J’imagine que les nombreux paramètres qui ont été relevés durant cette chute de quelques minutes permettront à la science d’en savoir un peu plus. Certaines de ces nouvelles informations seront peut-être réutilisées dans des contextes plus ou moins semblables. Ceux-ci sont cependant a priori assez rares. On peut donc se poser des questions sur cette activité publicitaire pour une boisson énergisante qui s’est déjà révélée à la pointe de l’actualité lors de la course F1 du jour. On peut se poser des questions, oui. Mais on peut aussi rêver. J’avoue que regarder cet exploit en direct m’a replongé dans les premières années de la découverte spatiale, avec ces reportages où il ne se passe pas vraiment grand chose, mais où ce qui se passe est absolument unique et merveilleux. Par la magie de la télévision, on se donne l’illusion d’y participer un peu. Quel plaisir !
dimanche 7 octobre 2012
Le soleil
"Un moment de l’été indien" © Claude Théberge
Y a le soleil du monde
Qui fait chauffer les corps
En se montrant plus fort
Que la mort moribonde
Hier, il a plu quasiment toute la journée. Aujourd’hui, un magnifique soleil d’octobre darde ses rayons, découpant des ombres insolites et subtiles. « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière », a écrit Edmond Rostand. Il a bien raison.
Nous connaissons tous des périodes d’automne ou d’hiver. Elles noircissent nos vies et parviennent parfois à nous faire croire que rien n’a de sens, que tout est inutile. L’homme est ainsi fait que – la plupart du temps – il parvient à continuer à animer une petite flamme d’espoir dans sa nuit moribonde. Et un jour, le soleil revient.
Il suffit d’une éclaircie, d’un rayon qui s’infiltre sans se laisser dévier de son but. Il suffit même parfois simplement de croire que cette lumière n’est pas que virtuelle, qu’elle existe vraiment… pour qu’elle existe vraiment !
Quelle chaleur alors ! On sent le sang circuler partout dans nos veines, alimenter la moindre de nos cellules, surtout celles du cerveau et celles de la vie. Et on se laisse aller au bien-être de cette douceur dynamique dont les caresses sont toujours aussi pénétrantes que revigorantes. Malgré la mort. Grâce à la vie.
Qu’est-ce qui fait vivre la vie
Qui nous porte au-delà de nous
Qu’est-ce qui nous rend fou
Qui nous donne autant d’envie
Y a le soleil du monde
Y a le soleil du monde
Qui fait chauffer les corps
En se montrant plus fort
Que la mort moribonde
dimanche 16 septembre 2012
Coups de matraque
Un jeune part en vacances avec copains et copines dans un pays étranger. Il fait la fête avec ses amis. Il est là pour ça : prendre du bon temps ! Il y a beaucoup d’autres jeunes en vacances dans ce coin ensoleillé. La fête est parfois bruyante, pas toujours contrôlée.Un soir, l’ambiance est chaude. Le jeune se balade avec ses copains, en s’amusant comme il se doit. Tout à coup, il est bousculé… par des policiers qui n’aiment pas trop ces fêtes. Les a-t-il provoqués ? Difficile à savoir. Mais quand ils le bousculent, il se contente d’esquiver. Il n’aime pas la violence. Premier moment terminé. Deuxième échauffourée. Les policiers reviennent à l’assaut et le jeune reçoit quelques coups de matraque… Cette fois, il répond par quelques injures tout en cherchant à nouveau à se retirer de ce combat qui ne le concerne pas. Troisième attaque, groupée cette fois. Cinq ou six policiers, armés de matraques, contre un jeune sans aucune défense. Combat inégal. Le jeune se retrouve enfermé dans un cachot.
Un médecin vient le voir : il paraît que tout est en ordre. Les blessures ont sans doute une autre couleur par là. Il reçoit aussi la visite d’une avocate. Elle le prépare à son passage devant le juge. Mais celui-ci n’aura jamais lieu : une heure avant, il est libéré. Il s’en va, sans demander son reste, reconduit par l’avocate.
