dimanche 18 mars 2012

Le WE, c’est moi qui cuisine

Le WE, c’est moi qui cuisine. Bon d’accord, il ne faut pas être doué en mathématiques pour se rendre compte que cela ne fait jamais que 2 jours sur 7. Vingt-huit virgule cinquante-sept pourcents du temps global, ce n’est pas grand chose… mais c’est toujours ça !

Il ne faut pas croire que c’est la seule chose que je fais pour faire tourner notre ménage. Je débarrasse la table tous les jours et je fais la vaisselle ! Je m’occupe aussi des poubelles. Enfin, juste pour les monter sur la route. Et puis, je… je… oui, quelques fois, je vide le lave-vaisselle, je m’occupe aussi en partie des poubelles avant de les monter sur la route.

Il faut bien reconnaître que la plus grande partie des tâches ménagères sont faites sans que je m’en rende compte vraiment. Ce n’est pas moi qui nettoie par terre et ailleurs, ni qui lave ou repasse le linge, ni qui fais les courses de base, ni qui remets en ordre quotidiennement les choses qui bizarrement changent de place sans y retourner, ni qui m’occupe des petites (grandes) affaires de nos enfants, ni qui gère tous les petits (grands) dossiers d’assurance pour les sinistres de la vie courante, ni qui vérifie que tout le monde a ce dont il a besoin, ni qui veille à ce que le jardin soit fleuri et agréable, ni… La liste doit sans doute encore être longue.

Bien sûr, je fais moi aussi des petites choses pour que le ménage fonctionne. Ça me paraît l’évidence même, mais je n’oserais pas établir la liste de ces petites choses, parce que de toute façon elle serait sans commune mesure avec celle de la femme que j’aime et qui supporte ma faiblesse masculine !

Mais le WE, c’est moi qui fais la cuisine. Je n’y fais rien de particulier, mais je le fais. Je sais bien qu’il y a des tas de mecs qui ne pourraient en dire autant ! Tout comme il y en a des tas d’autres qui font bien plus que moi.

Qu’importe finalement. L’important n’est-il pas de trouver un équilibre dans le respect mutuel de l’existence de l’autre ? Je ne suis pas sûr d’avoir trouvé l’équilibre parfait, mais en attendant, le WE, c’est moi qui cuisine !

mercredi 14 mars 2012

Chansons oubliées : Il ne faut jamais sourire d’un enfant, par Marie (1971)

Il y a déjà un certain temps que j’avais choisi cette chanson pour en faire mon prochain billet « Chansons oubliées ». Le drame qui touche aujourd’hui ces enfants morts ou blessés durant leur retour de classes de neige n’y donne sans doute qu’un peu plus de sens.

Marie est une chanteuse qui ne fit que passer, mais avec quel talent. En 1971, elle sort des chansons inoubliables comme « Souviens-toi de moi » et « Soleil ». Mais aussi cette extraordinaire « Il ne faut jamais sourire d’un enfant », avec laquelle elle obtiendra le Prix d’Interprétation au Festival de Spa de cette année-là.

La voix est claire et envoûtante, d’une grande sincérité. Elle chante des mots simples, mais qui touchent les âmes sensibles. Marie en a touché plus d’une !

Mariée à Lionel Gaillardin, guitariste du groupe « Il était une fois », Marie a eu une carrière assez courte. Comme sa vie d’ailleurs, puisqu’elle mourut en 1990, à 41 ans, d’une leucémie foudroyante.

Son œuvre – 25 morceaux – a été rééditée en CD en 1994 sous le titre « Les années chansons ». Personnellement, je ne connaissais que son seul 33 tours éponyme, paru également en 1971, qui recèle d’autres petits bijoux encore : « J’ai trouvé ma route », « Dans le ciel », « Ma mère, la colombe et le cerisier », « La vie, c’est… », « Le marin de Dublin »…

Que cette chanson résonne en hommage aux enfants décédés ou blessés cette nuit.

Il ne faut jamais sourire d'un enfant

Il ne faut jamais sourire d'un enfant

Qui vous demande en ouvrant des yeux tout grands

Quand le ventre de sa mère

A la forme de la terre

Si le ciel et l'océan sont là-dedans

Si l'on trouve des fleurettes et des oiseaux

Des chemins où l'on peut jouer au cerceau

Des torrents et des rivières avec des poissons d'argent

Il ne faut jamais sourire d'un enfant



Dites-lui qu'il y a encore peu de temps

Il y dormait en hiver et au printemps

Qu'il pêchait dans la rivière

Qu'il courait sur les chemins

De ce monde sans mystère

Où l'on n'aura jamais peur de rien



Il ne faut jamais sourire d'un enfant

Qui vous demande en ouvrant des yeux tout grands

Quand le ventre de sa mère

A la forme de la terre

Si la terre ressemble aussi à sa Maman



Il vous dira qu'il sait depuis très longtemps

Qu'on ne raconte plus d'histoires aux enfants

Que la guerre et la misère

Ont fait pleurer les rivières

Qu'il y a sur des chemins

Bien des enfants qui meurent encore de faim



Il ne faut jamais sourire d'un enfant

S'il vous dit en fermant ses yeux doucement

Quand sa mère le caresse

Et le berce tendrement

Qu'il voudrait bien s'endormir dans sa Maman



Paroles : Laurence Matalon. Musique : Jean Musy 1971 © Pathé-Marconi

lundi 12 mars 2012

Désinformation

Jeudi dernier fut une journée relativement noire pour moi. Les mauvaises nouvelles n’ont pas arrêté de pleuvoir et les situations difficiles se sont multipliées. C’est ce que j’ai voulu exprimer sur mon statut Facebook, tout en enrobant la chose du fait de la journée de la femme ! Mon statut était clair, selon moi, mais j’ai été étonné de voir que 8 personnes (des femmes) aimaient ça.

