dimanche 28 avril 2013

Dès que le printemps revient

Photos © FMG 2013

Il m’étonnerait fort que je trouve quelqu’un qui dise de moi : « Ça au moins, c’est un gars qui aime la nature… ! ». J’avoue, je suis plus intéressé par la technique que par la nature, par ce que l’homme construit que par ce que la Terre lui offre comme ressources… Mais enfin, je ne suis pas aveugle non plus. Et quand je vois que la Nature se réveille parce que quelques rayons de soleil daignent enfin nous éclairer, à défaut d’encore nous réchauffer, je ne reste pas vraiment indifférent. Et je jouis de l’instant présent !

Ça fait du bien, non ?

Un peu de vert pour illuminer la terre…

Un peu de bleu pour oublier le gris…

Un peu de blanc pour rafraîchir…

Un peu d’arc-en-ciel synthétique pour accueillir la lumière…

Et derrière les grilles, un peu de liberté pour construire la vie !

mercredi 24 avril 2013

Vanité Femen peut-être, mais ne fait pas femme

Ainsi donc, hier soir, André-Mutien Léonard, archevêque de Belgique, a fait l’objet d’une manifestation musclée du groupe Femen belge. Le moins qu’on puisse dire est que cette intervention intempestive pose beaucoup de questions et que les réactions qu’on voit fuser sont souvent peu raisonnées et très affectives.

Ce Léonard, personnellement, je ne l’encaisse pas, comme je l’ai déjà écrit ici-même. Je ne l’encaisse pas, mais je lui reconnais une certaine cohérence. Par exemple, quand il apprend que le Pape François a été élu, il montre clairement que cela ne l’enchante pas ! Il a aussi un discours sur l’homosexualité fidèle à ce qu’il pense être la doctrine de l’Église. Il a récemment conseillé aux homosexuels l’abstinence et le célibat, en précisant que c’est ce qu’il dit quand il s’adresse à des chrétiens. On peut ne pas être d’accord avec lui, mais son discours est cohérent et – qu’on le veuille ou non – n’est nullement méprisant vis-à-vis des homosexuels, chrétiens ou non.

Bref, ce mardi soir, il avait accepté une invitation de l’Université libre de Bruxelles, pour participer à une conférence-débat intitulée : « Blasphème : offense ou liberté de s'exprimer », organisée par la Ligue pour l'abolition des lois réprimant le blasphème et le droit de s'exprimer librement (LABEL). On ne peut pas dire qu’il allait là en terrain conquis, bien au contraire. À nouveau, il était assez cohérent avec lui-même : c’est un intellectuel qui connaît les vertus du débat et acceptant donc celui-ci. Imaginait-il convaincre qui que ce soit dans cette assemblée où le libre-examen règne en maître ? J’en doute fort. Mais il était là pour partager et discuter.

Puis, les FEMEN sont arrivées. On voit sur la photo toute leur haine et leur violence. Léonard, tout aspergé d’eau, s’est réfugié dans ce qui semble être une prière. Quand on le voit comme ça, il me semble méchamment mettre en œuvre ce qu’a proposé ce doux révolutionnaire que fut Jésus : « Si on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche ! ». Une cohérence de plus ?

Du côté des Femen, rien que de la violence, de l’intolérance, du mépris. En quoi ont-elles fait avancer de quelques millimètres que ce soit la cause du féminisme, celle de la liberté de parole et de pensée, celle de la non-violence, celle du respect de la différence ? Elles ont voulu montrer qu’« en Belgique aussi, nous avons du panache », mais elles n’ont en réalité que démontrer le contraire : de l’esbroufe !

Je n’ai toujours pas plus de sympathie pour ce Léonard qui me semble déconnecté du monde d’aujourd’hui. Mais dans cet événement, il me semble quand même le plus cohérent… et aussi le plus efficace. La vanité de nos Femen belges les a fourvoyées dans une voie sans issue qui les laisse sans voix.

samedi 20 avril 2013

Chansons oubliées : Prends ton courage et continue, par Angélique et Photis Ionatos (1975)

Les amateurs de musique « world » connaissent Angélique Ionatos et sa voix grave envoûtante. Depuis 1977, elle parcourt les scènes du monde distillant des chansons qui puisent leur inspiration au cœur de la culture traditionnelle grecque, tout en faisant des incursions en langues française, anglaise, espagnole… C’est du bon travail, même si ce n’est pas tout à fait ma tasse de thé.

Par contre, le 33 tours qu’elle a sorti en 1975 avec son frère Photis reste un de ces disques que je prends toujours plaisir à réécouter, tant il y a là de fraîcheur, de force, de musicalité, de spontanéité !

Photis mène lui aussi une carrière musicale, surtout en Belgique et de manière très confidentielle, ce qui n’enlève rien à la qualité de son travail.

Toutes les chansons de ce 33 tours mériteraient d’être mises en avant, mais j’ai choisi « Prends ton courage et continue ». Composée par le duo, chantée par les deux, en français mais avec un peu de grec, c’est une chanson qui m’a permis – à moi comme à d’autres – de garder la tête haute, de poursuivre le chemin en sachant que la lumière est au bout du tunnel, de vivre.