Banal événement de vacances ? Peut-être. On peut évidemment se demander pourquoi ce jeune était là, au mauvais moment et au mauvais endroit. On peut se dire que les brutalités se seraient arrêtées s’il n’avait pas réagi aux premiers coups. On peut penser qu’il est normal que les policiers en aient marre de devoir faire face tous les soirs à des fêtards venus dont on ne sait où et qui troublent l’ordre public. On peut, évidemment.
On peut aussi se demander s’il est normal pour autant de tabasser un jeune qui n’a pas commis d’acte délictuel. On peut penser que les policiers se sont acharnés sur lui pour ne pas devoir s’acharner sur les autres, plus nombreux. On peut enfin s’interroger sur le fait qu’il ait finalement été libéré sans passer devant le juge : il y avait sans doute un risque qu’il dise la vérité et que ces policiers se retrouvent dans une situation difficile. On peut, aussi.
On peut enfin penser que tout aurait pu se passer autrement. On peut espérer que le dialogue est encore possible, même dans des moments tendus. On peut rêver que l’hospitalité consiste à autre chose qu’à asséner des coups de matraque. On peut, enfin.
jeudi 6 septembre 2012
Délation vertueuse ?
Ainsi donc, la chaîne Casa, en Belgique, invite son personnel à dénoncer tout acte délictuel d’un autre membre du personnel, dont il aurait connaissance. Chacun est encouragé à dénoncer ses collègues qui auraient volé de l'argent ou des marchandises, octroyé une remise à un ami, ou qui n'auraient pas presté leurs heures de travail… Gros scandale apparemment, qui me laisse perplexe.
La délation, c’est quelque chose de mauvais. Wikipédia le dit d’ailleurs : la délation est une dénonciation méprisable et honteuse. Elle consiste à fournir des informations concernant un individu, en général à l'insu de ce dernier, souvent inspiré par un motif contraire à la morale ou à l'éthique et donc honteuse. On m’a toujours dit et fait sentir que raccuspoter, cela ne se faisait pas ! Dénoncer une bêtise commise par quelqu'un d'autre est ignoble. On dit d'ailleurs que la raccuspote est sans culotte ! Dans ma carrière d’enseignant, j’ai d’ailleurs toujours admiré – quoiqu’elle m’énervait – la solidarité entre enfants qui faisait qu’on ne disait surtout pas quel était l’auteur du petit méfait, malgré toutes les tentatives de séduction et/ou de menace des professeurs !
D’accord, la solidarité, c’est très bien. C’est même peut-être la seule valeur qui en vaille la peine. Mais si j’étais témoin d’un crime – prenons comme exemple imaginaire celui de cette horrible histoire en Haute-Savoie – et que je connaisse l’assassin, qu’il soit même peut-être mon ami, devrais-je me taire ? Ne serait-ce pas ce silence qui serait alors honteux et méprisable ? L’exemple est fort, bien sûr. Mais jusqu’où faut-il être solidaire des conneries des autres ? J’avoue que je n’en sais rien.
Dénoncer un collègue qui vole ou roule l’entreprise dans laquelle je travaille n’est-il pas en réalité un acte naturel au service de l’intérêt collectif plutôt qu’à celui d’un individualisme nocif ? Le mot « délation » fait peur, bien sûr, parce qu’il est connoté négativement. Mais pourquoi faudrait-il « protéger » celui qui fait le mal sous le prétexte que c’est mon collègue ?
Ne soyons pas bégueules : inciter à dénoncer les méfaits des autres peut conduire malheureusement à en inventer pour le plaisir de les dénoncer. Les règlements de compte entre collègues risquent de trouver là une voie royale pour leur épanouissement injuste et nauséabond. C’est un risque, j’en ai bien conscience. Mais cela change-t-il vraiment quelque chose sur le fond ?
