jeudi 21 avril 2022

Ces petits riens qui sont tout

À vrai dire, je ne sais pas de quand date ce carton. La version la plus vraisemblable est que ma chère et tendre l’ait glissé dans ma valise lors d’une des innombrables missions que j’ai faites durant ma carrière professionnelle. Mais, je ne m’en souviens pas. Une autre possibilité, à laquelle j’aime croire, est que Brigitte ait écrit ce petit mot juste avant son départ pour un nième séjour à l’hôpital. Sans doute pas le dernier, il fut tellement inattendu. Et nous ne savions pas – quoiqu’elle le savait peut-être – que c’était le dernier.

Mais peu importe le moment. Aujourd’hui, ce carton est là, sur ma table de nuit, et je le vois chaque soir au moment où je me couche. Ce n’est pas le moment le plus facile de la journée. Se retrouver seul dans ce grand lit, avec cette place vide à côté de moi, a chaque soir un poids émotionnel lourd. Mais il y a ce carton. Qui me donne la force. Brigitte n’a pas écrit « Douce nuit », au singulier. Mais « Douces nuits », au pluriel. Elle savait qu’il y en aurait plusieurs, de nombreuses. Et elle les voulait « douces ». 

Je ne suis pas encore – mais le serais-je jamais ? – à ce stade où on sait bien sûr que l’être aimé est parti pour le grand voyage, au bout du chemin, mais où on l’accepte, où on vit pleinement cette vie qui demeure en se disant qu’elle est unique… même si l’unique n’est plus là. Mais j’ai la chance que, même sans sa présence physique, Brigitte m’accompagne. Elle est partie par la faute d’un cancer du poumon. Elle est partie parce qu’elle a arrêté de respirer, parce qu’elle ne pouvait plus respirer. Aujourd’hui, j’aime à dire que je respire de Brigitte… Et que son souffle est puissant, universel et éternel.

Lorsque je dis que je respire de Brigitte, il y a bien sûr tout le sens spirituel, philosophique et social de la formule. Mais il y a aussi ces petits riens qui sont tout. Je me suis rendu compte que, sans le vouloir, j’agis par mimétisme pour continuer à faire vivre concrètement mon aimée. Elle adorait manger de la soupe. Je n’étais pas enthousiaste. Aujourd’hui, je bois mon bol de soupe quasiment tous les jours. C’est chaque fois un moment important.

Même dans les moments difficiles, nous avons toujours aimé aller dormir au même moment. Mais nous avions des rites d’endormissement différents. Brigitte lisait dans son lit pendant que moi je m’isolais par mon casque musical pour un dernier quart d’heure de plénitude. Un vrai quart d’heure, décidé par le réglage de mon iPod. J’ai souvent constaté que le temps de lecture de Brigitte s’arrêtait quasi en même temps que celui de mon écoute. Et aujourd’hui, lorsque je me mets au lit, je lis. Inconcevable de faire autrement. Et quand j’ai fini, je passe à mon quart d’heure musical.

Ce ne sont que des petits riens, mais ils sont tout, ils font tout. J’ai eu la chance, il y a quelques années, de pouvoir mettre en musique un texte écrit par mon amie Cath. Il ne m’était pas destiné, mais je me suis permis de me l’approprier, car je savais déjà qu’il disait tout. Je l’ai déjà publié il y a longtemps, mais le voici à nouveau, dans toute sa vérité.

Petits riens

 
Tu sais, on n'est que c'qu'on est
La vie passe la vie nous fait
Des quidams au quotidien
Inquiets, agacés d'un rien,
Colère et papier de verre
Pour un p'tit grain de travers
Du sable entre les rouages
Qui nous mine et nous enrage
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.

Tu sais, on n'est que c'qu'on est
La vie glisse et nous défait
Nous démet nos certitudes
Lors des grandes solitudes
Cataclysme, raz-de-marée
La douleur dans la durée
Trie le bon grain de l'ivraie
Une main, une parole vraie
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.

Tu sais, on est ce qu'on est
La vie va et nous remet
Debout, sereins et lucides
Nus et humbles mais solides
Prêts à s'étonner d'un rien,
À saisir la joie qui vient
D'un matin clair, d'une lumière
D'un plaisir qui nous est cher
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.

Tu vois, on est ce qu'on est
La vie rit, la vie nous met
Un éclat dans le regard
Pour une rencontre, un hasard
Un autre humain qui t'émeut
Qui te touche te rend heureux
Des grains d'ambre et de lumière
Rires complices et joie claire
C'est une broutille un caillou
Des instants de rien du tout
Mais qui sont un peu de nous
Ces petits riens qui sont tout.


Paroles : Catherine Poret
Musique et interprétation : François-Marie Gerard
09 2008

mardi 1 mars 2022

Être traduit en russe et en ukrainien, à quoi bon ?

 

Les auteurs francophones traduits à la fois en russe et en ukrainien ne doivent pas être nombreux, d’autant plus dans l’univers pédagogique. J’en suis ! En 1993, Xavier Roegiers et moi-même publions, aux éditions De Boeck Université, l’ouvrage Concevoir et évaluer des manuels scolaires. Ce livre a été traduit et publié en 1998 en portugais et en russe, puis en 2001 en ukrainien. Pour la petite histoire, une nouvelle édition révisée a été publiée en 2003 sous le titre Des manuels scolaires pour apprendre. Celle-ci a été traduite et publiée en 2008 en chinois !

Au-delà de la gloriole et du souvenir qu’un jour mes enfants et/ou mes petits-enfants brandiront – peut-être – en mémoire de leur (grand-)père, ces publications posent aujourd’hui des questions difficiles à éviter.

Notre livre Concevoir et évaluer des manuels scolaires a été écrit à partir d’un cadre bien particulier : en 1992, nous animions – Xavier, moi et d’autres – deux sessions de 4 semaines regroupant les participants d'une quinzaine de pays africains, asiatiques et du Pacifique. Cela se déroulait à l’École internationale de Bordeaux (EIB), qui était alors l’outil principal de formation de l’Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF) qui se transformera par la suite en Organisation internationale de la francophonie (OIF). Ces sessions étaient extraordinaires : il y avait à Bordeaux un brassage incroyable de responsables issus de tous ces pays ayant en commun la langue française. Joyeux mélange en soirée, mais journées d’échange et de formation incomparables. Sur la base de ce travail multiculturel, nous avons fini par formaliser notre réflexion collective dans cet ouvrage devenu une référence en la matière.

Inévitablement, les valeurs qui soutenaient notre réflexion étaient basées sur l’échange, la collaboration, la construction de compétences inclusives… Si des éditeurs russes et ukrainiens ont estimé nécessaire de traduire et de diffuser notre ouvrage, c’est assurément qu’ils pensaient que son contenu pouvait contribuer au développement pédagogique de leur pays, comme j’ai pu d’ailleurs le constater en d’autres circonstances et en d’autres lieux, au Vietnam, en Moldavie, au Sénégal, en Mauritanie, au Bénin, aux Comores, à Madagascar… et en Belgique bien sûr.