En réalité, comme les commentaires le prouvent, mes amies ont surtout vu mon aveu de faiblesse face à la femme… et elles ont trouvé ça très bien ! Seul Robert a laissé sur mon mur une vérité qui a pu me redonner un (très léger) espoir !

Rassurez-vous : Robert avait raison, il fait beau aujourd’hui et – même si tous les problèmes n’ont pas disparu comme par enchantement – je me sens plus d’attaque.

C’est néanmoins troublant de voir comment la perception de mes amies a pu déformer le sens de mon message. Toutes proportions gardées, il y a eu là en œuvre un mécanisme non contrôlé de désinformation, sans aucune gravité, il faut bien le reconnaître !

Les réseaux sociaux sont des lieux où de nombreuses informations transitent et cela dans tous les domaines possibles et imaginables, voire même inimaginables ! La plupart de ces informations sont « exactes », même si le caractère exact d’une information n’est pas toujours facile à cerner. Parfois, certains expriment clairement des opinions, qu’ils défendent ou non, et c’est bien sûr leur droit. Qu’on soit d’accord ou non avec eux et qu’on l’exprime ou non sont des autres droits.

Par contre, j’ai été plus d’une fois étonné ces derniers temps de voir apparaître des éléments qui relèvent vraiment de la désinformation. Ce sont souvent des « copier-coller » qu’on trouve amusants et qu’on partage sans trop y réfléchir, et en tout cas, sans valider l’information. Celle-ci n’est d’ailleurs jamais totalement fausse, mais elle est souvent incomplète ou tout simplement à nuancer. Ça fait partie du jeu facebookien, plus que vraisemblablement. Mais c’est néanmoins toujours étonnant, pour ne pas dire inquiétant. Parce qu’on l’a « vue sur FB », une information se valide d’elle-même et peut être diffusée largement sans que personne ne s’en inquiète. Quant à moi, il m’arrive de m’en inquiéter et de réagir… mais je sens bien chaque fois que je suis perçu comme l’empêcheur de tourner en rond ! Finalement, dans ces outils de réseaux sociaux, il n’est pas de bon ton d’exprimer son désaccord ! C’est souvent perçu comme une attaque personnelle, alors que ce n’est soit qu’un débat d’idées, soit une correction d’une fausse information. Face aux réactions, je reste souvent perplexe !

dimanche 11 mars 2012

Chez Georges

FMG © 2012

Où l’on se rend compte que Georges Brassens était un génie, c’est quand on observe la variété des arrangements qui sont possibles de ses œuvres. On ne compte plus le nombre d’adaptations, spécialement de la part de ceux et celles qu’on qualifie de « nouvelle scène ». Même la Belgique s’y est mis avec un « Cabaret Chez Georges » qui a été présenté hier soir à la Ferme du Biéreau, à Louvain-la-Neuve.

Une belle réussite, même si plus d’un spectateur (dont l’âge moyen devait tourner autour de 60 ans) regrettera le volume sonore trop élevé, surtout en première partie. Quand il est difficile de comprendre les paroles parce que batterie et guitare étouffent le son, c’est effectivement bien dommage ! Donner un peu de groove à Brassens, pourquoi pas ? De là à en perdre les mots…

Certains ont aussi été déçus de ne pas entendre que du Brassens. Pourtant, c’était là une excellente idée : chaque artiste interprétait une chanson de Brassens pour ensuite partager une chanson de son propre répertoire. Bien que ne m’attendant pas à ce principe, c’était sans doute la bonne surprise de la soirée. En tout cas, elle m’a permis de découvrir des artistes dont je connaissais le nom, sans les avoir nécessairement déjà entendus. Qu’on en juge !

  • Karin Clercq. Elle est l’exception : elle n’a rien chanté de son répertoire. Mais elle était la directrice artistique du cabaret. Quelle énergie. Son interprétation de "La non-demande en mariage" eut été grandiose… si elle s'était contentée de la chanter en solo !
  • Gaëtano. Il a ouvert le spectacle. Il fallait l’oser. Mais il est encore un peu vert.
  • Seb Duthoit. Je l’ai découvert avec l’excellent groupe Coïncidence. En carrière solo désormais, l’alchimie a quelque peu disparu, mais il reste un excellent musicien et un bel interprète (surtout quand il s’extasie devant Quynh Anh Pham qui lui prête quelques « ah ah »).
  • Monsieur Y. Quand la chanson se théâtralise, on découvre parfois des univers sublimes. Ce que j’ai vu de ce trio donne en tout cas envie d’en voir et d’en entendre plus.
  • Samir Barris. Beaucoup de sensibilité. Encore un peu timide, mais c’est peut-être son charme. Un beau moment.
  • Quynh Anh Pham. Elle a déjà une belle carrière internationale, grâce à Marc Lavoine, qui lui a proposé Bonjour Vietnam, grand succès au Vietnam, et aussi un beau duo J’espère. Invité surprise, elle en était effectivement la première surprise… et tout le monde s’est demandé un peu ce qu’elle faisait là !
  • Piangerelli. Lui au moins, c’était clair : il aurait mieux fait de ne pas être là.
  • Barbarie Boxon. En formule duo ici. Euh, comment dire ? La guitare faisait vraiment beaucoup de bruit ! Pourtant, la formule doit être plus riche que celle qu’on a pu apprécier.
  • Ben Bosca. Membre de Monsieur Y, il nous a valu un des grands moments de la soirée avec « Les passantes ». Par contre, sa chanson « Des pas » était assez quelconque.
  • Blanche, alias Stéphanie Blanchoud. Depuis le temps que je sais qu’elle existe, je ne l’avais jamais vue ni entendue en vrai. Ça en vaut pourtant la peine. Elle semble timide, mais qu’est-ce qu’elle est belle ! Et son chant se rapproche de sa beauté !
  • Vincent Delbushaye. Lui aussi, je le connaissais sans l’avoir jamais vu. Quelle vitalité. Quel décalage contrôlé ! À découvrir et à diffuser de toute urgence.