Plus que jamais, je n’ai pas de réponse définitive à toutes ces questions. La seule réponse au bout du compte est au niveau de l’éthique personnelle. Celle-ci se fonde sur des valeurs, des histoires, des souffrances, des bonheurs… Personnellement, si j’étais cadre dans la société Casa, je ne crois pas que j’aurais incité les membres du personnel à dénoncer leurs collègues malfaisants, mais peut-être aurais-je trouvé utile de les informer que s’ils voulaient le faire, ils pouvaient toujours s’adresser à tel numéro de téléphone ou à telle adresse électronique. Cette nuance est-elle hypocrite ? À vous de le dire…
La délation, c’est quelque chose de mauvais. Wikipédia le dit d’ailleurs : la délation est une dénonciation méprisable et honteuse. Elle consiste à fournir des informations concernant un individu, en général à l'insu de ce dernier, souvent inspiré par un motif contraire à la morale ou à l'éthique et donc honteuse. On m’a toujours dit et fait sentir que raccuspoter, cela ne se faisait pas ! Dénoncer une bêtise commise par quelqu'un d'autre est ignoble. On dit d'ailleurs que la raccuspote est sans culotte ! Dans ma carrière d’enseignant, j’ai d’ailleurs toujours admiré – quoiqu’elle m’énervait – la solidarité entre enfants qui faisait qu’on ne disait surtout pas quel était l’auteur du petit méfait, malgré toutes les tentatives de séduction et/ou de menace des professeurs !
D’accord, la solidarité, c’est très bien. C’est même peut-être la seule valeur qui en vaille la peine. Mais si j’étais témoin d’un crime – prenons comme exemple imaginaire celui de cette horrible histoire en Haute-Savoie – et que je connaisse l’assassin, qu’il soit même peut-être mon ami, devrais-je me taire ? Ne serait-ce pas ce silence qui serait alors honteux et méprisable ? L’exemple est fort, bien sûr. Mais jusqu’où faut-il être solidaire des conneries des autres ? J’avoue que je n’en sais rien.
Dénoncer un collègue qui vole ou roule l’entreprise dans laquelle je travaille n’est-il pas en réalité un acte naturel au service de l’intérêt collectif plutôt qu’à celui d’un individualisme nocif ? Le mot « délation » fait peur, bien sûr, parce qu’il est connoté négativement. Mais pourquoi faudrait-il « protéger » celui qui fait le mal sous le prétexte que c’est mon collègue ?
Ne soyons pas bégueules : inciter à dénoncer les méfaits des autres peut conduire malheureusement à en inventer pour le plaisir de les dénoncer. Les règlements de compte entre collègues risquent de trouver là une voie royale pour leur épanouissement injuste et nauséabond. C’est un risque, j’en ai bien conscience. Mais cela change-t-il vraiment quelque chose sur le fond ?
Plus que jamais, je n’ai pas de réponse définitive à toutes ces questions. La seule réponse au bout du compte est au niveau de l’éthique personnelle. Celle-ci se fonde sur des valeurs, des histoires, des souffrances, des bonheurs… Personnellement, si j’étais cadre dans la société Casa, je ne crois pas que j’aurais incité les membres du personnel à dénoncer leurs collègues malfaisants, mais peut-être aurais-je trouvé utile de les informer que s’ils voulaient le faire, ils pouvaient toujours s’adresser à tel numéro de téléphone ou à telle adresse électronique. Cette nuance est-elle hypocrite ? À vous de le dire…
dimanche 2 septembre 2012
Quel bel été !
Quel bel été ! Depuis le 21 juin, je n’ai quasiment plus vu de pluie. La fin du mois de juin n’était pas superbe, mais je me suis retrouvé en mission au Cap Vert la première quinzaine de juillet et le soleil y était naturellement présent. De plus, la mission était intéressante : je n’y ai pas fait grand chose, mais j’ai vu un peuple qui se prenait en mains face aux défis du 21e siècle. Passionnant.Après, je fus en vacances. Au Portugal, sous un soleil limpide et chaud. Quel bonheur ! Les quelques contacts que j’ai eus avec la population m’ont là aussi permis de découvrir un peuple qui en veut, qui voit avant tout le soleil avant de se lamenter sur la crise qui pourtant les touche de plein fouet.
Le mois d’août me permis de connaître le soleil belge, resplendissant de Sint-Agatha-Rode à Saint-Idesbald ! Pas sûr que les dieux y soient pour quoi que ce soit, mais c’était bien agréable.