Dans toutes ces interventions, j’ai toujours cru fondamentalement que – par ce biais des manuels scolaires – j’œuvrais à l’éducation des générations futures, et à travers celle-ci à la paix. Développer les compétences des jeunes, c’est leur ouvrir la porte du respect mutuel. Comme l’a écrit Isaac Azimov, « La violence est le dernier refuge de l'incompétence ». Un être réellement compétent ne peut être que non violent.

Je ne me prononcerai pas ici sur ma position dans le conflit actuel entre la Russie et l’Ukraine. Si ce n’est pour dire qu’il va à l’encontre de toutes les valeurs que j’ai toujours défendues, tout au long de ma vie. Ce sont des valeurs de paix, de partage, de collaboration, de respect… Je n’ai bien sûr pas la prétention de croire que la traduction de notre ouvrage en russe et en ukrainien a pu contribuer à développer chez les enfants de ces grands peuples ces valeurs fondamentales. Je n’ai pas cette prétention, mais il me reste l’espoir… Et celui-ci s’envole méchamment dans les circonstances actuelles.

À quoi bon écrire si cela ne sert pas à mieux s’aimer ?

vendredi 18 février 2022

Liberté vulnérable solidaire ?

 

On n’a sans doute rarement autant parlé de libertés que depuis que cette crise de la covid qui a bousculé nos vies. S’il y a bien quelque chose d’évident, c’est que « nos libertés » ont été soumises à rude épreuve. Cela fait deux ans qu’on ne fait plus « ce qu’on veut », avec des tas de contraintes, justifiées ou non, acceptées par certains, refusées par d’autres jusqu’à ce « convoi de la liberté » qui a failli « déferler » sur Bruxelles. Mais de quelle liberté s’agit-il ?

Sans doute celle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui date de 1789. Dès son article 1er, le ton est donné : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». L’article 4 précise : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »

Les circonstances de ma vie professionnelle m’ont amené à travailler dans une vingtaine de pays du Sud, que ce soit en Afrique ou en Asie. Une évidence m’est toujours apparue en côtoyant ces citoyens et citoyennes : la fameuse Déclaration n’est pas la leur. Elle est celle de l’homme et du citoyen occidental. La liberté dont il y est question est fondamentalement une liberté individuelle : « je fais ce que je veux, et je décide en fonction de mes propres intérêts… ». Cette liberté individuelle a bien sûr aussi du sens pour les citoyen·nes du Sud, mais souvent, elle ne trouve alors ce sens que dans une autre dimension : la liberté collective.

La liberté collective est celle qui s’exerce au profit de la collectivité, dans un contexte de solidarité. Elle peut s’exercer en harmonie avec les libertés individuelles, mais elle peut aussi entrer en conflit avec celles-ci.

Les libertés individuelles correspondent aux libertés « fondamentales » : la liberté de circulation, la liberté de culte et la liberté de conscience, la liberté d'opinion (liberté de pensée et liberté d'expression), la liberté économique, la liberté contractuelle. etc.

Certaines libertés sont reconnues comme étant collectives, car elles se vivent à un niveau collectif : la liberté d'association, la liberté de réunion, la liberté de manifestation, la liberté de la presse et de tous les médias, la liberté syndicale et le droit de représentation, le droit de grève, etc.

Toutes ces libertés sont importantes, doivent être protégées, défendues et rester inaliénables. Elles s’opposent parfois inévitablement. Lorsqu’une manifestation a lieu quelque part dans une zone habitée, elle porte souvent atteinte à la liberté de circulation de ceux qui ne manifestent pas. Lorsque quelqu’un choisit d’exercer de manière entrepreneuriale sa liberté économique en faisant du profit à tout prix, il est fort probable qu’il tentera de réduire, voire d’empêcher, la liberté syndicale de se concrétiser. Etc.

L’opposition de ces libertés est inévitable, parce que même si elles sont qualifiées parfois de « collectives », toutes ces libertés restent individuelles et vécues comme telles, comme un droit qui ne peut être retiré à l'individu : si je veux m’associer, c’est mon droit ; si je veux manifester, on ne peut pas m’en empêcher ; etc. Le principe reste : « je fais ce que je veux, et je décide en fonction de mes propres intérêts… ».

Pourtant, n’y a-t-il pas place pour ce que j’appellerais la « liberté vulnérable solidaire » (en écho au texte Vulnérable ou solidaire : quelle liberté face à la covid ? de Céline Ehrwein, découvert alors que j’écrivais mon billet) ?

Nous sommes tous vulnérables, puisque – à tout moment – nous pouvons être malades, blessés, morts… Nous sommes tous solidaires, car à aucun moment nous ne pouvons vraiment vivre seuls, indépendamment des autres. La liberté vulnérable solidaire est cette possibilité qui nous appartient d’assumer pleinement à la fois cette vulnérabilité et cette solidarité. C’est toujours une question de choix. L’immense majorité réalise naturellement ce choix lorsqu’il s’agit de ses proches : qui, se sachant probablement positif à la Covid, se rendrait chez ses grands-parents qu’il sait vulnérables ?

Toutes les contraintes réelles qui nous ont été imposées dans le cadre de cette pandémie ne prennent-elles pas une dimension différente si on se place dans la perspective de cette liberté vulnérable solidaire ? Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas en train d’écrire que nos dirigeants politiques et/ou économiques pourraient décider de n’importe quelle restriction à nos libertés ou de n’importe quelle obligation sociale. Je m’interroge simplement face aux réactions qui interprètent la moindre mesure contraignante comme une atteinte fondamentale à la liberté individuelle, voire même à la liberté collective.

Analyser la gestion de cette crise à travers le prisme de la liberté vulnérable solidaire n’offre-t-il pas une autre grille de lecture et d’action, plus « libératrice » justement ?

samedi 22 janvier 2022

S'adapter

 

« Courage ! » Cette parole, je l’ai entendue souvent, surtout cette dernière année. Sans doute, l’ai-je prononcée moi-même, avec les meilleures intentions du monde, comme pour toutes les personnes qui manifestent ainsi leur solidarité avec celui ou celle qui est en difficultés. Pourtant, le courage, ça n’existe pas…

Bien sûr, quand on est confronté à certaines situations où il faut y aller ou ne pas y aller, face à un danger plus ou moins réel, on a besoin pour y aller de se dire « Allez, j’y vais… ». Et ce n’est pas simple. Peut-être là, y a-t-il du courage, je ne sais pas trop.

Dans la plupart des situations où on nous souhaite du « courage », celui-ci n’en est pas. Parce qu’il n’y a pas vraiment de décision face à quelque chose qui nous dépasse. Il y a – je crois, en toute humilité – seulement alors de l’adaptation.