Bref, vraiment, un beau plateau pour une soirée au rythme soutenu (certaines émissions de télévision devraient en prendre de la graine). De belles découvertes, mais pour moi, la meilleure fut encore celle de Sébastien Taminiau. Également membre de Monsieur Y, il a enchanté ma soirée en accompagnant tous ces artistes. Dans une présence intense mais toujours discrète et retenue, il brille aux claviers, s’affirme progressivement au violon et surtout nous délecte de sa contrebasse. Un instrumentiste atypique, dégageant une luminosité grandiose, à l’égal de son visage d’enfant. Bravo l’artiste !

samedi 25 février 2012

Le monde est mal fait

FMG © 2012

Le monde est mal fait. Pendant que certaines payent pour être à la Mer du Nord, sous un ciel plutôt gris, je me retrouve sur une plage perdue dans l’Océan Atlantique, sous un soleil limpide dont je dois pourtant me méfier, et payé pour m’y trouver. Enfin, pas tout à fait, mais un peu quand même !

Loin de moi l’outrecuidance de me plaindre de mon sort, mais je ne suis pas sûr cependant que ce dernier soit plus enviable que celui de certaines. J’ai beau me retrouver en un endroit que d’aucuns envieront, je m’ennuie, pour le dire poliment.

Un week-end en mission n’est que rarement un bon moment. Pendant la semaine, le rythme du travail berce les minutes et les heures. Sans avoir vraiment le temps de s’embêter. Le week-end, on se retrouve seul face à soi-même dans des lieux qu’on ne connaît pas. Je pourrais bien sûr m’organiser de petites sorties touristiques. Il y a de quoi. Mais j’avoue ne toujours pas avoir cet esprit de découverte et d’aventure. Alors, je me contente d’une petite balade dans la ville, jusqu’à la mer. Cette promenade m’a bien plu, notez. Mais après, c’est le retour dans cette chambre d’hôtel toujours un peu sordide. Où j’essaie de passer le temps (j’y réussis d’ailleurs).

Moi qui me prétends souvent fatigué, j’ai ici l’occasion inespérée de me reposer. Je ne suis pas stupide : je le fais aussi ! Bref, il n’y a vraiment aucune raison de me plaindre. D’autant plus que de toute évidence, je suis dans une situation très privilégiée par rapport aux autochtones pour lesquels la vie n’est ni rose ni verte tous les jours et dont l’avenir économique a un cap plus compromis que celui de mes compatriotes, même si la « crise » nous guette sans nous faire de cadeaux.

Je vais arrêter ce billet. Il n’intéresse plus que vraisemblablement personne et je doute fort qu’un quelconque lecteur le lise jusqu’au bout. Il n’apporte rien. Je ne devrais même pas le publier, mais voilà maintenant qu’il est écrit, autant le faire ! En tout cas, au moins, il m’aura fait passer un peu de temps. Le monde n’est finalement pas si mal fait que ça !

mardi 14 février 2012

Pour quelle information ?

Apparemment, ce que je considérais comme une bonne idée avec une bonne démarche, à savoir l’opération de solidarité « Hiver 2012 » de la RTBF couplée à un certain nombre de reportages permettant de mieux comprendre la problématique, n’a pas eu le même écho positif auprès de tout le monde ! Je n’ai pas eu de critique directe quant à ma position, mais j’ai lu d’autres avis en d’autres lieux.

La principale critique qui est exprimée est qu’il serait préférable que la RTBF informe sur les causes profondes et les mécanismes déclencheurs de la pauvreté plutôt que de se transformer en œuvre de bienfaisance et de se substituer aux CPAS et autres organismes chargés de gérer ces problèmes.

La mission d’information de la chaîne publique est évidemment essentielle. Dans la perception que j’en ai, cette mission fondamentale n’a pas été oubliée par la RTBF. Il y a eu de nombreux reportages qui ont permis de mieux cerner la réalité des personnes en difficulté et de commencer à mettre en évidence les mécanismes complexes de la pauvreté. Il y a évidemment moyen d’aller beaucoup plus loin dans l’analyse. Mais on reste dans le cadre d’un journal télévisé où les possibilités de profondeur sont forcément limitées.

Mais finalement, ce n’est pas ça qui me préoccupe vraiment. Je suis interpellé par le fait que les quelques analyses que j’ai lues semblent plus critiquer non pas le manque d’analyse ou d’information, mais le fait que l’information fournie ne correspond pas à celle que les analystes souhaitent entendre ! Ils ont leur propre grille d’analyse, et c’est celle-ci qui devrait être utilisée par les médias. Ces grilles d’analyse sont peut-être pertinentes, mais elles ne constituent jamais qu’une facette de la réalité complexe qu’elles explorent. Elles débouchent d’autre part souvent sur une information orientée, voire stéréotypée, positionnée comme étant « la » bonne information. Mais l’est-elle pour autant ? C’est toute la question, dont j’avoue ne pas avoir la réponse !

dimanche 12 février 2012

L'homme à la tête de chou

Participer à un groupe de théâtre peut mener à de multiples surprises. Il arrive qu’on fonde beaucoup d’espoir sur un spectacle et qu’on se retrouve très déçu. Parfois on y va avec les pieds de plomb et on se sent des ailes quand on sort du spectacle. D’autres fois encore, on n’a aucune idée de ce que l’on va voir, sans attente ni dans un sens ni dans un autre… et on se laisse prendre par le spectacle.