Prends ton courage et continue


Pour celui qui ne verra plus le grand miracle de la vie,
Pour celui qui n'entendra plus parler d'amour, parler d'oubli,
Pour celui qui ne pourra plus sentir la chaleur de l'enfant,
Pour celui qui ne pourra plus goûter la saveur du printemps,
 
Fais un vœu, en attendant que le cœur du monde fleurisse d'amour !
 
Pour celui dont le cœur est triste et qui sanglote dans le silence,
Et pour celui dont la souffrance est devenue pain quotidien,
Pour celui qui s'invente un monde pour protéger son ignorance,
Et pour celui qui prend conscience de l'importance d'une vie,
 
Fais un vœu, en attendant que le cœur du monde s'incline devant la douleur et la solitude !
 
Mais pour le soleil qui se lève, pour ce bourgeon qui vient d'éclore,
Et pour la haine qui s'endort, dans le cœur même de la nuit,
Pour ce sourire qui vient se mettre au plus profond coin de ton être,
Et pour l'enfant qui vient de naître,
 
Prends ton courage et continue !

vendredi 12 avril 2013

Sois belle et tais-toi

Depuis longtemps, on sait que globalement les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. On sait aussi intuitivement que cette différence est liée aux stéréotypes véhiculés sur le rôle respectif des filles et des garçons. En caricaturant, on dit à la fille « Sois belle et tais-toi » et au garçon « Sois un homme, mon fils » ! La fille va donc s’adapter à ce qu’on attend d’elle – et donc être une bonne élève – alors que le garçon va s’affirmer dans sa fierté conquérante – et donc ne pas trop répondre aux attentes scolaires.

Certains cherchent quand même à vérifier ces explications intuitives. C’est le cas de Bonny L. Hartley et Robbie M. Sutton, chercheurs au département de psychologie de l’Université du Kent. Dans un article paru dans la revue Child Development, ils relatent trois études :
  • la première, portant sur 238 enfants, a montré que les filles de plus de 4 ans et les garçons à partir de 7 ans pensent que les adultes croient que les garçons sont moins bons à l'école que les filles ;
  • dans la deuxième, les chercheurs ont dit à un groupe de 162 enfants âgés de 7 à 8 ans que les garçons étaient plus mauvais à l'école que les filles. Résultats : les garçons ont diminué leurs notes en écriture, en lecture et en maths, mais rien de changé du côté des filles ;
  • dans la troisième étude, les chercheurs ont dit à 184 enfants âgés de 6 à 9 ans que les garçons et les filles obtiennent les mêmes résultats à l'école. Résultat: les performances scolaires des garçons s'en sont trouvées améliorées... même si leurs résultats étaient toujours moins bons que ceux des filles. Quant aux performances des filles, elles sont restées inchangées.

Pas sûr que ces études apportent des éléments vraiment nouveaux. On pourrait croire que les filles se laissent moins influencer par les stéréotypes qu’on leur transmet, mais en réalité elles sont sans doute influencées par le message qui leur est transmis – inconsciemment – depuis leur naissance : « Sois belle et tais-toi ». Après, on peut leur dire ce qu’on veut, elles savent bien ce qu’elles ont à faire : s’adapter aux règles de la société et donc aux attentes scolaires.

Les garçons sont apparemment plus influençables, ce qui peut se comprendre : en fonction de l’image que leur entourage donne au concept « être un homme », ils s’y adapteront.

Ce qui est étonnant dans les trois expériences des chercheurs anglais, c’est qu’ils n’ont – sur la base des informations en ma possession – jamais essayé de transmettre les stéréotypes totalement opposés, c’est-à-dire de voir ce qui se passe si on dit aux enfants que les garçons sont les meilleurs à l'école et donc que les filles sont plus mauvaises. J’ignore totalement ce que donnerait comme résultats une telle expérience, mais il est symptomatique qu’elle n’ait même pas été réalisée (apparemment) par les chercheurs. Comme s’il était scientifiquement inconvenant d’aller à l’encontre des stéréotypes fondamentaux.

Interpellant, non ?

vendredi 5 avril 2013

Les voleurs de vélo

Il y a longtemps, je travaillais comme instituteur et je me rendais à vélo à l’école. C’était non seulement un plaisir, mais en plus j’avais l’impression de participer d’une manière ou d’une autre au bien public. Et ça me plaisait bien. Puis, un jour, j’ai voulu rentrer chez moi, mais il n’y avait plus de vélo. Juste un morceau de cadenas cisaillé. Je me souviens qu’après le premier moment de stupéfaction, je me suis dit : « J’espère au moins qu’il en avait plus besoin que moi ».

Cette pensée positive m’avait aidé à faire passer la pilule. J’avais toujours cette idée (naïve) en tête : si quelqu’un m’avait volé mon vélo, c’est qu’il n’avait pas les moyens de s’en offrir un ! En quelque sorte, en étant volé, j’avais continué à faire œuvre utile.

Aujourd’hui, j’ai un peu vieilli et je suis moins naïf (quoique). Mais je suis outré, fâché, offensé. Il y a donc sur Terre des milliers de voleurs qui font tout pour avoir le maximum d’argent… alors qu’ils en ont déjà un fameux paquet.