« S’adapter ». C’est le titre du livre avec lequel je termine mes journées et commence mes nuits pour le moment. Il m’a été offert par trois de mes nièces lors des fêtes de fin d’année. Très bien écrit par Clara Dupont-Monod. Avec de belles distinctions méritées : Prix Goncourt des lycéens, Prix Femina, Choix Goncourt de l'Orient, Prix Landerneau…

Ce livre parle du courage d’enfants et d’adultes qui n’en ont pas, face à un enfant qui n’a pas vraiment d’existence. Aucun ne fait preuve de courage, mais tous s’adaptent. Sans en avoir nécessairement conscience. Dans cette adaptation, ils peuvent paraître ou non « courageux ». En réalité, il y a une situation bouleversante avec laquelle il faut vivre. Il n’y a alors qu’une seule solution : s’adapter. Ne pas le faire, c’est risquer à son tour de ne pas exister. La vie est plus forte, même si elle ne montre plus jamais sa force.

S’adapter. C’est la seule chose qu’on peut vraiment faire finalement…

vendredi 31 décembre 2021

Instant de lumière

Le ciel n’est pas toujours bleu.
Parfois même, les nuages cachent la pureté de l’air.

    Derrière le brouillard, les sourires continuent à se dessiner.
    Au-delà des obstacles, l’amour persiste et nourrit.
    Au travers des nœuds inextricables, la vie émerveille et se laisse saisir.

        Chaque instant de lumière illumine le chemin.


Ce message d’amour, de solidarité, de positivité a une saveur particulière cette année. Depuis 1988 (je crois), nous envoyons, Brigitte et moi, une « carte de vœux » durant le mois de décembre. Une carte qui la plupart du temps n’est pas datée. Nos vœux ne se limitent pas à une année, mais à l’éternité. Le mot « vœux » n’y est jamais écrit et le texte n’en souhaite pas vraiment en tant que tels. Ce texte s’inspire de l’illustration que nous choisissons. Un an sur deux, une photo « familiale ». Et l’autre, un dessin, un bricolage, une photo « non familiale »… Et puis un texte. C’est moi qui l’écris, mais c’est Brigitte qui le corrige et l’améliore. Chaque mot est pesé, décidé ensemble.

Plus d’une personne, plus d’une famille nous ont dit « attendre notre carte » pour y découvrir nos mots de l’année, s’en imprégner et s’en nourrir.

L’année dernière, notre carte est partie alors que la maladie de Brigitte manifestait ses premiers signes. Nous sentions bien qu’il se passait quelque chose d’important. Pour la première fois, nous avons choisi une photo prise par Brigitte : celle d’un chemin… Et notre message terminait par « Cheminons doucement ensemble ». Il faisait écho aux faire-part de naissance de nos trois enfants. Chaque fois, ceux-ci contenaient les mots « Nous cheminerons gaiement ensemble ». Dès décembre dernier, nous savions que c’était désormais « doucement » que nous cheminerions. La photo est devenue celle du « Chemin de Brigitte ».

Et nous avons cheminé doucement ensemble pendant toute cette année 2021. Je ne mentirai pas : ce ne fut pas facile tous les jours. Pendant toute cette année, jusqu’au bout, Brigitte a voulu se promener, découvrir la nature, partager son chemin, allant parfois – il faut bien l’avouer – au-delà de ses forces. Mais marcher, c’était son truc. Aller plus loin…

La fin de l’année 2021 se rapprochait. Nous voulions tous les deux finaliser notre « carte de vœux ». Le choix de la photo était évident : c’était l’année de notre « photo familiale »… et nous avions vécu ces beaux moments, tous ensemble, à Berismenil, avec une organisation sans faille de Brigitte. Et cette photo nous montrait tous en hauteur, un peu plus près du ciel, tous réunis – unis – autour de Brigitte.

Il restait à écrire le texte. Nous n’allions pas nous voiler la face devant la réalité. J’ai écrit une première version que Brigitte a corrigé en adoucissant mon propos. Nous étions d’accord, une fois de plus. Le processus était lancé, chacun faisant ce qu’il avait à faire. La dernière étape était de plier les cartes, de les mettre dans une enveloppe, de coller sur celle-ci étiquette et timbre… Tout cela, c’est Brigitte qui l’a fait, sur son lit d’hôpital. Il fallait que ça parte ! Sans nous le dire, nous savions tous les deux que c’était notre dernière carte commune. Et qu’il y avait urgence à l’envoyer.

Chaque instant de lumière illumine le chemin…

mercredi 15 décembre 2021

Des signes…

Je suis sans doute en train de vivre les moments les plus intenses de ma vie. Ma femme Brigitte nous a quittés ce dimanche pour le grand voyage, après un an de souffrance face à cette merde de cancer du poumon. Elle n’a jamais fumé la moindre cigarette (ni le moindre joint), avait une hygiène de vie irréprochable, notamment sur le plan alimentaire. Mais voilà, ça lui est tombé dessus. Elle est restée égale à elle-même (et plus encore) : battante, positive, révoltée, confiante, sans jamais se plaindre de quoi que ce soit (sauf de cette injustice flagrante).

Les faits sont là, et ils ne sont évidemment pas faciles à vivre. En plus, il y a les « signes ». En soi, je n’y crois pas trop, mais force m’est de constater qu’ils sont là.

Tout d’abord, et ce n’est pas le moindre, Brigitte est partie le jour de mon anniversaire. Ça ne facilite pas les choses évidemment. Mais pour moi, c’est son ultime cadeau ! Désormais, elle ne souffre plus. Je ne sais pas si elle respire pleinement quelque part, mais elle ne souffre plus. Et ça, c’est un soulagement immense. Merci pour ce cadeau.

Samedi, nous avons passé avec elle une journée intense. Dure, mais remplie d’amour. Brigitte était tout à fait lucide. C’est elle qui nous donnait les instructions pour la suite. Je crois qu’elle se remplissait aussi de notre amour qui lui permettait de continuer à respirer même si ça devenait de plus en plus difficile. Elle a fini par s’endormir, sereine. Je l’ai veillée longtemps, je lui ai encore dit tout ce que j’avais à dire, et puis je suis rentré.

Pendant la nuit, j’ai téléphoné pour avoir des nouvelles. Ça allait, enfin, si on peut dire… Le matin, après une tasse de café, je me suis mis en chemin pour la rejoindre. Il suffit de pousser sur le bouton Start pour faire démarrer ma voiture, achetée récemment. Quand je l’ai fait, la voiture m’a répondu « Télécommande non détectée. Approchez la clé du bouton Start ». Elle ne m’avait jamais fait ça (et ne l’a plus fait depuis). J’ai dû m’y reprendre à deux fois. Cela veut dire que par deux fois, ma « clé télécommandée » a donné un baiser à ce foutu bouton Start pour m’autoriser à démarrer. Un peu plus d’un quart d’heure plus tard, j’arrivais dans la chambre de Brigitte. Elle était partie. Je l’ai embrassée une dernière fois, suis resté seul quelques instants avec elle, puis suis allé prévenir l’infirmière que c’était fini. Elle a été stupéfaite, m’a dit qu’elle l’avait vue un quart d’heure auparavant. Croyez ce que vous voulez, mais pour moi, il est clair que Brigitte a commencé son ultime voyage au moment où j’ai cherché à démarrer. Ce baiser entre télécommande et bouton Start, c’était le dernier acte d’amour qu’elle me donnait. Merci pour ce cadeau.