C’est ce qu’il m’est arrivé avec « L’homme à la tête de chou ». Je n’en savais pas grand chose. Si ce n’est bien sûr que c’était associé à Gainsbourg. Mais qu’avait-il vraiment fait là-dedans, je n’en savais trop rien. Arrivé dans la salle de spectacle à Louvain-la-Neuve, j’eus une certaine gêne en survolant le papier de présentation. Ce n’était pas la voix de Gainsbourg qu’on allait entendre, mais celle de Bashung ! De plus, ce n’était pas un spectacle de chanson, mais une chorégraphie !

Gainsbourg, j’aime à moitié. Mais je sais que dans son genre, c’est un génie. Bashung, je dois bien avouer que je n’aime pas vraiment. J’ai plusieurs amis qui le considèrent comme un dieu vivant (ah non, lui aussi est mort). Mais personnellement, je ne suis jamais parvenu à vibrer pour ce rock ténébreux, cette voix en recul, ce personnage hors du temps. La danse, enfin, je n’ai rien contre, mais j’ai du mal quand même. Il y a 40 ans, j’avais assisté pour la première fois à une chorégraphie de Béjart. Ça m’avait bien plu, mais sans doute surtout parce que durant le spectacle ma main avait trouvé pour la première fois la main de celle qui allait me faire découvrir l’amour ! Mais à part ça…

Bref, je me sentais mal barré. Un spectacle en pleine semaine alors qu’il fallait encore travailler tôt le lendemain. Et une première approche qui n’annonçait rien de bon.

Pourtant, ce fut bon. Excellent même ! Gainsbourg reste le maître des mots, surtout de ceux qu’on croit ne pouvoir combiner avec aucun autre. Les mouvements de danse, d’une densité et d’une sensualité incroyables, m’ont rappelé Béjart tout en ouvrant un tout autre univers. Et la voix de Bashung m’a envoûté. Il y avait là une harmonie parfaite. Pourtant, c’est un spectacle dur, délirant, où l’on sombre dans la folie en même temps que… tous les artistes.

Ce spectacle m’a profondément bouleversé justement parce que je ne m’y attendais pas. Il est donc encore possible de s’émouvoir !

mardi 7 février 2012

Quand information rime avec action

Depuis le JT 19h30 d’hier soir, notre bonne vieille RTBF s’est lancée dans une action d’envergure et de solidarité. Elle met sa force d’information au service de tous ceux qui ont froid, qui vivent dans des conditions impossibles, qui – chaque matin – se demandent comment ils vont terminer la journée.

Je tire mon chapeau. D’aucuns parviendront peut-être à dire qu’un outil d’information n’a pas à s’immiscer dans l’action, que ce n’est pas là sa vocation. Moi, je dis que lorsqu’une chaîne d’information publique ose se lancer dans une telle action, elle remplit pleinement son rôle de service public. Elle inscrit là son rôle d’information dans le concret et dans le réel. Elle a saisi qu’il ne suffisait pas de parler du froid – lui, on a bien compris qu’il était là – mais que pour être crédible, il fallait « faire quelque chose ».

La RTBF est loin d’oublier l’information. Ce soir, elle a consacré les vingt premières minutes du JT à parler de son action, mais surtout à informer sur la réalité de ce que les « petites gens » vivent ! On est bien loin des frivolités froides du monde de la finance, des élucubrations incohérentes du monde politique, des égocentrismes divers et surprenants des mondes sociaux, culturels, sportifs… On est dans la vie. La vraie. On offre au téléspectateur non pas la possibilité de soi-disant exprimer son avis par SMS fort coûteux, mais celle de se montrer solidaire, de participer concrètement à la construction d’une situation meilleure. On offre aussi la possibilité aux plus-démunis de dire simplement leur désarroi, leurs difficultés. Et tout cela, on le partage avec le spectateur lambda. Il n’en fera peut-être rien. Mais il aura reçu des informations essentielles :
  • à côté de lui, il y a des personnes qui vivent des situations difficiles ;
  • à côté de lui, il y a des personnes qui sont solidaires.

Cette action ne supprimera pas tous les problèmes. C’est l’évidence. Elle ne devrait surtout pas devenir permanente ni transformer les journaux télévisés en œuvre de bienfaisance. Mais elle est salutaire. Tant pour tous ceux qui pourront en bénéficier que pour la crédibilité de l’information, en soi.

samedi 4 février 2012

Relax Max

FMG © 2012

Il y en a, j’vous jure ! Il y a la crise partout :
  • la crise financière dans nos pays qui croulent sous l’argent ;
  • la crise politique en Egypte, en Syrie, à Madagascar… tous ces pays où certains savent mieux que d’autres ce qu’il faut faire et décident donc pour les autres ;
  • la crise esthétique où des femmes qui n’ont fait que vouloir être plus belles que l’image qu’elles avaient d’elles se retrouvent à devoir faire des PIP non souhaitées ;
  • la crise exilatoire avec tous ces gens qui quittent leur pays et leurs racines pour l’illusion de trouver mieux ailleurs ;
  • la crise énergétique avec le prix du gaz qui augmente uniquement parce que celui du pétrole est en hausse constante ;
  • la crise des valeurs où certains se croient investis du droit absolu à décider ce que les autres doivent penser sous prétexte d’une loi divine ou naturelle discrétionnaire ;
  • la crise de foie au lendemain des jours, ou plutôt des nuits, soumis au seul plaisir des sens ;
  • la crise hystérique pour tous ceux qui n’ont plus la force ou la patience d’analyser sereinement où se trouve le juste milieu des choses ;
  • la crise de rire pour tous ceux qui n’ont plus la lucidité ou la perspicacité d’analyser justement où se trouve la sérénité des choses ;
  • la crise d’égocentrisme, enfin, qui fait que chacun ne voit que son petit bout de terre et d’illusion pour décréter que la solidarité ne sert finalement à rien du tout.
Et pendant que la crise se déroule, ravageant l’humanité, il y en a qui ne trouvent rien de mieux que d’installer leurs transats et de bénéficier égoïstement des quelques rayons de soleil qui dardent notre Terre occidentale, dans l’ignorance totale de ce qui se passe autour d’eux.