Je parle de tous ces « gens normaux » identifiés dans les fichiers de l’OffshoreLeaks. Je parle de ce monsieur Cahuzac qui a pêché là où il dénonçait. Je parle de tous ces riches – style Gérard Depardieu – qui fuient leur pays simplement pour payer moins d’impôt. Je parle de ces patrons qui n’hésitent pas à fermer une entreprise et à envoyer des centaines de travailleurs au chômage pour simplement augmenter leurs dividendes déjà bien plantureux. Je parle…

N’ayant jamais été adepte des théories du grand complot, je ne vais pas commencer à me lancer dans des grands discours sur la perversité des systèmes politiques, qui seraient minés de A à Z par la soif de pouvoir et l’incompétence notoire des responsables dès qu’ils deviennent ministres. Ces discours généralistes ne me semblent jamais crédibles et nuisent plus qu’autre chose au message qui les soutient.

Mais comment ne pas être écœuré par ce qui se passe ? Comment accepter qu’un riche fasse tout ce qu’il lui est possible pour être plus riche encore, même et surtout si ce possible est aussi interdit ? Comment tolérer cet égoïsme fondamental qui conduit à ignorer le bien public ?

Car c’est cela qui est le plus inacceptable. Il est possible que de nombreuses personnes impliquées dans l’OffshoreLeaks n’aient rien fait d’illégal. Mais ils ont utilisé toutes les failles du système pour gagner plus d’argent, et donc pour en donner moins à la collectivité.

Cet argent détourné est pourtant celui dont nos sociétés ont besoin pour payer de manière convenable ceux qui n’ont pas la chance d’avoir du travail, pour financer un enseignement exsangue, pour appuyer des projets artistiques non rentables par définition, pour mettre en place des politiques environnementales dignes de ce nom…

Qui vole un vélo, vole crescendo ! Pas sûr que celui qui a volé le mien il y a plus de 30 ans fasse partie de ces voleurs de haut vol et de biens publics. N’empêche, je prends conscience aujourd’hui de la folie humaine, celle qui pousse certains à devenir de plus en plus riches, à n’importe quel prix, en ignorant superbement les besoins sociaux et sociétaux. Le plus dur, c’est que notre société n’a sans doute que les « voleurs de vélo » qu’elle mérite. J’ai envie de vomir.

samedi 30 mars 2013

Où est le problème ?

Nous voici donc au changement d’heure. Comme à chaque changement – soit deux fois par an – on va lire çà et là les sempiternelles rouspétances. Pourtant, en ce domaine comme en d’autres, le meilleur moyen de ne pas avoir de problèmes est de ne pas en voir là où il n’y en a pas !

Sans doute, ce petit changement perturbe-t-il certains. Quand on creuse un peu la question, il apparaît que celles qui subissent le plus un effet négatif seraient les vaches laitières qui auraient quelques difficultés à se remettre du changement de rythme, avec non seulement une baisse quantitative de la production, mais aussi de sa qualité ! Elles auraient bien besoin d’une semaine pour s’adapter à la nouvelle donne. Il faut compatir, non seulement avec les vaches en question, mais sans doute surtout avec les fermiers qui sont les premiers à en subir les conséquences.

Pour le reste… On dit que les enfants et les personnes âgées ont du mal à s’en remettre également. Il serait plus correct de dire que certains enfants et certaines personnes âgées éprouvent certaines difficultés à s’habituer à cette modification temporelle. En tout cas, toutes les difficultés – pour autant qu’il y en ait – disparaissent après une semaine.

Les bénéfices du changement d’heure continuent quant à eux durant les 7 mois que dure l’heure d’été. Je ne parle pas des gains énergétiques. On sait que ceux-ci existent, mais qu’ils sont relativement faibles. Je parle simplement des gains en termes de bien-être. Pouvoir disposer de soirées plus longtemps lumineuses, c’est un réel profit ! Ce l’est d’autant plus quand on n’en finit pas de ne pas sortir d’un hiver sombre et froid. Changer d’heure, c’est un peu entrer vraiment dans le printemps et l’été. Et ça, c’est appréciable.

Bref, on ne peut nier que pour certains, ce changement positif est légèrement perturbant. Faut-il pour autant à chaque fois nous bassiner les oreilles avec cette histoire. Bien sûr, il faut rappeler que changement d’heure il y a et réexpliquer à chacun ce qu’il doit faire concrètement. Mais de là à remettre chaque fois en question cette mutation, il y a une marge. D’autant plus qu’en procédant ainsi, les médias ne font sans doute que créer le problème. Or, vraiment, le meilleur moyen de ne pas avoir de problèmes est de ne pas en voir là où il n’y en a pas !

Finalement, dans cette histoire, le plus gros problème est qu’il faut passer en revue toutes les horloges qui n’ont pas encore intégré le changement de manière automatique. Et ça en fait un sacré paquet !

samedi 16 mars 2013

L'inexorable disparition de l'écriture manuscrite

Ces mots, je les écris sur un clavier relié à un écran. Si quelqu’un les lit un jour, ce sera sur un autre écran. Plus que vraisemblablement, il n’y aura jamais personne qui les imprimera sur un papier. Quand bien même ce serait le cas, seule une imprimante interviendra. Ces mots existent, mais ils ne seront jamais écrits à la main « à l’ancienne ». L’écriture manuscrite est en train de disparaître.