Ce n’était pas le dernier « signe ». Nous avons déménagé il y a cinq ans, en arrivant dans une commune extraordinaire. Tous les deux, nous nous y sommes engagés pour y être des citoyens actifs et responsables. Chacun à sa manière et selon nos spécificités, mais en parfaite harmonie et communion. Nous partagions souvent à propos de nos engagements respectifs, parfaitement complices dans ces actions pas toujours faciles. C’était devenu une dimension fondamentale de notre amour : agir concrètement ensemble pour une société meilleure, plus solidaire et plus démocratique. Dimanche soir, événement improbable : l’éclairage public de toute la commune tombe en panne. Pas de problèmes pour les maisons. Mais le noir total dans les rues. L’évidence m’est apparue clairement : une lumière s’était éteinte le matin, et toutes les lumières de notre commune s’associaient en hommage à cette nouvelle étoile qui brille désormais au firmament. Merci pour ce cadeau.

Même si ma tête est souvent remplie d’étoiles, je me sens plutôt quelqu’un de rationnel. J’analyse, je m’informe, je critique, je doute… Mais j’ai aussi appris que les « signes » peuvent s’imposer et qu’il faut pouvoir les lire. Je n’oserais jamais affirmer que les associations que j’ai décrites ici sont la stricte vérité. Les événements sont tous réels. Les liens que j’établis sont dictés par le sens que je veux bien y mettre. Mais quand les « signes » se répètent et se multiplient – il y en a d’autres dont je ne parle pas ici – on ne peut, je ne peux que me dire qu’ils sont là, avec tout le sens qu’ils portent en eux. Et qu’ils sont porteurs eux-mêmes. Et qu’il est bon de se sentir porté.

dimanche 5 décembre 2021

Petit pipi deviendra grand

 

L’autre jour, nous recevions mon beau-frère Michel. Ayant un petit besoin anodin et sans trop me poser de questions, je me suis levé et j’ai fait comme d’habitude : dans le jardin vite fait bien fait. Quelques minutes plus tard, Michel m’a demandé : « Puis-je utiliser tes toilettes extérieures ? » Nous avons bien ri et il a reçu le précieux sésame !

Revenu à l’intérieur, il m’a dit quelque chose comme « Et voilà un acte écologique bien fait ! », tout en m’expliquant que c'était sa pratique habituelle.

Nous nous sommes lancés dans des calculs très savants. Nos besoins naturels respectifs tournent autour de quatre ou cinq occasions quotidiennes. Ce qui signifie environ 1800 fois par an pour chacun d’entre nous. Si – comme la plupart des gens – nous utilisions les lieux d’aisance intérieurs en tirant la chasse comme il se doit, cela ferait à chaque coup entre 3 ou 10 litres d’eau utilisée pour nettoyer la cuvette. Partons du principe que la chasse est bien réglée pour permettre ces petits nettoyages, on peut se fonder sur 3 litres à chaque occasion. La multiplication par le nombre d’occasions aboutit à 5400 litres annuels, soit 5,4 m3 d’eau économisés par le simple fait d’envahir le jardin pour éliminer notre liquide naturel.

Soyons de bon compte : tout le monde ne peut pas, pour d’évidentes raisons, en faire autant. Et globalement, il faut bien reconnaître que c’est plus difficile pour la plus grande moitié de l’humanité. Mais – sans aucune preuve scientifique – on peut penser qu’un quart des mecs pourrait en faire autant sans que cela ne pose de réels problèmes. Pour la Belgique, un quart des mecs, cela signifie environ 1,3 millions de personnes. Contentons-nous d’un million. Si tous ceux-là utilisaient les toilettes extérieures, on arriverait à 5,4 millions de m3 économisés par an, rien que pour la Belgique, c’est-à-dire un cinquième de la capacité du Barrage d’Eupen dont on parle beaucoup pour le moment ! Ce barrage fournit actuellement 55 000 m3 quotidiennement en eau potable. Cela veut dire qu’il me faudrait 10 ans de « besoin en extérieur » pour économiser l’eau journalière fournie par le barrage d’Eupen ! Ça peut paraître dérisoire. Mais je ne crois pas que ce le soit !

Là-dessus, je vais…

PS : il y a évidemment une erreur fondamentale et grave dans mes calculs ! Si je permets d'économiser 5,4 m3 d'eau potable par an, il me faudra non pas 10 ans, mais 10 000 ans pour atteindre la quantité quotidienne délivrée par le barrage d'Eupen ! C'est de plus en plus dérisoire, et cela reste cependant important !

jeudi 2 décembre 2021

Qui ne dit mot ne consent à rien

Il y a bien longtemps que je n’ai plus « séduit » une femme (si ce n’est ma femme, il y a une quarantaine d’années, c’était hier d’accord, mais…). Au vu de ce qui arrive à certaines personnes publiques, je me dis souvent qu’il ne doit pas être simple d’être « jeune et séduisant » aujourd’hui, qu’on soit célèbre ou non ! Comment vivre sereinement des relations d’un jour ou même de quelques jours ?

Il y a très longtemps, durant un bel été, j’étais dans un village de vacances intelligentes, rempli de jeunes, dont certain·es qui n’étaient que de passage. Il faisait chaud. La vie était intense. Il m’arrivait de faire une sieste réparatrice dans la chambre isolée dont je bénéficiais. Ce jour-là, j’étais en train de somnoler lorsque j’entendis la porte s’ouvrir. Je la sentis se glisser auprès de moi. « Elle », pas la porte ! « Elle », je ne la connaissais pas vraiment, mais – depuis son arrivée temporaire – nous avions partagé de bons moments à rire, à manger, à musiquer, à rêver… Sa présence à mes côtés pour cette sieste ne m’étonnait pas trop, ni ne me bouleversait d’ailleurs. J’étais bien, c’est tout. « Elle » semblait bien aussi. Ce qui devait arriver arriva. Ce fut un bel échange, sans fioriture. Jusqu’au moment où « elle » m’a dit : « Alors toi aussi, tu es un mec qui fait ça comme ça, sans trop s’inquiéter de l’autre, sans plus… ». Elle s’est levée… et est partie, me laissant pantois. Je ne sais même pas si je l’ai revue.

Plus de quarante ans passés, je n’en reviens toujours pas. Oui, j’avais fait ça comme ça, sans m’inquiéter, sans plus… Je n’avais (me semble-t-il) rien demandé. C’est elle qui m’avait rejoint durant ma sieste. On me dira que la porte était restée ouverte… mais personne d’autre ne l’avait jamais franchie ! Je l’appréciais. (« Elle », pas la porte !) Mais sans plus. J’étais jeune, son corps voluptueux, c’était la sieste alors qu’il faisait chaud dehors, et ce corps lascif s’était collé au mien… C’est tout.

Peu importe mon histoire finalement. Ce n’est même pas une histoire, juste un moment. Je n’avais rien demandé… et je ne suis pas sûr d’avoir obtenu quoi que ce soit. À part cette remarque « Alors toi aussi… ».