Vraiment, c’est du n’importe quoi !

vendredi 3 février 2012

Chansons oubliées : Le gardien du port, par Roger Schep (1965)

Ce n’est pas que cette chanson soit oubliée par la plupart des humains. Simplement, ils ne la connaissent pas et n’en ont jamais entendu parler ! Si moi-même je la connais, c’est sans doute un peu par miracle ! À l’époque – on était en 1965 – mes parents étaient abonnés à une revue qui parlait de chansons : Chansons pour tous (Revue musicale familiale). Un jour, le numéro du mois - à 10 francs belges - était accompagné de ce 45 tours… que nous avons écouté en boucle sur notre Teppaz, avec « Le gardien du port » en face A et « Annabelle » en face B. Cette chanson « Le gardien du port » m’a vraiment impressionné et je crois que je l’ai encore plus chantée moi-même qu’écoutée. Quelque part, ce texte était un peu « politiquement incorrect » pour l’époque. C’est peut-être ça qui me plaisait bien.

Roger Schep était un artiste namurois né en 1937. Il a chanté, mais aussi peint. Dans les deux cas, ça ne nourrissait pas son homme, et il a donc œuvré à d’autres intérêts. N’empêche, il a connu son heure de gloire puisqu’il a quand même fait la première partie de Jacques Brel, à l’Ancienne Belgique ! Il a continué à chanter en amateur. En 2006, il était encore sur scène à Gelbressée. Mais il décédait l’année suivante, à Namur.

Il est accompagné sur ce disque par le groupe « Les Noctambules », un orchestre de jeunes actif pendant « les golden sixties », sous l’inspiration des Shadows. Ils savaient manier la guitare !

Le gardien du port

Avec ma figure de travers
Je suis le gardien du port
Et si tu savais
Combien j’en ai vu de loups de mer
Qui boivent et parlent fort
Ah tu me dirais
Que j’en connais un sacré bout
À force d’écouter
Les récits de ces diables fous
Doux comme des bergers
Qui ont pris la mer pour maîtresse
Et que les grands espaces
Remplissent de sourdes allégresses
Rendent calmes et sagaces

Combien j’en ai vu de matelots
Qui parlaient des filles blondes
Du port d’Hambourg
Des filles de Londres et de Tokyo
Et qui maintes fois du monde
Avaient fait le tour
Ces gaillards-là m’ont fait porter
Des noms d’un peu partout
Igor Yvon Johnny René
De quoi devenir fou
Et si j’ai pas le pied marin
Tu peux me demander
N’importe lequel de leurs vieux refrains
Je te le chanterai

Ils m’ont ramené des souvenirs
Il y a chez moi des tas
De petits bateaux
Des pipes, un châle de cachemire,
Du tabac de Sumatra
Des noix de coco
Et si tu veux bien t’amuser
Prends un flacon de fine
Et viens visiter mon musée
De la marine
Tu m’y verras grandeur nature
Sur le panneau central
Arborant avec fière allure
La tenue d’amiral

Si j’ai la figure de travers
Et bien c’est parce qu’un jour
Au petit matin
Avec les marins du Dragon vert
Pour une histoire d’amour
Éclata soudain
Une bagarre dont je sortis
Sanglant et courbattu
Si ma machoire est démolie
C’est un souvenir de plus
C’est depuis lors qu’à chaque escale
Les gars du Dragon vert
Viennent me tirer de mon local
Pour aller prendre un verre

Et quand je m’en retourne au pays
Faut voir comme les enfants
Attendent le jeudi
Car pendant toute une après-midi
Je raconte lentement
Quand ils sont assis
Des histoires à dormir debout
Pas souvent véridiques
J’suis pas menteur mais qu’voulez-vous
Il faut voir leurs mimiques
Le résultat de ces histoires
C’est qu’au bout de deux jours
Ils m’ont surnommé Barbe noire
Capitaine au long cours

Moi qui ne sais pas même nager
Je suis quelqu’un maintenant
Sans avoir dit ouf
Je les laisse entre eux se raconter
Que je suis un descendant
Du vaillant Surcouf
Tonnerre de Brest, sabre de bois
Crient-ils dans tous les coins
Quand je s’rai plus grand tu verras
Je serai aussi marin
Ah si les gars du Dragon vert
En arrivant au port
Apprenaient ça à mon p’tit verre
Ils en riraient encore
Ah sacré vieux menteur
Sacré vieux farceur
Sacré vieux loup de terre

vendredi 27 janvier 2012

Semal qui nous prend

Membre de la SABAM, ça ne me sert d'habitude pas à grand chose. Mais grâce à cette bonne vieille société, j’ai pu assister au spectacle « Ceci n’est pas un chanteur belge » de et avec Claude Semal ! Quel bonheur !

C’est loin d’être la première fois que je vois cet artiste en scène, mais ce nouveau spectacle – présenté en avant-première aux Riches-Claires jusque ce dimanche 29 janvier 2012 – est un petit bijou. Semal présente quatorze nouvelles chansons, plus une ancienne « Dormir au chaud », chantée en retrait, avec une violence maîtrisée mais néanmoins bien présente. Et il a tout à fait raison.

Pour le reste, beaucoup de chansons tournent autour de la belgitude – que cela aille d’une merveilleuse « Chez nous » en passant par la recette de la frite « La patate » sans oublier le tube interplanétaire « On a la frite », avec une tendresse aussi infinie que la critique acerbe qui les anime. C’est une des forces de Semal : allier tendresse, analyse critique, humour et poésie ! On est là dans la lignée – complètement assumée – du surréalisme, dans sa dimension la plus originelle.