Elle ne serait pas la première forme d’écriture à s’éteindre. Il y a longtemps que plus personne ne grave sur une pierre les « coins » de l’écriture cunéiforme des Sumériens. Plus personne ne trace sur des tablettes de cire ni ne dessine sur des papyrus les hiéroglyphes égyptiens ou des alphabets phéniciens. L’arrivée du parchemin, puis du papier, a révolutionné l’écriture qui a cessé d’être l’apanage de quelques privilégiés pour devenir pendant des siècles un moyen de communication largement répandu.

Mais aujourd’hui, alors que l’écrit n’a sans doute jamais été aussi présent, rares sont les occasions où l’on écrit à la main pour communiquer. L’émergence des supports électroniques est d’une telle ampleur que l’écriture manuelle devient obsolète. Il nous arrive évidemment encore d’écrire à la main, mais la plupart du temps, ce sont des écrits courts et utilitaires : une liste de courses, un rendez-vous dans son agenda, un chèque (en Belgique, ceux-ci n’existent même plus)… Bien peu de gens prennent encore le temps d’écrire leur courrier à la main. La plupart des écrivains, poètes, scientifiques… écrivent à l’aide de l’ordinateur. Même dans les auditoires, on voit de plus en plus d’étudiants encoder directement leurs notes de cours.

Il faut dire que l’ordinateur offre de nombreux avantages dont celui de la propreté. Moi qui ne suis jamais arrivé à écrire de manière lisible, je bénis le ciel (et les hommes) d’avoir inventé l’ordinateur. Non seulement je peux écrire lisiblement et proprement, mais aussi je peux penser de manière dynamique et propre. Je peux revenir en arrière. Je peux effacer un mot, le déplacer, le remplacer. L’écriture peut même devenir un processus collectif où plusieurs personnes interviennent directement sur le texte en devenir. Sans oublier bien sûr les correcteurs orthographiques et autres dictionnaires de synonymes qui sont bien utiles quand on sait bien les utiliser. Bref, moi qui ai toujours beaucoup écrit, j’ai l’impression que ma force d’écriture s’est décuplée avec l’arrivée de l’ordinateur.

Inévitablement donc, on peut se poser la question de la disparition de l’écriture manuscrite. Celle-ci aura de moins en moins d’importance. On écrira de plus en plus notre liste de courses, notre agenda et autres babioles sur notre smartphone. Un jour, on se rendra compte qu’on n’écrit plus à la main. Que plus personne n’écrit à la main. Il y aura bien sûr des irréductibles et ils n’auront sans doute pas tort. Mais inexorablement, l’écriture manuscrite disparaîtra. Ce n’est pas pour demain, ni même pour après-demain. Mais peut-être dans 20 ans, dans 50 ans, voire même dans 100 ans. À l’échelle de l’histoire de l’écriture, c’est comme si c’était tout à l’heure.

On y perdra quelque chose, bien sûr. Mais l’humanité s’en remettra. Quand j’étais petit, j’ai appris à extraire des racines carrées à la main. Aujourd’hui, je prends ma calculette et c’est beaucoup plus simple ! Personne n’y a quelque chose à redire. J’ai aussi appris la calligraphie. Cela ne m’a pas aidé à avoir une écriture lisible, mais j’ai passé des heures à remplir des pages avec de belles lettres, en pure perte. La calligraphie a disparu aujourd’hui des classes d’école. Y a-t-il quelqu’un qui y a vraiment quelque chose à redire, en dehors d’une nostalgie vaporeuse ?

Une telle nostalgie n’a pas lieu d’être. À l’université, j’ai appris – avec beaucoup de plaisir – les statistiques. Nous utilisions déjà des calculatrices scientifiques, mais lors de l’examen, nous passions l’essentiel de notre temps à encoder des données pour calculer des moyennes et des écarts-types, afin de faire – quasiment à la main – les calculs de l’un ou l’autre test statistique relativement simple. Aujourd’hui, fini les calculatrices. Les données sont encodées dans un logiciel quelconque et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, on réalise tous les tests statistiques qu’on veut. Le travail n’est plus alors de calculer la valeur d’un t ou d’un F, mais d’interpréter les résultats des analyses réalisées et de leur donner du sens. Grâce à l’ordinateur, le statisticien peut se débarrasser du boulot de singe et se concentrer sur l’essentiel, à savoir l'utilisation des résultats. C’est bien plus intelligent, plus utile, plus complexe, plus significatif.

Il en va de même pour l’écriture. Ne plus devoir consacrer son énergie à l’acte physique d’écrire, être aidé dans la gestion difficile de l’orthographe… tout cela contribuera à aller à l’essentiel : le sens du message qu’on écrit, voire le style qu’on veut lui donner.

Cela dit, l’acte manuel d’écrire a son importance aussi ! Certains affirment qu’écrire à la main est bon pour le cerveau, car l'utilisation du stylo implique davantage d'activité cérébrale que l'utilisation du clavier. Certains médecins conseilleraient d’ailleurs aux personnes âgées de se remettre à l’écriture manuscrite pour garder un esprit vif. Cet acte physique permettrait aussi de structurer la pensée. Les plus fervents de l’écriture manuelle prétendent que le développement des écrans dans notre quotidien conduirait à une mauvaise ou une moindre utilisation de la partie du cerveau consacrée aux mouvements.