Demain, ce sera pour moi – comme pour beaucoup – la rentrée professionnelle. Il faut bien que les choses s’arrêtent pour laisser la place à d’autres défis, d’autres enjeux, d’autres rêves. Mais en me baignant encore tout à l’heure dans l’eau plus ou moins froide de la piscine familiale, j’ai goûté le plaisir du soleil de septembre, la fraîcheur de l’eau désaltérante, la lumière des saines fins de journée.
Quel bel été ! Je ne suis pas seul à le penser. Je vous invite à visionner cette vidéo du réalisateur luxembourgeois Vitùc qui glorifie les petits plaisirs de la vie. Que la rentrée soit illuminée par cette vision !
mercredi 29 août 2012
L’incroyable saga de l’été
Estimant qu’on en parlait déjà beaucoup trop, j’avais décidé jusqu’à présent de ne pas m’exprimer sur la saga de l’été : la libération conditionnelle de Michèle Martin. Mais poussé par certains de mes lecteurs, dont des Français ayant des difficultés légitimes à décoder la situation du fait de leur éloignement, je me décide. Pour l’essentiel, j’ai déjà tout dit dans mon billet « Vindicte populaire » écrit en mai 2011, lorsque pour la première fois une éventuelle libération avait été rendue publique. Je continue à assumer tous les mots écrits en ces temps-là.L’incroyable saga de l’été 2012 nous a cependant apporté un certain nombre de nouveaux éléments.
En premier lieu, la « victimisation ». Plusieurs des victimes de Dutroux et Martin se sont largement exprimées, dont notamment Jean-Denis Lejeune. Que les choses soient claires : je partage fondamentalement la douleur de ces victimes. Celle-ci leur confère-t-il pour autant une justesse dans leur jugement ? Leur donne-t-elle des droits supérieurs à ceux du commun des mortels ? À ces deux questions, je réponds « non ». Toutes les victimes ne se sont d’ailleurs pas larmoyées : j’admire la dignité des parents de Melissa Russo, la sobriété de la maman de Eefje Lambrechts, la volonté de vie de Sabine Dardenne.
À côté de ces victimes volontairement en retrait, essayant sans doute avant tout de faire leur « deuil » dans le respect de la société, on en a vu d’autres surtout animées par leur esprit de révolte. Celui-ci est tout aussi respectable, la question n’est pas là. Mais ce n’est pas parce qu’on est victime qu’on a forcément raison sur tous les points et qu’on est en droit d’imposer à la société certaines orientations. Les victimes ont bien sûr le droit de s’exprimer et de se faire entendre. Mais elles n’ont pas forcément raison du simple fait d’être victimes. Quand on voit l’hyper-médiatisation de Jean-Denis Lejeune, il y a de quoi se poser des questions. Non pas sur sa souffrance. Celle-ci est son histoire. Mais pourquoi être présent en permanence dans les médias, pour dire parfois tout et n’importe quoi ? Cet homme souffre, c’est certain. Mais il a aussi désormais besoin d’être omniprésent dans la presse pour surmonter sa souffrance en soignant avant tout son ego. Trop, c’est trop. Il ne semble pas le comprendre.
Cela amène à traiter une autre question : la « récupération politique » de toute cette affaire. J’en parle d’une part parce qu’on sent bien – malheureusement – que toujours le même Jean-Denis Lejeune est aussi en campagne électorale pour les élections communales du 14 octobre. Mais tous les politiciens le sont aussi. Comment expliquer que ce sempiternel Jean-Denis Lejeune soit reçu par deux ministres (Justice et Intérieur) plus encore le Premier Ministre lui-même, sans émettre l’hypothèse d’une récupération politique ? Sans compter le minable conflit lancé par Charles Michel, président du MR, accordant au PS la responsabilité politique de la libération de Michèle Martin, réécrivant ainsi l’histoire sans aucune vergogne !