Et bien non, justement. Si c’était à refaire, je ne ferais rien. Rien de plus que ma sieste, éventuellement avec « elle » à mes côtés. Mais rien de plus. Je n’oserais pas. Je n’oserais plus. Le risque qu’elle en fasse – au moment même ou bien plus tard – une autre histoire que simplement sa petite phrase « Alors toi aussi… » serait bien trop grand. Je resterais donc coincé dans cette pseudo-indifférence qui me caractérise, au risque de passer pour un goujat pas capable d’honorer un cadeau offert. Si je me dis aujourd’hui que j’aurais été bien bête de passer à côté de ce moment de grâce juste pour la peur d’un lendemain aléatoire, je me dis aussi que c’est ce que j’aurais dû faire… et que, heureusement, je n’ai aucune notoriété !

Dans le fatras des informations qui se bousculent pour le moment, qu’on me comprenne bien : je réprouve totalement et fondamentalement tout acte imposé par un homme à une femme. Plus globalement, je condamne tout acte imposé à qui que ce soit par qui que ce soit. La difficulté est de savoir quand un acte est « imposé » ou non. Dans mon histoire, c’est « elle » qui est venue. Et c’est elle qui m’a dit après « Alors toi aussi… ». Je n’ai pas vraiment été « consentant », mais j’ai été (bien) actif, c’est évident ! Sans avoir rien cherché. Qui était « coupable » de quoi ? Aurais-je pu savoir, au début de ma sieste, qu’une femme que je ne connaissais pas vraiment allait me reprocher une attitude dont je ne me sens toujours pas responsable, mais qui fut indéniablement la mienne ?

Cette petite expérience sans lendemain m’amène à me poser des questions sur la manière dont on peut vivre sa sexualité aujourd’hui. Je ne cherche à excuser personne, surtout dans des histoires dont je ne connais que ce que l’on veut bien me faire connaître (et qui étonnamment semblent surtout toucher des personnes qui ont acquis une certaine notoriété). Plus globalement, je me dis qu’il ne doit désormais pas être simple de vivre le moment présent, juste pour le plaisir de le vivre… avec cette peur de la manière avec laquelle ce simple moment pourrait être réécrit plus tard, même quelques années plus tard pour certains. Sur la base de mon histoire, mais aussi d’autres qu’il m’est donné de connaître, je me dis de plus que les femmes n’ont pas le monopole du consentement alors même que cela semble acquis dans la manière actuelle de traiter ce type de situations. Je n'ai pas de réponse à ces questions, mais elles doivent pourrir la vie de beaucoup…

jeudi 18 novembre 2021

Convaincre ?

 

Dans cette crise sanitaire, s’il y a bien quelque chose dont je suis convaincu, c’est que personne ne peut (plus) convaincre personne de quoi que ce soit. Chacun a beau afficher des arguments construits ou non, ça ne change rien : l’autre reste dans sa position, quelle qu’elle soit. Il essaiera bien de contrer l’argument de l’autre, mais sans vraiment l’écouter. Au bout du compte, rien.

C’est la raison principale qui fait que depuis le début de la pandémie, je n’ai jamais publié quoi que ce soit en essayant de convaincre ceux ou celles qui n’auraient pas le même avis que moi. J’ai bien publié certains billets cherchant à apporter de l’information, à nuancer certaines affirmations, à éclairer les différents regards… sans jamais croire que cela aurait le moindre impact. J’ai souvent été plus incisif en commentant des posts de certains amis sur Facebook. C’est difficile de lire certaines absurdités sans réagir ! J’ai réagi… et je n’ai convaincu personne. Ai-je perdu mon temps ? Peut-être, mais on ne se refait pas…

Ce matin, j’ai reçu ma 3e dose de vaccin. Non pas pour obéir en mouton au discours dominant. J’en ai discuté avec mon médecin traitant, un gars pas vraiment partisan au départ des médecines invasives. Mais un gars qui réfléchit lucidement, en connaissance de cause, et qui prend les réalités telles qu’elles sont. Dans notre discussion, il est apparu que dans mon cas il était préférable d’avoir cette protection supplémentaire. Et voilà.

J’ai réfléchi aussi de mon côté. Dans ma vie professionnelle, j’ai formé beaucoup de personnes à la gestion de projets, y compris l’analyse des risques. Il y a des risques en acceptant d’être vacciné. Pour les deux premières doses, j’ai chaque fois eu deux ou trois jours où je me sentais moins bien, sans gravité heureusement (pour dire les choses comme elles sont, j’ai été bien plus malade et pendant 15 jours lorsque j’ai eu le Covid). Mais oui, les effets secondaires existent. Dont l’effet le plus grave : la mort. Je parlerai ici uniquement de cet effet secondaire, car il est le plus factuel qui soit. Il y a d’autres effets secondaires, ils sont analysés par la pharmacovigilance, mais ils sont plus difficiles à comptabiliser. Parlons donc de chiffres.

En Belgique, il y a actuellement 8 625 656 personnes vaccinées, soit 74,9% de la population. Les observations officielles attribuent 4 cas de morts au vaccin. Traduire ça en pourcentage est illisible, alors disons que cela fait 4,64 décès pour 10 000 000 d’habitants. Ce sont les chiffres belges, mais ils sont sans doute valables plus largement.

Toujours en Belgique, les chiffres officiels donnent 1 540 000 cas de Covid détectés à ce jour. Parmi ceux-ci, il y a eu 26 484 morts. Cela fait 171 974,03 décès pour 10 000 000 de cas.

Certains me diront (mais oui, on me l’a dit) que ça, ce sont les chiffres « officiels » (et donc sujets à caution contrairement aux chiffres « aliternatifs ») et qu’« on sait bien que la plupart des "morts de Covid" ne sont pas morts du Covid » (sic).

Admettons qu’il y ait quelques erreurs d’approximation dans les chiffres, mais enfin, restons réalistes : s’il y a des erreurs, elles ne peuvent être que marginales et ne nous fions donc pas trop aux décimales… Mais enfin, il y a quand même un ordre de proportion. Selon ces chiffres, la maladie Covid-19 est (environ) 37 000 fois plus meurtrière que les vaccins élaborés pour s’en protéger.

N'importe quelle personne sensée conclurait qu’il vaut mieux se vacciner. Mais l’intelligence humaine est pleine de surprises : d’aucuns restent convaincus, en toute bonne fois (et j’insiste sur cet aspect), qu’il vaut mieux ne pas se faire vacciner parce que c’est bien trop dangereux.

Ce ne sont que des chiffres sur une dimension. Je pourrais en fournir bien d’autres, mais cela ne changerait rien. Ceux et celles qui pensent qu’il vaut mieux ne pas se faire vacciner continueront à penser qu’il vaut mieux ne pas se faire vacciner. Point barre.

Et mon billet n’aura convaincu aucun d’entre eux. Triste réalité.

jeudi 11 novembre 2021

Transmettre la mémoire… pour vivre


FMG © 2021

Il faut bien l’avouer : je n’aurais jamais pensé, il y a quelques années encore, assister à une cérémonie de commémoration du 11 novembre 1918. Je n’ai pas beaucoup d’attirance pour le passé et encore moins pour les guerres passées qui n’auraient jamais dû avoir lieu.