D’autre part, il est vrai que notre écriture est un élément fondamental de notre être  et révèle bien des choses sur notre caractère et notre personnalité, du moins pour ceux qui savent décoder et interpréter – sans trop travestir – les différents types d'écritures. Pour écrire, notre cerveau envoie des signaux à nos mains et à nos doigts, via le système nerveux : comme chaque cerveau est différent, chaque écriture est différente. Elle est une autre empreinte digitale ! L’abandon de cette empreinte serait dès lors quelque part une perte d’identité, ainsi d’ailleurs qu’une distanciation de l’histoire de l’humanité…

Tous ces éléments sont importants à prendre en compte et, maintenant que la question de la disparition de l’écriture se pose de manière concrète, il est indispensable de multiplier les recherches pour essayer de comprendre quel peut être le rôle exact de l’écriture manuelle dans la construction de l’identité et de l’intelligence. Ces recherches devront aborder une question essentielle et lourde de sens : faut-il encore apprendre aux enfants de 6 ans à écrire à la main ?

Il est trop tôt pour répondre à cette question. L’école sera sans doute le dernier bastion de l’écriture manuscrite. Quand celle-ci  aura quasiment entièrement disparu des pratiques humaines, on continuera vraisemblablement encore à l’enseigner. Par habitude d’abord, mais aussi parce que de nombreux pédagogues, psychologues, neurologues… argueront du fait que l'apprentissage de l'écriture manuscrite permet de développer la psychomotricité chez les enfants et contribue à la stimulation et au développement de certaines zones du cerveau.

Néanmoins, qu’on le veuille ou non, on est sans doute dans une évolution inéluctable. Un instituteur ayant réfléchi à celle-ci écrit : « S’il fallait en effet vraiment mettre l’accent sur les compétences des citoyens de demain, je supprimerais de mon emploi du temps l’apprentissage des boucles et des ponts, non sans une certaine nostalgie du temps passé, tout comme mes anciens collègues ont dû pleurer amèrement la disparition de l’encrier et de la plume, et de l’apprentissage associé des pleins et des déliés. Les temps changent, les techniques aussi, l’école se doit de les accompagner. »

N’est-ce pas là le véritable défi ? Comment s’inscrire dans le mouvement de l’histoire, en accompagnant – voire en précédant – les évolutions inéluctables, sans s’enfermer dans une inutile et improductive nostalgie ?

lundi 11 mars 2013

Pérégrinations

Hier, j’étais – pour le plaisir – à la pointe nord-ouest de la Belgique, plus précisément d’ailleurs à la pointe sud-ouest des Pays-Bas. Aujourd’hui, j’ai travaillé à la pointe sud-est de la Belgique, plus précisément en France d’ailleurs. Et me voilà de retour chez moi, aux alentours de Wavre. Entre A et B, 323 km.

Dans l’absolu, ce n’est pas grand chose. À l’échelle de la Belgique, c’est énorme. C’est vraiment la traverser de long en large, selon la distance la plus grande possible.

En réalité, ce n’étaient que quelques centaines de kilomètres supplémentaires dans ma vie professionnelle. S’il m’est arrivé de voyager un peu partout dans le monde pour aller travailler, pour le moment, je parcours les quatre coins de la Belgique, ou plus précisément de la Wallonie. C’est un peu long parfois, mais c’est supportable.

Les déplacements en soi ne sont pas désagréables. On peut rêver, écouter de la musique, apprécier les paysages, réfléchir à l’un ou l’autre point en n’ayant pas peur de parler seul tout haut… Quand les conditions climatiques ne sont pas excellentes, comme ce soir au retour, c’est plus stressant, mais à nouveau, c’est supportable.

Mais ce que j’apprécie le plus, c’est que le simple fait de venir de loin, d’avoir parcouru de nombreux kilomètres pour aller travailler avec des gens rend ceux-ci plus disponibles, plus ouverts, plus cordiaux. C’est un phénomène difficile à expliquer et je ne m’autoriserais pas à le généraliser à toute circonstance. Cependant, la plupart du temps, ça marche et j’ai l’impression au bout du compte que ces journées aux longs déplacements sont aussi plus efficaces, plus souriantes, plus épanouies…

Finalement, ce n’est peut-être qu’une impression. Comme si les kilomètres me saoulaient et m’introduisaient dans un univers second. Allez savoir. En attendant, au bout du compte, c’est bien agréable.

dimanche 3 mars 2013

Rendez-lui ses Tours

Lance Armstrong est déchu. Il a triché, il a avoué, il est puni. Et pourtant, j’ose écrire : « Rendez-lui ses Tours, ses victoires, ses exploits ». Il a triché, c’est certain. Mais il a tout simplement triché comme les autres. Chaque jour apporte sa part de nouvelles informations sur les pratiques dopantes dans le cyclisme tout comme dans d’autres sports. Alors, arrêtons l’hypocrisie et acceptons que tous ceux – ou quasi tous ceux – qui gagnent sont d’une manière ou d’une autre préparés à le faire avec toutes les méthodes qui peuvent y contribuer.