Au-delà de la Belgique, Semal aborde des thèmes du quotidien : les éclopés de la clope, les maladies nosocomiales, la chirurgie esthétique, les implants érotiques… et même Facebook ! Chaque fois, ce sont de petits régals. Il se montre plus féroce lorsqu’il rend un « vrai » hommage à Guy Môquet, bien plus sincère que celui qu’a voulu donner un certain Président de droite à ce résistant communiste.

Là où Semal m’a le plus ému, c’est cependant dans la relation avec son fils. Si sur scène, celui-ci n’est qu’un œuf ou un ballon, on sent tout au long du spectacle cette incroyable relation d’amour entre le père et son vrai fils. Quel merveille ! Devant tant d’interrogations d’enfant, Semal nous dira deux grandes vérités fondamentales. Face aux inquiétudes de son fils et aux grands enjeux de la résistance, il lui dira simplement d’être lui-même, de croire à ce qu’il croit et de se moquer du reste ! Puis, pour finir, il nous sort une extraordinaire chanson sur « Être utile » où l’on sent bien que si on ne l’est pas, alors tout cela ne sert vraiment à rien, même si c’est futile, aussi petit fut-il…

Un Semal dégagé des artifices qui l’ont parfois accompagné. Mais cette fois subtilement accompagné d’une bande sonore très bien mise en musique par Frank Wuyts. Avec une indispensable mise en voix de Martine Kivits et une belle mise en scène de la compagne Laurence Warin (à côté de qui nous avions l’honneur d’être assis).

Un très beau spectacle à voir encore jusque dimanche… et puis plus tard pour tous ceux qui auront manqué ça. Parce que vraiment, c’est à ne pas manquer !

vendredi 20 janvier 2012

Megaupload dans les cordes

Hier soir, je l’ai vécu en direct. Je souhaitais transmettre à un ami le lien d’un fichier que j’avais transféré dernièrement sur Megaupload… et plus possible de me connecter sur mes fichiers. Megaupload, cette extraordinaire plateforme de partage de fichiers, est dans les cordes par décision de justice américaine.

La question est complexe. Étant moi-même actif dans une société de gestion des droits d’auteurs, je ne vais pas cracher dans la soupe. Le travail d’un auteur, dans quelque domaine que ce soit, est un vrai travail qui mérite salaire. L’explosion de la production numérique ne facilite pas le respect de cette règle essentielle et il faut trouver les moyens de régulation nécessaires pour permettre le respect de ce droit de base.

Maintenant, fallait-il pour autant fermer Megaupload ? Que ce site ait été utilisé pour transférer de manière illégale des tas de fichiers, c’est l’évidence même. Mais est-ce parce que de nombreux automobilistes ne respectent pas les limitations de vitesse sur les autoroutes belges qu’il faut pour autant fermer celles-ci ?

Il faut d’abord constater que la fermeture de Megaupload ne changera sans doute rien aux téléchargements illégaux. D’autres sites existent, qui font la même chose. Et d’autres sites naîtront tout aussi vite. Il y a même fort à parier que plus on fermera des sites de ce style, plus ils écloront. C’est une réalité qu’il me semble indispensable de prendre en compte. À ce niveau, une politique répressive risque fort de ne jamais atteindre ses objectifs, bien au contraire.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour que les droits des auteurs soient respectés. Mais il est sans doute plus important et intéressant de trouver des formules qui respectent les auteurs tout en reconnaissant la réalité des échanges numériques. Cela passe sans doute par des contributions au niveau des fournisseurs d’accès à Internet et par des « licences globales » permettant à tout un chacun de télécharger ce qu’il souhaite tout en assurant une rémunération des auteurs.

En plus de ne pas atteindre l’objectif recherché, la fermeture brutale de Megaupload est injuste. Si effectivement la plateforme était le lieu de transferts illégaux, elle était aussi la possibilité de sauvegarder et de partager des fichiers de manière tout à fait légale. Chacun – j’en suis – pouvait y placer des fichiers, personnels ou professionnels, pour en garder une copie et y donner accès à d’autres personnes bien déterminées. La fermeture du site coupe ainsi des milliers d’utilisateurs de leurs fichiers. En réalité, ce sont surtout ces utilisateurs « légaux » qui sont touchés par la fermeture du site. Les « illégaux » sont eux déjà sur d’autres plateformes.

Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’on partage des fichiers musicaux ou visuels qu’on est inévitablement dans l’illégalité. Par exemple, le blog Des raretés… pour le plaisir partageait, en passant par Megaupload, des chansons publiées en leur temps sur 33 ou 45 tours et qui n’ont jamais été rééditées en CD. Ces albums rares étaient ainsi partagés avec tous ceux que cela intéressait, sans atteindre d’une quelconque manière les droits de leurs auteurs. Pour certains de ces disques, il est possible de les acheter sur des sites de seconde main. Cela coûte une fortune. Que vaut-il mieux ? Revendre un 45 tours à un prix 100 fois supérieur à ce qu’on l’a acheté il y a 40 ans, ou partager gratuitement ces chansons oubliées pour que chacun puisse en profiter ? Il en est ainsi par exemple du 45 tours du « Double cinq » que j’ai partagé sur ce blog il n’y a pas longtemps et qui est maintenant inaccessible. Loin de léser les auteurs de ces chansons, je crois que je leur donnais une seconde vie !

Il est inutile dans ce débat d’accabler les USA. C’est vrai que la justice américaine a pris une décision qui affecte le monde entier. Elle ne l’a pas prise seule : d’autres pays sont impliqués aussi, dont la Nouvelle-Zélande. Le problème du piratage est effectivement international et on ne peut pas reprocher à une nation de prendre des mesures radicales pour organiser la lutte contre ce fléau. Mais ce n’est pas en prenant des mesures répressives et aveugles qu’on parviendra à faire quoi que ce soit.