Cette récupération politique essaie de suivre le mouvement populaire, évidemment. C’est un autre trait du feuilleton de l’été : le « populisme ». Le peuple a raison, envers et contre tout, simplement parce qu’il est le peuple… et donc on le caresse dans le sens du poil. Ce qui guide le « peuple » - du moins est-ce ce qu’on essaie de nous faire croire – c’est la vengeance, la loi du talion. Cette femme, Michèle Martin, a fait des horreurs – et effectivement, c’est bien le cas ! – et elle ne peut donc être elle-même que l’objet de l’horreur. Il faut la faire souffrir, la nourrir uniquement de pain et d’eau, l’humilier, la torturer… voire la tuer ! La loi primaire du talion est encore bien présente. Ce « peuple » ne semble pas se rendre compte que l’humanité s’est promue quand elle a remplacé la vengeance brutale par un système de justice – fusse-t-il imparfait – en comprenant qu’il faut prendre un minimum de recul pour juger de choses innommables et pour prendre des décisions humaines, fondées sur la reconstruction et l’espoir, plutôt que sur la punition et la négation de l’autre. Ce qui me semble assourdissant dans cette démarche « populaire », c’est que la seule réponse apportée à la violence est la violence. C’est un débat que je tiens depuis longtemps face à la peine de mort. Tant que la seule réponse qu’on peut apporter à la violence absurde d’un assassin est de lui faire à son tour le mal qu’il a fait à d’autres, on ne peut être que son égal, à savoir un assassin parmi d’autres.
Un phénomène à analyser dans ce feuilleton de l’été est aussi l’« hyper-médiatisation ». Depuis que la nouvelle d’une éventuelle libération de Michèle Martin a surgi, les medias en ont parlé en long et en large tous les jours, attisant ainsi surtout la haine et l’absence de recul, ce qui est exactement l’inverse de ce que les medias devraient faire ! Cependant, aujourd’hui, les medias ne sont plus des instruments de parole à sens unique. Un journaliste écrit un article. Celui-ci est éventuellement publié dans un journal en papier, mais la plupart du temps il paraît surtout sur Internet. Dans ce cas, tout le monde peut réagir et donner son avis, quel que soit celui-ci. Il faut bien l’avouer : c’est, la plupart du temps, parfaitement désolant. J’avoue – et c’est là un autre débat que je me refuse d’approfondir ici en ce moment – mais en lisant de nombreux commentaires, je me suis dit « Heureusement qu’on n’est pas dans une démocratie directe ! ».
Dans tout ce magma nauséabond, il y a quand même une éclaircie, qui fait que je range ce billet dans mon libellé « Lumières » ! C’est bien sûr l’attitude des Clarisses de Malonne, ces religieuses qui envers et contre tout ont décidé d’accueillir Michèle Martin, non pas dans leur Communauté, mais dans leur maison. Il fallait l’oser. Alors qu’on est aujourd’hui souvent confronté à une Église égoïste et hautaine, sertie de ses convictions morales abscondes, voilà des Sœurs qui – simplement – essaient de mettre en pratique les leçons de l’Évangile. Juste quelques paroles d’un certain Jésus-Christ : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » ; « Si on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche » ; « Ce que tu as fait au plus petit des miens, c’est à moi que tu l’as fait »… Je ne veux pas ici me prononcer sur le bien-fondé ou non de ces paroles. Je constate simplement que les Clarisses de Malonne, en accueillant Michèle Martin, n’ont fait qu’essayer de les mettre en pratique. Et c’est réjouissant de voir qu’il y a encore au sein de l’Église des personnes qui, en toute humilité, se réfèrent avant tout au message évangélique et non pas à un discours aseptisé et péremptoire d’une hiérarchie morale détachée de toute réalité.
dimanche 26 août 2012
Doutes
À vrai dire, je ne sais pas trop sur quoi ou sur qui écrire, tant les événements se bousculent : les décès de Neil Armstrong, de Jean-Luc Delarue, voire même de Guy Spitaels ou de Michel Daerden ; la vraisemblable et normale – devrais-je écrire légale ? – libération conditionnelle de Michèle Martin ; la condamnation apparemment douce d’Anders Behring Breivig, champion de l’assassinat programmé ; l’improbable abandon de Lance Armstrong dans sa lutte pour faire reconnaître sa tout aussi improbable innocence ; la première victoire de la saison de Philippe Gilbert, sans compter les belles victoires du Standard ; les sempiternelles disputes linguistiques autour du Gordel ; l'extraordinaire restauration du tableau Ecce Homo par Cecilia Gimenez ; etc. De beaux sujets, sur lesquels on pourrait dire tant de choses. Sur lesquels – vraisemblablement – je prendrais sans doute une position un peu à contre-courant, on ne se refait pas !