Il semble maintenant évident que toutes les victoires au Tour de France, depuis 1991, ont été acquises avec l’aide de cette charmante Erythropoïétine, mieux connue sous le vocable EPO. 1991, c’est la première victoire de Miguel Indurain, avec l’aide du Docteur Conconi, celui qui – en 1984 déjà – avait construit de toute pièce l’incroyable record de l’heure de Francesco Moser.

De 1991 à 2012, cela fait 21 Tours. Dont 7 à l’actif de Lance Armstrong. Un tiers seulement. Mais tous les autres sentent tout autant ce souffre nauséabond. Indurain, Riis, Ullrich, Pantani, Pereiro, Contador, Sastre, Schleck, Evans, Wiggins… plus tous les autres qui ont fini dans les 10 premières places… et tous les autres qui, malgré l’aide médicale, n’ont pas pu atteindre le nirvana cycliste !

Les coureurs étaient-ils plus propres avant 1991 ? Difficile à dire, mais peu crédible. On peut évidemment l’espérer avec, par exemple, quelqu’un comme Lemond. Mais il est sans doute le seul à le savoir avec exactitude. Et encore, combien de coureurs n’ont-ils pas été aidés « à l’insu de leur plein gré » ? On peut remonter ainsi bien loin : le dopage n’est quand même pas une invention des années 80 ! Avant l’EPO, d’autres produits ou procédés ont sévi (et sévissent encore) : ACTH (synacthène), anti-inflammatoires, broncho-dilatateurs, corticoïdes, cannabis (THC), clenbuterol, compléments alimentaires, créatine, hémoglobine synthéthique ou animale, nandrolone, testostérone, transfusions sanguines… sans oublier le « pot belge » !

On sait aussi aujourd’hui qu’il ne suffit pas qu’un coureur – quel qu’il soit – nie fermement s’être dopé pour qu’il dise la vérité. Alors, il est plus simple de croire que, d’une manière ou d’une autre, ils y sont tous passés.

C’est là que je dis : « Rendez à Armstrong ses maillots jaunes ». Bien sûr, il a triché et menti. Sans doute plus et mieux que tous les autres ! Mais être le premier d’une bande de dopés, c’est toujours être le premier. Ses Tours, il ne les a pas obtenus dans un fauteuil. Il a pédalé, sué, souffert… Pourquoi serait-il plus coupable que tous les autres ?

En écrivant cela, je ne cherche pas à l’excuser, en aucune manière. Je constate simplement qu’il est pourri au pays des pourris. Si on voulait vraiment nettoyer l’histoire du Tour – et plus globalement du cyclisme, pour ne pas dire du sport professionnel en général – il faudrait effacer tous les palmarès… depuis que le Tour (ou le sport professionnel) existe ! Cela n’aurait évidemment aucun sens. Alors, gardons les palmarès, en sachant ce qu’ils signifient.

Et puis luttons encore et toujours contre le dopage. Ou alors légalisons-le, puisque de toute façon il continuera à exister. Ne soyons pas stupidement bisounours. Le dopage est un fait et un fléau. Pour l’éradiquer – pour autant que ce soit possible – il faut le voir tel quel : un fait et un fléau. C’est d’ailleurs sans doute dans le cyclisme qu’il est le plus considéré à ce niveau. Que la lutte continue.

dimanche 24 février 2013

Nième offensive hivernale

  
FMG © 2013

Et voilà, c’est reparti ! Comme si on n’avait pas encore vu assez de neige cette année, elle s’est réinvitée sans demander gare. À croire qu’elle a vraiment envie de s’imposer comme l’événement-clé de l’hiver 2013.

Ce n’est évidemment pas avec ce léger tapis blanc qu’on va bouleverser le monde ni même la petite Belgique. Pas de quoi s’inquiéter, même si ça commence à bien faire et qu’on aimerait bien avoir un peu de soleil, un peu de chaleur, un peu de verdure…

Et puis, la neige a son charme évidemment. D’autant plus que depuis que ma voiture est équipée de pneus hiver, je dois bien me rendre à l’évidence que cela glisse nettement moins.

Bref, on ne va pas en faire un drame. La neige est là, c’est comme ça. Simplement, on va allumer un bon feu dans la maison et se laisser réchauffer par la danse des flammes. Finalement, tout n’est pas perdu !


dimanche 10 février 2013

Sérénité

 
FMG © 2013

La vie est faite de hauts et de bas. Parfois, elle se déroule simplement, en plaine sereine ou en pleine sérénité, aussi paisible que cette mer qui conduit majestueusement à la ligne d’horizon de la plénitude.

Ces moments de sérénité sont à apprécier sans borne, dans toute leur splendeur impassible. Comment viennent-ils ? À quoi sont-ils liés ? Qui peut les expliquer ? Questions vaines et futiles. Seul le calme importe et nourrit le cœur et l’esprit.