En attendant, un outil extraordinaire de partage est fermé – et il y aura sans doute des fermetures d’autres sites. Cela ne change pas grand chose pour les pirates. Mais pour les utilisateurs légaux, cela change énormément, avec parfois même des conséquences dramatiques. De plus, on peut quand même se poser de nombreuses questions au niveau de la liberté. Fermer Megaupload, c’est – qu’on le veuille ou non – museler une partie de notre liberté d’échange. C’est attenter à notre droit fondamental de partager ce qu’on souhaite partager. C’est interdire aux gens de gérer leurs affaires comme ils le veulent. C’est organiser une censure au niveau mondial. Et cela, c’est quand même vachement interpellant !

mardi 10 janvier 2012

Plus ou moins

« Maintenant, je suis ‘plus ou moins pour’ le mariage homosexuel ». Cette phrase fait donc actuellement le buzz. Elle a été prononcée par Laura Beyne qui deviendra quelques instants plus tard Miss Belgique. Pour la tester tant sur ses jugements que sur sa manière de les exprimer, on lui avait demandé son opinion sur les mariages homosexuels. Sa réponse a sans doute globalement été exprimée maladroitement. Que je sache pourtant, on n’attend pas d’une Miss Belgique d’être une championne de la défense des idées. Cette réponse est néanmoins pleine de pertinence.

Elle l’est d’autant plus au moment où des « faiseurs d’opinion » comme Benoît XIV et Mgr Léonard ont répété leur condamnation sans équivoque du mariage entre homosexuels, en accompagnant celle-ci de grandes déclarations nauséabondes. Selon ces messieurs, ce mariage menacerait l’humanité tout entière et les majorités parlementaires qui l’ont adopté usurperaient leur pouvoir ! Ces prises de position sont cohérentes avec le cadre moral dans lequel évolue l’Église. C’est certainement en cohérence interne par rapport à la morale catholique, mais sans doute en incohérence externe par rapport au monde dans lequel nous vivons.

Revenons à Miss Belgique ! Certains bien pensants lui reprochent de ne pas s’être prononcée résolument pour le mariage homosexuel. Constatons d’abord que ce n’est pas le cas de tout le monde. Par exemple, Jean-Pierre Frisee, de l’asbl « Alliage » qui lutte contre l’homophobie à Liège, pense que cette déclaration est seulement anecdotique. De toute évidence, c’est ce qu’elle est. La belle Laura n’a pas cherché à entamer un grand débat moral. Heureusement !

Elle a simplement dit qu’elle était « plus ou moins pour » ! Comme elle a raison. Je ne dis pas cela par rapport au mariage homosexuel. Pour moi, la question n’est pas là, car celui-ci est avant tout aujourd’hui une réalité qui permet à de nombreuses personnes de trouver leur place dans la société, comme ils le désirent.

Mais je crois qu’on gagne souvent à être « plus ou moins pour » plutôt que de se prononcer unilatéralement dans un sens ou dans un autre. La réalité est toujours complexe. Elle est toujours en couleurs. Le noir et le blanc n’y ont pas beaucoup de place. Pour toutes les questions fondamentales, on peut bien sûr avoir une vision très claire, mais on peut aussi avoir des doutes, exprimer des nuances, se poser des questions. Le doute n’est-il pas la marque la plus profonde de l’humanité ? Exprimer des nuances n’est-il pas la meilleure preuve d’une belle intelligence ? Se poser des questions n’est-il pas un passage obligé vers la vie ?

vendredi 6 janvier 2012

Juste deux ans trop tôt

Il y a un peu plus de trois ans, je célébrais ici le départ de mon ami Stephen vers la préretraite (ou plutôt DPPR – Disponibilité pour convenance personnelle Précédant la Pension de Retraite [faut le savoir quand même]). Depuis, il se porte bien, merci pour lui. Si j’avais fait la même carrière que lui – c’est-à-dire si j’étais resté instituteur – j’aurais pu faire la même chose. J’ai choisi une autre voie et je suis loin de le regretter. Mais désormais, la date de ma pension s’est éloignée d’un coup !

Enfin, oui et non. En réalité, la date officielle est toujours la même : 65 ans (soit fin 2018 ou début 2019). Mais avec l’arrivée de notre nouveau gouvernement belge, les règles ont un petit peu changé. À l’époque, je pouvais prendre – comme tous les salariés belges – une pension anticipée à partir de 60 ans. Ce seuil va passer à 62 ans. Bon, deux ans de carrière en plus, ce n’est pas dramatique (d’autant plus que je n’avais pas encore pris de décision formelle). Mais ça, c’est sans compter une autre modification : désormais, il ne suffira plus de 35 ans de carrière (que j’aurai en 2013), mais de 40 années (et cela, je ne les aurai qu’en 2018).

Très concrètement, je pouvais donc arrêter de travailler à partir de 60 ans alors qu’avec les nouvelles règles – dont les arrêtés d’application doivent encore être concrétisés – je devrai me maintenir jusque 65 ans. Je suis passé d’un seul coup d’une possibilité de retraite dans 2 ans à une obligation de prester encore 7 ans. Cela fait une augmentation soudaine et brutale de 350% !

Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas en train de me lamenter sur mon triste sort ni même à contester le bien-fondé des décisions gouvernementales. C’est vrai qu’elles ne me plaisent pas trop dans ce qu’elles impliquent pour moi, mais d’un autre côté il fallait bien faire quelque chose pour réformer le système des pensions, car c’était invivable à moyen terme. Je ne sais pas si les décisions prises sont les meilleures à prendre ni même si elles permettront d’atteindre leurs objectifs. Je ne suis ni économiste ni politicien. Mais il fallait faire quelque chose et ce quelque chose correspond sans doute globalement à ce qui a été décidé.