Ce matin, j’ai assisté avec émotion à l’hommage qui a été rendu dans mon village, Archennes. Je ne suis toujours pas attiré par le passé et ses guerres, mais deux éléments m’ont amené à me dire que ma place était là.

D’une part, mon père – même s’il n’est plus là physiquement – m’accompagne dans ma vie quotidienne. Il était né durant cette grande guerre et n’en a sans doute pas vraiment ressenti toute la barbarie. Mais lors de la suivante, dès les premiers jours d'invasion de la Belgique, il devint prisonnier de guerre, en captivité pour cinq ans de sa vie. Il n’en parla jamais beaucoup, mais depuis sa mort, à 98 ans, j’ai pris encore plus conscience du poids de ces stupidités guerrières. Ceux et celles qui les ont vécues, de près ou de loin, avec une jeunesse bousillée, voire définitivement disparue, ont bien droit à tout notre respect et notre souvenir. Pour la plupart, ils ou elles n’ont rien demandé. Mais ils se sont retrouvés dans un engrenage monstrueux qui, parfois, leur a pris leur vie, bêtement, sans seconde chance…

D’autre part, l’engagement citoyen que permet mon changement, il y a cinq ans, de région linguistique m’aide à mieux comprendre ce que signifie la mémoire citoyenne. Il ne s’agit pas de glorifier qui que ce soit dans le fatras des bêtises humaines. Il s’agit seulement de ne pas oublier. Et peut-être de revivre un peu, juste par le souvenir, les derniers moments de ces personnes qui fondamentalement ne demandaient qu’une chose : vivre libre.

Lors de la cérémonie de ce matin, après le (court) discours de circonstance de Thierry, porteur du drapeau du souvenir, il y avait deux gerbes de fleurs à déposer devant le monument. La première le fut, logiquement, par le bourgmestre. Pour la seconde, Thierry, maître de cérémonie, invita un enfant qui y assistait avec sa maman, à venir faire ce geste simple. Par cette invitation spontanée, Thierry a donné tout son sens à ce moment. Il s’agit bien de transmettre la mémoire, de garder vivants ces citoyens – nos parents, nos grands-parents, ceux de nos voisin·es… – qui se sont retrouvés dans une situation que personne ne souhaite vivre, mais qu’ils ont assumée. Sans doute avec plus de peur que de courage.

Il n’y a pas de plus grand courage que d’avoir peur de mourir pour ceux et celles qui restent. Il est important que les enfants et les jeunes le sachent et ne l’oublient pas. L’ennemi qui les attaquera n’aura peut-être pas un fusil en mains. Dans cette guerre climatique mondiale, il sera invisible. Certains de nos enfants et de nos jeunes y laisseront sans doute aussi leur vie, sans l’avoir demandé, sans même savoir si cela permettra aux autres humains de continuer à vivre libres. Au moment où la COP26 se termine, avec des effluves nauséabonds d’échec, voir un enfant fleurir ce monument aux morts m’a permis de respirer un parfum – tout aussi éphémère que fondamental – de liberté, d’espoir, de vie.

dimanche 7 novembre 2021

Derrière la saleté


FMG © 2021

La vie est loin d’être un long fleuve tranquille. En réalité, la plupart du temps, on est dans la saleté, de près ou de loin. Il est parfois possible d’utiliser un aspirateur. Ce sont des appareils qui n’arrêtent pas de se perfectionner et qui sont de plus en plus autonomes. Il suffirait donc de leur laisser faire leur job, mais il faut encore leur dire de le faire et surtout les vider de cette saleté simplement déplacée. Et cette souillure prend elle-même tant de formes différentes…

Elle s’immisce là où elle peut, sans trop se poser de questions. Quand elle n’est que poussière externe, ce n’est pas trop grave. Mais lorsque c’est notre corps qui en devient l’hôte, c’est une autre question. Et les aspirateurs, aussi performants qu’ils soient, ne peuvent pas toujours être d’une grande aide.

Prenons mes pieds. Comme écrivait Prévert, dans son poème « Dans ma maison » :

C'est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là, ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique, ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Faut être bête comme l'homme l'est si souvent pour dire des choses aussi bêtes
Que "bête comme ses pieds", "gai comme un pinson"…

On ne peut pas marcher sans eux non plus. Depuis plus de dix ans, à chaque pas que je fais, j’ai mal. Mal à la plante des pieds. J’ai mal quand je marche, mais aussi quand je ne marche pas. Je suis bien sûr allé voir l’un ou l’autre podologue. Je porte des semelles dont je ne peux plus me passer, mais qui pourtant ne sont jamais parvenues à régler mon problème. J’ai fait de la kiné, mais sans plus de succès. Depuis le temps, je me suis fait une raison. Ça ne m’empêche pas de marcher et de faire des balades à défaut de ballades. Ça fait mal, mais – derrière la saleté – il y a les lumières qui éclairent toujours le chemin de manière sans cesse renouvelée.

Mon problème de pieds me pourrit la vie, mais il n’est de toute évidence qu’un détail, qu’un simple désagrément. Je suis bien placé pour le dire : il y a des saletés bien plus sournoises que ces pépins qui picotent ma base corporelle.

Ces saletés-là ne se posent pas plus de questions que la crasse usuelle. Elles s’installent sans qu’on leur demande ni qu’on les y autorise et pénètrent dans toute ouverture qui s’offre à elles. Sans qu’on puisse y faire grand-chose. Aspirer, inspirer, transpirer, respirer…

Et pourtant, derrière toute cette saleté, il y a des lumières auxquelles on ne s’attend pas, il y a des découvertes qui rapprochent, il y a des forces qui alimentent la vie, il y a des étincelles qui permettent de croire qu’un demain reste possible. Il faut juste regarder…

Il nous faut regarder
Ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle
Le bateau qui revient.

(Jacques Brel)


lundi 25 octobre 2021

Exister

 

En 1988, paraît le deuxième tome de S·O·S Bonheur par Griffo et Van Hamme. La première histoire de ce volume magistral nous conte l’aventure de Joachim Robin-Dulieu, chef de cabinet à la Sécurité publique, créateur de la C.U., carte universelle qui remplace toutes les autres cartes, y compris celles de paiement. Jusqu’au jour où un hacker quelconque décide de supprimer le dit Joachim de la banque de données centrale. Instantanément, Joachim Robin-Dulieu n’existe plus.

Cette histoire m’a profondément marqué à l’époque : nous n’existons donc que parce qu’une carte dit qui nous sommes. C’est le principe même de toutes les cartes que nous avons : carte d’identité, permis de conduire, cartes de banque, etc. Il suffit de perdre une de ces cartes (ou toutes) pour ne plus exister… ou découvrir le parcours du combattant existentiel.