Certains disent qu’une mer calme n’a jamais fait un bon marin. Sans doute. Mais un certain John Donne ajoute avec raison que « la mer est aussi profonde dans le calme que dans la tempête ». En réalité, pour le marin, qu’elle soit calme ou tempête, c’est la mer qui crée son existence et sa raison d’être. Plus que vraisemblablement, il ne se pose pas, chaque matin, la question de savoir si la mer est encore là. C’est son évidence. Il ne s’interroge pas non plus de savoir si elle est calme ou tempête. Cela, il le vit et s’adapte aux circonstances. Préfère-t-il l’un ou l’autre ? Il est sans doute plus simple de vivre le calme, mais c’est sans doute aussi dans la tempête que se forgent les souvenirs, ceux qu’on revisite avec passion quand la mer est redevenue calme.

La vie est faite de hauts et de bas. Quel bonheur lorsqu’elle se déroule simplement, en plaine sereine ou en pleine sérénité, aussi paisible que cette mer qui conduit majestueusement à la ligne d’horizon de la plénitude !

vendredi 8 février 2013

Mais où allons-nous ?

Une maman retrouve-t-elle son fils devenu policier après une longue séparation ? Une vieille dame a-t-elle été attaquée par des voyous et vient-elle chercher de l’aide auprès du policier ? À moins qu’elle n’ait failli tomber et que le policier la rattrape ? Ou encore, c’est peut-être une dame souffrant malheureusement de démence et qui profère de joyeuses absurdités sans s’en rendre compte…

Plus vraisemblablement sans doute – et même sûrement – s’agit-il d’un abus d’autorité de la part d’un policier espagnol un peu énervé (comme d'autres policiers espagnols ?).

C’est vrai que cette photo en soi ne veut rien dire, car on ignore ce qui se passe exactement. Il est possible d’émettre plusieurs hypothèses sans nécessairement en avoir une seule qui soit la bonne. La force d’une image en est toujours aussi sa faiblesse, tant qu’on ne met pas par des mots ce qu’elle représente vraiment.

En l’occurrence, la réalité est triste et simple : la photo a été prise le 7 février, devant le siège de la Bankia – cette sordide banque créée par l'État espagnol pour sauver le secteur financier de la banqueroute – lors d’une action contre les expulsions de centaines de petits locataires qui n’ont plus les moyens pour payer leur loyer. La vieille dame, Angustia de son prénom, est passée de l'autre côté des barrières. Un premier policier l'a saisie par le bras : elle lui a demandé de la lâcher, ce qu'il a fait. C'est alors que le solide policier de la photo est intervenu et a projeté au sol cette Angustia rebelle. 
Emmenée aux urgences, elle en est ensuite ressortie et est retournée sur les lieux de la manifestations où elle été ovationnée à juste titre. Elle n’a rien perdu de sa verve ni de sa dignité, comme le montre cette vidéo.

Il faut bien reconnaître qu’un peu partout dans le monde la violence policière devient une habitude et qu’elle est banalisée dans de nombreux cas. Ce n’est pas une marque de progrès. La violence ne mène nulle part. D’où qu’elle vienne, elle débouche toujours sur une impasse. Mais elle est d’autant plus inacceptable lorsqu’elle est le fait des « forces de l’ordre ». Quand elle s’attaque à une vieille dame, fusse-t-elle rebelle, la violence devient vraiment stupide. Et ce nulle part où elle mène devient alors le déshonneur de l’humanité. Est-ce là que nous allons ?
 

jeudi 7 février 2013

Lumière à bas prix

Travaillant toute la journée avec de futurs conseillers en énergie autour de projets en ce domaine, je suis particulièrement sensible à cette information : des chercheurs canadiens ont développé une ampoule qui produit la même lumière qu’une ampoule à incandescence de 100 watts en ne consommant que 12 watts. Record mondial !
C’est une ampoule assez spéciale, car elle est obtenue par pliage – à la façon origami – de circuits imprimés parsemés de diodes électroluminescentes (LED). Au bout du compte, l’ampoule se visse sur n’importe quel soquet et émet, selon ses concepteurs, « une lumière blanche naturelle, brillante et chaleureuse, parfaitement confortable, un peu comme lorsque vous êtes exposé à la lumière du soleil en plein après-midi ».
Elle a évidemment un prix : 34 euros. Mais elle aurait une durée de vie de 30 000 heures : utilisée à raison de 4 heures par jour, elle rendrait l’âme après 20 ans de bons et loyaux services, avec une consommation hyper réduite ! Qui dit mieux ?

Plus que vraisemblablement, quelqu’un dira mieux un jour ! La recherche dans ce domaine est permanente et les produits nouveaux et performants continueront à apparaître. Difficile de dire aujourd’hui si la NanoLight connaîtra une grande diffusion. On peut l’espérer, mais la complexité des marchés est ce qu’elle est. Même un produit de qualité peut ainsi ne connaître que l’oubli en fonction des jeux d’influence et des enjeux économiques des grandes entreprises concernées.