Et pourtant, je n’ai pas trop envie de me lancer dans ces sujets. Peut-être parce qu’il est lassant de nager à contre-courant… ou de nager tout simplement !
Comme beaucoup d’autres, j’exprime des avis, mes avis. C’est un besoin pour moi. Mais est-ce un besoin fondé ? Mes avis sont-ils eux-mêmes fondés ? Comme beaucoup de monde – surtout ceux qui s’expriment à tort et à travers – j’ai l’impression de penser par moi-même. Mais est-ce le cas ? Est-il seulement possible de penser par soi-même ?
J’en doute. Je doute donc que je pense par moi-même, comme je doute que les autres puissent penser par eux-mêmes. Nous sommes tous baignés dans un bain d’informations dans lequel il est difficile de nager en gardant la tête froide. Nous pensons bien sûr nous forger notre propre opinion, mais celle-ci n’est jamais qu’influencée, voire construite, par notre entourage, nos valeurs, notre culture, notre attachement à l’un ou l’autre courant de pensée.
Faut-il s’en inquiéter ? En soi, non. Les convictions – qu’elles soient soi-disant personnelles ou incrustées dans une pensée directrice – ne sont jamais dangereuses que lorsqu’elles se drapent d’une infaillibilité aveuglante. Tant qu’on ne fait que penser – quelle que soit l’origine de nos pensées – on ne fait en fait qu’exister. « Je pense, donc je suis », écrivait Descartes. C’est plus clair en latin : « Cogito, ergo sum ». En français, « je suis » peut toujours avoir deux sens ! Et malheureusement, c’est souvent le sens de « suivre » que certains vivent dans leur pensée. N’empêche, l’être humain ne l’est que parce qu’il pense, que parce qu’il est subjectif. C’est notre grandeur de ne pas toujours être d’accord sur l’une ou l’autre question. Le même Descartes se fit le chantre du doute philosophique. On ne peut être sûr de rien… et il faut douter de tout !
Paraphrasant la chanson célèbre de Gabin « On ne sait jamais la couleur des choses, c’est tout ce que je sais, mais ça je le sais ! », je dirais que « La seule chose dont je ne doute pas, c’est que je doute ! Et encore, j’en doute ! ».
vendredi 24 août 2012
Tours défiance
Lance Armstrong devrait donc être déchu de ses 7 victoires au Tour de France. Quelle désolation !Si c’est le cas, on ne saura sans doute jamais la vérité. Armstrong arrête – par lassitude – de se battre contre ces procédures juridiques interminables, tout en répétant qu’il est innocent et qu'il ne s’est jamais dopé. Il s’agit là d’une affirmation sans doute peu crédible, mais de deux choses l’une :
- soit Armstrong dit la vérité et ne s’est jamais dopé. La perte de toutes ses victoires, la pire des déchéances pour un sportif de ce niveau, serait alors aussi une profonde injustice, à vous dégoûter du sport de compétition ;
- soit Armstrong ment et s’est dopé durant ces nombreuses années. Les conséquences actuelles et futures de cette tromperie seraient dès lors légitimes, mais quel sentiment alors de gâchis, de duperie, de lâcheté, à vous dégoûter du sport de compétition.
La seule solution serait donc de décider qu’il n’y a aucun vainqueur à ces sept Tours. Serait-ce seulement possible ? Et quel crédit pourrait-on encore apporter aux épreuves des autres années ? Car il ne faut pas se leurrer. Le dopage ne date pas des années Armstrong. Il existait déjà du temps des Merckx, Hinault, Indurain et autres coureurs mythiques. Je ne dis pas que ceux-ci se sont dopés. Je n’en sais rien. De toute façon, on ne peut être maintenant que dans des « Tours défiance », sans pouvoir croire qui que ce soit… sauf ceux qui ont été pris en flagrant délit et qui ont avoué ! Une petite minorité !
mardi 21 août 2012
Carabouya
Traversée rapide du marché de Louvain-la-Neuve cette après-midi. Pas grand monde. Une nouvelle échoppe attire mon regard : rien que des cuberdons, de toutes les couleurs et de tous les goûts. Ma confiserie officiellement préférée (même si parfois j’en ai un peu la nausée). Soudain, ma vue est attirée par un panneau : « carabouya » ! Je m’approche et je vois effectivement des sachets blancs remplis de carabouya ! Retour brutal dans mon enfance !