Ce n’est pas mon cas et j’avoue que je fais une confiance quasi absolue à ces cartes. Sans trop y réfléchir, je me disais néanmoins que l’idéal serait de pouvoir supprimer le support physique « carte » alors qu’il y a bien d’autres moyens d’être reconnu pour qui l’on est : nos yeux uniques, nos empreintes digitales uniques, la forme de notre visage unique, etc. Les moyens existent pour utiliser ces éléments. Lorsque je voyageais souvent en avion (il y a 6 ou 7 ans), j’ai dû plus d’une fois présenter ma tête face à une machine pour laisser la machine décider si elle ouvrait ou non la porte automatique… Bref, je me disais : « Mais pourquoi s’encombrer de cartes puisqu’on peut être reconnu autrement, sans craindre le fait de perdre sa carte ? ».

Vous imaginez : vous allez au resto ou faites vos courses, la machine vous identifie dès le départ, vous consommez et vous vous en allez l’âme en paix en attendant que votre compte soit débité ! Plus de risque de perdre sa carte, de l’avoir oubliée ou encore de se l’être fait voler ! Pas même besoin d’une puce implantée corporellement pour exister et être reconnu en tant que tel !

Je m’apprêtais à écrire mon billet (désormais mensuel) en ce sens lorsque j’ai lu ce matin l’article La reconnaissance faciale s’étend de plus en plus en Europe. Et j’ai commencé (ou plutôt continué) à me poser des questions. Certes, les technologies existent dès maintenant et cela faciliterait méchamment la vie. La question centrale est que tout cela serait rassemblé dans un super grand fichier « central » et qu’on ne sait jamais ce qui serait fait de toutes ces données. Que ce soit pour des raisons commerciales, policières, sécuritaires, vénales… ou tout simplement pour le bon plaisir d’un fou qui déciderait d’en faire n’importe quoi.

Au bout du compte, une seule certitude : oui, j’existe. Je le sais, je le sens. Mais comment le prouver ? Comment être reconnu pour le citoyen que je suis, sans qu’on me piste ou me contrôle ? Comment circuler librement là où je veux aller, travailler là où je veux être utile, aimer là où je m’épanouis… sans m’encombrer de tous ces papiers qui ne sont jamais que des papiers ?

samedi 11 septembre 2021

Une ritournelle magique

 

J’écoute beaucoup de musique. Surtout de la chanson française, mais pas que. Découvrir un nouvel album est toujours un plaisir, surtout – je l’avoue – quand il s’agit d’une chanteuse. J’ai rarement une véritable émotion. La dernière dont je me souviens est quand j’avais écouté dans ma voiture le premier CD d’une chanteuse encore inconnue : une certaine Carla Bruni ! Et puis, voilà, cette fois, c’est avec Ritournelle de Stéphanie Blanchoud (qui n'a rien à voir avec la Bruni en question).

En Belgique, la plupart des gens la connaissent par la télévision : c’est elle qui joue le rôle de l’inspectrice Chloé Muller dans les deux saisons de la série Ennemi public. Stéphanie Blanchoud excelle dans ce rôle d’agente de police tourmentée, en charge d’un assassin tout aussi tourmenté.

Mais elle est aussi chanteuse. Depuis longtemps : son premier album, À cœur ouvert, date de 2005. Il y eut ensuite Insomnies en 2009, Blanche en 2012, Les beaux jours en 2015. Ils font tous partie de mes petits bonheurs discographiques. J’ai vue Stéphanie sur scène, à la Ferme du Biéreau (Louvain-la-Neuve), je ne sais plus quand, mais elle se faisait appeler Blanche à l’époque. J’avais été subjugué par cette voix.

Mon émotion (ou non) musicale est toujours liée avant tout à la voix et à l’ambiance. Les premières secondes d’écoute d’un·e chanteur·euse sont essentielles : ça passe ou ça casse, sans même encore savoir ce qu’il ou elle va raconter, alors même que le texte est un élément de base dans cette chanson de paroles que j’aime tant.

Stéphanie Blanchoud, qui écrit ses textes, nous parle d’elle. Rien de très joyeux en général. La vie, tout simplement. Sa vie. À ce stade, je n’oserais même pas disserter sur ce qu’elle nous dit. D’autres – elle-même – heureusement le font à ma place. 

Mais cette voix ! Suave, fragile, en perpétuelle recherche d’équilibre. En parfaite harmonie cependant avec l’instrumentation aussi discrète que pertinente. Un joyau… qui m’émeut. C’est tout. Tout ce qu’il faut pour me plaire… C’est déjà pas mal, non ?

dimanche 29 août 2021

Y a qu'à…

D’aucuns savent que je consacre un peu de mon temps à la vie politique de ma commune. Officiellement, je n’ai aucun pouvoir : je ne suis mandataire dans aucune institution représentative (conseil communal, CPAS, CCATM…) et je ne représente finalement que moi-même au sein d’un groupe – ECOLO pour ne pas le nommer – au sein duquel j’ai certaines responsabilités.

Cet engagement est assez récent : il correspond à mon dernier déménagement, il va y avoir cinq ans. Cela ne veut pas dire qu’avant je ne m’intéressais pas à la chose publique, mais je vivais en Région flamande, ce qui ne me poussait pas, pour différentes raisons, à participer activement à la vie citoyenne locale. En me retrouvant en 2016 en Région wallonne, j’ai senti qu’il était temps de me (ré)engager en tant que citoyen actif. J’avais déjà fait plus ou moins ça en Région bruxelloise plus de trente ans auparavant, mais ça me paraissait bien loin.

Bref, à défaut d’avoir un mandat quelconque qui n’est pas un objectif en soi, je participe activement à la vie de ma commune, non seulement dans son quotidien citoyen, mais aussi dans les prises de décision et d’orientation qui sont prises au niveau politique. C’est une expérience passionnante, sans cesse renouvelée. Ça ne veut pas dire « sans problème » ! En réalité, des problèmes à résoudre, il y en a chaque jour.

Tout cela n’a pas trop d’importance. Ce dont je souhaite parler aujourd’hui, c’est des « Y a qu’à… ». Ce sont de petites bêtes qu’on n’arrête pas de rencontrer une fois qu’on s’engage dans la vie citoyenne. Le plus souvent, elles sortent d’ailleurs, avec la meilleure bonne foi, de la bouche des citoyens et des citoyennes lambda. Leur authenticité ne fait aucun doute. Lorsque quelqu’un dit « Y a qu’à… », c’est un cri du cœur parfois même raisonné. Et vraisemblablement, dans la plupart des cas, il suffirait effectivement de… Sauf que ce n’est jamais aussi simple. Sauf que les problèmes et les situations sont toujours plus complexes que ce qu’on aimerait tous en penser.

En écrivant cela, je ne cherche nullement à dédouaner les politiques de leurs responsabilités. Si la solution évidente d’un problème citoyen est « qu’il n’y a qu’à faire ça… », il faut que les politiques essaient de le faire. Je dis simplement qu’en réalité, c’est quasi toujours plus compliqué que « ça » et que, de plus, « ça » ne se fait pas en un seul jour, qu’il ne suffit pas de le décider pour que « ça » se réalise comme par enchantement.