Tout changement de règles à ce niveau a des répercussions pour tout le monde. Mes enfants qui rentrent petit à petit dans la vie professionnelle ne peuvent même pas savoir à quel âge ils pourront prendre leur pension ni même s’ils auront une pension. Je sais aussi que dans la majorité des pays de notre Terre, les gens ne savent même pas ce qu’est une pension, ou si peu ! Bref, je ne vais pas me larmoyer sur mon sort, mais ça fait quand même un choc.

Je fais un métier passionnant qui ne sera jamais reconnu comme ayant une certaine « pénibilité » (d’ailleurs, il faudrait pour ça que mon métier soit tout simplement « reconnu »). Il ne faut cependant pas croire qu’il ne fatigue pas, tant moralement que physiquement. Et donc, 7 années à prester encore, cela me paraît beaucoup… et je me serais volontiers passé d’une partie de celles-ci !

Qu’à cela ne tienne, lundi, je recommence à travailler pour une année 2012 qui sera bien intensive ! Sachant combien de gens aimeraient simplement pouvoir travailler, j’en ai bien de la chance !

lundi 2 janvier 2012

Les signaux détournés (11)

Par ces temps de fêtes, il faut savoir encaisser tous ces ingrédients succulents qu’on ingère en parfaite décontraction, sauf le lendemain quand on se regarde dans ce foutu miroir qui n’hésite jamais à accentuer tous les défauts de notre corps. Comme si ce n’était pas déjà assez affreux comme ça !

Toujours est-il que c’est assez déconfit que j’avais accepté une énième invitation à un repas de fête pour célébrer dignement cette année qui allait finir ou commencer, je ne sais plus trop bien. Mon esprit était vaseux et mon ventre gargouillait doucement à la suite des quelques festivités que je lui avais déjà infligées. C’était assez affligeant !

Je ne connaissais pas trop l’endroit et mon appareil de guidage satellitaire l’ignorait tout simplement. C’était bien parti. Après de nombreux détours, je finis par arriver devant des grandes grilles grises, largement ouvertes. Dès que je les dépassai pour emprunter une longue allée, je fus surpris de découvrir de curieux signaux routiers. D’habitude, ceux-ci sont plutôt rares dans une propriété privée. Si le signe du Yin et du Yang avait de quoi me rassurer – quoique, on ne sait jamais trop bien ce qu’il signifie –, je n’en dirais pas autant des hiéroglyphes qui ornaient le bas du signal d’interdiction. Que pouvaient-ils signifier ? Dans quelle secte allais-je me retrouver ?

Arrivé devant une belle bâtisse, je garai ma voiture et pénétrai dans cette demeure largement éclairée. Dès mon entrée, je découvris un buffet somptueux où de nombreux mets s’offraient au plaisir des yeux. J’eus cependant un haut-le-cœur m’effrayant déjà de devoir remettre ça !

La charmante personne qui m’avait invité se dirigea alors vers moi et me prit par le bras en me demandant si je connaissais leur mouvement : le MLM ! Je dus bien avouer mon ignorance totale. Elle souria et me demanda si je connaissais alors le seul régime alimentaire qui fonctionne vraiment ! Ayant été horrifié de me voir dans le miroir matinal, je lui montrai à la fois mon ignorance et mon intérêt. Elle souria encore et déclara « MLM » ! De plus en plus intrigué, je lui demandai de s’expliquer. M’emmenant faire le tour de l’incroyable buffet composé de deux mille douze douceurs plus affriolantes les unes que les autres, elle me dit que c’était bien simple : je pouvais manger de tout (enfin, façon de parler en l’occurrence), à la seule condition « MLM » ! Elle me susurra alors à l’oreille le secret de leur secte : « Mange La Moitié » ! Pour maigrir durablement et ostensiblement, il suffit de manger la moitié. J’ai envie d’un steak de 200 grammes. Pas de problème, pour autant que je n’en mange que 100 grammes. Je rêve de boire un bon whisky. Pas de problème, mais un verre servi à demi suffira. Une dame blanche est mon dessert préféré. Pas de problème, mais une boule de glace au lieu de deux fera très bien l’affaire. Et ainsi tout à l’avenant !

J’étais émerveillé. Voilà la solution et la voie, que je recherchais depuis si longtemps. Je décidai d’entrer immédiatement en religion et je mangeai le meilleur des festins que j’avais jamais dégustés. Mais la moitié seulement.

Alors que je profitais pleinement - c'est un euphémisme bien sûr - de ces adorables pitances, je fus intrigué par un couple qui en faisait tout autant, à la seule différence qu’à première vue ils ne semblaient pas réellement se priver de la moitié ! À côté d’eux, j’avais d’ailleurs une taille mannequin ! Je m’approchai d’eux et comme ils m’invitaient à les rejoindre, je leur demandai s’il y a longtemps qu’ils faisaient partie du mouvement MLM. Ils éclatèrent de rire et me confièrent qu’ils en étaient en réalité les fondateurs. Ils n’y avaient cependant plus aucune responsabilité, car les gourous actuels n’appréciaient pas vraiment leur évolution. Voyant mon regard étonné, ils m’avouèrent enfin qu’ils avaient un peu détourné le slogan fondateur « MLM » ! Je les invitais à m’en dire plus, mais visiblement ils hésitaient. Ils durent sans doute reconnaître en moi un futur adepte, et ils m’avouèrent : « MLM… Mange Le Maximum » !

Je fus pris d’une nausée sordide… et je m’en allai rejoindre ma voiture pour m’enfuir aussitôt. Je ne fus qu’à moitié étonné de constater que la moitié de mon réservoir avait été siphonnée. Il y en a qui ne perdent pas facilement le sens de leur vie.