En attendant, ne boudons pas notre plaisir. La gestion de l’énergie – comme celle de l’eau d’ailleurs – est un réel défi pour l’homme du XXIe siècle. Toute avancée technique permettant de réduire la facture énergétique est un progrès véritable dans la mesure où elle contribue à mieux gérer le capital énergétique de la Terre. C’est une question de survie : plus on consomme d’énergie, plus – non seulement – on diminue les richesses naturelles, mais aussi plus on accroît la pollution énergétique qui contribue au dérèglement climatique.
Enfin, le look de la NanoLight me plaît bien, sans compter sa méthode d’assemblage que vous pourrez découvrir dans les trente dernières secondes de cette vidéo !


samedi 26 janvier 2013

Cassez Desjeux

Comme d’autres, je me suis réjoui de la libération de Florence Cassez. Sa condamnation à 60 ans de geôle mexicaine était bien dure et entachée de trop d’irrégularités pour être crédible. Pour autant, est-on sûr qu’elle est innocente des actes qui l’ont amenée à être condamnée ? Et surtout, dans le doute, fallait-il l’accueillir en grandes pompes comme si elle était une héroïne des temps modernes ?

Loin de moi l’idée de dire qu’elle est coupable ou qu’elle ne l’est pas. Je n’en sais rien. Je sais seulement qu’elle a été effectivement en couple avec M. Israël Vallarta Cisneros, chef d’un gang très violent, Los Zodiaco. Je sais qu’elle a été arrêtée en 2005 dans le ranch du dit Israël et qu’on y a retrouvé armes de gros calibre et otages séquestrés ! Je sais qu’une des otages, Mme Cristina Ríos Valladares, a reconnu Florence Cassez comme étant une de ses ravisseuses. Je sais aussi que cette arrestation aurait été mise en scène et filmée par la police mexicaine, ce qui est un des vices de forme ayant finalement conduit à sa libération.

Je sais encore que les parents de la française ont toujours déclaré qu’ils ignoraient tout des activités criminelles d’Israël Vallarta Cisneros au point de ne l’avoir jamais rencontré, alors que des photos démontrent clairement le contraire.

Je sais qu’elle a donc été condamnée, en deux temps, à soixante années de prison et qu’elle a été libérée pour vices de forme dans la procédure, sans que les juges se prononcent sur le fond de l’affaire et donc sur son éventuelle culpabilité.

Tout cela est très bien relaté, avec beaucoup de discernement, à charge et à décharge, sur la page Wikipédia consacrée à l’affaire. Cette présentation ne permet évidemment aucunement de se prononcer définitivement sur la culpabilité de cette jeune femme, sans doute de toute façon embarquée dans une affaire qui l’a dépassée. Comme malheureusement beaucoup trop de femmes, victimes de l’amour qu’elles vouent à un homme qui n’en vaut pas la peine. À cet égard, la jolie Florence Cassez est sans doute de toute façon une victime. Et je continue à me réjouir de sa libération.

Fallait-il pour autant l’accueillir avec tant de fastes, tant politiques que médiatiques ? On peut en douter d’autant plus qu’au même moment, le corps de Yann Desjeux, l’otage français tué sur le site gazier d’In Amenas en Algérie, a été lui aussi rapatrié en France, dans une indifférence quasi généralisée. Pourtant, il semble que cet homme, ancien membre des forces spéciales françaises, se soit comporté en héros, en rassurant les otages, en détournant d'eux l'agressivité des ravisseurs, et en parvenant même à désamorcer le détonateur de la charge explosive de la ceinture avec laquelle les terroristes l’avait attaché. Son corps a été accueilli dans l’intimité de sa famille, avec la seule présence de la ministre déléguée des Français de l’étranger.

Deux poids, deux mesures qui posent question. Quelles sont les réponses ?

dimanche 20 janvier 2013

Mouvement social positif

« Ce monde, avec toutes les imperfections qu’il a, va vers un progrès social. Nous sommes en progrès constant en ce qui concerne la santé, l’hygiène, le regard porté aux autres, aux enfants, aux personnes âgées. Nous allons aussi vers une participation globale des gens, nous sommes plus généreux et participons plus à un mouvement social positif. Il y a moins d’égoïsme dans ce siècle. C’est évident. »*

Ces mots, c’est Jean Dufaux – scénariste de Jessica Blandy, Djinn, et autres séries BD – qui les a prononcés. Un doux rêveur ? Non, je ne crois pas. Il est d’ailleurs bien conscient de « toutes les imperfections » de notre monde. Mais il constate aussi les progrès et participe à ce mouvement social positif ! Il n’est pas fréquent de lire de telles déclarations. La tendance est plutôt au pessimisme névrotique et à la conviction que tout va mal, que tout fout le camp, qu’on n’a jamais été aussi près du gouffre et qu’il suffirait d’un pas…

Pourtant, le progrès social est là ! Il est intéressant de constater que Dufaux ne parle pas de progrès économique ni politique. À ces niveaux, on peut sans doute se poser des questions. Mais il y a progrès social (même si on peut aussi à ce niveau se poser des questions).

Ce progrès passe par une participation globale des gens accrue. Les moyens et les occasions de participation sont bien plus répandus qu’ils ne l’ont jamais été. Ils sont bien sûr encore fragiles et se cherchent. Mais Internet a permis une communication globale intense, avec la possibilité d’agir sur le concret à partir du virtuel, dans une égalité jamais égalée.

Ça fait du bien de se le rappeler de temps en temps !

* Jean DUFAUX, interviewé par Joëlle SMETS, dans Le Soir Magazine, n°4204, 16 janvier 2013, p. 48