Cela signifie-t-il que les adeptes du « y a qu’à » doivent se taire ? Non. C’est sans doute l’indispensable discours des « militants ». S’ils commencent à s’encombrer de principes de réalité, ils ne diront vraisemblablement plus jamais quoi que ce soit. Or, le discours militant est indispensable pour éveiller les consciences, pour questionner les pratiques, pour douter du train-train soporifique, bref, pour secouer l’immobilisme naturel du système…

Face à ces « y a qu’à… » militants, le discours politique devrait être « c’est une bonne idée, analysons-la ainsi que ses incidences… et puis décidons et agissons ». Est-ce toujours ce qu’il se passe ? Je n’oserais pas l’affirmer. Mais ce que je peux affirmer par contre, c’est que dans la plupart des situations, que ce soit à un niveau local ou plus global, le « y a qu’à… » ne suffit pas, même si sa pertinence est souvent importante. La réalité l’est aussi…

Bref, il n’y a plus qu’à…

vendredi 30 juillet 2021

L’escarpin vert… une création collective extraordinaire

 

On pourrait croire que ce livre n’est qu’un ouvrage autoédité de plus, avec plusieurs auteurs, issu d’un atelier d’écriture. Pourtant, je suis convaincu que L’escarpin vert est tout à fait différent de Retour à l’authentique et Promenade aux oiseaux. Même si ce sont globalement les mêmes auteurs et que le processus d’édition est le même. Le processus d’écriture est, lui, tout à fait différent ! Et c’est cela qui est intéressant.

L’escarpin vert est un roman policier. Mais sans véritable enquête et recherche de coupable(s). Il y a un mort pas vraiment victime, un policier pas tout à fait ripoux, une belle femme pas complétement innocente, des personnages à moitié véreux, des histoires qui en expliquent partiellement d’autres, une trame qui se construit progressivement, de l’humour qui se voudrait noir, du sordide souvent bling bling, de la drogue et du sexe presque sinistres, un chien fidèle… Quoique, on ne sait pas vraiment ce que devient le chien au bout du compte. Il est peut-être plus impliqué qu’on ne le pense, allez savoir… Bref, une intrigue policière comme un autre. Mais qui se laisse lire. C’est du moins ce que les lecteurs et lectrices qui s’y sont essayés nous ont dit. Pour eux, c’est l’essentiel. Pour les cinq écrivants qui ont créé l’aventure, l’essentiel est ailleurs.

Nous nous sommes rencontrés lors d’ateliers d’écriture dont deux « stages » ont débouché sur deux romans chorals, avec chaque fois une seule histoire racontée par plusieurs personnages, les (parties de) chapitres s'enchaînant avec des points de vue différents. C’étaient des ateliers ou des stages d’écriture, ce qui signifie qu’un animateur – dans notre cas, une animatrice : Ariane – propose quelques contraintes formelles en plus d’une thématique. Après écriture d’un texte, on le partage et on le commente ensemble, l’avis de l’animatrice étant prédominant. Les deux ouvrages sur lesquels ces stages d’écriture ont débouché étaient intéressants et originaux, mais ils restaient globalement la juxtaposition de textes d’auteurs différents, avec une trame imposée par Ariane.

Dans le cas de L’escarpin vert, il n’y a ni animateur ni trame pensée pour servir de prétexte à l’écriture. Il y a juste cinq personnes qui décident de raconter ensemble une histoire dont elles ne connaissent ni les tenants ni les aboutissants. En plus, ces personnes ne se voient pas. Du moins « en vrai » ! Chaque semaine, pour meubler l’isolement dû à la pandémie, elles se retrouvent pendant une heure et demie par l’intermédiaire d’un logiciel de visioconférence (Skype pour être précis). L’idée est de décider ensemble d’un projet d’écriture pour la semaine. Le dimanche, chacun partage ce qu’il a écrit, les autres commentent un peu, puis on se fixe un nouveau projet. Ces échanges nous ont permis de créer le blog Mosaïque de mots, dont le titre dit bien ce qu’il a à dire : ce n’est qu’une mosaïque… Jusqu’au jour où l’un d’entre nous propose : « Et si on racontait une histoire… ? ». Tout le monde approuve. Ne sachant pas trop bien comment faire, on lance l’idée du « cadavre exquis » : l’un écrit un début d’histoire, le deuxième la continue et n’envoie rien que son texte à la troisième et ainsi de suite jusqu’à la cinquième. Ces cinq textes mis ensemble formaient une histoire composée de cinq personnages, mais celle-ci n’était pas nécessairement terminée. Alors, nous nous sommes dit : « Et si on continuait ? »

Personne ne connaissait l’histoire. Elle s’est créée au fur et à mesure de l’imagination et de l’apport de chacun. Des pistes délirantes ont parfois été ouvertes, sans être nécessairement relayées par les autres. Rien n’appartenait à quiconque : l’histoire avançait au fil des textes de chacun et, surtout, les personnages évoluaient selon l’écriture de celui ou celle qui s’en saisissait. C’est une différence essentielle par rapport aux ouvrages issus des stages d’écriture : là, chaque écrivant était maître de son personnage, même si des interactions naissaient avec parfois des surprises. Mais ici, un personnage devenait ce que celui ou celle qui en parlait en faisait. Les surprises n’ont pas manqué et tout le monde s’y est adapté. L’histoire elle-même évoluait en sens divers. Nous avons bien sûr dû recentrer l’intrigue à partir d’un certain moment, tout en la laissant ouverte aux délires de chacun.

Lorsque nous sommes entrés dans cette phase de recherche de cohérence, ce fut à nouveau un travail totalement collectif : chacun a relu l’ensemble, a décelé les inévitables cohérences, a proposé des pistes de cohérence, est intervenu sur une partie de texte même si ce n’était pas lui qui avait écrit le premier jet, etc. Au bout du compte, il s’agit vraiment d’une œuvre collective où chaque écrivant a amené sa part en totale interaction avec celle des autres. C’est assez exceptionnel !

Au-delà de ce travail collectif, il y a le plaisir ! Plus d’une fois, nous avons eu des fous rires en découvrant ce que l’autre avait fait d’un indice semé au hasard de la production. Nous étions les premiers spectateurs de notre histoire… et il faut avouer que nous étions un bon public.

À ce stade, nous ne savons pas vraiment ce qui sera la suite de ce projet. Lors de nos premières retrouvailles « en vrai », nous avons bien émis une idée de processus pour aller plus loin. Mais je n’oserais pas dire que c’est fait. On verra, et je vous avouerai que pour le moment, je m’en fous. Je suis entièrement sous le charme de ce projet tel qu’il a été réalisé. Chaque chose en son temps !


De gauche à droite : Isabelle Slinckx, Jeanne-Marie Hausman (conceptrice de la superbe couverture de l’ouvrage), François-Marie Gerard, Sabine Mammerickx, Philippe d’Huart

Si par hasard vous souhaitiez connaître cet ouvrage (qui coûte 10 EUR), vous pouvez m’adresser un message, voire même laisser un commentaire. Vous pouvez aussi, de manière plus anonyme, passer par le site du Livre en papier qui se charge de l’impression et de la diffusion. Il faudrait que je parle un jour de ce projet, car il mérite toute attention bienveillante !