C’était à Namur. Lorsque nous y allions, il nous arrivait de nous rendre au marché du samedi matin, une ambiance que nous ne connaissions pas vraiment à Bruxelles. Le moment que je préférais était quand nous arrivions près de « Carabouya », un noir débonnaire qui vantait sa marchandise ! Et il avait bien raison.
À l’époque – c’était au début des années 60 – il n’y avait pas vraiment beaucoup de noirs dans les rues. En voir un était déjà extraordinaire, et je me demandais toujours s’il était vraiment noir ou simplement grimé de cirage ! Qu’importe, il était absolument jovial et convivial sans jamais être trivial. Et puis, il vendait du carabouya : ça ressemblait à du charbon, mais ce n’en était pas. C’était dur, au goût d’anis (je n’avais jamais entendu parler d’anis à cette époque). Parfois, ma tante nous en achetait. Et c’était le plus beau des bonheurs du monde !
J’ai continué à aimer tous les bonbons à l’anis ! En souvenir – je crois – de ce carabouya de mon enfance, aussi mystérieux que délicieux. J’en avais déjà plus ou moins retrouvé le goût dans des cuberdons à l’anis. Mais là, en voir à nouveau devant moi ! Je n’ai pas pu résister (mes dents non plus, mais ça, c’est une autre affaire).
Pour la petite histoire, la plupart de ceux qui se souviennent du carabouya et de leur(s) vendeur(s) noir(s) débonnaire(s) pensent qu’il s’agit d’une confiserie africaine. En réalité, il n’en est rien : c’est du bon belge ! Les descendants de plusieurs confiseurs en revendiquent la paternité. Ce qui est sûr, c’est qu’au vingtième siècle, ce bonbon de réglisse, mélange durci de sucre et d'anis, eut son heure de gloire vendu un peu partout sur les marchés belges, chaque fois par un noir débonnaire. Avec des slogans imparables : « Carabouya , carabouya, jamais malade, jamais mourir... Toudis crever ! ».
Pas sûr que le carabouya ait guéri qui que ce soit, mais en tout cas, aujourd’hui, il a fait – une fois de plus et de manière inattendue – mon (petit) bonheur !
C’était à Namur. Lorsque nous y allions, il nous arrivait de nous rendre au marché du samedi matin, une ambiance que nous ne connaissions pas vraiment à Bruxelles. Le moment que je préférais était quand nous arrivions près de « Carabouya », un noir débonnaire qui vantait sa marchandise ! Et il avait bien raison.
À l’époque – c’était au début des années 60 – il n’y avait pas vraiment beaucoup de noirs dans les rues. En voir un était déjà extraordinaire, et je me demandais toujours s’il était vraiment noir ou simplement grimé de cirage ! Qu’importe, il était absolument jovial et convivial sans jamais être trivial. Et puis, il vendait du carabouya : ça ressemblait à du charbon, mais ce n’en était pas. C’était dur, au goût d’anis (je n’avais jamais entendu parler d’anis à cette époque). Parfois, ma tante nous en achetait. Et c’était le plus beau des bonheurs du monde !
J’ai continué à aimer tous les bonbons à l’anis ! En souvenir – je crois – de ce carabouya de mon enfance, aussi mystérieux que délicieux. J’en avais déjà plus ou moins retrouvé le goût dans des cuberdons à l’anis. Mais là, en voir à nouveau devant moi ! Je n’ai pas pu résister (mes dents non plus, mais ça, c’est une autre affaire).
Pour la petite histoire, la plupart de ceux qui se souviennent du carabouya et de leur(s) vendeur(s) noir(s) débonnaire(s) pensent qu’il s’agit d’une confiserie africaine. En réalité, il n’en est rien : c’est du bon belge ! Les descendants de plusieurs confiseurs en revendiquent la paternité. Ce qui est sûr, c’est qu’au vingtième siècle, ce bonbon de réglisse, mélange durci de sucre et d'anis, eut son heure de gloire vendu un peu partout sur les marchés belges, chaque fois par un noir débonnaire. Avec des slogans imparables : « Carabouya , carabouya, jamais malade, jamais mourir... Toudis crever ! ».
Pas sûr que le carabouya ait guéri qui que ce soit, mais en tout cas, aujourd’hui, il a fait – une fois de plus et de manière inattendue – mon (petit) bonheur !
mercredi 8 août 2012
Cherchez l’erreur
Trouver les 7 différences entre Wojdan Saharkhani, judoka saoudienne, Sandeep Singh, joueur de hockey indien, et Maria Sharapova, joueuse de tennis russe, ne serait pas très difficile. Trouver la ressemblance – en dehors du fait qu’ils ont participé tous les trois aux Jeux Olympiques de Londres – est plus subtil et pourtant beaucoup plus interpellant.Ne languissons pas : ces sportifs concourent tous les trois avec un « signe religieux distinctif » ! Inutile sans doute de revenir sur le « voile » de Saharkhani qui eut un premier combat à réaliser dans ces JO : faire accepter qu’elle puisse lutter en portant le voile musulman, finalement réduit à un bonnet de bain noir. Singh, comme bon nombre de ses compatriotes, n’eut aucun problème à concourir en turban, comme tout Sikh qui se respecte. Enfin, personne n’a émis la moindre remarque sur la croix orthodoxe que Sharapova porte au cou.
Dans les trois cas – et il y en a beaucoup d’autres, notamment tous ces sportifs qui « se signent » avant de commencer leur compétition – il y a clairement la volonté de manifester son appartenance à une religion. Simplement, ce n’est pas la même religion.
Ma position est claire : ils ont tous les trois bien raison ! Pour quelqu’un qui – que ce soit de manière intime ou simplement sociale – a la « foi », il me semble évident que cette « foi » anime sa vie entièrement. Y compris donc dans sa vie sportive. Il me semble donc « normal » qu’au moment où ces sportifs vont donner le meilleur d’eux-mêmes, ils y associent – d’une manière ou d’une autre – la religion à laquelle ils se rattachent.
Pourtant, cherchez l’erreur ! De ces trois sportifs qui ont tous les trois la même démarche, seule celle de Saharkhani a posé problème et a remué toute la planète sportive ! Avait-elle seulement le droit de manifester ainsi son appartenance religieuse ? Bien sûr, les règles du judo stipulent que les concurrents ne peuvent avoir de foulard ou autre tissu, en fonction du risque d’étranglement. D’accord. Le « bonnet de bain noir » était là une bonne solution. Mais fallait-il pour autant en faire tout un foin ? On en aurait même fini par croire que vouloir porter le voile menaçait les grandes « valeurs » sportives des jeux olympiques !
Ce qu’il y a de grave, c’est qu’on ne dénonce jamais aujourd’hui les « marques extérieures religieuses » que si elles sont musulmanes. Pas de problème pour les chrétiens – pas même les nonnes qui se camouflent tout à fait dans leur habit de carmélite ou autre, ni évidemment le Pape qui se déguise comme aucun autre homme n’oserait le faire – ni pour les Sikhs, ni pour les Mormons, ni pour les Juifs, ni pour des tas d’autres religions. Mais les Musulmans, eux, sont – par définition – coupables de tous les maux !
En soi, je n’ai rien ni pour ni contre les Musulmans. Pas plus que pour ou contre les autres religions. Mais ne commence-t-on pas à dépasser les bornes en stigmatisant toujours l’Islam ? En écrivant cela, j’ai bien conscience qu’il y a actuellement au sein de cette religion, un bon nombre de fanatiques dangereux. Il y en a dans les autres religions aussi, mais ils sont moins nombreux sans doute. C’est un vrai problème. Faut-il pour autant condamner d’avance tous les Musulmans qui essaient simplement de vivre leur religion ? Cherchez l’erreur…
Inscription à :
Articles (Atom)









